ARTICLE
GH : hormone de croissance (growth hormone)
GH-RH : somatolibérine (growth hormone releasing hormone)
GnRH : gonadolibérine (gonadotrophin releasing hormone)
IGF-I : insulin-like growth factor I
SBP : protéine de transport des hormones sexuelles (sexual
hormone binding protein)
SDHA : sulfate de déhydroépiandrostérone
Le développement sexuel s'effectue au cours de deux périodes
bien distinctes de la vie : la différenciation sexuelle
qui est achevée au quatrième mois de la vie intra-utérine
et la maturation pubertaire qui n'a lieu qu'à l'adolescence
mais résulte de fait d'une longue évolution débutant
dès la période ftale.
La puberté se définit, sur le plan clinique, par le développement
des organes génitaux et des caractères sexuels secondaires
et, sur le plan biologique, par l'achèvement de la maturation de
l'axe hypothalamo-hypophyso-gonadique.
La puberté : éléments
cliniques [1, 4]
La première manifestation clinique de la puberté, celle
qui détermine l'âge de son début, est l'augmentation
du volume testiculaire chez le garçon et la poussée mammaire
chez la fille. Le développement des caractères sexuels s'effectue
à une date et avec une vitesse variables selon les sujets : l'âge
de début de la puberté est déterminé à
la fois par des critères génétiques et par des critères
environnementaux ; parmi ces derniers interviennent fortement les conditions
socio-économiques déterminant la qualité de l'état
nutritionnel ainsi que l'environnement psycho-affectif de l'enfant.
Chez le garçon, la puberté débute en moyenne entre
11,5 et 12 ans (entre 9 et 14 ans chez la plupart des garçons),
et chez la fille entre 10,5 et 11 ans (entre 8 et 13 ans chez la plupart
des filles). Dans tous les cas, le début de la puberté correspond
en fait à un certain degré de maturation somatique dont
le marqueur est précisément un âge osseux moyen de
11,5 à 12 ans chez le garçon et 10,5 et 11 ans chez la fille.
Quelques signes cliniques évocateurs d'une puberté peuvent
être observés trois ou quatre ans avant son déclenchement
réel. Il s'agit en particulier d'un début de pilosité
pubienne qui, en réalité, est attribué à une
production d'androgènes surrénaliens. En effet, la sécrétion
des androgènes surrénaliens varie largement avec l'âge.
Pendant l'enfance, elle est très faible et la concentration de
sulfate de déhydroépiandrostérone (SDHA), le principal
androgène surrénalien, varie entre 0,13 et 0,39 µmol/l
(50 à 150 ng/ml). À partir de 6 à 8 ans (un an plus
tôt chez la fille que chez le garçon), les concentrations
de SDHA augmentent progressivement ; ce phénomène, qui correspond
à la maturation de la fonction androgénique des surrénales,
est appelé adrénarche. Plusieurs hypothèses biochimiques
sont actuellement proposées pour expliquer l'élévation
des concentrations du SDHA. En fait, le passage du prégnanolone
(premier intermédiaire de toute la stéroïdogenèse)
au SDHA s'effectue en deux étapes : une 17alpha hydroxylation et
une scission de la liaison C17-20, catalysée par une même
protéine enzymatique, le cytochrome P450C17. Au cours
de l'adrénarche, l'élévation sélective de
l'activité lyase de cette enzyme pourrait résulter soit
de l'augmentation de l'expression d'une autre protéine donneuse
d'électrons, le cytochrome b5, soit d'une modification post-traductionnelle
(phosphorylation) du cytochrome P450C17 lui-même [5].
Chez le garçon
* La croissance du testicule est très rapide les deux
premières années de la puberté, plus lente ensuite,
mais elle se poursuit pendant près de 5 ans. Elle est essentiellement
la conséquence du développement des tubes séminifères
sous l'influence de la FSH hypophysaire. Le volume testiculaire est aisément
mesuré (largeur et longueur des deux glandes). La présence
de spermatozoïdes dans la première miction du matin est décelée
en moyenne à 13,5 ans et précède de quelques mois
la première éjaculation consciente.
