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Science et changements planétaires / Sécheresse
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The use of a Landsat image to assess the morphometry of a dune field in the Moroccan southwest Sahara


Science et changements planétaires / Sécheresse. Volume 21, Number 1, 54-62, janvier-février-mars 2010, Article de recherche

DOI : 10.1684/sec.2010.0229

Résumé   Summary  

Author(s) : Imad Lekouch, Pierre Rognon, Belkacem Kabbachi, Mohammed Benssaou, Abdelkarim Ezaidi , Université Ibn Zohr d’Agadir BP Cite Dakhla 8106  80 000 Agadir Maroc, Université Pierre et Marie Curie Case 114  4 place Jussieu 75252 Paris cedex 05  France, Université Ibn Zohr d’Agadir Département de géologie BP Cite Dakhla 8106  80 000 Agadir Maroc.

Summary : The evolution study of sand dunes has progressively improved with the involvement of remote-sensing data and geographical information system (GIS) technology. The example presented here concerns the dune corridor in the southwestern part of Morocco. The Landsat ETM + imagery acquired in 2000 enriched our data so that we can now analyse morphological parameters of dunes over a distance of 80 km. Digital image processing has afforded us more robust information concerning the shapes, orientations and the interactions between dunes generated by winds coming mostly from the NNE. The integration of GIS facilitates the examination of the different components that influence the evolution of dunes. All such recorded information can be interrogated separately or put into relation. The characterization of the topographic map of the studied region makes it possible to create a numerical model of altitude (MNA) that serves to enrich our understanding of the impact of topography on dunes.

Keywords : geomorphology, GIS, Morocco, sand dune, remote sensing, satellite imaging

Pictures

ARTICLE

Auteur(s) : Imad Lekouch1,2, Pierre Rognon2, Belkacem Kabbachi3, Mohammed Benssaou3, Abdelkarim EzaidiAbdelkarim EzaidiAbdelkarim Ezaidi3

1Université Ibn Zohr d’Agadir BP Cite Dakhla 8106  80 000 Agadir Maroc
2Université Pierre et Marie Curie Case 114  4 place Jussieu 75252 Paris cedex 05  France
3Université Ibn Zohr d’Agadir Département de géologie BP Cite Dakhla 8106  80 000 Agadir Maroc

L’ampleur de l’ensablement des régions littorales à partir de Tarfaya jusqu’à l’Extrême-Sud du Maroc est due à l’extrême aridité qui règne sur ce littoral bordé par le courant froid des Canaries. Mais il s’explique surtout par l’action de l’alizé maritime qui souffle en permanence du N-NE au S-SW et entraîne les particules sableuses des horizons superficiels des sols, facilement mobilisées à cause de la rareté de la végétation, et qui est encore accentuée par la désertification. Ces sables d’origine locale viennent s’ajouter au flux principal qui provient des plages entre Foum Agoutir et Tarfaya, là où le littoral, orienté Est-Ouest, est perpendiculaire à la direction de l’alizé. Ces plages du Nord fournissent l’essentiel du sable des dunes qui se succèdent sans interruption le long de trois bandes sableuses, appelées « fleuves de sable » ou couloirs dunaires ou, plus souvent encore, corridors. Ces corridors ont une direction N-NE-S-SW imposée par l’alizé et sont donc parallèles à la côte. Le corridor oriental s’étend de Foum Agoutir jusqu’à la Sakia El Hamra sur une longueur de 150 km. Le corridor central, plus court, prend sa « source » à quelques dizaines de kilomètres de Tarfaya pour disparaître vers la sebkha1 de Tah tandis que le corridor occidental, le plus proche de la côte, atteint une longueur de 310 km puisqu’il se prolonge jusqu’à plus de 200 km au sud de Laâyoune.

Les dunes qui forment ces corridors sont principalement des barkhanes, dunes très mobiles en forme de croissant qui entraînent de sérieux risques d’ensablement chaque fois que des installations humaines se fixent à proximité des corridors N-NE-S-SW le long desquels elles se déplacent [1].

