ARTICLE
Auteur(s) : Ousseina
Saidou1, Soumana
Douma1, Ali
Zakou Djibo1, Riccardo
Fortina2
1Département des productions animales Université
A. Moumouni Faculté d'agronomie BP 10 960Niamey Niger
2Dipartimento di Scienze Zootecniche Università di
Torino Via L. da Vinci 44 10095 Grugliasco Italie
En zone sahélienne, les pâturages naturels jouent un rôle
important dans l'alimentation du bétail. Ils constituent la
base, et le plus souvent la totalité, des ressources alimentaires
des ruminants en élevage [1]. Plus de 90 % de l'énergie
consommée par les bovins proviennent des pâturages [2].
Dans cette région, le zébu Azawak suscite un intérêt croissant
dans les programmes d'élevage en raison de sa parfaite adaptation
au milieu aride et de ses performances de productivité tant
bouchère que laitière [3-6].
Au Niger, depuis plus de sept décennies (1931), une station
d'élevage a été créée avec pour mission principale la sélection et
la diffusion du zébu Azawak dans les élevages traditionnels.
Le système d'élevage est semi-extensif et le fourrage herbacé
est important, voire indispensable pour l'alimentation du cheptel
pendant toute l'année. La productivité bovine est conditionnée
par la fécondité, l'état sanitaire, le potentiel génétique du
troupeau et aussi la disponibilité alimentaire. Dans les conditions
d'élevage telles que celles de la station, la connaissance du
potentiel de production fourragère, tant quantitatif que
qualitatif, est nécessaire pour l'amélioration et la gestion du
pâturage. La présente étude a pour but d'apprécier la
composition floristique et la qualité des herbages dans les
différents faciès géomorphologiques de la station en vue de fournir
des éléments de gestion et d'amélioration adaptés aux conditions
actuelles.
Matériel et méthode
L'étude a été menée à la Station sahélienne expérimentale de
Toukounous (SSET) au cours de la période début juin-fin
septembre 2007. Cette station est située dans la vallée du
Dallol Bosso à 20 km au nord de Filingué et à 200 km
au nord-est de Niamey. Elle est localisée entre 14° 31’ de
latitude nord et 3° 18’ de longitude ouest [4].
Le climat est tropical semi-aride, de type sahélien, caractérisé
par une courte saison de pluies de juin à septembre et une saison
sèche de 9 mois. La température moyenne journalière varie
entre 20 °C et 45 °C et le taux d'humidité relative de
l'air peut atteindre 70 % en saison pluvieuse puis descendre à 30
%, voire 10 % en saison sèche chaude [6]. La pluviosité
moyenne interannuelle est de 351 mm.
Les sols sont sableux avec un relief ondulé dunaire comportant
des dépressions limono-argileuses souvent impraticables pour cause
d'inondation en période pluvieuse [4].
La référence nomenclatrice utilisée dans cette étude fait appel
à Lebrun et Stork [7]. La végétation herbacée est à dominance
de graminées annuelles (Schoenefeldia gracilis Kunth, Aristida
mutabilis Trin. & Rupr., Cenchrus biflorus Roxb.).
Le peuplement ligneux est dominé par Maerua crassifolia Forsk.
(arbuste réputé pour sa richesse en protéines) [8], Balanites
aegyptiaca (L.) Del., Acacia senegal (L.) Willd, Acacia tortilis
subsp. raddiana, Salvadora persica L., Commifora africana (A.
Rich.) Engl., Grewia flavesens Juss., Calotropis procera (Ait.) R.
Br., Ziziphus mauritiana Lam., Combretum glutinosum Perr.,
Combretum aculeatum Vent., Boscia angustifolia A. Rich. et Boscia
senegalensis (Pers.) Lam. [6].
La station couvre une superficie de 4 474 hectares
dont 4 400 hectares pâturables. Elle compte 5 grands
parcs subdivisés en 30 parcelles de superficies variables
(49 à 283 hectares). L'ensemble est clôturé avec du fil
de fer barbelé (figure 1).
Le cheptel est composé essentiellement de bovins de race
Azawak. Le système d'élevage est de type semi-extensif
amélioré. L'alimentation des animaux repose sur l'exploitation du
pâturage naturel. Ils reçoivent un complément en sels sous
forme de pierre à lécher pendant la saison des pluies et une partie
de la saison froide. Les vaches laitières, les gestantes et
certains animaux affaiblis ou malades reçoivent des aliments
complémentaires (graines de coton, tourteaux d'arachide et son de
blé) entre novembre et juin. L'abreuvement des animaux se fait ad
libitum.