* Le développement de la verge et du scrotum débute
environ un an après le début de l'accroissement du volume
testiculaire. Il est rapide et, en moins de deux ans, ces organes peuvent
avoir atteint leurs dimensions définitives. En même temps
que leurs volumes augmentent, les organes génitaux externes se
pigmentent et leur revêtement cutané se modifie. Les dimensions
de la verge (longueur, diamètre) fournissent des données
mesurables qui, associées avec celles issues de la mesure du volume
testiculaire, permettent une classification (stades de Tanner) de la puberté
en cinq stades (1 à 5), du stade génital G1 (aspect prépubertaire
tardif ou péripubertaire) au stade génital G5 (aspect génital
proche de celui de l'adulte).
* Le développement de la pilosité pubienne est
habituellement parallèle mais décalé par rapport
à celui de la verge, tous deux étant sous la dépendance
de la sécrétion des androgènes. La pilosité
pubienne débute en général sous forme d'un duvet
pubien induit par la sécrétion des androgènes surrénaliens
au cours de l'adrénarche. Par la suite, elle se développe
plus franchement quelques mois après le début du développement
de la verge et du scrotum, mais se déroule à un rythme moins
rapide. En fonction de sa distribution et de son abondance, la pilosité
peut être cotée en cinq stades successifs (classification
de Tanner : du stade PP1 péripubertaire au stade PP5).
* Les autres caractères sexuels secondaires s'installent
de façon très diverse selon les individus : il s'agit en
particulier de la pilosité axillaire, de celle de la face, du tronc
et des membres, de la mue de la voix, de l'augmentation de la masse musculaire.
Chez la fille
* Le développement mammaire est le repère principal
qui, en dépit de larges variations individuelles, reflète
l'activité estrogénique des ovaires. Il se déroule
sur trois ans environ et correspond à des modifications de la morphologie
du mamelon, du sein dans son ensemble, de la pigmentation des aréoles.
Pendant les premiers mois du développement mammaire, celui-ci peut
être asymétrique, voire unilatéral ; les stades successifs
de développement peuvent être appréciés par
mensuration directe et/ou par référence à des échelles
photographiques. Cinq stades ont été ainsi référencés
(selon Tanner) : de S1 (stade péripubertaire) à S5. En plus
des estrogènes, le développement mammaire dépend
également de l'hormone de croissance (GH), de la prolactine et
des glucocorticoïdes surrénaliens.
* La pilosité pubienne survient, dans la majorité
des cas (85 %), quelques mois après la poussée mammaire.
Elle intéresse à la fois le pubis et les grandes lèvres,
atteint son plein développement en deux à trois ans, et
est sous la dépendance essentielle des androgènes surrénaliens
et ovariens. Elle fait également l'objet d'une cotation chiffrée
(selon Tanner), du stade de pilosité pubienne péripubertaire
(stade PP1) à une pilosité de type adulte (stade PP5).
* Les autres caractères sexuels secondaires, comme chez
le garçon, s'installent de façon très variable selon
les individus, qu'il s'agisse de la pilosité axillaire ou des modifications
de la vulve. D'autre part, les changements morphologiques des organes
génitaux internes (ovaires, utérus et vagin) peuvent naturellement
être également étudiés par échographie,
vaginoscopie, laparoscopie et frottis vaginaux. Enfin, l'un des événements
les plus notoires de la puberté est également l'un des plus
tardifs : il s'agit de la première menstruation (ou ménarche)
; par la suite, et dans plus de la moitié des cas, les cycles peuvent
rester anovulatoires pendant près de deux ans.
La croissance staturale au cours de la puberté
L'accélération de la vitesse de croissance est un élément
constant de la puberté et représente pratiquement de ce
fait un véritable caractère sexuel secondaire. En fait,
plusieurs phases sont à considérer : après un ralentissement
en période péripubertaire, la vitesse de croissance augmente
progressivement et devient maximale chez la fille en phase S3 (8 cm/an
en moyenne) et chez le garçon en phase PP3 et PP4 (9 cm/an en moyenne).
Chez ce dernier, elle se prolonge plus tardivement que chez la fille.
