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Science et changements planétaires / Sécheresse
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Analysis of herbaceous populations at the Toukounous Sahelian experimental station (Niger): Floral composition and pastoral value


Science et changements planétaires / Sécheresse. Volume 21, Number 2, 154-60, avril-mai-juin 2010, Article de recherche

DOI : 10.1684/sec.2010.0243

Résumé   Summary  

Author(s) : Ousseina Saidou, Soumana Douma, Ali Zakou Djibo, Riccardo Fortina , Département des productions animales Université A. Moumouni Faculté d'agronomie BP 10 960Niamey Niger, Dipartimento di Scienze Zootecniche Università di Torino Via L. da Vinci 44 10095 Grugliasco Italie.

Summary : The condition of the herbaceous vegetation was established at the Sahelian Experimental Station of Toukounous (SSET), North-East of Niamey, through determination of the floristic composition, the covering, the floristic richness and the pastoral value in the various geomorphological units of the station. 57 species spread among 45types and 18 families were listed. The herbaceous covering (80.7%) and the pastoral value (87.5%) are good overall. In this pasture, the annual graminaceous plants which are most dominant show a loss of floristic biodiversity to the detriment of the perennial species and leguminous plants with, respectively, a contribution to the covering of 69.5%, 0 % and 8.2%. Two types of pasture were distinguished on the basis of the floristic descriptions. They were the pastures with Dactyloctenium aegyptium (L.) Willd and Aristida mutabilis Trin. &\; Rupr. in the depressions and the dunes where the spatial distribution of the species was more or less regular with a great floristic diversity. On the pastures with Dactyloctenium aegyptium (L.) Willd and Tribulus terrestris L. located on the level of mixed grounds, it was observed that the phenomenon of predominance of a group of species is more marked than on the other units of landscape. The charge capacity of the station is estimated at 1,241 UBT per year (or, 3.6 ha by UBT per year).

Keywords : floristic composition, Niger, pastoral value, pasture, rangelands, vegetation

Pictures

ARTICLE

Auteur(s) : Ousseina Saidou1, Soumana Douma1, Ali Zakou Djibo1, Riccardo Fortina2

1Département des productions animales Université A. Moumouni Faculté d'agronomie BP 10 960Niamey Niger
2Dipartimento di Scienze Zootecniche Università di Torino Via L. da Vinci 44 10095 Grugliasco Italie

En zone sahélienne, les pâturages naturels jouent un rôle important dans l'alimentation du bétail. Ils constituent la base, et le plus souvent la totalité, des ressources alimentaires des ruminants en élevage [1]. Plus de 90 % de l'énergie consommée par les bovins proviennent des pâturages [2].

Dans cette région, le zébu Azawak suscite un intérêt croissant dans les programmes d'élevage en raison de sa parfaite adaptation au milieu aride et de ses performances de productivité tant bouchère que laitière [3-6].

Au Niger, depuis plus de sept décennies (1931), une station d'élevage a été créée avec pour mission principale la sélection et la diffusion du zébu Azawak dans les élevages traditionnels. Le système d'élevage est semi-extensif et le fourrage herbacé est important, voire indispensable pour l'alimentation du cheptel pendant toute l'année. La productivité bovine est conditionnée par la fécondité, l'état sanitaire, le potentiel génétique du troupeau et aussi la disponibilité alimentaire. Dans les conditions d'élevage telles que celles de la station, la connaissance du potentiel de production fourragère, tant quantitatif que qualitatif, est nécessaire pour l'amélioration et la gestion du pâturage. La présente étude a pour but d'apprécier la composition floristique et la qualité des herbages dans les différents faciès géomorphologiques de la station en vue de fournir des éléments de gestion et d'amélioration adaptés aux conditions actuelles.

Matériel et méthode

L'étude a été menée à la Station sahélienne expérimentale de Toukounous (SSET) au cours de la période début juin-fin septembre 2007. Cette station est située dans la vallée du Dallol Bosso à 20 km au nord de Filingué et à 200 km au nord-est de Niamey. Elle est localisée entre 14° 31’ de latitude nord et 3° 18’ de longitude ouest [4].

Le climat est tropical semi-aride, de type sahélien, caractérisé par une courte saison de pluies de juin à septembre et une saison sèche de 9 mois. La température moyenne journalière varie entre 20 °C et 45 °C et le taux d'humidité relative de l'air peut atteindre 70 % en saison pluvieuse puis descendre à 30 %, voire 10 % en saison sèche chaude [6]. La pluviosité moyenne interannuelle est de 351 mm.

Les sols sont sableux avec un relief ondulé dunaire comportant des dépressions limono-argileuses souvent impraticables pour cause d'inondation en période pluvieuse [4].