La vaccination contre les principales épizooties et le
déparasitage sont systématiques à la station. Des soins sont
régulièrement apportés aux animaux malades.
Le dispositif de mesure de la végétation herbacée et les relevés
floristiques de cette étude sont fondés sur la méthode des
transects. Dans chaque parcelle, des transects parallèles distants
de 500 m les uns des autres sont disposés. Le long de
chaque transect, des carrés de 50 mètres de côté distants de
200 m sont délimités et utilisés pour faire les relevés
floristiques (figure 1).
Pour décrire et quantifier la végétation herbacée, deux méthodes
complémentaires sont employées : la méthode des points quadrats
alignés de Daget et Poissonnet [9-11] pour faire ressortir les
paramètres d'appréciation de l'état de dégradation de la station et
la méthode de récolte de phytomasse pour quantifier le potentiel
fourrager disponible.
Choix des parcelles d'observation
Trois parcelles de superficie respective de 114, 127, et
263 hectares ont été retenues. Le choix de ces parcelles
réside dans leur représentativité par rapport aux différentes
situations physionomiques et géomorphologiques des parcs de la
station.
Méthode des points quadrats alignés
La méthode consiste à recenser la présence des espèces herbacées à
la verticale de 100 « points » positionnés sur une ficelle de
20 m de longueur graduée tous les 20 cm et tendue
au-dessus du tapis herbacé. On déplace perpendiculairement au sol,
le long de cette ficelle, une tige métallique fine qui est chaque
fois descendue jusqu'au sol. On enregistre toutes les espèces
herbacées qui sont en contact avec la tige métallique. Plusieurs
espèces peuvent être notées au même point de lecture mais chaque
espèce n'est recensée qu'une seule fois. Si en revanche aucun
végétal ne touche la tige métallique on note la présence d'un sol
nu. Pour chaque parcelle élémentaire (placeau de
2 500 m2), 100 points de lecture sont
effectués sur les demi-diagonales, ce qui donne 400 points de
lecture pour chacune des parcelles élémentaires (figure 1).
Les données recueillies sur les fiches de relevés sont saisies
et traitées à l'aide du logiciel Excel. Les descripteurs
suivants sont déterminés comme suit :
- – la fréquence spécifique (Fsi) d'une espèce (i) qui
représente la somme cumulée des contacts de cette espèce sur la
ligne de lecture ;
- – la contribution spécifique, notée :
où :
Fsi est égale à la fréquence spécifique de l'espèce i
représentant la somme des contacts de cette espèce sur la ligne de
lecture ;
∑Fsi est la somme des contacts de toutes les espèces et Csi la
contribution spécifique de l'espèce i.
- – l'intervalle de confiance ou indice de confiance (IC)
ou précision des mesures qui permet d'indiquer la variation du
recouvrement ainsi que la limite d'homogénéité d'une unité
d'observation. Lorsque IC ≤ 5 %, on considère que l'effet du hasard
est éliminé ; la fréquence centésimale équivaut alors au
recouvrement [11, 12].L'intervalle de confiance (IC) ou indice de
confiance est donné par la formule :
où :
N est l'effectif cumulé des contacts de l'ensemble des espèces,
n l'effectif cumulé des contacts de l'espèce dominante ;
- – le recouvrement spécifique est le rapport entre la
fréquence spécifique de l'espèce (i) sur le nombre total des points
de lecture du relevé ;Le recouvrement global (RG) a été calculé par
la formule suivante :
où :
N est le nombre total de contact et ni le nombre de points où le
sol est nu.
- – la structure spécifique des espèces a été analysée à
l'aide des indices de diversité de Shannon-Weiner et de régularité
de Pielou (E). Ces indices de diversité et de régularité sont
évalués sur des relevés dans le but d'apprécier le niveau
d'organisation du peuplement. L'indice de diversité de
Shannon-Wiener (H) est fondé sur la théorie de l'information.
