ARTICLE
sec.2012.0332
Auteur(s) : Seyni Salack1,2 abutawakalt@gmail.com, Benjamin
Sultan3 Benjamin.sultan@locean-ipsl.upmc.fr,
Pascal Oettli4 oettli@eps.s.u-tokyo.ac.jp,
Bertrand Muller5,6 Bertrand.muller@cirad.fr,
Amadou T. Gaye1 atgaye@ucad.edu.sn, Fréderic
Hourdin7 Frederic.Hourdin@lmd.jussieu.fr
1 Université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD)
Laboratoire de physique de l’atmosphère
et l’océan Siméon Fongang (LPAO-SF)
École doctorale Eau, qualité et usage de l’Eau (EDEQUE)
BP 5085
Dakar-Fann
Dakar
Sénégal
2 Centre d’étude régional pour l’amélioration de
l’adaptation à la sécheresse (CERAAS)
BP 3320
Thiès Escale
Thiès
Sénégal
3 IRD
Laboratoire d’océanographie et climat : expérimentations et
analyses numériques (LOCEAN)
Institut Pierre Simon Laplace
4, place Jussieu
Case 100
75252 Paris cedex 5
France
4 University of Tokyo
Tokyo
Japan
5 Cirad
UMR AGAP
F-34398 Montpellier
France
6 Africa Rice Center
AfricaRice
Sahel Regional Station
BP 96
Saint-Louis
Sénégal
7 CNRS
Laboratoire de météorologie dynamique (LMD)
Institut Pierre Simon Laplace
Ecole Polytechnique
Aile 5 - LMD
Route de Saclay
91128 Palaiseau cedex
France
Tirés à part : A. T. Gaye
Les très fortes répercussions des aléas climatiques sur
l’agriculture et la sécurité alimentaire en Afrique subsaharienne
auxquelles s’ajoute la perspective du changement global ont poussé
la communauté scientifique à orienter ses efforts vers le couplage
entre le climat et l’agriculture de manière à ce que les progrès en
termes de compréhension et de prévision de la variabilité et des
changements de la mousson en Afrique puissent être bénéfiques pour
les sociétés (Sultan et al., 2008). Cette approche doit
tirer profit des progrès récents de chacune des deux
disciplines : d’un côté, le développement continu, par les
agronomes, de modèles de cultures mécanistes de plus en plus précis
a permis d’analyser et de quantifier les effets des facteurs
abiotiques (édaphiques, climatiques et chimiques) sur la croissance
et la production des plantes (Berg et al., 2010) ; de
l’autre, des progrès importants ont été accomplis par la communauté
des physiciens du climat dans le développement des modèles de
circulation générale (MCG) pour prévoir le climat que ce soit pour
la saison à venir ou bien pour le siècle prochain (van der Linden
et al., 2009). Bien que ces deux types d’outils aient été
développés séparément, l’intérêt de coupler les modèles
agronomiques aux modèles de climat apparaît de façon
évidente : cela peut permettre, à l’échelle saisonnière, de
prédire les rendements attendus des semaines voire des mois avant
la récolte (Hansen et al., 2006), et, à l’échelle
pluri-décennale de réaliser des projections de la productivité
agricole en réponse à l’évolution du climat afin de développer des
stratégies d’adaptation appropriées (Berg et al., 2010).
Cependant, ce couplage pose un certain nombre de problèmes
méthodologiques notamment en raison du saut d’échelles entre les
modèles agronomiques conçus pour appréhender des processus
impliquant la plante, le sol et l’atmosphère à l’échelle de la
parcelle et les MCG qui simulent le climat sur des mailles de
plusieurs centaines de kilomètres de côté (Sultan et al.,
2008). De fait, comme beaucoup de modèles environnementaux ou de
modèles d’impacts, les modèles de cultures sont spécifiques d’une
échelle donnée, dans leur cas l’échelle parcellaire, et nécessitent
des données d’entrée à cette échelle (Baron et al.,
2005 ; Heuvelink, 1998). Il apparaît donc inapproprié de
forcer directement un modèle agronomique avec des sorties de MCG.