Il est donc essentiel de comprendre le comportement de ces dunes dont la forme se modifie en permanence le long de leur parcours. La première étape consiste à classer ces formes dunaires pour pouvoir ensuite les cartographier et suivre leur évolution par télédétection. Cette région a été étudiée à partir de la couverture de photos aériennes IGN-Maroc de Hersen [2] en vue de préciser la répartition des formes et la dynamique des barkhanes mais sans utiliser les images satellitaires, plus indiquées pour suivre l’évolution des dunes dans le temps en permettant une analyse globale sur l’intégralité du corridor. C’est pourquoi nous avons choisi une image Landsat ETM+ acquise en 2000 [3], représentant la partie nord du corridor occidental selon un transect situé tout près de l’océan, depuis le cap Juby jusqu’à Laâyoune sur une longueur de 80 km. Dans le cadre de cette étude, nous exposons dans cet article quelques résultats méthodologiques obtenus sur ces corridors par l’étude de cette image. Cette étude pourra être comparée à d’autres images du même secteur prises à des dates différentes pour étudier la dynamique des barkhanes dans le temps. Cette méthode de télédétection est plus accessible pour des chercheurs disposant de moyens limités, par exemple une image Landsat de faible résolution mais sans la couverture de photos aériennes.

Présentation de la zone étudiée

Contexte régional

Le bassin sédimentaire de Tarfaya est situé au sud-ouest du littoral atlantique marocain, entre les latitudes 11°-13° W et 28°-29° N. Il est limité au nord-est par la chaîne atlasique et présente deux façades maritimes d’orientation différente (figure 1) :
  • Est-Ouest, entre l’embouchure du Draa et Tarfaya avec des alternances de falaises vives et de plages sableuses ;
  • NNE-SSO, à partir de Tarfaya où prédominent les plages sableuses.

La longueur totale de ce littoral est d’environ 235 km depuis Foum Drâa au NE jusqu’à la plage de Mégriou au sud-ouest. Cette région peut est divisée en trois grandes unités morphologiques :

  • des bas plateaux bordés par une corniche de grès horizontaux hammadiens ;
  • le pays crétacé drainé par plusieurs oueds, en particulier l’oued Draa et l’oued Chebeika ;
  • et la plate-forme côtière.

Les sédiments du bassin de Tarfaya sont constitués de roches dures : séries du Crétacé, et du Miocène, recouvertes dans leur partie occidentale par des dépôts marins du Moghrébien (Plio-Pléistocène) qui en accentuent l’allure tabulaire [4].

Mais seuls les dépôts continentaux récents sont sensibles à l’érosion éolienne, en particulier : les formations sableuses non consolidées, les encroûtements calcaires ou les limons rougeâtres sur la frange littorale. Ces derniers, d’âge holocène et/ou pléistocène supérieur, ont environ 1 m d’épaisseur, mais ils sont très facilement emportés par le vent lorsqu’ils ne sont pas protégés par des dépôts sableux postérieurs.

La contribution des dépôts continentaux au flux des sables éoliens est donc minime en comparaison de celle de la dérive littorale au nord ou même de celle des petites plages de la côte ouest.

Le climat du bassin de Tarfaya est spécialement tempéré par l’humidité marine au niveau de la frange côtière tandis que le reste de la région est soumis à l’aridité saharienne [5]. Il se caractérise par de faibles précipitations durant l’hiver, de novembre à mars. Leur moyenne ne dépasse pas 50 mm. La nébulosité est importante ; elle est provoquée par le contact de l’air marin plus frais avec l’air chaud de l’intérieur. À Tarfaya, on compte une quinzaine de jours par an de brouillard persistant avec une forte humidité relative (la moyenne annuelle est de 50 à 80 %, mais elle décroît rapidement au milieu du jour). Le régime thermique est modéré près du littoral à cause de la forte nébulosité et de la proximité du courant froid des Canaries. La température moyenne annuelle reste de l’ordre de 17 °C. Le vent étant lié aux positions saisonnières de l’anticyclone Atlantique, présente un cycle de fonctionnement en deux phases :

  • en été, l’anticyclone Atlantique se trouve aux latitudes moyennes et engendre des vents de direction NNE, souvent forts (en particulier en juin, juillet et août) ;
  • en hiver, les vents sont plus faibles avec une direction O à SO et résultent de la position méridionale de l’anticyclone des Açores.