Il est exprimé en bits, les valeurs extrêmes étant comprises
entre 0,5 (diversité très faible) et 4,5 bits environ (très grandes
diversités). On lui associe l'indice d'équitabilité (ou indice de
régularité) qui est, en termes de comparaison, plus rigoureux que
l'indice de diversité [13]. L'indice de régularité varie entre
0 et 1. Il tend vers 0 lorsque la quasi-totalité des
effectifs appartiennent à une seule espèce et tend vers
1 lorsque chacune des espèces est représentée par le même
nombre d'individus [14].Les formules utilisées pour calculer ces
indices sont :
où :
pi = ni/N = proportion des individus dans l'échantillon total
qui appartiennent à l'espèce i ; ni = nombre d'individus d'une
espèce i ; N = nombre total d'individus dans le parcours ;
log2 = logarithme base 2 et H = indice de diversité
de Shannon exprimé en bits :
où :
Hmax est égal à log2 (ni /N) /∑Fsi
Méthode d'estimation de la biomasse herbacée
La méthode utilisée est celle de la récolte intégrale des carrés de
rendement [9, 13] qui consiste à poser des carrés de 1 m de
côté et à couper au plus bas possible tout le contenu en herbe en
prenant la précaution de ne pas déraciner l'herbe. Les carrés
sont jetés au hasard sur les bandes enherbées. Au total,
30 carrés de rendement de 1 m2 on été récoltés
dans chaque parcelle au stade floraison-fructification (entre le
20 et le 24 septembre), soit un total de 90 carrés.
Ces données, associées aux résultats des relevés floristiques,
permettent le calcul de la valeur pastorale et de la capacité de
charge du parcours.
Détermination de la valeur pastorale
La valeur pastorale (VP) ou indice global de qualité fourragère des
herbacées est déterminée sur la base de la contribution spécifique
et de l'indice de qualité des espèces (Is) [10, 11]. L'indice de
qualité, pour les espèces herbacées des terres de parcours de la
zone sahélienne, est établi sur une échelle de cotation à quatre
classes [15] avec : 0 : VP nulle ; 1 : VP faible ; 2 :
VP moyenne ; 3 : VP bonne.
La valeur pastorale relative est donnée par la formule :
où :
Vr est la valeur relative de cette espèce dans le parcours, Csi
la contribution spécifique de l'espèce i et Isi son indice
spécifique de qualité.
L'indice global (ou synthétique) de qualité ou valeur pastorale
nette d'un parcours (Vp) est égal au tiers de la somme des valeurs
pastorales relatives [10, 11] soit :
La quantité de fourrage qualifié (biomasse utile) (Q) est
obtenue en multipliant la production récoltée par la valeur de cet
indice synthétique de qualité pastorale [16].
où :
P est la production totale brute en kilogrammes de matière sèche
par hectare et Vp la valeur pastorale nette, MS désignant la
matière sèche.
Estimation de la capacité de charge
du pâturage
La capacité de charge d'un pâturage est la quantité de bétail que
peut supporter le pâturage sans se détériorer, le bétail devant
rester en bon état d'entretien, voire prendre du poids ou produire
du lait pendant son séjour sur le pâturage [17].
La charge saisonnière en journées de pâture est calculée pour
une UBT (unité de bétail tropical) consommant 6,25 kg de
matière sèche par jour et ne pouvant prélever d'un tiers de cette
biomasse à condition qu'il n'y ait pas de destructions de stock de
fourrage par le feu [18]. Les capacités de charge à
différentes périodes de l'année peuvent être alors calculées sur la
base des phytomasses consommables selon la formule :
Où :
Jp/UBT nombre de journées de pâture d'une UBT, K est égal à 1/3
de la proportion de biomasse que peut prélever le bétail sur un
parcours au Sahel et Kg MS sont des kilogrammes de matière
sèche.
Résultats et discussion
La végétation herbacée de la station est riche de 57 espèces,
réparties en 45 genres et 17 familles (tableau 1). Ces familles peuvent être
regroupées en trois lots :
- – un lot de 6 familles (Tiliaceae, Nyctaginaceae,
Hyacinthaceae, Caesalpiniaceae, Commelinaceae et Zygophyllaceae)
représentées chacune par un seul genre et une seule espèce ;
- – un lot de 9 familles, dont les Amaranthaceae,
Convolvulaceae, Capparidaceae, Pedaliaceae, Cucurbitaceae,
Cyperaceae, Euphorbiaceae et Malvaceae, comportant chacune
2 genres, et les Aizoaceae avec 3 genres.
Ces familles totalisent 27 espèces ;
- – un troisième lot de 2 familles (Poaceae et
Fabaceae) avec 20 genres et 24 espèces.
La fréquence relative des espèces du premier lot est inférieure
à 2 %. Celle du deuxième lot est comprise entre 3 et 9 %.
