ARTICLE
Auteur(s) : Abdelmadjid Chehma1, Fouzia Youcef2
1Laboratoire Bioressources sahariennes, préservation
et valorisation Faculté des sciences Université
de Ouargla 30000 Ouargla Algérie
2Laboratoire de Biogéochimie des milieux
désertiques Faculté des sciences Université de Ouargla
30000 Ouargla Algérie
En dépit des conditions extrêmes auxquelles sont soumis les
êtres qui vivent dans le milieu désertique, les espaces
complètement dépourvus de vie, ou espaces abiotiques, sont
relativement restreints. En dehors de ces espaces particuliers, la
végétation existe, mais son importance est fonction directe de la
quantité d’eau disponible.
Les caractères du climat saharien sont dus, tout d’abord, à la
situation en latitude, au niveau du Tropique, ce qui entraîne de
fortes températures, et au régime des vents qui se traduit par des
courants chauds et secs. Ce climat est caractérisé par des
précipitations faibles et irrégulières, une luminosité intense, une
forte évaporation et de grands écarts de température [1].
Au Sahara, comme partout ailleurs, la végétation est le plus
fidèle témoin du climat [2]. Les conditions désertiques
extrêmes font que le maigre couvert végétal qui subsiste développe
des stratégies d’adaptation lui permettant d’exploiter au maximum
les moindres conditions climatiques favorables à sa prolifération
[3]. Les seules plantes qui subsistent sont des plantes
vivaces capables de supporter les périodes de sécheresse
prolongées, contrairement aux plantes annuelles qui germent
seulement immédiatement après la pluie. Ce sont des espèces
éphémères capables de croître et de fleurir rapidement, recouvrant
le sol pour de courtes périodes [4, 5].
C’est pour étudier l’effet des variations saisonnières sur le
comportement floristique et nutritif du couvert végétal saharien,
que nous avons mené une étude temporelle, de 2 ans, sur les
différents parcours camelins du Sahara septentrional algérien.
Matériel et méthode
Localisation et description du site
de l’étude
Notre site d’étude, situé entre le 3e et le
7e degré de longitude E et entre le 31e et le
33e degré de latitude N, est divisé en trois zones
représentatives des différents parcours camelins (dépressions,
hamada, lits d’oueds, reg, sols sableux et sols salés) (figure 1) :
- – la zone 1 située entre Ouargla et Touggourt,
regroupant les regs et les sols sableux ;
- – la zone 2 située entre Ouargla, Ghardaïa et El-Goléa,
regroupant les dépressions, les hamadas, les lits d’oueds à fond
sableux et rocailleux et les sols sableux (hamadas ensablées)
;
- – la zone 3 située entre Ouargla et Oued N’sa,
regroupant les sols salés, les regs et le lit d’oued à fond
sableux.
Les précipitations ont pratiquement toujours lieu sous forme de
pluies. Elles sont caractérisées par leur faible importance : les
pluies torrentielles sont rares. Elles sont liées aux perturbations
soudano-sahariennes ou sahariennes [6]. L’insuffisance de ces
pluies sahariennes est accompagnée d’une irrégularité très marquée
du régime pluviométrique et d’une variabilité interannuelle
considérable, à l’origine de périodes de sécheresse [1].
Les températures moyennes annuelles sont élevées, avec des
maxima absolus en juillet-août, pouvant atteindre et dépasser
50 °C, et des minima de janvier variant de 2 à 9 °C
[7]. La température du sol en surface peut dépasser
70 °C. Cependant, en profondeur, les températures vont
diminuer rapidement et s’équilibrer. Il ne peut geler,
normalement, que dans la partie Nord du Sahara et, bien entendu,
sur les montagnes [8]. À cause de la faible nébulosité de
l’atmosphère, la quantité de lumière solaire est relativement
forte, ce qui a un effet desséchant par élévation de la température
[1]. Les durées d’insolation sont très importantes au Sahara
(de 9 à 10 heures par jour) : ce désert est avant tout le
pays du soleil [9].
