ARTICLE
Comité scientifique : A. Ankri (Paris), J. Blacher (Paris), M.
Candito (Nice), E. Caussé (Toulouse), B. Chadefaux-Vekemans (Paris),
P. Charpiot (Marseille), J.- F. Chassé* (Paris), Ph. Chauveau (Bordeaux),
V. Ducros (Grenoble), D. Garçon (Marseille), P. Kamoun (Paris),
N. Moatti (Paris), F. Parrot (Bordeaux), I. Quéré (Montpellier),
B. Tribout (Amiens)* Hôpital Georges-Pompidou, 20, rue Leblanc,
75908 Paris cedex 15
Altérations précoces de l'épaisseur
intima-média de l'artère carotide dans l'homocystinurie
homozygote
J.-L. Megnien, J.-M. Saudubray, J. Gariepy, G. Touati, J. Levenson,
A. Simon
Centre de médecine cardiovasculaire préventif, Hôpital
Broussais et Département de pédiatrie clinique et de génétique,
Hôpital Necker, Paris
Objectifs
Afin de mieux appréhender la physiopathologie des complications
cardiovasculaires observées dans l'homocystinurie homozygote, nous
avons mesurer l'épaisseur intima-média (EIM) dans une population
de patients homozygotes et leurs parents hétérozygotes
Méthodes
Nous avons examiné par ultrasonographie l'artère carotide
commune de 14 sujets âgés de 3 à 34 ans (âge
moyen : 13 ans) présentant une homocystinurie homozygote et de
15 de leurs parents hétérozygotes (âge moyen : 41
ans [32-47]). Ces explorations ont été menées de
manière comparative à deux groupes témoins de 15
sujets sains de même âge. L'épaisseur intima-média
(EIM) de la paroi profonde de la carotide commune ainsi que son diamètre
ont été déterminés de manière informatisée.
La surface sectionnelle (SS) a été déduite du produit
de l'EIM et du diamètre.
Résultats
De manière comparative aux témoins en ajustant pour la
surface corporelle ou la taille, les sujets homozygotes ont une EIM et
une SS plus importantes (p < 0,001 ; p < 0,05) et un diamètre
plus petit (p < 0,05). Les sujets hétérozygotes ont des
valeurs semblables aux témoins. L'analyse multivariée des
paramètres artériels chez les sujets homozygotes et leurs
parents montre que : 1) l'EIM est reliée à l'âge (p
< 0,05) et l'homocysteinémie (p < 0,01) ; 2) le diamètre
est relié à la surface corporelle (p < 0,001) ou la taille
(p < 0,05) ; et 3) la SS est reliée à l'âge (p
< 0,05), la surface corporelle (p < 0,05) (mais pas la taille) et
l'homocystéinémie (p < 0,05).
Conclusion
L'homocystinurie homozygote est associée à une hypertrophie
pariétale de l'artère carotide commune, à la différence
de l'homocystinurie hétérozygote. Une telle hypertrophie
peut refléter une prolifération du muscle lisse induite
par l'hyperhomocystéinémie et représente une cible
intéressante pour l'évaluation thérapeutique.
Qu'est-ce qu'une hyperhomocystéinémie
?
M. Candito
Laboratoire de biochimie, Hôpital Pasteur, 30, avenue de la Voie-Romaine,
06002 Nice cedex 1
Une augmentation, même modérée, de l'homocystéinémie
totale plasmatique (tHcy) est un facteur de risque de maladies cardio-cérébro-vasculaires.
Mais, si les précautions de la phase préanalytique du dosage
sont connues, si un contrôle de qualité européen (ERNDIM)
a été mis en place et s'il existe de nombreuses études
de transférabilité des méthodes, il n'y a pas de
consensus sur la définition de l'hyperhomocystéinémie.
Deux démarches devraient apporter une réponse. D'une part,
la normalité biologique définie comme l'intervalle de la
moyenne arithmétique ± 2 ET (écart-type) d'une répartition
gaussienne des valeurs de témoins en bonne santé et, d'autre
part, la valeur seuil au-dessus de laquelle les pathologies apparaissent.
Les concentrations de tHcy sont modulées par des facteurs acquis
et innés. Les causes acquises d'hyperhomocystéinémie
sont les carences en folate, vitamine B12 et à un degré
moindre, en vitamine B6. Les causes innées potentielles sont intriquées
avec les facteurs acquis. Enfin, un déterminant majeur des valeurs
de tHcy est la créatininémie. Les valeurs de tHcy dépendent
également du sexe, avec des valeurs plus élevées
chez les hommes que chez les femmes avant ménopause, et de l'âge.
Aussi les valeurs normales de tHcy sont décrites par sexe et tranches
d'âge chez des témoins dont l'alimentation est équilibrée.
Intervalle des valeurs normales
Nous donnons comme exemple deux études.
La 1re étude est européenne, de Nygard et
al. (1995) la Hordaland Hcy Study, qui a porté sur 7
591 hommes et 8 585 femmes, sans hypertension, ni diabète, ni accident
vasculaire (tableau 1). Les sujets n'étaient pas à
jeun (mais l'Hcy n'augmente pas après les repas). Cependant, ils
pouvaient avoir des vitamines. La valeur supérieure de la moyenne
en mumol/L + 2 ET est indiquée.
La 2e étude est nord-américaine, de Selhub
et al. (1999) qui décrivent les valeurs de la NHANES III,
et qui a porté sur 3 563 hommes et 4 523 femmes dont la créatinine
est normale (homme ¾ 110 ; femme ¾ 90 mumol/L), et le statut
en folate et B12 supérieur à la moyenne des participants
(tableau 2).
Valeur seuil au-dessus de laquelle il existe
un risque de maladie cardio-cérébro-vasculaire
Nygard et al. (1997) ont étudié la relation entre
les concentrations de tHcy et la mortalité de patient dans les
4 à 6 ans suivant un infarctus du myocarde. Ils ont observé
qu'entre 9 et 14,9 mumol/L de tHcy, près de 20 % de leur cohorte
décédaient et près de 25 % des patients à
partir d'une valeur de 15 mumol/L. De plus, Malinow et al. (1996)
ont montré que le risque d'infarctus du myocarde augmente quand
la tHcy augmente graduellement de 9,8 à >= 17,7 mumol/L.
L'étude de Graham et al. (1997) qui a porté sur
800 témoins, prélevés dans 19 centres hospitaliers,
de 9 pays européens, témoins ¾ 60 ans, sans diabète,
ni insuffisance rénale, ni alcoolisme, considère qu'une
valeur d'Hcy >= 12 mumol/L est élevée.
Si la plupart des études considèrent 15 mumol/L comme
étant la valeur supérieure de la normale, il apparaît
que le risque d'IDM est déjà présent pour les valeurs
de 10 mumol/L. Aussi, la limite supérieure de la normale des adultes
est vraisemblablement inférieure à 15 mumol/L et la valeur
de 12 mumol/L pourrait être adoptée actuellement.
Quelles sont les valeurs normales de l'homocystéine
plasmatique, quel(s) objectif(s) thérapeutique(s) faut-il se fixer
?
A. Ankri1, N. Jacob2, B. Chadefaux3
1 Service d'hématologie biologique, 2 Laboratoire
de biochimie, Groupe hospitalier Pitié-Salpêtrière
; 3 Laboratoire de biochimie B, Hôpital Necker, Paris
L'hyperhomocystéinémie modérée est considérée
comme un facteur de risque thrombotique artériel et veineux. La
signification et le rôle de l'hyperhomocystéinémie
modérée sont actuellement discutés. Néanmoins,
les résultats des différentes études montrent une
prévalence de l'hyperhomocystéinémie variable entre
9 et 60 % dans les maladies thrombotiques artérielles et veineuses.
Cette disparité des résultats a probablement plusieurs origines
: disparité des techniques, absence de la valeur seuil établie,
prise en compte du sexe dans la détermination d'une valeur normale.
Nous avons réalisé le dosage de l'homocystéine
plasmatique totale (tHCY) chez 682 patients consécutifs, 3 à
6 mois après un ou plusieurs épisodes de thromboses veineuses
ou artérielles et chez 434 sujets volontaires sains (groupe contrôle).