La famille des Poaceae appartenant au troisième lot est la
plus représentée avec 14 genres et 16 espèces et
constitue 28 % des espèces recensées. Elle est suivie de la famille
des Fabaceae (6 genres et 8 espèces). Cette dernière
représente 14 % des espèces recensées. Les fréquences et
contributions spécifiques des espèces inventoriées sont rassemblées
dans le tableau 2.
Sur chacune des trois parcelles inventoriées, 34 relevés
ont été effectués. Sur les 15 495 individus recensés,
6 espèces ont totalisé une contribution spécifique de 75,3 %.
Il s'agit de Dactyloctenium aegyptium (L.) Willd. (34,9 %),
Tribulus terrestris L. (13,5 %), Aristida mutabilis (13,3 %),
Schoenefeldia gracilis (5 %), Brachiaria ramosa (L.) Stapf (4,6 %)
et Panicum laetum Kunth (4,2 %). Les autres espèces sont très
faiblement représentées et leur contribution spécifique est
inférieure à 4 %. Parmi les espèces dominantes, 5 ont un
indice de qualité bon et une seule espèce (Tribulus terrestris L.)
a un indice de qualité moyen. Cela amène à dire que le fourrage de
la station est de bonne qualité.
L'indice de confiance calculé pour l'ensemble des relevés est de
0,8 %. Il est de 1,1 % dans les bas-fonds, 1,4 % sur les sols
dunaires et 1,3 % au niveau des sols mixtes. L'effet du hasard est
donc négligeable sur les différents types de sols.
Le recouvrement herbacé est globalement élevé (80,7 %).
Cependant, le recouvrement spécifique est généralement faible pour
toutes les espèces (inférieur à 30 %). Selon le recouvrement, les
espèces peuvent être classées en deux groupes. Le premier
groupe rassemble les espèces ayant un recouvrement supérieur à 10
%. Ce sontDactyloctenium aegyptium (28,1 %), Tribulus terrestris L.
(10,8 %) et Aristida mutabilis (10,8 %). Le second groupe est
constitué par les autres espèces dont le recouvrement est inférieur
à 10 %. Toutefois, la contribution des espèces dominantes au
recouvrement global est de 60,8 %.
Trois types d'unités de pâturage ont été identifiés à la
station. Ce sont les sols dunaires à structure sablonneuse,
les sols des dépressions limono-argileuses et les sols mixtes qui
sont intermédiaires entre les dunes et les dépressions.
Parmi les 57 espèces recensées, 24 sont communes aux
trois unités de pâturage (soit 42,1 %), 18 espèces (31,6 %)
sont présentes sur une seule unité et 15 espèces (26,3 %) au
niveau de deux unités.
En fonction des unités géomorphologiques, les espèces recensées
se répartissent comme suit : 42 espèces dans les bas-fonds,
41 sur les sols mixtes et 37 sur les sols dunaires.
Les espèces de bonne valeur pastorale (note 3) sont importantes
dans les trois faciès géomorphologiques. Elles ont participé pour
86,7 % (sols dunaires), 85,5 % (bas-fonds) et 81,9 % (sols mixtes)
à l'indice global de qualité. Les espèces de valeur pastorale
moyenne (note 2) se rencontrent plus dans les bas-fonds et sur les
sols mixtes. Celles qui ont de faibles valeurs pastorales (note 1)
se retrouvent surtout sur les sols dunaires.
La contribution des espèces de valeur pastorale moyenne à
l'indice global de qualité varie entre 12,4 % (bas-fonds) et 17,2 %
(sols mixtes). Les plantes de faible valeur pastorale et sans
valeur pastorale, du fait de leurs faibles contributions
spécifiques, ont participé très peu aux valeurs pastorales.
La valeur pastorale a très peu varié au niveau des différentes
unités. En effet, elle est de 90,4 sur les sols dunaires ; 86,4
dans les bas-fonds et 85,9 pour des sols mixtes.
D'une manière générale, la majorité des espèces recensées dans
les parcours de la station ont de bonnes valeurs pastorales.
La valeur pastorale est globalement bonne (87,5 %), (tableau 3). La disponibilité en eau
du sol, directement liée à la topographie, a certainement joué un
rôle important [19, 20]. Ces résultats confirment ceux déjà
avancés précédemment sur la composition floristique du
pâturage.
Le recouvrement global du sol des parcours de la station est de
80,7 %. Il varie peu entre les différentes unités de pâturage.