Origine du sable dunaire

L’observation de l’image de la figure 2 montre que les trois corridors prennent naissance sur des plages. Les études sédimentaires effectuées sur le système dunaire du Bassin de Tarfaya Laâyoune, menées au sein de notre équipe de recherche [6, 7] et par d’autres chercheurs, indiquent que l’alimentation en sable de ces corridors peut avoir plusieurs origines :
  • d’une part, les oueds qui jalonnent la plate-forme côtière apportent des matériaux assez comparables par leurs caractères minéralogiques et morphoscopiques à ceux des plages. On retrouve, par exemple, sur celles-ci des faciès biodétritiques ou silico-clastiques analogues à ceux des formations du Crétacé et du Moghrébien ;
  • d’autre part, l’action des houles et des tempêtes provoque l’érosion des falaises littorales tandis que la dérive littorale remanie les sables des plages qui interrompent localement la côte rocheuse ;
  • enfin l’action éolienne contribue aussi à l’érosion des roches et à la mobilisation des sables qu’elle redistribue vers le SSO.

Notre étude se limitera à une petite partie du cordon le plus occidental pour illustrer les possibilités des techniques proposées dans cet article.

Techniques mises en œuvre

Cette étude fondée sur la mise en œuvre de plusieurs techniques s’est déroulée en plusieurs étapes.

Détermination plus précise des formes dunaires par télédétection

Les études réalisées sur les dunes ont montré que les bandes spectrales Landsat sont très utiles pour détecter les caractéristiques de ces dunes. Ainsi, le quartz, minéral dominant dans ces massifs dunaires, a une haute réflectance dans les bandes 7, 5 et 4 [8]. À partir de ces trois bandes, une composition colorée a été réalisée, puis affinée en utilisant une combinaison arithmétique entre l’image trichromique (les trois composantes principales) et l’image à haute résolution (la bande panchromatique de haute résolution : 14,250 mètres). Par la méthode du plus proche voisin, on rééchantillonne automatiquement les trois canaux d’origine à la résolution maximum. L’image résultante est une image claire et relativement plus fine où l’on peut distinguer les contours des dunes ainsi que des détails fins, ce qui contribuera par la suite à une meilleure classification (figure 2).

Traitement des données : utilisation d’un SIG

Dans le cadre de cette étude, les dunes sont considérées comme des objets ou « entités » géographiques à quelque échelle que ce soit et ont pour particularité d’être des objets localisés. Ces objets doivent donc être caractérisés par leur localisation (coordonnées), leur forme et leur dimension. Cette partie géométrique de leur description permet leur représentation cartographique. Cette base de données a ensuite été enrichie grâce à des descripteurs ou attributs multiples, comme par exemple :
  • des fichiers de base provenant du traitement et des compositions effectués sur les bandes Landsat TM7 et d’une carte d’altitudes terrestres ;
  • des fichiers thématiques sur la classification des dunes, les effets de la surface ou la digitalisation de la topographie ;
  • enfin des fichiers comprenant les calculs des dimensions et des surfaces des dunes, les statistiques sur les catégories dunaires et les caractéristiques éoliennes.