Étude floristique
Pour faciliter les études quantitatives, tout en respectant l’aire
minimale des espèces1, nous avons échantillonné, dans
chaque station, six sous-stations de 100 mètres carrés, dans
lesquelles nous avons effectué les différents relevés floristiques,
à partir desquels ont été déterminés l’inventaire, le recouvrement,
la densité et le poids des espèces.
Les observations temporelles ont été réalisées pour la
première année selon neuf relevés réguliers (tableau 1). Pour la deuxième année, des
observations saisonnières ont été effectuées.
Tableau 1 Planning des relevés des trois zones
d’étude.
|
Relevé 1
|
Relevé 2
|
Relevé 3
|
Relevé 4
|
Relevé 5
|
Relevé 6
|
Relevé 7
|
Relevé 8
|
Relevé 9
|
|
Zone 1
|
14/11/01
|
2/01/02
|
29/01/02
|
18/03/02
|
4/05/02
|
5/06/02
|
5/07/02
|
21/08/02
|
05/10/02
|
|
Zone 2
|
21/11/01
|
27/12/01
|
22/01/02
|
20/02/02
|
29/03/02
|
2/05/02
|
1/07/02
|
22/08/02
|
9/10/02
|
|
Zone 3
|
7/ 11/01
|
5/12/01
|
15/01/02
|
27/2/02
|
2/04/02
|
4/06/02
|
4/07/02
|
22/08/02
|
7/10/02
|
Estimation des poids des espèces
Pour l’estimation du poids frais des espèces vivaces étudiées, nous
avons prélevé – en dehors des microstations échantillonnées – la
partie aérienne de 15 individus de chacune d’elles, de
dimensions différentes, cela après avoir mesuré leur recouvrement.
Les 15 individus de chaque espèce ont été prélevés dans des
stations différentes et suivant les quatre saisons selon la méthode
directe semi-destructive. Les pesées ont été faites, juste
après, au laboratoire, à l’aide d’une balance. Sur la base de ces
données, nous avons utilisé des courbes de régression qui nous ont
donné des fonctions du type :
reliant le poids (y en kg) au recouvrement (x en mètres carrés)
suivant les travaux de Chehma [10, 11]. Pour les arbres et
arbustes, on a procédé à des calculs de pesées séparant la partie
consommée (feuilles et branches tendres) de la partie lignifiée, ce
qui nous a permis d’estimer les proportions consommables pour
chacune de ces espèces [10, 11].
Les mesures du recouvrement sont effectuées pour tous les
individus de la sous-station, en projetant verticalement sur le sol
les organes aériens des plantes.
Composition chimique des espèces étudiées
Les analyses de la composition chimique ont été faites sur les
20 espèces vivaces représentant la totalité des plantes
broutées par le dromadaire et composant les parcours sahariens
étudiés. Elles ont porté sur la détermination de : matière sèche
(MS), matière organique (MO), matière minérale (MM), matières
azotées totales (MAT), cellulose brute (CB), composés pariétaux et
phénols totaux, selon les méthodes de référence. Les composés
pariétaux nous donnent une idée de l’importance des fibres dans les
plantes, et les phénols totaux en complexant les protéines, les
rendent plus indigestibles. Toutes les analyses ont été réalisées
au Laboratoire d’alimentation animale du département Élevage et
médecine vétérinaire (EMVT) du Cirad de Montpellier.
Résultats et discussions
Effet des variations saisonnières
sur la composante floristique
D’une façon générale, l’étude floristique nous a démontré que le
nombre d’espèces est relativement faible puisque nous n’avons pu
recenser, au total, que 112 espèces (tableau 2). Cette pauvreté en espèces est
d’autant plus importante que la plus grande partie de ces espèces
(88 des 112) est dans la catégorie biologique des plantes
éphémères, qui ne peuvent être présentes que lors de périodes très
courtes de l’année, lorsque les conditions climatiques, et plus
spécialement pluviométriques le permettent [1, 4, 10, 12].
L’étude temporelle effectuée nous a démontré que l’effet des
variations climatiques saisonnières sur la composante floristique
quantitative et qualitative se traduit différemment suivant les
deux catégories biologiques : éphémères et vivaces.
