ARTICLE
sec.2011.0324
Auteur(s) : Gerardo Soto-Mundaca1,2 gerardo.soto@renare.uchile.cl,
Ary Bruand2 ary.bruand@univ-orleans.fr,
Jean-Robert Disnar2 jean-robert.disnar@univ-orleans.fr,
Audrey Gallaud2 audrey.gallaud@gmail.com
1 Universidad de Chile
Facultad de Ciencias Agronómicas
Departamento de Ciencias Ambientales y Recursos Naturales
Renovables
Avenida Santa Rosa #11315
882 08 08 - La Pintana
Santiago de Chile
Chili
2 Université d’Orléans
UMR 6113 – CNRS
Institut des sciences de la terre d’Orléans
1A, rue de la Férollerie
45071 Orleans cedex 2
France
Tirés à part : G. Soto-Mundaca
Les sols représentent le plus grand réservoir de carbone
organique terrestre de la biosphère (Jobbággy et Jackson, 2000).
Les ressources mondiales totales en carbone pour l’ensemble des
terres ont été estimées entre 2 157 et 2 293 Pg
(pétagrammes, soit 1015 grammes) pour le premier mètre
de la surface (Batjes, 1996). Au sein de ce stock de carbone, on
peut distinguer le carbone organique total des sols (COT) qui
représente 684 à 724 Pg de C dans les 30 premiers centimètres,
1 462 à 1 548 Pg de COT dans les 100 premiers
centimètres, et 2 376 à 2 456 Pg de COT dans les 200
premiers centimètres (ibid). En accord avec les estimations de
l’Intergovernmental Panel on Climate Change (IPCC, 2001), la
ressource totale en C pour les terres devrait être de 1 750 ±
250 Pg avec 835 Pg de C inorganique.
Les variations de stock de COT (SCOT) ont été
étudiées sous différentes zones climatiques (Bernaux et al.,
1998 ; Lemenih et Itanna, 2004). Cependant, dans les régions
arides et semi-arides, les études du SCOT en fonction de
l’usage des sols sont peu nombreuses. Hernanz et al. (2002)
ont étudié l’effet à long terme de systèmes de culture sur les
variations de SCOT dans le contexte climatique
semi-aride méditerranéen de l’Espagne centrale. Ils ont enregistré
un stock moyen de COT de 40 Mg/ha pour les 40 premiers
centimètres. Reeder et al. (2004) et Mills et al.
(2005) ont analysé l’influence du bétail en pâturages sur le
carbone organique du sol des steppes du Colorado aux États-Unis, et
les fourrés semi-arides du Cap est en Afrique du Sud. Ils ont
estimé des valeurs autour de 64 Mg/ha de 0 à 90 cm de
profondeur pour le Colorado, et 133 Mg/ha pour le Cap est. Shrestha
et Stahl (2008) ont analysé les variations de SCOT dans
les steppes du Wyoming et ont enregistré des valeurs comprises
entre 5,8 et 15,7 Mg/ha de COT en en fonction du système de culture
pour les 15 premiers centimètres de sol. Feng et al. (2002)
ont estimé le SCOT de zones arides le long d’un gradient
croissant de désertification. Pour le bassin du Junggar localisé en
Chine, les valeurs varient entre 1,7 et 14,8 Mg/ha, et dans le
bassin du Tarim, entre 0,6 et 20,1 Mg/ha. Singh et al.