Classification simplifiée des formes dunaires

L’étude des paysages dunaires par télédétection a suscité de nombreux travaux [9-14]. Ainsi, sur les images satellitaires, le contraste radiométrique entre les aires dénudées et les aires couvertes a permis de mettre en évidence des formes ou encore des textures que nous analysons en tant qu’indicateurs morphologiques [15, 16]. La netteté du filtrage et les contrastes des couleurs, associés à une bonne résolution, permettent l’identification des différents types de dunes et des facteurs qui expliquent leur évolution. Ainsi, on distingue différentes familles désignées par des codes sur la figure 3 :
  • le code 1 désigne des formes élémentaires, arrondies ou allongées (amas sableux, boucliers, dômes), de petite taille, qui sont en relation avec des vents de direction variable. Elles correspondent à la forme embryonnaire de la barkhane ;
  • le code 2 comprend l’ensemble des dunes en forme de croissant (barkhane), avec un talus d’avalanche bien individualisé et deux cornes plus ou moins développées et parfois dissymétriques. Ces dunes qui peuvent être jointives, forment des cordons barkhanoïdes. Toutes ces dunes sont des dunes transversales et sont modelées par des vents unidirectionnels ;
  • le code 3 correspond à des dunes complexes avec plusieurs bras d’extension inégale et divergeant à partir d’un sommet unique. Ces formes, qui ressemblent plus ou moins à des étoiles, sont rares dans cette région et indiquent des vents locaux de directions variables, correspondant à au moins trois directions principales du vent ;
  • le code 4 représente des dunes en cordons linéaires effilés s’allongeant sur plusieurs dizaines ou centaines de mètres, avec des talus d’avalanche changeant selon les saisons. Ces dunes résultent de l’action de deux vents saisonniers d’orientation oblique par rapport à l’axe de la dune ;
  • le code 5 désigne des associations dunaires complexes qui regroupent plusieurs dunes élémentaires, par exemple à la convergence de plusieurs directions de vent.

Évolution spatiale de la forme des dunes

Répartition des dunes le long du couloir le plus occidental

Dans le secteur étudié, les différentes accumulations sableuses se répartissent le long du corridor avec des densités variables. Ces fluctuations en forme et en nombre peuvent être expliquées par différents facteurs, en particulier la variabilité de la direction et de l’intensité du vent, le flux du sable apporté, les interactions entre les dunes et la topographie du couloir. Les observations sur ce premier corridor ont permis de diviser celui-ci entre Tarfaya et Laâyoune en trois grands secteurs différenciés selon la direction, la densité et la forme des dunes et selon la topographie :
  • le premier s’étend sur 22,2 km entre les latitudes 27,81° et 27,63° N avec une direction générale N30. Il est caractérisé par un nombre de dunes limité (407 dunes) où les formes barkhanoïdes sont dominantes (206 dunes). Au sein de ce secteur, on observe une zone ou les édifices sableux sont peu présents à cause de l’existence d’une sebkha qui empêche la progression des dunes ;
  • le deuxième secteur a une direction N22 et une longueur de 28,8 km entre les latitudes 27,63° et 27,39°N. Son originalité tient à la grande densité et à la diversité de ses dunes (3 128 dunes).
  • Enfin, le troisième s’allonge sur 27,6 km entre les latitudes 27,39° et 27,16°N et a une direction N23. Il contient un nombre moyen de dunes par rapport aux secteurs précédents (1 397 dunes) (figure 4).

Interactions entre les dunes le long de ce couloir

Les observations satellitaires montrent que les dunes interagissent en permanence entre elles à l’intérieur du couloir, comme l’a bien montré la thèse de Hersen [2], mais ces collisions sont très difficiles à mettre en évidence à partir d’une seule image satellitaire. En revanche, on peut facilement observer les deux « comportements » suivants. Dans le premier, deux ou trois barkhanes successives sont liées par l’extension anormale d’une de leurs cornes qui rejoint celle de la dune située juste en aval. Ainsi sur la figure 5, dans le carré rouge, où trois dunes se succèdent, les dunes d’amont allongent leur corne droite vers la corne droite de la dune située en aval, formant ainsi une succession de barkhanes coalescentes. Ce type d’agencement, dit « en échelon », implique que les dunes se succèdent d’amont en aval dans un flux sableux très rapide, ce qui est très fréquent dans les régions d’alizé maritime [2]. Il est très différent de l’agencement en rubans de dunes transverses barkhanoïdes qui sont issues de la coalescence de barkhanes jointives (d’où leur nom) orientées perpendiculairement à la direction du vent. Cet agencement se rencontre au contraire plutôt dans les régimes de vents moins efficaces avec une masse de sable disponible plus importante.

