ARTICLE
Auteur(s) : Ouahiba
Meddour-SaharOuahiba
Meddour-Sahar, Arezki Derridj
Faculté des sciences biologiques et des sciences
agronomiques Université Mouloud Mammeri Tizi Ouzou BP 17 RP 15 000
Tizi OuzouAlgérie
Dans la wilaya de Tizi Ouzou, les forêts et les espaces naturels
couvrent des surfaces importantes (112 181 hectares, soit
près de 38 % de la surface totale du territoire) et représentent un
enjeu important dans l'aménagement du territoire. Mais la fréquence
et l'étendue des incendies font peser une menace permanente sur le
cadre environnemental et la sécurité publique.
Élaborer une politique de prévention des incendies de forêts ne
peut sérieusement s'envisager sans une connaissance approfondie du
risque. Il convient donc de tenter d'apprécier objectivement
ce dernier au travers des statistiques disponibles pour les
dernières années (feux historiques).
Ainsi, notre objectif est d'évaluer l'aléa incendie, sur la base
des statistiques des feux passés sur une période de 20 ans
(1986-2005), en utilisant deux types de risques, à savoir le risque
fréquentiel (IRF) et le risque moyen annuel ou degré de gravité
(RMA), à l'échelle des communes. Les impacts écologiques des
incendies sont particulièrement importants, si ceux-ci sont
récurrents et s'ils surviennent de plus sur les mêmes lieux et à
peu d'années d'intervalle. Ils entraînent un appauvrissement
progressif et inéluctable des écosystèmes qui n'ont plus le temps
de récupérer entre deux passages successifs du feu. Cette
récurrence du feu est appréciée indirectement par le « risque moyen
annuel », à l'échelle d'une parcelle boisée, d'une forêt ou même de
la surface boisée d'une région administrative (commune, daïra,
wilaya).
Enfin, la restitution des résultats obtenus sous forme de cartes
de risques, susceptibles de mettre en évidence des « secteurs
sensibles », c'est-à-dire à risques d'incendie élevés (ou zones
rouges), peut s'avérer d'un apport appréciable dans l'aide à la
décision pour les gestionnaires des forêts domaniales.
Présentation de la région d'étude
La wilaya de Tizi Ouzou, d'une superficie totale de 295
793 hectares, est localisée au nord de l'Algérie, à 50 km
à l'est d'Alger. Ses limites géographiques sont : au nord, la
mer Méditerranée, avec une façade maritime de 85 km, à l'est, la
wilaya de Bejaia, à l'ouest, la wilaya de Boumerdes et au sud, la
wilaya de Bouira. Elle est située entre les longitudes X1 = 590,5
et X2 = 670 et les latitudes Y1 = 351,45 et Y2 = 402,2 (figure 1). Elle compte
le nombre de communes le plus élevé d'Algérie (soit 67). C'est une
des régions les plus boisées (38 % de taux de boisement) et l'une
des plus montagneuses (83 % de relief présentant une pente > 12
%). C'est enfin une des régions les plus densément peuplées du
pays, soit 441 habitants/km2, avec une population rurale
de 791 031 habitants répartis sur 1 400 villages, situés
à proximité des massifs forestiers, voire souvent enclavés.
Le territoire de la wilaya de Tizi Ouzou est entièrement soumis
aux bioclimats subhumide (47 %) et humide (53 %), dans les
variantes thermiques d'hiver douce et tempérée, comme le montre la
carte bioclimatique établie pour l'Algérie [1]. Cela explique,
compte tenu de la prédominance d'un substrat siliceux (grès
numidiens), l'omniprésence du chêne-liège (Quercus suber), qui
trouve ici son optimum bioclimatique. Les variantes fraîches
et froides, en bioclimat humide, sont à peine représentées en
altitude sur le massif de l'Akfadou et sur celui du Djurdjura.
La variante chaude est présente sur le littoral est de la
wilaya (Azeffoun), comme l'atteste la présence du pin d'Alep (Pinus
halepensis) [2].
D'une manière générale, le climat de Tizi Ouzou reflète bien les
caractéristiques du climat méditerranéen, en l'occurrence la
concentration des pluies durant la période froide, mais peu
rigoureuse de l'année, et la coïncidence de la période sèche, avec
les grandes chaleurs.
Le choix de cette wilaya ne s'est pas fait par hasard, puisque
tous ces indicateurs font que Tizi Ouzou est, à l'échelle
nationale, une des plus touchées par les phénomènes d'altération
environnementale et plus spécialement par les feux de forêts.
Matériel et méthode
Méthode adoptée pour la cartographie du risque
d'incendie
L'évaluation du risque fréquentiel (IRF) et du risque surfacique
(RMA) sera effectuée et restituée sous forme cartographique, à
l'échelle des unités de gestion territoriale, afin de tirer des
enseignements pratiques des feux passés. Ainsi, le repérage par
commune pour les besoins de cartographie du risque d'incendie peut
s'avérer très intéressant. Mais, en l'absence de contour exact du
feu (ce que permet la restitution satellitaire), les possibilités
cartographiques seront évidemment limitées pour le cas qui nous
intéresse. En effet, la carte des limites de communes est un
document administratif que nous avons acquis auprès de la direction
générale des Forêts (DGF). Pour la réalisation de nos cartes de
risques, nous avons fait appel au logiciel Adobe illustrator CS2,
un logiciel de dessin assisté par ordinateur (DAO), qui a permis
grâce à ses diverses options de concevoir nos cartes couleurs avec
une bonne qualité et lisibilité.