L'accroissement global de la taille atteint ainsi 20 à 25 cm chez
la fille et 25 à 28 cm chez le garçon. Le mécanisme
de ces effets est multiple : il associe [6, 7] :
- une stimulation de la sécrétion de GH par l'hypophyse,
par effet direct des stéroïdes gonadiques sur l'hypophyse,
ou indirect sur le GH-RH hypothalamique concourant ainsi à une
élévation de l'IGF-I circulant ;
- une élévation de la production locale d'IGF-I (essentiellement
contrôlée en situation « basale » par la GH) par
les chondrocytes du cartilage de conjugaison en réponse aux stéroïdes
gonadiques, essentiellement l'estradiol, la testostérone pouvant
être localement métabolisée en estradiol ;
- une stimulation de la production des protéoglycanes et du collagène
de type II, constituants de la matrice du cartilage par l'estradiol.
Biochimie endocrinienne de la puberté
[8, 9]
L'ensemble des modifications cliniques ci-dessus décrites sont
en fait consécutives à une augmentation des taux circulants
des gonadotrophines hypophysaires (FSH et LH) et des stéroïdes
gonadiques (essentiellement l'estradiol chez la fille et la testostérone
chez le garçon). L'ensemble de ces adaptations hormonales évolue
en trois phases correspondant respectivement et séquentiellement
aux trois organes impliqués : l'hypothalamus, l'hypophyse et les
gonades.
La sécrétion de GnRH par l'hypothalamus
Au cours de la phase péripubertaire, la sécrétion
de GnRH était devenue essentiellement nocturne et constituée
d'une sécrétion pulsatile à rythme lent (un pic toutes
les 2-3 heures) et de faible amplitude par l'inhibition qu'exercent le
système nerveux central et le rétrocontrôle négatif
par les stéroïdes gonadiques circulants ; ceux-ci, même
présents à des concentrations très faibles, exercent
cet effet inhibiteur du fait de l'extrême sensibilité de
l'hypothalamus (« gonadostat ») à ce rétrocontrôle
négatif.
Lors du déclenchement de la puberté, de mécanisme
inconnu mais auquel le système nerveux central participe de façon
prépondérante, on observe une modification quantitative
et qualitative de la sécrétion du GnRH : une sécrétion
pulsatile s'instaure au cours de la phase diurne et les amplitudes et
le rythme de sécrétion, tant en phase nocturne que diurne,
s'élèvent progressivement ; le rythme de sécrétion
s'établit à un pic toutes les 60 à 90 minutes. Ces
modifications résultent d'une levée progressive de l'inhibition
du système nerveux central et d'une diminution de la sensibilité
hypothalamique à la freination de la sécrétion de
GnRH par les stéroïdes gonadiques. Le rythme de la sécrétion
de GnRH, de même que l'amplitude des pics de sécrétion
sont conjointement indispensables au déclenchement des sécrétions
hypophysaires de LH et de FSH, et donc de la puberté.
La sécrétion des gonadotrophines
hypophysaires
En phase péripubertaire, les concentrations de gonadotrophines
hypophysaires sont basses et leur sécrétion est de type
pulsatile à rythme lent (identique à celui de la GnRH),
du fait de la sécrétion hypothalamique de GnRH et de l'inhibition
hypophysaire par les stéroïdes gonadiques circulants (le mécanisme
est identique à celui rapporté ci-dessus pour l'hypothalamus).
En début de puberté, la sécrétion des gonadotrophines
hypophysaires, ainsi que leur capacité de stockage, s'accroît
rapidement avec élévation du rythme et de l'amplitude des
pics de sécrétion. Ce phénomène résulte
naturellement de la modification du profil de la sécrétion
de GnRH, qui impose très exactement le profil de la sécrétion
hypophysaire. De plus, l'hypophyse devient parallèlement beaucoup
plus sensible au GnRH du fait d'une augmentation significative des récepteurs
hypophysaires à ce neurofacteur (induit par l'élévation
de la GnRH) et du fait que l'inhibition des stéroïdes gonadiques
sur les sécrétions hypophysaires (du moins en ce qui concerne
la LH) est également levée consécutivement à
la diminution de la sensibilité de l'hypophyse à cette freination
(diminution globale de la sensibilité du gonadostat hypothalamo-hypophysaire).
