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Fertilité du couple et fécondation : aspects génétiques


Annales de Biologie Clinique. Volume 57, Number 3, 322-4, Mai - Juin 1999, Dossier : 5e journée scientifique de la SFBC


Résumé  

Author(s) : B. Sèle, Biologie de la Reproduction, CHU et Inserm U. 309, Institut Albert-Bonniot, 38000 Grenoble.

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ARTICLE

La fertilité d'un couple dépend pour partie de la qualité de la gamétogenèse qui comporte les divisions méiotiques et les phénomènes de différenciation aboutissant à la production de gamètes mûrs. Ces phénomènes sont placés sous le contrôle de nombreux gènes dont la plupart restent à identifier. La fertilité féminine est liée à la fécondabilité d'une unique cellule produite au cours du cycle, alors que la fertilité masculine dépend de la fonctionnalité d'une population hétérogène de spermatozoïdes. Il existe un faisceau d'arguments scientifiques en faveur de l'absence de corrélation entre la fonctionnalité d'un spermatozoïde et le génome haploïde qu'il véhicule.

Fertilité et fécondance

La fertilité qualifie l'aptitude d'un couple à procréer. Elle est corrélée à de nombreuses variables quantifiables telles que le taux basal de FSH chez la femme ou la numération des spermatozoïdes dans l'éjaculat chez l'homme ; il existe donc une échelle de fertilité, qui devient une stérilité lorsqu'est atteint le degré extrême d'hypofertilité. Comme toutes les fonctions, la fertilité est placée sous le contrôle du génome somatique des deux individus qui forment un couple.

La fécondance, pour sa part, qualifie l'aptitude d'une cellule germinale à fusionner avec une cellule de « sexe » opposé. Il n'existe pas de degré de fécondance ni de fécondabilité : la cellule est apte ou inapte. Indirectement cette aptitude est aussi placée sous contrôle du génome somatique de l'individu dont la cellule est issue.

Fertilité et fécondance sont liées : en effet la fertilité de l'individu dépend pour partie de la production de gamètes fécondants ou fécondables. Cependant les deux fonctions ne sont pas équivalentes, car la fertilité met en jeu un organisme intégré alors que la fécondance relève de la biologie d'une cellule.

La fertilité est donc étroitement corrélée à la qualité de la gamétogenèse dont le produit ultime est le gamète mûr. Chez tous les mammifères, le sexe mâle se distingue du sexe femelle par la permanence et le nombre élevé de gamètes produits. C'est donc l'ensemble des spermatozoïdes présents au sein d'un éjaculat qui doit être considéré et non une unique cellule comme dans le sexe femelle. Or la population de spermatozoïdes d'un éjaculat présente un degré extrême d'hétérogénéité.

En premier lieu l'hétérogénéité est génétique : le génome haploïde est constitué à l'issue des deux divisions de méiose, c'est-à-dire au stade de spermatide. Or la méiose présente de fréquentes mutations géniques ou chromosomiques qui sont à l'origine de constitutions génétiques anormales. Dans l'espèce humaine, on sait qu'environ 8 % des spermatozoïdes d'un éjaculat comportent un génome gravement altéré.

En second lieu l'hétérogénéité est fonctionnelle. À l'issue de la spermiogenèse, c'est-à-dire de la maturation des spermatides en spermatozoïdes, il existe une grande variabilité en termes de vitalité (de nombreux spermatozoïdes sont morts), en termes de morphologie (de nombreux spermatozoïdes présentent des atypies) et en termes de mobilité. Or tous ces paramètres sont impliqués dans la fonctionnalité des spermatozoïdes, c'est-à-dire dans leur pouvoir fécondant. On peut donc, en première approximation, distinguer deux sous-populations de spermatozoïdes selon qu'ils sont fécondants ou non fécondants.

Génome haploïde et fédondance

La question essentielle est celle du degré de recouvrement entre la sous-population de spermatozoïdes non fécondants et celle des spermatozoïdes à contenu génétique anormal. De la réponse à cette question dépend en effet le bien fondé de la pratique de l'ICSI (intra cytoplasmic sperm injection), qui a pour objet l'obtention d'un oeuf fécondé à partir d'un spermatozoïde fonctionnellement défaillant.

