ARTICLE
Auteur(s) : Jérôme T
Yaméogo, Antoine N
Somé, Mipro Hien
Laboratoire des systèmes naturels, des agro-systèmes
et de l’ingénierie de l’environnement (Sy.N.A.I.E)
Institut du développement rural (IDR) Université polytechnique
de Bobo-Dioulasso (UPB) BP 1091 Bobo-Dioulasso Burkina
Faso
La région ouest du Burkina Faso, avec une pluviométrie moyenne
de 1 000 mm, enregistre une diminution de son couvert
végétal et une dégradation des sols liée à des facteurs d’ordre
physique, agroclimatique et anthropique. Le bassin-versant du
Kou, site de cette étude, intègre entre autres quatre forêts
classées, notamment celle de Dindéresso, du Kou, de Kua et de
Kuinima. Situé en amont de la ville de Bobo-Dioulasso et en haut de
toposéquence, il constitue un périmètre de protection des
ressources en eau potable de ladite ville et devrait par conséquent
bénéficier d’une protection urgente, à même d’assurer la
pérennisation de cette ressource (eau). Cette étude vise donc à
tester in situ et dans des conditions pédoclimatiques du domaine
soudanien, des techniques de conservation des eaux et des sols qui
pourraient être validées à plus grande échelle pour restaurer le
bassin-versant. Pour ce faire, une bonne connaissance des milieux
s’impose.
Matériel et méthode
Milieu d’étude
L’étude a été menée à l’ouest du Burkina Faso dans la forêt classée
de Kuinima, située au sud de la ville de Bobo-Dioulasso, entre 11°
03’ et 11° 07’ de latitude nord et 04° 19’ et 04° 36’ de longitude
ouest. Selon le découpage des zones climatiques réalisé en 1984
[1], la zone d’étude se situe dans le domaine sud-soudanien.
Ce dernier est caractérisé par l’alternance de deux saisons
fortement contrastées : une saison des pluies, généralement de mai
à novembre (7 mois) et une saison sèche de décembre à avril
(5 mois).
Méthodes d’étude
Choix du site d’étude
L’état avancé de dégradation physique des sols et de la végétation
de la forêt classée de Kuinima a déterminé notre choix. En effet,
elle est constituée de plages de sol dénudé qui alternent avec des
zones de végétation arbustive (figure 1). Pour y
tester les technologies de restauration et de réhabilitation de
l’écosystème dans ce dispositif, deux parcelles distantes de
150 m ont été installées :
- – une parcelle à vocation agroforestière (PVAGF), qui
associe arbres et cultures annuelles ;
- – une parcelle à vocation forestière (PVF), qui ne porte
que des arbres.
La caractérisation biophysique de ces parcelles comprend une
description des états de surface et la caractérisation et
description de la végétation existante.
Description des états de surface
La caractérisation des états de surface a consisté en une
description de profil pédologique et des micro-horizons
pelliculaires de surface (MHPS). Dans chaque parcelle, des fosses
pédologiques ont été ouvertes ; la profondeur des fosses est dictée
par la profondeur d’apparition de la cuirasse. L’observation donne
le profil vertical du sol à cet endroit [2].
Pour la description des surfaces élémentaires, la prospection a
été faite suivant trois transects de 380 m chacun couvrant le
dispositif constitué des deux parcelles expérimentales. Chaque
transect part du haut vers le bas de pente.
Deux transects passent par le milieu des sous-parcelles extrêmes
et le troisième traverse le dispositif en son milieu.
Pour estimer le recouvrement linéaire de chaque surface
élémentaire, la méthode dite line-intercept [3] a été utilisée et
la typologie des surfaces élémentaires et des états de surface est
faite en se servant d’une clef de détermination modifiée [4].