Plantes éphémères
Pour les espèces éphémères, et suivant leur stratégie d’adaptation
à la sécheresse [1] et leur dépendance directe aux précipitations
[13], cette variation saisonnière se traduit par leur présence ou
absence suivant les périodes de l’année. L’analyse des relevés
effectués, montre que la plus grande partie de ces espèces est
présente au printemps (73 %) et en hiver (30 %), tandis qu’on a
enregistré des taux de présence faibles pour l’automne (12 %) et
pour l’été (9 %) (figure 2).
Cette variation quantitative est étroitement liée aux variations
climatiques saisonnières des zones sahariennes, qui sont
caractérisées par une pluviométrie très faible accentuée par une
très grande irrégularité temporelle (intra- et interannuelle) [14].
En effet, à travers la synthèse climatique que nous avons réalisée
pour les 20 dernières années, sur les trois zones d’étude
[10], nous avons enregistré des moyennes de précipitations
annuelles de 65,67, 64,22 et 34,03 mm de pluie et des
variations interannuelles très marquées, allant de 11,5 à
146,6 mm pour la zone 1, de 6,5 à 164,5 mm pour la
zone 2 et de 9,6 à 102,7 mm pour la zone
3 (tableau 3) [32-41].
La variation des moyennes mensuelles est elle aussi très
marquée, elle varie d’une façon générale dans le sens où les
précipitations les plus faibles sont enregistrées en été
(juillet-août) et les plus fortes en hiver-printemps (de janvier à
mars).
Tableau 2 Espèces inventoriées suivant les différentes
familles.
|
Aizoaceae Aizoon canariense
|
Amarylidaceae Pancratium saharae
|
Apiaceae Ammodaucus leucotricus Ferula vesceritensis
Pituranthos chloranthus
|
Ascelpiadaceae Pergularia tomentosa Periploca
angustifolia
|
|
|
Asteraceae Anvillea radiata Artemisia herba alba Atractylis
delicatula Atractylis serratulloides Bubonium graveolens Calendula
aegyptiaca Carduncellus eriocephalus Catananche arenaria Centaurea
bimorpha Chamomilla pubescens Chrysanthemum macrocarpum Cotula
cinerae Echinops spinosus Ifloga spicata Koelpinia linearis Launea
glomerata Perralderia coronopifolia Pulicaria crispa Rhanterium
adpressum Spitziella coronopifolia
|
Boraginaceae Arnebia decumbens Echium humile Heliotropium
ramosissimum Megastoma pusillum Moltkiopsis ciliata Trichodesma
africanum
|
Brassicaceae Diplotaxis acris Diplotaxis harra Farsetia
occidentalis Malcomia aegyptiaca Moricandia arvensis Oudneya
africana Savignia longistyla Zilla macroptera
|
Capparidaceae Capparis spinosa Cleome amblyocarpa
|
|
|
Caryophyllaceae Pteranthus dichotomus
|
Chenopodiaceae Agathophora alopecuroides Anabasis articulate
Arthrocnemun macrostachyum Cornulaca monocantha Halocnemum
strobilaceum Halogeton sativus Haloxylon scoparium Salsola baryosma
Salsola longifolia Salsola tetragona Salsola vermiculata Sueda
fructicosa Traganum nudatum
|
Cistaceae Helianthemum lipii
|
Convolvulaceae Convolvulus supinus
|
|
|
Cucurbitaceae Colocynthis vulgaris
|
Ephedraceae Ephedra alata
|
Euphorbiaceae Euphorbia cornuta Euphorbia guyoniana
|
Fabaceae Argyrolobium uniflorum Astragalus armatus
Astragalus gombo Genista Saharae Ononis angustissima
Psoralea plicata Retama retam Trigonella anguina
|
|
|
Geraniaceae Erodium garamantum Erodium glaucophyllum Erodium
triangulare Monsonia heliotropioides Monsonia nivea
|
Labieae Salvia aegyptiaca
|
Liliaceae Androcymbium punctatum Asphodelus tenuifolius
Dipcadi serotinum Urginea noctiflora
|
|
|
|
Plantaginaceae Plantago ciliata Plantago notata
|
Plombaginaceae Limonastrirum guynianum Limonium sinuatum
|
Poaceae Crypsis aculeata Cymbopogon schoenanthus Cynodon
dactylon Panicum turgidum Phragmites communis Stipagrostis ciliata
Stipagrostis obtusa Stipagrostis plumosa Stipagrostis pungens
|
Polygonaceae Calligonum comosum Emex spinosa
|
|
|
PrimulaceaeSamolus valerandi
|
Resedaceae Randonia africana Reseda villosa
|
Rhamnaceae Zizyphus lotus
|
Rosaceae Neurada procumbens
|
|
|
Rutaceae Ruta tuberculata
|
Scrophulariaceae Linaria laxiflora
|
Solanaceae Datura stramonium Solanum nigrum
|
Tamaricaceae Tamarix gallica Tamarix articulata
|
|
|
Thymeliaceae Thymelia microphylla
|
Urticaceae Forsskaolea tenacissima
|
Zygophyllaceae Fagonia glutinosa Fagonia microphylla
Zygophylum album
|
|
Tableau 3 Moyennes mensuelles de la hauteur de pluie en
millimètres.