Deux théories sont en faveur d'une corrélation entre le contenu génétique du spermatozoïde et son pouvoir fécondant ; la première ne repose sur aucun argument scientifique : elle postule que l'accès à l'ovocyte procède d'une mise en compétition des spermatozoïdes sur le plan génétique par assimilation de ces cellules à une horde de mâles dont le plus performant s'approprie le plus grand nombre de femelles, ce qui confère un avantage sélectif au génome qu'il transmet. Outre que le spermatozoïde ne peut être impliqué qu'une seule fois dans une fécondation, l'assimilation est abusive car elle confond la physiologie d'un organisme entier et celle d'une cellule. Cette théorie n'est pas très éloignée de la théorie archaïque de la préformation qui postulait l'exclusivité du génome mâle à participer à celui du zygote, l'ovocyte ne constituant qu'un réceptacle génétiquement neutre pour le bon développement de l'œuf.

La seconde théorie correspond à une interprétation scientifique de la présence de transcrits haploïdes dans la cellule germinale. Or, si cette présence est avérée [1], il n'en reste pas moins qu'il s'agit de transcrits ubiquitaires qui, selon toute vraisemblance, sont à mettre sur le compte des remaniements considérables que subit la chromatine au cours de la spermiogenèse. Certes on observe par ailleurs des transcrits tout à fait spécifiques du testicule, mais la nature haploïde de ces derniers reste à démontrer si l'on veut bien admettre qu'ils sont aussi présents dès le stade pachytène, c'est-à-dire à un stade diploïde, avant que les recombinaisons génétiques n'aient eu lieu. Ces transcrits spécifiques ont donc une forte probabilité de provenir du génome somatique.

En revanche, il est démontré qu'il n'existe pas de corrélation entre le contenu chromosomique d'un spermatozoïde et sa fonctionnalité. En effet on retrouve le même taux d'anomalies chromosomiques qu'on l'évalue par le caryotype qui n'explore que des spermatozoïdes fécondants, ou par l'hybridation in situ qui porte sur l'ensemble des spermatozoïdes vivants de l'éjaculat. En l'état actuel on peut donc considérer qu'il n'existe pas de corrélation entre le pouvoir fécondant d'un spermatozoïde et le génome qu'il véhicule. S'il existe une sélection des spermatozoïdes dans les voies génitales féminines, celle-ci est exclusivement basée sur la fonctionnalité de ces cellules et la fécondation reste un phénomène hautement aléatoire sur le plan génétique.

Si l'on considère enfin l'origine et la quantité de messagers présents au niveau de l'œuf fécondé humain, il apparaît une décroissance des messagers d'origine maternelle jusqu'à J4 ou J5, puis une apparition de messagers d'origine zygotiques, mais on n'observe jamais la présence de messagers d'origine paternelle. Lorsqu'un effet paternel est mentionné [2] il s'agit vraisemblablement de mécanismes épigénétiques.

À cette absence de corrélation il existe cependant une exception indiscutable : c'est celle des spermatozoïdes atypiques macrocéphales au niveau desquels l'hybridation in situ a permis de mettre en évidence des génomes diploïdes. La pratique de l'ICSI avec de tels spermatozoïdes, difficile techniquement, permet d'observer des œufs fécondés à l'évidence triploïdes contenant un pronoyau femelle haploïde et un pronoyau mâle diploïde.

Génome somatique et fertilité

Si la fonctionnalité d'un spermatozoïde n'est pas à mettre en relation avec le génome qu'il porte, il n'en reste pas moins que la production de spermatozoïdes fonctionnels, c'est-à-dire l'ensemble de la spermatogenèse, y compris la méiose, est placée sous le contrôle du génome somatique. De très nombreux gènes sont impliqués et restent pour la plupart l'essentiel à découvrir.