Il est donc nécessaire de traduire les sorties des modèles globaux
en une information locale utilisable par les modèles agronomiques à
partir de l’information établie à plus grande échelle par les
modèles de climat. Pour réaliser ce transfert d’échelle, on utilise
des méthodes dites de descente d’échelle (ou
« downscaling ») ; (Herrera et al.,
2006). Ces méthodes se répartissent en deux grandes
catégories : i) les méthodes statistiques (Zorita et von
Storch, 1999) ; et ii) les méthodes dynamiques (Paeth et
al., 2011) qui reposent sur des modèles de climat à aires
limitées, appelés « modèle régional de climat » (MRC),
simulant le climat local d’une région déterminée à résolution fine
(20-50km). Ces méthodes dynamiques, sur lesquelles portera la
présente étude, sont coûteuses en temps de calcul et reproduisent,
voire amplifient, les biais des MCG mais elles peuvent s’avérer
très pertinentes dans le contexte du changement climatique puisque
les modèles régionaux de climat (MRC) simulent toute la complexité
du climat local (Sylla et al., 2010a ; Jones et
al., 2004 ; Sylla et al., 2010b). Les méthodes
statistiques sont très simples à mettre en place, peu couteuses en
terme de temps, et peuvent également corriger efficacement les
biais des MCG comme le montrent Ndiaye et al. (2011). En
revanche, elles nécessitent d’avoir à disposition des jeux de
données longs et fiables à l’échelle locale et font une hypothèse
forte de stationnarité (les relations entre la grande échelle et
l’échelle locale sont invariables dans le temps) qui peut être mise
à défaut si le climat change.
Cependant, si la plupart des études quantifiant les impacts du
climat se basent sur des sorties de modèles régionaux de climat
(MRC), très peu font part de l’incertitude associée à leur
utilisation. Pourtant le choix d’un MRC plutôt qu’un autre, voire
même d’une paramétrisation plutôt qu’une autre, peut influer
fortement sur le résultat final car les modèles agronomiques sont
très sensibles à la qualité du forçage climatique en entrée. Ainsi
Oettli et al. (2011) ont mis en évidence des biais
importants dans les simulations de rendement utilisant les sorties
de modèles régionaux. Ils ont montré que la mauvaise représentation
de la pluie, mais également du bilan radiatif, important pour le
bilan carboné et la production de biomasse, est à l’origine des
contre-performances de la plupart des modèles régionaux.
L’objectif de cette étude est d’aller plus avant dans le
diagnostic des biais introduits par les modèles régionaux en
faisant un bilan exhaustif de l’attribution des erreurs pour la
variable « pluie » des MRC. Nous analysons plus
particulièrement la dispersion de la représentation des pluies
issues d’un ensemble de huit modèles régionaux et la façon dont
cette dispersion se traduit dans l’estimation des rendements du mil
au Sénégal simulés par un modèle agronomique. On quantifiera les
erreurs dans l’estimation des rendements liées aux erreurs sur les
pluies simulées, et on décomposera et hiérarchisera les
caractéristiques des pluies simulées à l’origine de ces erreurs. On
évaluera uniquement les pluviométries issues des modèles tout en
sachant que les autres variables simulées par les MRC, comme le
rayonnement ou les températures, peuvent également présenter des
biais importants qui pourraient engendrer des biais dans des
simulations de modèles agronomiques Oettli et al.
(2011).
Matériel et méthode
Les données climatiques observées et simulées
Les données de pluie observée du Sénégal sont extraites de la
base de données du Centre d’études régional pour l’amélioration de
l’adaptation à la sécheresse (CERAAS), qui est un centre de
l’Institut sénégalais de recherches agricoles (Isra). Elles
proviennent de divers réseaux d’observations dont celui de l’Agence
nationale de la météorologie du Sénégal (ANAMS) (stations
synoptiques, climatologiques et pluviométriques) et celui mis en
place par l’Isra/CERAAS dans le cadre du suivi agro-sylvopastoral
national. Ce sont des données journalières (1991-2007) dont les
séries sont complètes et n’ont pas été interpolées (figure 1). Sur la
base des cumuls annuels de ces données et des caractéristiques
agroclimatiques rencontrés, quatre zones agroclimatiques sont
considérées (Salack et al., 2011) : la zone nord (NZ),
située entre les isohyètes 200 et 400 mm ; la zone centre
nord (CN), entre les isohyètes 400 et 600 mm ; la zone
centre sud (CS), entre 600 et 800 mm ; et la zone
pluviométrique sud (SZ) qui enregistre des cumuls annuels
supérieurs à 800 mm en moyenne (figure 1). Malgré
des différences de l’ordre de 200 mm/an, ces zones
pluviométriques sont considérées ici comme des régions ayant une
certaine homogénéité climatique vis-à-vis des cycles saisonniers de
pluie à l’échelle locale (Salack et al., 2011).