Les sécrétions de FSH et de LH diffèrent cependant
au cours de l'évolution de la puberté et en fonction du
sexe : chez le garçon, on observe une élévation tardive
de FSH et de LH qui atteint son maximum en phase G4 et G5. Chez la fille,
l'élévation de FSH est au contraire très précoce
et précède l'élévation plus tardive de LH
( plus forte que celle du garçon).
Au plan de la pulsatilité, va succéder à la phase
péripubertaire, où seule une sécrétion pulsatile
nocturne de FSH était visible, une sécrétion pulsatile
nocturne de LH puis, de façon concomitante, va se surajouter une
sécrétion pulsatile diurne mixte de FSH et LH dont l'amplitude
et le rythme sont maximaux au milieu de la puberté. En fin de puberté,
la pulsatilité globale est de 12 à 14 pulses par 24 heures
- pulses identiques sur l'ensemble du nycthémère - la pulsatilité
de la LH étant plus facilement détectable du fait de sa
demi-vie biologique plus courte que celle de la FSH.
Enfin, il a été rapporté au cours de la puberté
une augmentation des activités biologiques de la FSH et de la LH,
supérieure à celle des quantités mesurables de ces
hormones, traduisant ainsi une modification qualitative des hormones sécrétées
dont les profils de glycosylation particuliers aboutissent à des
formes biologiquement plus actives.
La sécrétion des stéroïdes
gonadiques
En phase péripubertaire, les stéroïdes gonadiques
circulent à des concentrations très faibles : < 0,35
nmol/l - 0,1 ng/ml) de testostérone chez le garçon et <
37 pmol/l (10 pg/ml) d'estradiol chez la fille.
En début et en cours de puberté, l'accroissement des sécrétions
de testostérone chez le garçon et d'estradiol chez la fille
est due principalement à l'élévation des gonadotrophines
circulantes (en particulier la LH) et à l'augmentation de la sensibilité
des gonades à cette hormone, du fait d'une augmentation des récepteurs
à la LH mesurés aussi bien au niveau des cellules de Leydig
testiculaires que des cellules de la thèque ou de la granulosa
ovarienne. Chez le garçon, l'élévation de la sécrétion
de testostérone est principalement nocturne en début de
puberté et s'élève plus fortement à partir
du stade G3.
Parallèlement et dans les deux cas, il se produit en phase péripubertaire
une baisse de la protéine transporteuse SBP (ou SHBG) attribuée
à l'augmentation des androgènes circulants en relation avec
l'adrénarche. Par la suite, la concentration de SBP s'abaisse beaucoup
plus fortement chez le garçon que chez la fille (sécrétion
testiculaire élevée de testostérone) ; cette diminution
est par ailleurs renforcée par l'augmentation de la sécrétion
de GH dans les deux sexes. Ainsi, les proportions de testostérone
libre chez le garçon et d'estradiol libre chez la fille, formes
actives de ces hormones, s'élèvent progressivement au cours
de la puberté.
En fin de puberté et de façon plus globale, on assiste
à un rétablissement du rétrocontrôle négatif
des sécrétions hypothalamo-hypophysaires par la testostérone
et l'estradiol, mais également de l'inhibine sur la FSH. Cependant
chez la fille, les gonadotrophines hypophysaires induisent une estradiolémie
suffisante et pendant un temps assez durable pour permettre transitoirement
un rétrocontrôle positif des sécrétions de
gonadotrophines - ce rétrocontrôle positif met notamment
en jeu une augmentation de la sensibilité des cellules gonadotropes
hypophysaires à l'action du GnRH - avec un pic de sécrétion
susceptible d'induire l'ovulation en fin de puberté, permettant
ainsi l'instauration du cycle menstruel.
Explorations hormonales au cours
de la puberté
Les modes d'exploration hormonale de la puberté résultent
essentiellement des modifications qui ont été décrites
ci-dessus. Sur un plan conceptuel, il convient de distinguer les explorations
statiques (conditions basales) et les explorations dynamiques.
Exploration statique
* Le dosage des gonadotrophines
Du fait de l'existence de variations nycthémérales des
concentrations de FSH et de LH, il convient si possible de standardiser
le recueil des échantillons sanguins en effectuant les prélèvements
toujours à la même heure, le matin à jeun.