(2007) ont estimé le COT de la région aride à semi-aride du
Rajasthan à 2,3 Pg pour les 100 premiers centimètres de sol. Brahim
et al. (2010 ; 2011) ont analysé la distribution
spatiale et le stock de COT pour les sols tunisiens. Ils ont
enregistré des valeurs moyennes de 405,44 Tg (téragrammes,
1012 grammes) de COT de 0 à 30 cm, et de
1 006,71 Tg de COT de 0 à 100 cm de profondeur. Les
estimations par type de sol montrent que pour les Luvisols
tunisiens les valeurs varient entre 71,6 Mg/ha (0-30 cm) et
159,2 Mg/ha (0-100 cm). De plus, pour les Lithosols, les
valeurs vont de 18,4 Mg/ha (0-30 cm) à 40,4 Mg/ha
(0-100 cm). Au Chili, Pérez-Quezada et al. (2011) ont
analysé les variations du stock de carbone dans les sols d’un
écosystème aride de la région de Coquimbo en fonction du type de
végétation. Ils ont enregistré des stocks de carbone organique
variant de 21,1 Mg/ha sous plantation d’Acacia saligna à
36,5 Mg/ha sous végétation naturelle.
Cependant, on note encore un déficit de données pour les milieux
arides quant aux conséquences du type d’usage des sols sur leur
stock organique, en particulier pour les zones arides d’Amérique du
Sud, alors qu’elles représentent 445 000 km2
(Reynolds, 2001). Les objectifs principaux de cet article sont de
discuter le stock organique de sols d’une zone aride du Nord du
Chili en analysant l’effet des pratiques de pâturage et d’évaluer
les possibilités de prédire ces stocks en se limitant à la partie
superficielle.
Zone d’étude
La zone d’étude fait partie de la station expérimentale de Las
Cardas qui appartient à l’université du Chili (Casanova et
al., 1995). Sa superficie est de 4 873 hectares et elle
est localisée dans la région de Coquimbo (29̊ 00’ S ;
32̊ 10’ S) qui est une zone aride du Nord du Chili de
40 462 km2 (Sánchez et Morales, 1998). Cette
région est l’une des 25 zones pourvues de la plus grande
biodiversité mondiale. La végétation est composée de 1 478
espèces naturelles et de 244 espèces introduites. Les espèces
dominantes sont des herbacées pérennes (45 %), des arbustes
(27 %) et enfin des herbacées annuelles et bisannuelles
(23 %) (Squeo et al., 2001).
Le site d’étude de Las Cardas est situé à 23 km à l’est de
la côte et à 45 km au nord de la ville d’Ovalle dans la
province d’Elqui, région de Coquimbo (71° 15’ S ; 30° 13’ W,
220 m d’altitude) (Pérez-Quezada, 2011). Géomorphologiquement,
le site de Las Cardas se trouve dans la frange littorale ;
cependant, il correspond à une terrasse en fond de vallée. Le
relief est relativement plat avec des pentes maximales autour de
2 %. La pluviométrie et la température moyenne annuelle sont
respectivement de 100 mm et 16,5 ̊C (González et
al., 2001). La végétation est dominée par des arbustes
sclérophylles et des espèces caduques estivales, associées à des
herbacées de prairie (pâturage natif) et à des cactacées dans les
zones d’exposition nord. Les espèces dominantes d’arbustes
xérophytes sont représentées par Alcaparra (Senna
cumingii [Hook. et Arn.] H. S Irwin et Barneby), Cuerno de
Cabra (Haplopappus foliosus (D.C), Quisco (Echinopsis
chilensis [Colla] Friederich et G.D. Rowley), Pichanilla
(Gutierrezia resinosa [Hook. et Arn]. S.F.Blake), Incienso
(Flourensia thurifera [Molina] D.C.), Chilco
(Baccharis linearis [Ruiz et Pav.] Pers.), et Cardón
(Puya chilensis [Molina]) (Lailhacar, 1985). Les sols de la
station expérimentale sont à rattacher à des Typic
Haplodurids de la Soil Taxonomy (Soil Survey Staff,
1999 ; Aburto et al., 2008) (figure 1).
Méthodes d’étude des sols
Sur le site expérimental, trois types de traitement ont été
sélectionnés pour l’étude :
- –. végétation naturelle (VN ; parcelle mise en
défens depuis 1973 et considérée ici comme témoin) ;
- –. pâturage d’intensité modérée sur parcours par des
chèvres (PM ; 6 UPR1/ha/an) ;
- –. pâturage intensif sur parcours par des chèvres
(PI ; 10 UPR/ha/an).