Caractérisation et description de la végétation
existante
Pour décrire et caractériser la végétation ligneuse dans sa
physionomie, sa composition et ses tendances évolutives, un
inventaire exhaustif a été réalisé en octobre 2007 dans toutes les
parcelles. Le diamètre minimal pour recensement a été fixé à
3 cm [5]. Des paramètres tels que le diamètre à
30 cm au-dessus du sol, la hauteur totale, le diamètre moyen
du houppier ont été mesurés et des données sur l’état sanitaire des
arbres ont été notées.
La similitude de la végétation sur les différents types de sol,
comparés deux à deux a été appréciée à l’aide du coefficient de
Sorensen (S):
Où C est le nombre d’espèces communes aux deux types de sol et a
et b correspondent aux nombres d’espèces recensées respectivement
sur chacun d’eux.
Résultats
Étude du sol
La classification de la Commission de pédologie et de cartographie
des sols française (CPCS) que nous avons utilisée a permis de
mettre en évidence quatre classes de sol :
- – la classe des sols ferrugineux tropicaux lessivés
indurés superficiels (FLIS) ; cette classe représente 25 % des sols
du périmètre ;
- – la classe des sols ferrugineux tropicaux lessivés
indurés peu profonds (FLIPP) ; cette classe contribue pour 18,75 %
des sols du site ;
- – la classe des sols ferrugineux tropicaux lessivés
indurés moyennement profonds (FLIMP) représente 50 % des sols du
périmètre ;
- – la classe des sols ferrugineux tropicaux lessivés
indurés profonds (FLIP) ; cette classe représente 6,25 % des sols
du périmètre.
Les surfaces élémentaires
Huit types d’états de surface différents ont été inventoriés sur le
site d’étude, avec une prédominance des surfaces couvertes d’herbes
(37,5 %), suivies des croûtes de ruissellement (29,4 %) et des
croûtes d’érosion (8,8 %). Les surfaces élémentaires les plus
faiblement représentées sont les croûtes de dessiccation (2,2 %) et
les croûtes grossières (2,4 %).
Caractérisation et description de la végétation
existante
Diversité floristique
Les figures 2 et 3
présentent les spectres biologiques de la végétation ligneuse dans
les deux parcelles expérimentales (PVAGF et PVF). Dans la PVF,
52 espèces ont été recensées. Elles sont regroupées en
26 familles dont les plus représentées sont les
Caesalpiniaceae (52,7 %), les Combretaceae (16,5 %), les Rubiaceae
(6,8 %), les Annonaceae (5 %), les Mimosaceae (5 %) et les autres
familles (14 %).
Dans la PVAGF, l’inventaire donne 59 espèces appartenant à
22 familles, dont les Caesalpiniaceae (54,7 %), les
Combretaceae (17,8 %), les Rubiaceae (8,1 %), les Mimosaceae (5 %),
les Annonaceae (5,2 %) sont les plus abondantes (autres familles =
9,2 %).
Discussion
Les états de surface ont une grande influence sur le milieu dans la
mesure où ils conditionnent l’hydrodynamique des sols.
Les résultats des études relatives aux comportements hydriques
des états de surface en Afrique (depuis la zone humide jusqu’à la
zone sèche) ont montré que parmi les surfaces élémentaires que nous
avons identifiées, deux sont favorables à l’infiltration [6] : les
surfaces herbeuses (37,5 %) et les surfaces de placage de termites
(chenaux construits par les termites pour se prémunir du soleil
pendant leur activité de récolte de nourriture) sous herbes et
arbres (3,3 %). Les autres surfaces sont toutes réfractaires à
l’infiltration. En effet, le type de sol, son organisation
superficielle et sa végétation sont les trois variables qui
influent sur l’infiltration des sols. Ainsi, 40,8 % seulement des
surfaces du site sont favorables à l’infiltration, ce qui donne une
idée sur la dégradation actuelle du milieu (59,2 %). Ces états
de surface, en influant sur l’infiltration, conditionnent également
le développement de la végétation. En associant les deux parcelles,
71 espèces ligneuses ont été recensées, appartenant à
29 familles (avec les Caesalpiniaceae, les Combretaceae, les
Rubiaceae, les Annonaceae, les Mimosaceae comme familles
dominantes. Ces familles sont caractéristiques du domaine
soudanien [7, 8]. Dans nos parcelles, D. microcarpum Guill. et Perr
(46,5 %) est la plus fréquente. Le système racinaire de cette
espèce, à la fois pivotant et traçant, favorise l’émission de
rejets de souche et de drageons [8]. C’est ce qui justifie sans
doute sa prédominance sur nos parcelles expérimentales.
