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Mapping the physiognomic units of the Senalba Chergui forest (Djelfa - Saharan Atlas, Algeria)


Science et changements planétaires / Sécheresse. Volume 21, Number 3, 179-86, juillet-août-septembre 2010, Article de recherche

DOI : 10.1684/sec.2010.0250

Résumé   Summary  

Author(s) : Kada Bencherif , Département de foresterie Faculté des sciences BP119  Université de Tlemcen 13000 Tlemcen Algérie.

Summary : This paper studies the contribution of the object-oriented analysis of Landsat ETM+ imagery for mapping heterogeneous forest space in the Senalba Chergui forest (Djelfa - Saharan Atlas, Algeria). The results show that classification using the k nearest neighbours method makes it possible to simplify the floristic and structural heterogeneity of the ground truth. It also makes it possible to conserve the needed information about land cover types including various Aleppo pine stands (dense and compact, dense and fragmented, clear), high Juniper and oak shrub-lands, rosemary low shrubs-lands and herbaceous. Finally, the survey shows that the structural heterogeneity of the forest formations in semi-arid zones offers a good opportunity to integrate landscape approaches, particularly during the analysis stage of the forest planning process.

Keywords : cartography, floristic composition, forest species, forestry, landscape, satellite imaging, semiarid zone

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ARTICLE

Auteur(s) : Kada Bencherif

Département de foresterie Faculté des sciences BP119  Université de Tlemcen 13000 Tlemcen Algérie

En fonction des critères qui ont servi à définir les formations végétales, on peut distinguer les classifications physionomiques, écologiques, dynamiques, climatiques et floristiques. Cependant, la perception la plus intuitive qu'une personne a d'un paysage végétal, concerne sa physionomie alors que dans sa dimension horizontale, ce paysage apparaît comme l'arrangement, dans certaines proportions, de plusieurs affectations du sol [1]. Une des approches possibles pour évaluer et gérer ces formations (ou unités physionomiques) peut se résumer à les identifier et à les cartographier. Cette représentation cartographique peut se concevoir de plusieurs manières, dont la plus importante est la reconnaissance de la couverture du sol à partir d'interprétations automatiques d'images satellitaires [2].

Généralement, les classifications par pixels ne sont pas toujours suffisamment bonnes pour permettre l'identification de la végétation buissonnante [3]. En plus, elles sont à l'origine de nombreuses confusions et les résultats restent assez moyens [4, 5]. Les classifications par parcelles exigent des données de système d'information géographique (SIG) sur les types d'occupation du sol et ces données sont souvent indisponibles. Face à ces inconvénients, l'analyse orientée-objet représente une alternative qui permet de s'intéresser plutôt à l'information sur les « objets » ou « groupes de pixels » qui sont caractérisés par davantage de propriétés telles que la forme, la texture, le voisinage et le contexte [6, 7]. Cette approche est utilisée avec succès sur des images Landsat ETM+ pour la délimitation de zones forestières homogènes ou dégradées [8]. Son principal avantage par rapport à l'approche par pixels est qu'elle garde intacte l'information spatiale [9].

Le concept est que les unités physionomiques sont par définition des objets géographiques homogènes alors que l'analyse orientée-objet génère des segments (régions) homogènes1. Les objets initialement hétérogènes générés par la méthode orientée-objet auront une information spectrale, spatiale et/ou texturale qui leur attribue une homogénéité spécifique. Utilisés dans la classification comme zones d'entraînement représentatives de caractéristiques connues, ces objets permettraient une meilleure représentation spatiale des unités physionomiques de milieux forestiers hétérogènes.

La constitution d'unités cartographiques avec des limites nettes conduit nécessairement à négliger les zones de transition. En effet, la cartographie est une simplification logique et scientifique d'une réalité infiniment plus complexe, tout en faisant ressortir les faits les plus significatifs [11]. Dans la forêt « Senalba » sont rencontrées diverses unités physionomiques avec des zones de transition floues et enchevêtrées. L'objectif est de tisser un lien entre les objets générés par l'analyse orientée-objet de l'image Landsat et les différentes unités physionomiques composant le territoire étudié.