Trois sols ont été étudiés dans la zone sous végétation
naturelle, quatre sous pâturage modéré et trois sous pâturage
intensif. Les sols sont développés dans des matériaux très
grossiers correspondant soit à des dépôts de piémont, soit à des
alluvions recouvertes par des matériaux sableux contenant très peu
d’éléments grossiers, correspondant vraisemblablement à des dépôts
de fin de crue.
Pour chaque sol, nous avons décrit le profil, identifié les
différents horizons, et quantifié la proportion d’éléments
grossiers au moyen de la planche présente dans la charte des
couleurs Munsell (Munsell, 2000). Ensuite, pour chaque horizon,
nous avons mesuré la densité apparente
(Da) du matériel < 2 mm
présent entre les éléments grossiers à l’aide de mottes de 5 à
10 cm3 de volume chacune à l’aide de la méthode
utilisant du kérosène (Assouline et al., 2000). Les valeurs
moyennes de Da ont été calculées à partir
de 5 à 7 mottes pour chaque horizon. Nous avons également prélevé
du matériel < 2 mm dans chaque horizon pour des
déterminations physico-chimiques. La distribution granulométrique a
été déterminée grâce à la méthode de la pipette de Robinson après
un prétraitement des échantillons avec du peroxyde et de
l’hexamétaphosphate de sodium (Baize, 2000). La capacité d’échange
cationique (CEC, en cmol+/kg de sol < 2 mm
séché à 105 ̊C) a été déterminée en utilisant la méthode du
trichloride hexamine-cobalt (Ciesielski et Sterckeman, 1997).
Afin d’étudier la distribution verticale de la teneur en carbone
organique dans les sols sélectionnés, nous avons échantillonné
chaque profil tous les 5 cm pour les 10 premiers centimètres
(0 à 5 cm et 5 à 10 cm), et ensuite tous les 10 cm
jusqu’à 1 m de profondeur. La méthode d’analyse utilisée pour
doser le carbone organique a été la méthode Rock-Eval (Disnar et
al., 2003) qui permet de ne doser que le carbone appartenant à
la matière organique, même en présence de carbonates.
Résultats et discussion
Composition minérale des sols
Avant de nous intéresser à la distribution du carbone organique,
il est utile de préciser la composition minérale des sols étudiés.
La proportion en éléments grossiers dans ces sols varie de 0,03 à
0,80 m3/m3 selon les horizons (tableau 1). Elle est par conséquent extrêmement
variable, très généralement faible dans les premiers décimètres et
particulièrement élevée en profondeur, en lien avec la nature des
matériaux dans lesquels les sols étudiés se sont différenciés. La
teneur en sable varie de 415 à 874 g/kg, mais seulement de 587
à 743 g/kg pour l’horizon de surface. La teneur en argile,
quant à elle, varie de 41 à 335 g/kg mais seulement de 61 à
94 g/kg pour l’horizon de surface (tableau
1). De telles compositions correspondent à des sols très
caillouteux dont le matériel fin présente des textures de type
limon sableux (Soil Survey Staff, 1993).
Tableau 1 Caractéristiques des profils de sols
étudiés.