Il existe ainsi des situations d'infertilité masculine pour lesquelles la cause génétique est bien identifiée. Il peut s'agir de causes géniques telles que les mutations du gène CFTR, le syndrome de Kartagener, les microdélétions du chromosome Y dans la région AZF en particulier... il peut aussi s'agir de remaniements chromosomiques telles que des translocations ou bien d'anomalies du nombre des gonosomes au premier rang desquelles se situe le syndrome de Klinefelter. Cette dernière situation est particulièrement intéressante depuis que l'ICSI permet de procréer à des sujets porteurs de Klinefelter qui présentent au moins quelques spermatozoïdes dans leur éjaculat ou au niveau testiculaire [3]. En effet, se trouve posée pour ces sujets la transmission éventuelle de leur pathologie à leur descendance mâle. Grâce aux techniques d'hybridation in situ à l'aide de sondes spécifiques des chromosomes X, Y et d'un autosome, il est possible d'évaluer la proportion des spermatozoïdes 24 XY responsables de la transmission du syndrome. Les résultats publiés indiquent des proportions très variables [4-9] indépendamment de l'état homogène ou mosaïque du sujet (tableau 1). Par ailleurs il reste encore à explorer l'existence d'un éventuel effet interchromosomique qui pourrait être à l'origine d'anomalies autosomiques beaucoup plus invalidantes, dans la descendance. On voit donc que lorsqu'une cause génétique d'infertilité est identifiée, elle expose la descendance à un risque éventuel de perpétuer cette situation, ce qui ne saurait justifier en soi le refus de prise en charge de ces sujets en terme de procréation artificielle.

Pourtant la prise en charge de ces sujets, conforme à la définition du conseil génétique, ne fait pas l'unanimité. On peut s'interroger sur le fondement de ces réticences [10] qui par ailleurs, scotomisent assez largement l'existence de causes génétiques aussi bien documentées lorsque l'infertilité est d'origine féminine. En effet il existe des causes géniques à l'infertilité féminine, telles que les mutations des récepteurs des gonadotrophines, le syndrome de Kartagener, les mutations de facteurs de reconnaissance des spermatozoïdes... il existe aussi des causes chromosomiques telles que certaines translocations ou anomalies des gonosomes comme le syndrome de Turner.

CONCLUSION

Le nombre de paramètres qualitatifs et quantitatifs intervenant dans la fertilité est tel que potentiellement tout individu peut devenir infertile. Par ailleurs tout individu est exposé au risque de transmettre à sa descendance un ou plusieurs gènes soit simplement défavorables tels que ceux impliqués dans l'infertilité, soit gravement délétères. En somme il ne peut exister de contre-indication génétique à la procréation, que celle-ci soit naturelle ou médicalement assistée.

REFERENCES

1. Erickson RP. Post-meiotic gene expression. Trends Genet 1990 ; 6 : 264-9.

2. Janny L, Menezo Y. Evidence for a strong paternal effect on human preimplantation embryo development and blastocyst formation. Mol Reprod Dev 1994 ; 38 : 36-42.

3. Palermo GD, Schlegel PN, Sills ES, et al. Births after intracytoplasmic injection of sperm obtained by testicular extraction from men with nonmosaic Klinefelter 's syndrome. N Engl J Med 1998 ; 338 : 588-90.

4. Cozzi J, Chevret E, Rousseaux S, et al. Achievement of meiosis in XXY germ cells : study of 543 sperm karyotypes from an XY/XXY mosaic patient. Hum Genet 1994 ; 93 : 32-4.

5. Chevret E, Rousseaux S, Monteil M, et al. Increased incidence of hyperhaploïd 24,XY spermatozoa detected by three-colour FISH in a 46,XY/47,XXY male. Hum Genet 1996 ; 97 : 171-5.

6. Martini E, Geraedts JPM, Liebaers I, et al. Constitution of semen samples from XYY and XXY males as analysed by in situ hybridization. Hum Reprod 1996 ; 11 : 1638-43.

7. Guttenbach M., Michelmann HW, Hinney B, Engel W, Schmid M. Segregation of sex chromosomes into sperm nuclei in a man with 47, XXY Klinefelter's karyotype : a FISH analysis. Hum Genet 1997 ; 99 : 474-7.

8. Estop AM, Munné S, Cieply KM, Vandermark KK, Lamb AN, Fisch H. Meiotic products of a Klinefelter 47,XXY male as determined by sperm fluorescence in situ hybridization analysis. Hum Reprod 1998 ; 13 : 124-7.

9. Foresta C, Galeazzi C, Bettela A, Stella M, Scandellari C. High incidence of sperm sex chromosome aneuploidies in two patients with Klinefelter's syndrome. J Clin Endocrinol Metab 1998 ; 83 : 203-5.

10. Thibault C. Certitudes et inquiétudes concernant l'ICSI. Contr Fert Sex 1998 ; 26 : 211-7.


 

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