Il est de 88,3 % pour les sols mixtes ; 80,8 %, pour les sols
dunaires et 73,1 % pour les bas-fonds avec un écart type moyen de
7%. Toutefois, les recouvrements spécifiques des herbacées au
niveau des unités de pâturage sont en général faibles. En effet,
une seule espèce possède un recouvrement spécifique supérieur à 10
% dans les trois unités géomorphologiques. Il s'agit de
Dactyloctenium aegyptium avec 12,7 % dans les bas-fonds, 30,3 % sur
les sols dunaires et 41,6 % sur les sols mixtes. L'espèce Tribulus
terrestris a un recouvrement supérieur à 10 % (15,3 %) sur les sols
mixtes. Quant à Aristida mutabilis, son recouvrement est supérieur
à 10 % au niveau des bas-fonds etdes sols dunaires. L'espèce
Panicum laetum est présente uniquement dans les bas-fonds avec un
recouvrement spécifique de 10 %.
Les degrés de l'homogénéité spatiale et interne des espèces
appréciées respectivement par l'indice de diversité de Shannon et
l'indice d'équitabilité pour les trois faciès géomorphologiques de
la station sont présentés dans le tableau 3.
Sur la base des listes floristiques et de l'abondance des
espèces dominantes, deux types de pâturages ont été identifiés.
Ce sont les pâturages à Dactyloctenium aegyptium et Aristida
mutabilis et les pâturages à Dactyloctenium aegyptium et Tribulus
terrestris :
- – les pâturages à Dactyloctenium aegyptium et Aristida
mutabilis caractérisent deux unités de végétation, à savoir :
- • les pâturages des dépressions (sols de bas-fonds
limono-argileux) où la proportion des espèces dominantes est faible
(6 espèces dominantes sur les 42 recensées soit 14,3 %).
Les indices de diversité (H) et d'équitabilité (E) sont
respectivement de 3,91 et 0,32. Les valeurs de E dans les
bas-fonds expriment une distribution spatiale plus ou moins
régulière des individus par espèce. L'indice H indique une grande
diversité floristique au niveau des sols de bas-fonds ;
- • les pâturages des dunes avec 37 espèces
recensées. L'indice de diversité de Shannon est égal à 3,21 bits et
l'indice d'équitabilité est de 0,26. Ces valeurs indiquent une
diversité du couvert végétal ainsi que la dominance d'un groupe
d'espèces ;
- – les pâturages à Dactyloctenium aegyptium et Tribulus
terrestris des sols mixtes. Dans cette unité de pâturage, deux
espèces ont les effectifs les plus élevés ; il s'agit de
Dactyloctenium aegyptium (41,6 %) et de Tribulus terrestris (15,3
%). Le nombre d'espèces recensées est de 41. L'indice de
diversité H est égal à 2,81 bits et l'équitabilité E est égale à
0,23. Dans ce type de pâturage le phénomène de dominance d'un
groupe d'espèces est beaucoup plus marqué que dans les unités de
pâturage précédentes.
En fonction des différentes unités de pâturage, les espèces
inventoriées peuvent être regroupées en trois groupes de familles
(tableau 4). Il y a le groupe
des graminées annuelles, celui des légumineuses annuelles et enfin
le troisième groupe qui rassemble toutes les autres familles
recensées. Aucune espèce vivace n'a été recensée.
Le groupe des graminées annuelles (Poaceae) est de loin le plus
rencontré sur les unités de pâturage avec des contributions
spécifiques de 64, 74,5 et 6 % et 68 % respectivement dans les
bas-fonds, sur les sols dunaires et les sols mixtes. En revanche,
la famille des légumineuses (Fabaceae) est faiblement représentée
au niveau de la station avec un taux global de 8,2 % sur l'ensemble
des relevés. Les légumineuses sont rares au niveau des sols
dunaires (contribution spécifique de 3,5 %). Les autres groupes de
familles se rencontrent également dans toutes les unités de
pâturage. Ils représentent 28,5 % des espèces sur les sols
mixtes, 20,3 % dans les bas-fonds et enfin 17,3 % pour des sols
dunaires.
Cette dominance des graminées annuelles sur les pâturages
naturels peut être considérée comme un indice de pression, puisque
le bétail exerce une consommation sélective de la phytomasse. Cette
consommation sélective favorise les espèces les moins
consommées ou refusées au détriment de celles qui sont
appréciées.