Deux méthodes de dosage ont été utilisées
: une méthode radio-isotopique (RIA) pour 419 patients et 208 sujets
sains et l'HPLC avec détection fluviométrique pour 263 patients
et 226 sujets contrôles. Parmi les 682 patients, 138 patients ont
eu le dosage de HCYt avec les deux techniques, un échantillon était
envoyé dans les deux laboratoires. Les résultats sont montrés
dans le tableau 1.
Quelle que soit la technique, la valeur moyenne de l'homocystéine
plasmatique totale est significativement plus élevée chez
les hommes que chez les femmes dans les deux groupes de patients et dans
les groupes contrôles.
Nous avons établi différentes valeurs seuils par la moyenne
plus deux écarts-types en tenant compte ou non du sexe. La prévalence
de l'hyperhomocystéinémie varie de 20 à 62,3 % chez
les patients atteints de thromboses artérielles et de 17 à
41,2 % pour le groupe de thromboses veineuses. La disparité de
cette prévalence est retrouvée dans la littérature.
Nos résultats soulignent la nécessité d'établir
une technique de référence et pour celle-ci une valeur seuil
à partir de laquelle une intervention thérapeutique est
souhaitable. Il est fort probable que cette valeur seuil soit différente
chez l'homme et chez la femme. Cette valeur seuil sera à confronter
aux résultats des essais thérapeutiques. Seuls dans l'avenir,
les résultats des essais cliniques rigoureux permettront de montrer,
en cas de positivité, la concentration d'homocystéine au-dessus
de laquelle une intervention thérapeutique a permis d'établir
une diminution du risque thrombotique.
Deux observations à propos d'un cas d'homocystinurie
M. Candito1, P. Dellamonica2, P. Hofman3,
E. Van Obberghen1
1 Laboratoire de biochimie et Unité Inserm U. 145
; Hôpital Pasteur, 30, avenue de la Voie-Romaine, 06002 Nice ; 2
Service des maladies infectieuses, Hôpital de l'Archet, 06002 Nice
; 3 Laboratoire d'anatomopathologie, Hôpital Pasteur,
Nice.
Une patiente homocystinurique par déficit en cystathionine beta-synthase
(CBS), causé par la mutation T833C, a présenté une
thrombophlébite cérébrale avant l'âge de 20
ans. Tandis qu'avant le diagnostic, elle était fréquemment
hospitalisée en psychiatrie, après le début du traitement
par la pyridoxine (250 mg, 3 fois par jour), elle a occupé un emploi,
elle s'est mariée et a eu un petit garçon en bonne santé.
À 40 ans, elle a été victime d'une rhabdomyolyse
aiguë et massive et, malgré le traitement par oxoparine, elle
est décédée d'une embolie pulmonaire.
Deux réflexions découlent de l'analyse de ce cas :
- d'une part, des doses importantes de vitamine B6 étaient
connues pour provoquer des neuropathies et avoir une toxicité hépatique,
mais récemment, Shogi et al. (1998) ont décrit un
épisode de rhabdomyolyse, révélée par une
myoglobinurie, chez un nourrisson de 1 mois, homocystinurique qui recevait
500 mg de pyridoxine par jour. La myoglobinurie a disparu à l'arrêt
du traitement et comme l'indiquent les auteurs, bien qu'il n'existe pas
à ce jour d'explication sur le mécanisme de cette action,
de fortes doses de pyridoxine pourraient avoir une toxicité musculaire
;
- d'autre part, à l'autopsie, des signes d'athérosclérose
ont été recherchés dans le contexte de l'homocystinurie.
Mais, l'arbre coronarien a été trouvé indemne de
ces lésions, ainsi que l'ensemble des artères de gros et
de moyen calibre, en particulier les carotides. Or, l'homocystéine
est un facteur de risque d'athérosclérose et avant le traitement
vitaminique, la patiente avait une homocystéine totale plasmatique
qui atteignait 250 mumol/L. La normalisation a été laborieuse
et elle a présenté un accident vasculaire cérébral.
Cependant, seulement la moitié ou le tiers des homocystinuriques
font un accident vasculaire. Aussi, un facteur additionnel a été
suspecté : parmi ces facteurs évoqués, la patiente
ne présentait pas de Facteur V Leiden, ni le génotype TT
de la mutation C677T sur le gène MTHFR (seulement le génotype
CT), ni la mutation G20210A sur le gène de la prothrombine, ni
une anomalie de coagulation qui explique l'embolie. Elle avait le génotype
AG de la mutation A2756G sur le gène de la méthionine synthase,
sans conséquence pathologique.
Dès 1985, Mudd et al. soulignaient que les accidents vasculaires
de ces patients étaient aussi bien veineux qu'artériels,
et notre patiente a souffert d'un accident veineux dont pourrait être
responsable l'homocystinurie seule ; l'athérosclérose (artérielle)
supposerait un facteur additionnel, absent chez cette patiente.
Valeurs et déterminants de l'homocystéine
plasmatique chez des malades très âgés hospitalisés
O. Henry1, C. Rigolo1, J. Verdavainne1,
D. Schacre1, H.-P. Cornu1, K. Le Dudal2,
P. Iaria2, M. Safar2, J. Blacher2.
1 Hôpital Émile-Roux, AP-HP, 1, avenue Verdun,
94450 Limeil-Brévannes ; 2 Hôpital Broussais,
AP-HP, 96, rue Didot, 75014 Paris
De nombreuses études réalisées chez des sujets
d'âge moyen plaident pour une participation de l'homocystéine
dans la pathogenèse des processus athéroscléreux
et l'existence de lésions artérielles. Afin de pouvoir étudier
ces relations chez des sujets très âgés, nous avons
mesuré l'homocystéine chez 136 patients hospitalisés
en médecine gériatrique pour réhabilitation après
maladies infectieuses, cardiovasculaires, syndrome démentiel, escarres
ou suites d'intervention chirurgicale. Les dosages plasmatiques associaient
à l'homocystéine les vitamines B12 et B9,
la créatinine, le bilan lipidique, et les protéines de l'inflammation
(protéine C réactive, orosomucoide, albumine, préalbumine
et fibrinogène). Quatre-vingt-trois malades étaient porteurs
de lésions artérielles, définies sur la base d'événements
cliniques survenus dans les territoires coronaire, cérébro-vasculaire
et/ou périphérique. Cent sept patients ont bénéficié
de la réalisation d'un scanner cérébral sans injection
de produit de contraste.
Les 136 patients étaient âgés de 84 ± 7 ans
(écart : 60-100). Le taux sérique moyen d'homocystéine
était de 16,2 ± 7,2 mumol/L ; la moitié (67) de la
population avait des valeurs supérieures à 15 mumol/L (tableau
1).
L'homocystéine ne varie pas avec l'âge, ni selon l'existence
de lésions artérielles. Aucune relation n'est observée
entre l'homocystéine et les protéines de l'inflammation
ou les chiffres de pression artérielle. L'analyse multivariée
montre que les seuls déterminants indépendants de l'homocystéine
sont la créatinine plasmatique (p < 0,001) et les folates sériques
(p = 0,004, association négative). Notons que la part de la variance
de l'homocystéine expliquée par ces deux paramètres
est faible (r2 = 0,18). Chez les malades avec homocystéine
élevée (> 15 mumol/L), le diagnostic de syndrome démentiel,
d'origine vasculaire ou non, n'est pas plus fréquent. Les valeurs
élevées d'homocystéine ne sont pas associées
aux différentes lésions de type ischémique observées
sur les scanners cérébraux, mais à une leuco-araïose
plus fréquente (30 % vs 11 %, p = 0,03). Les patients dont
les taux d'homocystéine sont élevés absorbaient en
moyenne deux médicaments à visée cardiovasculaire
ou anti-inflammatoire contre 1,4 chez les autres (p = 0,01). Les médicaments
les plus souvent relevés sont les anti-inflammatoires non stéroïdiens,
les dérivés nitrés et les inhibiteurs calciques (p
< 0,05 pour chaque).
En conclusion, ce travail montre que la moitié de cette population
présente des taux d'homocystéine plasmatique considérés
comme élevés ; taux d'homocystéine moins fortement
corrélés aux déterminants habituels. Il n'existe
pas d'association entre homocystéine et lésions vasculaires
chez ces malades très âgés hospitalisés. Seule
l'existence d'une leuco-araïose scannographique est liée à
l'existence d'une hyperhomocystéinémie.