Situation géographique de la zone d`étude

La forêt « Senalba Chergui » représente une petite partie de tout un ensemble forestier et pastoral des Monts de Ouled Naîl (Atlas saharien) où elle occupe les collines montagneuses sur une superficie de 19 000 hectares. Située au nord-ouest de la ville de Djelfa (figure 1), cette forêt constitue le dernier rempart contre le désert. La végétation est dominée par trois essences : le pin d'Alep, le chêne vert et le genévrier. Cependant, ce sont les formations forestières basses de type matorral qui occupent la moitié de la surface et témoignent de la dégradation que connaît cette région.

Matériel et méthode

Données terrain et satellitaires

Les relevés floristiques sont issus d'un inventaire réalisé par la Conservation des forêts de Djelfa en 1998. Compte tenu de la date d'acquisition de l'image satellite (24 mars 2001), 50 relevés issus de cet inventaire ont été réexécutés, selon un échantillonnage au hasard entre mars et avril de l'année 2003. Pour palier cet inconvénient qui réside dans la non-correspondance entre la périodicité des relevés et la date d'acquisition de l'image satellite, le recours à une vérification de terrain avec quelques points de contrôle était nécessaire pour valider les unités physionomiques retenues.

Le décalage temporel entre ces deux inventaires nous a conduits à n'utiliser dans la classification que 30 relevés montrant une certaine stabilité dans la physionomie des unités de végétation. Chaque relevé floristique correspond à une surface de 1 hectare, soit une station d'échantillonnage de 100 mètres par 100 mètres.

Une fenêtre couvrant la zone d'étude est extraite de la scène Landsat ETM+ p196r036 dont la résolution spatiale est de 30 mètres. Le massif de Senalba Chergui en forme de fer à cheval est très contrasté par rapport à son environnement immédiat (figure 2). L'image a été corrigée géométriquement selon la méthode polynomiale de deuxième degré avec une erreur résiduelle de 0,77 pixel.

Méthodologie

La démarche suivie est celle de l'analyse paysagère. Celle-ci comprend les phases suivantes :
  • la phase descriptive, qui se traduit par un inventaire prépaysager décrivant chacune des composantes biologiques ;
  • la phase cognitive, qui consiste à identifier puis cartographier des unités physionomiques par analyse orientée-objet ;
  • la phase expertise, qui se traduit par l'analyse de l'apport de cette cartographie pour l'aménagement forestier (voir résultats et discussions).

Description physionomique

La typologie de l'espace étudié est réalisée en deux temps. En premier lieu, l'étape exploratoire de terrain a permis d'identifier les principales unités physionomiques. En second lieu, une différentiation de chaque type en fonction de l'essence dominante est réalisée. Cette partition typologique produit des unités de même composition et physionomie (tableau 1). La méthode d'ordination des unités physionomiques est inspirée des classifications reposant sur la physionomie de la végétation et plus particulièrement celle qui est basée sur la répartition spatiale des individus végétaux où chaque unité est définie par sa stratification verticale et par le recouvrement de chacune des strates. On distingue dans cette typologie physionomique les ligneux hauts, les ligneux bas, les ligneux très bas et les herbacées avec une indication sur la nature du substrat affleurant et/ou de l'espèce ligneuse dominante.

Tableau 1 Principales unités physionomiques définies dans la zone d'étude.

Unités physionomiques

Description

Classes spectrales

Coordonnées géographiques des relevés de terrain

Forêts

Peuplements à Pinus halepensis

Futaie dense (R ≥ 80 % ; 20 m ≥ h ≥10 m)

34° 42′ 42,32” N, 3°8′ 25,48” E

34° 42′ 25,72” N, 3° 7′ 31,67” E

34° 36′ 3,69” N, 3° 5′ 51,51” E

34° 36′ 15,71” N, 3° 6′ 3,83” E

34° 42′ 23,77” N, 3° 9′2,42” E

peuplements à Pinus halepensis avec différents degrés de recouvrement

Futaie dense (R ≥ 80 % ; h = 9 à 12 m) Futaie dense (R = 50-70 %; 9 m ≤ h ≤ 12 m)