| Profil |
Profondeur |
Couleur |
Densité apparente |
Proportion d’éléments grossiers |
Granulométrie (mm) |
Capacité d’échange cationique |
Capacité d’échange cationique (argile) |
| (cm) |
Sèche |
Humide |
Moyenne
(g/cm3) |
Écarts
types |
< 0,002 |
0,002-0,05 |
0,05-2 |
(cmol/kg) |
(cmol+/kg) |
|
| g/kg |
|
|
| Végétation naturelle |
|
| 9 |
0 - 5 |
10YR 4/4 |
7.5YR 3/3 |
1,69 |
0,09 |
0,10 |
77 |
229 |
694 |
6,9 |
89,1 |
| 5 - 30 |
7.5YR 4/4 |
7.5YR 3/4 |
1,98 |
0,03 |
0,05 |
93 |
212 |
695 |
8,3 |
89,7 |
| 30 - 55 |
7.5YR 4/3 |
7.5YR 3/3 |
2,01 |
0,07 |
0,03 |
134 |
163 |
703 |
16,4 |
122,4 |
| 55 - 90 |
7.5YR 4/3 |
7.5YR 3/4 |
2,09 |
0,06 |
0,02 |
217 |
195 |
588 |
27,4 |
126,3 |
| 90 - 100 |
7.5YR 5/4 |
7.5YR 3/4 |
- |
- |
0,02 |
29 |
97 |
874 |
27,8 |
958,6 |
| 12 |
0 - 5 |
7.5YR 5/4 |
7.5YR 3/4 |
1,85 |
0,18 |
0,05 |
90 |
256 |
654 |
7,2 |
79,9 |
| 5 - 20 |
7.5YR 4/4 |
7.5YR 3/3 |
1,56 |
0,41 |
0,05 |
115 |
236 |
649 |
9,2 |
79,7 |
| 20 - 57 |
7.5YR 4/6 |
7.5YR 3/4 |
2,05 |
0,02 |
0,25 |
170 |
219 |
611 |
13,7 |
80,6 |
| 57 - 100 |
7.5YR 5/4 |
7.5YR 3/4 |
2,04 |
0,05 |
0.10 |
214 |
232 |
554 |
24.0 |
112,2 |
| 13 |
0 - 6 |
7.5YR 4/3 |
7.5YR 3/3 |
1,58 |
0,09 |
0,05 |
77 |
236 |
687 |
7,6 |
98,4 |
| 6 - 35 |
7.5YR 4/4 |
7.5YR 2.5 |
1,76 |
0,15 |
0,05 |
98 |
210 |
692 |
10,8 |
110,2 |
| 35 - 85 |
7.5YR 4/3 |
7.5YR 3/3 |
- |
- |
0,30 |
149 |
156 |
695 |
16,7 |
112,1 |
| 85 - 100 |
7.5YR 4/4 |
7.5YR 4/6 |
- |
- |
0,05 |
310 |
198 |
492 |
28,6 |
92,3 |
|
| Pâturage d’intensité modérée (6
UPR/ha/an) |
|
| 1 |
0 - 5 |
10YR 4/4 |
7.5YR 3/2 |
1,47 |
0,14 |
0,03 |
94 |
252 |
654 |
7,4 |
78,2 |
| 5 - 12 |
10YR 4/4 |
10YR 3/3 |
1,73 |
0,04 |
0,03 |
88 |
227 |
685 |
7,3 |
82,7 |
| 12 - 40 |
10YR 3/4 |
7.5YR 3/3 |
1,73 |
0,07 |
0,03 |
93 |
229 |
678 |
8,8 |
94,8 |
| 40 - 100 |
10YR 3/6 |
7.5YR 3/3 |
1,99 |
0,04 |
0,03 |
170 |
239 |
591 |
14,2 |
83,5 |
| 2 |
0 - 5 |
10YR 4/4 |
7.5YR 3/2 |
1,55 |
0,09 |
0,03 |
98 |
262 |
640 |
8,5 |
86,9 |
| 5 - 39 |
10YR 4/6 |
7.5YR 3/2 |
1,83 |
0,02 |
0,03 |
110 |