Les données de précipitations journalières simulées sont issues
des expériences de simulations de huit modèles régionaux (MRC) à
fine résolution (0.44̊x0.44̊) forcés par les mêmes conditions
latérales des réanalyses ERA-Interim (résolution spatiale de
0,75̊x0,75̊)1. Elles couvrent
l’Afrique de l’Ouest sur la période 1991-2007 à une résolution
spatiale d’environ 50 km x 50 km (figure 1). Ces
données, fruits d’une collaboration étroite entre les projets
ENSEMBLES2 (van der Linden, 2009) et
AMMA (Analyses multidisciplinaires de la mousson africaine)
(Redelsperger, 2006), sont disponibles et accessibles à tous (
http://ensemblesrt3.dmi.dk/). Ces modèles sont développés et/ou
maintenus par différentes institutions. Parfois, deux institutions
peuvent avoir le même modèle mais avec différentes configurations
ou paramétrisations (tableau 1).
Tableau 1 Noms et origines des huit modèles régionaux de
climat (MRC) utilisés, et acronymes considérés pour l’étude.
| Nom du modèle régional |
Institution |
Acronyme |
| HIRAM |
Danish Meteorological Institute (DMI) |
DMI |
| CLM |
GKSS Forschungszentrum Geesthacht GmbH (GKSS) |
GKSS |
| HadRM3P |
UK Met Office,
Hadley Centre for Climate Prediction and Research (HC) |
HC |
| RegCM3 |
The Abdus Salam Intl. Centre for Theoretical
Physics (ICTP) |
ICTP |
| RACMO |
The Royal Netherlands Meteorological Institute
(KNMI) |
KNMI |
| HIRAM |
Meteorologisk Instittut |
METNO |
| REMO |
Max-Planck-Gesellschaft |
MPI |
| RCA |
Swedish Meteorological and Hydrological Institute
(SMHI) |
SMHI |
Toutes les analyses ont été faites en considérant et comparant,
pour une station pluviométrique donnée, les pluviométries observées
avec celles simulées par les MRC dans la maille dont le centre est
le plus proche de la station. Il n’y a pas de moyenne ni
d’interpolation de valeurs simulées venant de mailles voisines.
Les autres variables climatiques journalières nécessaires aux
simulations agronomiques (températures, humidités, rayonnement,
vent) ont été recueillies auprès de l’ANAMS pour 12 stations du
Sénégal. Des moyennes interannuelles ont été calculées pour chaque
station. Elles sont utilisées dans toutes les simulations. Ainsi
seules les différences entre pluviométries peuvent avoir un impact
sur les rendements dans nos analyses.
Le modèle SARRAH
SARRAH est un simulateur du développement et du rendement des
cultures, développé par le Centre international de recherche
agronomique pour le développement (Cirad), fonctionnant au pas de
temps journalier, qui s’est révélé particulièrement bien adapté à
l’étude des impacts du climat sur les céréales en milieu semi-aride
(Sultan et al., 2005 ; Baron et al., 2005 ;
Mishra et al., 2008 ; Traoré et al., 2011). Pour
cette étude le modèle est calibré pour simuler une variété de mil
appelée « Souna III » à cycle constant de l’ordre
de 90 jours et à haut potentiel de rendement (Dingkuhn et
al., 2003 ; Sultan et al., 2005). Cette variété a
été développée au Sénégal après la sécheresse des années 1970 et
est très largement vulgarisée dans l’ensemble du Sénégal.
Les forçages pluviométriques utilisés pour les simulations
Quatre forçages pluviométriques ont été construits de manière à
être utilisés en entrées du modèle SARRAH.
- 1. Le forçage de référence basé sur les observations
pluviométriques (Ctrl) : le modèle SARRAH est forcé
avec les pluies journalières observées en station. C’est la
simulation de référence.