La coupe abusive de ligneux dénude le sol, favorisant ainsi
l’érosion et le ruissellement. Ces phénomènes décapent la
couche arable du sol, tout en l’appauvrissant. Les taux de
coupe relativement élevés sont de l’ordre de 16,7 % pour la PVF et
11,8 % pour la PVAGF. Cette coupe de bois est l’œuvre des
populations riveraines en quête de bois-énergie et de charbon de
bois. Elle constitue la principale activité des femmes pendant la
saison sèche. La relation sol/plante se traduit par une
localisation préférentielle de bon nombre d’espèces sur divers
sols. Cette préférence est plus orientée vers les FLIMP où l’on
dénombre 21 espèces exclusives. Les différentes espèces
recensées sur les FLIMP ont la plupart pour habitat les savanes
soudaniennes à soudano-guinéennes [7]. Le coefficient de
similitude de Sorensen qui compare les communautés végétales par
rapport aux différents types de sol a révélé une homogénéité
moyenne (S > 50 %) dans leur ensemble, sauf entre les relevés
des FLIMP et FLIP, où cette valeur est inférieure à 50 %. C’est la
preuve d’une sensible variation de la végétation observée dans les
différents types de sol. La faible densité des ligneux et leur
mauvaise régénération sur la PVF montrent la nécessité de
poursuivre cette étude par l’implantation des différents
traitements et leur suivi.
Texte intégral à paraître à l’adresse :
http://www.secheresse.info/article.php3?id_article=9663
Remerciements
Ce travail s’inscrit dans les activités du projet SUN (Sustainable
use of natural ressources in West Africa). Nos remerciements
s’adressent au Dr Anne Mette Lykke et au Pr Thiombiano Adjima pour
leur soutien multiforme.
Références
1 Guinko S. Végétation de la Haute-Volta. Thèse de doctorat
ès-sciences naturelles, université Bordeaux III, Tome 1, 1984.
2 Ruellan A, Dosso M. Regard sur le sol. Paris : UREF; Faucher,
1993.
3 Mando A. L’impact de l’activité des termites sur la
dégradation de la biomasse végétale et quelques propriétés
physiques des sols dégradés : étude menée à Zanamogo (Province du
Bam Burkina Faso). Mémoire de fin d’étude, Institut du
développement rural (IDR), université de Ouagadougou (UO),
1991.
4 Casenave A, Valentin C. Les états de surface de la zone
sahélienne. Influence sur l’infiltration. Collection didactique,
Orstom. Paris : Orstom éditions, 1989.
5 Ganaba S. Impact des aménagements de conservation des
eaux et des sols sur la régénération des ressources ligneuses en
zone sahélienne et nord soudanienne du Burkina Faso. VertigO
2005 ; 6 : 126-14O.
6 Arbonier M. Arbres, arbustes et lianes des zones sèches
d’Afrique de l’Ouest. 3e édition. Versailles: éditions
Quae, 2008.
7 Sambou B. Évaluation de l’état, de la dynamique et des
tendances évolutives de la flore et de la végétation ligneuse dans
les domaines soudaniens et subguinéens au Sénégal. Thèse d’état ès
sciences naturelles. université Cheikh Anta Diop (Ucad), 2004.
8 Ouedraogo A. L’effet de la coupe de Detarium microcarpum
Guill. et Perr. sur la régénération de la végétation dans la forêt
classée de Nazinon. Mémoire de fin d’étude, Eaux et Forêts, IDR.
UPB, 1997.
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