264 |
626 |
7,7 |
70,2 |
| 39 - 100 |
10YR 3/6 |
7.5YR 3/2 |
2,05 |
0,12 |
0,03 |
206 |
226 |
568 |
19,3 |
93,7 |
| 4 |
0 - 7 |
10YR 4/4 |
7.5YR 3/2 |
1,52 |
0,09 |
0,08 |
80 |
276 |
644 |
7,7 |
96,6 |
| 7 - 24 |
7.5YR 4/3 |
7.5YR 3/2 |
1,77 |
0,11 |
0,03 |
75 |
233 |
692 |
7,8 |
104,5 |
| 24 - 45 |
10YR 4/6 |
7.5YR 3/2 |
1,77 |
0,12 |
0,15 |
83 |
217 |
700 |
10,4 |
125,3 |
| 45 - 77 |
10YR 3/4 |
7.5YR 3/2 |
1,87 |
0,04 |
0,50 |
83 |
185 |
732 |
11,7 |
141,0 |
| 77 - 100 |
10YR 5/4 |
7.5YR 3/3 |
2,05 |
0,29 |
0,00 |
77 |
221 |
702 |
21,8 |
283,1 |
| 6 |
0 - 5 |
7.5YR 4/6 |
7.5YR 2.5 |
1,64 |
0,53 |
0,05 |
- |
- |
- |
- |
|
| 5 - 35 |
7.5YR 4/6 |
7.5YR 3/3 |
2,05 |
0,45 |
0,03 |
- |
- |
- |
- |
|
| 35 - 60 |
7.5YR 3/3 |
7.5YR 2.5 |
- |
- |
0,25 |
- |
- |
- |
- |
|
| 60 - 100 |
7.5YR 4/4 |
7.5YR 4/3 |
- |
- |
0,03 |
- |
- |
- |
- |
|
|
| Pâturage intensif (12
UPR/ha/an) |
|
| 5 |
0 - 10 |
10YR 4/4 |
7.5YR 2.5/2 |
1,78 |
0,09 |
0,07 |
61 |
196 |
743 |
6,66 |
109,2 |
| 10 - 40 |
7.5YR 4/6 |
7.5YR 2.5/3 |
2,02 |
0,49 |
0,03 |
71 |
187 |
742 |
7,59 |
106,9 |
| 40 - 60 |
10YR 4/4 |
7.5YR 2.5/3 |
2,14 |
0,07 |
0,25 |
66 |
123 |
811 |
10,7 |
162,1 |
| 60 - 85 |
10YR 3/4 |
7.5YR 2.5/2 |
- |
- |
0,10 |
66 |
130 |
804 |
11,6 |
175,8 |
| 85 - 100 |
10YR 3/6 |
7.5YR 4/3 |
- |
- |
0,55 |
84 |
119 |
797 |
12,5 |
148,8 |
| 7 |
0 - 5 |
7.5YR 4/6 |
7.5YR 3/4 |
1,68 |
0,04 |
0,05 |
84 |
329 |
587 |
6,8 |
80,4 |
| 5 - 35 |
7.5YR 4/4 |
7.5YR 4/3 |
1,88 |
0,03 |
0,70 |
109 |
244 |
647 |
9,6 |
87,9 |
| 35 - 50 |
7.5YR 4/6 |
7.5YR 3/3 |
2,08 |
0,09 |
0,15 |
120 |
236 |
644 |
13,8 |
115,0 |
| 50 - 80 |
7.5YR 4/3 |
7.5YR 3/4 |
2,19 |
0,03 |
0,02 |
335 |
250 |
415 |
33,5 |
100,0 |
| 80 - 100 |
7.5YR 4/2 |
7.5YR 3/2 |
2,05 |
0,02 |
0,02 |
41 |
226 |
733 |
23,3 |
568,3 |
| 8 |
0 - 25 |
10YR 5/4 |
7.5YR 3/3 |
1,99 |
0,08 |
0,03 |
- |
- |
- |
- |
|
| 25 - 95 |
7.5YR 4/3 |
7.5YR 3/3 |
1,62 |
0,02 |
0,40 |
- |
- |
- |
- |
|
| 95 - 100 |
7.5YR 3/1 |
7.5YR 2.5/1 |
- |
- |
0,15 |
- |
- |
- |
- |
|
UPR : unité petits ruminants.
