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Forest fire risk: Assessment and cartography. The case of Tizi Ouzou department, Algeria (period 1986-2005)


Science et changements planétaires / Sécheresse. Volume 21, Number 3, 187-95, juillet-août-septembre 2010, Article de recherche

DOI : 10.1684/sec.2010.0249

Résumé   Summary  

Author(s) : Ouahiba Meddour-Sahar, Arezki Derridj , Faculté des sciences biologiques et des sciences agronomiques Université Mouloud Mammeri Tizi Ouzou BP 17 RP 15 000 Tizi OuzouAlgérie.

Summary : A first source of information on risk linked to forest fires is found in archives which show when, how and where fires occurred. The fire risk is a datum connected to the space, because local factors intervene. Such risk can consequetnly be the subject of cartographic representation. It is only after such a representation has been made that measures to be taken can be envisaged and adapted to each situation. It is in this logic that the authors decided to exploit the statistical results, obtained over the period 1986-2005, for an evaluation of the fire risk at the level of the department (wilaya) of Tizi Ouzou. The originality of the step lies in the fact that the information useful for the study of risk is mapped by transposing it to the first unit of management of the territory, the municipality. The results grant better knowledge of the sensitive sectors which it is necessary to outline and in which efforts and equipment for fighting forest fires must be concentrated.

Keywords : Algeria, cartography, forest fire, forestry, local management

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ARTICLE

Auteur(s) : Ouahiba Meddour-SaharOuahiba Meddour-Sahar, Arezki Derridj

Faculté des sciences biologiques et des sciences agronomiques Université Mouloud Mammeri Tizi Ouzou BP 17 RP 15 000 Tizi OuzouAlgérie

Dans la wilaya de Tizi Ouzou, les forêts et les espaces naturels couvrent des surfaces importantes (112 181 hectares, soit près de 38 % de la surface totale du territoire) et représentent un enjeu important dans l'aménagement du territoire. Mais la fréquence et l'étendue des incendies font peser une menace permanente sur le cadre environnemental et la sécurité publique.

Élaborer une politique de prévention des incendies de forêts ne peut sérieusement s'envisager sans une connaissance approfondie du risque. Il convient donc de tenter d'apprécier objectivement ce dernier au travers des statistiques disponibles pour les dernières années (feux historiques).

Ainsi, notre objectif est d'évaluer l'aléa incendie, sur la base des statistiques des feux passés sur une période de 20 ans (1986-2005), en utilisant deux types de risques, à savoir le risque fréquentiel (IRF) et le risque moyen annuel ou degré de gravité (RMA), à l'échelle des communes. Les impacts écologiques des incendies sont particulièrement importants, si ceux-ci sont récurrents et s'ils surviennent de plus sur les mêmes lieux et à peu d'années d'intervalle. Ils entraînent un appauvrissement progressif et inéluctable des écosystèmes qui n'ont plus le temps de récupérer entre deux passages successifs du feu. Cette récurrence du feu est appréciée indirectement par le « risque moyen annuel », à l'échelle d'une parcelle boisée, d'une forêt ou même de la surface boisée d'une région administrative (commune, daïra, wilaya).

Enfin, la restitution des résultats obtenus sous forme de cartes de risques, susceptibles de mettre en évidence des « secteurs sensibles », c'est-à-dire à risques d'incendie élevés (ou zones rouges), peut s'avérer d'un apport appréciable dans l'aide à la décision pour les gestionnaires des forêts domaniales.

Présentation de la région d'étude

La wilaya de Tizi Ouzou, d'une superficie totale de 295 793 hectares, est localisée au nord de l'Algérie, à 50 km à l'est d'Alger. Ses limites géographiques sont : au nord, la mer Méditerranée, avec une façade maritime de 85 km, à l'est, la wilaya de Bejaia, à l'ouest, la wilaya de Boumerdes et au sud, la wilaya de Bouira. Elle est située entre les longitudes X1 = 590,5 et X2 = 670 et les latitudes Y1 = 351,45 et Y2 = 402,2 (figure 1). Elle compte le nombre de communes le plus élevé d'Algérie (soit 67). C'est une des régions les plus boisées (38 % de taux de boisement) et l'une des plus montagneuses (83 % de relief présentant une pente > 12 %). C'est enfin une des régions les plus densément peuplées du pays, soit 441 habitants/km2, avec une population rurale de 791 031 habitants répartis sur 1 400 villages, situés à proximité des massifs forestiers, voire souvent enclavés.

Le territoire de la wilaya de Tizi Ouzou est entièrement soumis aux bioclimats subhumide (47 %) et humide (53 %), dans les variantes thermiques d'hiver douce et tempérée, comme le montre la carte bioclimatique établie pour l'Algérie [1]. Cela explique, compte tenu de la prédominance d'un substrat siliceux (grès numidiens), l'omniprésence du chêne-liège (Quercus suber), qui trouve ici son optimum bioclimatique. Les variantes fraîches et froides, en bioclimat humide, sont à peine représentées en altitude sur le massif de l'Akfadou et sur celui du Djurdjura. La variante chaude est présente sur le littoral est de la wilaya (Azeffoun), comme l'atteste la présence du pin d'Alep (Pinus halepensis) [2].

D'une manière générale, le climat de Tizi Ouzou reflète bien les caractéristiques du climat méditerranéen, en l'occurrence la concentration des pluies durant la période froide, mais peu rigoureuse de l'année, et la coïncidence de la période sèche, avec les grandes chaleurs.

Le choix de cette wilaya ne s'est pas fait par hasard, puisque tous ces indicateurs font que Tizi Ouzou est, à l'échelle nationale, une des plus touchées par les phénomènes d'altération environnementale et plus spécialement par les feux de forêts.

