ARTICLE
Probablement découvert par Eimer en 1870 dans l'intestin de taupe,
le genre Cyclospora est créé en 1881 par Schneider
pour un parasite, Cyclospora glomerica, observé chez un
myriapode. En 1902, Schaudin décrit pour la première fois
le cycle de Cyclospora caryolitica dans l'épithélium
de taupes atteintes d'entérite sévère. Différentes
espèces appartenant au genre Cyclospora ont été
mises en évidence chez des rongeurs, des serpents, des insectivores
et récemment chez l'homme [1]. Ashford publie en 1979 la première
observation d'oocystes de coccidies incomplètement sporulés
dans les selles de trois individus de Papouasie Nouvelle Guinée
[2]. L'identification de ce parasite reste controversée pendant
plusieurs années. Ces micro-organismes sont fréquemment
décrits sous le nom de CLB pour Cyanobacteria-like body
ou Coccidian-like body. Pour certains auteurs, il s'agit même
de spores fungiques ou d'une espèce de Cryptosporidium de
grande taille. C'est seulement en 1993 qu'Ortega et son équipe
parviennent à identifier le parasite en provoquant la sporulation
des oocystes : deux sporocystes contenant chacun deux sporozoïtes
sont alors observés, ce qui permet de rattacher ce parasite au
genre Cyclospora. Ortega propose de dénommer cette nouvelle
espèce Cyclospora cayetanensis en référence
à l'institut Cayetano (Lima, Pérou) [3]. L'analyse phylogénétique
basée sur la séquence du gène de l'ARN 18S ribosomique,
réalisée par Relman et al. en 1995, confirme la nature
du micro-organisme et sa parenté aux autres coccidies pathogènes
chez l'homme [4].
Biologie du parasite
Taxonomie
Cyclospora est un protozoaire appartenant à la classe
Sporozoea du phylum Apicomplexa, sous-classe des Coccidiasina,
ordre des Eucoccidiorida, famille des Emeriidae. Il s'apparente
aux quatre autres coccidies d'intérêt médical : Isospora,
Sarcocystis, Cryptosporidium et Toxoplasma [5].
Cycle parasitaire
Le cycle biologique de Cyclospora cayetanensis n'est que partiellement
connu. Il débute par l'ingestion d'oocystes matures et sporulés.
Chaque oocyste renferme 2 sporocystes contenant chacun 2 sporozoïtes
infestants. Le dékystement est provoqué par l'acidité
gastrique, au contact de la bile et du suc pancréatique. Les sporozoïtes
libérés dans la lumière intestinale pénètrent
les entérocytes de l'intestin grêle. Le stade asexué
implique une maturation et un développement des sporozoïtes
dans l'entérocyte, en schizonte (ou méronte) qui renferment
un nombre variable de mérozoïtes [5, 6]. Le schizonte de type
1 contient 8 à 12 mérozoïtes matures (0,5 x 3-4 µm)
, le type 2 en contient 4 (0,7-0,8 x 12-15 µm) [1]. La rupture des
cellules épithéliales infestées libère les
mérozoïtes qui envahissent d'autres entérocytes pour
donner de nouveaux schizontes ou pour évoluer vers un stade sexué,
avec la formation de gamètes mâles ou femelles. La fusion
des gamètes donne naissance à un oocyste immature excrété
dans les selles à la mort de l'entérocyte. Une période
de maturation de 7 à 10 jours dans le milieu extérieur est
nécessaire pour achever la sporulation de l'oocyste qui devient
infestant [6].
Épidémiologie
Dans l'attente d'une étude comparative des différents
isolats collectés de par le monde, toute souche de Cyclospora
isolée chez l'homme doit être considérée
comme appartenant à une seule espèce : Cyclospora cayetanensis.
Répartition géographique
En fonction des enquêtes épidémiologiques, la distribution
géographique de Cyclospora semble très étendue
: Amérique du Sud, Amérique centrale, Amérique du
Nord, Asie du Sud-Est, Europe de l'Est, Afrique du Nord et du Sud, Australie
[5]. Les zones d'endémies correspondent essentiellement aux zones
tropicales et intertropicales où les conditions environnementales
sont favorables au parasite.
