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Science et changements planétaires / Sécheresse
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Social change, spatial change: Evolution of the Limarí irrigation system (Chile)


Science et changements planétaires / Sécheresse. Volume 22, Number 4, 253-9, Octobre-Novembre-Décembre 2011, Articles de recherche

DOI : 10.1684/sec.2011.0325

Résumé   Summary  

Author(s) : Yveline Poncet, Pablo Alvarez Latorre, Hector Fabian Reyes Serrano, 16, rue des Hôtesses 45370 Cléry Saint-André France, Universidad de La Serena Departement de agronomía Avenida La Paz, 1108 Ovalle Région de Coquimbo Chili.

Summary : The Coquimbo region, in Chile, receives a rainfall of 110mm (annual mean), winter rains, which allow only small scale cereal cropping and pastures for goat and sheep raising. However, thanks to subtle irrigation processes, practiced for centuries, the region used to export high value agricultural products up to mining and transportation workers and facilities settled in the northern arid area of the country. The history of ground occupation and soil uses, throughout the colonial era then in an independent Chile, designed not only the land property modalities, but also the sharing of rights of water usage. During the last sixty years, this system has changed considerably, with both technical causes (artificial lakes to stock water, cheap electric energy in rural areas) and with political and social causes (agrarian reform, agricultural foreign capital). The scientific research program “ Suivi de la désertification, connaissance des systèmes d’élevage caprin, gestion de la ressource en eau : trois aspects pour la définition d’une politique environnementale incluant la participation des populations dans la IV e région du Chili (ECOS-Conicyt)” studied theses changes and their consequences, in order to anticipate consequences and foresee negative ones: the “Limarí model” is frequently given as an example of successful economic development and is to be copied in other arid valleys. The irrigation graphic scheme of the valley of Limarí is hereafter presented in four dynamic figures, as one of the multidisciplinary supports for research into the well-known problems of geographic and economic balance between rural and urban development, between irrigated and arid areas, and upon the long range effects of the disconnection between land rights and water rights. The new social and economic order will be effected as a consequence of the relationship between new technical applications and new laws and rights. This graphic demonstration is contrived to organise and discuss available information about water, energy, irrigated areas and regulation by law.

Keywords : Chile, mountain irrigation, spatial model, sustainable development, water rights

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ARTICLE

sec.2011.0325

Auteur(s) : Yveline Poncet1 yveline.poncet@orange.fr, Pablo Alvarez Latorre2 palvarez@userena.cl, Hector Fabian Reyes Serrano2 freyes@userena.cl