Identification et caractérisation du variant
844ins68 du gène CBS
K. Robert, I. Quéré, N. Janel, J. London, P. Kamoun,
J.-F. Chassé
UMR 8602, UFR Necker, 156, rue de Vaugirard, 75730 Paris cedex 15
Nous avons montré que l'insertion de 68 paires de bases pourrait
normaliser les taux d'homocystéine chez les patients hyperhomocystéinémiques
porteurs de la MTHFR thermolabile dans la population générale
(De Stefano V, Dekou V, Nicaude V, Chassé J-F, Stansbie D, Humphries
S, Gudnason V. Linkage disequilibrium at the cystathionine beta synthase
(CBS) locus and the association between genetic variation at the locus
and plasma levels of homocysteine. Ann Hum Genet 1998 ; 62 : 481-90).
Donc nous sommes en présence d'une mutation d'épissage avec
l'insertion 68 pb CBS qui peut donner une protéine éventuellement
différente dans les différents organes comme le montre la
littérature.
Il existe au niveau génomique du gène CBS une insertion
de 68 pb qui est très vraisemblablement une mutation d'épissage
et devrait conduire à la synthèse d'un ARNm et d'une protéine
CBS ayant une activité plus importante par rapport à la
protéine normale. L'ARNm codant cette enzyme CBS particulièrement
active devrait être présent dans des organes capables de
modifier et de corriger la concentration de l'homocystéine sérique.
Deux organes ont une même quantité de messager par milligramme
de protéines, le foie et le pancréas ; en revanche ces deux
organes n'ont pas le même poids, le foie étant le plus important.
Par ordre de probabilité, la protéine CBS présente
dans le foie peut influencer la concentration sérique de l'homocystéine.
Pour cela des prélèvements de foie ont déjà
été obtenus. Nous recherchons par PCR la présence
de l'insertion et nous déterminerons par RT-PCR et séquençage
la région CBS qui peut être mutée.
Modulation de l'expression génique dans
le foie de souris déficientes en cystathionine bêta-synthase
K. Robert, A. Chabli, D. Santiard-Baron, C. Vayssettes, E. Paly,
J.-F. Chassé, P. Kamoun, J. London, N. Janel
UMR 8602, UFR Necker, 156, rue de Vaugirard, 75730 Paris cedex 15
La cystathionine bêta-synthase (CBS) est l'enzyme responsable
de la première étape de transulfuration par laquelle le
groupement thiol de l'homocystéine, produit de déméthylation
de la méthionine, est transféré sur une molécule
de sérine pour former de la cystathionine. Chez l'homme, des mutations
du gène codant la CBS provoquent une hyperhomocystéinémie
sévère associée aux signes cliniques de l'homocystinurie
comme une athérosclérose précoce et des lésions
vasculaires.
Des souris déficientes en CBS (CBS-/-) (Watanabe
et al. Proc Natl Acad Sci 1995 ; 92 : 1585-9) présentent
des taux d'homocystéine hépatique élevés et
constituent un modèle animal d'hyperhomocystéinémie
chronique pour l'étude des mécanismes moléculaires
de la toxicité de l'homocystéine. À l'inverse, les
taux hépatiques d'homocystéine chez les souris hémidéficientes
en CBS (CBS+/-) ne diffèrent pas de façon
significative des souris témoins.
Nous avons utilisé les techniques de differential display
RT-PCR, d'hybridation de membranes à moyenne densité et
de northern blot pour comparer les profils d'expression génique
obtenus à partir d'ARN totaux de foie de souris témoins
(CBS+/+), homozygotes (-/-) et hétérozygotes
(+/-) âgées de trois et quatre mois. Treize modulations
ont été ainsi mises en évidence. Plusieurs gènes,
sur- ou sous-exprimés, codent des cytochromes P450 jouant une rôle
important dans le métabolisme de composés comme les stéroïdes
et les acides gras.
La modulation d'expression de neuf gènes est spécifiquement
observée dans le foie de souris CBS (-/-), comprenant
des gènes codant des enzymes impliquées dans le stress oxydant,
et notamment dans l'athérosclérose. Parmi ces gènes,
nous avons trouvé une augmentation d'expression du gène
codant l'hème oxygénase 1 et une diminution d'expression
des gènes codant la sous-unité I de la cytochrome C oxydase,
la glycéraldéshyde-3-phosphate déhydrogénase
et la paraoxonase 1 (PON1).
Métabolisme de l'homocystéine et
étude génétique de la MTHFR dans les syndromes coronariens
aigus
A. Scemama1, H. Benamer1, J. Benessiano2,
P.-E. Valere1
1 Service de cardiologie ; 2 Laboratoire de biochimie
A, CHU Bichat 75018 Paris
Aujourd'hui, l'hyperhomocystéinémie est un facteur de
risque démontré de la maladie athéromateuse et notamment
coronarienne. Sa concentration plasmatique dépend de facteurs génétiques
et nutritionnels. Parmi les facteurs génétiques, une mutation
portant sur le gène codant pour la méthylène tétrahydrofolate
réductase (MTHFR) est responsable dans sa forme homozygote (V/V)
de la synthèse d'une enzyme thermolabile dont l'activité
métabolique est diminuée. L'augmentation modérée
de l'homocystéinémie peut aussi être secondaire à
un déficit en folate, substrat de l'enzyme MTHFR. De plus, les
sujets V/V semblent avoir des besoins accrus en folates pour réguler
le catabolisme de l'homocystéine.
L'objectif de ce travail est d'étudier la participation de cette
interaction gène-environnement dans l'insuffisance coronarienne
aiguë.
Méthodes
Nous avons mesuré les concentrations plasmatiques en homocystéine
à jeun adaptées à la fonction rénale, et les
concentrations en folates plasmatiques et intraérythrocytaires
chez des patients coronariens authentifiés à la coronarographie.
Nous avons recherché la présence du mutant MTHFR thermolabile.
Puis nous avons comparé la population des syndromes coronariens
aigus (SCA, n = 100, âge = 57 ± 13 ans, 87 % de sexe masculin)
à celle des syndromes coronariens chroniques (SCC, n = 67, âge
= 60 ± 13 ans, 90 % de sexe masculin).
Résultats
Seule la concentration en folate plasmatique est significativement différente
entre le groupe SCA et SCC (7,9 ± 4,8 versus 9,8 ± 4,4
; p = 0,04).
La prévalence des sujets V/V est identique dans les deux groupes
(14 et 15 %).
Parmi les patients V/V, la concentration plasmatique en folate est significativement
plus basse dans la population des SCA que dans celle des SCC (4,52 ±
1,22 versus 7,89 ± 4,52 mug/L ; p = 0,03) et le rapport homocystéine/créatinine
est significativement plus élevé (0,158 ± 0,083 versus
0,103 ± 0,034 mumol/µmol ; p = 0,04). Tandis que parmi les autres
patients (A/A + A/V), aucune différence significative entre les
SCA et les SCC n'est constatée ni en folate (8,44 ± 4,73 versus
10,11 ± 4,5 mug/L), ni pour le rapport homocystéine/ créatinine
(0,103 ± 0,035 versus 0,097 ± 0,036).
Conclusion
Le trouble métabolique de l'homocystéine semble plus important
dans les SCA que dans les SCC. L'augmentation modérée de
l'homocystéine pourrait être, dans la pathologie coronarienne,
un facteur à la fois athérogène et thrombogène.
Une étude portant sur un plus grand nombre de patients, permettrait
de justifier l'importance d'un régime riche en folate, voire même
d'une supplémentation vitaminique chez les sujets à risque
identifié en fonction du génotype.
Homocystéine et maladie thromboembolique
veineuse Une étude cas-témoin
V. Ducros1, C. Barro2, J. Yver3,
J.L. Bosson3, G. Pernod2, B. Polack2
1 Département de biologie intégrée ;
2 Département de biologie et pathologie de la cellule
; 3 Médecine vasculaire, Centre hospitalier universitaire,
BP 217 X, 38043 Grenoble cedex 9
L'hyperhomocystéinémie est aujourd'hui reconnue comme
un facteur de risque d'athérosclérose et de maladies vasculaires.
Son lien avec la thrombose veineuse semble encore controversé (peu
d'études, cohorte de petite taille, résultats divergents...).