Facteurs saisonniers
Malgré d'importantes différences au niveau climatique,
le caractère saisonnier de l'infection à Cyclospora
a été remarqué dans plusieurs pays [7]. Ce phénomène
reste en partie inexpliqué mais la température et l'humidité
semblent être des facteurs prépondérants [5, 7]. Au
Népal, le pic de fréquence se situe entre mai et août,
en pleine saison des pluies, aucun cas de cyclosporose n'a été
décrit entre décembre et mars [8]. Au Pérou, après
6 années d'observation, il apparaît que pratiquement toutes
les infections sont survenues entre décembre et juillet avec un
pic de fréquence entre avril et juin [5]. Aux États-Unis
et au Canada les deux principales épidémies de 1996 et 1997
ont eu lieu entre mai et juillet [9, 10].
Mode de transmission
La cyclosporose se transmet après ingestion d'oocystes sporulés
véhiculés par de l'eau ou des aliments contaminés
par des matières fécales. À l'inverse de Cryptosporidium,
les oocystes de Cyclospora sont incomplètement sporulés
lors de leur émission dans les selles et nécessitent une
période de maturation d'une à deux semaines dans l'environnement,
avant d'être infestants. Pour cette raison, une auto-infestation
ou une transmission directe d'un individu à un autre est peu probable.
Plusieurs épidémies bien documentées ont rapidement
incriminé l'eau dans la dissémination du parasite. Au Népal,
en juin 1994, une épidémie de cyclosporose a éclaté
parmi le personnel britannique d'une base militaire stationnée
à Phokara. Cyclospora a été identifié
dans un échantillon de 2 litres d'eau correctement filtrée
et chlorée, provenant du réservoir du camp ; ce qui suppose
que Cyclospora, comme Cryptosporidium, peut résister
aux traitements habituels de l'eau [11]. La transmission de Cyclospora
par ingestion d'aliments contaminés a clairement été
établie lors des épidémies survenues au Canada et
aux États-Unis en 1996 et 1997 [9, 10]. Trois types de produits
frais ont été mis en cause : des framboises fraîches
importées du Guatemala (en 1996 et 1997), de la salade (variété
mesclun) et du basilic (en 1997). Aucun cas de cyclosporose n'a été
observé avec des framboises congelées ou cuites. L'origine
de la contamination de ces framboises reste imprécise. Au printemps
1997, seules les exploitations guatémaltèques remplissant
des conditions sanitaires satisfaisantes ont été autorisées
à exporter leurs récoltes vers les États-Unis et
le Canada. Malgré les contrôles effectués et les mesures
préventives entreprises, notamment en ce qui concerne la qualité
de l'eau utilisée pour les cultures, l'épidémie n'a
pu être évitée. Même si certains exploitants
n'ont pas appliqué à la lettre toutes les recommandations,
il est possible que ces mesures n'aient pas été totalement
adaptées au mode de contamination [7]. Au Pérou, Ortega
et al. [12] ont montré que, parmi les légumes qu'ils
avaient récoltés sur les marchés des quartiers défavorisés
de Lima, 1,8 % étaient contaminés par Cyclospora cayetanensis
et 14,5 % par Cryptosporidium parvum. Ils ont également
démontré que le lavage des aliments à l'eau du robinet
ne permettait pas d'éliminer complètement les oocystes de
Cyclospora et de Cryptosporidium.
La durée de survie du micro-organisme dans le milieu extérieur
ainsi que la quantité de parasite permettant d'infester un individu
ne sont pas encore connues. Le réservoir naturel reste également
à déterminer.
Prévalence de la cyclosporose en zone
d'endémie
Les connaissances sur la prévalence de la cyclosporose proviennent
essentiellement d'études effectuées dans trois pays, le
Pérou, le Népal et Haïti, où le parasite sévit
à l'état endémique.
Au Pérou, une étude menée par Ortega et al.
[5] a montré que la prévalence de l'infection à Cyclospora
dépend étroitement des conditions socio-économiques.
Dans les bidonvilles où le risque de contamination oro-fécale,
est important et les infections précoces, elle atteint un pic chez
les jeunes enfants âgés de 2 à 4 ans. La parasitose
n'est presque jamais détectée après l'âge de
11 ans suggérant qu'une immunité durable et protectrice
se met en place. A contrario, dans les classes moyennes ou aisées
où les conditions sanitaires sont correctes, il est rare que les
enfants soient atteints et ce sont les adultes qui sont le plus fréquemment
parasités. La prévalence d'une infection symptomatique chez
ces adultes est estimée à 0,5 %.