1 16, rue des Hôtesses 45370 Cléry Saint-André France

2 Universidad de La Serena Departement de agronomía Avenida La Paz, 1108 Ovalle Région de Coquimbo Chili

Tirés à part : H. Fabian Reyes Serrano

L’hydrogéographie de la région de Coquimbo s’organise de façon simple à l’intérieur de compartiments montagneux orthogonaux : à l’est, la cordillère des Andes, dont les sommets culminent ici aux environs de 5 000 m ; à guère plus d’un degré de longitude vers l’ouest, l’océan Pacifique. Entre les deux, trois bassins fluviaux indépendants, isolés par des chaînes perpendiculaires à la Cordillère et à la côte, qui correspondent chacun à une province, un district administratif infrarégional (figure 1 et figure 2). Le bassin du Limarí est le bassin médian. L’organisation du relief, les ressources minières (cuivre, fer, or, manganèse) et le climat y ont déterminé en partie la répartition et les activités d’une population rurale disséminée dans des agglomérations de petite taille mais qui étaient en communication suivie avec la capitale de province, Ovalle, et avec la côte. La haute cordillère, où les fonds des vallées sont à plus de 1 600 mètres d’altitude, est froide et peu ensoleillée l’hiver, sauf aux confluents de vallées. On y trouve quelques villages d’agropasteurs et des mines. Elle est aussi le lieu des transhumances d’été des troupeaux de chèvres qui passent l’hiver dans les petites plaines alluviales et la chaîne côtière. C’est cette zone montagnarde qui alimente en eau, grâce à la fonte des neiges, les vallées d’aval. La zone de moyenne montagne est celle qui connaît le développement agricole et les transformations les plus spectaculaires (Pouget et al., 1996) ; le climat très sec et plus doux, l’orientation au nord et au nord-est de certaines pentes et les conditions d’irrigation sont les facteurs favorables à une agriculture spéculative à hauts rendements, haute valeur ajoutée et capitaux considérables : celle du raisin de table d’hiver dit « de Noël » destiné aux marchés de l’hémisphère nord, ceux de la côte est des États-Unis tout particulièrement. La capitale provinciale, Ovalle (90 000 habitants, c’est-à-dire 60 % de la population totale de la province) se trouve au débouché des montagnes sur une plaine alluviale encadrée par la chaîne côtière et par les chaînons perpendiculaires, coupés de profondes vallées sèches. L’irrigation s’y est développée dès avant la colonisation espagnole au moyen de canaux de petit calibre. C’est à partir de 1930 que sont intervenus des travaux d’administration et de stockage des eaux superficielles derrière des barrages, conduisant, à partir des années 1980, à l’exploitation croissante des ressources en eau souterraine et de l’irrigation, par pompage, de terrains situés au-dessus du niveau des canaux.

Une irrigation gravitaire et saisonnière

Le bassin du Limarí est occupé dès le xvisiècle par des colons espagnols qui y reproduisent des modèles d’irrigation montagnarde espagnole et arabo-andalouse. À partir de sites judicieusement déterminés dans le lit des rivières, des canaux sont creusés vers l’aval avec une pente calculée pour être inférieure à celle du talweg naturel mais suffisante pour conserver un débit convenant aux usages. Le partage et la distribution de l’eau entre les multiples ayants droit correspondent à un équilibre négocié en permanence (Alvarez et Poncet, 2003), combinant :

  • –. les caractères techniques de l’alimentation : le débit (très variable dans l’année et d’une année sur l’autre), la pente, le nombre et la situation des prises d’eau des canaux ;
  • –. les caractères agrotechniques des parcelles à irriguer : superficie, qualité du sol, pente, orientation ;
  • –. les caractères socio-économiques des exploitations : nature des droits détenus par les exploitants, besoins en eau pour irriguer les parcelles aux périodes adéquates, capacité de mobilisation de main-d’œuvre, d’investissement et de négociation dans le système social.


Les canaux suivent toutes les courbes de la montagne, permettant ainsi l’irrigation de vastes superficies cultivables, à condition qu’ils soient suffisamment alimentés. Leur longueur exige des efforts d’entretien considérables. Le partage de l’eau est géré par les ayants droit à l’irrigation, organisés en associations et assemblées (juntas) (Stewart, 1970).

Dans ce système « traditionnel » peu « technifié » mais très subtil, les droits d’usage de l’eau sont inséparables de ceux de la terre, en même temps que contraints absolument par les facteurs physiques : chutes de neige et températures, débit naturel de la rivière, pente des canaux, mais aussi longues périodes de sécheresse ou excédents catastrophiques… La gravité est l’unique énergie utilisée, seuls les fonds de vallées et les bas de pente situés au-dessous du niveau des canaux sont irrigables (figure 3). Le système de distribution de l’eau est compliqué, hiérarchique et socialement limité aux propriétaires de terres irriguées, c’est-à-dire de terres pourvues de droits d’eau. Cette irrigation a d’abord été pratiquée à l’aval de la zone de moyenne montagne ( xvisiècle) ; elle a progressé ensuite vers l’amont jusqu’au milieu du xixsiècle. La quasi-totalité des productions était envoyée vers le nord du pays afin de nourrir les travailleurs des exploitations du minerai de cuivre et de nitrate et les villes portuaires : céréales et fruits secs, fourrage, animaux pour le transport, pour la viande et les cuirs, alcool de distillation du raisin. Cette exportation hors de la province a été facilitée, à partir du début du xxsiècle, par la mise en service du chemin de fer de Santiago à Iquique, disparu dans la décennie 1970. C’est la moyenne montagne qui se développe le plus : les pentes longitudinales accentuées (5 à 10 mètres de dénivelé pour un kilomètre de cours) et le fond plat des vallées proposent de bonnes conditions d’irrigation, les sols des terrasses alluviales et des colluvions sont de bonne qualité. Grâce à l’extension du réseau de canaux gravitaires et à un ajustement de plus en plus performant des prises d’eau, les superficies irriguées s’étendent.

