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Is there sugar in the Alzheimer's disease?


Annales de Biologie Clinique. Volume 59, Number 3, 253-7, Mai - Juin 2001, Revues générales


Résumé   Summary  

Author(s) : J. Frey, 22 rue Balay, 42000 Saint-Étienne.

Summary : Epidemiological and immunohistochemical studies focus the interest on the contribution of carbohydrates in the pathophysiology of Alzheimer's disease. Diabetes mellitus increases the risk. In the extracellular (senile) plaques, which contain aggregates of amyloid proteins, and in the neurofibrillary tangles within the cytoplasm of neurons, advanced glycation end products were detected. It is discussed whether it is a cause or an effect of the Alzheimer's disease. The vascular origin of the lesions is also considered.

Keywords : Alzheimer's disease ­ Glycation ­ Glycoxidation ­ Diabetes.

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ARTICLE

Depuis une dizaine d'années, certaines similitudes associent la maladie d'Alzheimer et des surcharges glucidiques au travers de la glycation des protéines, et particulièrement de la substance beta amyloïde [1-4]. L'objectif de cette revue de la littérature récente est de faire le point sur la réalité de la contribution des glucides dans la physiopathologie de la maladie d'Alzheimer. Nous discuterons plus particulièrement les faits qui permettent d'avoir une opinion sur le rôle de la fixation non enzymatique des glucides sur les protéines dans la constitution des marqueurs histochimiques de la maladie. Nous envisagerons successivement : les caractéristiques biochimiques de la maladie d'Alzheimer, l'incidence du diabète, la présence de marqueurs de la glycation et les mécanismes possibles.

Les caractéristiques de la maladie d'Alzheimer

Cette affection qui se manifeste par un déclin progressif des fonctions mentales, de la mémoire et des aptitudes intellectuelles acquises avant d'aboutir à différentes formes de démence présente sur le plan anatomopathologique des lésions cérébrales caractéristiques. L'examen microscopique montre à l'intérieur du cytoplasme neuronal des enchevêtrements neurofibrillaires qui consistent en des filaments hélicoïdaux anormaux. L'élément le plus caractéristique est représenté par des plaques extracellulaires, dites plaques séniles, qui contiennent des agrégats de protéines filamenteuses beta amyloïdes.

Les polypeptides qui constituent la substance amyloïde résistent à la protéolyse qui normalement devrait empêcher leur accumulation et leur polymérisation [5]. Des travaux récents [6] ont montré le rôle de cette substance amyloïde dans la formation de canaux par lesquels se produirait une entrée excessive de calcium dans les neurones. Un même mécanisme est évoqué pour expliquer l'action des feuillets beta de la structure du prion. C'est à cet influx excessif de calcium que serait due la mort neuronale, aussi bien dans la maladie d'Alzheimer que dans les maladies à prion. On peut noter au passage que le cholestérol qui diminue la fluidité membranaire inhibe cette augmentation d'entrée du calcium. C'est sur cette substance amyloïde et son origine que reposent une grande partie des spéculations physiopathologiques.

L'hypothèse d'une contribution des glucides

Cette hypothèse est fondée sur des études épidémiologiques comparées entre maladie d'Alzheimer et diabète, et sur la présence dans la substance amyloïde de composés dérivés de la fixation non enzymatique de glucides.

Maladie d'Alzheimer et diabète

Plusieurs études convergent pour démontrer que le diabète accroît le risque de développer une maladie d'Alzheimer. La principale étude dite « Rotterdam » [7] a porté sur plus de 6 000 personnes âgées de 55 à 99 ans, parmi lesquelles furent diagnostiqués 724 cas de diabète et 265 cas de démence. La corrélation s'est avérée très positive, tout particulièrement entre démence et diabète traité à l'insuline, ce qui peut signifier un diabète sévère car, en 1996, le traitement insulinique des diabétiques n'était pas encore systématique. La corrélation la plus forte fut observée dans les cas de démence d'origine vasculaire, mais indépendamment de manifestations ou de risques d'athérosclérose (tabagisme, obésité, hypertension). Ces mêmes sujets furent suivis pendant deux ans [8] et l'étude prospective a montré que le diabète doublait le risque de démence. Là encore, le traitement par l'insuline est associé à un risque multiplié par 4,3, avec cependant les mêmes réserves que nous avons formulées plus haut. Le glucose améliore la mémoire, aussi bien dans des observations chez l'homme que dans des expérimentations animales, et sa dérégulation est considérée comme responsable de la mort neuronale dans la maladie d'Alzheimer [9]. Dans les modèles animaux et dans le diabète humain de type II, les effets pathogènes peuvent être à la fois dus à une mauvaise utilisation du glucose et à la potentialisation de la mort neuronale par les dépôts de protéine amyloïde.