Indice de risque fréquentiel
Dans le système actuel de détermination du danger, le risque
d'incendie est défini comme « la fréquence la plus probable
d'incendies sur un territoire donné, lors d'une année », période
habituelle employée en statistique. Elle est déterminée en fonction
des nombres d'incendies répertoriés durant une période
d'observation donnée [3].
L'indice de risque fréquentiel d'incendie sera donc :
où :
Fi = ∑ni / a
Fi est la fréquence annuelle des incendies, ni le
nombre d'incendies par an et a le nombre d'années de la période
d'observation.
Pour évaluer le degré de risque d'incendie, on utilise certaines
classes de fréquence annuelle des incendies de forêts (tableau 1). Néanmoins, nous avons jugé
nécessaire de modifier les valeurs-seuils des classes
proposées initialement [3], qui étaient inutilisables pour nos
données. Dans l'échelle précédente (colonne 1 du tableau 1),
certaines valeurs fréquentielles ne trouvaient nulle part leur
place, par exemple entre 4 et 5, tels que les communes d'Illoula
(4,1), Ifigha (4,1), Ouacif (4,3) et Ait Mahmoud (4,6) ; idem pour
les valeurs comprises entre 10 et 11 pour les communes d'Abi Youcef
(10,2) et Ait Yahia Moussa (10,8).
Par ailleurs, pour mesurer la gravité des incendies en région
méditerranéenne, il est plus exact de ramener la fréquence moyenne
annuelle des feux à la surface forestière totale, plus exactement à
10 000 hectares de terrain boisé [4-6]. Cela semble plus
correct que de se fonder uniquement sur le nombre annuel des
incendies, en occultant la surface boisée. Ce faisant, la
comparaison entre les différentes régions devient plus
objective.
Les comparaisons des nombres de feux entre régions ou pays
doivent être réalisées sur des bases similaires, notamment en se
rapportant toujours à une même unité de référence, par exemple :
nombre de feux et surface brûlée pour 1 000 hectares
de territoire ou nombre de feux et surface brûlée pour 1
000 hectares de forêts [7].
Tableau 1 Le risque d'incendie en fonction
de la fréquence annuelle du feu.
|
Degrés de risque
|
Fréquence annuelle des incendies [3]
|
Fréquence annuelle des incendies valeurs seuils modifiées
[4]
|
|
Très faible
|
< 1
|
≤ 1
|
|
Faible
|
1
|
[1-2]
|
|
Moyen
|
2 – 4
|
[2 – 5]
|
|
Élevé
|
5 – 10
|
[5 – 10]
|
|
Très élevé
|
11 – 20
|
[10 – 20]
|
|
Extrêmement élevé
|
> 20
|
> 20
|
Risque moyen annuel ou degré de gravité
Pour mesurer le degré de gravité des incendies (ou fire severity
index) en région méditerranéenne, il est d'usage d'utiliser le
risque moyen annuel (RMA), exprimé en pourcentage de la surface
boisée brûlée en moyenne chaque année par rapport à la
superficie forestière totale du massif considéré [8, 9] (tableau 2).
Ce risque est donc défini comme étant la probabilité pour qu'une
parcelle boisée soit incendiée en cours d'année, exprimée en pour
cent par la formule suivante :
où :
RMA = SMA × 100/SCM
SMA est la surface moyenne incendiée par an (ha) et SCM la
surface totale du massif forestier (ha).
Par exemple, un RMA de 1 % implique qu'une parcelle boisée
brûlera en moyenne une fois tous les 100 ans et dans un massif
boisé de 100 000 hectares et on peut prévoir qu'en
moyenne 1 000 hectares brûleront chaque année ; par
conséquent, le délai moyen entre deux passages répétés du feu sur
la même parcelle est dans ce cas de 100 ans [8].
Tableau 2 Mesure du risque moyen annuel (RMA)
en région méditerranéenne.
|
Degrés de risque
|
RMA(%)
|
Délai moyen entre 2 incendies (ans)
|
|
Extrêmement faible
|
< 0,25
|
> 400
|
|
Très faible
|
0,25 – 0,5
|
200 – 400
|
|
Faible
|
0,5 – 1
|
100 – 200
|
|
Moyen
|
1 – 2
|
50 – 100
|
|
Élevé
|
2 – 4
|
25 – 50
|
|
Très élevé
|
4 – 8
|
12 – 25
|
|
Exceptionnellement élevé
|
> 8
|
< 12
|
Résultats
Statistiques des incendies de forêt
dans la wilaya de Tizi Ouzou
Pour la période 1986-2005, on dénombre au total
2 685 feux qui ont détruit une superficie forestière
cumulée de 63 617 hectares. Cela correspond à une moyenne
annuelle de 134 feux et 3 181 hectares de surface
brûlée (tableau 3). Globalement, la
tendance est apparemment à la baisse, autant pour la fréquence des
feux que pour la surface incendiée, et laisse entrevoir une
amélioration de la situation. On peut constater effectivement que
la période quinquennale 1996-2000 et, encore plus, celle de
2001-2005, sont nettement plus clémentes, tant au niveau du nombre
de feux que de la surface brûlée. Il faut tout de même se
garder de conclusions hâtives, car la durée d'observation est
courte et rien ne permet d'en déduire qu'une année prochaine ne
sera pas une année critique du type de celles déjà observées par le
passé. Par exemple, le poids d'une année exceptionnelle, comme
1994, dans un bilan est déterminant.