Les transformations techniques du système

À partir des années 1930, lors de la crise économique mondiale et de la crise du nitrate au Chili, l’État tente de rééquilibrer l’exploitation des ressources en favorisant l’installation de la population en milieu rural et l’agriculture. La vallée du Limarí tout particulièrement, par sa position géographique dans le semi-désert et par ses ressources, se prêtait bien à une grande opération de modernisation hydraulique : le « Système Limarí » est construit entre 1930 et 1972. Le but est d’affranchir le système d’irrigation des aléas hydroclimatiques grâce à un réseau de réservoirs, reliés entre eux par des canaux, qui stockent l’eau et régulent les débits fluviaux à leur aval (Alvarez, 2005). Les paramètres des barrages ont été calculés en fonction de besoins en eau largement estimés. Leurs altitudes relatives permettent l’interconnexion au moyen de la seule gravité, les canaux principaux franchissant les vallées par des siphons.

Le résultat est une augmentation de la sécurité de la ressource en eau, désormais disponible toute l’année, et une augmentation des superficies irriguées, en particulier dans l’aire d’irrigation située en aval du barrage Cogoti.

Dans le même temps, l’énergie électrique se diffuse partout dans le Limarí, à partir des établissements hydroélectriques et thermiques de la zone centrale et méridionale du Chili, distribuée par une coopérative de consommateurs ruraux. Des contrats modulaires entre fournisseur et consommateurs permettent à ces derniers de disposer, sous certaines conditions, d’une énergie à très bas prix, largement rentabilisée par les plus-values agricoles de l’irrigation.

La disponibilité « techniquement illimitée » de l’eau et l’énergie à bon marché constituent deux conditions favorables à l’extension de l’irrigation, qui n’est plus contrainte, désormais, par la gravité (figure 4). Reste cependant, pour les exploitations nouvelles et pour les anciennes désireuses de s’étendre, à négocier le difficile accès social, administratif et juridique aux droits d’eau (Parada Barrera, 2000). La législation de 1981 va rendre les transactions faciles et les droits d’eau vont alors faire l’objet de spéculations, avant même que ce ne soit le cas pour les terres.

Les changements réglementaires et leurs effets

À partir de 1960 se succèdent au Chili plusieurs réformes et contre-réformes agraires (1960-1965, 1965-1970, 1975-1976) et de nouvelles lois sur l’usage des ressources naturelles (1981).

Les lois foncières des années 1960-1970 permettent aux petits cultivateurs et aux communautés paysannes de racheter les terres qu’ils exploitaient auparavant sous diverses formes de fermage. Certaines terres sèches secano – de peu de valeur car non irrigables faute des droits d’eau nécessaires – deviennent des comunidades agricolas sous forme de propriétés communautaires officiellement reconnues. D’autres restent aux mains de grands propriétaires, en partie grâce à des capitaux d’origine minière. La plupart des terres de riego, les terres irrigables, restent dans un système de propriété privée à forte capacité d’investissement et de négociation (Reyes, 2009).