Cette relation entre glucose et démence sénile trouve ses premières critiques dans l'observation d'épreuves d'hyperglycémies provoquées abaissées chez des malades présentant une maladie d'Alzheimer [10]. La glycémie à jeun ayant été également observée basse dans un échantillon de malades [11], une surconsommation du glucose a été évoquée dans la maladie d'Alzheimer. La controverse s'aggrave par une étude portant sur la présence ou l'absence d'une maladie d'Alzheimer chez des patients présentant ou non un diabète primaire [12]. En effet, s'il y a bien une corrélation entre diabète et démence vasculaire, avec dans ce groupe le nombre le plus élevé de diabétiques, le groupe des malades de type Alzheimer contient le nombre le plus bas de diabétiques. Cette critique est complétée par une étude histologique post-mortem qui a montré que les plaques séniles et les enchevêtrements neurofibrillaires qui marquent la sévérité de la dégénérescence neuronale étaient aussi importants chez des diabétiques que chez des non-diabétiques [13].

Si le glucose n'est pas seul en cause, le facteur nutritionnel demeure important. C'est ainsi qu'une méta-analyse de trois bases de données a permis de conclure à une forte association entre troubles cognitifs, en particulier de type Alzheimer, et diabète de type 2 (non insulinodépendant), mais en incluant aussi d'autres facteurs de risque comme les dyslipidémies et le phénotype de l'apolipoprotéine E [3]. Pour compléter cette approche nutritionnelle, on peut noter l'augmentation du risque de maladie d'Alzheimer en fonction des conditions de vie avant l'âge de 18 ans [14]. En effet, des conditions de précarité en relation avec l'importance de la fratrie et du mode de résidence augmentent le risque de maladie d'Alzheimer.

La présence des produits terminaux de glycation

C'est dans la présence de produits de glycation dans les composants des plaques séniles que la liaison entre maladie d'Alzheimer et surcharge glucidique trouve le mieux sa justification, si ce n'est son explication. En effet, les surcharges glucidiques entraînent une condensation non enzymatique de la molécule glucidique avec les groupements aminés libres (glycation) pour conduire par l'intermédiaire d'une base de Schiff instable à de la fructosamine. Cette dernière peut s'oxyder et se condenser à son tour avec le groupement guanidine de l'arginine pour aboutir à des produits terminaux (ou avancés) de glycation. Il s'agit notamment de la N-epsilon-carboxyméthyl-lysine et de la pentosidine [15]. Ces produits de liaisons intermoléculaires qui affectent la structure des protéines en altèrent les fonctions. Les marqueurs de la glycation se manifestent précocement chez les diabétiques, mais ils apparaissent aussi au cours du vieillissement des sujets non diabétiques normoglycémiques [16]. Le diabète n'est donc pas la seule cause de la glycation des protéines, des surcharges glucidiques sporadiques peuvent suffire.

Des anticorps spécifiques de produits terminaux de glycation (pentosidine et pyrraline) ont permis de mettre en évidence ces produits dans les plaques séniles [17]. Cette glycation démontre la contribution d'une anomalie du métabolisme glucidique. À partir de ces composés, une physiopathologie pouvait être élaborée par leur rôle dans la formation de liaisons intermoléculaires entraînant la polymérisation de la protéine beta amyloïde avec la formation de dépôts protéiques insolubles et résistant aux protéases. Les produits de glycation sont également oxydables (glycoxydation) et capables de produire un stress oxydatif neurotoxique [2]. Ces produits ont aussi été retrouvés dans les enchevêtrements neurofibrillaires et dans les corps de Hirano localisés dans le cytosquelette et le cytoplasme de l'hippocampe, montrant ainsi leur intervention dans des altérations intracellulaires qui correspondent à un stade précoce de la dégénérescence neuronale [18]. À ces résultats s'opposent des observations négatives où par comparaison de tissus cérébraux issus de malades (atteints de la maladie d'Alzheimer et de mongolisme) et de témoins, il n'a pas été observé de différences dans la teneur en pentosidine et en carboxyméthyl-lysine [19]. Cependant, ces résultats obtenus par des analyses biochimiques (HPLC) donnent une évaluation globale pour une masse de tissu sans commune mesure avec une observation immunohistochimique qualitative. Il semble, en effet, que la localisation a une importance, le marquage immunohistochimique pouvant être positif au niveau de plaques primitives et négatif au niveau de plaques séniles classiques [20], ou encore limité à des dépôts dans les astrocytes et des cellules microgliales [21].