Tableau 3 Évolution quinquennale des nombres
de feux et des superficies parcourues
par le feu dans la wilaya de Tizi Ouzou
(période 1986-2005).
|
Périodes
|
Nombre de feux
|
Superficie brûlée (ha)
|
|
1986-1990
|
984
|
20 467,4
|
|
1991-1995
|
836
|
27 123
|
|
1996-2000
|
592
|
12 232,5
|
|
2001-2005
|
273
|
3 794
|
|
Total
|
2 685
|
63 616,9
|
|
Moyenne annuelle
|
134
|
3 181
|
Évaluation du risque d'incendie à l'échelle
des communes (période 1986-2005)
Taux d'espace boisé par communes
Le taux d'espace boisé (ou taux de boisement) par commune est le
pourcentage de la surface forestière par rapport à la surface
totale de la commune. Ce taux de boisement par communes prend
en compte autant les surfaces forestières que celles des maquis et
des broussailles. À l'échelle de la wilaya étudiée, on observe
ainsi un taux de boisement très variable pour les 67 communes,
puisqu'on distingue 7 classes (figure 2 et tableau 4). En outre, il est de 38 % pour
la wilaya contre 16,4 % pour l'Algérie du Nord.
Globalement, on constate que la très grande majorité des
communes (53 au total) est boisée (taux supérieur à 20 %) et que
29 d'entre elles possèdent un taux d'espace boisé élevé,
oscillant entre 30 et 50 % ! Il est à noter également que
les communes les plus boisées de la wilaya de Tizi Ouzou se
concentrent sur le littoral et toute la partie orientale.
La commune la plus forestière est celle de Yakouren, avec un
taux exceptionnel de 76,31 %. En seconde position, avec un taux
très élevé compris entre 50 et 70 %, on trouve un ensemble de
14 communes, parmi lesquelles figurent Bouzeguene, Béni
Zmenzer, Zekri, Idjeur, Akerrou, Azazga et Mizrana.
Tableau 4 Classement des communes selon
le taux de surface boisée (%).
|
Classes de surface boisée (%)
|
Communes [ nombres ]
|
|
[1-10]
|
Makouda, Boudjima, Ait Aissa Mimoun, Souk El Thenine, Draa Ben
Khedda, Irdjen, Timizart [7]
|
|
[10-20]
|
Tizi Rached, Mechtras, Ouaguenoun, Mâatkas, Fréha, Tigzirt,
Yatafène [7]
|
|
[20-30]
|
Draa El Mizan, Ait Bouadou, Tadmaït, Mekla, Tizi Ghenif, Tizi
N'Tlata, M'Kira, Ouadhia, Tizi Ouzou [9]
|
|
[30-40]
|
Larbâa Nath Irathen, Ait Khellili, Iflissen, Ait Chaffaa,
Frikat, Aghrib, Béni Aissi, Assi Youcef, Souama, Ain El Hammam,
Azeffoun, Boghni, Illoula, Ait Boumahdi [14]
|
|
[40-50]
|
Ait Oumalou, Béni Zekki, Iferhounen, Imessouhal, Agouni Gueghrane,
Akbil, Abi Youcef, Ifigha, Ait Yahia, Ait Agouacha, Ait Touddert,
Ain Zaouïa, Iboudraren, Sidi Naamane, Béni Yenni [15]
|
|
[50-60]
|
Akerrou, Ait Mahmoud, Béni Douala, Tirmitine, Azazga, Mizrana,
Ililethen [7]
|
|
[60-80]
|
Bouzeguene, Béni Zmenzer, Ouacif, Zekri, Idjeur, Bounouh, Ait Yahia
Moussa, Yakouren [8]
|
Indice de risque fréquentiel (IRF)
Cette évaluation du risque d'incendie est établie en fonction de la
moyenne annuelle des feux enregistrés, sur une période
d'observation de 20 ans, dans les communes de la wilaya de
Tizi Ouzou, ramenée à 10 000 hectares de surface boisée (tableau 5).
Pour la période 1986-2005, il ressort de ce classement que
7 communes présentent un risque d'incendie faible (1-2 feux en
moyenne par an) et 17 autres communes, un risque moyen (2-5
feux par an). Mais un groupe important de 31 communes présente
un risque d'incendie élevé à très élevé, correspondant à 5-20
feux en moyenne annuelle par 10 000 hectares de surface
boisée.
Enfin, 11 communes – à savoir Mizrana, Azeffoun, Akerrou,
Aghrib, Tigzirt, Iflissen, Timizart, Makouda, Draa Ben Khedda,
Boudjima et Ait Aissa Mimoun – présentent un risque d'incendie
extrêmement élevé (> 20 feux/an) (figure 3).
Paradoxalement, certaines communes pourtant faiblement boisées
(1-10 %), telles que Makouda, Boudjima, Draa Ben Khedda et Ait
Aissa Mimoun, connaissent un nombre aussi important de départs de
feux que Azeffoun, Aghrib et Iflissen, communes modérément boisées
(30-40 %), et que Tigzirt, Mizrana et Akerrou, communes très
boisées (50-60 %). Toutes ces communes littorales et sublittorales
sont cependant géographiquement voisines. Cet ensemble de
11 communes, qu'il est nécessaire de classer « zone rouge »,
est prioritaire dans les actions de sensibilisation de la
population et doit faire l'objet d'enquêtes socio-économiques sur
le terrain pour mieux cerner les causes des mises à feux répétées.
La connaissance des causes dans ces communes permettra
d'adopter les stratégies de prévention qui conviennent à chacune
d'entre elles.