Matériel et méthode

Méthode adoptée pour la cartographie du risque d'incendie

L'évaluation du risque fréquentiel (IRF) et du risque surfacique (RMA) sera effectuée et restituée sous forme cartographique, à l'échelle des unités de gestion territoriale, afin de tirer des enseignements pratiques des feux passés. Ainsi, le repérage par commune pour les besoins de cartographie du risque d'incendie peut s'avérer très intéressant. Mais, en l'absence de contour exact du feu (ce que permet la restitution satellitaire), les possibilités cartographiques seront évidemment limitées pour le cas qui nous intéresse. En effet, la carte des limites de communes est un document administratif que nous avons acquis auprès de la direction générale des Forêts (DGF). Pour la réalisation de nos cartes de risques, nous avons fait appel au logiciel Adobe illustrator CS2, un logiciel de dessin assisté par ordinateur (DAO), qui a permis grâce à ses diverses options de concevoir nos cartes couleurs avec une bonne qualité et lisibilité.

Indice de risque fréquentiel

Dans le système actuel de détermination du danger, le risque d'incendie est défini comme « la fréquence la plus probable d'incendies sur un territoire donné, lors d'une année », période habituelle employée en statistique. Elle est déterminée en fonction des nombres d'incendies répertoriés durant une période d'observation donnée [3].

L'indice de risque fréquentiel d'incendie sera donc :

où :

Fi = ∑ni / a

Fi est la fréquence annuelle des incendies, ni le nombre d'incendies par an et a le nombre d'années de la période d'observation.

Pour évaluer le degré de risque d'incendie, on utilise certaines classes de fréquence annuelle des incendies de forêts (tableau 1). Néanmoins, nous avons jugé nécessaire de modifier les valeurs-seuils des classes proposées initialement [3], qui étaient inutilisables pour nos données. Dans l'échelle précédente (colonne 1 du tableau 1), certaines valeurs fréquentielles ne trouvaient nulle part leur place, par exemple entre 4 et 5, tels que les communes d'Illoula (4,1), Ifigha (4,1), Ouacif (4,3) et Ait Mahmoud (4,6) ; idem pour les valeurs comprises entre 10 et 11 pour les communes d'Abi Youcef (10,2) et Ait Yahia Moussa (10,8).

Par ailleurs, pour mesurer la gravité des incendies en région méditerranéenne, il est plus exact de ramener la fréquence moyenne annuelle des feux à la surface forestière totale, plus exactement à 10 000 hectares de terrain boisé [4-6]. Cela semble plus correct que de se fonder uniquement sur le nombre annuel des incendies, en occultant la surface boisée. Ce faisant, la comparaison entre les différentes régions devient plus objective.

Les comparaisons des nombres de feux entre régions ou pays doivent être réalisées sur des bases similaires, notamment en se rapportant toujours à une même unité de référence, par exemple : nombre de feux et surface brûlée pour 1 000 hectares de territoire ou nombre de feux et surface brûlée pour 1 000 hectares de forêts [7].

Tableau 1 Le risque d'incendie en fonction de la fréquence annuelle du feu.

Degrés de risque

Fréquence annuelle des incendies [3]

Fréquence annuelle des incendies valeurs seuils modifiées [4]

Très faible

< 1

≤ 1

Faible

1

[1-2]

Moyen

2 – 4

[2 – 5]

Élevé

5 – 10

[5 – 10]

Très élevé

11 – 20

[10 – 20]

Extrêmement élevé

> 20

> 20

Risque moyen annuel ou degré de gravité

Pour mesurer le degré de gravité des incendies (ou fire severity index) en région méditerranéenne, il est d'usage d'utiliser le risque moyen annuel (RMA), exprimé en pourcentage de la surface boisée brûlée en moyenne chaque année par rapport à la superficie forestière totale du massif considéré [8, 9] (tableau 2).

Ce risque est donc défini comme étant la probabilité pour qu'une parcelle boisée soit incendiée en cours d'année, exprimée en pour cent par la formule suivante :

où :

RMA = SMA × 100/SCM

SMA est la surface moyenne incendiée par an (ha) et SCM la surface totale du massif forestier (ha).

Par exemple, un RMA de 1 % implique qu'une parcelle boisée brûlera en moyenne une fois tous les 100 ans et dans un massif boisé de 100 000 hectares et on peut prévoir qu'en moyenne 1 000 hectares brûleront chaque année ; par conséquent, le délai moyen entre deux passages répétés du feu sur la même parcelle est dans ce cas de 100 ans [8].

Tableau 2 Mesure du risque moyen annuel (RMA) en région méditerranéenne.

Degrés de risque

RMA(%)

Délai moyen entre 2 incendies (ans)

Extrêmement faible

< 0,25

> 400

Très faible

0,25 – 0,5

200 – 400

Faible

0,5 – 1

100 – 200

Moyen

1 – 2

50 – 100

Élevé

2 – 4

25 – 50

Très élevé

4 – 8

12 – 25

Exceptionnellement élevé

> 8

< 12

Résultats

Statistiques des incendies de forêt dans la wilaya de Tizi Ouzou

Pour la période 1986-2005, on dénombre au total 2 685 feux qui ont détruit une superficie forestière cumulée de 63 617 hectares. Cela correspond à une moyenne annuelle de 134 feux et 3 181 hectares de surface brûlée (tableau 3). Globalement, la tendance est apparemment à la baisse, autant pour la fréquence des feux que pour la surface incendiée, et laisse entrevoir une amélioration de la situation. On peut constater effectivement que la période quinquennale 1996-2000 et, encore plus, celle de 2001-2005, sont nettement plus clémentes, tant au niveau du nombre de feux que de la surface brûlée. Il faut tout de même se garder de conclusions hâtives, car la durée d'observation est courte et rien ne permet d'en déduire qu'une année prochaine ne sera pas une année critique du type de celles déjà observées par le passé. Par exemple, le poids d'une année exceptionnelle, comme 1994, dans un bilan est déterminant.

Tableau 3 Évolution quinquennale des nombres de feux et des superficies parcourues par le feu dans la wilaya de Tizi Ouzou (période 1986-2005).

