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Science et changements planétaires / Sécheresse
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Science et changements planétaires / Sécheresse. Volume 23, Number 1, 57-61, Janvier-Février-Mars 2012, Compte rendu de congrès

DOI : 10.1684/sec.2012.0337


Author(s) : Ronald Bellefontaine, Daniel Pioch, Serge Palu, Cirad UMR AGAP F-34398 Montpellier France, Cirad UPR Bois tropicaux F-34398 Montpellier France.

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sec.2012.0337

Auteur(s) : Ronald Bellefontaine1 ronald.bellefontaine@cirad.fr, Daniel Pioch2 daniel.pioch@cirad.fr, Serge Palu2 serge.palu@cirad.fr

1 Cirad UMR AGAP F-34398 Montpellier France

2 Cirad UPR Bois tropicaux F-34398 Montpellier France

Tirés à part : R. Bellefontaine

La recherche sur l’arganier s’organise

Le « Plan Maroc Vert » de 2008 vise une restructuration profonde de l’économie agricole, notamment le remplacement des céréales de très faible rapport. Les filières qui peuvent apporter de la valeur ajoutée, comme l’huile d’argan (Argania spinosa (L.) Skeels - Sapotaceae), sont ainsi mises en exergue dans les régions semi-arides. Dans ce contexte, la création de l’Agence nationale pour le développement des zones oasiennes et de l’arganier (ANDZOA) est destinée à donner un nouvel élan à ces régions. L’ANDZOA s’est fixé six objectifs à l’horizon 2020 : encourager la recherche scientifique, réhabiliter 25 000 ha/an d’arganeraies et créer 5 000 hectares d’exploitations modernes, doubler la production d’huile à 10 000 t/an et mieux valoriser les coproduits, et enfin protéger l’appellation « Label Maroc » des produits de l’arganier sur le marché international (encadré 1).

Encadré 1 L’Agence nationale pour le développement des zones oasiennes et de l’arganier (ANDZOA)

Nouvellement créée au Maroc au sein du ministère de l’Agriculture et de la Pêche maritime , l’ANDZOA est chargée d’élaborer un programme de développement de l’arganier et du palmier dattier, d’assurer son exécution, le suivi de sa réalisation et son évaluation, et ce dans le cadre du développement durable. Dans sa zone d’action, de Safi (N-O) à Figuig (N-E) et jusqu’à Guelmin et Assa-Zad (S), l’ANDZOA doit principalement :

* réaliser les opérations d’exécution des peuplements d’arganiers, conformément aux dispositions législatives et réglementaires relatives au domaine forestier ;

* réaliser ou superviser la réalisation de projets pour la valorisation, la commercialisation, l’encouragement et la labellisation des produits de l’arganier, notamment dans le cadre de contrat-programme ou de convention à conclure avec l’Agence ;

* structurer les filières de production et de commercialisation des produits de l’arganier dans le cadre du partenariat avec les différents acteurs et notamment les populations concernées ;

* encourager la recherche scientifique relative à la production et au développement de l’arganier et à la valorisation de ses produits.

Le directeur de l’ANDZOA a signé deux conventions lors de ce congrès :

  • –. avec la Fédération interprofessionnelle marocaine de l’argane (FIMARGANE) : l’objectif est de préciser à l’horizon 2014 les engagements des différentes parties impliquées et de coordonner leurs interventions sur le terrain pour l’accroissement de la production, des investissements et des emplois. Un appui institutionnel et technique pour l’émergence de structures professionnelles régionales et de structures interprofessionnelles nationales (représentatives de la filière de l’arganier) étant nécessaire ;
  • –. avec FIMARGANE et le ministère de l’Agriculture et le HCEFLCD afin d’élaborer un programme collaboratif visant la mise à niveau des connaissances des filles et fils des ayants droit de l’aire de l’arganier par des formations visant à moderniser et améliorer les performances socio-économiques, environnementales et techniques de la filière de l’arganier.


Les objectifs du congrès

Le Congrès international sur l’arganier (CIA) a été organisé à Agadir par le ministère de l’Agriculture et de la Pêche maritime (MAPM) et par le Haut commissariat aux Eaux et Forêts et à la Lutte contre la Désertification (HCEFLCD), coordonné par l’Inra-Maroc et financé par l’ANDZOA. Le CIA poursuivait trois objectifs :

  • –. partager les connaissances scientifiques et techniques entre spécialistes de la communauté scientifique, gestionnaires forestiers, acteurs économiques et utilisateurs ;
  • –. dresser l’état de l’art de la recherche fondamentale et de la recherche-développement en vue d’établir les priorités futures ;
  • –. contribuer à la consolidation du plan d’action visant une meilleure conservation de l’arganeraie et le développement d’une filière arganier sur des bases scientifiques solides.