Tableau 5 Classement des communes en fonction
de l'indice de risque fréquentiel (période 1986-2005).
|
Degrés de risque
|
Fréquence annuelle d'incendie
|
Communes [nombres]
|
|
Très faible
|
≤ 1
|
Ait Bouadou [1]
|
|
Faible
|
[1 – 2]
|
Assi Youcef, Beni Zekki, Ililethen, Tirmitine, Beni Yenni, Agouni
Gueghrane, Tizi N'Tlata [7]
|
|
Moyen
|
[2 – 5]
|
Souama, Béni Douala, Mechtras, Souk El Thenine, Ait Boumahdi, Sidi
Naamane, Ait Touddert, Yatafène, Zekri, Bouzeguene, Imessouhal,
Akbil, Iboudraren, Illoula, Ifigha, Ouacif, Ait Mahmoud [17]
|
|
Élevé
|
[5 – 10]
|
Ait Oumalou, Béni Zmenzer, Mekla, Ain Zaouïa, Maatkas, Iferhounen,
Ait Yahia, Ouadhia, Tizi Ouzou, Béni Aissi, Ait Chaffaa, Bounouh,
Ain El Hammam [13]
|
|
Très élevé
|
[10 – 20]
|
Abi Youcef, Ait Yahia Moussa, Fréha, Yakouren, Boghni, M'Kira,
Larbâa Nath Irathen, Frikat, Azazga, Tadmaït, Ouaguenoun,
Idjeur, Draa El Mizan, Ait Khellili, Irdjen, Tizi Ghenif, Tizi
Rached, Ait Agouacha [18]
|
|
Extrêmement élevé
|
> 20
|
Mizrana, Azeffoun, Akerrou, Draa Ben Khedda, Boudjima, Ait Aissa
Mimoun, Aghrib, Tigzirt, Iflissen, Timizart, Makouda [11]
|
Risque moyen annuel (RMA) ou degré de gravité
du feu
Compte tenu de la surface boisée des différentes communes et des
superficies moyennes brûlées annuellement, nous avons calculé le
RMA (%), afin de hiérarchiser celles-ci (tableau 6) et de faire ressortir des zones de
forte récurrence du feu, prioritaires en matière d'intervention.
Il convient de rappeler que, pour la période étudiée
(1986-2005), le degré de gravité du feu pour l'ensemble de la
wilaya de Tizi Ouzou est d'environ 3 % (« risque élevé »), taux
nettement supérieur à celui du pays qui est en moyenne de l'ordre
de 1 %.
À la lecture du tableau 6, il
ressort que les risques faible, très faible ou extrêmement faible
concernent un ensemble de 31 communes. Un groupe de
28 autres communes présente des risques élevé, très élevé ou
exceptionnellement élevé. Ce sont les communes d'Aghrib,
Akerrou, Iflissen, Béni Zmenzer et Tigzirt,qui sont classées avec
un degré de gravité « exceptionnellement élevé » (RMA > 8 %)
(figure 4).
On constate, qu'à l'exception de Béni Zmenzer, toutes ces communes
sont situées sur le littoral. Elles sont semble-t-il très
convoitées pour les terrains de constructions ou plus souvent comme
terrains de pacage.
Tableau 6 Classement des communes selon
le risque moyen annuel (RMA) (période 1986-2005).
|
Degrés de risque
|
RMA (%)
|
Communes [ nombres ]
|
|
Extrêmement faible
|
< 0,25
|
Ait Bouadou, Assi Youcef, Tirmitine, Souk El Thenine, Agouni
Gueghrane, Béni Douala, Ililethen, Mechtras, Ait Boumahdi, Béni
Zekki, Ouacif, Ait Touddert, Souama, Ait Touddert [14]
|
|
Très faible
|
0,25 – 0,5
|
Sidi Naamane, Fréha, Akbil, Tizi N'Tlata, Ait Mahmoud, Béni Yenni
[6]
|
|
Faible
|
0,5 – 1
|
Iferhounen, Bouzeguene, Tizi Ouzou, Irdjen, Boghni, Abi Youcef, Ait
Oumalou, Imessouhal, M'Kira, Larbaa Nath Irathen, Béni Aissi
[11]
|
|
Moyen
|
1 – 2
|
Bounouh, Tizi Rached, Ouadhia, Ain El Hammam, Ait Yahia Moussa,
Mekla, Mâatkas [7]
|
|
Élevé
|
2 – 4
|
Draa El Mizan, Azazga, Ain Zaouïa, Zekri, Draa Ben Khedda, Tizi
Ghenif, Illoula, Ait Khellili, Ait Agouacha, Ait Aissa Mimoun,
Ifigha, Ait Yahia, Tadmaït, Mizrana, Boudjima, Idjeur [16]
|
|
Très élevé
|
4 – 8
|
Ouaguenoun, Yakouren, Frikat, Azeffoun, Makouda, Ait Chaffaa,
Iboudrarene, Timizart [8]
|
|
Exceptionnellement élevé
|
> 8
|
Aghrib, Akerrou, Iflissen, Béni Zmenzer, Tigzirt [5]
|
Discussion
Les causes des feux de forêts, dont la détermination est difficile
[9], sont attribuables aux origines les plus diverses, mais elles
peuvent être regroupées en catégories bien définies [8, 10]. En
effet, il est d'usage de classer les « causes immédiates » ou
conjoncturelles ayant trait aux activités anthropiques qui, plus ou
moins directement, provoquent des départs d'incendies de forêts
[11], en deux grandes rubriques : les causes connues et les causes
inconnues. Malheureusement dans la wilaya de Tizi Ouzou, 99 % des
causes sont inconnues selon les rapports de l'administration
forestière [4].