But de notre étude
L'originalité de cette étude est d'apporter des éléments
forts (cohorte conséquente, évaluation biologique des facteurs
de risque hématologiques, et un groupe contrôle constitué
de sujets ayant un écho-Doppler négatif) afin d'évaluer
si l'hyperhomocystéinémie est bien un facteur de risque
thromboembolique veineux.
Méthodes
Cent cinquante et un cas et 155 contrôles ont été
inclus. Aucun n'a de fonction hépatique ou rénale anormale
ou d'évidence de cancer.
L'homocystéine plasmatique totale (tHcy), la mutation MTHFR,
des anormalités du système naturel anticoagulant (résistance
à la protéine C activée (APC), antithrombine III,
protéine C, protéine S), la mutation du facteur II Leiden,
la mutation du facteur V Leiden (si la résistance à APC
est anormale) et les concentrations en folates et vitamine B12 ont été
déterminées.
Résultats
Sur les 151 cas, deux ont un déficit en protéine C, sept
ont un déficit en protéine S et un a un déficit en
antithrombine III. Dans le groupe contrôle, deux ont un déficit
en protéine C, aucun n'a de déficit en protéine S
ou en antithrombine III. Aucune différence significative de la
concentration plasmatique tHcy n'a été observée entre
les deux groupes. Le 95e percentile de tHcy dans le groupe
contrôle est de 15,6 mumol/L et 4 % des cas excède ce seuil.
La prévalence de la mutation homozygote C677T du gène de
la MTHFR n'est pas augmentée chez les cas par rapport aux contrôles.
Conclusion
L'hyperhomocystéinémie semble ne pas être un déterminant
fort dans la maladie thromboembolique veineuse quand le groupe contrôle
choisi n'est pas en bonne santé mais juste indemne de la maladie
étudiée.
Hyperhomocystéinémie modérée
et thrombophilie
C. Conri1, J. Constans2, S. Skopinski2,
F. Parrot2, C. Vergnes2, V. Guerin3
1 Service de médecine interne ; 2 Laboratoire
de biochimie ; 3 Laboratoire d'hémostase, Hôpital
Pellegrin, Bordeaux
Questions
Quelle est la fréquence des anomalies de la coagulation (thrombophilie)
chez les patients avec hyperhomocystéinémie modérée
? Est-elle différente de celle d'une population « témoin
» (c'est-à-dire ayant les mêmes manifestations cliniques)
mais sans hyperhomocystéinémie ?
Patients et méthode
Étude monocentrique chez des patients consécutifs avec
manifestations vasculaires veineuses et/ou artérielles thrombotiques
:
- 162 patients (91 M, 71 F) avec hyperhomocystéinémie
modérée, inférieurs à 65 ans, homocystéine
à jeun supérieure à 16 mumol/L et/ou supérieure
à 41 mumol six heures après charge orale de 100 mg/kg de
méthionine. Présentation clinique : manifestations thrombotiques
veineuses (53), artérielles (47), mixtes (52), enquête familiale
(11) ;
- 160 patients (79 M, 81 F) sans hyperhomocystéinémie
(groupe témoin vasculaire) inférieurs à 65 ans :
manifestations thrombotiques veineuses (67), artérielles (61),
mixtes (21), enquête familiale (11).
Les recherches d'anomalies de la coagulation thrombophiles ont été
faites à distance des épisodes vasculaires aigus : déficit
en anticoagulant naturel (antithrombine), protéine S, protéine
C ; résistance à la protéine C activée, et
mutation Leiden du facteur V, mutation G20 210A du gène codant
pour la prothrombine (facteur II), anticorps antiphospholipides, taux
des facteurs VIIIc et facteur XI.
Résultats
Chez les 162 hyperhomocystéinémies modérées,
36 ont une anomalie thrombophile associée (20 %) soit 49 anomalies
cumulées. Par ordre de fréquence décroissante : mutation
Leiden du facteur V (14), APL (8), augmentation du F VIIIc (8), mutation
G20 210A du gène codant pour le F II (7), déficit C (4),
augmentation de l'activité du facteur F XI (3), déficit
anti-thrombine (3), déficit protéine C (1), dysfibrinogémie
(1) ; 26/36 ont des manifestations veineuses (70 %) dont 8 avec des associations
thrombophiles multiples.
Chez les 160 « témoins » sans hyperhomocystéinémie,
il y a 37 patients avec thrombophile (21 %) soit 48 anomalies cumulées.
Il n'y a pas de différence significative dans la répartition
des anomalies thombophiles ; 29/37 ont des manifestations veineuses (78
%) dont 4 avec des associations thrombophiles multiples.
Commentaires
Dans une population de patients vasculaires homocystéinémiques,
la fréquence des anomalies thrombophiles associées est de
20 %. Il n'y a pas de différence avec les sujets vasculaires «
témoins ». Les thrombophilies détectées sont
présentes majoritairement chez les patients avec thrombose veineuse
(70 %). Cette fréquence incite à traiter l'hyperhomocystéinémie,
même modérée pour corriger un facteur de risque thrombotique
complètement accessible à un traitement vitaminique.
Métabolisme de l'homocystéine et
des folates, polymorphismes génétiques et cancer
Bruno Tribout1, 2, Estelle Cadet2, Jacques
Rochette2
1 Médecine vasculaire, 2 Génétique
moléculaire, CHU Amiens, 80054 Amiens cedex 01
Dans les facteurs pronostiques rapportés au cours de la leucémie
aiguë lymphoblastique (LAL) pédiatrique, on note particulièrement
la trisomie 21 (localisation des gènes codant le reduced folate
carrier et la CBS) et la balance folylpolyglutamate synthase et gamma-glutamyl
hydrolase régulant la polyglutamation des folates (Lange 2000 ;
Chessels 2000). Les patients atteints de trisomie 21 sont très
sensibles au méthotrexate (Kamen 1997). Les polymorphismes C677T
et A1298C de la MTHFR sont des facteurs protecteurs de LAL mais pas de
LA myéloblastique (Skibola 1999). La surexpression de la CBS, comme
au cours de la trisomie 21, s'associe à une sensibilité
accrue in vitro des myéloblastes de LA myéloblastique
(LAM) à l'ara-C corrélée à une survie prolongée
in vivo (Taub 1996, 1999, 2000). Les myélodysplasies sont
des maladies clonales de la cellule souche hématopoïétique
susceptibles de progresser vers une LAM. Cette progression vers la LAM
est traitée par analogues de pyrimidine à faible dose qui
sont des agents hypométhylants de l'ADN (5-azacytidine) (Willman
2000).
Le cancer du côlon est une maladie multifactorielle, multigénique
avec des interactions entre génétique et environnement (Chen
1999 ; Potter 1999 ; Kiyohara 2000). La cohorte permet de démontrer
une protection vis-à-vis du cancer colorectal conférée
par le génotype TT du polymorphisme C677T de la MTHFR, facteur
génétique d'hyperhomocystéinémie : OR = 0,5
; IC 95 % [0,3-0,9]. L'effet protecteur disparaît en cas de carence
en folate ou de consommation d'alcool (Ma 1997). Le génotype GG
du polymorphisme A2756G de la méthionine synthase, facteur génétique
d'hypohomocystéinémie, confère aussi une protection
mais seulement en l'absence de consommation d'alcool : OR = 0,3 [0,1-0,8]
(Ma 1999).
L'hypométhylation de l'ADN serait une « caractéristique
» des cancers, or le génotype MTHFR C677T (TT) - protecteur
de certains cancers - s'associe chez l'homme à une hypométhylation
de l'ADN génomique des leucocytes (Stern 2000). De même les
souris knock-out pour la MTHFR présentent une hypométhylation
globale de l'ADN (Chen 2001).
Les cellules cancéreuses présentent une anomalie fréquente
du métabolisme de la méthionine dénommée méthionine-dépendance.
Ces cellules sont incapables de proliférer dans un milieu où
la méthionine (Met) est remplacée par l'homocystéine
(Hcys), alors que les cellules normales peuvent dans ces conditions réaliser
une synthèse endogène de Met à partir de l'Hcys exogène.