34° 41′ 48,74” N, 3° 7′ 0,25” E

34° 39′ 18,58” N, 3°10′ 47,34” E

34° 35′ 22,98” N, 3°5′ 46,99” E

34° 37′ 43,41” N, 3° 9′ 14,23” E

34° 37′ 30,46” N, 3°9′6,37” E

Peuplements à Pinus halepensis

Futaie claire (R ≤ 50 % ; 9 m ≤ h ≤ 12 m)

34° 36′ 43,38” N, 3° 7′ 31,16” E

34° 40′ 23,30” N, 3° 11′ 18,83” E

34° 39′ 12,26” N, 3° 8′ 49,76” E

34° 40′ 9,43” N, 3°11′ 14,32” E

34° 6′ 19,36” N, 3°7′ 0,91” E

Matorrals

Matorral arboré mixte à Pinus halepensis, Quercus ilex et Juniperus oxycedrus

Matorral haut (5 m ≥ h ≥ 1,5 m)

34° 41′ 37,52” N, 3° 8′ 54,50” E

34° 41′ 43,88” N, 3°10′ 19,64” E

34° 41′ 26,44” N, 3°8′ 28,71” E

34° 41′ 18,77” N, 3°11′ 48,08” E

34° 40′ 45,73” N, 3°8′ 30,88” E

Matorral à Rosmarinus officinalis et Cistus villosus.

Matorral bas et dense (h ≤ 2,5 m)

34° 42′ 8,94” N, 3°9′ 25,92” E

34° 42′ 44,13” N, 3°8′ 57,98” E

34° 41′ 10,61” N, 3°9′ 50,45” E

34° 36′ 54,60” N, 3°5′ 18,00” E

34° 36′ 28,67” N, 3°5′ 47,06” E

34° 35′ 41,54” N, 3°4′24,21” E

34° 41′ 58,68” N, 3°10′ 24,16” E

34° 39′ 21,23” N, 3°12′ 7,96” E

34° 39′ 21,66” N, 3°6′ 26,45” E

34° 39′ 50,16” N, 3° 9′ 15,58” E

Herbacées

Végétation à Stipa tenacissima et autres graminées

Herbacées (h ≤ 1,5 m)

34° 35′ 54,37” N, 3°7′ 3,11” E

34° 36′ 10,95” N, 3°8′ 13,63” E

34° 39′ 31,44” N, 3° 11′ 47,83” E

34° 42′ 10,86” N, 3° 8′ 28,79” E

34° 41′ 11,50” N, 3° 10′ 16,22” E

Espaces agricoles

Cultures maraîchères

34° 41′ 59,64” N, 3° 10′ 0,63” E

34° 41′ 52,25” N, 3° 9′ 51,65” E

Vergers

34° 42′ 3,31” N, 3° 10′ 23,04” E

34° 41′ 54,07” N, 3° 10′ 14,06” E

Sols nus

Sols nus

34° 40′ 19,09” N, 3° 5′ 3,65” E

34° 40′ 5,25” N, 3° 4′ 0,93” E

Analyse orientée-objet

L'analyse a été réalisée grâce au module ENVI Feature Extraction du logiciel de traitement d'image ENVI4.4. Les trois bandes de l'image (infrarouge, rouge, et vert) ont été utilisées. L'extraction d'objets caractéristiques passe par deux étapes principales : la segmentation et la classification (figure 3). Le degré de finesse de la segmentation est mesuré par un facteur d'échelle en fonction des objets qu'on souhaite caractériser. Sur une échelle de 100, on a retenu la valeur de 45 qui semble convenable pour distinguer, en plus des différentes formations forestières, des objets tels que les enclaves et les clairières. Les objets obtenus par segmentation possèdent une information spectrale, texturale et spatiale qui peut être utilisée pour une extraction exacte de chacune des classes du paysage étudié. Ces objets peuvent être classés à travers deux méthodes : la classification fondée sur l'échantillonnage par la méthode du k plus proche voisin et la classification fondée sur la fonction d'appartenance.