À l'heure actuelle, la plupart, si ce n'est la totalité
des techniques, font appel à un dosage immunométrique dit
« sandwich » utilisant deux anticorps monoclonaux [10]. Du fait
d'une part, de la diversité des formes moléculaires circulantes
de LH et de FSH, différant essentiellement par la variabilité
des chaînes glycaniques, et d'autre part des capacités variables
de reconnaissance de ces formes par les couples d'anticorps monoclonaux
utilisés par les nombreuses techniques actuellement commercialisées,
les résultats obtenus peuvent être très variables
en fonction de la méthode utilisée. L'amplitude de ces variations
peut atteindre un facteur 2 dans le cas de la FSH et 3 dans le cas de
la LH ; elle peut être encore majorée par l'utilisation de
standards internationaux différents d'un fabricant à l'autre.
Dans les cas extrêmes, certaines formes de LH (hormone dont la variabilité
des formes apparaît plus importante que celle de la FSH) peuvent
ne pas être reconnues du tout par un couple d'anticorps déterminé
(LH « invisible »). En tout état de cause, ne connaissant
pas encore à l'heure actuelle les différentes formes de
ces hormones, leurs activités biologiques, les circonstances de
leur sécrétion respective (état basal, phases pubertaires,
stimulation par LH-RH), toute technique doit pouvoir être valablement
utilisée à condition de disposer de valeurs usuelles (à
l'état basal ou sous stimulation) qui lui soient propres. Il est
bien sûr fortement recommandé que pour une technique donnée,
chaque laboratoire utilise ses propres valeurs usuelles [11]. Dans ces
conditions, les valeurs de FSH et de LH indiquées dans les tableaux
1 et 2 ne sont qu'indicatives et correspondent à celles
établies dans notre laboratoire.
* Le dosage des stéroïdes gonadiques
La testostérone et l'estradiol ne présentent pas de variation
physiologique significative de leur concentration au cours du nycthémère.
Dans le cas de l'estradiol cependant, des pics ponctuels de sécrétion
peuvent être détectés, en particulier en début
de puberté.
Les méthodes de dosage font essentiellement appel au principe
de compétition [12] : l'hormone à doser est mise en compétition
avec une hormone analogue présentant une marque particulière
(radio-isotope, enzyme, molécule fluorescente...) vis-à-vis
d'un nombre limité de molécules d'anticorps. Après
incubation et séparation des complexes hormone-anticorps, l'analyse
quantitative des complexes marqués (mesure de radioactivité,
d'activité enzymatique, de fluorescence) permet de mesurer un signal
dont l'intensité est inversement proportionnelle à la quantité
d'hormone à doser. Ces dosages de stéroïdes ne sont
pas soumis, comme dans le cas de ceux des gonadotrophines évoqués
plus haut, à la variabilité des formes moléculaires
de l'hormone à doser ni à celle des étalons internationaux.
En revanche, le principe de compétition est par nature plus imprécis
(coefficients de variation plus importants) et, dans le cas des stéroïdes,
l'anticorps utilisé peut présenter des spécificités
plus larges avec un risque de réaction croisée non négligeable
avec des stéroïdes voisins du stéroïde à
doser. Pour contourner ces deux difficultés, il convient tout d'abord,
pour tout dosage d'estradiol ou de testostérone chez l'enfant,
de choisir des méthodes sensibles ou ultrasensibles présentant
des seuils de quantification (ou sensibilité fonctionnelle) aussi
proches que possible (ou inférieurs le cas échéant)
de 5 pg/ml dans le cas de l'estradiol et de 0,05 ng/ml dans le cas de
la testostérone. Par ailleurs, le risque de réactions croisées
peut être en grande partie éliminé en réalisant,
préalablement au dosage proprement dit, une extraction par un solvant
organique (éther par exemple) suivie d'une chromatographie (colonne
de Celite par exemple) permettant une élution fractionnée
des stéroïdes. Par la suite, l'éluat contenant le stéroïde
à doser est évaporé à sec et le résidu
est repris par un tampon approprié avant dosage. À l'heure
actuelle, plusieurs trousses du commerce présentent des anticorps
de grande spécificité, permettant dans la plupart des cas
de supprimer la phase de chromatographie ; la phase d'extraction reste
toutefois indispensable chez l'enfant pour éviter des dosages par
excès, essentiellement chez l'enfant impubère ; le mécanisme
analytique de cette interférence est encore actuellement mal élucidé
[13, 16]. En tout état de cause, il convient, face à toute
nouvelle technique de dosage de l'estradiol et de la testostérone,
de s'assurer grâce à des tests analytiques appropriés
et une étude clinique approfondie de la validité de leur
utilisation en endocrinologie pédiatrique.