- 2. Le forçage basé sur les pluies brutes des modèles
régionaux (MRCorig) : le
modèle SARRAH est forcé avec la pluviométrie journalière issue des
modèles régionaux. Pour ce faire, on extrait la valeur de la pluie
du point de maille le plus proche de la station d’observation.
Cette approche permet d’obtenir la pluie telle que simulée par les
MRC sans l’interpoler. Il représente le scénario de forçage de la
pluie originale de chaque MRC.
- 3. Le forçage basé sur la distribution des pluies des
modèles régionaux (MRCdist) :
on calcule dans un premier temps le biais relatif mensuel du cumul
pluviométrique de chaque MRC de la façon suivante :

où Im représente le biais d’un MRC pour
le mois m, ym le cumul pluviométrique du
MRC pour le mois m et om le cumul
pluviométrique observé. Ce biais relatif est calculé pour chaque
année de la période 1991-2007 et chacune des 12 stations.
Ensuite ce biais relatif est utilisé pour redimensionner les
valeurs journalières de pluie simulées par le MRC :

où yi, m représente la valeur de pluie
du MRC au jour i et au mois m, et ŷi,
m la nouvelle valeur de pluie redimensionnée. Cette
transformation n’affecte que les jours où la pluie est non nulle
dans les MRC. Ainsi pour une année et une station considérée, le
cumul des valeurs de ŷi, m sur le mois
m, notée ŷm , est identique à celui
du cumul des pluies observée om .
Néanmoins, la distribution intrasaisonnière des événements pluvieux
dans chaque MRC reste inchangée. L’objectif de ce scénario de
forçage est de conserver la fréquence d’occurrence des événements
de pluies spécifiques à chaque MRC mais pas le cumul mensuel
pluviométrique.
- 4. Le forçage basé sur les cumuls pluviométriques des
modèles régionaux (MRCcum) :
On adopte la même méthode de perturbation que le scénario
MRCdist à la différence qu’elle s’applique
aux pluies observées :

où oi, m représente la valeur de pluie
observé au jour i et au mois m, et ôi,
m la nouvelle valeur de pluie redimensionnée. Cette
transformation est réalisée pour chaque MRC et chaque station.
Ainsi pour une année et une station considérée, le cumul des
valeurs de ôi, m sur le mois m,
notée ôm , est identique à celui du cumul
des pluies simulées ym pour le MRC
considéré. Néanmoins la distribution intrasaisonnière des
événements pluvieux est celle des observations. L’objectif de ce
scénario de forçage est de conserver le cumul mensuel des pluies
spécifiques à chaque MRC mais pas la distribution
intrasaisonnière.
De ce fait, les scenarii de forçage
MRCdist et MRCcum
sont des perturbations apportées à la pluie brutes issues des MRC
(MRCorig). Ils permettent de dissocier les
biais des modèles en termes de cumul pluviométrique et de
distribution intrasaisonnière. L’utilisation de ces forçages en
entrée du modèle de culture SARRAH permet ainsi d’attribuer et de
hiérarchiser l’erreur dans l’estimation des rendements agricoles
liée à la représentation de ces deux caractéristiques de la
pluviométrie dans les MRC en comparant les rendements simulés issus
des simulations de contrôle (Ctrl) avec ceux issus des 3 forçages
MRCorig, MCRdist
et MCRcum. La comparaison entre le jeu
MRCorig et la simulation de contrôle (Ctrl)
permet de quantifier le biais total sur les rendements des modèles
régionaux tandis que les comparaisons avec
MRCdist et MRCcum permettent
d’analyser les effets marginaux sur les rendements des biais
affectant, respectivement, les distributions intrasaisonnières des
pluies simulées et leurs cumuls.
Résultats
Les biais des modèles régionaux dans leur représentation de la
pluie
Tous les modèles reproduisent le gradient latitudinal de
pluviométrie mais ils ont du mal à retracer les limites exactes des
zones pluviométriques, zone nord, centre nord, centre sud, zone sud
(NZ, CN, CS, SZ) (tableau 2 et figure 2). Le
modèle GKSS se démarque clairement avec des sous-estimations très
importantes des pluviométries sur toutes les zones, allant jusqu’à
- 63 % pour la zone nord. Le modèle DMI se distingue
également car il est le seul à surestimer systématiquement les
précipitations. Le modèle METNO surestime partout sauf dans la zone
sud. Les autres modèles ont plutôt tendance à sous-estimer les
pluies, mais peuvent également les surestimer pour certaines zones.