La référence nomenclatrice utilisée dans cette étude fait appel à Lebrun et Stork [7]. La végétation herbacée est à dominance de graminées annuelles (Schoenefeldia gracilis Kunth, Aristida mutabilis Trin. & Rupr., Cenchrus biflorus Roxb.). Le peuplement ligneux est dominé par Maerua crassifolia Forsk. (arbuste réputé pour sa richesse en protéines) [8], Balanites aegyptiaca (L.) Del., Acacia senegal (L.) Willd, Acacia tortilis subsp. raddiana, Salvadora persica L., Commifora africana (A. Rich.) Engl., Grewia flavesens Juss., Calotropis procera (Ait.) R. Br., Ziziphus mauritiana Lam., Combretum glutinosum Perr., Combretum aculeatum Vent., Boscia angustifolia A. Rich. et Boscia senegalensis (Pers.) Lam. [6].

La station couvre une superficie de 4 474 hectares dont 4 400 hectares pâturables. Elle compte 5 grands parcs subdivisés en 30 parcelles de superficies variables (49 à 283 hectares). L'ensemble est clôturé avec du fil de fer barbelé (figure 1).

Le cheptel est composé essentiellement de bovins de race Azawak. Le système d'élevage est de type semi-extensif amélioré. L'alimentation des animaux repose sur l'exploitation du pâturage naturel. Ils reçoivent un complément en sels sous forme de pierre à lécher pendant la saison des pluies et une partie de la saison froide. Les vaches laitières, les gestantes et certains animaux affaiblis ou malades reçoivent des aliments complémentaires (graines de coton, tourteaux d'arachide et son de blé) entre novembre et juin. L'abreuvement des animaux se fait ad libitum.

La vaccination contre les principales épizooties et le déparasitage sont systématiques à la station. Des soins sont régulièrement apportés aux animaux malades.

Le dispositif de mesure de la végétation herbacée et les relevés floristiques de cette étude sont fondés sur la méthode des transects. Dans chaque parcelle, des transects parallèles distants de 500 m les uns des autres sont disposés. Le long de chaque transect, des carrés de 50 mètres de côté distants de 200 m sont délimités et utilisés pour faire les relevés floristiques (figure 1).

Pour décrire et quantifier la végétation herbacée, deux méthodes complémentaires sont employées : la méthode des points quadrats alignés de Daget et Poissonnet [9-11] pour faire ressortir les paramètres d'appréciation de l'état de dégradation de la station et la méthode de récolte de phytomasse pour quantifier le potentiel fourrager disponible.

Choix des parcelles d'observation

Trois parcelles de superficie respective de 114, 127, et 263 hectares ont été retenues. Le choix de ces parcelles réside dans leur représentativité par rapport aux différentes situations physionomiques et géomorphologiques des parcs de la station.

Méthode des points quadrats alignés

La méthode consiste à recenser la présence des espèces herbacées à la verticale de 100 « points » positionnés sur une ficelle de 20 m de longueur graduée tous les 20 cm et tendue au-dessus du tapis herbacé. On déplace perpendiculairement au sol, le long de cette ficelle, une tige métallique fine qui est chaque fois descendue jusqu'au sol. On enregistre toutes les espèces herbacées qui sont en contact avec la tige métallique. Plusieurs espèces peuvent être notées au même point de lecture mais chaque espèce n'est recensée qu'une seule fois. Si en revanche aucun végétal ne touche la tige métallique on note la présence d'un sol nu. Pour chaque parcelle élémentaire (placeau de 2 500 m2), 100 points de lecture sont effectués sur les demi-diagonales, ce qui donne 400 points de lecture pour chacune des parcelles élémentaires (figure 1).

Les données recueillies sur les fiches de relevés sont saisies et traitées à l'aide du logiciel Excel. Les descripteurs suivants sont déterminés comme suit :

  • la fréquence spécifique (Fsi) d'une espèce (i) qui représente la somme cumulée des contacts de cette espèce sur la ligne de lecture ;
  • la contribution spécifique, notée :

où :

Fsi est égale à la fréquence spécifique de l'espèce i représentant la somme des contacts de cette espèce sur la ligne de lecture ;

∑Fsi est la somme des contacts de toutes les espèces et Csi la contribution spécifique de l'espèce i.

  • l'intervalle de confiance ou indice de confiance (IC) ou précision des mesures qui permet d'indiquer la variation du recouvrement ainsi que la limite d'homogénéité d'une unité d'observation. Lorsque IC ≤ 5 %, on considère que l'effet du hasard est éliminé ; la fréquence centésimale équivaut alors au recouvrement [11, 12].L'intervalle de confiance (IC) ou indice de confiance est donné par la formule :

où :

N est l'effectif cumulé des contacts de l'ensemble des espèces, n l'effectif cumulé des contacts de l'espèce dominante ;

  • le recouvrement spécifique est le rapport entre la fréquence spécifique de l'espèce (i) sur le nombre total des points de lecture du relevé ;Le recouvrement global (RG) a été calculé par la formule suivante :

où :

N est le nombre total de contact et ni le nombre de points où le sol est nu.