La CEC varie de 6,7 à 28,6 cmol+/kg et elle est
étroitement liée à la teneur en argile granulométrique
(R2 = 0,87) (figure 2). En
raison des faibles teneurs en carbone organique des sols, nous
avons fait l’hypothèse que la contribution de la matière organique
à la CEC pouvait être considérée comme étant négligeable comparée à
celle des minéraux argileux présents dans la fraction
granulométrique argile. Nous avons ainsi calculé la capacité
d’échange cationique du matériel argileux
(CECarg, en cmol+·par kg
d’argile granulométrique) de la manière suivante :
CECarg = (CEC/teneur en argile)
x 1 000
Les résultats montrent que la CECarg
varie de 70,2 à 141,0 cmol+/kg. De telles valeurs de
CECarg indiquent la présence en proportion
élevée de minéraux argileux développant des capacités d’échange
cationique élevées comme c’est le cas pour des smectites. Un tel
résultat est en accord avec ceux obtenus antérieurement sur des
sols similaires (Flores, 1983). Nos valeurs de
CECarg sont comparables aussi à celles
calculées à partir des résultats enregistrés pour d’autres sols de
la station expérimentale de Las Cardas et qui conduisent à des
CECarg comprises entre 92,9 et 101,3
cmol+/kg (Aburto et al., 2008).
Teneur en carbone organique des sols
La teneur en carbone organique de la fraction inférieure à
2 mm varie dans les 5 premiers centimètres de 6,13 à
11,79 g/kg sous végétation naturelle, de 7,45 à
13,39 g/kg sous pâturage modéré, et de 4,67 à 9,72 g/kg
sous pâturage intensif (figure 3). La figure 4
représente, pour chaque traitement, la valeur moyenne d’un même
horizon pour les différents profils. Ces teneurs moyennes en
carbone organique décroissent de plus en plus rapidement en
profondeur dans le sens végétation naturelle, pâturage modéré, et
enfin pâturage intensif. Le pâturage a par conséquent pour effet de
diminuer non seulement la teneur en carbone organique dans les 5
premiers centimètres mais aussi de le concentrer dans les premiers
centimètres. La zone la plus intensivement pâturée (c’est-à-dire
pâturage intensif) accusant la diminution de restitutions végétales
au sol la plus marquée, est celle qui possède les teneurs en
carbone organique les plus faibles dans les 5 premiers centimètres.
La très faible teneur en carbone organique en profondeur dans cette
même zone serait liée au plus faible développement des appareils
racinaires et de la production d’exsudats à la suite du pâturage
intensif. Les apports organiques d’origine animale (déjections),
associés à la densité d’animaux par hectare (6 et 10 UPR·ha/an)
sont marginaux et n’ont eu aucune influence sur les teneurs de
carbone organique des sols.
Stock de carbone organique total dans les sols
Le stock de carbone organique total
(SCOT) en Mg/ha de chaque sol étudié a été
calculé de la façon suivante :

avec :
- –. Ti l’épaisseur de l’horizon
i en cm ;
- –. COi la teneur en carbone
organique de l’horizon i en g/kg ;
- –. et Dai la densité apparente
moyenne de l’horizon i en g/cm3.