|
Ouargla 1978-2002
|
Touggourt 1974-1994
|
Ghardaïa 1987-2002
|
|
Janvier
|
4,3
|
11,87
|
8,14
|
|
Février
|
2,6
|
7,38
|
3,58
|
|
Mars
|
5,8
|
12,97
|
5,68
|
|
Avril
|
2,3
|
7,22
|
6,15
|
|
Mai
|
2,6
|
4,41
|
4,44
|
|
Juin
|
0,5
|
1,37
|
3,3
|
|
Juillet
|
0,06
|
0,7
|
0,86
|
|
Août
|
0,11
|
0,7
|
1,55
|
|
Septembre
|
2,19
|
1,84
|
10,72
|
|
Octobre
|
5,13
|
4
|
6,53
|
|
Novembre
|
5,25
|
9,51
|
8,02
|
|
Décembre
|
3,19
|
4,4
|
5,25
|
|
Annuel
|
34,03
|
65,67
|
64,22
|
Plantes vivaces
Pour les espèces vivaces, même si leur mode d’adaptation leur
permet d’être présentes durant toute l’année, les variations
climatiques saisonnières se traduisent par des changements des
paramètres quantitatifs (densités, recouvrement…) se répercutant
directement sur les quantités de phytomasse produites.
En effet, les résultats obtenus pour le recouvrement et les
phytomasses étudiés ont montré qu’il y a une variation saisonnière
: les plus grandes valeurs sont enregistrées au printemps et en
été, avec une moyenne avoisinant les 1 200 kg de
MS/hectare, et la plus faible en hiver, avec moins de 840 kg
de MS/hectare (tableau 4 et figure 3). Cette
variation saisonnière confirme les travaux de Le Houerou [15],
Saadani et El Ghezal [16] et Chehma et al. [17].
Cette variation est directement liée aux caractéristiques du
cycle floristique et au mode d’adaptation des espèces vivaces
désertiques [1], lesquelles développent leur partie aérienne en
fonction des conditions climatiques et, plus spécialement, de
l’apport d’humidité et de la faiblesse de l’intensité des vents [2,
18].
Dans notre cas, ces productions peuvent s’expliquer par les
caractéristiques du climat du Sahara septentrional algérien
caractérisé par une période pluvieuse irrégulière et s’étalant de
la fin de l’automne à la fin du printemps, avec une intensité
souvent plus marquée en hiver [6, 9, 19-21]. En effet, les plantes
commencent à développer leur partie aérienne en fin hiver (période
la plus pluviale) et continuent pendant le printemps et atteignent
leur maximum au début de l’été.
Tableau 4 Recouvrement et production de phytomasse des
plantes vivaces des parcours suivant les saisons.
|
Automne
|
Hiver
|
Printemps
|
Été
|
|
Recouvrement (m2/hectare)
|
535,04
|
489,13
|
694,49
|
760,57
|
|
Phytomasse (kg MS/hectare)
|
919,06
|
839,15
|
1 175,48
|
1 273,84
|
Effet des variations saisonnières
sur la composition chimique des espèces
La composition chimique des espèces récoltées au cours des quatre
saisons est présentée dans le tableau 5.