  • la structure spécifique des espèces a été analysée à l'aide des indices de diversité de Shannon-Weiner et de régularité de Pielou (E). Ces indices de diversité et de régularité sont évalués sur des relevés dans le but d'apprécier le niveau d'organisation du peuplement. L'indice de diversité de Shannon-Wiener (H) est fondé sur la théorie de l'information. Il est exprimé en bits, les valeurs extrêmes étant comprises entre 0,5 (diversité très faible) et 4,5 bits environ (très grandes diversités). On lui associe l'indice d'équitabilité (ou indice de régularité) qui est, en termes de comparaison, plus rigoureux que l'indice de diversité [13]. L'indice de régularité varie entre 0 et 1. Il tend vers 0 lorsque la quasi-totalité des effectifs appartiennent à une seule espèce et tend vers 1 lorsque chacune des espèces est représentée par le même nombre d'individus [14].Les formules utilisées pour calculer ces indices sont :

où :

pi = ni/N = proportion des individus dans l'échantillon total qui appartiennent à l'espèce i ; ni = nombre d'individus d'une espèce i ; N = nombre total d'individus dans le parcours ; log2 = logarithme base 2 et H = indice de diversité de Shannon exprimé en bits :

où :

Hmax est égal à log2 (ni /N) /∑Fsi

Méthode d'estimation de la biomasse herbacée

La méthode utilisée est celle de la récolte intégrale des carrés de rendement [9, 13] qui consiste à poser des carrés de 1 m de côté et à couper au plus bas possible tout le contenu en herbe en prenant la précaution de ne pas déraciner l'herbe. Les carrés sont jetés au hasard sur les bandes enherbées. Au total, 30 carrés de rendement de 1 m2 on été récoltés dans chaque parcelle au stade floraison-fructification (entre le 20 et le 24 septembre), soit un total de 90 carrés. Ces données, associées aux résultats des relevés floristiques, permettent le calcul de la valeur pastorale et de la capacité de charge du parcours.

Détermination de la valeur pastorale

La valeur pastorale (VP) ou indice global de qualité fourragère des herbacées est déterminée sur la base de la contribution spécifique et de l'indice de qualité des espèces (Is) [10, 11]. L'indice de qualité, pour les espèces herbacées des terres de parcours de la zone sahélienne, est établi sur une échelle de cotation à quatre classes [15] avec : 0 : VP nulle ; 1 : VP faible ; 2 : VP moyenne ; 3 : VP bonne.

La valeur pastorale relative est donnée par la formule :

où :

Vr est la valeur relative de cette espèce dans le parcours, Csi la contribution spécifique de l'espèce i et Isi son indice spécifique de qualité.

L'indice global (ou synthétique) de qualité ou valeur pastorale nette d'un parcours (Vp) est égal au tiers de la somme des valeurs pastorales relatives [10, 11] soit :

La quantité de fourrage qualifié (biomasse utile) (Q) est obtenue en multipliant la production récoltée par la valeur de cet indice synthétique de qualité pastorale [16].

où :

P est la production totale brute en kilogrammes de matière sèche par hectare et Vp la valeur pastorale nette, MS désignant la matière sèche.

Estimation de la capacité de charge du pâturage

La capacité de charge d'un pâturage est la quantité de bétail que peut supporter le pâturage sans se détériorer, le bétail devant rester en bon état d'entretien, voire prendre du poids ou produire du lait pendant son séjour sur le pâturage [17].

La charge saisonnière en journées de pâture est calculée pour une UBT (unité de bétail tropical) consommant 6,25 kg de matière sèche par jour et ne pouvant prélever d'un tiers de cette biomasse à condition qu'il n'y ait pas de destructions de stock de fourrage par le feu [18]. Les capacités de charge à différentes périodes de l'année peuvent être alors calculées sur la base des phytomasses consommables selon la formule :

Où :

Jp/UBT nombre de journées de pâture d'une UBT, K est égal à 1/3 de la proportion de biomasse que peut prélever le bétail sur un parcours au Sahel et Kg MS sont des kilogrammes de matière sèche.