Si l’on considère l’ensemble des sorties des modèles, les zones
pour lesquelles ils sont globalement les plus cohérents entre eux
sont le centre nord et la zone sud avec 6 biais négatifs pour 2
positifs, alors que les résultats sont moins cohérents dans la zone
nord (4 biais positifs et 4 négatifs) et au centre sud (5 positifs
et 3 négatifs). Les variabilités interannuelles des cumuls sont,
dans l’ensemble, bien reproduites avec des coefficients de
variations (CV) conformes aux observations (tableau 2), sauf en ce qui concerne le modèle
GKSS pour lequel on observe une variabilité interannuelle deux fois
supérieure aux autres, qui s’explique cependant en partie par la
faiblesse des précipitations simulées.
Tableau 2 Évaluation des cumuls pluviométriques annuels
simulée par les modèles régionaux de climat (MRC) sur la période
1991-2007.
| Zone |
Paramètre |
Obs |
DMI |
GKSS |
HC |
ICTP |
KNMI |
METNO |
MPI |
SMHI |
Moy.MRC |
| Nord (NZ) |
Moy. (mm/an) |
326 |
396 |
122 |
362 |
261 |
277 |
439 |
295 |
339 |
311 |
|
| Biais (%) |
| 21 |
-63 |
11 |
-20 |
-15 |
35 |
-9 |
4 |
-5 |
|
| Cv (%) |
25 |
26 |
58 |
25 |
31 |
25 |
26 |
29 |
29 |
31 |
| Centre nord (CN) |
Moy. (mm/an) |
541 |
701 |
203 |
479 |
477 |
478 |
588 |
503 |
482 |
489 |
|
| Biais (%) |
| 30 |
-62 |
-11 |
-11 |
-12 |
9 |
-7 |
-11 |
-9 |
|
| Cv (%) |
27 |
22 |
44 |
25 |
20 |
19 |
21 |
23 |
26 |
25 |
| Centre sud (CS) |
Moy. (mm/an) |
698 |
972 |
335 |
646 |
709 |
729 |
835 |
789 |
567 |
698 |
|
| Biais (%) |
| 39 |
-52 |
-7 |
1 |
4 |
20 |
13 |
-19 |
0 |
|
| Cv (%) |
20 |
17 |
34 |
18 |
14 |
16 |
18 |
17 |
28 |
20 |
| Sud (SZ) |
Moy. (mm/an) |
1 111 |
1 222 |
544 |
796 |
868 |
916 |
957 |
1 120 |
649 |
884 |
|
| Biais (%) |
| 10 |
-51 |
-28 |
-22 |
-17 |
-19 |
1 |
-41 |
-21 |
|
| Cv (%) |
17 |
16 |
22 |
12 |
9 |
12 |
15 |
10 |
21 |
15 |
| Sénégal |
Moy. des biais (%) |
| 25 |
-57 |
-9 |
-13 |
-10 |
11 |
-1 |
-17 |
-9 |
Les modèles ont tous tendance à surestimer très fortement le
nombre d’événements pluvieux : les nombres de jours pluvieux
simulés sont en moyenne 2 à 3 fois supérieurs à ce que l’on observe
dans la réalité, et peuvent même être 5 fois supérieurs à celle-ci
(tableau 3). Cette augmentation du
nombre de jours pluvieux s’observe du nord vers le sud sauf pour le
MPI dont le minimum se trouve au centre avec 114 jours. Les biais
positifs sur la fréquence des jours pluvieux observés pour les MRC
sont proches de ceux des modèles de circulation générale (MCG)
(Goddard et al., 2001 ; Sylla et al., 2010a), et
il a été montré que les MRC surestiment en particulier les
fréquences des traces de pluie (< 1 mm/jour) et
faibles (< 10 mm/jour) (Salack, 2007). On peut noter
(tableau 3) que les modèles qui génèrent
les cumuls pluviométriques les plus biaisés (DMI, GKSS, SMHI) sont
ceux qui surestiment le moins les nombres de jours de pluie :
ainsi le modèle GKSS qui était le moins performant pour les cumuls
est le plus performant pour le nombre des jours de pluie en ne les
surestimant que 1,5 à 2 fois. Les variabilités interannuelles sur
les nombres de jours pluvieux semblent conformes aux observations,
c’est-à-dire relativement faibles (entre 10 et 15 %), mais
compte tenu des fortes surestimations cela signifie qu’en réalité
les variabilités simulées sont nettement plus faibles que dans la
réalité.
