Home > Journals > Biology and research > Annales de Biologie Clinique > Full text
 
      Advanced search    Shopping cart    French version 
 
Latest books
Catalogue/Search
Collections
All journals
Medicine
Biology and research
Annales de Biologie Clinique
- Current issue
- Archives
- Subscribe
- Order an issue
- More information
Public health
Agronomy and biotech.
My account
Forgotten password?
Online account   activation
Subscribe
Licences IP
- Instructions for use
- Estimate request form
- Licence agreement
Order an issue
Pay-per-view articles
Newsletters
How can I publish?
Journals
Books
Help for advertisers
Foreign rights
Book sales agents



 

Texte intégral de l'article
 
  Printable version

About a case of oropharyngeal tularemia after a duck plumage


Annales de Biologie Clinique. Volume 60, Number 2, 217-20, Mars - Avril 2002, Pratique quotidienne


Résumé  

Author(s) : B. Lepilleur, M. Schoeny, P. Melin, P. Bineau, Laboratoire, Centre hospitalier, rue Godard-Jeanson, 52115 Saint-Dizier.

Pictures

ARTICLE

L'observation

Un homme de 36 ans se présente au service des urgences avec un tableau de polyadénopathies fébriles. Le patient est bûcheron professionnel et pratique la chasse au gibier d'eau. Ses antécédents médicaux et chirurgicaux se résument à une méningite dans l'enfance, un angiome au niveau de l'estomac et une appendicectomie. Une rhinopharyngite évoluant depuis quinze jours, avait été traitée en ambulatoire depuis une semaine par un antalgique et une céphalosporine de deuxième génération, sans amélioration et persistance de pics fébriles à 39-40 °C. L'examen d'entrée retrouve des adénopathies axillaires et épitrochléennes gauches douloureuses associées à des adénopathies non douloureuses cervicales et inguinales bilatérales. Il n'est pas retrouvé de plaie au membre supérieur gauche. Le bilan biologique réalisé à l'entrée (J0) confirme un syndrome inflammatoire franc ; on peut noter une protéine C réactive à 75 mg/L (N < 5 mg/L), une vitesse de sédimentation de 24 mm à la première heure (N < 5 mm) et de 51 mm à la deuxième heure (N < 10 mm) ainsi qu'un fibrinogène à 5,3 g/L (N = 2,5-4 g/L). Il n'a pas été observé d'hyperleucocytose, ni de syndrome mononucléosique. Une protéinurie s'est révélée positive à la bandelette.

Le patient est alors transféré en service de médecine. Diverses sérologies (VIH, syphilis, pasteurellose, bartonellose, brucellose, tularémie, Lyme, streptococcies, leptospirose, maladie de Hantaan) sont négatives. Une biopsie ganglionnaire n'a pas été contributive au diagnostic. Les hémocultures sont stériles. Malgré l'absence de diagnostic infectieux précis, une antibiothérapie probabiliste avec une céphalosporine de troisième génération (ceftriaxone IV 2 g/j) est mise en route à J1. Malheureusement, aucune amélioration clinique n'est constatée, un relais est alors réalisé avec des tétracyclines à J8 avec retour au domicile à J9. Le patient est revu en consultation à J15. En absence d'amélioration, une exérèse ganglionnaire chirurgicale est programmée. À J20, une mise à plat chirurgicale du ganglion axillaire gauche est alors réalisée et ramène un pus franc sur lequel des cultures bactériologiques ainsi que la recherche de mycobactéries pathogènes restent négatives, l'examen direct de ce pus après coloration par le Gram et le MGG est négatif. Le bilan inflammatoire est toujours perturbé (tableau 1). Le compte rendu des anatomopathologistes conclut à une « adénite chronique granulomateuse nécrosante » et précise que, compte tenu de la profession du patient, l'aspect histologique est compatible avec le diagnostic de tularémie. Suite à ce résultat, une seconde sérologie de la tularémie est alors réalisée (par une technique en agglutination au laboratoire Pasteur-Cerba, Cergy-Pontoise) et est positive au 80e. Une troisième sérologie confirme ce même taux à J50 : le diagnostic de tularémie est alors retenu. Lors d'un interrogatoire plus poussé pour trouver l'origine de la contamination, on apprend que le patient se souvient d'avoir plumé un canard, mais qu'aucun contact avec un lièvre n'est notifié et qu'il n'a pas été récemment piqué par des tiques.