Résultats et discussion

La végétation herbacée de la station est riche de 57 espèces, réparties en 45 genres et 17 familles (tableau 1). Ces familles peuvent être regroupées en trois lots :
  • un lot de 6 familles (Tiliaceae, Nyctaginaceae, Hyacinthaceae, Caesalpiniaceae, Commelinaceae et Zygophyllaceae) représentées chacune par un seul genre et une seule espèce ;
  • un lot de 9 familles, dont les Amaranthaceae, Convolvulaceae, Capparidaceae, Pedaliaceae, Cucurbitaceae, Cyperaceae, Euphorbiaceae et Malvaceae, comportant chacune 2 genres, et les Aizoaceae avec 3 genres. Ces familles totalisent 27 espèces ;
  • un troisième lot de 2 familles (Poaceae et Fabaceae) avec 20 genres et 24 espèces.

La fréquence relative des espèces du premier lot est inférieure à 2 %. Celle du deuxième lot est comprise entre 3 et 9 %. La famille des Poaceae appartenant au troisième lot est la plus représentée avec 14 genres et 16 espèces et constitue 28 % des espèces recensées. Elle est suivie de la famille des Fabaceae (6 genres et 8 espèces). Cette dernière représente 14 % des espèces recensées. Les fréquences et contributions spécifiques des espèces inventoriées sont rassemblées dans le tableau 2.

Sur chacune des trois parcelles inventoriées, 34 relevés ont été effectués. Sur les 15 495 individus recensés, 6 espèces ont totalisé une contribution spécifique de 75,3 %. Il s'agit de Dactyloctenium aegyptium (L.) Willd. (34,9 %), Tribulus terrestris L. (13,5 %), Aristida mutabilis (13,3 %), Schoenefeldia gracilis (5 %), Brachiaria ramosa (L.) Stapf (4,6 %) et Panicum laetum Kunth (4,2 %). Les autres espèces sont très faiblement représentées et leur contribution spécifique est inférieure à 4 %. Parmi les espèces dominantes, 5 ont un indice de qualité bon et une seule espèce (Tribulus terrestris L.) a un indice de qualité moyen. Cela amène à dire que le fourrage de la station est de bonne qualité.

L'indice de confiance calculé pour l'ensemble des relevés est de 0,8 %. Il est de 1,1 % dans les bas-fonds, 1,4 % sur les sols dunaires et 1,3 % au niveau des sols mixtes. L'effet du hasard est donc négligeable sur les différents types de sols.

Le recouvrement herbacé est globalement élevé (80,7 %). Cependant, le recouvrement spécifique est généralement faible pour toutes les espèces (inférieur à 30 %). Selon le recouvrement, les espèces peuvent être classées en deux groupes. Le premier groupe rassemble les espèces ayant un recouvrement supérieur à 10 %. Ce sontDactyloctenium aegyptium (28,1 %), Tribulus terrestris L. (10,8 %) et Aristida mutabilis (10,8 %). Le second groupe est constitué par les autres espèces dont le recouvrement est inférieur à 10 %. Toutefois, la contribution des espèces dominantes au recouvrement global est de 60,8 %.

Trois types d'unités de pâturage ont été identifiés à la station. Ce sont les sols dunaires à structure sablonneuse, les sols des dépressions limono-argileuses et les sols mixtes qui sont intermédiaires entre les dunes et les dépressions.

Parmi les 57 espèces recensées, 24 sont communes aux trois unités de pâturage (soit 42,1 %), 18 espèces (31,6 %) sont présentes sur une seule unité et 15 espèces (26,3 %) au niveau de deux unités.

En fonction des unités géomorphologiques, les espèces recensées se répartissent comme suit : 42 espèces dans les bas-fonds, 41 sur les sols mixtes et 37 sur les sols dunaires.

Les espèces de bonne valeur pastorale (note 3) sont importantes dans les trois faciès géomorphologiques. Elles ont participé pour 86,7 % (sols dunaires), 85,5 % (bas-fonds) et 81,9 % (sols mixtes) à l'indice global de qualité. Les espèces de valeur pastorale moyenne (note 2) se rencontrent plus dans les bas-fonds et sur les sols mixtes. Celles qui ont de faibles valeurs pastorales (note 1) se retrouvent surtout sur les sols dunaires.

La contribution des espèces de valeur pastorale moyenne à l'indice global de qualité varie entre 12,4 % (bas-fonds) et 17,2 % (sols mixtes). Les plantes de faible valeur pastorale et sans valeur pastorale, du fait de leurs faibles contributions spécifiques, ont participé très peu aux valeurs pastorales.

La valeur pastorale a très peu varié au niveau des différentes unités. En effet, elle est de 90,4 sur les sols dunaires ; 86,4 dans les bas-fonds et 85,9 pour des sols mixtes.

D'une manière générale, la majorité des espèces recensées dans les parcours de la station ont de bonnes valeurs pastorales. La valeur pastorale est globalement bonne (87,5 %), (tableau 3). La disponibilité en eau du sol, directement liée à la topographie, a certainement joué un rôle important [19, 20]. Ces résultats confirment ceux déjà avancés précédemment sur la composition floristique du pâturage.

