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Science et changements planétaires / Sécheresse
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Early burning and Detarium microcarpum Guill. and Perr. fruit production in the southern Sudanian zone of Burkina Faso


Science et changements planétaires / Sécheresse. Volume 20, Number 4, 388-93, octobre-novembre-décembre 2009, Sécheresse en ligne, 20 (1e)

DOI : 10.1684/sec.2009.0212

Résumé   Summary  

Author(s) : Brigitte Bastide, Sibiri Jean Ouédraogo , Inera Département Productions forestières 03 BP7047 03 Ouagadougou Burkina Faso.

Summary : In a classified forest in Burkina Faso, fifteen trees located in fire protected plots and fifteen in plots burned annually were compared to determine the effects of burning on the fruit yield of Detarium microcarpum. Flowering, development and dissemination of the fruits were studied. The study compared the dates of appearance of four phenologic phases for the flowering as well as fruiting, the percentage of reproductive trees with ripe fruits and the quantities (immature and mature) of fruit which fell to the ground. Under the conditions of this study, it seems that early burning occurring during the phase of maturation of the fruits accelerates the end of fruiting. Such burnings have no effect on the percentage of reproductive trees with ripe fruits. Two phases of fruit falls common to both treatments were noted: the loss at the beginning of fruit development (12 to 65% of the estimated total initiated fruits depending on the plot and the year) and the fall of ripe fruits. Outside the reference plot, a higher loss (29 to 53% depending on the year) was observed after the occurrence of early burning. Early burning thus intervenes at the very sensitive phase of the fructification of D. microcarpum and decreases the fruit yield by the destruction of an important percentage of the fruits which fall before maturity.

Keywords : Burkina Faso, Detarium microcarpum, early fires, ecology, fruit yield, sexual reproduction

Pictures

ARTICLE

Auteur(s) : Brigitte Bastide, Sibiri Jean Ouédraogo

Inera Département Productions forestières 03 BP7047 03 Ouagadougou Burkina Faso

En savanes, les feux précoces constituent, aux yeux de l’Administration des Eaux et Forêts du Burkina Faso, un des outils majeurs de l’aménagement forestier [1]. Appliqués chaque année aux mois de novembre-décembre, ils ont pour but de diminuer l’effet dévastateur des feux tardifs éventuels. Quelques travaux se sont intéressés à leurs impacts sur la dynamique, la phénologie et la production fruitière des espèces ligneuses de savane. Cependant, ponctuels et qualitatifs, ils ne permettent pas d’apporter une réponse technique appropriée à l’importance de la date d’occurrence des feux de brousse sur la phénologie des espèces [2-4].

L’étude a porté sur Detarium microcarpum Guill. et Perr., espèce dominante des forêts sud soudaniennes du Burkina Faso et qui assure l’essentiel de l’approvisionnement en bois de la ville de Ouagadougou (60 à 92 % suivant la forêt de provenance [5]). Ses fruits sont également très exploités pour l’alimentation humaine. Des travaux conduits au Burkina Faso [5, 6] et au Mali [7] montrent clairement que la surexploitation de D. microcarpum en tant que principale source d’énergie et la forte consommation de ses fruits en font une espèce menacée de disparition dans de nombreux terroirs. Malgré leur importance, aucun auteur n’a analysé l’impact des facteurs externes, notamment des stratégies d’aménagement telles que les feux précoces contrôlés, sur la production fruitière de D. microcarpum. L’objectif de ce travail est de déterminer l’effet des feux précoces d’aménagement sur le rendement fruitier de l’arbre à travers les différentes étapes conduisant à la production de semences viables : la floraison, la nouaison, le développement des fruits et leur dissémination.

Matériel et méthode

L’étude a été conduite dans la forêt classée du Nazinon située à 70 km au sud de Ouagadougou. Le climat est de type soudanien et les sols sont principalement ferrugineux tropicaux lessivés sur cuirasse et sur carapace. La végétation est essentiellement représentée par des savanes arborées avec un important tapis graminéen dominé par les Andropogonées. Plus de 100 espèces ligneuses y ont été recensées, avec Vitellaria paradoxa, D. microcarpum, Burkea africana et Terminalia avicennioides comme espèces dominantes. Une partie de la forêt, dédiée à la production de bois de chauffe depuis 1985 [8], est soumise aux mois de novembre-décembre à des feux précoces contrôlés.