Le point de vue du biologiste

La tularémie est une zoonose décrite pour la première fois sur des écureuils dans le comté de Tulare en Californie en 1911, Edward Francis contribua à l'étude de cette maladie en 1947. Elle est due à un bacille à Gram négatif Francisella tularensis. Bien que n'appartenant à aucune famille, il est néanmoins rattaché au groupe des bacilles à Gram négatifs aérobies stricts [1]. On distingue une espèce et trois biovars : Francisella tularensis biovar tularensis isolé uniquement en Amérique du Nord et très virulent, biovar paleartica qui sévit en Europe, Asie et Amérique du Nord, et est moins virulent, et biovar novicida.

Cette bactérie résiste huit à quinze jours dans les carcasses d'animaux en décomposition, plusieurs semaines à plusieurs mois dans la boue, dans l'eau. Elle est sensible à la chaleur (10 min à 56 °C), mais résiste au froid et à la congélation.

Cette pathologie se rencontre essentiellement dans les zones froides et tempérées de l'hémisphère Nord (Amérique du Nord et ex-Union soviétique). On la rencontre aussi en Asie dans les pays suivants : Chine, Japon, Turquie, Iran, Afghanistan... et quelques cas ont été rapportés en Tunisie. La plupart des pays d'Europe sont concernés (aucun cas n'a été décrit en Espagne ou en Angleterre). En France [2] elle est présente dans deux principaux foyers : le premier en Alsace, Lorraine, Champagne et Franche-Comté, le second en région Centre. L'incidence précise demeure inconnue, surtout depuis que ce n'est plus une maladie à déclaration obligatoire (1986), mais est estimée à quelques dizaines de cas par an.

La tularémie est une maladie des animaux sauvages et persiste dans les zones contaminées, les ectoparasites et les animaux infectés. L'infection humaine est fortuite (l'homme n'est qu'un hôte accidentel) et résulte habituellement du contact avec des insectes piqueurs et hématophages, des animaux domestiques mais surtout sauvages et très rarement de l'environnement. De nombreux insectes (tiques et taons) [4] servent de vecteurs. Le micro-organisme [3] est transmis par les tiques à leur progéniture par voie transovarienne et est identifié dans les selles des tiques et en faible quantité dans les glandes salivaires. C'est l'ingestion de sang dans un espace contaminé par des selles qui transmet le micro-organisme. Cette transmission a surtout lieu au printemps et en été. Mais la transmission existe aussi majoritairement l'hiver par l'intermédiaire d'animaux chassés ou piégés. La population exposée est celle des chasseurs, cultivateurs, garde-chasse, vétérinaires ou employés de laboratoire. On peut répartir les espèces animales en trois groupes selon leur sensibilité à l'infection : 1) tout d'abord le groupe des espèces très réceptives avec les humains, primates non humains, rongeurs (souris, cobayes) et lagomorphes (lièvres) ; 2) ensuite celui des espèces réceptives mais moins sensibles comprenant les lapins, rats, ragondins, écureuils, insectivores, marsupiaux et ovins ; 3) enfin celui des espèces très peu réceptives et virtuellement insensibles avec les carnivores, bovins, suidés, équidés, oiseaux.

Le micro-organisme [3] est très infectieux, cinquante bactéries suffisent pour déclencher une infection lorsqu'elles sont inoculées par la peau. La porte d'entrée la plus fréquente chez l'homme est la peau ou les muqueuses. Après inoculation cutanée, les bactéries se multiplient localement pendant deux à cinq jours, cette multiplication est à l'origine d'un érythème noueux ou de papules prurigineuses. Les bactéries gagnent ensuite les ganglions lymphatiques régionaux. La tularémie se caractérise par une infiltration lymphocytaire avec un aspect histologique de pyogranulome. À la phase aiguë de la maladie, les premiers organes concernés sont la peau, les ganglions lymphatiques, le foie et la rate, puis dans un deuxième temps se forment des granulomes. L'infection stimule la synthèse d'anticorps qui joue plutôt un rôle secondaire chez l'hôte, le rôle primaire de défense immunitaire est réalisé par l'immunité à médiation cellulaire.