Les cellules cancéreuses présentent un déséquilibre
entre consommation et formation de Met : 1) une transméthylation
S-adénosylméthionine-dépendante accrue ; 2) pour
une reméthylation réduite du fait d'un déficit relatif
en méthylcobalamine, cofacteur de la méthionine synthase
; 3) ce qui aboutit à un export vers le milieu extracellulaire
d'Hcys (Poirson-Bichat 1997 ; Fiskerstrand 1998). La carence en Met provoquée
sur des tumeurs méthionine-dépendantes permet d'obtenir
un effet antitumoral potentialisé par des analogues de la Met et
peut sensibiliser des tumeurs auparavant réfractaires à
la chimiothérapie (Poirson-Bichat 1997, 2000).
Certaines chimiothérapies induisent une hypométhylation
par inhibition de la transméthylation SAM-dépendante. Les
analogues de l'adénosine et les inhibiteurs de l'adénosine
déaminase inhibent l'adénosine homocystéine hydrolase
(Hamre 1995 ; Endresen 1996 ; Dwivedi 1999). Cytosine arabinosine et 6-mercaptopurine
inhibent la méthionine adénosyltransférase (MAT)
(Rakasz 1991 ; Stet 1994). L'index de méthylation SAM/SAH s'effondre
avec pour conséquence une hypométhylation globale. Une surexpression
de la MAT aboutit à une résistance aux analogues de l'adénosine
en maintenant un index de méthylation correct (Hamre 1995 ; Dwivedi
1999). L'inhibition combinée des deux enzymes de la transméthylation
aboutit à une potentialisation (Kramer 1990).
Le métabolisme de l'homocystéine constitue un facteur
de risque de survenue de cancer avec une interaction génétique-environnement,
un facteur pronostique du cancer, un facteur de réponse à
la chimiothérapie. La méthionine-dépendance est un
marqueur de transformation tumorale. Les agents hypométhylants
sont des inhibiteurs de la transméthylation. L'évaluation
clinique des conséquences des polymorphismes de ce métabolisme
implique d'associer le risque de cancer au risque de maladie cardiovasculaire.
Le diagnostic d'une hyperhomocystéinémie
modérée : quelles valeurs de référence ?
F. Parrot, I. Redonnet-Vernhet
Laboratoire de biochimie, Hôpital Pellegrin Bordeaux
Le diagnostic d'une hyperhomocystéinémie est fondé
sur le dosage plasmatique de l'homocystéine totale (HCT) à
jeun ou après charge en L-méthionine.
À jeun, l'HCT est physiologiquement influencée par l'âge
et le sexe. Le taux habituel est de 9 à 12 mumol/L, plus élevé
chez l'homme que chez la femme, et chez la femme ménopausée,
plus que la femme jeune. Le test de charge en méthionine (TCM)
peut être plus sensible pour dépister les troubles modérés
de la transsulfuration, et permet d'identifier les patients ayant un trouble
du métabolisme de l'homocystéine, malgré un taux
normal à jeun. Si la dose de charge de 100 mg/kg semble unanimement
adoptée, en revanche, le temps choisi pour le prélèvement
après la charge est variable suivant les auteurs : 2 heures, 4
heures, ou 6 heures.
L'hyperhomocystéinémie est habituellement définie
par l'usage arbitraire de cut-off (95c percentile, ou
moyenne + 2DS ) ; Le taux normal à jeun est souvent déterminé
comme < 15 mumol/L tous sexes et âges confondus, particulièrement
dans les études de cohortes. Pour les diagnostics individuels il
semble plus logique de considérer le sexe et l'âge.
Nous pensons qu'il serait nécessaire d'adopter une attitude consensuelle,
à la fois pour l'exploration des hyperhomocystéinémies
(TCM versus taux à jeun) et pour les valeurs de référence
définissant l'hyperhomocystéinémie.
Traitement par fortes doses d'acide folinique
des patients hémodialysés hyperhomocystéinémiques.
C. Lasseur1, Ph. Chauveau1, C.
Level1, I. Redonnet-Vernhet2, C. Ged2,
Y. Delmas1, F. Parrot2, C. Combe1
1 Services d'hémodialyse, Hôpital Saint-André,
CHU Bordeaux ; 2 Service de biochimie, Hôpital Pellegrin,
CHU Bordeaux
Introduction
Les modalités du traitement de l'hyperhomocystéinémie
des patients dialysés restent controversées. L'acide folinique
pourrait être plus efficace que l'acide folique. L'utilisation de
la voie intraveineuse garantit la compliance au traitement. Par ailleurs,
les patients homozygotes pour la mutation C677T de la MTHFR (+/+) ont
des taux d'homocystéine (Hcy) plus élevés que les
patients non homozygotes (+/- ou -/-).
Patients et méthodes
Nous avons traité par de fortes doses d'acide folinique (soit
50 mg IV 3 fois/sem à la fin de la séance) 9 patients homozygotes
(+/+) et 12 patients non homozygotes. La durée du traitement varie
de 4 à 12 mois. Les patients ne sont pas systématiquement
supplémentés en vitamine B6. Des dosages de folates sériques
et érythrocytaires et d'Hcy sont réalisés tous les
deux mois (tableau 1).
Résultats
Dès 2 mois de traitement, 33 % des patients atteignent des taux
d'Hcy inférieurs à la limite supérieure de la normale
(< 15 mumol/L) dans le groupe homozygote et 50 % dans le groupe non
homozygote. Aucun effet secondaire du traitement n'a été
observé. Il faut noter toutefois une élévation majeure
des concentrations de folates sériques et érythrocytaires.
Conclusion
Le traitement par forte dose d'acide folinique permet de normaliser
plus d'un tiers des patients hémodialysés hyperhomocystéinémiques.
Il conviendra d'évaluer sa tolérance sur une population
plus large.
Effet d'un apport en vitamine B6 sur l'homocystéine
à l'état basal et après charge en méthionine
chez l'hémodialysé
S. Billion1, P. Wheatley1, C.
Queinnec2, B. Tribout3, P. Bataille1
1 Service de néphrologie et de 2 biochimie.
CHG Boulogne-sur-Mer 62200 ; 3 Service de chirurgie vasculaire,
CHU d'Amiens 80000
Il s'agit d'une étude prospective d'intervention ayant pour but
de mesurer la réduction du taux d'homocystéine (Hcy) à
l'état basal et après charge en méthionine induite
par une supplémentation orale de 35 mg/j en vitamine B6 pendant
un mois.
Trente-six patients en hémodialyse en centre bénéficiant
déjà d'un apport per os journalier de 15 mg de folate
et de 1 mg de vitamine B12 depuis 6 mois ont été inclus.
Pour l'ensemble des patients il n'y avait ni supplémentation préalable
par vitamine B6 ni thérapeutiques pouvant interférer avec
le métabolisme de la vitamine B6.
L'homocystéinémie et la vitamine B6 sérique ont
été dosées en début de séance. Puis
une charge en méthionine de 0,1 g/kg de poids corporel a été
réalisée avec un prélèvement post charge à
2 heures lors de la séance d'hémodialyse (tableau 1).
Résultats
Conclusion
Chez des patients bénéficiant déjà d'apport
en vitamine B9 et B12 à dose supra-physiologique, une supplémentation
en vitamine B6 à dose sensiblement physiologique induit de manière
modérée mais significative une diminution de l'Hcy basale
de 1,3 mumol/L et de l'incrément postcharge de 2,8 mumol/L.
De plus 35 % des patients sont carencés en vitamine B6 et un
apport semble donc justifié indépendamment de l'effet que
l'on peut observer sur le métabolisme de l'Hcy. En revanche, un
effet bénéfique de la vitamine B6 à dose pharmacologique
sur le métabolisme de l'homocystéine et sur la morbidité
cardiovasculaire devra être bien démontré étant
donné le risque de neurotoxicité induit par le surdosage
en vitamine B6.
Propriété pro-oxydante de l'homocystéine
A. Chabli, B. Chadefaux-Vekemans, N. Jacob, N. Janel, A. Nicole,
P. Kamoun
Service de biochimie B, Hôpital Necker, Service de biochimie B,
Hôpital Pitié-Salpêtrière, Paris
Le blocage de la voie de la trans-sulfuration chez les souris dont le
gène de la cystathionine bêta-synthase a été
invalidé (KO CBS) induit une hyperhomocystéinémie
associée à des modifications des enzymes antioxydantes dans
le foie : augmentation des activités glutathion reductase et glutathion
S-transférase respectivement de 60 et 110 % et diminution de l'activité
glutathion peroxydase de 30 %, ainsi qu'à une baisse du pool de
glutathion total de l'ordre de 40 %. Les concentrations en cystéine
et en taurine sont inchangées.
