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Place of homocysteinemia in the treatment and the follow-up of lower-limb artherosclerotic disease


Annales de Biologie Clinique. Volume 60, Number 3, 327-9, Mai - Juin 2002, Dossier Homocystéine et maladies cardiovasculaires


Résumé  

Author(s) : C. Sessa, S. Pénillon, A. Aubert, C. Barro, V. Ducros, M. Pêcher, H. Guidicelli, J.-L. Magne, Service de chirurgie vasculaire, Centre hospitalier universitaire, BP 217, 38043 Grenoble cedex 9.

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ARTICLE

Le développement de lésions athéromateuses en l'absence de facteurs de risque cardiovasculaires (FDRCV) traditionnels, ainsi qu'une meilleure connaissance de la physiopathologie de la maladie athéromateuse, ont orienté la recherche vers de nouvelles étiologies et ont donné un regain d'intérêt à d'anciens FDRCV tels que l'homocystéine [1-5].

En effet, McCully [6, 7] a été le premier à rapporter en 1969, la présence de lésions athéromateuses chez les patients ayant une concentration élevée d'homocystéine. Il avait émis l'hypothèse de l'existence d'un lien physiopathologique entre l'hyperhomocystéinémie et la genèse de l'athérosclérose. L'hyperhomocystéinémie est clairement associée à un risque élevé de maladie athérothrombotique, bien que les mécanismes physiopathologiques ne soient pas complètement élucidés [1-18]. L'hyperhomocystéinémie peut être diminuée par les suppléments vitaminiques (acide folique et vitamines du groupe B), bien qu'il n'ait pas été démontré de façon formelle que la normalisation de la concentration d'homocystéine prévienne ou ralentisse la progression de la maladie athéromateuse ou qu'elle évite la dégradation des restaurations artérielles, ce qui ferait définitivement considérer l'homocystéine comme un FDRCV.

Patients et méthode

De janvier 1999 à octobre 2001, un dosage d'homocystéine plasmatique a été réalisé chez 27 patients (25 hommes et 2 femmes) qui ont présenté : 1) une thrombose précoce ou itérative (n = 14) de restauration artérielle des membres inférieurs ; 2) une artériopathie des membres inférieurs à un âge ¾ 50 ans (n = 9) ; 3) l'absence de FDRCV (n = 5) ; 4) une thrombose veineuse profonde dans les suites du traitement d'un anévrisme poplité ; 5) une thrombophlébite de la veine petite saphène contemporaine de la thrombose précoce d'un pontage avec la grande veine saphène.

L'âge moyen était de 59 ans (extrêmes de 33 à 77 ans) et 9 patients avaient un âge ¾ 50 ans. Chez 9 patients le tabagisme était le seul FDRCV. Les autres facteurs de risque étaient un tabagisme chez 13 patients associé à une hypertension artérielle (n = 12), une hypercholestérolémie (n = 4), un diabète (n = 3).

La pathologie vasculaire initiale était une claudication intermittente chez 6 patients et une ischémie critique chez 12 patients avec douleurs de décubitus (n = 6) et troubles trophiques (n = 6). Neuf patients ont été opérés en urgence pour une ischémie aiguë survenue sur une thrombose artérielle (n = 5) ou de pontage (n = 4).

La concentration plasmatique d'homocystéine était inférieure à 15 mumol/L chez 3 patients (11 %), comprise entre 15 et 20 mumol/L chez 11 patients (41 %) et supérieure à 20 mumol/L chez 13 patients (48 %) (tableau 1). L'étude génétique de l'enzyme méthylène tétrahydrofolate réductase (MTHFR) a été réalisée chez 4 patients et a mis en évidence une forme homozygote chez un seul patient avec une homocystéinémie à 37 mumol/L.

Résultats

Quinze patients (55 %) ont été traités par l'acide folique (25 mg) associé aux vitamines B1 et B6, 3 comprimés. Ce traitement a été poursuivi jusqu'à normalisation de l'homocystéine. Un traitement d'entretien, une semaine par mois a été instauré chez certains patients après normalisation stable de l'homocystéine. Douze patients (45 %) n'avaient pas été traités au moment de l'actualisation de cette étude en octobre 2001. Chez 4 patients qui avaient une homocystéine modérée ¾ 18 mumol/L, la concentration d'homocystéine s'est spontanément normalisée. Chez les patients traités et contrôlés, la concentration d'homocystéine a été normalisée ou a diminué de façon significative. Deux patients ont présenté une augmentation de l'homocystéine après arrêt du traitement avec normalisation à la reprise du traitement vitaminique. Au cours du suivi sept thromboses de pontage sont survenues chez trois patients traités et chez quatre patients non traités conduisant à deux amputations chez les patients non traités.

Discussion

La concentration élevée d'homocystéine plasmatique semble être un facteur de risque indépendant de la maladie cardiovasculaire et est retrouvée chez les patients qui présentent des lésions artérielles occlusives périphériques, coronariennes, et carotidiennes. Le rôle de l'hyperhomocystéinémie a également été évoqué dans les lésions des artères rénales et des artères rétiniennes, dans les thromboses des accès vasculaires pour hémodialyse et dans la dégradation vasculaire des greffes d'organe. On estime que 5 à 10 % de la population générale présente une élévation modérée de l'homocystéine [8] et que 15 à 40 % des patients qui ont des lésions occlusives périphériques, coronariennes et carotidiennes ont une élévation sévère de l'homocystéine [9].

Cependant, les concentrations plasmatiques pour définir le seuil de risque d'une hyperhomocystéinémie restent à définir et aucun consensus n'existe dans la littérature.