Cette manifestation a été un grand succès avec plus de 1 000 participants marocains et internationaux (Algérie, Allemagne, Belgique, Canada, Espagne, États-Unis, France). Le programme de trois jours comprenait deux conférences inaugurales, 44 communications orales (réparties en quatre axes) et 55 posters.

Les résultats de recherches exposés lors du CIA

Axe 1 : l’arganier et son écosystème

Dans la région d’Aït Baha (Maroc), les données de Google Earth, associées à la classification-objet des images à très haute résolution spatiale (Ikonos), ont permis de préciser qu’entre 1949 et 2003, la densité spatiale a baissé de 100 arganiers par ha à 25 (figure 1). Selon une autre étude (Maroc - Aoulouz) proposant une méthode peu coûteuse, la densité a diminué de 27 à 15 arganiers/ha soit 44 % entre 1970 et 2007. En Algérie, l’arganier se rencontre au sud-ouest de Tindouf sous forme de peuplements relictuels dégradés occupant les lits d’oueds près de Touaref Bou-aâm, Merkala et Targant.

De nouveaux outils moléculaires fiables pour l’évaluation de la diversité génétique, la quantification des flux de gènes et la structuration des populations d’arganiers ont été développés. Une caractérisation basée sur 14 descripteurs morphologiques de 380 arbres de quatre régions du Maroc confirme une grande diversité. Cinq marqueurs polymorphes fiables ont été sélectionnés. Le nombre d’allèles révélé par locus varie de 2 à 15, avec une proportion moyenne d’hétérozygote allant de 0,59 à 0,75. Une autre étude répétée pendant trois années (dans cinq stations marocaines à raison de 30 arganiers par station et 90 fruits par arbre) a permis de démontrer que la variabilité de formes des fruits n’est pas corrélée avec la teneur en huile, que longitude et acides gras insaturés sont corrélés, que pour la provenance d’Aoulouz l’héritabilité au sens large est supérieure à 97 % pour le rendement en huile et que neuf marqueurs SSR polymorphes sont adaptés.

Dans la région des Haha (Essaouira), le nombre de rejets par souche est fonction de l’influence océanique, de l’altitude et de la pente. Dans la forêt d’Ida ou Throuma, leur nombre moyen est supérieur à 50 en basse altitude contre 30 en altitude élevée. Un périmètre exploité peut être rouvert à partir de 7 ans, sauf en station peu fertile, où la fermeture est de 10-12 ans. En forêt naturelle, la mise en défens favorise le retour du sous-bois et des plantes « nurses », qui peuvent induire des associations symbiotiques et une régénération naturelle ultérieure.

Axe 2 : itinéraires techniques de l’arganier

Il est indispensable et urgent de moderniser les pépinières par l’introduction de nouvelles techniques culturales et par une formation de chefs de culture diplômés (pépiniéristes - techniciens supérieurs). Trier les graines en fonction de leurs dimensions n’a pas d’intérêt, mais le démariage des semis est indispensable : un godet, un plant ! Les sachets entraînent la formation de chignons (caractère acquis : le développement orthotrope des racines, même coupées, ne se rétablit pas), qui perturberont à vie le fonctionnement physiologique du plant. Or, un bon développement racinaire permet l’exploitation optimale des ressources hydriques et minérales du site, une croissance plus rapide et un taux élevé de survie. L’impact des godets « anti-chignon » (rigides et rainurés pour guider les racines vers le bas) placés « hors sol » est déterminant pour produire des plants dotés d’un enracinement de qualité. L’optimisation de substrats reproductibles est incontournable. Un substrat inapproprié, tels les substrats à base exclusive de terre, d’humus et de sable, induit des problèmes de densité racinaire et de cohérence de la motte. L’usage de substrats à base organique (tourbes, écorces compostées), stables, légers (motte cohérente, facile à planter), constitués d’un « aérateur » chimiquement neutre, résistant au compactage et d’un « rétenteur-relargueur » d’eau et de sels minéraux, doit se généraliser. Il sera associé au pilotage fin de l’irrigation (apports réguliers évitant le lessivage), de la fertilisation et à l’inoculation massive des plants par des mycorhizes adaptées. L’arganier a été introduit à Meknès depuis mai 2009, à Bouskoura (Casablanca) en 2005 et au sud (Laâyoun) depuis 1994 où malgré le vent, la sécheresse et la salinité, il fructifie.