Périodes

Nombre de feux

Superficie brûlée (ha)

1986-1990

984

20 467,4

1991-1995

836

27 123

1996-2000

592

12 232,5

2001-2005

273

3 794

Total

2 685

63 616,9

Moyenne annuelle

134

3 181

Évaluation du risque d'incendie à l'échelle des communes (période 1986-2005)

Taux d'espace boisé par communes

Le taux d'espace boisé (ou taux de boisement) par commune est le pourcentage de la surface forestière par rapport à la surface totale de la commune. Ce taux de boisement par communes prend en compte autant les surfaces forestières que celles des maquis et des broussailles. À l'échelle de la wilaya étudiée, on observe ainsi un taux de boisement très variable pour les 67 communes, puisqu'on distingue 7 classes (figure 2 et tableau 4). En outre, il est de 38 % pour la wilaya contre 16,4 % pour l'Algérie du Nord.

Globalement, on constate que la très grande majorité des communes (53 au total) est boisée (taux supérieur à 20 %) et que 29 d'entre elles possèdent un taux d'espace boisé élevé, oscillant entre 30 et 50 % ! Il est à noter également que les communes les plus boisées de la wilaya de Tizi Ouzou se concentrent sur le littoral et toute la partie orientale. La commune la plus forestière est celle de Yakouren, avec un taux exceptionnel de 76,31 %. En seconde position, avec un taux très élevé compris entre 50 et 70 %, on trouve un ensemble de 14 communes, parmi lesquelles figurent Bouzeguene, Béni Zmenzer, Zekri, Idjeur, Akerrou, Azazga et Mizrana.

Tableau 4 Classement des communes selon le taux de surface boisée (%).

Classes de surface boisée (%)

Communes [ nombres ]

[1-10]

Makouda, Boudjima, Ait Aissa Mimoun, Souk El Thenine, Draa Ben Khedda, Irdjen, Timizart [7]

[10-20]

Tizi Rached, Mechtras, Ouaguenoun, Mâatkas, Fréha, Tigzirt, Yatafène [7]

[20-30]

Draa El Mizan, Ait Bouadou, Tadmaït, Mekla, Tizi Ghenif, Tizi N'Tlata, M'Kira, Ouadhia, Tizi Ouzou [9]

[30-40]

Larbâa Nath Irathen, Ait Khellili, Iflissen, Ait Chaffaa, Frikat, Aghrib, Béni Aissi, Assi Youcef, Souama, Ain El Hammam, Azeffoun, Boghni, Illoula, Ait Boumahdi [14]

[40-50]

Ait Oumalou, Béni Zekki, Iferhounen, Imessouhal, Agouni Gueghrane, Akbil, Abi Youcef, Ifigha, Ait Yahia, Ait Agouacha, Ait Touddert, Ain Zaouïa, Iboudraren, Sidi Naamane, Béni Yenni [15]

[50-60]

Akerrou, Ait Mahmoud, Béni Douala, Tirmitine, Azazga, Mizrana, Ililethen [7]

[60-80]

Bouzeguene, Béni Zmenzer, Ouacif, Zekri, Idjeur, Bounouh, Ait Yahia Moussa, Yakouren [8]

Indice de risque fréquentiel (IRF)

Cette évaluation du risque d'incendie est établie en fonction de la moyenne annuelle des feux enregistrés, sur une période d'observation de 20 ans, dans les communes de la wilaya de Tizi Ouzou, ramenée à 10 000 hectares de surface boisée (tableau 5).

Pour la période 1986-2005, il ressort de ce classement que 7 communes présentent un risque d'incendie faible (1-2 feux en moyenne par an) et 17 autres communes, un risque moyen (2-5 feux par an). Mais un groupe important de 31 communes présente un risque d'incendie élevé à très élevé, correspondant à 5-20 feux en moyenne annuelle par 10 000 hectares de surface boisée.

Enfin, 11 communes – à savoir Mizrana, Azeffoun, Akerrou, Aghrib, Tigzirt, Iflissen, Timizart, Makouda, Draa Ben Khedda, Boudjima et Ait Aissa Mimoun – présentent un risque d'incendie extrêmement élevé (> 20 feux/an) (figure 3).

Paradoxalement, certaines communes pourtant faiblement boisées (1-10 %), telles que Makouda, Boudjima, Draa Ben Khedda et Ait Aissa Mimoun, connaissent un nombre aussi important de départs de feux que Azeffoun, Aghrib et Iflissen, communes modérément boisées (30-40 %), et que Tigzirt, Mizrana et Akerrou, communes très boisées (50-60 %). Toutes ces communes littorales et sublittorales sont cependant géographiquement voisines. Cet ensemble de 11 communes, qu'il est nécessaire de classer « zone rouge », est prioritaire dans les actions de sensibilisation de la population et doit faire l'objet d'enquêtes socio-économiques sur le terrain pour mieux cerner les causes des mises à feux répétées. La connaissance des causes dans ces communes permettra d'adopter les stratégies de prévention qui conviennent à chacune d'entre elles.

Tableau 5 Classement des communes en fonction de l'indice de risque fréquentiel (période 1986-2005).

Degrés de risque

Fréquence annuelle d'incendie

Communes [nombres]

Très faible

≤ 1

Ait Bouadou [1]

Faible

[1 – 2]

Assi Youcef, Beni Zekki, Ililethen, Tirmitine, Beni Yenni, Agouni Gueghrane, Tizi N'Tlata [7]

Moyen

[2 – 5]

Souama, Béni Douala, Mechtras, Souk El Thenine, Ait Boumahdi, Sidi Naamane, Ait Touddert, Yatafène, Zekri, Bouzeguene, Imessouhal, Akbil, Iboudraren, Illoula, Ifigha, Ouacif, Ait Mahmoud [17]

Élevé

[5 – 10]

Ait Oumalou, Béni Zmenzer, Mekla, Ain Zaouïa, Maatkas, Iferhounen, Ait Yahia, Ouadhia, Tizi Ouzou, Béni Aissi, Ait Chaffaa, Bounouh, Ain El Hammam [13]

Très élevé

[10 – 20]

Abi Youcef, Ait Yahia Moussa, Fréha, Yakouren, Boghni, M'Kira, Larbâa Nath Irathen, Frikat, Azazga, Tadmaït, Ouaguenoun, Idjeur, Draa El Mizan, Ait Khellili, Irdjen, Tizi Ghenif, Tizi Rached, Ait Agouacha [18]