Au sein d’une savane arborée, 15 arbres fructifères d’une parcelle témoin protégée des feux et 15 arbres fructifères d’une parcelle brûlée chaque année ont été comparés de 1997 à 2005 afin de déterminer l’effet des feux précoces d’aménagement sur le rendement fruitier de D. microcarpum (figure 1) à travers leur impact sur les différents processus conduisant à la production fruitière. La floraison, le développement et la dissémination des fruits ont été étudiés. La comparaison a porté sur les dates d’apparition de différents stades phénologiques tant pour la floraison que pour la fructification, le pourcentage de semenciers portant des fruits mûrs et les dates et quantités de fruits (immatures et mûrs) tombés au sol. Pour caractériser la floraison, quatre stades phénologiques ont été distingués par simple estimation visuelle de l’arbre entier : i) l’absence de fleurs et de bourgeons floraux sur l’arbre ; ii) le début de floraison avec moins de 25 % des fleurs épanouies ; iii) la pleine floraison avec plus de 25 % des fleurs épanouies ; et iv) la fin de floraison correspondant au début de dessèchement des fleurs avec plus de 25 % des fleurs qui sont sèches sur l’arbre. En ce qui concerne la fructification (de la nouaison à la chute des fruits), quatre stades ont été identifiés également : i) l’absence de fruits ; ii) le début de fructification qui comprend la nouaison et le début de grossissement des fruits jusqu’à ce que 25 % des fruits atteignent leur taille normale ; iii) la pleine fructification qui a été définie ici comme la phase de grossissement des fruits avec plus de 25 % des fruits qui ont atteint leur taille normale et leur maturité mais sont encore verts ; la fin de fructification (maturité des fruits) correspondant au changement de couleur de plus de 25 % des fruits avant leur chute ou leur dissémination par les animaux (figure 2).

Afin de quantifier la perte de fruits due au feu, le nombre de fruits tombés par arbre a été suivi sur les deux parcelles en 2003, 2004 et 2005. Dès la nouaison, les fruits (immatures et mûrs) tombés au sol sous chaque arbre du suivi ont été intégralement ramassés et comptés chaque semaine. Le nombre total de fruits ramassé par arbre est comptabilisé en fin de saison de fructification. Cependant, il est à noter que les animaux (oiseaux, rongeurs, etc.) et l’homme ont pu biaiser les résultats en prélevant les fruits sur l’arbre ou au sol entre deux passages.

Les valeurs obtenues pour la parcelle témoin ont été retenues arbitrairement comme référence et permettent de déterminer la période de démarrage de chaque processus. Elles sont mises en relation avec la date de passage des feux.

Résultats

La floraison de D. microcarpum se déroule pendant la saison des pluies (figure 3). La comparaison entre parcelle témoin et parcelle brûlée ne montre aucune différence entre les deux parcelles. La fructification commence à la mi-août (soit une trentaine de jours après la fin de floraison) pour s’achever au début de janvier avec la maturité des fruits (figure 4). La chute et la dissémination des fruits mûrs (figure 2) commencent généralement en janvier pour s’achever en mars. Les feux précoces de novembre-décembre interviennent donc au cours de la phase de maturation des fruits. Dans les conditions de cette étude, il semblerait que les feux précoces intervenant au cours de la phase de maturation des fruits provoquent une fin de fructification prématurée (différence significative avec p = 0,001 entre les deux parcelles).

Les feux précoces n’ont aucun effet sur le pourcentage de semenciers portant des fruits (à p = 0,01). Cependant, on observe une très forte variabilité interannuelle du pourcentage de semenciers porteurs de fruits mûrs au sein de la parcelle témoin (tableau 1). Cette variabilité est dans l’ensemble moins élevée au sein de la parcelle brûlée. Sur les deux parcelles, un certain nombre d’arbres ont fleuri mais n’ont pas produit de fruits mûrs. D’autres n’ont même pas fleuri (tableau 2).

La chute des fruits a été suivie pendant 3 années (2002-2003, 2003-2004 et 2004-2005). Le nombre de fruits ramassés par semaine sous chaque arbre à partir de la nouaison est présenté dans les tableaux 3 et 4 pour les deux parcelles. Cependant, les semenciers de la parcelle témoin n’ont porté des fruits qu’en 2004-2005 (tableau 3).