La multiplication végétative d’arganiers âgés (∼ 400 ans) est possible et la mobilisation ex situ (dans un parc à clones) a été réalisée. La méthode la plus favorable est le marcottage aérien (avec de la sphaigne et selon des normes précises) ; les marcottes sevrées (figure 2) servent de relais ex situ comme pieds mères pour produire des boutures herbacées. Du fait des décalages physiologiques, le greffage en fente terminale réussit mieux à Agadir qu’à Marrakech (où le taux de réussite est très faible). Le greffage en écusson ne dispose apparemment que d’une fenêtre de réalisation très courte. Le bouturage réalisé sur des rameaux portant une épine terminale est inadéquat. La néoformation de racines est une propriété intrinsèque de tous les végétaux. Pour les boutures herbacées sous nébulisation (mist), le meilleur substrat (pour la période d’enracinement) est le mélange de tourbe/perlite. Le taux d’enracinement est vraisemblablement dépendant du génotype. Les hormones sont très difficiles à doser en fonction des clones et des saisons. Il reste à améliorer les taux de réussite du sevrage. Cette méthode (mist et confinement) peut dorénavant être utilisée par les pépiniéristes marocains. Le bouturage de racines, opérationnel en Tunisie (chêne-liège), devrait être testé sur l’arganier. Tous les clones d’« arganiers + » devraient être réunis en une seule collection publique.

Deux protocoles de culture in vitro étudient divers facteurs : nature des explants, saisons, phytopériodes, apport auxine/cytokinine. Les résultats obtenus pour la phase d’induction et de prolifération sont encourageants, mais l’enracinement et la survie des vitroplants ne sont pas assurés. L’utilisation des entre-nœuds avec hormones permet l’induction de la callogenèse avec un taux de 80 %. Les explants à deux entre-nœuds de 2 cm sous des photopériodes de 16 et 8 heures donnent quelques résultats, quand aucune contamination ne se produit. Un champignon, Pestalotiopsis clavispora, entraîne la mortalité des plants multipliés végétativement.

Axe 3 : valorisation des produits de l’écosystème arganeraie

L’huile d’argan constitue l’un des principaux objets des recherches. La diversification des filières de production (alimentaire par pressage mécanique d’amandes torréfiées, cosmétique sans torréfaction, huile artisanale de noix régurgitées par les chèvres), a justifié les travaux relatifs à la qualité de l’huile. Si l’origine géographique ne paraît pas influencer sa qualité, la méthode d’extraction en est par contre un facteur déterminant. Les profils aromatiques ont été analysés et leurs différences caractérisées, notamment en fonction de la torréfaction pratiquée pour l’huile alimentaire. Pour ce qui est de la stabilité à l’oxydation (rancissement), l’huile obtenue après torréfaction est la plus stable ; cette technique traditionnelle est donc bien adaptée à l’usage. Pour la recherche d‘adultération par des huiles de faible coût, préoccupation justifiée étant donné le prix de vente élevé, un ensemble de critères (composition en acides gras, teneur en campestérol et stigmastadiène) permet de la détecter jusqu’au seuil de 1 % en fonction de l’huile ajoutée, raffinée ou vierge (soja, tournesol, olive, noisette…). Cette analyse nécessitant la détermination de plusieurs critères chimiques reste donc complexe.

En matière de santé humaine, la recherche s’efforce d’objectiver les allégations basées sur les pratiques traditionnelles. Les résultats présentés, concernant des patients dyslipidémiques et des patients diabétiques, confortent la place de l’huile d’argan dans la prévention nutritionnelle des complications cardiovasculaires (résistance des low density lipoprotéins (LDL) à l’oxydation, formation de la plaque d’athérosclérose). Les effets bénéfiques comme aliment fonctionnel ont aussi été montrés chez la femme ménopausée.

