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Motivations et conditions de demande d'un dosage d'homocystéine. Enquête transversale dans huit laboratoires hospitaliers


Annales de Biologie Clinique. Volume 60, Number 3, 321-4, Mai - Juin 2002, Dossier Homocystéine et maladies cardiovasculaires


Résumé  

Author(s) : M. Candito, E. Caussé, R. Couderc, K. Demuth, M.-E. Diop, J. Drai, M.-F. Gerhardt, M. Quillard, M.-H. Read, M.-P. Sauvant, V. Ducros, Laboratoire environnement et santé publique, Faculté de Pharmacie, BP 38, 63001 Clermont-Ferrand cedex.

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ARTICLE

Actuellement, la littérature mentionne de plus en plus fréquemment l'implication de l'hyperhomocystéinémie modérée dans les pathologies cardiovasculaires [1-3]. Parallèlement, les biologistes précisent les conditions optimales - préanalytiques et analytiques - du dosage plasmatique de l'homocystéine [4-7]. Il en résulte une sensibilisation des cliniciens à l'homocystéine comme marqueur biologique, et par conséquent une demande accrue de dosages plasmatiques.

Afin d'obtenir une description objective des conditions actuelles de demande d'un dosage d'homocystéine, le groupe SFBC Homocystéine et maladies cardiovasculaires a effectué une enquête dans les huit laboratoires hospitaliers de ses membres.

Méthodologie

Les objectifs de cette enquête ont été de : 1) recenser les conditions préanalytiques existant dans les différents laboratoires participant à l'enquête ; 2) définir le contexte clinique ; 3) de préciser les éventuels échanges d'informations biologistes-cliniciens existant lors d'une demande de dosage d'homocystéine.

Une enquête de type transversale a été effectuée sur une période d'une semaine, en janvier 2001, dans sept des huit laboratoires ; dans le dernier laboratoire, pour des raisons de faisabilité, les données ont été recueillies en mai 2001.

Lors de la période d'enquête, toute demande de dosage d'homocystéine arrivant dans les huit laboratoires a été documentée à l'aide d'un questionnaire standardisé, comprenant 33 questions de type numérique, ouverte et fermée à réponse unique ou multiples. Les items ont permis d'identifier le laboratoire, de définir les conditions préanalytiques, les paramètres biologiques demandés simultanément, les caractéristiques cliniques des patients et le profil des cliniciens prescripteurs de dosage d'homocystéine.

Le dépouillement des questionnaires et l'analyse des données ont été effectués à l'aide du logiciel Modalisa® (Kynos, Paris).

Résultats et discussion

Nombre de demandes

Lors de l'enquête, 120 demandes de dosage d'homocystéine ont été enregistrées dans les huit laboratoires hospitaliers. Le nombre de demande par laboratoire varie de 4 à 31 et reflète globalement la demande hebdomadaire moyenne de chaque laboratoire.

Lieu et conditions du prélèvement

Dans 90 % des cas, le prélèvement sanguin n'a pas été effectué au laboratoire, mais dans des services cliniques de l'établissement hospitalier (lors d'hospitalisation ou de consultation externe). Le biologiste ne maîtrise donc pas totalement cette étape fondamentale de l'analyse. Il en résulte que les conditions de prélèvement optimales préconisées, à savoir prélèvement sanguin sur EDTA di-K, transport dans la glace (ou après congélation du plasma à - 20 °C pour les prélèvements non effectués dans l'établissement), et prise en charge technique dans un délai maximum de 4 heures, sont respectées dans respectivement, 71, 72 et 56 % des demandes (tableau 1). De plus, le prélèvement sanguin a été effectué majoritairement sur des sujets à jeun (58 %), mais dans 42 % des cas, le biologiste ne dispose pas de cette information.

Caractéristiques des patients bénéficiant d'un dosage d'homocystéine

Le dosage d'homocystéine est demandé aussi bien pour des sujets féminins (52 %), que masculins (48 %), âgés en moyenne de 53,6 ± 18,0 ans (extrêmes : 2-91 ans). Toutefois, les deux tiers des demandes concernent des sujets appartenant aux tranches d'âge 50-59, 60-69 et 70-79 ans (figure 1).

Contexte clinique lors de la demande

La demande de dosage d'homocystéine est majoritairement motivée par un tableau clinique particulier (67 %), non expliqué par d'autres anomalies biologiques (11 %) ; le dosage est associé à un protocole de recherche clinique dans seulement 11 % des demandes. Plus d'un tiers des sujets (38 %) est hospitalisé ou vu en consultation externe dans des services à orientation cardiovasculaire ; les autres services d'hospitalisation sont particulièrement représentés par les services de néphrologie (15 %), endocrinologie (15 %) et obstétrique (9 %) (figure 2).

Les principaux motifs d'hospitalisation de ces sujets sont en rapport avec des pathologies cardiovasculaires déclarées (thromboses artérielles ou veineuses, accidents vasculaires cérébraux, infarctus du myocarde, hypertension artérielle) (37 %), des bilans d'exploration biologique à visée cardiovasculaire (11 %) et une insuffisance rénale (16 %).