Un autre agencement dit « en convoi » désigne un groupe de dunes assez espacées qui progressent parallèlement au flux sableux de façon régulière et sans collision (figure 5, carré jaune).

Variabilité des directions des vents

Nous avons cherché à remédier à l’absence de mesures précises sur les variations de direction des vents sur l’ensemble de ce secteur. Pour cela, nous avons relevé les axes de symétrie des barkhanes et des dunes linéaires sur l’image satellitaire pour avoir une idée des directions moyennes des flux sableux au sein de chaque secteur. La figure 6 présente les résultats de trois de ces « roses des vents » originales qui confirment que, dans notre secteur, ces variations de l’alizé restent minoritaires en moyenne sur l’année. Ces résultats montrent en effet que dans le premier secteur les barkhanes suivent toutes des directions N30 et N25. En allant vers le sud-ouest, elles ont tendance à prendre d’autres directions, cependant toujours voisines du NNE. Pour les dunes linéaires, les orientations sont comprises entre le NNO et NNE. Cette méthode un peu rudimentaire masque toutefois les changements de direction du vent, brefs mais significatifs par leur violence et par leur effet sur le comportement des dunes. On ne pourrait pas expliquer la morphologie et l’orientation de certaines dunes sans faire appel à ces variabilités dans leur direction de déplacement. Or c’est cette variabilité qui est la cause des collisions entre dunes qui aboutit parfois à leur fractionnement et donc à l’apparition de nouvelles formes dunaires, comme l’a bien montré Hersen [2].

Influence de la topographie

La vitesse de déplacement des dunes dépend non seulement du vent mais aussi de l’allure de la topographie qui peut soit entraver le déplacement en masse du sable par le biais d’une barrière (comme une falaise ou une sebkha), soit l’accélérer dans le cas d’un terrain uniforme et plat. Ce facteur topographique peut être étudié à partir de cartes des variations d’altitude et de cartes des pentes d’où sont tirés ensuite les profils de la figure 7. Par exemple, dans le secteur 1 de la région étudiée (indiqué par un trait noir sur la figure 1) le nombre de dunes très variable le long du profil, est en rapport avec l’altitude, d’abord très régulière, puis s’accentuant vers le sud au niveau d’une dépression (zone A sur le profil de la figure 7), et remontant ensuite brusquement selon un profil très accidenté (zone B). Dans la zone A, où les pentes sont relativement faibles et les altitudes décroissantes dans le sens du vent, la densité des dunes est plus faible, avec la présence d’un nombre élevé de formes simples (code1 et code2). Au contraire, dans la zone B où les pentes sont assez fortes, on constate un accroissement de la densité des dunes et surtout l’apparition de formes dunaires plus complexes (code 5) (figure 8). La topographie plus escarpée favorise le ralentissement de la progression des dunes (en particulier des barkhanes) et surtout des collisions entre les dunes, ce qui conduit à l’apparition de formes plus complexes.

Quantification des volumes sableux en transit le long des corridors

Variations de la densité et de la taille des barkhanes

Différents types de dunes coexistent au sein du corridor étudié mais avec des tailles et des volumes très variables (figure 9). Grâce à la télédétection, il est possible de tenter de quantifier à la fois la surface occupée par chaque dune et de mesurer la densité des dunes pour chaque secteur, et par conséquent d’estimer leur volume, ce qui permet d’avoir une idée, même grossière, des volumes de sables en transit le long du corridor. Ainsi, sur l’image Landsat présentée dans ce travail, il est possible de déterminer les superficies occupées par chaque unité sableuse grâce au logiciel MapInfo, à partir de la digitalisation des contours dunaires.