Tableau 3 Évaluation des nombres de jours pluvieux
annuels simulés par les modèles régionaux de climat (MRC) sur la
période 1991-2007.
| Zone |
Paramètre |
Obs |
DMI |
GKSS |
HC |
ICTP |
KNMI |
METNO |
MPI |
SMHI |
Moy.MRC |
| Nord (NZ) |
Moy. (/an) |
21 |
63 |
39 |
135 |
79 |
128 |
91 |
119 |
72 |
83 |
|
| Biais (%) |
| 197 |
84 |
536 |
272 |
499 |
328 |
457 |
240 |
327 |
|
| Cv (%) |
14 |
0 |
30 |
0 |
12 |
9 |
9 |
7 |
0 |
13 |
| Centre nord (CN) |
Moy. (/an) |
33 |
84 |
53 |
144 |
99 |
135 |
105 |
114 |
84 |
95 |
|
| Biais (%) |
| 153 |
61 |
336 |
198 |
307 |
218 |
246 |
154 |
209 |
|
| Cv (%) |
12 |
0 |
22 |
0 |
10 |
7 |
8 |
6 |
0 |
10 |
| Centre sud (CS) |
Moy. (/an) |
41 |
108 |
76 |
157 |
123 |
152 |
118 |
127 |
85 |
110 |
|
| Biais (%) |
| 163 |
86 |
283 |
201 |
272 |
189 |
211 |
107 |
189 |
|
| Cv (%) |
13 |
0 |
14 |
0 |
9 |
6 |
8 |
6 |
0 |
9 |
| Sud (SZ) |
Moy. (/an) |
62 |
123 |
107 |
179 |
148 |
175 |
144 |
157 |
127 |
136 |
|
| Biais (%) |
| 98 |
73 |
190 |
139 |
182 |
133 |
154 |
105 |
134 |
|
| Cv (%) |
11 |
0 |
11 |
0 |
6 |
5 |
6 |
5 |
0 |
7 |
| Sénégal |
Moy. des biais (%) |
| 153 |
76 |
336 |
203 |
315 |
217 |
267 |
152 |
215 |
La figure
3 présente les distributions moyennes interannuelles des
pauses pluviométriques pour les quatre zones pluviométriques. La
surestimation importante des nombres de jours pluvieux par les
modèles régionaux se traduit au nord et au centre nord par une
surestimation des nombres de pauses de moins de 5 jours. Par contre
cela n’est pas le cas pour les autres zones, ce qui signifie que
les modèles y simulent souvent des séquences d’événements pluvieux
sur plusieurs jours successifs. Les occurrences de pauses de 5 à 15
jours sont globalement sous-estimées par l’ensemble des modèles sur
toutes les zones. Cela découle clairement de la surestimation des
nombres de jours pluvieux. Enfin on note que les MRC ont tendance à
générer un peu trop de pauses de plus de 15 jours, et surtout de
plus de 20 jours. Mais cependant pour ces types de pause on reste
quoi qu’il en soit dans des fréquences d’occurrence extrêmement
faibles. Dans l’ensemble c’est le modèle GKSS qui reproduit le
mieux la distribution des pauses.
Les biais des modèles régionaux dans la simulation des
rendements
Les insuffisances des modèles régionaux pour représenter
correctement la pluie se répercutent sur les simulations des
rendements (tableau 4). Ainsi on
remarque des biais sur les rendements qui varient de - 66 à
60 % du nord au centre sud du pays alors qu’à l’extrême sud
ces biais vont de - 33 à 5 %. Les biais les plus
importants sont observés pour le modèle GKSS. La variabilité
interannuelle des rendements est assez mal représentée avec des
coefficients de variation le plus souvent inférieurs à ceux des
rendements estimés à partir des observations, mais qui parfois sont
très supérieurs à la réalité (tableau
4).