Aussi, les graminées sont des espèces qui résistent aux
différentes perturbations car elles développent une stratégie leur
permettant de se maintenir et de se développer dans un
environnement perturbé. Tiendrebeogo et Sorg [21] au Burkina Faso
expliquent cet état de fait par la forte fréquentation ou surcharge
en saison pluvieuse qui entraîne une dégradation importante du
couvert végétal : le piétinement en saison des pluies provoque
d'abord un tassement de l'horizon superficiel peu profond, de même
la tonte rase des annuelles par le bétail entraîne une réduction
importante du couvert végétal et un affaiblissement des
possibilités de régénération des vivaces, d'où la colonisation des
plages nues par Dactyloctenium aegyptium, Tribulus terrestris et
Zornia glochidiata Reich. ex DC. La présence de ces espèces
indique une dégradation de la structure du sol et la nécessité de
modérer la fréquentation en période pluvieuse. Cet aspect a été
déjà souligné par Achard et al. [22] et Adamou [23] sur le
même parcours. Toutefois, l'unité de pâturage la plus diversifiée
et la moins colonisée par ces espèces reste le bas-fond suivi des
sols mixtes puis les sols dunaires. Cela s'explique par
l'inaccessibilité de ces aires par le bétail en saison pluvieuse.
Douma et al. [24] expliquent cette hétérogénéité par deux
types de facteurs : le sol qui favorise la concentration des eaux
de pluies et la topographie qui assure la redistribution dans le
milieu.
La production de ces parcours pendant la période de récolte
(20-24 septembre) est en moyenne de
273,3 gMS/m2, soit une production de
2 733 km/ha et avec une valeur pastorale nette estimée à
87,5 %. La quantité de fourrage qualifié (utile) est d'environ
643,6 kgMS à l'hectare. De ce fait, la capacité de charge
peut être estimée à 453 080 journées de pâture de l'UBT.
On peut alors déduire la capacité de charge des parcours de la
station. Elle est de 1 241 UBT par an (soit
3,6 ha/UBT/an).
Tableau 1 Répartition par familles
des espèces recensées dans la station.
|
Familles
|
Nombre de genres
|
Importance spécifique
|
|
Fréquences absolues (%)
|
Fréquences relatives (%)
|
|
Poaceae
|
14
|
16
|
28,1
|
|
Fabaceae
|
6
|
8
|
14,0
|
|
Amaranthaceae
|
2
|
3
|
5,3
|
|
Convolvulaceae
|
2
|
5
|
8,8
|
|
Capparidaceae
|
2
|
2
|
3,5
|
|
Aizoaceae
|
3
|
5
|
8,8
|
|
Pedaliaceae
|
2
|
2
|
3,5
|
|
Cucurbitaceace
|
2
|
2
|
3,5
|
|
Cyperaceae
|
2
|
3
|
5,3
|
|
Euphorbiaceae
|
2
|
2
|
3,5
|
|
Malvaceae
|
2
|
3
|
5,3
|
|
Tiliaceae
|
1
|
1
|
1,8
|
|
Hyacinthaceae
|
1
|
1
|
1,8
|
|
Commelinaceae
|
1
|
1
|
1,8
|
|
Caesalpiniaceae
|
1
|
1
|
1,8
|
|
Nyctaginaceae
|
1
|
1
|
1,8
|
|
Zygophyllaceae
|
1
|
1
|
1,8
|
|
Total
|
45
|
57
|
100
|
|
IC (%)
|
0,77
|
Tableau 2 Composition de la végétation
pastorale et recouvrement moyen des espèces
de la station.
|
Famille
|
Nombre de genres
|
Espèces
|
Fs
|
Cs
|
R (%)
|
Is
|
Vr = CsxIs
|
|
Poaceae
|
14
|
Dactyloctenium aegyptium (L.) Willd.
|
5 403
|
34,87
|
28,14
|
3
|
104,61
|
|
Brachiaria ramosa (L.) Stapf
|
709
|
4,58
|
3,69
|
3
|
13,73
|
|
Brachiaria mutica (Forssk) Stapf
|
1
|
0,01
|
0,01
|
3
|
0,02
|
|
Cenchrus biflorus Roxb.
|
280
|
1,81
|
1,46
|
3
|
5,42
|
|
Aristida mutabilis Trin. & Rupr.
|
2 066
|
13,33
|
10,76
|
3
|
40,00
|
|
Aristida funiculata Trin. & Rupr.
|
14
|
0,09
|
0,07
|
2
|
0,18
|
|
Eragrostis tremula Hochst. ex Steud.
|
50
|
0,32
|
0,26
|
3
|
0,97
|
|
Digitaria horizontalis Willd.
