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Biologie délocalisée - Compte rendu de la réunion EFI du 28 novembre 1998


Annales de Biologie Clinique. Volume 57, Number 3, 369-71, Mai - Juin 1999, Culture-qualité


Résumé  

Author(s) : J. Henny.

ARTICLE

La réunion de travail de l'EFI (Espagne-France-Italie), qui s'est tenue en novembre dernier dans le cadre des journées scientifiques de la SFBC, avait pour thème la biologie délocalisée dans le but d'échanger pratiques et problèmes rencontrés dans les trois pays. Le Bureau de la SFBC a demandé aux ABC d'en publier le compte rendu, afin d'apporter un complément d'informations pour un débat qui demeure d'actualité.

Motifs d'implantation d'une biologie délocalisée

Les justifications, habituellement prônées, sont la rapidité d'exécution des analyses et de réponse des résultats, la simplicité de réalisation, et l'éloignement du laboratoire central (enquête SFBC, Ann Biol Clin 1996 ; 56 : 491-6).

Cependant, la distance entre les services cliniques et le plateau technique n'est pas prise en compte dans les progrès architecturaux. De plus le transfert des spécimens est facilement réalisable par un système d'acheminement pneumatique, même dans un hôpital pavillonnaire. Les temps de transfert sont courts de 1 à 3 min. C'est un système très efficace qui préserve également la stérilité du spécimen. Le système pneumatique est relativement peu coûteux.

D'autres motifs d'implantation sont également à prendre en considération, tel celui de limiter entrée et sortie de personnel d'un secteur stérile (ex. : chirurgie cardiaque).

La question essentielle est « Existe-t-il une véritable notion d'urgence ? ». Le concept de turnaround time est à géométrie variable en fonction des intérêts respectifs. La véritable « urgence » impose que le clinicien utilise vraiment le résultat dès qu'il parvient entre ses mains. Par exemple, les résultats des gaz du sang, des lactates doivent être traités immédiatement. Celui d'hémoglobine glyquée mesurée immédiatement permet une adaptation thérapeutique et améliore le confort du patient.

Quels examens relèvent de la biologie délocalisée dans les pays de l'EFI ?

En France, on limite généralement la biologie délocalisée aux gaz du sang, à la kaliémie. En réalité, la pratique est beaucoup plus étendue : home testing, bandelettes (surtout glycémie pour l'autocontrôle des diabétiques), dépistages urinaires, enzymes cardiaques, électrolytes, hémoglobine glyquée. D'autres applications vont apparaître en hormonologie (hormones thyroïdiennes) ou microbiologie. Les demandeurs sont essentiellement les chirurgiens cardiaques, les anesthésistes-réanimateurs, les pédiatres et les pneumologues. L'implication des biologistes est faible.

En Italie (expérience de l'hôpital San Rafaële de Milan), il existe des expériences notamment en réanimation et en monitorage, en raison de la rapidité d'exécution, de la simplicité et du confort d'utilisation des instruments. La mémorisation des résultats dans une base de donnée unique en vue de l'intégration dans le dossier médical apparaît comme essentielle. Des stations de contrôle surveillant des équipements de 4 à 8 départements nécessitent un technicien de garde qui assure le suivi des contrôles de qualité réalisés dans les départements. Il est utile que la validation des résultats soit accomplie par le biologiste du laboratoire au moment de leur transmission au laboratoire. Actuellement, la demande en Italie se limite aux électrolytes, gaz du sang, hématocrite. Dans le futur, elle s'orientera vers les lactates, la créatinine. Cependant, des déclarations récentes démontrent une grande réticence à l'extension de ces analyses.

En Espagne, la rapidité est la première motivation pour l'implantation de la biologie délocalisée. Quelques hôpitaux ont mené des expériences de réalisation des gaz du sang, mais les problèmes liés à la responsabilité, au contrôle de qualité et au contrôle des appareils ne sont pas totalement résolus. Seuls, quelques hôpitaux ayant des temps de réponse longs ont continué l'expérience. Les champs d'application envisagés sont essentiellement la gazométrie sanguine, le monitorage en soins intensifs et en chirurgie cardiaque. Il n'y a pas de besoins exprimés pour l'hémoglobine glyquée. En Espagne, la délocalisation est limitée, prudente.

Quel est le coût de la biologie délocalisée ?

Il apparaît qu'il n'existe pas d'étude objective sérieuse sur le sujet. Il convient de ne pas se limiter à une vision purement comptable, mais d'intégrer la notion de bénéfice/coût (incluant la durée de séjour, le nombre de consultations médicales, le service rendu au patient, le confort du patient).

Évaluation des équipements

Cela ne paraît pas être un thème d'intérêt majeur. La plupart des appareils sur le marché « marchent bien » ; ceux qui marchent moins bien, marcheront un jour grâce aux améliorations apportées par les fabricants ou disparaîtront.

Cette question ne semble pas être non plus d'un intérêt stratégique dans la décision d'implantation ou non de la biologie délocalisée. Elle relève d'une procédure d'évaluation traditionnelle en biologie clinique. Par exemple, les tests de bactériologie délocalisée manquent encore de fiabilité, ne sont pas très rapides et sont encore chers. Mais, il est vraisemblable que cette situation s'améliorera rapidement avec la biologie moléculaire. Les améliorations sont d'ailleurs souvent le fruit d'une coopération entre les biologistes et les industriels.