Le recouvrement global du sol des parcours de la station est de 80,7 %. Il varie peu entre les différentes unités de pâturage. Il est de 88,3 % pour les sols mixtes ; 80,8 %, pour les sols dunaires et 73,1 % pour les bas-fonds avec un écart type moyen de 7%. Toutefois, les recouvrements spécifiques des herbacées au niveau des unités de pâturage sont en général faibles. En effet, une seule espèce possède un recouvrement spécifique supérieur à 10 % dans les trois unités géomorphologiques. Il s'agit de Dactyloctenium aegyptium avec 12,7 % dans les bas-fonds, 30,3 % sur les sols dunaires et 41,6 % sur les sols mixtes. L'espèce Tribulus terrestris a un recouvrement supérieur à 10 % (15,3 %) sur les sols mixtes. Quant à Aristida mutabilis, son recouvrement est supérieur à 10 % au niveau des bas-fonds etdes sols dunaires. L'espèce Panicum laetum est présente uniquement dans les bas-fonds avec un recouvrement spécifique de 10 %.

Les degrés de l'homogénéité spatiale et interne des espèces appréciées respectivement par l'indice de diversité de Shannon et l'indice d'équitabilité pour les trois faciès géomorphologiques de la station sont présentés dans le tableau 3.

Sur la base des listes floristiques et de l'abondance des espèces dominantes, deux types de pâturages ont été identifiés. Ce sont les pâturages à Dactyloctenium aegyptium et Aristida mutabilis et les pâturages à Dactyloctenium aegyptium et Tribulus terrestris :

  • les pâturages à Dactyloctenium aegyptium et Aristida mutabilis caractérisent deux unités de végétation, à savoir :
    • les pâturages des dépressions (sols de bas-fonds limono-argileux) où la proportion des espèces dominantes est faible (6 espèces dominantes sur les 42 recensées soit 14,3 %). Les indices de diversité (H) et d'équitabilité (E) sont respectivement de 3,91 et 0,32. Les valeurs de E dans les bas-fonds expriment une distribution spatiale plus ou moins régulière des individus par espèce. L'indice H indique une grande diversité floristique au niveau des sols de bas-fonds ;
    • les pâturages des dunes avec 37 espèces recensées. L'indice de diversité de Shannon est égal à 3,21 bits et l'indice d'équitabilité est de 0,26. Ces valeurs indiquent une diversité du couvert végétal ainsi que la dominance d'un groupe d'espèces ;
  • les pâturages à Dactyloctenium aegyptium et Tribulus terrestris des sols mixtes. Dans cette unité de pâturage, deux espèces ont les effectifs les plus élevés ; il s'agit de Dactyloctenium aegyptium (41,6 %) et de Tribulus terrestris (15,3 %). Le nombre d'espèces recensées est de 41. L'indice de diversité H est égal à 2,81 bits et l'équitabilité E est égale à 0,23. Dans ce type de pâturage le phénomène de dominance d'un groupe d'espèces est beaucoup plus marqué que dans les unités de pâturage précédentes.

En fonction des différentes unités de pâturage, les espèces inventoriées peuvent être regroupées en trois groupes de familles (tableau 4). Il y a le groupe des graminées annuelles, celui des légumineuses annuelles et enfin le troisième groupe qui rassemble toutes les autres familles recensées. Aucune espèce vivace n'a été recensée.

Le groupe des graminées annuelles (Poaceae) est de loin le plus rencontré sur les unités de pâturage avec des contributions spécifiques de 64, 74,5 et 6 % et 68 % respectivement dans les bas-fonds, sur les sols dunaires et les sols mixtes. En revanche, la famille des légumineuses (Fabaceae) est faiblement représentée au niveau de la station avec un taux global de 8,2 % sur l'ensemble des relevés. Les légumineuses sont rares au niveau des sols dunaires (contribution spécifique de 3,5 %). Les autres groupes de familles se rencontrent également dans toutes les unités de pâturage. Ils représentent 28,5 % des espèces sur les sols mixtes, 20,3 % dans les bas-fonds et enfin 17,3 % pour des sols dunaires.

Cette dominance des graminées annuelles sur les pâturages naturels peut être considérée comme un indice de pression, puisque le bétail exerce une consommation sélective de la phytomasse. Cette consommation sélective favorise les espèces les moins consommées ou refusées au détriment de celles qui sont appréciées.