Le SCOT varie de 31,1 à 58,5 Mg/ha sous
végétation naturelle, de 24,3 à 29,3 Mg/ha sous pâturage modéré, et
de 10,2 à 15,5 Mg/ha sous un pâturage intensif (tableau 1). Les SCOT mesurés
sous végétation naturelle sont similaires à ceux enregistrés par
Hernanz et al. (2002) dans une zone semi-aride d’Espagne
centrale, et supérieures aux stocks enregistrés par Shrestha et
Stahl (2008) pour des écosystèmes semi-arides des États-Unis. Les
trois secteurs d’étude se distinguent immédiatement par leurs
stocks moyens respectifs en carbone organique (figure 5) avec
37,1, 27,2 et 13,5 Mg/ha pour respectivement végétation naturelle,
pâturage modéré et pâturage intensif. Néanmoins, après avoir
appliqué le test de Fisher pour comparer les SCOT
moyens pour chaque intensité d’usage, les résultats montrent que
les SCOT moyens ne sont pas significativement
différents entre le secteur végétation naturelle et le secteur
pâturage modéré (P = 0,95) en raison de la variabilité des
résultats au sein de chaque usage. Les SCOT sont
en revanche significativement plus faibles
(P = 0,95) sous pâturage intensif comparé à
végétation naturelle et pâturage modéré. Ces résultats indiquent
que la capacité de l’écosystème étudié à supporter le pâturage sans
que les stocks de carbone organique ne soient affectés serait
supérieure à celle proposée par González et al. (2001) qui
considèrent que la capacité de charge moyenne de l’écosystème n’est
que de 0,25 UPR/ha/an.
Par ailleurs, on note aussi que les trois secteurs se
distinguent assez mal par les teneurs maximales de carbone
organique enregistrées au sommet des profils alors que la
diminution de teneur en carbone organique dans les niveaux
immédiatement sous-jacents, passés les 20 ou 30 premiers
centimètres de profondeur, apparaît d’autant plus marquée que
l’intensité de pâturage est élevée. Cela nous a conduits, à
l’instar de Franzluebbers (2002), à considérer la répartition des
stocks de carbone entre les parties supérieure et inférieure des
profils, soit entre 0-30 cm et 30-100 cm de profondeur
(tableau 2). L’absence de différence
significative de SCOT entre les secteurs
végétation naturelle et pâturage modéré se caractérise aussi par
une répartition similaire entre ces deux secteurs du stock de
carbone organique entre les profondeurs 0-30 cm et
30-100 cm avec un peu plus de 60 % de ce stock dans les
30 cm supérieurs du sol. En revanche, près de 70 % de
SCOT est présent dans les 30 cm supérieurs
du sol dans le secteur pâturage intensif. Cette répartition
indiquerait une plus faible colonisation du sol par les racines des
végétaux sous PI en raison de l’intensité du pâturage.
Tableau 2 Stocks de carbone organique dans les sols sous
végétation naturelle, sous pâturage modéré et sous pâturage
intensif de 0 à 100 cm, de 0 à 30 cm et de 30 à
100 cm de profondeur.
|
| Stock de carbone organique total
(Mg/ha) |
|
| 0-100 cm |
0-30 cm |
30-100 cm |
| Secteur sous végétation
naturelle |
|
| 31,1 |
19,4 |
11,7 |
|
| 42,6 |
26,3 |
16,2 |
|
| 37.7 |
23,3 |
14,4 |
| Moyenne |
37,1 |
23,0 |
14,1 |
| Secteur sous pâturage d’intensité
modérée |
|
| 29,1 |
17,2 |
11,9 |
|
| 29,3 |
22,9 |
6,4 |
|
| 24,3 |
12,2 |
12,1 |
|
| 26,2 |
13,6 |
12,6 |
| Moyenne |
27,2 |
16,5 |
10,7 |
| Secteur sous pâturage
intensif |
|
| 10,2 |
8,1 |
2,1 |
|
| 14,7 |
9,0 |
5,8 |
|
| 15,5 |
10,9 |
4,6 |
| Moyenne |
13,5 |
9,3 |
4,2 |
Prédiction des stocks de carbone organique total
Dans des milieux aussi difficiles à prospecter en raison de leur
grande hétérogénéité et de leur teneur en éléments grossiers
souvent élevée, il est opportun de s’interroger sur la possibilité
de prédire les stocks de carbone organique des sols à partir de
mesures effectuées sur la seule partie superficielle des sols. Nous
avons testé un modèle de régression simple utilisant comme variable
explicative soit le stock calculé pour les 20 premiers
centimètres, soit celui calculé pour les 30 premiers centimètres,
et comme variable expliquée le stock en carbone en carbone
organique de la surface à 100 cm de profondeur. Les
régressions ont été établies toutes conditions d’usage des sols
confondues.