Au Népal, dans une clinique locale, Hoge et al. [13] ont
étudié 124 enfants âgés de 6 mois à
5 ans atteints de diarrhée ainsi que 103 enfants asymptomatiques.
Cyclospora cayetanensis a été retrouvé chez
5 % des enfants symptomatiques mais aussi chez 2 % des enfants asymptomatiques
et donc porteurs sains. Aucun cas de cyclosporose n'a été
observé chez des enfants âgés de moins de 18 mois
et nourris au sein, ce qui suppose une action protectrice du lait maternel.
D'autre données obtenues au Népal montrent que les étrangers
ont un plus grand risque d'infection que la population locale [14]. Bien
que les infections préalables n'empêchent pas une ré-infection,
les expatriés ou coopérants résidant depuis une longue
période dans ce pays apparaissent moins vulnérables.
À Haïti, la prévalence importante de Cyclospora
cayetanensis (10 %) chez les adultes infectés par le VIH est
reliée à la sous-utilisation du triméthoprime et
du sulfaméthoxazole dans la prophylaxie de Pneumocystis carinii.
Prévalence de la cyclosporose dans les
pays développés
La prévalence de l'infection à Cyclospora aux États-Unis
ou dans les autres pays industrialisés n'est que partiellement
connue. Deux études menées sur 6 525 et 1 042 échantillons
de selles provenant de Chicago (Illinois) et Burlington (Massachusetts)
ont révélé la présence d'oocystes de Cyclospora
dans respectivement 0,5 % et 0,3 % des selles [8, 15]. Des résultats
comparables ont été obtenus au Royaume-Uni avec 0,1 % des
selles positives sur 6 151 échantillons [16]. À Munich,
Jelinek [17] estime la prévalence de la parasitose chez les voyageurs
allemands à 0,6 %, à partir de 978 échantillons de
selles appartenant à 795 patients dont 469 présentaient
une diarrhée.
La première épidémie à Cyclospora
déclarée aux États-Unis survient en 1990 à
l'hôpital de Chicago parmi le personnel soignant en raison d'un
incident sur le réseau d'eau potable [18]. Par la suite, seuls
quelques cas isolés ont été décrits chez des
voyageurs internationaux et/ou des immunodéprimés ainsi
que deux petites épidémies. En 1996, 1 465 cas de cyclosporose
sont recensés par le Center for Disease Control and Prevention
aux États-Unis et au Canada. En 1997, à la même époque,
plus de 1 000 cas sont répertoriés. Ces deux épidémies
d'importance touchent principalement des sujets immunocompétents
et n'ayant jamais voyagé. Des framboises fraîches contaminées,
importées du Guatemala, ont été mises en cause.
Aspects cliniques
La période d'incubation est d'une semaine en moyenne mais peut
varier de 2 à 11 jours selon les cas [6]. Une diarrhée aqueuse
avec absence de sang et de leucocyte dans les selles représente
la principale manifestation clinique d'une cyclosporose. Elle peut être
accompagnée de crampes abdominales, d'éructations, de flatulences,
d'une fièvre modérée, de nausées, de vomissements,
d'une asthénie [8] et d'une perte de poids estimée à
3,6 kilogrammes en moyenne [19].
La fréquence des émissions diarrhéiques varie entre
3 et 10 par jour. Un syndrome pseudo-grippal avec myalgies et arthralgies
peut se développer avant le début des signes gastro-intestinaux
[7, 20]. Chez les sujets immunocompétents, la diarrhée évolue
soit de façon aiguë et cesse spontanément au bout de
quelques jours, soit de façon chronique (alternant avec des épisodes
de constipation) et persiste jusqu'à 15 semaines [6]. Chez certains
patients, l'anorexie et/ou les douleurs abdominales prédominent
par rapport aux épisodes diarrhéiques [8]. La fatigue et
l'anorexie peuvent persister plusieurs semaines après l'amélioration
de la diarrhée [14]. Lors d'infections symptomatiques à
Cyclospora, l'émission des oocystes dans les selles peut
précéder le début des signes cliniques. L'éradication
des oocystes des selles coïncide habituellement avec la guérison
[14]. Chez les immunodéprimés, et notamment les sidéens,
la diarrhée évolue sur un mode chronique (environ 4 mois)
et les rechutes sont fréquentes [21]. Des cholangites ont récemment
été décrites chez des patients sidéens parasités
par Cyclospora [22].