En 1981, le nouveau code de l’eau dissocie, dans tout le pays, la propriété de la terre et les droits d’usage de l’eau. Un investisseur peut désormais acheter les droits d’eau correspondant à une parcelle et les transférer sur une autre, ou bien les vendre séparément. Le système technique du Limarí permet de mettre en exercice cette possibilité puisqu’il affranchit les parcelles irrigables des limites de la disponibilité naturelle en eau et de la gravité. En outre, les droits d’eau qui correspondaient à des parcelles de terre submergées par les barrages doivent être déplacés. Le bassin moyen du Limarí devient alors un lieu d’investissements agricoles très rentables :

  • –. par extension spatiale des irrigations partout où elles sont économiquement possibles (compte tenu du coÛt des installations et de l’énergie), sans contrainte de limitation de droits d’usage ;
  • –. par transformation de terres non irrigables en terres irrigables par rachat à bas prix aux communautés d’espaces qu’elles n’ont pas les moyens légaux ni financiers d’irriguer.


Cette rentabilité agricole élevée est renforcée par l’adoption de cultures particulièrement bien adaptées : vigne pour le raisin de table, avocatiers, mandariniers – espèces exigeantes en eau mais peu exigeantes en ce qui concerne les sols. La vigne, en particulier, pousse bien sur les pentes raides et caillouteuses peu aménagées : le critère de qualité des sols a disparu. Néanmoins, les nouveaux investissements (défrichements et infrastructures, délais de mise en production) et les coÛts d’exploitation (main-d’œuvre pour la récolte et l’entretien, notamment) mettent cette nouvelle agriculture hors de portée de la plupart des exploitants villageois. Elle est le fait de sociétés multinationales et nationales qui intègrent l’ensemble de la filière et concentrent la propriété des nouvelles terres et des droits d’usage de l’eau. Une classe de moyens propriétaires locaux, bien au fait des technologies modernes également, se maintient autour de la culture irriguée de la vigne pour le raisin de distillation et le raisin de table. Les propriétaires entreprennent le pompage dans la nappe phréatique et dans les nappes plus profondes afin d’irriguer les terres nouvellement acquises et aménagées sur les pentes (Alvarez, 2005). La spéculation s’exerce tout particulièrement dans les vallées orientées nord-sud, qui reçoivent l’ensoleillement le plus favorable (figure 5). Terres et droits d’usage de l’eau sont devenus, indépendamment les uns des autres, l’objet de spéculations considérables et on assiste alors à une « irrigation mobile » dans laquelle la terre et l’eau sont négociées séparément selon les règles de la rationalité productiviste et de la libéralisation des échanges (Poncet et al., 2007) (encadré 1).

Encadré 1.

Rassembler les savoirs pour montrer un territoire

Les figures 2 à 5 ont pour origine une présentation orale destinée aux participants au colloque Sociedad, Agricultura y Medioambiente en Zonas Aridas (Samza, La Serena, novembre 2002 [Livenais et Aranda, 2003]) et aux étudiants de l’université de La Serena (Chili) et de l’université d’Orléans, sur le thème de l’eau et reliant l’étude des milieux naturels et celle des sociétés qui les exploitent. L’intention fut d’illustrer l’intérêt d’une perception du territoire en faisant participer directement les opérateurs de la recherche sur ce territoire. Ces quatre figures sont donc le produit d’une construction rassemblant des savoirs géographiques, agronomiques, historiques et économiques sur la province du Limarí. Elles ont visé à encourager, voire à préparer, un développement qui ne soit pas fondé uniquement sur la juxtaposition des filières agricoles, sur la négation des contraintes naturelles et sur la répétition de modèles incomplets. L’intégration a été construite ici à travers l’irrigation, ce qui correspondait aux objectifs des deux programmes franco-chiliens successifs « Transformations des espaces ruraux et processus d’intégration régionale dans la IVe Région du Chili » (université du Chili, université de La Serena, IRD, 1998-2002) et programme ECOS-Conicyt « Suivi de la désertification, connaissance des systèmes d’élevage caprin, gestion de la ressource en eau : trois aspects pour la définition d’une politique environnementale incluant la participation des populations dans la 4e Région du Chili (2002-2004) », puis au programme chilien « Programa Territorial Integrado (2004) ».