Les chercheurs s’intéressent aussi aux coproduits (tourteau, pulpe), sources de protéines pour les ruminants, solution économique au déficit alimentaire aigu durant la saison sèche. Le tourteau possède une activité nématicide et fertilisante testée pour la culture du melon et du concombre « bio ». L’étude de la composition chimique de la pulpe et de son évolution, avant et après récolte, a été conduite en vue de mieux préserver et valoriser les composants du fruit frais, et une technique de fractionnement du fruit frais proposée comme alternative à la filière actuelle, qui inclut le séchage comme moyen de stabilisation. À l’appui de cette démarche de « bioraffinerie », l’activité des saponines, métabolites secondaires de la pulpe et du tourteau, a été signalée dans divers domaines de la santé humaine (telle l’inhibition du virus HIV), conférant ainsi une valeur supplémentaire à ces coproduits. Enfin la composition des cires épicuticulaires des feuilles et des fruits, autres extractibles valorisables, a fait l’objet d’une analyse comparative et leur implication dans de multiples fonctions (résistance à la sécheresse, protection contre les pathogènes et phytophages) a été discutée.

Axe 4 : structure et fonctionnement de l’écosystème

L’importance de la notion de terroir et la certification associée ont été abordées, notamment dans le cas des coopératives dont les effets positifs au plan social, mais aussi les difficultés (marketing, matière première insuffisante) ont été mentionnés. Les études recommandent un effort en faveur du maintien de la densité de l’arganeraie, car si la flambée du prix de l’huile a eu un effet positif sur les revenus des ménages et le développement rural (éducation des filles), il n’a pas d’effet direct sur la régénération de l’arganeraie. Parallèlement, la filière se structure : en sus de la « Fondation Mohammed VI pour la recherche et la sauvegarde de l’arganier » (encadré 2), la fédération professionnelle FIRMARGANE a été créée et une indication géographique protégée obtenue afin de promouvoir l’huile. Dans cet esprit, la protection de la biodiversité et la lutte contre le biopiratage ont aussi été discutés (protocole de Nagoya). L’engouement pour les produits de l’arganier et la flambée des prix ont reconfiguré la vie socioculturelle locale (nouveaux acteurs, érosion des traditions) aboutissant à un changement de la représentation des populations vis-à-vis de l’arbre, avec des effets positifs mais aussi négatifs sur le système agraire (augmentation du ratio moutons/chèvres ; gaulage). Le lien entre arganiers, femmes et outils a fait l’objet d’un questionnement, mettant en jeu la mécanisation (ou non) de l’étape clé de décorticage des noix. En fait, les biens et services de l’arganeraie sont insuffisamment étudiés et une mise au point méthodologique prenant en compte les spécificités du système a été proposée. Les difficultés des coopératives et des producteurs d’huile d’argan en général sont étroitement liées à la spécificité de la biosphère (voisinage du désert, liens complexes régissant les rapports entre les différents utilisateurs de l’arganeraie) et au changement climatique qui laissent entrevoir une baisse de productivité. La dégradation qualitative de l’arganeraie a fait l’objet d’une modélisation pour l’élaboration d’indicateurs de suivi, malgré la complexité du cas (état de dégradation, perturbations dominantes) ; les agdals, zones de mise en culture sous arganiers, sont les mieux préservées, contrairement aux espaces communs (mouchaas). L’inventaire de la biodiversité de l’écosystème met en exergue non seulement les relations étroites entre l’arbre et les 42 autres espèces inventoriées, mais aussi la possibilité d’exploiter durablement la richesse biochimique de ces dernières (plantes médicinales, antioxydants, etc.). L’objectif affiché est d’améliorer la viabilité économique de l’écosystème et les conditions de vie des populations, suggérant qu’une exploitation raisonnée pouvait à la fois apporter des solutions aux difficultés prévisibles de production du fait du changement climatique et aider aussi à la préservation de l’écosystème grâce justement à la valeur économique des services environnementaux rendus.

Encadré 2 La Fondation Mohammed VI pour la recherche et la sauvegarde de l’arganier (FMVI-RSA)

Créée en mai 2004, elle coordonne la mise en place juridique au Maroc de l’indication géographique protégée (IGP), outil de protection appliqué aujourd’hui à l’huile d’argan. La Fondation s’allie :

* à l’Office du développement de la coopération pour renforcer le statut des coopératives féminines de production d’huile d’argan ;

* au Département de la recherche scientifique pour la coordination de projets de recherche ;

* au HCEFLCD autour de programmes de reboisement.

Elle accorde pour cela une large place aux différents partenariats qu’elle peut nouer, notamment avec les entreprises cosmétiques internationales, afin que les populations de l’arganeraie bénéficient des retombées socio-économiques du développement de la filière.

Perspectives

Pour favoriser à très brefs délais les plantations d’arganiers (figure 3) par les coopératives, par le HCEFLCD et par les privés, les participants ont fait remarquer qu’il subsiste encore des obstacles et ont fait émerger quelques recommandations.