|
140
|
0,90
|
0,73
|
2
|
1,81
|
|
Panicum leatum Kunth.
|
643
|
4,15
|
3,35
|
3
|
12,45
|
|
Schoenefeldia gracilis Kunth.
|
765
|
4,94
|
3,98
|
3
|
14,81
|
|
Chloris virgata Sw.
|
441
|
2,85
|
2,30
|
3
|
8,54
|
|
Sorghum bicolor (L) Moench
|
29
|
0,19
|
0,15
|
3
|
0,56
|
|
Echinochloa colona (L.) Link
|
108
|
0,70
|
0,56
|
1
|
0,70
|
|
Tragus spp.
|
52
|
0,34
|
0,27
|
1
|
0,34
|
|
Loudetia hordeiformis (Stapf) Hubb.
|
5
|
0,03
|
0,03
|
1
|
0,03
|
|
Setaria pumila (Poir.) Roem. & Schult.
|
69
|
0,45
|
0,36
|
2
|
0,89
|
|
Zygophyllaceae
|
1
|
Tribulus terrestris L.
|
2 081
|
13,43
|
10,84
|
2
|
26,86
|
|
Commelinaceae
|
1
|
Commelina forskalaei Vhal
|
120
|
0,77
|
0,63
|
2
|
1,55
|
|
Amaranthaceae
|
2
|
Achyranthes aspera L.
|
75
|
0,48
|
0,39
|
2
|
0,97
|
|
Amaranthus spinosus L.
|
38
|
0,25
|
0,20
|
2
|
0,49
|
|
Amaranthus graecizans L.
|
11
|
0,07
|
0,06
|
0
|
0,00
|
|
Convolvulaceae
|
2
|
Ipomoea kotschyana Hochst.
|
76
|
0,49
|
0,40
|
2
|
0,98
|
|
Ipomoea aquatica Forsk.
|
4
|
0,03
|
0,02
|
1
|
0,03
|
|
Ipomoea obscura (L.) Ker-Gawl var. obscura
|
22
|
0,14
|
0,11
|
1
|
0,14
|
|
Merremia pinnata (Choisy) Hall f.
|
66
|
0,43
|
0,34
|
2
|
0,85
|
|
Merremia tridentata (L.) Hall. f.
|
11
|
0,07
|
0,06
|
2
|
0,14
|
|
Capparidaceae
|
2
|
Cleome gynandra (L.)
|
65
|
0,42
|
0,34
|
1
|
0,42
|
|
Cleome viscosa L.
|
255
|
1,65
|
1,33
|
0
|
0,00
|
|
Aizoaceae
|
3
|
Limeum viscosum (Gay) Fenzl
|
14
|
0,09
|
0,07
|
0
|
0,00
|
|
Limeum pterocarpum (Gay) Heimerl
|
19
|
0,12
|
0,10
|
1
|
0,12
|
|
Mollugo cerviana (L.) Seringe.
|
246
|
1,59
|
1,28
|
0
|
0,00
|
|
Mollugo nudicaulis Lam.
|
50
|
0,32
|
0,26
|
0
|
0,00
|
|
Giseekia pharnacioîdes L..
|
14
|
0,09
|
0,07
|
1
|
0,09
|
|
Fabaceae
|
6
|
Alysicarpus ovalifoluis Schum, & Thonn.
|
398
|
2,57
|
2,07
|
3
|
7,71
|
|
Indigofera aspera Perr. ex DC.
|
150
|
0,97
|
0,78
|
2
|
1,94
|
|
Zornia glochidiata Reichb. ex DC.
|
162
|
1,05
|
0,84
|
3
|
3,14
|
|
Tephrosia purpurea (L.) Pers.
|
12
|
0,08
|
0,06
|
3
|
0,23
|
|
Tephrosia linearis (Willd.) Pers.
|
516
|
3,33
|
2,69
|
3
|
9,99
|
|
Sesbania leptocarpa DC.
|
3
|
0,02
|
0,02
|
2
|
0,04
|
|
Sesbania pachycarpa DC.
|
23
|
0,15
|
0,12
|
2
|
0,30
|
|
Crotalaria macrocalyx Benth.
|
2
|
0,01
|
0,01
|
2
|
0,03
|
|
Tiliaceae
|
1
|
Corchorus tridens L..
|
98
|
0,63
|
0,51
|
1
|
0,63
|
|
Cucurbitaceae
|
2
|
Citrullus lanatus (Thunb.) Matsumara & Nakai
|
12
|
0,08
|
0,06
|
2
|
0,15
|
|
Cucumis prophetarum L.