Du fait de ces difficultés analytiques, il convient que chaque
laboratoire établisse ses propres valeurs usuelles et celles qui
sont indiquées dans les tableaux
1 et 2 sont de ce fait indicatives. Au cours de l'enfance et jusqu'à
la phase péripubertaire, ces valeurs sont très constantes
: inférieures à 37 pmol/l (10 pg/ml) pour l'estradiol chez
la fille et inférieures à 0,35 nmol/l (0,1 ng/ml) pour la
testostérone chez le garçon. Chez ce dernier, il est important
de signaler au début de la vie (après un pic très
précoce au cours des 24 premières heures) une sécrétion
significative à partir de J7 et qui atteint un maximum vers 2 à
3 mois : 8,7 à 10,4 nmol/l (2,5 à 3 ng/ml). Par la suite,
la concentration de testostérone diminue et devient inférieure
à 0,35 nmol/l (0,1 ng/ml) après 6 mois en moyenne et parfois
un peu plus tardivement.
* Les autres dosages
Le dosage de SDHA (méthode par compétition sans difficulté
particulière) donne de précieuses informations sur l'évolution
de la puberté corticosurrénalienne (adrénarche).
Il est indispensable en cas de suspicion de puberté précoce,
pour établir la part respective des sécrétions surrénaliennes
et testiculaires ou ovariennes des androgènes circulants, androgènes
susceptibles de provoquer l'apparition d'une pilosité pubienne.
Le dosage de la SBP n'est pas de pratique courante pour l'exploration
biologique de la puberté. Les valeurs usuelles sont les suivantes
: chez le garçon 30 à 60 nmol/l (3 à 6 mg/l) avant
la puberté et 20 nmol/l (2 mg/l) en moyenne à la fin de
la puberté ; chez la fille, ces mêmes valeurs s'établissent
à 30 à 60 nmol/l (3 à 6 ng/ml) et 40 nmol/l (4 mg/l
).
Les concentrations d'hormone anti-müllérienne [17] chez
le garçon restent élevées (10-70 ng/ml) après
la naissance et pendant plusieurs années, puis baissent pour atteindre
vers la puberté des valeurs proches de 1 à 5 ng/ml. Chez
la fille, l'hormone anti-müllérienne est indétectable
avant la puberté avant d'atteindre 1 à 5 ng/ml par la suite.
Exploration dynamique
* Étude de la pulsatilité nocturne
de la LH
Elle peut être établie par des dosages répétés
de LH consécutifs à des prélèvements effectués
toutes les 20 minutes. Le dosage de la LH urinaire sur les urines de la
nuit peut également permettre de mettre en évidence une
forte élévation de l'élimination de cette hormone,
témoin d'une augmentation du rythme et/ou de l'amplitude des pics
de sécrétion de LH. Ce mode d'exploration n'est pratiquement
pas utilisé en pratique courante.
* Test au LH-RH (ou GnRH)
La mesure de la réactivité hypophysaire au LH-RH est l'épreuve
de choix de l'exploration biologique de la puberté [18]. Elle consiste
en une administration intraveineuse en bolus de 100 µg de GnRH (ou
100 µg/m2 de surface corporelle). Des prélèvements
sanguins sont effectués à des temps variables selon les
protocoles. Nous utilisons nous-mêmes des temps de 0, 10, 20, 40,
60 et 90 minutes. Les dosages de FSH et de LH réalisés à
chacun de ces temps de prélèvement renseignent à
la fois sur la quantité de gonadotrophines stockées et immédiatement
mobilisables et sur l'aptitude des cellules gonadotropes à synthétiser
de nouvelles molécules de gonadotrophines.