La méthode des k plus proches voisins a besoin de zones test dans un espace multidimensionnel où les objets seront classés à travers leur ressemblance à ces zones pour chaque classe. Dans la seconde méthode, les segments sont classés par fonctions d'appartenance qui reposent sur les ensembles flous. La logique floue est une approche mathématique qui permet de mesurer des situations incertaines [12], d'où sa faible performance dans le cas d'objets ayant une grande similitude spectrale [13]. Disposant de données de terrain, il était plus utile d'appliquer la méthode des k plus proches voisins (avec k = 3). Les zones d'entraînement seront les objets échantillons représentant des caractéristiques connues. Pour chaque objet, on définit l'attribut le plus adéquat et on visualise le résultat immédiatement pour retenir l'attribut ou en redéfinir un autre si le résultat est non satisfaisant et ainsi de suite. La méthode des k plus proches voisins offre l'avantage d'être simple et efficace. Son principe consiste à calculer une distance euclidienne entre l'individu à classer et les individus connus, puis à attribuer le premier à la classe présentant le plus grand effectif parmi ses k plus proches voisins. La figure 4 explique le principe de la méthode.

Résultats et discussion

La segmentation de l'image a permis de simplifier le contenu de l'image initiale où des zones confuses et hétérogènes sont homogénéisées. La figure 5 permet d'apprécier l'intérêt de cette segmentation avec un facteur d'échelle de 45. La phase de sélection des attributs a permis de connaître l'intérêt de chacun d'eux pour la classification. Ainsi, les attributs de texture semblent moins utiles que les attributs spatiaux de forme, compacité et élongation qui semblent performants pour toutes les caractéristiques qui dominent (forêts de pin, matorral arboré, matorral, vides). La faible performance des attributs de texture peut provenir de la faible résolution spatiale de l'image. En effet, pour les couverts forestiers fermés et au-delà d'une résolution de 10-15 mètres, les images ne contiennent quasiment plus d'information texturale sur les peuplements [14].

La bonne performance des attributs spatiaux peut s'expliquer par l'organisation spatiale des différents types de peuplements. En effet, on assiste, dans le synclinal de Djelfa, à des processus de régression et de fragmentation qui se traduisent par des couloirs où alternent forêts, matorrals arborés et matorrals. De plus, les transitions entre ces différents types ne sont pas toujours nettes et des attributs comme la compacité ou la surface contribuent plus ou moins à homogénéiser leur contenu par le type d'occupation dominante. Les attributs spectraux et de couleur conservent toute leur importance dans les milieux forestiers hétérogènes, en particulier la valeur maximale des pixels dans un objet du canal infrarouge et l'intensité qui permettent une séparation entre types de couverts par densité et par composition en essences. La figure 6 présente la carte thématique résultant de la classification orientée-objet.

La matrice de confusion traditionnelle (k-factor) est possible mais trop simple pour l'évaluation des objets cartographiés. Cependant, l'évaluation par contrôle visuel telle qu'elle est appliquée en photogrammétrie est toujours possible [15]. C'est cette dernière méthode qu'on a adoptée pour évaluer notre classification, et cela d'autant plus que l'application est faite en mode luminance2. Ainsi, une vérification sur le terrain a été menée dans 20 points de contrôle pour valider les résultats obtenus. Globalement, et dans 90 % des cas, la classification traduit l'état spatial réel de la zone d'étude à l'échelle paysagère malgré certaines confusions observées entre futaie très claire et des unités de type matorral d'un côté, et entre matorral et matorral arboré, de l'autre.

Cette cartographie est analysée en fonction de trois types de niveaux : niveaux d'interprétation, niveaux de complexité et niveaux de lecture.

Niveaux d'interprétation

Généralement, les bases pour l'interprétation des paysages en vue de leur cartographie reposent sur trois niveaux élémentaires : la physionomie de la végétation, l'écologie et la phytosociologie [11]. L'analyse orientée-objet appréhende parfaitement le premier niveau où chaque unité cartographiée est attribuée à une classe physionomique selon l'essence dominante. Ces classes sont : la forêt de pin d'Alep, le matorral haut à chêne et genévrier, le matorral bas à romarin, les herbacées à alfa et les cultures auxquelles on pourrait ajouter les aires dénudées ou celles à végétation très clairsemée. En prenant en compte la situation des unités cartographiques par rapport aux conditions orographiques et leur relation avec les conditions édaphiques et microclimatiques, l'interprétation atteint le deuxième niveau. Bien entendu, les données nécessaires sont exogènes et doivent être préparées ou prises d'une base de données d'un SIG. Enfin, et en situant les unités cartographiées dans un système phytosociologique, l'interprétation peut être poussée vers le troisième niveau.

