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Incidental detection of hemoglobin abnormalities by HBA1C assay with high pressure liquid chromatography


Annales de Biologie Clinique. Volume 57, Number 6, 713-6, Novembre - Décembre 1999, Pratique quotidienne


Résumé  

Author(s) : V. Lemée, G. Hue, A. Lahary, A. Lavoinne, Laboratoire de biochimie médicale, Hôpital Charles-Nicolle, 1, rue de Germont, 76031 Rouen cedex.

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ARTICLE

L'hémoglobine glyquée, et plus particulièrement la fraction A1c, est reconnue depuis une vingtaine d'années comme le paramètre le plus objectif du contrôle glycémique à moyen terme [1]. En effet, l'hémoglobine A1c, fraction glyquée de l'hémoglobine, est le résultat d'une réaction de fixation non enzymatique, lente et irréversible de glucose sur au moins une extrémité N-terminale (résidu valine) des chaînes beta de l'hémoglobine. Elle s'accumule dans les hématies au cours de leur vie ; sa valeur constitue donc un reflet de la glycémie pendant les 2 à 3 mois qui précèdent le prélèvement.

L'HbA1c est dosée au laboratoire de biochimie selon une technique de chromatographie liquide haute pression (CLHP) en échange d'ions depuis juillet 1996. Ce dosage, fréquemment prescrit, entraîne un recrutement important et permet, de ce fait, de mettre en évidence fortuitement des anomalies de l'hémoglobine.

L'observation porte sur les anomalies de l'hémoglobine dépistées sur les chromatogrammes réalisés lors du dosage de l'HbA1c de patients diabétiques. Le laboratoire, dans ce cas précis, n'a qu'un rôle de détection de ces anomalies ; cependant, dans certains cas, une telle découverte impose d'adapter les tests proposés pour le suivi du diabète.

Patients et méthodes

Patients

L'étude a porté sur tous les prélèvements pour lesquels était prescrit un dosage de routine d'HbA1c pendant ces deux dernières années, prélèvements provenant de l'ensemble des services et principalement des services de diabétologie adulte et pédiatrique.

Méthode de dosage de l'HbA1c

Le dosage est effectué sur un appareil Variant® (Bio-Rad, Hercules, USA), à partir de sang hémolysé et traité pour éliminer la fraction labile de l'hémoglobine glyquée. L'appareil utilise le principe de la chromatographie liquide haute pression en échange d'ions permettant un isolement de la fraction A1c et d'autres fractions normales de l'hémoglobine (HbA1a, HbA1b, HbF, HbAo) en fonction de leur pH isoélectrique. La quantification des hémoglobines est réalisée par intégration de la surface des pics mesurés à 415 nm, le bruit de fond étant corrigé par une lecture à 690 nm. Un exemple de chromatogramme normal est présenté sur la figure 1A.

L'HbA1c est exprimée en pourcentage de l'hémoglobine totale selon la formule :

% HbA1c = Aire de l'HbA1c x fr x 100

[Aire HbA1a + aire A1b + aire HbF + (aire HbA1c x fr) + aire HbAo]

où fr est le facteur de réponse de l'appareil, calculé à partir de la calibration effectuée en début d'analyse.

Identification des variants de l'hémoglobine

Pour chaque anomalie constatée sur le chromatogramme, une étude complète de l'hémoglobine a été effectuée : isofocalisation sur gel de polyacrylamide, dosage des hémoglobines normales et des variants (par densitométrie ou chromatographie sur colonne selon les fractions), électrophorèse sur agar acide et test d'Itano. Les variants non reconnus ont fait l'objet d'une identification par le service de biochimie génétique de l'hôpital Henri-Mondor.

Résultats

Sur 6 636 dosages réalisés, 76 chromatogrammes (48 patients) présentaient des anomalies correspondant (figure 1) soit à une augmentation de la surface du pic d'hémoglobine fœtale (27 patients), soit à un pic surnuméraire suggérant la présence d'un variant de l'hémoglobine (21 patients).

Augmentation de l'HbF

Usuellement, et pour un adulte sain, l'HbF représente moins de 1 % de l'hémoglobine totale. Dans ce travail, seules ont été prises en compte les valeurs d'HbF supérieures à 2 %. La plus forte augmentation observée (27 %) correspondait à un cas de persistance héréditaire de l'hémoglobine fœtale (figure 1, B et C). Dans 4 autres cas, une étiologie a pu être retrouvée pour expliquer cette augmentation : beta-thalassémie (1 cas), régénération médullaire (1 cas) ou traitement par l'acide valproïque (Dépakine®) (2 cas) comme rapportée par Collins et al. [2]. Il est important de signaler que d'autres médicaments sont susceptibles d'entraîner une augmentation de l'HbF tels que l'hydroxyurée (Hydréa®) [3], l'arabino-cytosine (AraC®) [4]. Dans les autres cas, l'étiologie n'a pu être précisée ; chez ces patients, l'anomalie observée persistait lors des dosages ultérieurs.

Dans tous ces cas, la mise en évidence de l'HbF était confirmée par électrophorèse et sa quantification effectuée par la méthode de Betke. Pour deux patients, une étude complète de l'hémoglobine a conduit, en raison d'une légère augmentation de l'HbF, à mettre en évidence l'existence d'un variant de type Les Andelys dans un cas et Lepore dans l'autre cas (figure 1, C).

Présence d'un pic surnuméraire

Dans notre expérience, la présence d'un pic surnuméraire correspondait toujours à l'existence de formes mutées de l'hémoglobine (21 cas). Si l'on ajoute les 3 cas de mutations détectées en raison d'une augmentation de l'HbF, le nombre de variants identifiés est de 24 (tableau 1), dont 16 étaient restés jusque-là méconnus.