Pour la composition chimique des 20 espèces vivaces
broutées par le dromadaire, les valeurs obtenues reflètent les
conditions de l’environnement désertique dans lesquelles elles
vivent [1, 22]. En effet, d’une façon générale, on a enregistré une
richesse en composés pariétaux et en cellulose brute pouvant être
liée au mode d’adaptation de ces espèces au milieu saharien. Elles
sont capables de limiter au maximum leur vitesse d’évaporation, en
diminuant leur proportion feuilles/tiges (aussi bien en nombre
qu’en surface), et en formant une cuticule épaisse sur les
stomates. En plus de l’effet des fortes températures sur la
stimulation de la lignification des tissus de soutien [23].
De la même façon, et pour les mêmes raisons, les faibles
teneurs en MAT et en tanins peuvent toujours être attribuées à leur
stratégie d’adaptation à la sécheresse : ces composants chimiques
sont surtout des contenus cytoplasmiques et chlorophylliens
(composants essentiels des feuilles) [24].
Afin d’avoir une idée sur la variation de la composition
chimique en fonction des saisons, nous avons réalisé une analyse en
composantes principales (ACP) interclasses avec superposition des
variables (composantes chimiques) et celle des centres de classes
(les saisons) sur le plan factoriel 1-2 (figure 4).
À partir de cette représentation graphique, il ressort que :
- – le printemps est caractérisé par de fortes teneurs en
matières azotées totales (MAT) et en tanins et de faibles teneurs
en composés pariétaux (Neutral Detergent Fiber [NDF], Acide
Detergent Fiber [ADF] et Acide Detergent Lignin [ADL]) et cellulose
brute de Weende (CBW) ;
- – l’été est caractérisé par des teneurs plus élevées en
MM et plus faibles en MO et MAT ;
- – l’automne et l’hiver sont caractérisés par de fortes
teneurs en composés pariétaux (NDF, ADF et ADL et en CBW) et par de
faibles valeurs en tanins et MAT.
On remarque qu’il y a une variation saisonnière des différentes
composantes chimiques étudiées. D’ailleurs, l’effet de saison sur
la composition chimique des plantes a été mentionné par plusieurs
auteurs [25-27]. Cet effet saison s’exerce par les variations
climatiques qui lui sont associées [28].
La forte teneur en MAT et en tanins au printemps est liée
directement à l’activité physiologique de la plante qui est plus
intense à cette saison, ce qui se traduit par l’augmentation du
rapport feuille/tige [24, 29].
La forte teneur en MM et les faibles teneurs en MO et MAT
peuvent être attribuées à l’effet climatique et surtout aux fortes
températures inhérentes à cette saison, qui font perdre aux plantes
toutes leurs parties vertes et tendres [30, 31].
Les fortes teneurs en composés pariétaux et en CBW en automne et
en hiver sont toujours liées aux variations climatiques, du fait
que ces saisons qui suivent l’été font que la plante reste encore
sous l’effet des périodes sèches et chaudes antérieures.
La forte teneur en parois (NDF) et en CBW caractérise surtout
la fin de l’été et l’automne, sous l’effet des fortes chaleurs
[26].
Tableau 5 Composition chimique des espèces vivaces
analysées (en pourcentage de la matière sèche).