Niveaux de complexité

Pratiquement, il n'est pas possible à l'échelle des images de moyenne résolution de représenter des unités pures telles qu'elles sont en réalité et l'analyse orientée-objet simplifie cette réalité très complexe, particulièrement les classes de matorrals. Il est possible de définir dans cet aspect du problème les trois niveaux de complexité suivants :
  • unités presque simples : elles correspondent à des aires cartographiables sous la dominance presque absolue d'une seule espèce. Dans la pratique, ces unités quasi pures englobent des taches d'autres types de couverts dont certaines sont parfois trop petites pour se distinguer en tant qu'objets différents. Exemple : la pinède, comprenant l'association forestière principale (Querceteo-Pinetum), parsemée de clairières (Cisto-Rosmarinetum), et de taches de cultures à dimensions très réduites ;
  • unités complexes : elles occupent des aires à peu près écologiquement uniformes, sous forme de taches peu étendues, entremêlées ou à limites peu tranchées, de sorte qu'il n'est pas possible de les séparer au niveau cartographique. Par exemple, une zone peut être occupée par des couverts non susceptibles d'individualisation – de la chênaie, des fragments d'herbacées, des cultures, etc. ;
  • mosaïques : ensemble de couverts, en nombre très réduit (deux ou trois), sans relations dynamiques entre elles ou sinon faibles, mais se partageant une aire géographique non divisible par rapport à l'échelle de la carte. Exemple : une aire de matorral comprenant une enclave (les cultures, le bâti, les sols nus).

Niveau de lecture

On peut le réduire à un seul niveau physionomico-écologique et même le restreindre au seul trait physionomique. Ces diverses classes physionomiques sont :
  • forêt : pinède dense et compacte à Pinus halepensis ; pinède dense et fragmentée à Pinus halepensis ; pinède très claire à Pinus halepensis. Le sous-bois est composé de Quercus rotundifolia, Juniperus oxycedrus, Pistacia lentiscus, Pistacia terebenthus, Asparagus acutifolius, Lonicera implexa, Leuzea conifera, Ebenus pinnata, Ampelodesma mauritanicum ;
  • matorral : matorral arboré à Quercus ilex ; matorral arboré à Quercus ilex et Juniperus oxycedrus ; matorral bas à Rosmarinus officinalis, Cistus villosus, Stipa tenacissima, Globularia alypum, Atractylis carduus, Fumana thymifolia, Carex halleriana, Ruta montana, Astragalus incanus, Ephedra fragilis ;
  • herbacées : herbacées à Stipa tenacisima et Artemisia herba alba ;
  • autres : cultures maraîchères, zones dénudées ou à végétation très clairsemée.

La classification par objet semble apporter de la transparence, de la simplicité et de la netteté à la carte d'occupation du sol. Visuellement, l'effet « sel-poivre » souvent observé dans les classifications par pixels a disparu alors que les limites floues et parfois enchevêtrées sont devenues plus nettes et plus tranchées. Ces mêmes observations ont été déjà rapportées par certains auteurs [16]. Quant au contenu, il est caractérisé par l'objet dominant. Or la grande majorité des études ont toujours caractérisé la mosaïque d'occupation du sol par le type d'occupation dominante [17]. Mais au-delà de cette performance technique, ce sont l'utilité et l'apport d'une telle cartographie pour la conception des plans d'aménagement forestier qui importent et qui sont discutés ci-dessous.

La classification orientée-objet a permis un zonage du territoire étudié. Or la principale composante de l'analyse paysagère reste la délimitation de zones sur cartes, sur photos et sur images satellitaires [18]. Cette délimitation est achevée à l'intérieur d'un espace forestier hétérogène où s'est distingué clairement tout un réseau d'objets géographiques ou plutôt des faciès paysagers qui sont des indicateurs environnementaux permettant de prévoir leur dynamique. En effet, la carte thématique obtenue met en évidence un rétrécissement des pineraies continues et compactes vis-à-vis des pineraies claires ou fragmentées, d'une part, et une propagation tous azimuts des formations de matorral, d'autre part. Cette configuration écologique pourrait servir de référence pour la conception de modèles écologiques spatiaux.