Les conséquences perceptibles

Une conséquence de cette évolution du système, visible dans les paysages, est la progression des défrichements et de la culture de la vigne vers le haut des pentes bien exposées. La situation économique et sociale des populations s’est améliorée : les besoins en main-d’œuvre peu spécialisée ont donné du travail aux femmes, ce qui a fait progresser le revenu des ménages et le niveau scolaire et sanitaire. Cette agriculture très technicisée demande aussi une main-d’œuvre spécialisée et compétente, obtenue en partie par la formation sur place des ouvriers locaux et par l’embauche de cadres formés dans les universités et les instituts agronomiques chiliens. Toute la vallée du Limarí, et notamment la ville d’Ovalle, profite des services induits par la présence des grandes compagnies et des échanges financiers : transports et communications, banques, entreprises d’ingénierie et de maintenance hydroagricole. Ces services sont aussi utilisés par les petits producteurs, qui s’associent souvent aux grandes compagnies pour le conditionnement et la commercialisation. Dans ce système en évolution rapide, les formes « traditionnelles » de gestion des droits de l’eau se maintiennent, en dépit des transactions spéculatrices, peut-être parce que les associations de gestion des canaux et les conseils de surveillance des bassins se sont adaptés en accueillant des ingénieurs aux côtés des notables.

Cependant, tous les critères du « développement durable » ne semblent pas réunis. Sur le plan social, l’accroissement des inégalités entre le système de production irriguée et celui du milieu aride conduit à une forme de prolétariat rural où les producteurs des communautés de l’espace non irrigable sont dépourvus de l’accès au capital de modernisation agricole et de maîtrise sur leur avenir ; parallèlement, les petits propriétaires de terres et de droits d’eau dans les secteurs irrigables sont de facto soumis aux politiques de développement des grandes compagnies dans une compétition où ils n’ont guère de poids : le coÛt des appareillages hydrauliques, le coÛt de l’énergie et de la main-d’œuvre, et donc les emprunts bancaires, dominent le système. Le repeuplement rural, qui était l’un des objectifs initiaux, se ralentit, les villageois devenus ouvriers agricoles vivent de préférence en ville. On peut surtout s’interroger sur les chances de maintien, dans un système d’ensemble qui évolue désormais sous des logiques purement libérales, des solidarités de type traditionnel qui contrôlent la gestion des canaux et des répartiteurs de l’eau ; déjà, des interrogations sont explicitement formulées quant à la capacité des associations de gestion des canaux, des conseils de bassins et de l’État qui gèrent le partage de l’eau, à rendre compatibles les intérêts économiques et patrimoniaux en cas de crise (sécheresses climatiques récurrentes, par exemple).

Sur le plan environnemental, la technicisation agricole d’une quasi-monoculture s’accompagne d’une surconsommation d’eau d’irrigation et d’une surconsommation de fertilisants, dont les effets à terme ne sont pas tous connus. La construction de terrasses pour la culture des avocatiers modifie le rapport entre le sol et l’eau. Le pompage dans les nappes ne paraît pas être une pratique durablement extensible tant que les conditions de leur recharge, dans des roches intrusives et volcaniques très faillées, ne sont pas mieux identifiées. Les précautions que veulent prendre les associations d’ayants droit à l’eau, qui considèrent que la ressource en eau n’est pas infinie mais, au contraire, finie, entraînent une judiciarisation des droits au pompage dans les nappes alluviales, qui sont alors formellement contestés. Enfin, on peut évidemment se demander si la construction de grands barrages hydrauliques est raisonnablement généralisable – même s’ils sont antisismiques et très surveillés – dans une région où les tremblements de terre sont fréquents. En 2009, la signature de la privatisation du barrage La Paloma (le plus important des trois, et le seul qui ait appartenu à l’État) a ajouté un bouleversement de plus à un univers socio-économique déjà très remuant. Mais en même temps, on assiste à une réduction des intrants agricoles (fertilisants, pesticides, quantités d’eau appliquées), dans une perspective plus rationnelle.