De ce fait, pour une tentative d'approche globale et indirecte
de l'action anthropique ou plus exactement anthropozoïque, il peut
s'avérer intéressant, dans les paragraphes qui suivent, de recouper
les données statistiques sur les feux de forêts avec des
informations à caractère socio-économique, telles que le facteur
humain (population rurale) et le facteur animal et pastoral
(densité, structure et répartition du bétail). Il nous paraît
utile d'envisager brièvement ces divers aspects, en plus de celui
des dépôts d'ordures et du réseau routier, pour une meilleure
compréhension des causes d'incendies de forêts dans la wilaya de
Tizi Ouzou.
Milieu humain : densité de la population
et répartition géographique
Le classement des communes de la wilaya de Tizi Ouzou selon
l'effectif de la population rurale montre que la majorité des
communes (30 communes, 44,8 %) affiche une valeur comprise entre 10
000 et 20 000 habitants, 28 communes (41,8 %) ont
une population inférieure à 10 000 habitants, et enfin,
9 communes (13,4 %) abritent entre 20 000 et 40
000 habitants. Deux valeurs maximales sont enregistrées, l'une
à Timizart (32 282) et l'autre à Tizi Ouzou (39 482), ce qui en
fait une commune mixte et non pas urbaine.
Actuellement, la densité de la population rurale de la wilaya de
Tizi Ouzou est en moyenne de 293 hab./km2, alors
qu'à l'échelle de l'Algérie du Nord, elle n'est que de
93 hab./km2 [12]. Comme il s'agit ici d'une
étude forestière, il est intéressant de mettre en évidence le
rapport densité des habitants ruraux/surface boisée, qui paraît
mieux adapté à l'analyse de l'impact de cette population sur
l'espace naturel forestier. Précisons que la population rurale de
la wilaya est en moyenne de 7 habitants par hectare. À titre
comparatif, en Tunisie, une enquête a révélé que
800 000 riverains vivaient aux alentours du domaine
forestier qui couvrait au total 905 000 hectares, soit en
moyenne 1 habitant par hectare [13, 14]. La pression
anthropique actuelle sur les formations forestières de la wilaya de
Tizi Ouzou est donc 7 fois plus élevée. Il en va de même
pour la subéraie de la Mamora au Maroc qui supporte
5 habitants par hectare et où la charge pastorale reste
excessive et incontrôlée [15].
On constate à la lecture du tableau 7 que 6 communes ne disposent en
moyenne que d'un hectare de forêt pour un nombre élevé de
population rurale, soit 33 habitants/ha à Ouaguenoun,
35 à Tizi Rached, 40 à Ait Aissa Mimoun, 41 à
Boudjima, 51,5 à Timizart, 73 à Irdjen, et exceptionnellement
près de 175 résidents/ha à Makouda. Tandis que les communes
les plus forestières (50 à 60 %) offrent 1 hectare pour moins
de 1 à 5 habitants en moyenne, telles que Zekri, Ait
Chaffaa, Yakouren, Bouzeguene, Azazga, Akerrou, Idjeur, Mizrana,
Azeffoun, etc.
Ainsi, il ressort qu'en général ce sont les communes les plus
boisées qui sont les moins densément peuplées, ce qui est somme
toute logique, puisque les populations rurales sont localisées en
périphérie des peuplements forestiers ou parfois enclavées dans des
hameaux (douars) établis dans les grandes clairières.
Tableau 7 Distribution des communes
en fonction des classes de densité
de la population rurale par hectare forestier
(en 2004).
|
Densité hab./ha forestier
|
Communes [nombres]
|
|
[0-5]
|
Beni Yenni, Souk El Thenine, Assi Youcef, Zekri, Ait Chaffaa,
Yakouren, Bouzeguene, Azazga, Akerrou, Idjeur, Tizi N'Tlata,
Mizrana, Aït Bouadou, Beni Zmenzer, Ait Agouacha, Azeffoun,
Iboudrarene, Ifigha, Sidi Naamane [19]
|
|
[5-10]
|
Boghni, Ait Yahia Moussa, Beni Zekki, Beni Douala, Bounouh, Aït
Touddert, Tadmaït, Aghrib, Ililethen, Akbil, Ain Zaouia, Ait
Mahmoud, Iflissen, Agouni Gheghrane, Aït Boumahdi, Illoula,
Imessouhal, Aït Yahia, Ouadhia, Souama, Draa Ben Khedda, Tizi
Ghenif [22]
|
|
[10-20]
|
Ouacif, Mâatkas, Frikat, Tirmitine, Beni Aissi, Abi Youcef,
Iferhounen, Mekla, Tizi Ouzou, Ain El Hammam, Draa El Mizan,
Tigzirt, Yatafene, Freha, Ait Oumalou, Mechtras, Ait Khellili,
M'Kira, Larbâa Nath Irathen [19]
|
|
[20-80]
|
Ouaguenoun, Tizi Rached, Ait Aissa Mimoun, Boudjima, Timizart,
Irdjen [6]
|
Densité et distribution géographique du cheptel
Il convient de relativiser la distribution du troupeau dans les
67 communes de la wilaya en divisant la densité du bétail par
la surface forestière de chaque commune (tableau 8), aussi bien privée que domaniale,
en admettant que ces troupeaux séjournent dans les parcours
forestiers entre 6 et 12 mois, selon les régions et les
types de formations forestières pour leur pâture.