Extrêmement élevé

> 20

Mizrana, Azeffoun, Akerrou, Draa Ben Khedda, Boudjima, Ait Aissa Mimoun, Aghrib, Tigzirt, Iflissen, Timizart, Makouda [11]

Risque moyen annuel (RMA) ou degré de gravité du feu

Compte tenu de la surface boisée des différentes communes et des superficies moyennes brûlées annuellement, nous avons calculé le RMA (%), afin de hiérarchiser celles-ci (tableau 6) et de faire ressortir des zones de forte récurrence du feu, prioritaires en matière d'intervention. Il convient de rappeler que, pour la période étudiée (1986-2005), le degré de gravité du feu pour l'ensemble de la wilaya de Tizi Ouzou est d'environ 3 % (« risque élevé »), taux nettement supérieur à celui du pays qui est en moyenne de l'ordre de 1 %.

À la lecture du tableau 6, il ressort que les risques faible, très faible ou extrêmement faible concernent un ensemble de 31 communes. Un groupe de 28 autres communes présente des risques élevé, très élevé ou exceptionnellement élevé. Ce sont les communes d'Aghrib, Akerrou, Iflissen, Béni Zmenzer et Tigzirt,qui sont classées avec un degré de gravité « exceptionnellement élevé » (RMA > 8 %) (figure 4). On constate, qu'à l'exception de Béni Zmenzer, toutes ces communes sont situées sur le littoral. Elles sont semble-t-il très convoitées pour les terrains de constructions ou plus souvent comme terrains de pacage.

Tableau 6 Classement des communes selon le risque moyen annuel (RMA) (période 1986-2005).

Degrés de risque

RMA (%)

Communes [ nombres ]

Extrêmement faible

< 0,25

Ait Bouadou, Assi Youcef, Tirmitine, Souk El Thenine, Agouni Gueghrane, Béni Douala, Ililethen, Mechtras, Ait Boumahdi, Béni Zekki, Ouacif, Ait Touddert, Souama, Ait Touddert [14]

Très faible

0,25 – 0,5

Sidi Naamane, Fréha, Akbil, Tizi N'Tlata, Ait Mahmoud, Béni Yenni [6]

Faible

0,5 – 1

Iferhounen, Bouzeguene, Tizi Ouzou, Irdjen, Boghni, Abi Youcef, Ait Oumalou, Imessouhal, M'Kira, Larbaa Nath Irathen, Béni Aissi [11]

Moyen

1 – 2

Bounouh, Tizi Rached, Ouadhia, Ain El Hammam, Ait Yahia Moussa, Mekla, Mâatkas [7]

Élevé

2 – 4

Draa El Mizan, Azazga, Ain Zaouïa, Zekri, Draa Ben Khedda, Tizi Ghenif, Illoula, Ait Khellili, Ait Agouacha, Ait Aissa Mimoun, Ifigha, Ait Yahia, Tadmaït, Mizrana, Boudjima, Idjeur [16]

Très élevé

4 – 8

Ouaguenoun, Yakouren, Frikat, Azeffoun, Makouda, Ait Chaffaa, Iboudrarene, Timizart [8]

Exceptionnellement élevé

> 8

Aghrib, Akerrou, Iflissen, Béni Zmenzer, Tigzirt [5]

Discussion

Les causes des feux de forêts, dont la détermination est difficile [9], sont attribuables aux origines les plus diverses, mais elles peuvent être regroupées en catégories bien définies [8, 10]. En effet, il est d'usage de classer les « causes immédiates » ou conjoncturelles ayant trait aux activités anthropiques qui, plus ou moins directement, provoquent des départs d'incendies de forêts [11], en deux grandes rubriques : les causes connues et les causes inconnues. Malheureusement dans la wilaya de Tizi Ouzou, 99 % des causes sont inconnues selon les rapports de l'administration forestière [4].

De ce fait, pour une tentative d'approche globale et indirecte de l'action anthropique ou plus exactement anthropozoïque, il peut s'avérer intéressant, dans les paragraphes qui suivent, de recouper les données statistiques sur les feux de forêts avec des informations à caractère socio-économique, telles que le facteur humain (population rurale) et le facteur animal et pastoral (densité, structure et répartition du bétail). Il nous paraît utile d'envisager brièvement ces divers aspects, en plus de celui des dépôts d'ordures et du réseau routier, pour une meilleure compréhension des causes d'incendies de forêts dans la wilaya de Tizi Ouzou.

Milieu humain : densité de la population et répartition géographique

Le classement des communes de la wilaya de Tizi Ouzou selon l'effectif de la population rurale montre que la majorité des communes (30 communes, 44,8 %) affiche une valeur comprise entre 10 000 et 20 000 habitants, 28 communes (41,8 %) ont une population inférieure à 10 000 habitants, et enfin, 9 communes (13,4 %) abritent entre 20 000 et 40 000 habitants. Deux valeurs maximales sont enregistrées, l'une à Timizart (32 282) et l'autre à Tizi Ouzou (39 482), ce qui en fait une commune mixte et non pas urbaine.

Actuellement, la densité de la population rurale de la wilaya de Tizi Ouzou est en moyenne de 293 hab./km2, alors qu'à l'échelle de l'Algérie du Nord, elle n'est que de 93 hab./km2 [12]. Comme il s'agit ici d'une étude forestière, il est intéressant de mettre en évidence le rapport densité des habitants ruraux/surface boisée, qui paraît mieux adapté à l'analyse de l'impact de cette population sur l'espace naturel forestier. Précisons que la population rurale de la wilaya est en moyenne de 7 habitants par hectare. À titre comparatif, en Tunisie, une enquête a révélé que 800 000 riverains vivaient aux alentours du domaine forestier qui couvrait au total 905 000 hectares, soit en moyenne 1 habitant par hectare [13, 14]. La pression anthropique actuelle sur les formations forestières de la wilaya de Tizi Ouzou est donc 7 fois plus élevée. Il en va de même pour la subéraie de la Mamora au Maroc qui supporte 5 habitants par hectare et où la charge pastorale reste excessive et incontrôlée [15].