La position des instances représentatives en France :
le Conseil des Ordres des médecins et des pharmaciens

Vis-à-vis de la responsabilité de celui exerçant un acte de biologie délocalisée, l'Ordre national des médecins a pris clairement position : « Le biologiste exerce sa propre responsabilité dans l'exercice du champ d'application de la biologie. L'exercice de la médecine est personnel. Tout médecin peut réaliser un acte diagnostique, thérapeutique dans ses limites de compétence et de connaissance, sinon il s'adressera à des tiers compétents. Enfin, l'exercice de la médecine impose d'avoir les moyens de prendre en charge la réalisation des actes. C'est au médecin de savoir ce qu'il peut, doit faire et de connaître ses limites. »

Pour l'Ordre national des pharmaciens (section G), l'ouverture non raisonnée vers la délocalisation a fait l'objet d'une prise de position unanime du Conseil qui la désapprouve et ne souhaite pas son développement. Il conviendrait de définir les procédures de prise en charge et les listes d'examens à réaliser.

Qui doit réaliser les actes de biologie délocalisée ?
Quelle est la formation du personnel ?
Quels contrôles ?

En France, l'implication réelle des biologistes dans le choix, le contrôle, la formation, la maintenance est très faible (inférieure à 25 % dans le meilleur des cas) [1]. La réalisation des actes de biologie délocalisée se fait donc hors de tout cadre juridique, de toute réglementation, de toute recommandation, cela en parfaite opposition à une biologie de laboratoire hypercontrôlée et réglementée. Les administrations hospitalières et l'Agence du médicament ignorent cette question ; or il y a là un impératif de sécurité vis-à-vis du patient qui doit être pris en compte, notamment les procédures techniques et les contrôles. Les obligations de formation du personnel (notamment infirmiers) sont inexistantes : il conviendrait de leur donner un minimum de formation en biologie médicale et d'assurer un minimum d'encadrement et de contrôle. Rappelons une étude récente qui démontrait la mauvaise qualité des glycémies exécutées par un personnel non technicien [2].

En Italie et en Espagne, des procédures de contrôle sont mises en place par le laboratoire central.

Quelle réglementation pour la biologie délocalisée ?

Pour les exécutants

En France, un groupe de travail de la DGS se penche actuellement sur la question. Il n'a pas pour l'instant remis ses conclusions.

En Italie, une circulaire d'application de la province de Lombardie prévoit un contrôle de qualité 2 fois par jour si un instrument travaille 24 h/24 h (pour les analyseurs de laboratoires). Hors laboratoire, il n'existe aucune réglementation.

En Espagne, il n'y a aucune réglementation pour les appareils délocalisés. Il existe seulement un processus de certification des laboratoires ainsi qu'une réglementation des contrôles de qualité externes. L'accréditation est en discussion.

Pour les fournisseurs/fabricants

Faut-il mettre en place une procédure rigoureuse similaire à celle de l'industrie pharmaceutique ? En France, les dossiers fournis par les représentants des fabricants à l'ADM, sont de plus en plus documentés et vérifiés. Les fabricants sont très réservés vis-à-vis d'une AMM « diagnostic ». Ils souhaitent, en revanche, que les règles d'acceptation d'un dossier soient clairement définies à l'avance, et valables pour tout le monde. Néanmoins, la circulaire du 21 octobre 1998 impose que la mise en œuvre d'un système analytique soit fait conformément aux recommandations du fabricant.

Mais finalement, qui est responsable ? Le biologiste ou la cassette ?

CONCLUSION

Un tel débat pose plus de questions qu'il n'en résout. Il faut savoir s'adapter à une évolution technique sans se laisser dépasser ou précéder. Il faut donc concilier efficacité et qualité. Les points de réflexions identifiés sont :

­ la justification de l'introduction d'analyses délocalisées, si l'on ne peut pas trouver d'autres solutions (amélioration de la transmission des prélèvements, révision de la conception architecturale),

­ l'implication des biologistes dans le choix des appareils avec l'industriel, l'administration, et le clinicien, dans la définition d'un turnaround time réaliste, dans la formation du personnel d'exécution, dans la mise en place de contrôles en temps réel des analyses grâce à l'informatique, et dans l'élaboration de procédure permettant le stockage des données en vue d'une gestion optimale du dossier médical.

Pour l'instant, et dans l'attente de la parution des textes réglementaires, les cliniciens doivent savoir évaluer leurs limites et ne doivent pas sous-estimer leur responsabilité dans la pratique d'actes par des personnes placées sous leur autorité. À l'avenir, une démarche commune biologistes, industriels et cliniciens devrait conduire à définir les besoins en fonction du service rendu au patient, les procédures d'exploitation des équipements de biologie délocalisée, la mise en place des programmes de formation et l'évaluation du rapport bénéfice/coût.

REFERENCES

1. Billion H, Coquelin H, Jacob JL, Duchassaing D, Goudable J. Enquête sur la biologie délocalisée réalisée auprès des laboratoires d'analyses des établissements de soins. Ann Biol Clin 1998 ; 56 : 491-6.

2. Couderc R, Lefèvre G, Cachin N, Sebban L, Étienne J. Évaluation et contrôle de qualité des analyseurs de glycémie délocalisés dans les services cliniques. Ann Biol Clin 1997 ; 55 : 343-7.


 

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