Sur le plan des mécanismes, la question se pose de savoir si cette glycation est une cause ou un effet, c'est-à-dire s'il s'agit d'un excès de glucides local ou général ou si un ralentissement métabolique des protéines neuronales dû à des mécanismes complexes de vieillissement font de ces protéines une cible idéale pour la fixation de glucose. En effet, la glycation n'est manifeste que sur des protéines à renouvellement lent. Cependant, cette glycation ne peut qu'aggraver le processus neurodégénératif, non seulement en stabilisant les agrégats protéiques et neurofibrillaires, mais aussi en induisant un stress oxydatif [22]. L'épitope malondialdéhyde ainsi que l'antigène de l'hème oxygénase ont pu être observés. Pour compléter l'impact des produits terminaux de glycation, on trouve à la surface des cellules gliales des récepteurs spécifiques de ces produits (RAGE pour receptor for advanced glycation end products) [23]. Ces récepteurs se comportent aussi comme des accepteurs de protéines fibrillaires riches en feuillets beta (forme fibreuse mutante de la transthyrétine, protéine beta amyloïde, prion). C'est ainsi que se fixe la forme mutante de la transthyrétine [24] qui à son tour active le facteur NF-kappaB aggravant la neurodégénérescence par une réaction inflammatoire (figure 1).

Les protéines glyquées participent au stress oxydatif, une protéine glyquée générant 50 fois plus de radicaux libres qu'une protéine non glyquée [4]. La glycation concerne non seulement les protéines autochtones des neurones, mais aussi les apolipoprotéines E à localisation microgliale [25] ; elle peut participer à des mécanismes de peroxydation lipidique avec les conséquences cytotoxiques qui en découlent. En effet, des pigments fluorescents de lipofuscine ont été retrouvés accumulés dans le cerveau de malades présentant une maladie d'Alzheimer [26]. Ces pigments proviennent d'une peroxydation lipidique, mais ils contiennent aussi de la pentosidine et de la carboxyméthyl-lysine, associant ainsi lipoperoxydation et glycation. Cause ou effet, le rôle des glucides ne peut être récusé dans la physiopathologie de la maladie d'Alzheimer. Ils participent à un phénomène toxique où les radicaux libres ont une place importante [27]. Même en fonction d'une double entrée par glycation et lipoperoxydation, cette dernière assurant un phénomène autoentretenu, les deux composants de la dégénérescence nerveuse s'avèrent mettre en œuvre la production non régulée de radicaux libres et une polymérisation anormale des protéines (figure 2).

Nouvelles orientations

Les précédents résultats font une part indiscutable à la glycation dans les lésions qui marquent la maladie d'Alzheimer. Cependant, de nouvelles investigations doivent permettre de trancher entre une cause ou un effet, ce dernier pouvant avoir d'autres origines comme une origine vasculaire dans la mesure où, sur le plan étiologique, il est difficile d'éliminer la contribution vasculaire, comme par exemple dans le diabète. C'est par la confrontation de tests diagnostiques contradictoires que des études prospectives pourront apporter une réponse. L'enjeu n'est pas seulement diagnostique mais aussi thérapeutique par la recherche de molécules capables de s'opposer à la glycation des protéines. À la lumière de résultats partiels, de nouvelles pistes peuvent être envisagées.

Les pistes diagnostiques

Des témoins de la glycation peuvent être recherchés dans les protéines plasmatiques. Des méthodes plus spécifiques que le dosage de la fructosamine peuvent être utilisées comme cela a été tenté avec un produit d'hydrolyse de la fructosamine, la furosine qu'il est possible de doser par HPLC [28]. Cette molécule a été trouvée à une concentration plasmatique deux fois plus élevée dans la maladie d'Alzheimer que chez des témoins du même âge. Bien entendu, il convient d'exclure les diabétiques d'une telle étude car les marqueurs de la glycation seront toujours élevés.

Inversement, des marqueurs d'un risque d'une maladie vasculaire ou cérébrovasculaire comme l'homocystéinémie peuvent être intéressants. Dans une étude récente [29], il a été montré qu'une concentration en homocystéine supérieure à 14 mumol/l était associée à un risque de maladie d'Alzheimer multiplié par 4,6 par rapport à des sujets qui ont un taux d'homocystéine inférieur à 11 mumol/l.

Les pistes thérapeutiques

Il s'agit principalement de moyens préventifs qui peuvent être intéressant de mettre en œuvre compte tenu du vieillissement de l'humanité, 370 millions de plus 80 ans en 2050, et une estimation à 50 % de maladie d'Alzheimer chez les plus de 85 ans [29]. Il est fait état de moyens vis-à-vis de la toxicité du stress oxydatif : antioxydants, chélateurs de métaux, anti-inflammatoires [2]. Plus spécifiquement, vis-à-vis de la glycation des protéines, des tentatives ont été faites avec des produits de la famille de l'aminoguanidine ou des thienyl-piperazinones (tenilsetam) [30]. Quant à l'homocystéine, des suppléments en vitamines B12, B6 et acide folique peuvent en améliorer le métabolisme.

  Article reçu le 25 novembre 2000, accepté le 17 janvier 2001.

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