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Evaluation of a new automated method for von Willebrand factor antigen measurement : the STA®-Liatest® vWF


Annales de Biologie Clinique. Volume 57, Number 3, 364-8, Mai - Juin 1999, Pratique quotidienne


Résumé  

Author(s) : A. Veyradier, E. Fressinaud, M. Sigaud, M. Wolf, D. Meyer, Service d’hématologie biologique, Hôpital Antoine-Béclère, Clamart.

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ARTICLE

La maladie de Willebrand est la pathologie hémorragique héréditaire la plus fréquente avec une prévalence mondiale supérieure à 1 % [1]. Elle est due à un déficit en facteur Willebrand (vWF), protéine multimérique complexe qui joue un rôle clé à la fois dans l'hémostase primaire et dans la coagulation : d'une part, le vWF est le médiateur de l'adhésion des plaquettes au sous-endothélium et de leur agrégation à taux de cisaillement élevés, d'autre part, il est le transporteur plasmatique du facteur VIII de la coagulation [2]. La classification de la maladie de Willebrand [3] oppose deux types de déficits en vWF : un déficit quantitatif qui peut être partiel (type 1) ou total (type 3) et un déficit qualitatif (variants de type 2) regroupant plusieurs anomalies fonctionnelles. Dans de très rares cas, la maladie de Willebrand n'est pas héréditaire mais acquise, le plus souvent dans un contexte de pathologie immunologique et/ou néoplasique [4].

L'extrême hétérogénéité clinique de la maladie de Willebrand rend indispensable un diagnostic biologique précis du déficit afin d'adapter au mieux la prise en charge thérapeutique. Même s'il est clairement établi que la concentration plasmatique de l'antigène du vWF (vWFAg) est soumise à de nombreuses variations physiopathologiques (ethnie, âge, statut hormonal, inflammation, groupe sanguin [5]...), sa mesure reste, en association avec le dosage de l'activité co-facteur de la ristocétine (vWFRCo), un test spécifique indispensable au diagnostic biologique de la maladie de Willebrand. Le taux de vWFAg est diminué dans les déficits quantitatifs (variable dans le type 1 et indétectable dans le type 3) ; il peut être dans les limites de la normale dans le type 2. Le dosage du vWFAg est classiquement réalisé grâce à des méthodes immuno-enzymatiques (Elisa) [6, 7]. Ces méthodes conventionnelles nécessitent une calibration pour chaque série et des incubations de plusieurs heures, et ne sont par conséquent adaptées ni au dosage unitaire ni à l'urgence. Pour pallier ces inconvénients, de nouvelles méthodes ont été décrites : l'immunofluorescence (Elfa) et l'immunoturbidimétrie (Liatest). La technique STA®-Liatest® vWF (Diagnostica Stago) est basée sur l'agglutination de microparticules de latex recouvertes d'anticorps polyclonaux spécifiques en présence du vWF du plasma, mesurée par turbidimétrie sur l'automate STA.

Nous avons évalué les performances analytiques de la méthode STA®-Liatest® vWF et l'avons comparée à la méthode de référence Elisa (Asserachrom® vWF).

Matériel et méthodes

Sujets testés

Tous les sujets testés ont été inclus dans cette étude après consentement éclairé, conformément à la déclaration d'Helsinski et trois groupes principaux ont été étudiés : 50 sujets normaux (volontaires sains), 13 hémophiles A et 100 patients atteints de différents types de maladie de Willebrand, héréditaire (n = 86) ou acquise (n = 14). Les principales caractéristiques phénotypiques des patients atteints d'une forme héréditaire sont résumées dans le tableau 1 : 43 patients ont un déficit quantitatif en vWF (36 type 1 et 6 type 3) et 44 un déficit qualitatif (14 type 2A, 9 type 2M, 10 type 2B et 11 type 2N). Parmi les 14 cas de maladie de Willebrand acquise, 10 sont associés à une pathologie identifiée : 4 gammapathies monoclonales bénignes, 1 myélome, 3 maladies de Waldenström, 1 leucémie lymphoïde chronique et 1 leucémie myéloïde chronique.

Le sang a été prélevé au pli du coude par ponction veineuse sur citrate de sodium 3,8 %. Le plasma pauvre en plaquettes a été obtenu après deux centrifugations consécutives à 2 500 g pendant 15 min et des aliquotes ont été conservées à ­ 20 °C jusqu'au dosage.