Variations de la superficie des dunes le long du corridor

La figure 10 montre que, sur l’ensemble du couloir dunaire étudié, les dunes de type barkhanes (code 2) sont largement prédominantes en superficie, loin devant les formes élémentaires (code 1) et les dunes linéaires (code 4) qui sont presque à égalité. Mais si l’on cherche à comparer le degré d’ensablement par les dunes (toutes formes confondues) dans chacun des trois secteurs (figure 11) on constate qu’il est maximum dans le secteur 2, avec 61,20 % de la surface occupée par les dunes alors qu’il est seulement de la moitié dans le secteur 3 (30,60 %) et d’à peine 8,40 % dans le secteur 1 où le cordon sableux prend naissance.

Variations des volumes de sable transporté par les barkhanes

Une technique morphométrique pour mesurer le volume des barkhanes

Les premières mesures concernant les caractéristiques morphologiques des barkhanes et les relations existant entre elles ont été réalisées par différents chercheurs dans plusieurs régions désertiques du monde [17-21]. Par exemple dans le Sud-Ouest du Maroc autour de Laâyoune, Sauermann et al. [22]. ont montré qu’il est possible d’accéder à la mesure du volume des dunes à partir de deux paramètres mesurables par télédétection : leur largeur (W) et leur hauteur (H). Mais ces mesures ne peuvent être obtenues que pour des dunes à forme géométrique régulière, c’est-à-dire les barkhanes. C’est pourquoi nous avons sélectionné une vingtaine de barkhanes dont la largeur (W) et la hauteur (H) ont été mesurées sur le terrain pour pouvoir en extraire l’équation linéaire (W = aH+b) qui représente la relation entre ces deux paramètres (figure 12). Cette équation a permis de calculer par extrapolation les hauteurs de toutes les barkhanes que nous avions digitalisées à partir de l’image satellite et pour lesquelles nous disposions déjà des mesures de leur largeur. La comparaison de nos résultats avec ceux obtenus par Sauermann et al. dans la région de Laayoune [22] ou au Pérou par Finkel [17] et par Hastenrath [19] montre des similitudes en ce qui concerne aussi bien la forme générale des barkhanes que leur taille minimale (H = 1 m), ce qui avait déjà été observé par Bagnold [23] (tableau 1).

Tableau 1 Comparaison des résultats obtenus dans notre étude et ceux d’autres chercheurs.

Finkel

Hastenrath

Sawermann

Notre étude

a

10,3

8,2

11,1

10,9

b

4

9,5

5,6

24,78

R2

0,97

0,93

Application de cette technique au corridor dunaire étudié

Grâce à cette méthode indirecte, il a été possible d’évaluer le volume des barkhanes (min = 1 200 m3, max = 92 000 m3, moy = 30 000 m3) de notre région et de montrer par exemple, que le secteur 1 ne représente qu’environ 17 % du volume total des barkhanes mesurées alors que le secteur 2 en concentre 45 % et le secteur 3 autour de 38 % (figure 13).

Conclusion

Les corridors de barkhanes sont présents sur toutes les façades occidentales des continents là où les alizés océaniques qui soufflent en permanence, débordent sur le continent voisin. Dans ces régions, l’évolution morphologique des dunes ne peut pas se comprendre si on ne les intègre pas dans une structure plus vaste au sein de laquelle elles se déplacent, interagissent et souvent se modifient ou disparaissent. Les techniques de télédétection par satellite permettent d’avoir une vue d’ensemble de ces phénomènes dans le temps et dans l’espace, même dans des régions dont l’accès est difficile, tel le couloir dunaire de Tarfaya-Laâyoune. Hersen l’avait bien montré dans sa thèse [2] en utilisant uniquement des photos aériennes de l’IGN-Maroc associées à des expériences de laboratoire sophistiquées. Nous avons voulu montrer que certains résultats, même quantitatifs, peuvent être obtenus grâce à des analyses morphométriques à partir de la seule image Landsat dont nous disposions. Nous avons utilisé quelques valeurs mesurables sur l’image, comme la largeur, la longueur, la hauteur et la superficie de chaque dune et intégré un système d’information géospatial qui permet de voir, d’un seul coup, les différents facteurs qui influencent les formes, les orientations ou les associations de dunes au sein « du fleuve de sable ». On peut ainsi également mettre en évidence des différences à l’échelle régionale puisque ces accumulations sableuses sont réparties d’une manière différente dans les trois secteurs étudiés.