Comme pour les dosages de FSH et de LH à l'état basal,
l'interprétation des épreuves de stimulation reposent sur
l'utilisation de valeurs usuelles propres à chaque laboratoire.
L'interprétation repose sur le pic maximal (pour la LH aux temps
20 et 40 minutes, pour la FSH aux temps 40 et 60 minutes), ou sur la mesure
de l'aire sous la courbe. Les valeurs usuelles sont données à
titre indicatif dans les tableaux
1 et 2. De façon générale, durant les premiers
mois de vie et jusqu'à 2 ou 3 ans, la réponse en FSH est
très ample (plus élevée chez la fille), celle de
LH est significativement plus faible que celle de FSH.
Durant l'enfance, les réponses sont faibles, supérieures
chez la fille dans le cas de la FSH, et toujours plus élevées
pour la FSH que pour la LH. À la puberté, la réponse
en LH augmente progressivement et devient largement supérieure
à celle de la FSH, chez la fille comme chez le garçon. Cette
inversion systématique du rapport FSH/LH au cours de la stimulation
par le GnRH signe l'évolution pubertaire.
* Test de stimulation par l'hCG
Ce test n'est utilisé que chez le garçon chez qui il permet
d'apprécier la capacité fonctionnelle du testicule. Les
protocoles utilisés sont très divers : sept injections (une
injection tous les 3 jours de 1 500 UI) ; prélèvement à
J0 et 24 heures après la dernière injection ; une injection
unique de 5 000 UI/ l,73 m2 de surface corporelle (prélèvement
à J0 et à J4) ; quatre injections de 3 000 UI/m2
chaque jour, 4 jours de suite ou séparées l'une de l'autre
par un intervalle de 48 heures (prélèvement à J0
et 48 heures après la dernière injection). Sur chacun de
ces prélèvements la testostérone est mesurée.
Chez l'enfant en phase péripubertaire, la testostérone
s'élève au moins à 6,9 nmol/l (2 ng/ml). En début
de puberté, le pic peut atteindre des valeurs similaires à
celles du sujet adulte, soit, selon les techniques, de 24,2 à 41,5
nmol/l (7 à 12 ng/ml).
Quelques éléments de pathologie
pubertaire
L'ensemble des tests évoqués ci-dessus a pour vocation
d'explorer l'état biologique pubertaire chez l'enfant dans le cadre
d'une approche diagnostique de puberté précoce ou de retard
pubertaire. Cette exploration n'est naturellement entreprise qu'à
l'appui d'arguments cliniques patents qui constituent l'étape préalable
indispensable. Ce dernier paragraphe a pour simple objet de rappeler la
classification des principaux désordres pubertaires observés
chez l'enfant et l'adolescent.
Les pubertés précoces [19,
21]
La puberté précoce est définie par le développement
de caractères sexuels secondaires avant les limites d'âge
définies statistiquement pour une population de référence.
Elle est beaucoup plus fréquente chez la fille que chez le garçon
et se manifeste en outre assez systématiquement par une avance
staturale avec avance d'âge osseux (âge osseux/âge chronologique
> 1).
Il convient tout d'abord de distinguer les avances pubertaires simples
des pubertés précoces proprement dites. Dans le premier
cas, les signes pubertaires apparaissent entre 10 et 12 ans chez le garçon
et 9 et 11 ans chez la fille. Il s'agit essentiellement de « variantes
extrêmes » de la « normalité » (telle que
définie par les valeurs statistiques), et la notion de formes familiales
est fréquemment retrouvée. Dans le second cas, les signes
pubertaires apparaissent avant 9 ou 10 ans chez le garçon et 8
ou 9 ans chez la fille. Trois formes différentes peuvent être
distinguées : les pubertés dissociées, les pubertés
précoces centrales (ou pubertés précoces vraies)
et les pubertés précoces périphériques (ou
pseudo-pubertés précoces).