On constate à la lecture du tableau 7 que 6 communes ne disposent en moyenne que d'un hectare de forêt pour un nombre élevé de population rurale, soit 33 habitants/ha à Ouaguenoun, 35 à Tizi Rached, 40 à Ait Aissa Mimoun, 41 à Boudjima, 51,5 à Timizart, 73 à Irdjen, et exceptionnellement près de 175 résidents/ha à Makouda. Tandis que les communes les plus forestières (50 à 60 %) offrent 1 hectare pour moins de 1 à 5 habitants en moyenne, telles que Zekri, Ait Chaffaa, Yakouren, Bouzeguene, Azazga, Akerrou, Idjeur, Mizrana, Azeffoun, etc.

Ainsi, il ressort qu'en général ce sont les communes les plus boisées qui sont les moins densément peuplées, ce qui est somme toute logique, puisque les populations rurales sont localisées en périphérie des peuplements forestiers ou parfois enclavées dans des hameaux (douars) établis dans les grandes clairières.

Tableau 7 Distribution des communes en fonction des classes de densité de la population rurale par hectare forestier (en 2004).

Densité hab./ha forestier

Communes [nombres]

[0-5]

Beni Yenni, Souk El Thenine, Assi Youcef, Zekri, Ait Chaffaa, Yakouren, Bouzeguene, Azazga, Akerrou, Idjeur, Tizi N'Tlata, Mizrana, Aït Bouadou, Beni Zmenzer, Ait Agouacha, Azeffoun, Iboudrarene, Ifigha, Sidi Naamane [19]

[5-10]

Boghni, Ait Yahia Moussa, Beni Zekki, Beni Douala, Bounouh, Aït Touddert, Tadmaït, Aghrib, Ililethen, Akbil, Ain Zaouia, Ait Mahmoud, Iflissen, Agouni Gheghrane, Aït Boumahdi, Illoula, Imessouhal, Aït Yahia, Ouadhia, Souama, Draa Ben Khedda, Tizi Ghenif [22]

[10-20]

Ouacif, Mâatkas, Frikat, Tirmitine, Beni Aissi, Abi Youcef, Iferhounen, Mekla, Tizi Ouzou, Ain El Hammam, Draa El Mizan, Tigzirt, Yatafene, Freha, Ait Oumalou, Mechtras, Ait Khellili, M'Kira, Larbâa Nath Irathen [19]

[20-80]

Ouaguenoun, Tizi Rached, Ait Aissa Mimoun, Boudjima, Timizart, Irdjen [6]

Densité et distribution géographique du cheptel

Il convient de relativiser la distribution du troupeau dans les 67 communes de la wilaya en divisant la densité du bétail par la surface forestière de chaque commune (tableau 8), aussi bien privée que domaniale, en admettant que ces troupeaux séjournent dans les parcours forestiers entre 6 et 12 mois, selon les régions et les types de formations forestières pour leur pâture.

On note qu'une grande majorité de communes (40) dispose d'un hectare forestier pour moins de 2 têtes de bétail en moyenne. En fait, avec une surface moyenne forestière de 1 674 hectares par commune, ce sont en moyenne 3 219 têtes de bétail qui y prélèvent leur nourriture. Cela revient à dire que la charge actuelle du bétail, du moins en théorie, est de 0,93 ovin/ha, 0,61 bovin/ha et 0,37 caprin/ha, soit une moyenne de 1,92 bête par hectare forestier. Ce sont donc 28 communes qui dépassent largement cette moyenne (2 à 10 têtes/ha, voire parfois 10 à 16 têtes de bétail par hectare).

Soulignons que la charge du bétail dans les subéraies de Kroumirie (Tunisie) était de 0,6 bovin, 0,4 ovin et 1,8 caprin, soit 2,8 têtes de bétail par hectare forestier [16]. Au Maroc, dans la subéraie de la Mamora, la charge pastorale actuelle est de 3,8 têtes de bétail (ovins et bovins) [15].

La commune de Makouda ne figure pas sur le tableau 8 eu égard à sa densité hors norme de 48,49 têtes de bétail par hectare forestier ! Cette commune, qui s'étale sur une superficie totale de 5 743 hectares, ne dispose que de 145 hectares de forêt, qui en 20 ans ont connu 157 hectares de surface incendiée (soit 108 %). L'effectif total du cheptel est de 7 052 têtes de bétail, ce qui correspond à une densité de 1,23 tête/ha communal.

Pour la sauvegarde de l'équilibre agro-sylvo-pastoral de la région d'étude, une connaissance des possibilités fourragères de cette région doit préciser la charge maximale du bétail par hectare et la charge réelle actuelle. Cela nous amène à souligner l'urgence de la limitation de la charge dans la zone d'étude, car il est certain qu'une densité moyenne du bétail (9 ovins, 6 bovins et 4 caprins pour 10 hectares) a entraîné des conséquences très fâcheuses, comme l'existence d'un pâturage extensif surtout dans les subéraies, dont l'absence de régénération est préoccupante, et le recours de plus en plus fréquent aux feux pastoraux. En Kroumirie, par exemple, on a constaté que dans la commune forestière d'El Feidja, qui enregistre 59 % des incendies, le feu essentiellement pastoral est une pratique habituelle [16]. En effet, le surpâturage a pour corollaire l'emploi systématique du feu, destiné à ouvrir le maquis devenu trop haut, trop fermé et d'un faible intérêt fourrager. Le troupeau peut alors consommer les jeunes repousses des arbustes et des herbacées qui colonisent dans un premier temps le terrain. Mais très vite (1 à 3 ans selon les milieux), les espèces pyrophytiques recolonisent le milieu, obligeant l'éleveur à brûler de nouveau pour une amélioration fourragère fugace.

Ainsi s'enclenche le cycle des feux pastoraux, dont la fréquence n'autorise plus la repousse des espèces ligneuses du maquis (processus de démaquisation). C'est alors une friche peu productive qui s'installe obligeant l'éleveur à agrandir sans cesse son territoire et à s'engager dans une spirale de consommation de l'espace, qui hypothèque à long terme la reproductibilité des écosystèmes [17].