Les méthodes d'aménagement proposées pour les zones forestières semi-arides étaient incompatibles avec la réalité du terrain car elles présentaient invariablement les forêts comme plus homogènes qu'elles ne le sont en réalité [19]. L'analyse orientée-objet a mis en évidence la répartition spatiale réelle des surfaces boisées ou dégradées. Cette configuration spatiale permet objectivement un redécoupage en séries forestières3. Le zonage actuel qui divise la forêt en 11 séries paraît quelque peu exagéré au regard de l'état des surfaces. La délimitation des unités physionomiques fait apparaître des zones très contrastées pouvant être délimitées en séries forestières si l'on tient compte que ces dernières sont des unités d'aménagement. La figure 7 illustre l'ancien zonage auquel on a superposé un zonage provisoire qui prend en compte les caractéristiques paysagères au moment de la prise de vue.

Une organisation stricte de la gestion forestière implique un système rigoureux de suivi et de surveillance. Mais ces mesures ne deviendraient efficaces qu'à partir du moment où un bilan initial qui soit une référence ait été établi. Pour les forêts semi-arides en général et les forêts présteppiques en particulier, ce problème doit être appréhendé en fonction de sa dimension spatiale. En effet, ces forêts sont soit dispersées à travers d'autres paysages non forestiers (Tell algérien, au nord), soit isolées au milieu d'immenses paysages steppiques (Atlas algérien au sud). La réalisation des objectifs de cette gestion ne peut aboutir qu'en adoptant une échelle de travail adaptée à ce contexte. L'approche classique dans les conditions de régression forestière observée est insuffisante et seule l'intégration de l'approche paysagère est en mesure de réaliser ces objectifs.

Conclusion

La forêt présteppique est tout à la fois un paysage mais aussi un milieu écologique particulier se développant dans un contexte aride. Une atteinte à l'intégrité d'un tel paysage n'est pas sans conséquence sur la protection des espèces animales et végétales qui y vivent et seule la protection de cet écosystème est capable de garantir une utilisation forestière durable. En effet, les aménagements classiques qui paraissent durables et viables à court terme perdront dans un tel contexte ce sens de durabilité à long terme.

L'approche paysagère d'aménagement forestier semble prometteuse pour une analyse objective de paysages forestiers hétérogènes mais nécessite un instrument dont la perception visuelle spatiale soit conforme à la dimension paysagère. Il n'existe pas d'autre outil plus efficace que la télédétection satellitaire de moyenne résolution pour offrir cette vision globale. Dans ce sillage, la méthode orientée-objet peut contribuer à constituer, à identifier et à cartographier des entités homogénéisées.

Dans les conditions de dégradation de l'espace forestier semi-aride, cet avantage permettra de cibler les opérations de protection, d'aménagement et de restauration par la localisation des différentes unités physionomiques de la végétation.

Références

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8 Schwarz M, Stein Meier CH, Waser L. Detection of storm losses in alpine forest areas by different methodical approaches using high-resolution satellite data. Proceedings of the 21st EARSOL symposium, Paris, 2001.

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19 Grim S. Le pré-aménagement forestier. Volume 1. Alger : Ed. CEE et ministère de l'hydraulique d'Algérie, 1989.

1 Ce critère d’homogénéité doit être perçu en fonction du niveau de perception puisque des unités peuvent être hétérogènes pour un niveau fin alors qu’elles seront homogènes à un niveau plus élevé [10].

2 La luminance est la puissance électromagnétique rayonnée par une surface dans une direction donnée. Elle est codée de 0 à 255, la valeur zéro correspondant à la plus faible luminance et la valeur 255 à la plus forte. Ces valeurs numériques définissent donc la luminosité ou la brillance d’un pixel d’une image.

3 En aménagement forestier, la série forestière désigne un ensemble de parcelles forestières soumises au même traitement sylvicole.


 

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