Deux phases de chute de fruits communes aux deux traitements ont été notées (figure 5) : au début du développement des fruits (de mi-août à mi-octobre) et lors de la chute des fruits mûrs (de mi-janvier à fin février). La première phase représente la chute de fruits immatures dépourvus de noyau et souvent perforés par des insectes et correspond à 12 à 65 % de la totalité des fruits initiés suivant la parcelle et l’année. En dehors de la parcelle témoin, une perte plus importante de fruits immatures (29 % en 2005 et 53 % en 2003) a été observée après le passage des feux précoces. En 2003-2004, année durant laquelle le feu tardif est passé le 10 mars 2004, soit après la chute de la quasi-totalité des fruits, très peu de fruits immatures (1 %) sont tombés entre les deux phases.

Tableau 1 Pourcentage de semenciers suivis portant des fruits mûrs dans les deux parcelles.

1998-1999 %

1999-2000 %

2000-2001 %

2001-2002 %

2002-2003 %

2003-2004 (feu tardif) %

2004-2005 %

2005-2006 %

Moyenne pour les années de feu précoce

Parcelle témoin

60

7

67

93

0

0

80

60

52 ± 33

Parcelle brûlée

73

33

87

93

87

87

93

93

80 ± 20



Tableau 2 Pourcentage de semenciers suivis portant des fleurs dans les deux parcelles.

1998-1999 %

1999-2000 %

2000-2001 %

2001-2002 %

2002-2003 %

2003-2004 (feu tardif) %

2004-2005 %

2005-2006 %

Moyenne pour les années de feu précoce

Parcelle témoin

60

20

93

93

60

47

100

80

73 ± 26

Parcelle brûlée

87

60

87

100

87

93

100

93

88 ± 13



Tableau 3 Nombre de fruits (immatures et mûrs) ramassés par arbre durant les saisons 2002-2003, 2003-2004 et 2004-2005 sur la parcelle témoin.

Arbre

1

2

3

4

5

6

7

8

9

10

11

12

13

14

15

Moyenne

2002-2003

0

0

0

0

0

0

0

0

0

0

0

0

0

0

0

0

2003-2004

0

0

0

0

0

0

0

0

0

0

0

0

0

0

0

0

2004-2005

890

222

273

263

244

258

238

131

88

0

146

68

0

0

0

188 ± 222



Tableau 4 Nombre de fruits (immatures et mûrs) ramassés par arbre durant les saisons 2002-2003, 2003-2004 et 2004-2005 sur la parcelle brûlée.

Arbre

Date feux

1

2

3

4

5

6

7

8

9

10

11

12

13

14

15

Moyenne

2002-2003

02/12/02

0

0

3

226

13

39

1

52

0

183

29

0

40

7

95

46 ± 70

2003-2004

10/03/04

0

0

20

85

26

68

66

143

35

236

287

15

88

47

114

82 ± 84

2004-2005

07/12/04

79

0

41

55

21

105

135

93

23

245

140

62

57

28

37

75 ± 63

Discussion

Les feux précoces d’aménagement tels qu’ils sont pratiqués dans le Nazinon (de la mi-novembre à la mi-décembre) diminuent la production fruitière de D. microcarpum en intervenant chaque année lors de la phase sensible de sa fructification et en provoquant la destruction d’un pourcentage important de fruits qui tombent avant d’être mûrs. Les feux tardifs, après la chute de la majorité des fruits, n’interviennent pas sur la fructification. Cependant, ils risquent de détruire les fruits tombés à terre avant leur passage.

Qu’ils soient précoces ou tardifs, les feux n’ont aucun effet sur le déclenchement de la floraison.

Divers facteurs environnementaux font que la production fruitière de l’espèce est irrégulière [7]. Ainsi, si la pluie et le vent perturbent la fécondation des fleurs en gênant le déplacement des insectes pollinisateurs, les insectes et le vent provoquent l’avortement ou la chute des fruits lors de leur développement. Suivant l’intensité de ces facteurs, la chute de fruits immatures en début de développement sera plus ou moins importante. Les fruits peuvent également avoir été consommés avant maturité (oiseaux, rongeurs). Ainsi, les trois années de suivi ont montré que le nombre de fruits est très variable d’un arbre à l’autre au sein d’une même parcelle qu’il y ait ou non passage de feu. Le taux de parasitisme des fruits semble être plus important certaines années. La date de cette chute (fin de saison des pluies) montre que la différence observée peut être également une conséquence de l’insuffisance des ressources en eau et en éléments minéraux qui ne permet pas à l’arbre de développer tous ses fruits non parasités.