* Les pubertés dissociées
Chez le garçon, il s'agit soit de prématurité pubarche
avec développement de la pilosité pubienne et axillaire
due à une maturation précoce de la corticosurrénale
(adrénarche précoce), soit d'une gynécomastie pubertaire,
habituelle chez plus du tiers des adolescents. Chez la fille, à
côté d'une prématurité pubarche, de circonstances
de survenue voisines de celles observées chez le garçon,
le développement précoce et isolé des seins évoque
une thélarche précoce. Dans cette dernière forme,
il n'est pas rapporté d'avance staturale ni osseuse et les signes
d'estrogénisation restent discrets.
* Les pubertés précoces centrales
Elles correspondent à une activation précoce de l'axe
hypothalamo-hypophyso-gonadique. Cette activation peut être consécutive
à une lésion neurologique, cas le plus fréquent chez
le garçon, essentiellement de nature tumorale. Une IRM cérébrale
est d'ailleurs systématiquement pratiquée devant un diagnostic
de puberté précoce centrale. Dans les autres cas, aucune
lésion neurologique n'est mise en évidence et le diagnostic
de puberté précoce idiopathique, d'origine inconnue, est
posé. Chez la fille, ce dernier diagnostic représente près
de 80 % des formes de puberté précoce centrale.
* Les pubertés précoces périphériques
Elles sont habituellement subdivisées en formes dites isosexuelles
si elles évoluent dans le sens normal des signes cliniques de la
puberté pour un sexe donné, et en formes dites hétérosexuelles
dans le cas contraire. Chez le garçon, les formes isosexuelles
recouvrent des pathologies surrénaliennes (hyperplasie congénitale
ou tumeur) ou des pathologies tumorales du testicule. Chez la fille, elles
correspondent à diverses pathologies ovariennes (kystes fonctionnels
ou tumeur) ainsi qu'à des syndromes d'autonomie ovarienne dont
la forme la plus connue est le syndrome de Mac Cune Albright (anomalie
d'origine génétique portant sur la sous-unité alpha
de la protéine G associée au récepteur de la LH).
Les formes hétérosexuelles sont rarissimes chez le garçon,
plus fréquentes chez la fille car correspondant à une origine
surrénalienne avec hyperproduction d'androgènes (hyperplasie
congénitale ou plus rares formes tumorales).
Les retards pubertaires [22, 23]
Ils sont définis par l'absence de tout signe de puberté
au-delà de l'âge de 13 ans chez la fille et de 14 ans chez
le garçon. Ils peuvent correspondre, comme les avances pubertaires
simples, à des variantes extrêmes de la « normalité
». Il convient alors de parler simplement de puberté différée.
Dans le cas contraire, il faut distinguer les hypogonadismes d'origine
centrale (hypogonadismes hypogonadotropes) et les hypogonadismes d'origine
périphérique (hypogonadismes hypergonadotropes). Dans le
premier cas, en dehors de très rares insuffisances gonadotropes
isolées, on retrouve essentiellement le panhypopituitarisme, dont
certaines formes peuvent être induites après irradiation
de la selle turcique. Dans cette catégorie, est également
classé le syndrome de Kallman avec anosmie. Enfin, les hypogonadismes
hypergonadotropes recouvrent essentiellement chez le garçon le
syndrome de Klinefelter ou une anorchidie, et chez la fille une dysgénésie
gonadique dont le syndrome de Turner est le prototype.
CONCLUSION Le
déroulement normal de la puberté résulte d'un développement
harmonieux du système hypothalamo-hypophyso-gonadique. Toute altération
à l'une quelconque de ces étapes est susceptible d'induire
une avance ou un retard pubertaire. L'exploration biologique de ces désordres
repose essentiellement sur des analyses hormonales visant à mettre
en évidence l'anomalie globale de fonctionnement de l'axe gonadotrope
et à en préciser l'étiologie. Sur le plan pratique,
sont dosés systématiquement la FSH et la LH ainsi que l'estradiol
chez la fille et la testostérone chez le garçon. Sur un plan
dynamique, le test au LH-RH est au cur de la stratégie d'exploration
biologique qui vient compléter et étayer l'approche clinique
des troubles pubertaires, dont le diagnostic reste très délicat
encore à l'heure actuelle. REFERENCES
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