Francisella tularensis [5] est faiblement colorée par le Gram, mais l'est davantage par la thionine ou le Giemsa. Cette bactérie ne se développe pas sur les milieux ordinaires, mais nécessite l'adjonction de glucose, de sang, de cystéine et de jaune d'œuf. Elle pousse aussi sur gélose chocolat additionnée d'IsoVitalex et sur le milieu BCYE agar utilisé pour la culture des Legionella. Les milieux doivent être incubés en aérobiose pendant 2 à 5 jours. La haute contagiosité de la bactérie exige un laboratoire P3 pour l'isoler, la manipulation des produits pathologiques et a fortiori des cultures doit être effectuée avec la plus grande prudence (gants, masque, lunettes anti-projection, hotte à flux laminaire). La tularémie occupe la troisième place parmi les maladies bactériennes acquises au laboratoire. La culture bactériologique (à partir d'écouvillonnage d'ulcère, biopsies glanglionnaires, lavage gastrique, crachats ou hémocultures) est donc difficile et nécessite une orientation bioclinique. De plus la bactérie n'est présente dans les lésions qu'au début de la maladie.

Le diagnostic se fait donc essentiellement par un test sérologique en agglutination. Il se positive généralement dès le huitième jour, mais 30 % des patients infectés sont séronégatifs au cours des trois premières semaines. Un taux d'anticorps supérieur au 100e est considéré comme positif, mais dans un contexte clinique évocateur un taux égal au 50e traduit une bonne valeur d'indication. Ce test est sensible, des faux positifs sont rencontrés avec des réactions croisées avec les brucelles et une antibiothérapie préalable peut donner un résultat faussement négatif. Dans ce cas un test Elisa (très peu utilisé) permet d'affirmer le diagnostic en montrant la présence d'IgM. L'interprétation d'une sérologie bactérienne isolée a peu de signification et nécessite un second dosage pour observer la cinétique des anticorps et une éventuelle séroconversion.

Le point de vue du clinicien

La tularémie [3] débute de façon brutale avec une fièvre, des frissons, céphalées, myalgies et arthralgies. La période d'incubation est de deux à dix jours et est suivie de la formation d'un ulcère au site de pénétration, les ganglions augmentent de volume et deviennent nécrotiques et suppuratifs. Les manifestations cliniques sont divisées en plusieurs syndromes. La présentation ulcéroganglionnaire est la plus fréquente : une ulcération cutanée, érythémateuse, indurée et douloureuse fait suite à une papule et une pustule. Celle-ci siège au niveau de la porte d'entrée : doigts et mains en cas de contact avec un léporidé ou membres inférieurs, dos, tête et cou lors de piqûres d'arthropodes. Les adénopathies sont celles du territoire de drainage de la lésion, elles coexistent ou précèdent l'ulcération. L'évolution est souvent prolongée par la suppuration de celle-ci qui évolue vers la fistulisation en l'absence de ponctions évacuatrices effectuées. Une forme ganglionnaire isolée sans signes cutanés est observée dans 10 à 15 % des cas ainsi qu'une forme pharyngo-ganglionnaire (pharyngite, angine aiguë érythémateuse, pseudomembraneuse ou ulcéreuse) dans 12 à 25 % des cas. Cette dernière est la forme diagnostiquée chez notre patient. La ou les hypothèses de la contamination de ce dernier peuvent être les suivantes : inoculation orale à partir des mains suite au dépeçage et au nettoyage du gibier (le patient a manipulé un canard sauvage qui fait certes partie des espèces peu réceptrices), consommation d'eaux ou de nourritures contaminées. On peut aussi rencontrer une forme oculo-ganglionnaire qui est due à une inoculation conjonctivale par des doigts souillés, une projection de particules ou d'eaux infectées. Elle se traduit par une conjonctivite unilatérale purulente et douloureuse parfois associée à des adénopathies. La forme pseudotyphoïdique sans ulcères ni adénopathies est rare en France. La tularémie peut prendre l'aspect d'une pneumonie atypique ou beaucoup plus rarement d'une péricardite, méningite, ostéomyélite, néphrite, érythème noueux.