Dans le cerveau aucune modification n'a été observée,
malgré la forte concentration intracellulaire en homocystéine.
Ces résultats suggèrent que chez la souris KO CBS il existerait
une régulation hépatique de l'homéostasie de la cystéine
qui s'effectue au détriment de son utilisation pour la synthèse
protéique ou celle du glutathion et montre l'importance de la voie
de la transsulfuration dans la reconstitution du pool du glutathion total.
L'absence de variation des enzymes antioxydantes dans le cerveau renforce
l'hypothèse de la nature pro-oxydante de l'homocystéine.
L'homocystéine diminue la production d'endothéline
1 par les cellules endothéliales en interférant négativement
avec la voie de signalisation médiée par AP-1
S. Drunat, N. Moatti, K. Demuth
Laboratoire de biochimie cardiovasculaire, HEGP, Paris et Laboratoire
de biochimie appliquée, Faculté de pharmacie, Paris XI,
Chatenay-Malabry
L'endothéline-1 (ET-1), peptide vasoactif produit par les cellules
endothéliales (CE), participe notamment à la régulation
du tonus vasculaire et à la prolifération des cellules musculaires
lisses. Nous avons précédemment montré que l'homocystéine
(Hcy) diminue l'accumulation d'ET-1 dans le milieu de culture des CE Eahy
926 ainsi que le taux d'ARNm de son précurseur, la préproendothéline-1
(ppET-1) (Demuth K, et al. Eur J Biochem 1999). L'objectif
de ce travail est d'élucider les mécanismes moléculaires
impliqués dans la régulation de l'expression de l'ET-1 par
l'Hcy.
La quantification par northern blot des transcrits accumulés
en présence d'un inhibiteur de la transcription (actinomycine D,
5 mug/mL) montre que l'Hcy (0,5 mM) ne modifie pas la demi-vie des ARNm
de la ppET-1 (t1/2 = 25 min en présence et en l'absence d'Hcy).
Des expériences de transfection transitoire démontrent que
l'Hcy (0,5 mM) diminue la transcription du gène rapporteur luciférase
placé sous le contrôle de la région régulatrice
majeure (- 250/+ 55) du promoteur de la ppET-1 humaine (- 28
± 14 % Hcy versus contrôle, p < 0,05, test t apparié
de Student). En revanche, l'Hcy n'exerce plus cet effet inhibiteur sur
l'activité du promoteur préalablement muté au niveau
de son site de fixation pour le facteur de transcription AP-1 (9 ±
17 %, Hcy versus contrôle, NS). La quantification par PCR
en temps réel des ARNm de la ppET-1 des CE incubées en présence
d'un inhibiteur de la traduction (cycloheximide, 10 mug/mL) indique que
l'effet de l'Hcy (0,5 mM) sur la diminution d'expression est indépendant
d'une néosynthèse protéique (- 48 ± 12
% et - 30 ± 22 %, en absence ou en présence de cycloheximide,
NS). Les études de retardement sur gel permettent de mettre en
évidence que les extraits nucléaires de CE traitées
par l'Hcy ont une capacité de fixation au site consensus de liaison
d'AP-1 diminuée.
L'ensemble de nos résultats démontre que l'Hcy diminue
la production d'ET-1 au niveau transcriptionnel sans modifier la stabilité
de ses ARNm. Cette régulation négative passe par la diminution
de l'activité transactivatrice d'AP-1 indépendamment d'une
éventuelle altération de synthèse protéique.
L' Hcy agit en interférant négativement avec la fixation
des protéines du complexe AP-1 à leur site de liaison sur
le promoteur de la ppET-1.
Effet de l'homocystéine sur l'activité
métalloprotéase et l'expression de l'intégrine alphavbeta3
de cellules endothéliales en culture
M. Chaussalet, E. Lamy, C. Génovésio, C. Chareyre,
T. Augier, P. Charpiot
Laboratoire de biochimie fondamentale, moléculaire et clinique,
Faculté de pharmacie, 27, bd Jean-Moulin, 13385 Marseille
Les mécanismes pathogéniques des effets tissulaires et
cellulaires de l'homocystéine sont mal connus et font l'objet de
nombreuses études. Nous avons précédemment montré
in vitro que l'homocystéine est un activateur de la proMMP2,
métalloprotéase élastinolytique et gélatinolytique
exprimée par les cellules endothéliales et les cellules
musculaires lisses de la paroi artérielle. Cette activation se
fait sans protéolyse du zymogène. Par ailleurs, plusieurs
auteurs décrivent un détachement des cellules endothéliales
en présence de fortes concentrations d'homocystéine.
Dans ce travail préliminaire nous avons étudié
l'activité métalloprotéase et l'expression de l'intégrine
alphavbeta3, molécule d'adhérence à la matrice et
de survie des cellules endothéliales, sur culture de cellules endothéliales
issues de veines de cordons ombilicaux (HUVEC = human umbilical vein
endothelial cell) en présence de fortes concentrations d'homocystéine
(0,5 à 5 mM).
Approche biochimique
Nous avons observé par zymographie dans les milieux de culture
et les extraits cellulaires la présence d'une seule MMP gélatinolytique
sous forme non protéolysée, la proMMP2.
Approche immunologique
nous avons mis en évidence par cytométrie de flux une
diminution de l'expression de alphavbeta3 à la surface des cellules
à partir de 1 mM d'homocystéine.
Ces résultats préliminaires nous amènent à
considérer le rôle possible de alphavbeta3 dans le décollement
des HUVEC observé en présence de fortes concentrations d'homocystéine.
Des travaux sont en cours pour préciser l'influence de l'homocystéine
sur les rôles respectifs de alphavbeta3 et de la proMMP2 dans le
contexte de la relation cellule-matrice.
Homocystéine et dysfonctionnement endothélial
: rôle des composantes intra- et extracellulaires
K. Demuth, S. Drunat, N. Moatti
Laboratoire de biochimie cardiovasculaire, HEGP, Paris et Laboratoire
de biochimie appliquée, Faculté de pharmacie, Paris XI,
Chatenay-Malabry
L'hyperhomocystéinémie constitue un facteur de risque
cardiovasculaire indépendant et la pathogénicité
de l'homocystéine (Hcy) serait notamment liée à son
action délétère sur la fonctionnalité des
cellules endothéliales (CE). Nos travaux ont notamment montré
que l'Hcy altère la production et/ou la biodisponibilité
des médiateurs vasoactifs endothéliaux tels que la prostacycline,
le monoxyde d'azote et l'endothéline-1 (ET-1). Cependant, les mécanismes
moléculaires impliqués dans l'athérogénicité
de l'Hcy ne sont pas clairement élucidés. Ainsi, aucune
étude n'a montré si les effets délétères
de l'Hcy sont la conséquence de son accumulation intra- ou extracellulaire.
Nous avons étudié les effets respectifs de l'Hcy intra-
et extracellulaire sur la production d'ET-1 par les CE Ea hy926 en culture.
L'incubation des CE en présence de méthionine (1,0 mmol/L)
induit une augmentation du contenu intracellulaire en Hcy (0,61 ±
0,06 versus 0,52 ± 0,02 nmol/mg protéine ; p < 0,05)
ainsi qu'une augmentation de la concentration extracellulaire en Hcy (10,24
± 1,60 versus 0,77 ± 0,32 mumol/L ; p < 0,005) sans
modifier la production d'ET-1. L'incubation des CE en présence
d'Hcy (0,2 mmol/L) induit une augmentation du contenu intracellulaire
en Hcy (1,25 ± 0,13 versus 0,58 ± 0,12 nmol/mg protéine
; p < 0,0005) associée à une diminution de la production
endothéliale d'ET-1 (28,0 ± 8,7 versus 34,8 ±
7,0 pg/mL ; p < 0,005). L'addition simultanée d'un inhibiteur
du transport des acides aminés, le BCH (2-amino-2-norbornane-carboxylic
acid) diminue significativement la variation du contenu intracellulaire
en Hcy sans modifier la diminution de production d'ET-1 induite par l'Hcy
extracellulaire. L'incubation des CE avec de plus faibles quantités
d'Hcy (0,05 mmol/L) induit également une diminution de production
d'ET-1 (29,6 ± 6,5 versus 33,0 ± 7,3 pg/mL ; p < 0,001)
sans augmenter le contenu intracellulaire en Hcy. L'addition d'inhibiteurs
extracellulaires de radicaux libres oxygénés (superoxyde
dismutase, catalase, mannitol) inhibe l'effet de l'Hcy et restaure la
production d'ET-1.