Aussi, les graminées sont des espèces qui résistent aux différentes perturbations car elles développent une stratégie leur permettant de se maintenir et de se développer dans un environnement perturbé. Tiendrebeogo et Sorg [21] au Burkina Faso expliquent cet état de fait par la forte fréquentation ou surcharge en saison pluvieuse qui entraîne une dégradation importante du couvert végétal : le piétinement en saison des pluies provoque d'abord un tassement de l'horizon superficiel peu profond, de même la tonte rase des annuelles par le bétail entraîne une réduction importante du couvert végétal et un affaiblissement des possibilités de régénération des vivaces, d'où la colonisation des plages nues par Dactyloctenium aegyptium, Tribulus terrestris et Zornia glochidiata Reich. ex DC. La présence de ces espèces indique une dégradation de la structure du sol et la nécessité de modérer la fréquentation en période pluvieuse. Cet aspect a été déjà souligné par Achard et al. [22] et Adamou [23] sur le même parcours. Toutefois, l'unité de pâturage la plus diversifiée et la moins colonisée par ces espèces reste le bas-fond suivi des sols mixtes puis les sols dunaires. Cela s'explique par l'inaccessibilité de ces aires par le bétail en saison pluvieuse. Douma et al. [24] expliquent cette hétérogénéité par deux types de facteurs : le sol qui favorise la concentration des eaux de pluies et la topographie qui assure la redistribution dans le milieu.

La production de ces parcours pendant la période de récolte (20-24 septembre) est en moyenne de 273,3 gMS/m2, soit une production de 2 733 km/ha et avec une valeur pastorale nette estimée à 87,5 %. La quantité de fourrage qualifié (utile) est d'environ 643,6 kgMS à l'hectare. De ce fait, la capacité de charge peut être estimée à 453 080 journées de pâture de l'UBT. On peut alors déduire la capacité de charge des parcours de la station. Elle est de 1 241 UBT par an (soit 3,6 ha/UBT/an).

Tableau 1 Répartition par familles des espèces recensées dans la station.

Familles

Nombre de genres

Importance spécifique

Fréquences absolues (%)

Fréquences relatives (%)

Poaceae

14

16

28,1

Fabaceae

6

8

14,0

Amaranthaceae

2

3

5,3

Convolvulaceae

2

5

8,8

Capparidaceae

2

2

3,5

Aizoaceae

3

5

8,8

Pedaliaceae

2

2

3,5

Cucurbitaceace

2

2

3,5

Cyperaceae

2

3

5,3

Euphorbiaceae

2

2

3,5

Malvaceae

2

3

5,3

Tiliaceae

1

1

1,8

Hyacinthaceae

1

1

1,8

Commelinaceae

1

1

1,8

Caesalpiniaceae

1

1

1,8

Nyctaginaceae

1

1

1,8

Zygophyllaceae

1

1

1,8

Total

45

57

100

IC (%)

0,77



Tableau 2 Composition de la végétation pastorale et recouvrement moyen des espèces de la station.

Famille

Nombre de genres

Espèces

Fs

Cs

R (%)

Is

Vr = CsxIs

Poaceae

14

Dactyloctenium aegyptium (L.) Willd.

5 403

34,87

28,14

3

104,61

Brachiaria ramosa (L.) Stapf

709

4,58

3,69

3

13,73

Brachiaria mutica (Forssk) Stapf

1

0,01

0,01

3

0,02

Cenchrus biflorus Roxb.

280

1,81

1,46

3

5,42

Aristida mutabilis Trin. & Rupr.

2 066

13,33

10,76

3

40,00

Aristida funiculata Trin. & Rupr.

14

0,09

0,07

2

0,18

Eragrostis tremula Hochst. ex Steud.

50

0,32

0,26

3

0,97

Digitaria horizontalis Willd.

140

0,90

0,73

2

1,81

Panicum leatum Kunth.

643

4,15

3,35

3

12,45

Schoenefeldia gracilis Kunth.

765

4,94

3,98

3

14,81

Chloris virgata Sw.

441

2,85

2,30

3

8,54

Sorghum bicolor (L) Moench

29

0,19

0,15

3

0,56

Echinochloa colona (L.) Link

108

0,70

0,56

1

0,70

Tragus spp.

52

0,34

0,27

1

0,34

Loudetia hordeiformis (Stapf) Hubb.

5

0,03

0,03

1

0,03

Setaria pumila (Poir.) Roem. & Schult.

69

0,45

0,36

2

0,89

Zygophyllaceae

1

Tribulus terrestris L.

2 081

13,43

10,84

2

26,86

Commelinaceae

1

Commelina forskalaei Vhal

120

0,77

0,63

2

1,55

Amaranthaceae

2

Achyranthes aspera L.

75

0,48

0,39

2

0,97

Amaranthus spinosus L.

38

0,25

0,20

2

0,49

Amaranthus graecizans L.