Tableau 4 Évaluation des rendements simulés par les
forçages MRCorig de SARRAH sur la période 1991-2007.
| Zone |
Paramètre |
Obs |
DMI |
GKSS |
HC |
ICTP |
KNMI |
METNO |
MPI |
SMHI |
Moy.MRC |
| Nord (NZ) |
Moy. (kg/ha) |
1 054 |
1 239 |
612 |
1 234 |
1 465 |
1 402 |
1 681 |
929 |
786 |
1 169 |
|
| Biais (%) |
| 18 |
-42 |
17 |
39 |
33 |
59 |
-12 |
-25 |
11 |
|
| Cv (%) |
60 |
16 |
73 |
57 |
76 |
9 |
26 |
49 |
41 |
43 |
| Centre nord (CN) |
Moy. (kg/ha) |
2 140 |
3 106 |
867 |
2 408 |
3 028 |
2 774 |
2 336 |
2 534 |
1 372 |
2 303 |
|
| Biais (%) |
| 45 |
-59 |
13 |
42 |
30 |
9 |
18 |
-36 |
8 |
|
| Cv (%) |
32 |
6 |
11 |
6 |
6 |
1 |
6 |
8 |
15 |
7 |
| Centre sud (CS) |
Moy. (kg/ha) |
2 851 |
3 472 |
967 |
3 067 |
3 360 |
3 487 |
3 162 |
3 235 |
2 147 |
2 862 |
|
| Biais (%) |
| 22 |
-66 |
8 |
18 |
22 |
11 |
13 |
-25 |
0 |
|
| Cv (%) |
10 |
4 |
5 |
0 |
9 |
1 |
0 |
8 |
30 |
7 |
| Sud (SZ) |
Moy. (kg/ha) |
3 619 |
3 795 |
2 410 |
3 345 |
3 815 |
3 795 |
3 050 |
3 765 |
2 789 |
3 346 |
|
| Biais (%) |
| 5 |
-33 |
-8 |
5 |
5 |
-16 |
4 |
-23 |
-8 |
|
| Cv (%) |
8 |
6 |
47 |
6 |
8 |
6 |
10 |
8 |
16 |
13 |
| Sénégal |
Moy. des biais (%) |
| 23 |
-50 |
8 |
26 |
23 |
16 |
6 |
-27 |
3 |
MRC : modèles régionaux de climat.
Le biais dans la représentation de la quantité d’eau totale
disponible au cours du cycle de la plante est la première cause
dans le biais des rendements simulés par les MRC (figure 4),
expliquant globalement 36 % de la variance des erreurs dans
les simulations de rendement. Les erreurs sur les pluviométries
simulées ont plus d’impact sur les rendements au nord (64 %
d’explication de la variance des erreurs) qu’au sud (25 %).
L’amplitude des biais liés à une mauvaise représentation du cumul
pluviométrique mensuel (MRCcum) est la
plus forte (avec des biais variant de - 80 à + 60 %
environ ; figure 5, au
centre) alors que le biais lié à la variabilité intrasaisonnière
(MRCdist) est plus faible (entre - 40
et +40 % ; figure 5, à
droite).
La variabilité intrasaisonnière a un rôle important dans la
façon dont les pluies sont utilisées au cours de la saison de
croissance de la plante : la figure 6 met en
évidence la relation non linéaire entre les rendements simulés et
la pluie cumulée pendant le cycle de culture. Les rendements
maximaux peuvent être obtenus dès 350 mm environ et avec les
pluies observées ils sont toujours atteints au-delà de 550 mm.
Les rendements obtenus avec les pluies observées ne diminuent pas
quand les cumuls pluviométriques augmentent au-delà de 550 mm
alors que dans la réalité ce peut-être le cas car le rayonnement
peut devenir limitant (Baron et al., 2005), l’engorgement du
sol également ainsi que les problèmes biotiques : la raison en
est que nous travaillons avec des moyennes climatiques
interannuelles et les aspects biotiques et d’engorgement ne sont
pas considérés.
Le modèle SARRAH simule séparément l’évaporation du sol et la
transpiration de la plante (Sultan et al., 2005, Baron et
al., 2005). Ces deux processus s’effectuent de façon simultanée
(évapotranspiration) et varient en fonction de la demande
atmosphérique, du taux de couverture et des phases phénologiques de
la plante. Cependant SARRAH distingue la demande potentielle de la
consommation réelle, pour chaque processus en fonction de l’eau
disponible pour la partie évaporation et la partie transpiration.