Cette méthode permet aussi de remonter aux causes de ces variations, comme par exemple :

  • la variabilité éventuelle des directions du vent d’après les déformations systématiques des formes des barkhanes dans certains secteurs qui sont dépourvus de toute station météorologique ;
  • les mécanismes de l’approvisionnement en sable révélés par exemple par les directions des flux sableux à partir des plages situées entre Tarfaya et Laâyoune et en particulier celle de Migriou dans le secteur 2 (figure 1) ;
  • les collisions entre ces barkhanes qui sont fréquentes puisque certaines d’entre elles peuvent se déplacer ici avec des vitesses de l’ordre de 30 mètres par an ;
  • enfin les variations considérables de la densité et de la taille des dunes d’un secteur à l’autre, qui suggère une augmentation de la masse du stock sableux charrié par le vent, par exemple en allant du premier secteur vers les autres et de l’ouest vers l’est.

Toutes ces informations enregistrées peuvent être interrogées séparément ou mises en relation puisqu’elles sont géoréférencées. Elles devraient permettre de mieux gérer le risque d’ensablement pour les activités humaines et pourraient être appliquées dans d’autres cas. Cette méthode a en effet l’intérêt de fournir une information quantitative et une base de données géocodées en vue de suivre le phénomène de la migration des dunes à grande échelle.

Références

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2 Hersen P. Morphogenèse et dynamique des Barkhanes. Thèse de doctorat, université Paris VII, 2004.

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9 Pion JC, Besnu Y, Yves B, Yésou H, Deynoux M. Essai de caractérisation géométrique des différentes unités d’un erg actif à l’aide des données satellitaires panchromatiques SPOT, application à l’erg Akchar (Mauritanie occidentale). In : Lafrance P, Dubois JM, eds. Apports de la télédétection à la lutte contre la sécheresse. Collection « Universités francophones ». Paris; Montrouge; Londres : Aupelf-Uref; John Libbey Eurotext, 1990.

10 Karimoune S, Ozer A, Erpicum M. Les modelés éoliens de la région de Zinder (Niger méridional), étude de photogéomorphologie, note préliminaire.). In : Lafrance P, Dubois JM, eds. Apports de la télédétection à la lutte contre la sécheresse. Collection « Universités francophones ». Paris; Montrouge; Londres : Aupelf-Uref; John Libbey Eurotext, 1990.

11 Taud H, Parrot JF. Reconnaissance de formes appliquées aux systèmes dunaires. Télédétection et cartographie. Quatrième journée de l’UREF. Paris : Uref, 1991.

12 Lafrance P. Apports de la télédétection à la lutte contre la sécheresse. Collection « Universités francophones ». Paris; Montrouge; Londres : Aupelf-Uref; John Libbey Eurotext, 1990.

13 Lafrance P. Télédétection appliquée à la cartographie thématique et topographique. Quatrièmes journées scientifiques du « Réseau Télédétection » de l’UREF, Montréal, 1991.

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15 Girard MC. Télédétection appliquée, zones tempérées et intertropicales. Collection Sciences agronomiques. Paris : Masson, 1989.

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22 Sauermann G, Rognon P, Poliakov A, Herrmann HJ. The shape of the barchan dunes of southern Morocco. Geomorphology 2000 ; 36 : 47-62.

23 Bagnold RA. The physics of blown sands and desert dunes. Londres : Methuen and Co, 1941.

1 Bassin occupant le fond d’une dépression à forte salinité, plus ou moins séparé d’un milieu marin, dans des régions arides.


 

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