Commentaires

La probabilité de rencontrer une hémoglobinopathie lors du dosage de l'HbA1c n'est pas exceptionnelle puisqu'elle représente, dans notre expérience, un peu plus de 1 % des dosages effectués. L'utilisation d'une méthode reposant sur une séparation et une visualisation des différentes formes de l'hémoglobine permet, dans la plupart des cas, de détecter l'anomalie [5] et d'éviter ainsi de rendre une valeur éventuellement erronée du taux d'HbA1c. Il est à noter que cette possibilité est limitée aux seules techniques de chromatographie ou d'électrophorèse, qui ne représentent qu'un tiers des techniques actuellement utilisées [6].

L'augmentation de l'HbF, lorsqu'elle reste modérée (inférieure à 3 %), ne nécessite pas l'invalidation du résultat de l'HbA1c et ce marqueur peut alors être utilisé de façon fiable dans la surveillance du diabète. À l'opposé, la découverte de l'existence d'une hémoglobine anormale impose d'informer le prescripteur sur la difficulté d'interprétation du taux de l'HbA1c obtenu et conduit, très souvent, à l'invalidation du résultat. En effet, l'existence d'un variant peut potentiellement entraîner une modification de la durée de vie des hématies ; c'est le cas par exemple si l'hémoglobine anormale induit une hémolyse. De plus, on ne connaît pas la capacité de glycation de ces variants [7] et il n'est pas exclu qu'il puisse exister entre eux des phénomènes de compétition pour la fixation du glucose. Enfin, sur un plan analytique, l'individualisation des formes mutées et de leurs fractions glyquées est parfois difficile. Par exemple, on peut observer la présence d'un second pic surnuméraire correspondant sans doute à la forme glyquée du variant (figure 1, D), en l'absence d'un tel pic (figure 1, E), la forme glyquée est vraisemblablement intégrée à la fraction Ao, sous-estimant le résultat d'hémoglobine glyquée. En présence d'une hémoglobine D (figure 1, F), le résultat est même franchement erroné, la séparation entre Ao et D étant insuffisante.

Ces problèmes rendent très difficile l'interprétation des résultats, même si l'on peut considérer que l'utilisation d'une technique identique dans un même laboratoire permet de comparer entre eux les résultats d'un même patient. Le dosage des fructosamines [8, 9], reflet de la glycation des protéines circulantes, peut être alors proposé pour le suivi de la maladie diabétique. En effet, la concentration des fructosamines n'est pas modifiée par l'existence d'une hémoglobinopathie [10, 11]. Cependant, les fructosamines reflètent l'équilibre glycémique d'une période plus courte que celle reflétée par l'HbA1c (2 à 3 semaines au lieu de 2 à 3 mois) ; de plus, la prescription de ce test est peu répandue et les cliniciens sont dans l'ensemble peu familiarisés avec l'interprétation des résultats rendus.

CONCLUSION

L'existence d'une élévation de l'HbF ou la présence d'une hémoglobine anormale conduit à déconseiller l'utilisation de l'HbA1c dans ces situations, et à proposer un test de remplacement tel que le dosage des fructosamines. Dans quelques très rares cas, ces deux approches complémentaires sont prises en défaut. La surveillance de la maladie diabétique devient alors un réel problème.

Remerciements. Nous remercions F. Galacteros et son équipe pour l'identification des variants rares (Service de biochimie de M. Goossens, Hôpital Henri-Mondor).

Article reçu le 15 mai 1999, accepté le 18 août 1999.

REFERENCES

1. The Diabetes Control and Complications Trial Research Group. The effect of intensive treatment of diabetes on the development and progression of long term complications in insulin-dependent diabetes mellitus. N Engl J Med 1993 ; 977-86.

2. Collins AF, Dover GJ, Luban NL. Increased fetal hemoglobin production in patients receiving valproic acid for epilepsy. Blood 1994 ; 84 : 1690-1.

3. Olivieri NF, Rees DC, Ginder GD, et al. Treatment of thalassemia major with phenylbutyrate and hydroxyurea. Lancet 1997 ; 350 : 491-2.

4. DeSimone J, Heller P, Hall L, Zwiers D. 5-azacytidine stimulates fetal hemoglobin synthesis in anemic baboons. Prod Natl Acad Sci USA 1982 ; 79 : 4428-31.

5. Weykamp CW, Penders TJ, Muskiet FAJ, van der Slick W. Influence of hemoglobins variants and derivatives on glycohemoglobin determinations, as investigated by 102 laboratories using 16 differents methods. Clin Chem 1993 ; 39 : 1717-23.

6. Hémoglobines. Cahiers de formation Bioforma 1997 : 8.

7. Serjeant GR. Sickle cell disease. Oxford, UK : Oxford University Press, 1992 ; Vol. 1, 2nd ed.

8. Delattre J, Gillery P. Dosage de la fructosamine et son intérêt dans la surveillance du diabète sucré (commission « protéines glyquées »). Option /Bio 1993 ; 104.

9. Gillery P. Valeurs de référence des fructosamines plasmatiques chez des sujets sains. Option/Bio 1993 ; 89.

10. Pileire B, Moutet JP, Bangou J, Ragoucy-Sengler CM. Marqueurs de la glycation des protéines dans le dépistage du diabète. Ann Biol Clin 1988 ; 46 : 719-21.

11. Martina WV, Martjin EG, Van der Molen M, Schermer JG, Muskiet FAJ. beta-N-terminal glycohemoglobins in subjects with commons hemoglobinopathies : relation with fructosamine and mean erythrocyte age. Clin Chem 1993 ; 39 : 2259-65.


 

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