On note qu'une grande majorité de communes (40) dispose d'un
hectare forestier pour moins de 2 têtes de bétail en moyenne.
En fait, avec une surface moyenne forestière de
1 674 hectares par commune, ce sont en moyenne
3 219 têtes de bétail qui y prélèvent leur nourriture.
Cela revient à dire que la charge actuelle du bétail, du moins en
théorie, est de 0,93 ovin/ha, 0,61 bovin/ha et 0,37 caprin/ha, soit
une moyenne de 1,92 bête par hectare forestier. Ce sont donc
28 communes qui dépassent largement cette moyenne (2 à
10 têtes/ha, voire parfois 10 à 16 têtes de bétail
par hectare).
Soulignons que la charge du bétail dans les subéraies de
Kroumirie (Tunisie) était de 0,6 bovin, 0,4 ovin et 1,8 caprin,
soit 2,8 têtes de bétail par hectare forestier [16]. Au Maroc, dans
la subéraie de la Mamora, la charge pastorale actuelle est de 3,8
têtes de bétail (ovins et bovins) [15].
La commune de Makouda ne figure pas sur le tableau 8 eu égard à sa densité hors norme de
48,49 têtes de bétail par hectare forestier ! Cette commune, qui
s'étale sur une superficie totale de 5 743 hectares, ne
dispose que de 145 hectares de forêt, qui en 20 ans ont
connu 157 hectares de surface incendiée (soit 108 %).
L'effectif total du cheptel est de 7 052 têtes de bétail,
ce qui correspond à une densité de 1,23 tête/ha communal.
Pour la sauvegarde de l'équilibre agro-sylvo-pastoral de la
région d'étude, une connaissance des possibilités fourragères de
cette région doit préciser la charge maximale du bétail par hectare
et la charge réelle actuelle. Cela nous amène à souligner l'urgence
de la limitation de la charge dans la zone d'étude, car il est
certain qu'une densité moyenne du bétail (9 ovins,
6 bovins et 4 caprins pour 10 hectares) a entraîné
des conséquences très fâcheuses, comme l'existence d'un pâturage
extensif surtout dans les subéraies, dont l'absence de régénération
est préoccupante, et le recours de plus en plus fréquent aux feux
pastoraux. En Kroumirie, par exemple, on a constaté que dans la
commune forestière d'El Feidja, qui enregistre 59 % des incendies,
le feu essentiellement pastoral est une pratique habituelle [16].
En effet, le surpâturage a pour corollaire l'emploi systématique du
feu, destiné à ouvrir le maquis devenu trop haut, trop fermé et
d'un faible intérêt fourrager. Le troupeau peut alors
consommer les jeunes repousses des arbustes et des herbacées qui
colonisent dans un premier temps le terrain. Mais très vite (1 à
3 ans selon les milieux), les espèces pyrophytiques
recolonisent le milieu, obligeant l'éleveur à brûler de nouveau
pour une amélioration fourragère fugace.
Ainsi s'enclenche le cycle des feux pastoraux, dont la fréquence
n'autorise plus la repousse des espèces ligneuses du maquis
(processus de démaquisation). C'est alors une friche peu productive
qui s'installe obligeant l'éleveur à agrandir sans cesse son
territoire et à s'engager dans une spirale de consommation de
l'espace, qui hypothèque à long terme la reproductibilité des
écosystèmes [17].
Tableau 8 Distribution des communes
en fonction des classes de densité du cheptel :
nombre de têtes par hectare forestier (en 2004).
|
Têtes/ha forestier
|
Communes [nombres]
|
|
[0-1]
|
Ait Yahia Moussa, Ait Mahmoud, Beni Douala, Beni Yenni, Ait
Agouacha, Beni Zmenzer, Idjeur, Akbil, Zekri, Iboudrarene, Sidi
Naamane, Boghni, Bounouh, Beni Aissi [14]
|
|
[1-2]
|
Assi Youcef, Tirmitine, Ain Zaouïa, Larbaa Nath Irathen, Ait Yahia,
Ouacif, Bouzeguene, Ait Touddert, Tizi Ghenif, M'Kira, Tadmaït,
Yakouren, Mizrana, Tizi N'Tlata, Abi Youcef, Ait Chaffaa, Agouni
Gueghrane, Ait Oumalou, Azeffoun, Ait Boumahdi, Ifigha, Frikat,
Yatafène, Ain El Hammam, Azazga, Akerrou [26]
|
|
[2-4]
|
Ouadhia, Souama, Mechtras, Tizi Ouzou, Illoula, Draa El Mizan,
Mekla, Beni Zekki, Ait Khellili, Iflissen, Iferhounen, Aghrib,
Ililethen, Ait Bouadou, Maatkas, Imsouhel, Tigzirt [17]
|
|
[4-10]
|
Irdjen, Souk El Thenine, Draa Ben Khedda, Fréha, Tizi Rached,
Ouaguenoun [6]
|
|
[10-16]
|
Boudjima, Ait Aissa Mimoun, Timizart [3]
|
Réseau routier de la wilaya : densité
et incidence sur les feux de forêts
Le réseau routier de la wilaya est constitué de 574 km de
routes nationales, 652 km de chemins de wilayas et
3 082 km de chemins communaux, soit une longueur totale
de 4 308 km. Ce réseau couvre un linéaire de
3,5 km pour 1 000 habitants et une densité
de 1,5 km de route pour 1 km2 de superficie
(ou 100 hectares). C'est un réseau très dense constitué à 71,5
% de chemins communaux desservant une multitude de villages et
agglomérations en zone de montagne. Ce qui sur le plan du
développement rural et du désenclavement est fort heureux, mais le
problème est que ces chemins et routes passent le plus souvent à
travers des boisements ne comportant, en règle générale, aucune
bande débroussaillée de sécurité (BDS) et encore moins de bande
antimégots, d'où un risque élevé de départ de feu. Les voies
de communication dès qu'elles permettent de franchir la forêt
augmentent rapidement le risque des incendies avec le flux
des populations (riverains, visiteurs, passagers).