Les feux précoces d’aménagement, tels qu’ils sont pratiqués dans le Nazinon, constituent vraisemblablement un autre élément du déterminisme de la baisse de productivité fruitière de D. microcarpum. L’élévation de la température au niveau du houppier [4] provoque des brûlures et explique la chute de fruits lors des feux précoces. Les quelques fruits qui échappent au feu ne parviendront pas tous au stade normal de maturité suite au traumatisme causé par les feux. Cela peut expliquer la persistance de fruits secs plusieurs années sur l’arbre. Il y a des risques énormes que le feu affecte ainsi la régénération sexuée de l’espèce à travers la destruction des fruits et inhibe à long terme la reproduction sexuée de l’espèce.

Conclusion

L’intensité du feu semble jouer un rôle primordial dans la chute de fruits (la chute des fruits immatures peut survenir plus ou moins rapidement après le passage du feu et être plus ou moins importante) et il convient d’essayer de la diminuer dans un but de production fruitière. Si on vise la production de fruits de D. microcarpum à des fins commerciales, il est préférable, au sein de la forêt, de protéger intégralement, au sein du peuplement, des îlots de D. microcarpum réputés très fructifères (quitte à prendre le risque de feux tardifs accidentels qui seront sans grande conséquence sur la production de fruits mûrs). En effet, les feux tardifs intervenant après la chute des fruits mûrs (saison 2003-2004) n’ont pas d’impact sur la production fruitière alors que la production de bois et la croissance de l’arbre s’en ressentent. Il semble indispensable d’étudier la production fruitière dans des îlots protégés au sein d’une forêt de D. microcarpum, en sensibilisant les populations au caractère nocif des feux (tardifs notamment) sur la forêt (production ligneuse et croissance réduire, régénérations détruites, etc.).

Cependant, la protection totale contre le feu est difficile à maintenir à une large échelle et ne constitue donc pas une option réaliste dans un milieu où le feu est une composante intégrale de l’écosystème. Une solution consisterait à avancer la date de mise à feux au tout début de la saison sèche (en décembre, les herbes sont déjà sèches dans le Nazinon !), quitte à provoquer un deuxième passage de feux à la date habituelle des feux précoces contrôlés (entre la mi-novembre et la mi-décembre) si une reprise de la végétation herbacée a été observée. La mise à feu se ferait donc en fonction de la pluviométrie et non à une date prévue à l’avance. Une autre solution consiste à limiter le développement des herbacées en ouvrant les parcelles à un pâturage « contrôlé » durant la saison des pluies ou fauchant les herbes pour l’artisanat, en particulier les Andropogonées qui sont dominantes dans la zone.

Texte intégral à paraître à l’adresse :

http://www.secheresse.info/article.php3?id_article=9660

Références

1 Ministère de l’Environnement et de l’Eau. Programme national d’aménagement des forêts. Ouagadougou, Burkina Faso : ministère de l’Environnement et de l’Eau, 1996.

2 Gillon D. The fire problem in tropical savannas. In : Bourlière, ed. Tropical Savannas. Handbook ecosystems of the world, Vol 13. Amsterdam : Elsevier, 1983.

3 Devineau JL. Structure et dynamique de quelques forêts tropophiles de l’Ouest africain (Côte d’Ivoire). Programme MAB savannes. Abidjan: Université d’Abidjan, 1984.

4 Nikiema A. Agroforestry parkland species diversity : uses and management in Semi-Arid West Africa (Burkina Faso). PhD Thesis. Wageningen University, The Netherland, 2005.

5 Kaboré C. Les acteurs de la filière bois-énergie dans le contexte de la libéralisation des prix du bois et de la décentralisation. Atelier sur la filière bois-énergie dans le contexte de la libéralisation des prix du bois et de la décentralisation au Burkina Faso. Ouagadougou, Burkina Faso, 5 au 7 novembre 2001.

6 MECV/CONEDD. Stratégie et plan d’action pour le renforcement des capacités nationales pour la conservation et l’utilisation durable de la diversité végétale importante pour l’agriculture d’aujourd’hui et du futur. Ouagadougou : ministère de l’Environnement et du Cadre de Vie, 2006.

7 Kouyaté AM. Aspects ethnobotaniques et étude de la variabilité morphologique, biochimique et phénologique de Detarium microcarpum Guill. Et Perr. au Mali. PhD Thesis. université de Gand, Belgique, 2005.

8 Kaboré C, Ouédraogo K. La forêt classée du Nazinon (Burkina Faso). In : Aménagement des forêts naturelles des zones tropicales sèches. Cahier FAO Conservation 1997; 32 : 225-42.


 

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