Tableau 8 Distribution des communes en fonction des classes de densité du cheptel : nombre de têtes par hectare forestier (en 2004).

Têtes/ha forestier

Communes [nombres]

[0-1]

Ait Yahia Moussa, Ait Mahmoud, Beni Douala, Beni Yenni, Ait Agouacha, Beni Zmenzer, Idjeur, Akbil, Zekri, Iboudrarene, Sidi Naamane, Boghni, Bounouh, Beni Aissi [14]

[1-2]

Assi Youcef, Tirmitine, Ain Zaouïa, Larbaa Nath Irathen, Ait Yahia, Ouacif, Bouzeguene, Ait Touddert, Tizi Ghenif, M'Kira, Tadmaït, Yakouren, Mizrana, Tizi N'Tlata, Abi Youcef, Ait Chaffaa, Agouni Gueghrane, Ait Oumalou, Azeffoun, Ait Boumahdi, Ifigha, Frikat, Yatafène, Ain El Hammam, Azazga, Akerrou [26]

[2-4]

Ouadhia, Souama, Mechtras, Tizi Ouzou, Illoula, Draa El Mizan, Mekla, Beni Zekki, Ait Khellili, Iflissen, Iferhounen, Aghrib, Ililethen, Ait Bouadou, Maatkas, Imsouhel, Tigzirt [17]

[4-10]

Irdjen, Souk El Thenine, Draa Ben Khedda, Fréha, Tizi Rached, Ouaguenoun [6]

[10-16]

Boudjima, Ait Aissa Mimoun, Timizart [3]

Réseau routier de la wilaya : densité et incidence sur les feux de forêts

Le réseau routier de la wilaya est constitué de 574 km de routes nationales, 652 km de chemins de wilayas et 3 082 km de chemins communaux, soit une longueur totale de 4 308 km. Ce réseau couvre un linéaire de 3,5 km pour 1 000 habitants et une densité de 1,5 km de route pour 1 km2 de superficie (ou 100 hectares). C'est un réseau très dense constitué à 71,5 % de chemins communaux desservant une multitude de villages et agglomérations en zone de montagne. Ce qui sur le plan du développement rural et du désenclavement est fort heureux, mais le problème est que ces chemins et routes passent le plus souvent à travers des boisements ne comportant, en règle générale, aucune bande débroussaillée de sécurité (BDS) et encore moins de bande antimégots, d'où un risque élevé de départ de feu. Les voies de communication dès qu'elles permettent de franchir la forêt augmentent rapidement le risque des incendies avec le flux des populations (riverains, visiteurs, passagers).

Les trois principaux axes routiers sont :

  • la RN 12 : c'est l'axe central de circulation qui traverse la wilaya d'est en ouest sur une longueur de 80,1 km (traverse Azazga et Yakouren) ;
  • la RN 30, qui traverse la wilaya d'est en ouest, dans sa partie méridionale, en passant par Ain Zaouia, Boghni, Mechtras, Tizi n'Tleta, Ouadhia, Iboudrarene (col de Tizi n'Kouilal au Djurdjura) ;
  • la RN 24 : c'est l'axe du littoral qui dessert Tigzirt et Azeffoun et aboutit à Bejaia.

À défaut de données et de statistiques précises à ce sujet, tant en Algérie qu'au niveau de la wilaya étudiée, notons que la quasi-totalité des feux démarrent à moins de 50 m d'une route ou d'une piste [7]. Les départs ont surtout lieu à proximité des voies carrossables (57 %), contre seulement 28 % en plein massif [18]. Cinquante pour cent des incendies se déclarent à moins de 15 m d'une voie carrossable [2, 19]. Dans un bilan sur les feux de forêts dans l'Hérault (France), on a noté que concernant la proximité des voies ouvertes à la circulation, les résultats tendent à confirmer que les axes de pénétration des massifs forestiers sont des points de départs des feux privilégiés : 70 % des départs de feu ont lieu en bordures de route, dont seulement 30 % sont situés à plus de 50 m des accès aux véhicules [20]. Ainsi, toutes les études s'accordent à reconnaître que ce risque « réseau routier » n'est pas seulement potentiel, mais bien tangible et même très sérieux.

Dans le cas de la wilaya étudiée, la première alerte est donnée par les brigades mobiles forestières (47,4 %) [3], taux qui révèle que près de la moitié des feux prennent naissance à côté du réseau routier ! Cela sans compter le problème des décharges d'ordure, constamment en fumées, éparpillées le long de toutes les voies d'accès (figure 5).

Décharge d'ordures dans la wilaya de Tizi Ouzou et risques de départs d'incendies

Parmi les causes accidentelles, il convient d'attirer l'attention sur les dépôts d'ordures. De nombreux incendies de forêts ont en effet pour origine des braises ou des brandons issus des dépôts d'ordures et des décharges, transportées par le vent ou des ascendances thermiques ; le plus souvent sans doute, c'est la fermentation des détritus qui génère l'éclosion du feu et sa propagation par saut hors de la décharge [21]. Par vent violent, des papiers enflammés, des débris de carton et même des cagettes peuvent être emportés sur des distances oscillant entre 10 et 50 m hors de la décharge [22]. Ces dépôts d'ordures sont cités clairement parmi les origines des incendies de forêts en Grèce [23], en Tunisie [16, 24, 25] et en France méditerranéenne, où ils représentent 2,34 % des causes connues [26] et même 7 % en fonction des périodes [18]. Dans certaines régions de ce dernier pays, comme l'Ardèche, ce taux est de 4 % des feux pour 6 % des surfaces incendiées [27], et dans le Languedoc-Roussillon, il peut atteindre jusqu'à 9 %, voire 12 % localement [8]. La plupart des feux de dépôts d'ordures dans la nature sont des feux de forêts en puissance et leur nombre est inquiétant [22]. Les débordements de ces dépôts demeurent les plus inacceptables des causes de départs d'incendie. C'est en tout cas une cause de destruction qui pourrait rapidement connaître une résorption notable pour les décharges autorisées ; le cas des décharges sauvages est quant à lui plus préoccupant [28]. Ce problème environnemental est de plus en plus, fort heureusement, pris en considération.