En conclusion, l'influence de l'Hcy sur la production d'ET-1 serait
médiée par sa composante extracellulaire via un mécanisme
impliquant le stress oxydant.
Variabilité inter-laboratoires pour le
dosage de l'homocystéine plasmatique totale
Groupe de travail SFBC Homocystéine : responsable V. Ducros*
M. Candito (Nice) ; E. Caussé (Toulouse) ; R. Couderc (Paris)
; K. Demuth (Paris) ; A.-M. Gachon (Clermont-Ferrand) ; J. Drai (Lyon)
; M.-F. Gerhardt (Paris) ; M. Quillard (Rouen) ; M.-P. Sauvant (Clermont-Ferrand)
; M.-H. Read (Caen)
* Département de biologie intégrée, Centre hospitalier
universitaire, BP 217 X, 38043 Grenoble cedex 9
Un grand nombre de méthodes sont actuellement disponibles pour
déterminer l'homocystéine plasmatique totale (tHcy). Des
trousses pour immunodosages, plus faciles à utiliser, commencent
à suppléanter les méthodes de laboratoires classiques.
But de notre étude
Évaluation de l'interchangeabilité des dosages de tHcy
par neuf laboratoires hospitaliers.
Méthodes
Sept méthodes différentes ont été pratiquées
: deux méthodes GC-MS, deux méthodes HPLC avec détection
de fluorescence (HPLC-FD) subdivisées en une méthode maison
et une méthode en kit (Biorad®), trois méthodes
avec polarisation de fluorescence (FPIA), une méthode avec dosage
immunoenzymatique (EIA), une méthode avec analyseur d'acides aminés
(AAA), une méthode par électrophorèse capillaire
couplée à une détection laser (CE-LIF). Chaque laboratoire
a analysé 41 échantillons de plasma parmi lesquels 8 étaient
des échantillons avec ajout d'homocystine et 2 étaient des
échantillons en duplicate. Les résultats ont été
analysés en termes d'imprécision, de récupération
des ajouts et de différences méthodologiques.
Résultats
La moyenne de l'imprécision (CV) entre les méthodes est
de 12,5 %, identique à la variation interlaboratoires. La variation
intra-méthode est la plus faible avec la méthode FPIA. En
termes de récupération des ajouts, nous obtenons des résultats
sous-estimés avec la méthode FPIA et surestimés avec
l'analyseur d'acides aminés. Le biais moyen par rapport à
la méthode GC-MS choisie comme référence, est inférieur
à ± 14 % sauf pour deux laboratoires, un utilisant la FPIA
et l'autre la CE-LIF.
Conclusion
L'interchangeabilité des résultats de tHcy entre les laboratoires
n'est pas satisfaisante et reflète essentiellement une variabilité
interméthodes.
Dosage de l'homocystéine plasmatique totale
par immunochimiluminescence Évaluation du kit DPC sur Immulite®
2000
M.-C. Berthe, M. Quillard, A. Lavoinne
Laboratoire de biochimie médicale, Hôpital Charles-Nicolle,
CHU de Rouen, 1, rue de Germont, 76031 Rouen cedex
Nous avons évalué, sur Immulite® 2000,
les performances analytiques du kit DPC de dosage de l'homocystéine
plasmatique totale par immunochimiluminescence. Il s'agit d'une technique
par compétition qui se déroule en deux étapes. La
première repose sur le traitement du plasma par un agent réducteur,
le dithiothréitol (DTT), puis sur l'action de l'enzyme S-adénosyl
homocystéine hydrolase, qui transforme la totalité de l'homocystéine
plasmatique réduite en S-adénosyl homocystéine. La
seconde étape consiste en la compétition entre la S-adénosyl
homocystéine (SAH) fixée sur des billes de polystyrène
et la SAH plasmatique, vis-à-vis d'anticorps anti-SAH marqués
à la phosphatase alcaline (PAL). Le signal est enfin mesuré
après action de l'enzyme PAL sur le substrat chimiluminescent.
Le volume de plasma nécessaire est au minimum de 165 muL, la
prise d'essai est de 15 muL. Le dosage a une durée totale de 1
heure 10 minutes. Le domaine de mesure s'étend de 2 à 50
mumol/L. La répétabilité et la reproductibilité
ont été déterminées sur des pools de plasma
de trois niveaux différents (4,2 - 13,9 - 27,7 mumol/L)
dosés 20 fois chacun (n = 20). Les coefficients de variation obtenus
pour les trois niveaux ont été respectivement de 9,9 %,
7,0 %, 5,4 % pour la répétabilité, et de 8,2 %, 3,9
%, 4,3% en reproductibilité. Le seuil de détection de la
technique se situe aux environs de 0,02 mumol/L. Lors de l'évaluation
du kit, l'hémoglobine, les lipides, la bilirubine libre et la bilirubine
conjuguée n'ont montré aucune interférence notable
sur les performances du test. La linéarité du test s'est
avérée très satisfaisante dans la gamme de valeurs
étudiée (2 à 48 mumol/L), que l'échantillon
soit dilué avec le diluant de la trousse ou bien dans un plasma
pauvre en homocystéine.
La corrélation avec la méthode FPIA (fluorescence polarization
immuno-assay, sur automate IMX, Abott) a été étudiée
sur 154 échantillons de plasma avec des concentrations d'homocystéine
échelonnées de 3,67 à 26,86 mumol/L. L'équation
de la droite de régression est la suivante : y = 0,9428X + 0,0096
et le coefficient r est égal à 0,8979.
L'évaluation du kit DPC de dosage de l'homocystéine plasmatique
totale donne donc entièrement satisfaction et permet de valider
son utilisation ultérieure en routine sur Immulite®
2000.
Par ailleurs, les deux méthodes immunoenzymologiques automatisées
actuellement disponibles (kits des sociétés Abott et DPC)
apparaissent, selon nos résultats, assez largement comparables
dans leurs performances.
Dosages plasmatiques du glutathion, de l'homocystéine,
de la cystéinylglycine et de la méthionine par chromatographie
liquide avec détection électrochimique : validation et application
P. Houzé , S. Gamra, B. Gourmel, B. Bousquet.
Service de biochimie A, Hôpital Saint-Louis, 1, avenue Claude-Vellefaux,
75010 Paris
L'homocystéine est un acide aminé soufré dont le
métabolisme est étroitement lié à celui de
la méthionine. Il est sous la dépendance de deux voies enzymatiques,
conduisant par reméthylation à la méthionine ou par
transulfuration au glutathion. Un déficit génétique
dans une de ces voies, aboutit à des hyperhomocystéinémies
caractérisées cliniquement par des thromboses précoces.
L'hyperhomocystéinémie étant un facteur de risque
indépendant des maladies cardiovasculaires, de nombreuses méthodes
de dosages ont été décrites, mais aucune ne permet
la détection simultanée de l'homocystéine et de la
méthionine.
Nous rapportons ici une méthode par chromatographie liquide haute
pression (CLHP) avec échange d'ions sur colonne Inertsil 5 ODS
(250 x 4,6 mm). La phase mobile est constituée de 8 % de
méthanol et de 92 % de tampon phosphate (pH 2,6) contenant 1 muM
d'octanesulfonate de sodium. La détection de la fonction thiol
est réalisée par électrochimie au potentiel de +
0,95 V. L'étalon interne est un peptide de synthèse, homologue
supérieur du glutathion.
Les échantillons sont recueillis sur tube EDTA. La gamme, les
contrôles et les échantillons sont traités par le
borohydrure de sodium 1 M (30 min à 50 °C) puis précipités
par l'acide perchlorique 0,6 M. Après centrifugation, le surnageant
est dilué au 1/5 dans la phase mobile et 50 muL sont injectés.
Cette méthode permet la séparation de quatre aminothiols
plasmatiques : glutathion (tr : 11 min), homocystéine (tr : 13
min), cystéinylglycine (tr : 17 min) et méthionine (tr :
27 min). L'étalon interne est élué en 21 minutes.