Des modifications histo-pathologiques ont été rapportées,
incluant une atrophie villositaire et une hyperplasie des cryptes associées
à une inflammation de la lamina propria [5, 23]. La malabsorption
intestinale qui en résulte est dépistée par un test
d'absorption du D-xylose [6].
Diagnostic de la cyclosporose
Le diagnostic de la cyclosporose repose sur la détection d'oocystes
de Cyclospora cayetanensis lors de l'observation microscopique
d'un échantillon de selles, d'aspiration duodénale ou jéjunale.
L'émission d'oocystes dans les selles n'est pas continue [24].
Devant un premier résultat négatif, il est nécessaire
de renouveler l'examen au moins deux fois à 2-3 jours d'intervalle
avant d'exclure le diagnostic. Les autres causes de diarrhée infectieuse
doivent être recherchées pour éliminer une étiologie
bactérienne (Salmonella sp, Yersinia enterocolitica,
Shigella dysenteriae, Vibrio sp., Aeromonas, Campylobacter),
virale (rotavirus, adénovirus) ou parasitaire associée (amibes,
flagellés, Isospora belli, Cryptosporidium parvum,
microsporidies...). L'utilisation de selles fraîches est idéale,
mais le prélèvement peut être conservé au réfrigérateur
en attendant l'examen [25], ou même être congelé si
une technique de biologie moléculaire est envisagée (technique
encore réservée aux laboratoires spécialisés)
[24]. La quantité d'oocystes présents dans les selles est
souvent faible. Les techniques de concentration sont alors fortement conseillées
avant l'examen microscopique de frottis colorés ou de préparation
de selles entre lame et lamelle. Dans l'attente d'une standardisation,
différentes méthodes d'enrichissement sont actuellement
utilisées : soit par flottation (la solution de Sheater ou solution
de saccharose phénol saturée employée pour Cryptosporidium
donne de bons résultats avec Cyclospora) [24], soit par
les méthodes diphasiques classiques (type formol/éther par
exemple) [26].
Examen microscopique
À l'examen microscopique de selles entre lame et lamelle, Cyclospora
apparaît alors comme un élément sphérique
non réfringent de 8 à 10 µm de diamètre, avec
une double paroi épaisse. Le cytoplasme peut être indifférencié
(aspect de sphère vide) ou contenir un amas de 6 à 10 globules
de 2 µm de diamètre, réfringents, verdâtres (aspect
de morula) [5, 23, 26]. La forme et la taille des oocystes est particulièrement
homogène et correspond à un stade immature, non sporulé
(figure 1).
La coloration de Ziehl-Neelsen modifiée, ou celle de Kinyoun,
de frottis minces de selles est la plus utilisée [7] ; cependant
la coloration des oocystes est très hétérogène
: soit ils ne sont pas colorés, soit leur teinte peut varier de
rose pâle au rouge foncé dans un même champ (figure
2). Cette variation d'intensité de la coloration caractéristique
de Cyclospora est sans doute à l'origine de nombreuses confusions.
Une technique développée par Visvesvara et al. [27]
permet d'uniformiser la coloration après une étape de chauffage
au four à micro-onde. Sur les frottis colorés, la taille
et la forme de Cyclospora ne sont pas modifiées par rapport
à l'observation entre lame et lamelle ; cependant la paroi des
oocystes est souvent ondulée, comme « froissée ».
Cyclospora ne prend pas la coloration avec le lugol, le MIF (merthiolate-iode-formol),
le Giemsa, le Gram, l'hématoxyline éosine, le bleu de méthylène,
le trichrome, l'imprégnation argentique et le PAS [26].