Description de la méthode STA®-Liatest® vWF

La technique STA®-Liatest® vWF est une méthode immunoturbidimétrique adaptée sur les appareils de la ligne STA (STA® et STA® compact) et son principe est le suivant : des microparticules de latex sur lesquelles sont fixés des anticorps polyclonaux de lapin anti-vWF humain (immunoglobulines entières) sont incubées en présence du plasma à tester. L'agglutination des particules de latex augmente la turbidimétrie du mélange réactionnel de façon proportionnelle à la concentration de vWFAg présent dans l'échantillon. La variation d'absorbance est mesurée à 540 nm pendant 260 s.

La calibration est réalisée automatiquement sur le STA à l'aide de 4 dilutions du STA®-vWF Calibrator titré contre le 3e Etalon Standard International [8]. Le tampon seul et la dilution au 1/2 du standard correspondent respectivement aux points 0 et 100 %. La calibration est validée à chaque série par le passage de 2 contrôles de qualité multiparamétriques STA®-Liatest® : Control N (vWFAg : 73-85 UI/dl) et Control P (vWFAg : 29-36 IU/dl).

La procédure utilisée est celle préconisée par le fabricant : les échantillons à tester sont déposés purs dans le STA® (version 6) qui adapte la dilution en fonction de la gamme de linéarité. Le taux de vWFAg des échantillons s'affiche en temps réel en %, correspondant à une concentration exprimée en UI/dl. Les réactifs du coffret STA®-Liatest® vWF sont conservés à + 4 °C.

Évaluation analytique de la méthode STA®-Liatest® vWF

Cette évaluation a été réalisée selon les recommandations de la SFBC. Ont été étudiées : reproductibilité intra- et inter-essais, stabilité de la calibration, limite de détection ainsi que sensibilité et spécificité analytiques. La reproductibilité intra-essai a été étudiée à 4 concentrations différentes de vWFAg obtenues à partir d'un même plasma normal utilisé pur et dilué en plasma immunodéplété en facteur VIII et en vWF (déficient VIII Stago). Chaque concentration a été mesurée en simple détermination, 21 fois consécutives le même jour. La reproductibilité inter-essais a été étudiée à 2 concentrations différentes de vWFAg correspondant aux contrôles STA®-Liatest® N et P testés en simple détermination en 8 mesures quotidiennes, pendant 10 jours consécutifs. La stabilité de la calibration a été évaluée de manière rétrospective par recalcul des valeurs des contrôles N et P obtenues dans le cadre de l'étude de la reproductibilité inter-essais (sur 10 jours), par rapport à l'étalonnage du premier jour. La limite de détection de la méthode est établie à partir de mesures répétitives du tampon. La sensibilité est définie par le rapport de la variation du signal mesuré par unité de taux de vWFAg.

La méthode STA®-Liatest® vWF a été comparée à la technique immuno-enzymatique de référence réalisée à l'aide du coffret Elisa Asserachrom® vWF (Diagnostica Stago) dont les plaques de microtitration sont sensibilisées avec des fragments F(ab')2 d'anticorps polyclonaux de lapin anti-vWF humain similaires à ceux utilisés dans la technique Liatest. Les échantillons plasmatiques (sujets normaux, hémophiles A et patients atteints de maladie de Willebrand) ont été testés en double par les deux méthodes, réalisées le même jour à partir du même aliquote.

Résultats

Performances analytiques de la méthode STA®-Liatest® vWF

Le tableau 2 synthétise les différentes valeurs témoignant de la reproductibilité de la méthode STA®-Liatest® vWF. La reproductibilité intra-essai montre un coefficient de variation (CV) compris entre 2 et 9,6 %. Les CV de la reproductibilité inter-essais sont respectivement de 3,1 et de 5,8 % pour les contrôles N et P.

La stabilité de la calibration évaluée avec un recul de 10 jours montre un CV de 3,1 % pour le contrôle N (vWFAg : 75-85 UI/dl, moyenne ± DS : 78,6 ± 2,4) et de 2,7 % pour le contrôle P (vWFAg : 30-33 UI/dl, moyenne ± DS : 31 ± 0,8).

La limite de détection est de 2 UI/dl et la sensibilité de 6 UI/dl. La méthode est linéaire jusqu'à 105 UI/dl.

L'étude de la spécificité analytique met en évidence une surestimation du taux de vWF en présence de titres élevés de facteur rhumatoïde dans le plasma (cf. infra).