Les trois principaux axes routiers sont :
- – la RN 12 : c'est l'axe central de circulation qui
traverse la wilaya d'est en ouest sur une longueur de 80,1 km
(traverse Azazga et Yakouren) ;
- – la RN 30, qui traverse la wilaya d'est en ouest, dans
sa partie méridionale, en passant par Ain Zaouia, Boghni,
Mechtras, Tizi n'Tleta, Ouadhia, Iboudrarene (col de Tizi
n'Kouilal au Djurdjura) ;
- – la RN 24 : c'est l'axe du littoral qui dessert Tigzirt
et Azeffoun et aboutit à Bejaia.
À défaut de données et de statistiques précises à ce sujet, tant
en Algérie qu'au niveau de la wilaya étudiée, notons que la
quasi-totalité des feux démarrent à moins de 50 m d'une route
ou d'une piste [7]. Les départs ont surtout lieu à proximité
des voies carrossables (57 %), contre seulement 28 % en plein
massif [18]. Cinquante pour cent des incendies se déclarent à moins
de 15 m d'une voie carrossable [2, 19]. Dans un bilan sur les
feux de forêts dans l'Hérault (France), on a noté que concernant la
proximité des voies ouvertes à la circulation, les résultats
tendent à confirmer que les axes de pénétration des massifs
forestiers sont des points de départs des feux privilégiés : 70 %
des départs de feu ont lieu en bordures de route, dont seulement 30
% sont situés à plus de 50 m des accès aux véhicules [20].
Ainsi, toutes les études s'accordent à reconnaître que ce risque «
réseau routier » n'est pas seulement potentiel, mais bien tangible
et même très sérieux.
Dans le cas de la wilaya étudiée, la première alerte est donnée
par les brigades mobiles forestières (47,4 %) [3], taux qui révèle
que près de la moitié des feux prennent naissance à côté du réseau
routier ! Cela sans compter le problème des décharges d'ordure,
constamment en fumées, éparpillées le long de toutes les voies
d'accès (figure 5).
Décharge d'ordures dans la wilaya de Tizi Ouzou
et risques de départs d'incendies
Parmi les causes accidentelles, il convient d'attirer l'attention
sur les dépôts d'ordures. De nombreux incendies de forêts ont
en effet pour origine des braises ou des brandons issus des dépôts
d'ordures et des décharges, transportées par le vent ou des
ascendances thermiques ; le plus souvent sans doute, c'est la
fermentation des détritus qui génère l'éclosion du feu et sa
propagation par saut hors de la décharge [21]. Par vent violent,
des papiers enflammés, des débris de carton et même des cagettes
peuvent être emportés sur des distances oscillant entre 10 et
50 m hors de la décharge [22]. Ces dépôts d'ordures sont
cités clairement parmi les origines des incendies de forêts en
Grèce [23], en Tunisie [16, 24, 25] et en France méditerranéenne,
où ils représentent 2,34 % des causes connues [26] et même 7 % en
fonction des périodes [18]. Dans certaines régions de ce dernier
pays, comme l'Ardèche, ce taux est de 4 % des feux pour 6 % des
surfaces incendiées [27], et dans le Languedoc-Roussillon, il peut
atteindre jusqu'à 9 %, voire 12 % localement [8]. La plupart
des feux de dépôts d'ordures dans la nature sont des feux de forêts
en puissance et leur nombre est inquiétant [22].
Les débordements de ces dépôts demeurent les plus
inacceptables des causes de départs d'incendie. C'est en tout cas
une cause de destruction qui pourrait rapidement connaître une
résorption notable pour les décharges autorisées ; le cas des
décharges sauvages est quant à lui plus préoccupant [28].
Ce problème environnemental est de plus en plus, fort
heureusement, pris en considération.
En Algérie, les décharges autorisées et sauvages sont à
l'origine de nombreux feux : 107 feux pour la seule
année 2005 [29]. Tout en étant très important, ce chiffre
reste bien entendu en deçà de la réalité et, fait nouveau, il
n'apparaissait même pas auparavant dans les statistiques
officielles.
Concernant la wilaya de Tizi Ouzou, ce point nous préoccupe
directement, vu son impact croissant dans le phénomène des feux de
forêts. Cette wilaya densément peuplée se caractérise par la
prolifération des décharges sauvages non contrôlées aux abords des
routes, souvent même des nationales. De même, le brûlage des
déchets au niveau des sites de décharges, autorisées ou non, a pris
ces dernières années des proportions alarmantes. En dépit d'un
manque flagrant de statistiques en la matière, ces dépôts
d'ordures, situés aux abords ou en plein massifs forestiers (ou
oliveraies), présentent un risque potentiel élevé de départ de feu,
sans parler des innombrables bouteilles en verre abandonnées
pouvant jouer le rôle de lentille au soleil, même si cette cause
reste controversée.