La paroi des oocystes de Cyclospora possède une fluorescence
naturelle intense alors que l'intérieur reste sombre. Sous lumière
ultra-violette, ces éléments parasitaires apparaissent bleus
à 365 nm ou verts entre 450 et 490 nm [5]. Cette propriété
facilite considérablement le diagnostic pour les laboratoires équipés
d'un microscope à fluorescence. En comparaison, Isospora belli,
également auto-fluorescent, se différencie aisément
grâce à sa taille et par la présence de ses deux sporocystes.
Cryptosporidium n'est pratiquement pas fluorescent [24].
Test de sporulation
Certains auteurs préconisent d'effectuer le test de sporulation
comme test de confirmation. Ce dernier est facilement réalisable
au laboratoire puisqu'il s'agit de laisser, entre 27 et 32 °C, un
échantillon de selles fraîches dans une solution de bichromate
de potassium à 2,5 % pendant une période de maturation de
7 à 13 jours [3]. Le pourcentage d'oocystes qui sporulent est variable
d'un échantillon à l'autre, mais il est souvent inférieur
à 50 %. Les oocystes matures contiennent 2 sporocystes renfermant
chacun 2 sporozoïtes infestants.
Techniques de biologie moléculaire
Elles sont réservées aux laboratoires spécialisés
et sont en cours de développement. Pieniazek obtient une sensibilité
de 62 % et une spécificité de 100 % avec une technique de
PCR nichée [28]. Un certain degré de polymorphisme génétique
au niveau de la séquence cible permettrait d'expliquer la faible
sensibilité de cette méthode et de supposer qu'il existe
différentes souches de Cyclospora. Ces techniques sont certainement
amenées à jouer un rôle important dans l'analyse d'échantillon
de l'environnement (réseau d'eau potable ou d'irrigation, culots
de centrifugation d'eau ayant servi à laver des aliments, etc.).
Les anticorps monoclonaux dirigés contre Cryptosporidium parvum,
disponibles dans le commerce, ne réagissent pas avec les oocystes
de Cyclospora [24].
Diagnostic différentiel
Le diagnostic différentiel avec les autres coccidies ne pose
pas de problème. Les différences de taille, de forme et
de morphologie permettent facilement de les individualiser (tableau
1).
Cependant de nombreux éléments peuvent ressembler à
Cyclospora et prêter à confusion : les kystes amibiens
(altérés ou mal différenciés), Blastocystis
hominis (lorsqu'ils sont de petite taille sans noyaux visibles à
la périphérie), les arthrospores isolées ayant perdu
leur forme rectangulaire initiale et devenant ovalaires, les cyanobactéries
ou des artéfacts de nature diverses [25]. Dans ces cas où
le risque d'erreur est important, le test de sporulation permet d'infirmer
ou de confirmer le diagnostic.
Mesures préventives
Même s'il est toujours recommandé de bien laver les fruits
et les légumes, le lavage des aliments contaminés ne préviendra
pas une cyclosporose. En zone d'endémie, on pourra éliminer
les risques d'infestation en cuisant les fruits et les légumes
et en buvant de l'eau minérale en bouteille. Cette dernière
est également conseillée pour le brossage des dents [29].
Traitement de la cyclosporose
À ce jour, seul le traitement par une association de triméthoprime
(160 mg) et de sulfaméthoxazole (800 mg) à raison de deux
comprimés par jour pendant 7 jours a prouvé son efficacité.
Hoge et al. [30] ont mené une étude au Népal
en double aveugle : placebo (19/40) versus triméthoprime-sulfaméthoxazole
160-800 mg (21/40), chez 40 personnes immunocompétentes, parasitées
par Cyclospora cayetanensis. La posologie était de 2 comprimés
par jour pendant 7 jours. Au bout de 3 jours, Cyclospora était
présent chez 71 % des gens traités et chez 100 % des gens
recevant le placebo. Au septième jour, seulement 1/16 des personnes
traitées (6 %) étaient encore parasitées par Cyclospora
contre 15/19 (88 %) pour le groupe placebo. Le patient encore infecté
à 7 jours a bénéficié d'une seconde cure de
triméthoprime-sulfaméthoxazole et a répondu favorablement.