Conclusion

L’histoire technique et juridique des usages de l’eau nous éclaire sur la situation actuelle d’un système à haute productivité. Dans la quatrième région, où le peuplement et l’agriculture sont soumis à des contraintes environnementales fortes (climat et disponibilités en eau, altitude et pentes, risques divers) l’évolution récente du système agraire irrigué paraît bien être dans la continuité des pratiques adoptées depuis plusieurs siècles, appuyées sur les savoir-faire, la technicité et la rentabilité, rationalisées dans le cadre de grandes propriétés intégrant les ressources en terre et en eau, le travail, le capital, la gestion politique. Cependant, certaines conditions de la durabilité telles que les rééquilibrages sociaux, la conservation des ressources, l’exercice réel, le partage et la transparence des contrôles, paraissent menacées par les facteurs du spectaculaire développement de la région. L’énergie électrique, l’irrigation à plein-temps, la disponibilité de capitaux internationaux, une législation libérale, ont eu pour conséquence le développement récent d’une agriculture peu précautionneuse : « Extraire puis s’en aller » disaient les grandes entreprises agroexportatrices – ce modèle est présent dans l’histoire chilienne et dans les économies fruitières d’autres pays. Dans la province du Limarí, le mieux-être social est visible, certes, mais il n’est pas équitablement réparti. Il est réalisé au prix de réductions de potentialités environnementales qui ne sont pas mesurées. Des études plus complètes sur l’histoire des droits d’accès à l’eau d’irrigation et sur les conséquences géographiques de leurs ajustements et transformations, et les études de cas sur les compétitions, négociations et conflits, donneront des points d’appui utiles à la poursuite des travaux de recherche sur ce milieu.

Références

Alvarez P, 2005. Un itinéraire de l’eau, approche géographique et agronomique d’une gestion de l’irrigation en zone aride du Chili. Thèse de géographie, université d’Orléans, Orléans.(France).

Alvarez P, Poncet Y, 2003. Dinámica de la organización física y operacional del complejo hidrológico Cogotí-Huatulame, Provincia de Limarí. In: Livenais P, Aranda X. Dinámicas de los sistemas agrarios en Chile Árido : la Región de Coquimbo. La Serena : Universidad de Chile ; IRD ; Universidad de La Serena.

Livenais P, Aranda X, 2003. Dinámicas de los sistemas agrarios en Chile Árido : la Región de Coquimbo. La Serena : Universidad de Chile ; IRD ; Universidad de La Serena.

Parada Barrera GA, 2000. El derecho de aprovechamiento de aguas : aspectos dogmaticos y legales. Santiago (Chile) : ediciones Juridicas.

Poncet Y, Koné TS, Reyes H, Reinette Y, 2007. D’un paysage ostentatoire aux inégalités invisibles : une illustration en milieu de montagne aride au Chili. Développement Durable et Territoires, Dossier n̊ 9, Inégalités écologiques, Inégalités sociales. http://developpementdurable.revues.org/document3445.html.

Pouget J, Caviedes E, Hamelin P, Rémy D, Mathieu R, Lira V, Alvarez D, 1996. Ambiente arido y desarollo sustenable, la provincia del Limarí. Santiago : Universidad de Chile ; Orstom.

Reyes HF, 2009. « La tierra se mueve », les transformations de la propriété agricole dans une zone aride, la province du Limarí (région de Coquimbo, Chili). Thèse de géographie, université d’Orléans, Orléans (France).

Stewart D, 1970. El derecho de aguas en Chile, algunos aspectos de su historia y el caso del valle de Illapel (Región de Coquimbo). Santiago (Chile) : editorial Juridica de Chile.


 

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