Dans ce cadre, l'administration forestière de la wilaya de Tizi
Ouzou a procédé à un état des lieux en recensant durant
l'année 2007, rien que sur les principaux axes routiers
traversant les massifs forestiers, à l'exemple des routes
nationales 24, 12, 30, 25, 71 et 15, des chemins de wilayas
159, 251, 128 et 68, des chemins vicinaux et même des pistes
forestières (n° 13, Tacht…), plus d'une trentaine de décharges
sauvages (figure 5).
Ces décharges sauvages concernent pratiquement toutes les
communes de la wilaya, et plus spécialement celles de Tizi Ouzou,
Tadmaït, Azazga, Freha, Yakouren, Tigzirt, Ouadhia, Tizi Ghenif,
Ain Zaouïa, où les dépôts d'ordures jalonnent pratiquement tout
leur réseau routier (par ex. RN 12 de l'hôpital d'Azazga
jusqu'au col de Tegma et RN 30 d'Oued Aissi au pont de
Takhoukht). Les forêts domaniales les plus touchées sont
Boumahni, Moulay Yahia, Tamgout (canton Ait El Addeur), Mizrana
(canton Azroubar), le reboisement industriel de Tigrine et plus
encore la forêt domaniale de Béni Ghobri.
En outre, même loin des axes routiers, il y aurait autant de
décharges sauvages que de villages dans les communes rurales de la
wilaya. La collecte est inexistante et les ordures ménagères
sont jetées carrément dans les ravins et les cours d'eaux [30].
Cette situation est apparemment admise par les populations
riveraines, puisqu'aucune action n'est entreprise pour y mettre
fin. Mais, la « perte de mémoire collective des ravages des
incendies de forêts » est un phénomène bien connu [21].
Conclusion
Tout d'abord, notons que, pour la période 1986 à 2005, les forêts
de la wilaya de Tizi Ouzou sont gravement affectées par les feux.
En effet, on a enregistré au total 2 586 feux et
63 617 hectares de superficie incendiée en 20 ans,
sur l'ensemble du territoire de la wilaya.
Au niveau des communes, 10 d'entre elles sont
particulièrement touchées par les feux (Azazga, Aghrib, Akerrou,
Ait Chaffaa, Azeffoun, Iflissen, Idjeur, Yakouren, Mizrana et
Tigzirt). La pression des incendies est 6 fois plus forte
dans les communes littorales que dans le reste du territoire pris
en compte !
On peut dire que par l'approche statistique descriptive, les «
points noirs », où ont eu lieu les incendies les plus fréquents
sont maintenant bien connus et cartographiés. L'objectif à ce
niveau est donc atteint. Cela permettra d'optimiser l'allocation
des ressources destinées à la lutte contre les feux naissants et,
plus spécifiquement, à un programme adéquat d'actions dans le
domaine de la prévention, dont le but fondamental est de réduire la
fréquence des feux et la superficie incendiée. La prévision du
risque spatial ou temporel est une préoccupation majeure, mais n'en
est qu'à ses débuts tant en Algérie, que dans la wilaya
étudiée.
L'expérience des années 1999, 2000 et même 2007 a bien montré
que ce n'est pas en multipliant les moyens lourds par 10, voire par
100, les pare-feux, les points d'eau, les camions-citernes, que
l'on peut lutter contre ces incendies de grande envergure.
Il faudrait plutôt intervenir sur plusieurs fronts, à savoir
:
- – des prévisions météorologiques fiables, pour prévoir
les situations « explosives » ;
- – le recrutement d'ouvriers occasionnels, sous
l'autorité du président de l'assemblée populaire communale (APC),
responsable légal de la sécurité de sa commune et président du
comité opérationnel de la commune (COC), après une formation
indispensable, qui seront capables d'intervenir sur les feux en
période estivale et de sensibiliser la population et réaliser les
travaux d'entretien en dehors de la campagne incendie ;
- – le recours au « contre-feu », méthode de lutte très
efficace, mais que l'on n'ose pas utiliser. Pourtant, elle est
peut-être la seule capable de maîtriser les grands incendies.
Cependant, cette technique reste totalement empirique, car, comme
tout outil de gestion des feux, elle peut être dangereuse.
Il s'agit donc de l'étudier méthodiquement et de ne la
confier, ensuite, qu'à des spécialistes qualifiés et
expérimentés.
Un autre but majeur de cette étude était d'éclaircir la
problématique socio-économique du feu dans la zone d'étude. Partant
du constat que les variations intercommunales des feux de forêts ne
pouvaient pas s'expliquer au moyen des seuls paramètres
territoriaux, nous avons donc tenté de reconstituer les traits
principaux du contexte socio-économique qui a probablement le plus
influencé les feux à travers l'espace et le temps (effectif de la
population, densité de la population rurale/effectif et densité du
cheptel, sa composition et répartition géographique/activité
apicole/réseau routier public, linéaire et densité/décharges
d'ordures sauvages).
Les origines du feu dépendent directement de l'occupation
humaine et de la gestion sociale et économique de l'espace.
Enfin, il est erroné d'espérer lutter contre les incendies de
forêts, sans une politique d'intégration et de conciliation avec
les populations riveraines et de l'utilisation durable des
ressources naturelles.
Références
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: quelques réflexions. Bull Soc His Nat Afr Nord 1969 ; 59: 23-36.
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Recherches, n ° 26. Zaragoza : IAMZ, 1999.
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dans la wilaya de Tizi Ouzou. Thèse de Magister, INA El Harrach,
Alger, 2008.
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Ouzou. Alger : Bneder, 2004.
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