En Algérie, les décharges autorisées et sauvages sont à l'origine de nombreux feux : 107 feux pour la seule année 2005 [29]. Tout en étant très important, ce chiffre reste bien entendu en deçà de la réalité et, fait nouveau, il n'apparaissait même pas auparavant dans les statistiques officielles.

Concernant la wilaya de Tizi Ouzou, ce point nous préoccupe directement, vu son impact croissant dans le phénomène des feux de forêts. Cette wilaya densément peuplée se caractérise par la prolifération des décharges sauvages non contrôlées aux abords des routes, souvent même des nationales. De même, le brûlage des déchets au niveau des sites de décharges, autorisées ou non, a pris ces dernières années des proportions alarmantes. En dépit d'un manque flagrant de statistiques en la matière, ces dépôts d'ordures, situés aux abords ou en plein massifs forestiers (ou oliveraies), présentent un risque potentiel élevé de départ de feu, sans parler des innombrables bouteilles en verre abandonnées pouvant jouer le rôle de lentille au soleil, même si cette cause reste controversée.

Dans ce cadre, l'administration forestière de la wilaya de Tizi Ouzou a procédé à un état des lieux en recensant durant l'année 2007, rien que sur les principaux axes routiers traversant les massifs forestiers, à l'exemple des routes nationales 24, 12, 30, 25, 71 et 15, des chemins de wilayas 159, 251, 128 et 68, des chemins vicinaux et même des pistes forestières (n° 13, Tacht…), plus d'une trentaine de décharges sauvages (figure 5).

Ces décharges sauvages concernent pratiquement toutes les communes de la wilaya, et plus spécialement celles de Tizi Ouzou, Tadmaït, Azazga, Freha, Yakouren, Tigzirt, Ouadhia, Tizi Ghenif, Ain Zaouïa, où les dépôts d'ordures jalonnent pratiquement tout leur réseau routier (par ex. RN 12 de l'hôpital d'Azazga jusqu'au col de Tegma et RN 30 d'Oued Aissi au pont de Takhoukht). Les forêts domaniales les plus touchées sont Boumahni, Moulay Yahia, Tamgout (canton Ait El Addeur), Mizrana (canton Azroubar), le reboisement industriel de Tigrine et plus encore la forêt domaniale de Béni Ghobri.

En outre, même loin des axes routiers, il y aurait autant de décharges sauvages que de villages dans les communes rurales de la wilaya. La collecte est inexistante et les ordures ménagères sont jetées carrément dans les ravins et les cours d'eaux [30].

Cette situation est apparemment admise par les populations riveraines, puisqu'aucune action n'est entreprise pour y mettre fin. Mais, la « perte de mémoire collective des ravages des incendies de forêts » est un phénomène bien connu [21].

Conclusion

Tout d'abord, notons que, pour la période 1986 à 2005, les forêts de la wilaya de Tizi Ouzou sont gravement affectées par les feux. En effet, on a enregistré au total 2 586 feux et 63 617 hectares de superficie incendiée en 20 ans, sur l'ensemble du territoire de la wilaya.

Au niveau des communes, 10 d'entre elles sont particulièrement touchées par les feux (Azazga, Aghrib, Akerrou, Ait Chaffaa, Azeffoun, Iflissen, Idjeur, Yakouren, Mizrana et Tigzirt). La pression des incendies est 6 fois plus forte dans les communes littorales que dans le reste du territoire pris en compte !

On peut dire que par l'approche statistique descriptive, les « points noirs », où ont eu lieu les incendies les plus fréquents sont maintenant bien connus et cartographiés. L'objectif à ce niveau est donc atteint. Cela permettra d'optimiser l'allocation des ressources destinées à la lutte contre les feux naissants et, plus spécifiquement, à un programme adéquat d'actions dans le domaine de la prévention, dont le but fondamental est de réduire la fréquence des feux et la superficie incendiée. La prévision du risque spatial ou temporel est une préoccupation majeure, mais n'en est qu'à ses débuts tant en Algérie, que dans la wilaya étudiée.

L'expérience des années 1999, 2000 et même 2007 a bien montré que ce n'est pas en multipliant les moyens lourds par 10, voire par 100, les pare-feux, les points d'eau, les camions-citernes, que l'on peut lutter contre ces incendies de grande envergure. Il faudrait plutôt intervenir sur plusieurs fronts, à savoir :

  • des prévisions météorologiques fiables, pour prévoir les situations « explosives » ;
  • le recrutement d'ouvriers occasionnels, sous l'autorité du président de l'assemblée populaire communale (APC), responsable légal de la sécurité de sa commune et président du comité opérationnel de la commune (COC), après une formation indispensable, qui seront capables d'intervenir sur les feux en période estivale et de sensibiliser la population et réaliser les travaux d'entretien en dehors de la campagne incendie ;
  • le recours au « contre-feu », méthode de lutte très efficace, mais que l'on n'ose pas utiliser. Pourtant, elle est peut-être la seule capable de maîtriser les grands incendies. Cependant, cette technique reste totalement empirique, car, comme tout outil de gestion des feux, elle peut être dangereuse. Il s'agit donc de l'étudier méthodiquement et de ne la confier, ensuite, qu'à des spécialistes qualifiés et expérimentés.

Un autre but majeur de cette étude était d'éclaircir la problématique socio-économique du feu dans la zone d'étude. Partant du constat que les variations intercommunales des feux de forêts ne pouvaient pas s'expliquer au moyen des seuls paramètres territoriaux, nous avons donc tenté de reconstituer les traits principaux du contexte socio-économique qui a probablement le plus influencé les feux à travers l'espace et le temps (effectif de la population, densité de la population rurale/effectif et densité du cheptel, sa composition et répartition géographique/activité apicole/réseau routier public, linéaire et densité/décharges d'ordures sauvages).

Les origines du feu dépendent directement de l'occupation humaine et de la gestion sociale et économique de l'espace.