Il a également été démontré une association entre une élévation modérée de l'homocystéine et le risque de thrombose veineuse, suggérant que l'homocystéine serait non seulement impliquée dans l'athérogenèse mais également dans la thrombogenèse [10-12]. Il semble par ailleurs que ce même risque puisse aussi être lié à une élévation de la cystéine ou à une carence en vitamine B6, B12 ou en acide folique [12, 19].

Le mécanisme physiopathologique à travers lequel l'hyperhomocystéinémie serait responsable de lésions d'athérogenèse ou de thrombogenèse n'est pas complètement élucidé. Il n'a pas encore été clairement établi si l'homocystéine induit un type particulier de lésions vasculaires ou s'il existe une interaction ou une potentialisation des FDRCV traditionnels. Des études réalisées in vitro et chez l'animal suggèrent que l'homocystéine stimulerait la prolifération des cellules lisses et altérerait les propriétés élastiques de la paroi artérielle. Des études récentes ont évoqué la possibilité d'interaction de l'homocystéine avec les médiateurs physiologiques de la matrice endothéliale par l'intermédiaire de mécanisme oxydatif et d'une diminution de l'activité biologique du monoxyde d'azote conduisant à un dysfonctionnement endothélial avec effets de proathérosclérose. L'impact de ces mécanismes in vivo n'est pas clairement expliqué puisque les études cliniques ont conduit à des résultats controversés entre la relation plasmatique de l'homocystéine et les différents indices de fonction endothéliale [1-4, 18].

L'étude génétique de l'enzyme MTHFR permet de caractériser les formes homozygotes ou hétérozygotes de l'hyperhomocystéinémie, bien qu'il n'ait pas été démontré de corrélation entre la concentration d'homocystéine, le type de mutation génétique et la gravité de la maladie athéromateuse [20].

Si l'efficacité du traitement vitaminique en présence de concentrations modérées d'homocystéine reste à démontrer, il permet de diminuer ou de normaliser la concentration d'homocystéine dans les formes sévères et semble ralentir la progression des lésions athéromateuses et la dégradation des restaurations artérielles [5, 8, 9, 13-15, 17-19].

Le type de vitamines à administrer, ainsi que la durée et les modalités du traitement restent encore à définir. Dans l'étude de Vermeleun [17], l'acide folique à la dose de 5 mg/j a été associé à la vitamine B6 à la dose de 250 mg/j pendant 2 ans. Dans d'autres études, l'acide folique a été associé à la vitamine B6, ou aux vitamines B1 et B6, ou aux vitamines B6 et B12 ou aux vitamines B1, B6 et B12 pour une durée de 6 semaines en moyenne [1, 3, 4, 10, 14, 17, 19]. Le traitement peut être continu ou discontinu une semaine par mois après normalisation stable de la concentration d'homocystéine. Néanmoins, ces études ne permettent pas de préciser la part qui revient à la surcharge en acide folique ou à celle en vitamine B6, dans l'effet bénéfique obtenu sur la diminution de la progression de la maladie athéromateuse. L'effet éventuel de plus faibles doses peut aussi être évoqué. Certaines méta-analyses avaient fortement suggéré que l'acide folique aurait le rôle principal, à des posologies de 1 à 5 mg/j, alors que la vitamine B6 n'aurait qu'un rôle secondaire [8, 9, 17, 19].

Conclusion

L'homocystéine doit être considérée comme un FDRCV et son dosage doit faire partie du bilan biologique chez les patients qui présentent : 1) une athérosclérose évolutive et non expliquée par les facteurs de risque habituels ; 2) une artériopathie des membres inférieurs à un âge jeune (< 50 ans) ; 3) une thrombose précoce ou itérative des restaurations artérielles des membres inférieurs associée ou non à des épisodes de thrombose veineuse profonde ou superficielle.

Si l'efficacité du traitement vitaminique en présence de concentrations modérées d'homocystéine reste à démontrer, il permet de diminuer ou normaliser la concentration d'homocystéine dans les formes sévères et semble prévenir les épisodes de thrombose de pontages ou la progression de l'athérosclérose.

Références

1. Langman LJ, Cole DE. Homocysteine: cholesterol of the 90s? Clin Chim Acta 1999 ; 286 : 63-80.

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5. Currie IC, Wilson YG, Scott J, et al. Homocysteine: an independent risk factor for the failure of vascular intervention. Br J Surg 1996 ; 83 : 1238-41.

6. McCully KS. Vascular pathology of homocysteinemia: implications for the pathogenesis of atherosclerosis. Am J Pathol 1969 ; 56 : 111-28.

7. McCully KS, Wilson RB. Homocysteine theory of atherosclerosis. Atherosclerosis 1975 ; 22 : 215-27.

8. Andreotti F, Burzotta F, Mazza A, et al. Homocysteine and arterial occlusive disease: a concise review. Cardiologia 1999 ; 44 : 341-5.

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10. Cattaneo M. Hyperhomocysteinaemia and atherothrombosis. Ann Med 2000 ; 32 : 46-52.

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12. Marcucci R, Brunelli T, Giusti B, et al. The role of cysteine and homocysteine in venous and arterial thrombotic disease. Am J Clin Pathol 2001 ; 116 : 56-60.

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18. Van Gulder C, Stehouwer CD. Hyperhomocysteinaemia, vascular pathology and endothelial dysfunction. Semin Thromb Hemost 2000 ; 26 : 281-9.

19. Bunout D, Petermann M, Hirsch S, et al. Low serum folate but normal homocysteine levels in patients with atherosclerotic vascular diseases and matched healthy controls. Nutrition 2000 ; 16 : 434-8.

20. Brattström L. Common methylenetetrahydrofolate gene mutation leads to hyperhomocysteinemia but not to vascular disease: the results of a meta-analysis. Circulation 1998 ; 98 : 2520-6.


 

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