L’évaporation potentielle est contrainte par l’eau disponible pour
ce processus (notion de réservoir de surface), la transpiration
potentielle est contrainte par la fraction d’eau disponible aux
racines (notion de réservoir des racines). Le rapport entre la
transpiration de la culture et la pluie cumulée sur son cycle, que
l’on peut considérer comme un indicateur de l’efficacité de la
pluie, est maximal dès 250 mm de pluie (figure 7). Lorsque
la variabilité intrasaisonnière des pluies est correctement
représentée (simulation de contrôle en rouge et simulation
MRCcum en noir sur les figures 6 et
7), on observe une plus grande efficacité des pluies et
des rendements plus importants pour un même cumul
pluviométrique.
Conclusions et perspectives
Si la majeure partie des études sur les impacts du climat
utilise de MRC, cette étude est l’une des premières à mettre en
évidence les erreurs liées au choix d’un modèle régional dans la
quantification des impacts. À travers l’exemple de l’agriculture au
Sénégal et l’utilisation d’un ensemble unique de simulations
régionales sur l’Afrique de l’Ouest, on montre qu’il existe une
grande dispersion dans la représentation de la pluviométrie d’un
modèle régional à l’autre (et même quelques fois pour un même
modèle régional avec deux jeux de paramètres différents) tant à
l’échelle saisonnière qu’à l’échelle intrasaisonnière. Ces biais
introduisent des erreurs importantes dans l’estimation des impacts
agronomiques du climat. De telles erreurs peuvent être à même
d’invalider des conclusions sur les impacts du changement
climatique basés sur l’utilisation d’un seul modèle régional.
Notre étude confirme également l’intérêt de développer des
méthodes de correction des biais (Oettli et al., 2011). On a
pu constater que l’essentiel des biais dans les rendements simulés
avec les modèles régionaux provient de leur mauvaise représentation
de la quantité totale de pluie pendant le cycle de la plante.
Néanmoins, on montre le rôle non négligeable de la représentation
de la variabilité intrasaisonnière qui modifie l’efficacité des
pluies au cours du cycle de croissance de la plante et affecte le
rendement.
Enfin cette étude souligne l’importance d’une approche
multimodèle pour quantifier les incertitudes dans les études
d’impacts comme cela est préconisé par les projets et programmes
internationaux (ENSEMBLES, CORDEX). Nos résultats mettent également
en évidence l’urgence de réduire l’incertitude dans les processus
atmosphériques qui contrôlent les pluies de mousson dans les
modèles de climat afin d’améliorer la simulation des pluies. Le
projet AMMA et AMMA-MIP (Hourdin et al., 2010) est un cadre
idéal pour réaliser des avancées en ce sens.
Remerciements
Nous sommes particulièrement reconnaissants à l’Agence
universitaire de la Francophonie (AUF) pour le soutien à la
mobilité et à la Deutscher Akademischer Austauschdienst German
Academic Exchange (DAAD) pour son soutien financier. Les
données « ENSEMBLES data » utilisées ici
proviennent du EU FP6 Integrated Project ENSEMBLES (Contract number
505539). http://ensemblesrt3.dmi.dk. Ce travail a bénéficié du
support de l’Agence nationale de la recherche (ANR) à travers le
projet ESCAPE (ANR-10-CEPL-005 ;
http://www.locean-ipsl.upmc.fr/∼ESCAPE).
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1 Les réanalyses ERA-Interim sont la
nouvelle génération de réanalyse (1989 à nos jours) du Centre
européen de prévisions météorologiques à moyen terme développées
pour remplacer les ré-analyses ERA-40 du même Centre (pour plus
d’information voir http://www.ecmwf.int).
2 Les expériences tirées du projet ENSEMBLES
sont actuellement mise à profit dans le cadre de CORDEX
(COordinated Regional Downscalling EXperiments), un projet
global de désagrégation dynamique des scénarii de changements
climatiques pour le prochain 5e rapport du Groupe
intergouvernemental d’experts du climat (voir
http://wcrp.ipsl.jussieu.fr).
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