Sélection variétale et production de plants de qualité

La priorité devrait être donnée à la modernisation des pépinières (graines mieux sélectionnées, substrat standard adapté, godets rainurés « hors sol », démariage des semis, mycorhization contrôlée). Cette phase prioritaire permettra alors de produire de jeunes plants disposant d’un système racinaire équilibré et dense, réduisant ainsi la durée dissuasive des mises en défens et favorisant la densification de l’arganeraie. La formation des personnels (pépiniéristes diplômés et planteurs) augmentera les taux de survie. Des études doivent être poursuivies pour optimiser le taux de réussite des plantations (étude des doses d’arrosage pendant la première saison sèche, de l’entretien de l’impluvium, de la fertilisation, de la taille de formation pour augmenter la production fruitière, de l’impact du manchon antirongeurs). À ces dernières, il faudra associer l’analyse dans chaque région des associations symbiotiques (mycorhizes et protection des plantes nurses) et d’autre part la poursuite des recherches génétiques (variabilité, héritabilités, sélection des clones adaptés). La création de parcs à clones en vue de l’installation future de vergers à graines est dès à présent possible en vulgarisant la technique du marcottage aérien associée à celle du bouturage herbacé (sous mist et tunnel) pour la multiplication des arganiers remarquables. L’obtention de vitroplants sains et performants (reproduisant effectivement les caractères qualitatifs sélectionnés) est attendue dans un avenir proche.

Pérennité de l’arganeraie et durabilité des filières liées à l’arganeraie

La pérennité de l’arganeraie passe par la poursuite des recherches en télédétection à très haute résolution spatiale et par la mise au point de méthodes peu coûteuses pour la détermination et le suivi de la densité d’arganiers par province. Parallèlement, dans des domaines moins techniques, les participants ont fait remarquer qu’il conviendrait d’actualiser les lois de 1917 et 1925 en matière de gestion foncière dans le respect de l’environnement, de la gestion de l’eau et d’un développement économique régional équilibré. Il est conseillé d’accentuer la formation et l’information de l’ensemble des acteurs (coopératives, ayants droit, pépiniéristes, etc.), ce qui contribuerait, par une approche participative effective et en améliorant la coordination des divers intervenants, à mieux impliquer dès le début des projets les populations riveraines dans la gestion durable de l’arganeraie. La modélisation de l’étude de l’évolution du milieu humain et ses interactions avec l’arganeraie, qui débute à peine, est basée sur de nombreuses hypothèses à étudier plus à fond (marchés peu structurés et nouveaux acteurs du fait de la forte augmentation de la valeur de l’huile ; déséquilibre du partage de la richesse au détriment de l’amont ; érosion du savoir-faire ancestral, des coutumes et traditions ; adoption de nouveaux modes d’alimentation). Il faudrait favoriser la recherche avec l’objectif d’une production durable au plan environnemental et économique par la création d’un pôle d’excellence et de réseaux d’experts, ce qui permettrait de réduire les risques sur la filière huile notamment en favorisant les investissements (fragilité basée sur un produit prépondérant, possibilité de concurrence par d’autres huiles, pression sur les écosystèmes, concurrence pour l’utilisation de l’espace, coûts de production), et en confortant l’image de marque, l’un des moteurs de l’essor de l’huile d’argan.

Diversification et qualité des produits, connaissance des marchés

En plus de l’huile d’argan, il convient de diversifier les coproduits de l’arganier (feuilles, pulpe, tourteau) et de l’arganeraie (coproduits extraits, miel, plantes médicinales) par l’exploration et la valorisation des produits dérivés des diverses filières (chimiodiversité, biogaz). Il faudrait se donner les moyens d’accéder aux savoirs locaux et de continuer les recherches par des études cliniques de validation des allégations en santé humaine et par des analyses de la qualité des coproduits (sélection variétale, impact de la cératite sur la qualité de la pulpe, mécanisation depuis la récolte). La chaîne de production doit être adaptée en permanence aux évolutions de la société et des marchés (étude des marchés et des demandes des consommateurs, évolution des itinéraires techniques agricoles et des technologies, coûts de production). Sur les marchés d’exportation, la priorité est de continuer les efforts de certification de la qualité par le contrôle systématique de la qualité de l’huile d’argan et la détection aisée de l’adultération et par l’implantation de laboratoires d’analyses et de labellisation (produits et services).


 

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