La méthode est linéaire entre 0 et 100 mumol/L. Pour l'homocystéine,
elle est bien corrélée à une méthode CLHP
avec détection fluorimétrique. L'étude de la précision
a montré des coefficients de variations inférieurs à
4,5 % en intraséries et à 8,6 % en interséries. La
limite de détection est de 1 mumol/L pour la méthionine
et de 0,5 mumol/L pour les autres aminothiols. Il n'y a pas d'interférence
avec des substances physiologiques ou pharmacologiques à groupement
thiol. Les concentrations en aminothiols ont été mesurées
chez 100 sujets témoins (50 femmes et 50 hommes). Nous n'avons
pas observé de variation en fonction de l'âge et du sexe,
sauf pour l'homocystéine chez les sujets de plus de 60 ans (+ 28
% par rapport au groupe 20 à 30 ans). L'application de cette méthode
chez 60 sujets à risques (30 insuffisants rénaux chroniques
et 30 diabétiques de type II) a montré une augmentation
significative (+ 200 %) de l'homocystéine. Chez les sujets diabétiques,
nous n'avons pas observé de variations des autres aminothiols,
tandis que chez les insuffisants rénaux chroniques, la méthionine
était diminuée de 23 % et la cystéinylglycine augmentée
de 17 % par rapport à la population contrôle.
La méthode décrite est rapide, facile à mettre
en uvre et applicable en routine pour explorer le métabolisme
des aminothiols et pour étudier les mécanismes d'hyperhomocystéinémie.
Homocystéine et lésions de la substance
blanche dans la maladie d'Alzheimer
E. Caussé1, T. Voisin2, J.-C. Hau1,
C. Massip1, A.-S. Nicolas2, P.J. Ousset2,
F. Nourhashemi2, R. Salvayre1, B. Vellas2
1 Laboratoire de biochimie/Inserm U. 466, Centre hospitalier
Rangueil, 1, avenue J.-Poulhes, 31403 Toulouse cedex 04 ; 2
Département de médecine interne et gérontologie clinique,
Centre hospitalier Casselardit, Toulouse
Des études suggèrent que les déficits en acide
folique et vitamine B12 souvent à l'origine d'une hyperhomocystéinémie
modérée sont fortement associés à une atrophie
du cortex cérébral et sont reliés à des troubles
cognitifs de type démence ou maladie d'Alzheimer (AD) en rapport
avec une neurodégénérescence cérébrale.
Objectif
Notre étude se propose de déterminer les marqueurs biologiques
du trouble cognitif, d'évaluer les lésions de la substance
blanche et de noter les facteurs vasculaires présents chez des
patients atteints de maladie d'Alzheimer.
Nous recherchons une association des lésions de la substance
blanche (leuco-araïose, définie par le score de Blennow, associée
ou non à des lésions d'infarctus lacunaires évaluées
sur les images de Scanner) et les paramètres biologiques (homocystéine
et autres thiols, vitamines B9 et B12) avec l'évolution des troubles
cognitifs (évalués par le Mini-Mental State, MMS) chez 55
patients (12 hommes et 43 femmes) agés de 78,1 ± 4,8 ans.
Résultats
Selon les lésions de la substance blanche, nous avons classés
les 55 patients AD en 3 groupes : 1 ) groupe A (n = 28), sans lésions
ou avec un score de leuco-araïose à 1 ; 2) groupe B (n = 15),
avec seulement des infarctus lacunaires ; 3) groupe C (n = 11), leuco-araïose
de score > 1 associée ou non à des infarctus lacunaires.
Les taux d'homocystéine ne sont pas significativement différents
: A, 12 ± 0,72 ; B, 12,8 ± 0,96 et C, 14,1 ± 1,55 mumol/L
; 27 % des patients Alzheimer ont une hyperhomocystéinémie
sans corrélation avec le MMS, les taux de folates et B12.
Cependant, nous avons une association avec les autres facteurs vasculaires
comme l'hypertension artérielle, pouvant aggraver la neurodégénérescence
de la maladie d'Alzheimer. Nous n'avons pas retrouvé d'augmentation
des troubles cognitifs (18 < MMS < 20) en rapport avec la sévérité
des lésions de la substance blanche. Nous envisagons de poursuivre
notre étude sur un plus grand nombre de patients et d'évaluer
leur évolution clinicobiologique.
Conclusion
Dans cette étude préliminaire, nous évoquons la
participation de facteurs vasculaires dans la maladie d'Alzheimer. Ainsi,
un diagnostic précoce et un traitement des facteurs vasculaires
pourraient ralentir le développement des troubles cognitifs.
Valeurs de l'homocystéinémie chez
284 diabétiques insulino et non insulino-dépendants
S. Benmerabet, M. Imianitoff, A. Fredenrich, B. Canivet, M. Candito,
E. van Obberghen
Service de diabétologie, de médecine interne et d'endocrinologie,
Laboratoire de biochimie, Hôpital Pasteur, 30, avenue de la Voie-Romaine,
06002 Nice cedex 1
Les principales complications du diabète sont vasculaires : les
microangiopathies et les macroangiopathies. L'homocystéinémie,
facteur de risque de maladie vasculaire, a été trouvée
fréquemment augmentée dans le diabète non insulino-dépendant
(NIDDM), mais les résultats divergent chez les diabétiques
insulino-dépendants (IDDM) ; et si, le plus souvent, une hyperhomocystéinémie
est décrite dans les macroangiopathies, les résultats ne
sont pas concordants dans les microangiopathies.
L'homocystéine totale plasmatique (tHcy), folate, pyridoxine,
et cobalamine (Cbl, vitamine B12), la créatinine, le peptide C
et le fibrinogène plasmatiques ainsi que la microalbuminurie ont
été mesurés chez 284 patients diabétiques
: 83 (54 hommes et 29 femmes) avaient un IDDM. Leur moyenne d'âge
était de 41,5 ± 14,7 ans ; 25 % présentaient des macroangiopathies
; la durée de leur diabète était de 15 ± 11,4
ans. Deux cent un patients (118 hommes et 83 femmes) présentaient
un NIDDM. Ils avaient une moyenne d'âge de 61,7 ± 11,2 ans
; 40,3 % avaient souffert de macroangiopathies et 46,3 % de microangiopathies.
Les résultats de chaque population ont été comparés
à ceux de témoins : 71 témoins, 43 hommes et 28 femmes
de moyenne d'âge 58,5 ± 15,7 ans pour les NIDDM et à
ceux de 60 témoins, 40 hommes et 20 femmes de moyenne d'âge
44 ± 7 ans pour les IDDM.
Résultats
Les valeurs moyennes de tHcy étaient similaires pour les patients
IDDM et les témoins (8,70 versus 8,30 mumol/L), alors qu'elles
étaient augmentées pour les patients NIDDM par rapport aux
témoins (12,2 versus 8,79 mumol/L). Chez les patients IDDM,
les valeurs de tHcy étaient corrélées à la
sévérité des macroangiopathies, à l'âge,
au fibrogène et inversement corrélées au peptide
C. Chez les patients NIDDM avec macroangiopathie, les valeurs moyennes
de tHcy étaient sensiblement augmentées : 14,7 ± 7,2
versus 11,4 ± 5,2 (p < 0,05). Les valeurs de tHcy étaient
corrélées à la glycémie, au peptide C mais
pas à l'HbA1C, ni à la consommation d'alcool. Chez tous
les patients, les valeurs de tHcy étaient nettement corrélées
à la créatinine, à sa clairance, au tabagisme, à
la pression sanguine mais pas aux vitamines B12 et B6, et étaient
corrélées à la microalbuminurie et à la durée
du diabète, sans être augmentées chez les patients
présentant une rétinopathie.
Discussion
Une augmentation de tHcy a été observée chez les
patients NIDDM et représente un facteur de risque de complications
macroangiopathiques et de néphropathie, ainsi qu'il a été
décrit dans la littérature, mais cette augmentation ne semble
pas être un facteur de risque d'une microangiopathie : la rétinopathie.
En ce qui concerne les patients IDDM, nous n'avons pas trouvé d'hyperhomocystéinémie
mais des valeurs de Hcy au début de leur diabète, similaires
à celles des témoins ; par la suite, la faible augmentation
de tHcy était corrélée à la sévérité
des complications vasculaires.
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