11

0,07

0,06

0

0,00

 Convolvulaceae

2

Ipomoea kotschyana Hochst.

76

0,49

0,40

2

0,98

Ipomoea aquatica Forsk.

4

0,03

0,02

1

0,03

Ipomoea obscura (L.) Ker-Gawl var. obscura

22

0,14

0,11

1

0,14

Merremia pinnata (Choisy) Hall f.

66

0,43

0,34

2

0,85

Merremia tridentata (L.) Hall. f.

11

0,07

0,06

2

0,14

Capparidaceae

2

Cleome gynandra (L.)

65

0,42

0,34

1

0,42

Cleome viscosa L.

255

1,65

1,33

0

0,00

Aizoaceae

3

Limeum viscosum (Gay) Fenzl

14

0,09

0,07

0

0,00

Limeum pterocarpum (Gay) Heimerl

19

0,12

0,10

1

0,12

Mollugo cerviana (L.) Seringe.

246

1,59

1,28

0

0,00

Mollugo nudicaulis Lam.

50

0,32

0,26

0

0,00

Giseekia pharnacioîdes L..

14

0,09

0,07

1

0,09

Fabaceae

6

Alysicarpus ovalifoluis Schum, & Thonn.

398

2,57

2,07

3

7,71

Indigofera aspera Perr. ex DC.

150

0,97

0,78

2

1,94

Zornia glochidiata Reichb. ex DC.

162

1,05

0,84

3

3,14

Tephrosia purpurea (L.) Pers.

12

0,08

0,06

3

0,23

Tephrosia linearis (Willd.) Pers.

516

3,33

2,69

3

9,99

Sesbania leptocarpa DC.

3

0,02

0,02

2

0,04

Sesbania pachycarpa DC.

23

0,15

0,12

2

0,30

Crotalaria macrocalyx Benth.

2

0,01

0,01

2

0,03

Tiliaceae

1

Corchorus tridens L..

98

0,63

0,51

1

0,63

Cucurbitaceae

2

Citrullus lanatus (Thunb.) Matsumara & Nakai

12

0,08

0,06

2

0,15

Cucumis prophetarum L.

28

0,18

0,15

1

0,18

Malvaceae

2

Hibiscus esculentus L.

1

0,01

0,01

1

0,01

Hibiscus asper Hook. f.

7

0,05

0,04

1

0,05

Sida ovata Forsk.

1

0,01

0,01

0

0,00

Pedaliaceae

2

Sesamum alatum Thonn.

35

0,23

0,18

1

0,23

Ceratotheca sesamoïdes Endl.

2

0,01

0,01

1

0,01

Nyctaginaceae

1

Boerhavia erectal.

5

0,03

0,03

1

0,03

Hyacinthaceae

1

Dipcadi spp.

56

0,36

0,29

0

0,00

Cyperaceae

1

Cyperus rotundrus L.

15

0,10

0,08

2

0,19

Cyperus conglomeratus Rottb.

4

0,03

0,02

2

0,05

Fimbristylis spp.

1

0,01

0,01

1

0,01

Euphorbiaceae

2

Euphorbia aegyptiaca Boiss.

18

0,12

0,09

0

0,00

Phyllanthus pentandrus Schum. et Thonn.

3

0,02

0,02

0

0,00

Caesalpiniaceae

1

Cassia mimoides L.

1

0,01

0,01

1

0,01

Total

45

15 495

100

80,71

93

262,60



Tableau 3 Diversité floristique et valeur pastorale en fonction des unités de pâturage.

Bas-fond

Sol dunaire

Sol mixte

Ensemble des relevés

Nombre de relevés

12

11

11

34

Richesse spécifique

42

37

41

57

Shannon

3,91

3,21

2,81

3,51

Équitabilité

0,32

0,26

0,23

0,25

Valeur pastorale (%)

86,4

90,4

85,9

87,5



Tableau 4 Contributions spécifiques (en %) des différents groupes de familles rencontrés sur les unités de pâturage.