Enfin, il est erroné d'espérer lutter contre les incendies de forêts, sans une politique d'intégration et de conciliation avec les populations riveraines et de l'utilisation durable des ressources naturelles.

Références

1 Stewart Ph. Quotient pluviothermique et dégradation biosphèrique : quelques réflexions. Bull Soc His Nat Afr Nord 1969 ; 59: 23-36.

2 Bureau National des Etudes du Développement Rural (Bneder). Étude d'un programme intégré pour la wilaya de Tizi Ouzou. Alger : Bneder, 1990.

3 Velez R. Protection contre les incendies de forêt : principes et méthodes d'action. Options Méditerranéennes, Série B : Études et Recherches, n ° 26. Zaragoza : IAMZ, 1999.

4 Meddour-Sahar O. Contribution à l'étude des feux de forêts en Algérie : approche statistique exploratoire et socio-économique dans la wilaya de Tizi Ouzou. Thèse de Magister, INA El Harrach, Alger, 2008.

5 Angelidis A. La politique de l'Union Européenne concernant la protection des forêts contre les incendies. In : Zaragoza IAM, ed. La protection contre les incendies de forêt. Montpellier ; Zaragoza ; Madrid ; Rome : CIHEAM ; IAMZ ; ICONA ; FAO, 1994.

6 Dimitrakopoulos AP, Mitsopoulos ID. Global forest resources assessment 2005. Report on fires in the Mediterranean Region. Working paper FM/8/E, Forestry Department. FAO : Rome, 2006.

7 Chevrou R. Quelques précautions à prendre en cas d'analyse statistique. Options Méditerranéennes, Série A. Séminaires Méditerranéens, n° 25. Montpellier : CIHEAM, 1995.

8 De Montgolfier J. Protection des forêts contre les incendies. Guide technique du forestier méditerranéen français. Dix-huit fiches. Aix-en-Provence : Cemagref, 1989.

9 Peyre S. L'incendie, désastre ou opportunité ? L'exemple des Pyrénées Orientales. Forêt Méditerranéenne 2001 ; 20 : 194-9.

10 Natario RM. Conditions d'une étude de faisabilité d'une banque de données européenne décentralisée sur les incendies de forêts. Options Méditerranéennes, Série A. Montpellier : CIHEAM, 1995.

11 Trabaud L. Feu de forêt. Mécanismes, comportement et environnement. Aubervilliers : Sélection, 1992.

12 Velez R. La protection contre les incendies de forêt (Forest fire control). Montpellier ; Zaragoza ; Madrid ; Rome : CIHEAM ; IAMZ ; ICONA ; FAO, 1994.

13 Ministère délégué chargé du développement rural (MDDR). Le renouveau rural. Alger : Commission nationale du développement rural, 2006.

14 Chakroun ML. La gestion concertée des forêts. Unasylva 1999 ; 197 : 16-20.

15 El Hamrouni A. Les systèmes pastoraux maghrébins et leur rôle dans la lutte contre la désertification. In : Le rôle de la foresterie dans la lutte contre la désertification . Cahiers FAO conservation. Rome : FAO, 1992.

16 Aaafi A. Étude de la diversité floristique de l'écosystème de chêne-liège de la forêt de la Mamora. Thèse de doctorat, université d'Aix-Marseille III, 2007.

17 Saoudi H. Réponses des végétaux aux facteurs de dégradation en Kroumirie (Tunisie). Thèse de docteur-ingénieur, université d'Aix-Marseille III, 1983.

18 CEMAGREF. Haute-Corse, pastoralisme et incendie. Info DFCI, Bulletin du centre de Documentation Forêt Méditerranéenne et Incendie 2004 ; 52 : 1-8.

19 Alexandrian D. L'apport des statistiques dans la prévention des incendies. Séminaire sur « les méthodes et matériels à utiliser pour prévenir les incendies de forêt », Valence (Espagne), 1986. Madrid : ICONA, 1988.

20 Lafarge E. Evaluation des dispositifs de détection des feux de forêt en France. Mémoire de fin d'études de la formation des Ingénieurs forestiers. Aix-en-Provence : Agence MTDA-ENGREF, 2006.

21 Direction départementale de l'agriculture et des forêts (DDAF). Bilan synthétique des feux de forêt dans l'Hérault. Montpellier : DDAF, 2005. www.herault.pref.gouv.fr/34

22 Chevrou R. Prévention et lutte contre les grands incendies de forêts. Forêt Méditerranéenne 1998 ; 19 : 41-64.

23 Amigo JJ. Contribution à l'étude des feux de forêts. L'incendie de juillet 1976 dans les Aspres (Pyrénées-Orientales). Revue Conflent 1979 ; 95 : 1-180.

24 Dimitrakopoulos AP. Analyse des causes des feux de forêt en Grèce. Options Méditerranéennes, Série A. Séminaires Méditerranéens, n ° 25. Montpellier : CIHEAM, 1995.

25 Arif A. Situation climatique et déclenchement des incendies de forêt. In : Ciesla WM, Rijks D, eds. Séminaire « Météorologie et incendies de forêts », Rabat, 1991. Genève : Organisation météorologique mondiale, 1992.

26 Ben Jamaa MEH, Abdelmoula K. Les feux de forêts dans la subéraie tunisienne. Colloque Vivexpo : le chêne-liège face au feu, Perpignan, 2004. www.vivexpo.org

27 Gouiran M. Prométhée et ses services. Fondation pour la forêt méditerranéenne 1992 ; 3 : 0-18.

28 Alexandrian D. En Ardèche, les causes de feux varient entre cantons voisins. Options Méditerranéennes, Série A. Séminaires Méditerranéens, n ° 25. Montpellier : CIHEAM, 1995.

29 Chonez C. Les causes d'incendies, entre mythe et réalité. Fondation pour la forêt méditerranéenne 1992 ; 3 : 13-8.

30 Bureau national des études du développement rural (Bneder). Étude d'un programme de développement rural pour la wilaya de Tizi Ouzou. Alger : Bneder, 2004.


 

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