Corrélation à la méthode Elisa Asserachrom® vWF

Le tableau 3 résume les valeurs extrêmes, les moyennes, les écarts-types (DS) et l'analyse par régression linéaire des résultats obtenus avec les 163 plasmas par les deux techniques de dosage du vWFAg.

Chez les sujets normaux et les hémophiles A (n = 63), les valeurs du vWFAg plasmatique sont similaires en Elisa et en Liatest montrant, pour des valeurs normales et élevées, une droite de corrélation d'équation y = 0,94 x + 11,89 (r = 0,95).

Chez les patients atteints de maladie de Willebrand tous types confondus (n = 100), les deux méthodes sont bien corrélées dans la majorité des cas. Cependant, compte tenu du seuil de détection (2 UI/dl), la technique Liatest ne permet pas de quantifier exactement le taux de vWFAg chez les patients de type 3 : le taux mesuré dans notre étude chez 6 patients est évalué entre 2 et 6 UI/dl alors qu'il est inférieur à 1 UI/dl en Elisa (tableau 3). De plus, chez trois patients (un type 1 et deux formes acquises de maladie de Willebrand), le dosage du vWFAg est nettement surestimé en Liatest (respectivement 135, 83 et 81 UI/dl) par rapport à l'Elisa (respectivement 30, 16 et 35 UI/dl). Ces trois patients ont un titre élevé de facteur rhumatoïde (respectivement 50, 100 et 80 UI/dl), associé soit à une hépatite C chronique post-transfusionnelle avec cryoglobulinémie, soit à une gammapathie monoclonale (tableau 4). En excluant les six patients de type 3 et les trois patients « discordants » de l'analyse statistique, la corrélation entre l'Elisa Asserachrom® vWF et le STA®-Liatest® vWF est définie par une droite de regression d'équation y = 0,90 x + 3,00 ; r = 0,97 chez les patients atteints de maladie de Willebrand (n = 91) (tableau 3) et y = 1,01 x + 0,70 ; r = 0,98 chez l'ensemble des sujets normaux et des patients atteints de maladie de Willebrand ou d'hémophilie A (n = 154) (figure 1).

Commentaires

Historiquement, plusieurs techniques immunologiques permettent de mesurer le vWFAg plasmatique : l'électro-immunodiffusion (Laurell) [9], peu sensible et surestimant le taux de vWFAg dans les types 2, a été remplacée par l'immunoradiométrie (Irma) [10] et l'immuno-enzymologie (Elisa) [7]. Cette dernière est la technique la plus pratiquée dans les laboratoires de routine et reste la méthode de référence. L'Elisa est une technique sensible et spécifique mais elle présente trois principaux inconvénients : elle est de réalisation longue, non automatisée et son mode de conditionnement n'est pas adapté aux dosages unitaires ce qui en limite l'utilisation dans un contexte d'urgence. Pour pallier ces inconvénients, Biomérieux a développé un système Elfa rapide et automatisé, le VIDAS® vWF, qui permet des dosages unitaires du vWFAg en 35 min [11]. Plus récemment, une technique d'immunoagglutination, le STA®-Liatest® vWF, a été commercialisée par Diagnostica Stago. Cette nouvelle méthode également adaptée aux dosages unitaires, présente l'avantage d'être encore plus rapide (8 min) et surtout d'être utilisable sur des automates d'hémostase de routine multiparamétriques (STA® et STA® compact).

La reproductibilité intra- et inter-essais est excellente pour des concentrations plasmatiques de vWFAg normales et pathologiques et la stabilité de la calibration autorisera prochainement l'utilisation de réactifs précalibrés. Des études préliminaires réalisées par le fabricant ont montré qu'il n'y avait pas d'effet de zone jusqu'à 800 UI/dl, ni d'interférence avec l'hémoglobine, la bilirubine et les héparines jusqu'à des concentrations respectives de 5 g/l, 150 mg/l et 2 UI/ ml. Dans la fiche technique, il y a une mise en garde en cas de plasma particulièrement turbide où le taux de vWFAg peut être sous-estimé ou de plasma contenant un facteur rhumatoïde où le taux de vWFAg est au contraire surestimé, ce que notre étude met bien en évidence.