Bas-fond

Sol dunaire

Sol mixte

Ensemble des relevés

Graminées annuelles

66,0

74,5

68,0

69,5

Légumineuses annuelles

13,8

8,2

3,5

8,2

Autres

20,2

17,3

28,6

22,3

Conclusion

Le présent travail a porté sur l'étude de la flore et de la végétation herbacée de lastation sahélienne expérimentale de Toukounous. L'inventaire floristique a permis de recenser 57 espèces, réparties en 45 genres et 17 familles. Parmi ces familles, les plus importantes sont les Poaceae (14 genres) et les Fabaceae (6 genres). La production du parcours est estimée en moyenne à 2 733 kgMS à l'hectare. La valeur pastorale nette est égale à 87,5 %. En fonction des unités géomorphologiques, il a été montré que c'est la flore des bas-fonds et celle des sols mixtes (ou zone de transition entre les bas-fonds et les sols dunaires) qui sont les plus diversifiées. Toutefois la valeur pastorale ne varie pas selon le type de sol. Sur les sols dunaires, la richesse floristique est faible. Malgré la très forte exploitation pendant la saison sèche chaude, la station semble répondre à la demande des animaux, car dans le système actuel de gestion de la station, la charge en bétail ne dépasse jamais 1 000 UBT par an. Cependant, un suivi régulier par an avec des échantillonnages périodiques dans des parcelles permanentes est recommandé afin d'éviter des déséquilibres préjudiciables à la survie de nombreuses espèces spécifiques à ces milieux.

Références

1 Agonyissa B, Sinsin B. Productivité et capacité de charge des pâturages naturels au Bénin. Rev Med Elev Vet Pays Trop 1998 ; 51 : 239-46.

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3 Gouro SA, Yénikoye A. Étude préliminaire sur le comportement d'oestrus et la progestéronémie de la femelle zébu (Bos indicus) Azawak au Niger. Rev Med Elev Vet Pays Trop 1991 ; 44 : 100-3.

4 Achard F, Chanono M. Un système d'élevage performant bien adapté à l'aridité à Toukounous dans le Sahel Nigérien. Note méthodologique. Sécheresse 1995 ; 6 : 215-20.

5 Saidou O. Influence de la production laitière sur l'évolution pondérale des vaches et des veaux chez le zébu Azawak à la Station Sahélienne Expérimentale de Toukounous (NIGER). Mémoire de DEA. Dakar (Sénégal) : EISMV/Ucad, 2004.

6 Diatta S, Douma S, Chanono M, et al. Caractéristiques de Maerua crassifolia Forsk., ligneux fourrager de terres de parcours sahéliennes (Toukounous-Fillingué, Niger). RASPA 2004 ; 2 : 148-53.

7 Lebrun JP, Stork, AL. Numération des plantes à fleurs d'Afrique tropicale : Volume I à IV. Genève : Conservatoire et jardins botanique de la ville de Genève, 1991,1992, 1995, 1997.

8 Lefevre P. Les analyses de fourrage ligneux à l'IEMVT, d'après les dosages effectués au service alimentation. Paris : IEMVT, 1990.

9 Daget P, Godron M. Pastoralisme : troupeaux, espaces et sociétés. Paris : Hatier/Aupelf, 1995.

10 Daget P, Poissonet J. Une méthode d'analyse phytologique des prairies. Critères d'application. Ann Agron 1971 ; 22 : 5-41.

11 Daget P, Poissonet J. Notion de valeur pastorale. Repères 1990 ; 2 : 4-8.

12 Duvigneaud P. La Synthèse Ecologique. Paris : Doin, 1974.

13 Devineau JL, Leordier C, Vuattoux R. Évolution de la diversité spécifique du peuplement ligneux dans une succession préforestière de colonisation d'une savane protégée des feux (Lamto, Côte-d'Ivoire). Conservatoire et Jardin Botanique de la Ville de Genève 1984 ; 39 : 103-33.

14 Ramade F. Éléments d'écologie fondamentale. Montréal (Québec) : McGraw Hill, 1990.

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18 Boudet G. Manuel sur les pâturages tropicaux et les cultures fourragères. Paris : IEMVT; ministère de la Coopération et Développement, 1991.

19 Le Houerou HN. The grazing land ecosystems of the African Sahel. Berlin : Springer-Verlag, 1989.

20 Sinsin B. Influence de la topographie sur la production pluviale des pâturages herbacés des savanes soudaniennes du Nord-Bénin. Bamako, Mali : Actes Sémin. Int. Gestion Agroclimatique des Précipitations, 1991.

21 Tiendrebeogo JP, Sorg JP. Étude de la capacité de charge de la forêt classée de Gonzé. Ouagadougou (Burkina Faso) : GTZ, 1997.

22 Achard F, Boulkacim S, Gouro A. La station sahélienne d'élevage de Toukounous au Niger : productivité d'un système de production extensif amélioré. IV Congrès International des Terres de Parcours, Montpellier, 1991.

23 Adamou MR. Dynamique successionnelle de la végétation herbacée sur les jachères à Guiera senegalensis. In : Gmel JF, ed. Mémoire de fin d'étude, faculté d'agronomie de l'université Abdou Moumouni, Niamey. 1992.

24 Douma S, Diatta S, Chanono M, et al. Caractérisation des terres de parcours sahéliennes : typologie du peuplement ligneux de la Station sahélienne Expérimentale de Toukounous au Niger. Journal des Sciences 2007 ; 7 : 1-16.


 

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