Les traitements classiques [5] sont les cyclines qui, malgré leur efficacité correcte exposent à des rechutes (cela a été le cas chez notre patient). Le traitement de référence reste les aminosides avec la gentamicine. Les pénicillines et les céphalosporines sont inefficaces (notamment la ceftriaxone, active in vitro, donne de nombreux échecs cliniques). Les fluoroquinolones sont prometteuses en raison de leur bonne tolérance et de la commodité d'absorption orale. Chez les patients traités avec succès, la défervescence apparaît généralement dans les deux premiers jours, les lésions cutanées cicatrisent en une à deux semaines. L'immunité suivant une tularémie est habituellement définitive, bien que quelques cas de réinfestations aient été rapportés en laboratoire.

La tularémie ulcéro-ganglionnaire pose peu de problèmes diagnostiques. Néanmoins il faut être vigilant car les lésions cutanées ressemblent à celles rencontrées dans la sporotrichose, les infections cutanées à Staphylococcus aureus, Streptococcus pyogenes, la syphilis, le charbon... mais avec une lymphadénopathie moindre. La lymphadénopathie de la tularémie ganglionnaire doit être différenciée de celle rencontrée dans la peste, le lymphogranulome vénérien et la bartonellose. La tularémie oro-pharyngée [6] peut ressembler aux pharyngites dues à Streptococcus anginosus, Corynebacterium diphtheriae ou aux affections mononucléosiques. La pneumonie tularémique est à différencier d'une pneumonie atypique. La forme pseudotyphique peut ressembler à la fièvre typhoïde, aux autres bactériémies à salmonelles, à la brucellose, aux rickettsioses, à la mononucléose infectieuse, à la toxoplasmose acquise...

En France la maladie figure au tableau des maladies professionnelles. La prévention de la tularémie peut être faite par l'utilisation d'insecticides ainsi que l'exérèse minutieuse et précoce des tiques. On peut aussi réduire la transmission en utilisant des gants pour manipuler des carcasses d'animaux ou pour dépecer les animaux sauvages, en particulier le lièvre. Un vaccin intradermique provenant d'une souche atténuée est protecteur pour les formes typhoïdiques, mais faiblement pour les formes ulcéro-ganglionnaires. Celui-ci est recommandé pour les chasseurs et les gardes forestiers. Il faut évoquer le diagnostic de tularémie en présence d'une adénopathie, même en l'absence d'une anamnèse considérée comme évocatrice, cela grâce à une sérologie fiable, et ne pas hésiter à la prescrire à nouveau trois semaines plus tard en cas de séronégativité.

Références

1. Avril JL, Dabernat H, Denis F, Monteil H. Francisella tularensis. Bactériologie clinique. Paris : Ellipse (3Ed), 2000 ; 2 : 374-7.

2. Le Coustumier A, Le Coustumier A, Artois M, et al. Épidémiologie de la tularémie en France. Bulletin Épidémiologique Hebdomadaire 1994 ; 42 : 195-7.

3. Harrison Tr, Braunwald E, Isselbacher KJ, et al. Médecine interne. Paris : Arnette, 2000 ; 14 : 1124-8.

4. Staub-Schmidt T, Sire S, Kieffer P, et al. Tularémie transmise par les tiques. À propos de 3 observations. Med Mal Infect 1994 ; 24 : 277-80.

5. Gérard A, Lion C, Maurer P, et al. La tularémie en 1997. La lettre de l'infectiologue 1997 ; 5 : 215-21.

6. Nordahl SH, Hoel T, Scheel O, et al. Tularemia: a differential diagnosis in oto-rhino-laryngology. J Laryngol Otol 1993 ; 107 : 127-9.

Article reçu le 16 août 2001, accepté le 17 octobre 2001.


 

About us - Contact us - Conditions of use - Secure payment
Latest news - Conferences
Copyright © 2007 John Libbey Eurotext - All rights reserved
[ Legal information - Powered by Dolomède ]