La corrélation de la méthode STA®-Liatest® vWF à la technique Elisa de référence est globalement excellente pour une gamme de vWFAg allant de 7 à plus de 200 UI/dl (n = 154), puisque la droite de régression montre une pente de l'ordre de 1, une ordonnée à l'origine presque nulle et un r à 0,98. Dans la zone des valeurs basses (majorité des patients atteints de maladie de Willebrand), la corrélation est également très satisfaisante dans les types 1 et 2 de maladie de Willebrand. Fait intéressant, la technique Liatest ne semble pas influencée par la structure multimérique du vWF puisque les variants de type 2A (n = 14) et 2B (n = 10), déficitaires en multimères de haut poids moléculaire du vWF, ont des résultats concordants avec l'Elisa.

Notre étude met cependant en évidence deux limites au dosage du vWFAg par la technique STA®-Liatest® vWF : d'une part, sa sensibilité de 6 UI/dl est inférieure à celle de l'Elisa (0,5 UI/dl) et ne permet donc pas l'étude des rares déficits sévères en vWF (type 3 de maladie de Willebrand). D'autre part, l'interférence des facteurs rhumatoïdes qui réagissent avec le fragment Fc des immunoglobulines totales du Liatest et non avec les fragments F(ab')2 de l'Elisa pouvant entraîner une surestimation importante du vWFAg.

CONCLUSION

Notre étude montre que le STA®-Liatest® vWF est une nouvelle technique de dosage du vWFAg reproductible et parfaitement corrélée à la méthode Elisa de référence. Elle présente, de plus, l'avantage d'être automatisée sur les appareils multiparamétriques de la ligne STA ce qui permet une rapidité d'exécution et un dosage unitaire adaptés à l'urgence. Néanmoins, sa sensibilité inférieure à celle de l'Elisa en limite l'intérêt dans l'étude des rares déficits sévères en vWF (type 3). De même, sa moindre spécificité requiert une vigilance particulière en présence d'auto-anticorps de type facteur rhumatoïde. Dans tous les cas, la confrontation du vWFAg au vWFRCo demeure indispensable et impose, en cas de discordance, de contrôler le vWFAg à l'aide d'une technique Elisa ou Elfa.

Remerciements. Les auteurs tiennent à remercier Christine Thirion (Diagnostica Stago) ainsi que Sylvaine Savigny (Laboratoire d'hématologie, Clamart) et Catherine Badaud (Laboratoire d'hématologie, Nantes) pour l'aide qu'elles ont apportée à cette étude.

Article reçu le 16 janvier 1999, accepté le 20 février 1999.

REFERENCES

1. Fressinaud E, Meyer D. La maladie de Willebrand : du diagnostic au traitement. Hématologie 1995 ; 3 : 199-208.

2. Meyer D, Girma JP. Von Willebrand factor : structure and function. Thromb Haemost 1993 ; 70 : 99-104.

3. Sadler JE. A revised classification of von Willebrand disease. Thromb Haemost 1994 ; 71 : 520-5.

4. Tifferi A, Nichols WL. Acquired von Willebrand disease : concise review of occurrence, diagnosis, pathogenesis and treatment. Am J Med 1997 ; 103 : 536-40.

5. Gill JC, Endres-Brooks J, Bauer PJ, Marks WJ, Montgomery RR. The effect of ABO blood group on the diagnosis of von Willebrand disease. Blood 1987 ; 69 : 1691-5.

6. Mazurier C, Parquet-Gernez A, Goudemand M. The assay of factor VIII-related antigen by an immuno-enzymatic method. Thromb Haemost 1980 ; 43 : 71.

7. Ingerslev J. A sensitive Elisa for von Willebrand factor (vWF : Ag). Scand J Clin Lab Invest 1987 ; 47 : 143-9.

8. Barrowcliffe TW, Tydeman MS, Kirkwood TBL, Thomas DP. Standardization of factor VIII-III. Establishment of a stable reference plasma for factor VIII-related activities. Thromb Haemost 1983 ; 50 : 690-6.

9. Zimmerman TS, Ratnoff OD, Powell AE. Immunologic differenciation of classic haemophilia (factor VIII deficiency) and von Willebrand disease. J Clin Invest 1971 ; 50 : 244-54.

10. Girma JP, Ardaillou N, Meyer D, Lavergne JM, Larrieu MJ. Fluid phase immunoradiometric assay for the detection of qualitative abnormalities of factor VIII/vWF in variants of von Willebrand disease. J Lab Clin Med 1979 ; 93 : 926-39.

11. Pittet JL, Barbalat V, Sanvert M, Villard C, Jorieux S, Mazurier C. Evaluation of a new atomated Elisa test for von Willebrand factor using two monoclonal antibodies. Blood Coag Fibrinol 1997 ; 8 : 209-15.


 

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