Chez tous les patients, l'éradication du parasite de l'organisme
était corrélée à l'arrêt des manifestations
cliniques. Aucune rechute n'a été notée les 7 jours
suivants. Hoge a remarqué que l'émergence de Cyclospora
cayetanensis comme pathogène coïncidait avec la diminution
de l'utilisation du Bactrim Forte® au profit des fluoroquinolones
dans le traitement de la diarrhée des voyageurs.
Pape et al. [21] recommandent chez les sidéens l'utilisation
du triméthoprime-sulfaméthoxazole (160-800 mg) à
la posologie de 1 comprimé 4 fois par jour pendant 10 jours. Dans
leur étude, une prophylaxie par triméthoprime-sulfaméthoxazole
(160/800 mg) 3 fois par semaine s'est montrée efficace pour prévenir
les rechutes chez la plupart des patients qu'ils ont suivis pendant 7
mois.
Pour les patients allergiques aux sulfamides, il n'existe pas d'alternative
thérapeutique ; le triméthoprime utilisé seul dans
ce contexte est totalement inefficace [14]. La norfloxacine, la ciprofloxacine,
l'acide nalidixique, le métronidazole, le tinidazole, l'azithromycine,
le furoate de diloxamide, l'albendazole et la pyriméthamine n'ont
pas prouvé leur efficacité [7, 14]. Selon les différents
rapports, les antidiarrhéiques (lopéramide), les anti-émétiques
(métoclopramide) ou les anti-ulcéreux anti-H2 (ranitidine)
n'améliorent pas les désordres gastro-intestinaux. Dans
la majorité des cas, la réhydratation se fait par voie orale
et ne requiert pas une hospitalisation [14].
Un cas de cyclosporose
Monsieur D., âgé de 45 ans, présente un épisode
de diarrhée aiguë deux jours après son retour d'un
séjour à Bali (Indonésie). La diarrhée est
aqueuse avec une fréquence de 5 à 6 selles liquides par
jour. Elle s'accompagne de douleurs diffuses à tout l'abdomen,
de suées, de nausées et d'un amaigrissement de 4 kg survenu
en moins d'une semaine. Après consultation de son médecin
traitant le 10 novembre 1998, monsieur D. bénéficie d'un
traitement symptomatique (lopéramide, nifuroxazide, phloroglucinol,
dompéridone) jusqu'au 24 novembre 1998. Aucune amélioration
n'est observée. Le 27 novembre 1998, un hémogramme ainsi
qu'un examen bactériologique et parasitologique des selles sont
demandés. L'examen direct de selles fraîches entre lame et
lamelle permet la mise en évidence d'oocystes non sporulés
de Cyclospora cayetanensis. L'hémogramme et l'examen bactériologique
des selles sont normaux. Un traitement par Bactrim forte®
(triméthoprime-sulfaméthoxazole 160/800 mg) est entrepris
dès le 27 novembre 1998 à la posologie de 2 comprimés
par jour pendant 7 jours. Le diagnostic de cyclosporose est confirmé
le 30 novembre 1998 sur un nouvel examen des selles (figures
1 et 2). Une nette amélioration
du transit intestinal et la disparition des douleurs abdominales sont
obtenues au bout du cinquième jour de traitement. Un examen de
contrôle effectué le 15 décembre 1998 ne retrouve
plus aucun oocyste de Cyclospora cayetanensis dans les selles.
CONCLUSION
Une meilleure compréhension de l'épidémiologie du
parasite et des facteurs de risque est nécessaire pour améliorer
les mesures préventives contre la cyclosporose. On ne sait toujours
pas s'il existe un réservoir animal ou si des insectes hébergent
le micro-organisme et participent à sa dissémination. La
dose infestante, la durée de survie des oocystes dans le milieu
extérieur en fonction des conditions environnementales restent
à déterminer. Des techniques d'analyses sensibles et spécifiques
mieux adaptées aux échantillons de l'environnement sont
également souhaitées aussi bien pour les études épidémiologiques
que pour le contrôle de l'eau ou de légumes et fruits frais
importés de pays situés en zone d'endémie. Enfin,
il faut souligner le besoin de développer des thérapeutiques
alternatives efficaces pour les patients allergiques aux sulfamides.
Remerciements. Les auteurs remercient J.M. Dewitte,
technicien de laboratoire, secteur parasitologie.
Article reçu le 1er juillet 1999, accepté le
13 septembre 1999.
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