|
28
|
0,18
|
0,15
|
1
|
0,18
|
|
Malvaceae
|
2
|
Hibiscus esculentus L.
|
1
|
0,01
|
0,01
|
1
|
0,01
|
|
Hibiscus asper Hook. f.
|
7
|
0,05
|
0,04
|
1
|
0,05
|
|
Sida ovata Forsk.
|
1
|
0,01
|
0,01
|
0
|
0,00
|
|
Pedaliaceae
|
2
|
Sesamum alatum Thonn.
|
35
|
0,23
|
0,18
|
1
|
0,23
|
|
Ceratotheca sesamoïdes Endl.
|
2
|
0,01
|
0,01
|
1
|
0,01
|
|
Nyctaginaceae
|
1
|
Boerhavia erectal.
|
5
|
0,03
|
0,03
|
1
|
0,03
|
|
Hyacinthaceae
|
1
|
Dipcadi spp.
|
56
|
0,36
|
0,29
|
0
|
0,00
|
|
Cyperaceae
|
1
|
Cyperus rotundrus L.
|
15
|
0,10
|
0,08
|
2
|
0,19
|
|
Cyperus conglomeratus Rottb.
|
4
|
0,03
|
0,02
|
2
|
0,05
|
|
Fimbristylis spp.
|
1
|
0,01
|
0,01
|
1
|
0,01
|
|
Euphorbiaceae
|
2
|
Euphorbia aegyptiaca Boiss.
|
18
|
0,12
|
0,09
|
0
|
0,00
|
|
Phyllanthus pentandrus Schum. et Thonn.
|
3
|
0,02
|
0,02
|
0
|
0,00
|
|
Caesalpiniaceae
|
1
|
Cassia mimoides L.
|
1
|
0,01
|
0,01
|
1
|
0,01
|
|
Total
|
45
|
|
15 495
|
100
|
80,71
|
93
|
262,60
|
Tableau 3 Diversité floristique et valeur
pastorale en fonction des unités de pâturage.
|
Bas-fond
|
Sol dunaire
|
Sol mixte
|
Ensemble des relevés
|
|
Nombre de relevés
|
12
|
11
|
11
|
34
|
|
Richesse spécifique
|
42
|
37
|
41
|
57
|
|
Shannon
|
3,91
|
3,21
|
2,81
|
3,51
|
|
Équitabilité
|
0,32
|
0,26
|
0,23
|
0,25
|
|
Valeur pastorale (%)
|
86,4
|
90,4
|
85,9
|
87,5
|
Tableau 4 Contributions spécifiques (en %)
des différents groupes de familles rencontrés
sur les unités de pâturage.
|
Bas-fond
|
Sol dunaire
|
Sol mixte
|
Ensemble des relevés
|
|
Graminées annuelles
|
66,0
|
74,5
|
68,0
|
69,5
|
|
Légumineuses annuelles
|
13,8
|
8,2
|
3,5
|
8,2
|
|
Autres
|
20,2
|
17,3
|
28,6
|
22,3
|
Conclusion
Le présent travail a porté sur l'étude de la flore et de la
végétation herbacée de lastation sahélienne expérimentale de
Toukounous. L'inventaire floristique a permis de recenser
57 espèces, réparties en 45 genres et 17 familles.
Parmi ces familles, les plus importantes sont les Poaceae (14
genres) et les Fabaceae (6 genres). La production du parcours
est estimée en moyenne à 2 733 kgMS à l'hectare.
La valeur pastorale nette est égale à 87,5 %. En fonction des
unités géomorphologiques, il a été montré que c'est la flore des
bas-fonds et celle des sols mixtes (ou zone de transition entre les
bas-fonds et les sols dunaires) qui sont les plus diversifiées.
Toutefois la valeur pastorale ne varie pas selon le type de sol.
Sur les sols dunaires, la richesse floristique est faible. Malgré
la très forte exploitation pendant la saison sèche chaude, la
station semble répondre à la demande des animaux, car dans le
système actuel de gestion de la station, la charge en bétail ne
dépasse jamais 1 000 UBT par an. Cependant, un suivi régulier
par an avec des échantillonnages périodiques dans des parcelles
permanentes est recommandé afin d'éviter des déséquilibres
préjudiciables à la survie de nombreuses espèces spécifiques à ces
milieux.
Références
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charge des pâturages naturels au Bénin. Rev Med Elev Vet Pays Trop
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