Ne disposant pas d’un ensemble de sols pour tester la qualité de
la prédiction dans l’un et l’autre cas, celle-ci a été étudiée en
prédisant le SCOT de l’un des 13 profils de sols
étudiés après avoir établi une relation linéaire avec les 12
profils restants. Cela a été réalisé 13 fois en prédisant le
SCOT pour un seul profil de sol à chaque
fois.
Afin de discuter la validité de la prédiction, l’erreur
quadratique moyenne (EQM) est calculée de la façon suivante (Grais,
2003 ; García, 2004) :

où :
- –. SCOTp,i est le SCO
prédit pour le sol i ;
- –. SCOTm,i, est le SCOT
mesuré pour le sol i.
L’EQM varie à la fois avec le biais et la précision de
l’estimation (Wösten et al., 2001 ; Bruand et
al., 2003 ; Schaap, 2004). Pour déterminer indépendamment
ces derniers, nous avons calculé l’erreur moyenne de l’estimation
(EME) et sa déviation standard (DSE) :


L’EME mesure le biais et indique que les stocks sont surestimés
lorsqu’il est positif ou sous-estimés lorsqu’il est négatif.
Nos résultats montrent que le stock de carbone organique dans
les 30 cm supérieurs du sol est beaucoup plus étroitement lié
au stock de carbone de la surface à 100 cm de profondeur
(R2 = 0,868) que ne l’est le stock présent dans les
20 cm supérieurs du sol (R2 = 0,741). La
conséquence en est une différence élevée de qualité de la
prédiction en fonction de l’épaisseur prise en compte. Ainsi, l’EQM
est de 6,4 Mg/ha lorsque l’on utilise le stock présent dans les
20 cm supérieurs alors qu’il n’est que de 1,1 Mg/ha lorsque
l’on utilise le stock présent dans les 30 cm supérieurs. Pour
la même raison, le stock de carbone organique du sol est plus
surestimé lorsque l’on utilise le stock présent dans les 20 cm
supérieurs (EME = 0,3 Mg/ha) qu’il ne l’est lorsque l’on utilise le
stock présent dans les 30 cm supérieurs (EME < 0,1
Mg/ha). Il en va de même pour la précision de la prédiction avec
DSE = 5,1 Mg/ha lorsque l’on utilise le stock présent dans les
20 cm supérieurs et DES = 4,1 Mg/ha lorsque l’on utilise le
stock présent dans les 30 cm supérieurs.
Conclusion
Nos résultats montrent que sous pâturage d’intensité modérée (6
UPR/ha/an), le stock de carbone organique est peu affecté avec 24,3
à 29,3 Mg/ha de carbone organique total contre 31,1 à
42,6 Mg/ha sous végétation naturelle, ces stocks n’étant pas
néanmoins significativement différents (P = 0,95)
sur la base de l’échantillonnage réalisé. Il est possible qu’un
plus grand nombre de situations échantillonnées aurait permis de
mettre en évidence que le stock était effectivement
significativement plus faible sous pâturage modéré que sous
végétation naturelle. En revanche, sous parcours d’intensité élevée
(10 UPR/ha/an), le stock de carbone organique est significativement
plus faible que sous végétation naturelle et n’est plus que de 10,2
à 15,5 Mg/ha. Enfin, dans les milieux arides où il est
particulièrement difficile d’étudier les stocks de carbone en
raison de la charge élevée en éléments grossiers, qui fausse la
mesure de la densité apparente, nos résultats indiquent qu’il est
possible de prédire le stock total du carbone organique des sols à
partir de la seule mesure du stock de carbone dans les 30 premiers
centimètres (R2 = 0,89) avec un biais
inférieur à 0,1 Mg/ha et une précision de 3,6 Mg/ha.
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