Valeurs plasmatiques de l'homocystéine

Selon les critères classiquement utilisés en pratique clinique, une hyperhomocystéinémie modérée (valeur > 15 mumol/L) est détectée chez 33 sujets (28 % des demandes). Toutefois la moitié de ces sujets présentent des taux plasmatiques d'homocystéine compris entre 15 et 19 mumol/L, valeurs appartenant à une zone d'« incertitude biologique », compte tenu des techniques analytiques mises en œuvre [6-8] (figure 3).

Par ailleurs, seulement 7 des 33 sujets sont connus comme présentant une hyperhomocystéinémie, depuis en moyenne 1,5 ± 0,9 ans (extrêmes : 6 mois à 3 ans). Tous ces sujets bénéficient d'un traitement par vitamines du groupe B (B6 + B9 : 4 sujets ; B6 : 1 sujet ; B9 : 1 sujet ; B12 : 1 sujet). La posologie des traitements vitaminiques est ajustée en fonction des valeurs de l'homocystéinémie, qui est contrôlée en moyenne 2,4 ± 1,8 fois par an (extrêmes : 1 à 6 contrôles par an).

Déterminations biologiques complémentaires

La demande de dosage d'homocystéine est accompagnée d'une demande de dosage des vitamines B6, B9 et B12, dans respectivement 13,3, 40,0 et 40,8 % des cas. Ces faibles pourcentages de demande sont à considérer avec circonspection, compte tenu du fait que ces demandes peuvent être faites antérieurement ou postérieurement à la demande de dosage d'homocystéine, et/ou dans d'autres laboratoires, sans que le biologiste participant à cette enquête en soit averti.

Par ailleurs, d'autres marqueurs biologiques spécifiques sont également très fréquemment demandés (principalement, la mutation MTHFR (25,0 %), le facteur V Leiden (29,2 %) et la Lp(a) (15,8 %)).

Caractéristiques du clinicien prescripteur de dosage d'homocystéine

La demande de dosage d'homocystéine émane dans près de 71 % des cas d'un clinicien connu par le biologiste comme prescripteur régulier de ce paramètre biologique. Dans 42 % des demandes, la pertinence du dosage de l'homocystéine est discutée entre le clinicien et le biologiste. De plus, lors de la détection d'une hyperhomocystéinémie, 52 % des cliniciens interrogés se déclarent prêts à instaurer un traitement par vitamines du groupe B.

Conclusion

Il ressort de cette enquête que les conditions de prélèvement (sujet à jeun, tube avec EDTA dipotassique comme anticoagulant) préconisées par le groupe SFBC Homocystéine et maladies cardiovasculaires sont globalement respectées. Toutefois, des progrès sont encore à faire sur les points les plus difficilement maîtrisables par les biologistes, à savoir le délai de transmission et le transport dans la glace de l'échantillon sanguin du lieu de prélèvement jusqu'au laboratoire. Une sensibilisation et un dialogue constant avec les services cliniques pourront permettre d'améliorer cette situation.

De plus, la pertinence et les conditions de demande de dosage d'homocystéine ne font l'objet de discussion biologistes-cliniciens que dans 42 % des cas. Là encore, des progrès sont à faire dans l'intérêt du patient.

Références

1. Eikelboom JW, Lonn E, Genest J, Hankey G, Yusuf S. Homocysteine and cardiovascular disease: a critical review of the epidemiologic evidence. Ann Intern Med 1999 ; 131 : 363-75.

2. Langman LJ, Cole DEC. Homocysteine: cholesterol of the 90s? Clin Chim Acta 1999 ; 286 : 63-80.

3. Durand P, Prost M, Loreau N, Lussier-Cacan S, Blache D. Impaired homocysteine metabolism and atherothrombotic disease. Lab Investig 2001 ; 81 : 645-72.

4. Pfeiffer C, Huff DL, Smith SJ, Miller DT, Gunter EW. Comparison of plasma total homocysteine measurements in 14 laboratories: an international study. Clin Chem 1999 ; 45 : 1261-8.

5. Nexo E, Engbaek F, Ueland PM, et al. Evaluation of novel assays in clinical chemistry: quantification of plasma total homocystein. Clin Chem 2000 ; 46 : 1150-6.

6. Ubbink JB. Assay method for the measurement of total homocysteine in plasma. Semin Thromb Hemost 2000 ; 26 : 233-41.

7. Ducros V, Candito M, Caussé E, et al. 1/ Dosage de l'homocystéine plasmatique : étude des facteurs de variations pré-analytiques sur la concentration en homocystéine plasmatique totale. Ann Biol Clin 2001 ; 59 : 33-9.

8. Ducros V, Candito M, Caussé E, et al. 2/ Comparaison du dosage de l'homocystéine plasmatique totale dans 9 laboratoires par 6 techniques différentes. Ann Biol Clin 2002 (sous presse).


 

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