|
MM
|
MO
|
MAT
|
|
Espèce
|
Été
|
Automne
|
Hiver
|
Printemps
|
Moyenne
|
Été
|
Automne
|
Hiver
|
Printemps
|
Moyenne
|
Été
|
Automne
|
Hiver
|
Printemps
|
Moyenne
|
|
Stipagrostis pungens
|
8,02
|
7,18
|
7,58
|
8,11
|
7,72
|
91,98
|
92,82
|
92,42
|
92,14
|
92,34
|
3,83
|
4,07
|
3,76
|
5,69
|
4,34
|
|
Haloxylon scoparium
|
16,91
|
10,66
|
14,79
|
14,90
|
14,32
|
83,09
|
89,34
|
85,22
|
85,06
|
85,68
|
15,86
|
18,26
|
13,78
|
22,11
|
17,50
|
|
Zilla marcoptera
|
5,91
|
5,08
|
5,78
|
6,80
|
5,89
|
94,09
|
94,92
|
94,23
|
93,32
|
94,14
|
5,19
|
8,64
|
8,66
|
9,57
|
8,02
|
|
Retama retam
|
3,84
|
4,13
|
4,06
|
4,57
|
4,15
|
96,17
|
95,87
|
95,95
|
95,46
|
95,86
|
9,95
|
11,75
|
12,04
|
12,37
|
11,53
|
|
Piturantus chlorantus
|
5,51
|
5,38
|
4,67
|
5,09
|
5,16
|
94,49
|
94,62
|
95,33
|
95,14
|
94,90
|
5,61
|
5,47
|
4,71
|
6,27
|
5,52
|
|
Thymelia microphylla
|
5,73
|
4,78
|
6,27
|
6,39
|
5,79
|
94,27
|
95,22
|
93,73
|
93,75
|
94,24
|
4,57
|
4,48
|
8,44
|
8,09
|
6,40
|
|
Rantherium adpressum
|
26,47
|
10,37
|
8,03
|
10,84
|
13,93
|
73,54
|
89,64
|
91,98
|
89,14
|
86,07
|
4,34
|
7,35
|
7,86
|
9,47
|
7,25
|
|
Randonia africana
|
4,22
|
4,17
|
4,00
|
4,49
|
4,22
|
95,79
|
95,84
|
96,01
|
95,54
|
95,79
|
6,86
|
7,49
|
8,02
|
9,16
|
7,88
|
|
Genista saharae
|
3,10
|
2,69
|
2,44
|
2,55
|
2,69
|
96,91
|
97,31
|
97,57
|
97,54
|
97,33
|
6,59
|
8,44
|
6,78
|
7,48
|
7,32
|
|
Traganum nudatum
|
25,17
|
17,27
|
15,31
|
17,12
|
18,72
|
74,83
|
82,73
|
84,69
|
83,06
|
81,33
|
6,64
|
8,23
|
8,12
|
8,69
|
7,92
|
|
Zygophylum album
|
27,18
|
21,70
|
25,86
|
21,18
|
23,98
|
72,82
|
78,30
|
74,14
|
76,86
|
75,53
|
9,71
|
9,15
|
9,01
|
12,15
|
10,01
|
|
Tamarix articulata
|
26,93
|
15,43
|
13,50
|
18,20
|
18,52
|
73,07
|
84,57
|
86,50
|
81,56
|
81,43
|
6,90
|
8,77
|
9,86
|
8,56
|
8,52
|
|
Tamarix gallica
|
38,23
|
25,65
|
20,37
|
16,57
|
25,21
|
61,77
|
74,35
|
79,63
|
83,35
|
74,78
|
5,18
|
7,41
|
6,94
|
13,71
|
8,31
|
|
Limonastrium guynianum
|
35,21
|
25,58
|
20,12
|
20,06
|
25,24
|
64,79
|
74,43
|
79,88
|
80,02
|
74,78
|
8,85
|
9,70
|
9,43
|
10,10
|
9,52
|
|
Ephedra alata
|
11,88
|
8,81
|
10,37
|
9,88
|
10,24
|
88,12
|
91,19
|
89,63
|
90,17
|
89,78
|
9,14
|
10,02
|
8,33
|
7,29
|
8,70
|
|
Calligonum comosum
|
11,99
|
11,53
|
**
|
8,03
|
10,51
|
88,02
|
88,47
|
**
|
91,09
|
89,19
|
6,26
|
6,59
|
**
|
8,46
|
7,10
|
|
Anabasis articulata
|
19,97
|
16,23
|
17,99
|
19,27
|
18,36
|
80,04
|
83,78
|
82,02
|
80,78
|
81,65
|
7,97
|
7,26
|
8,91
|
8,05
|
8,04
|
|
Cornulaca monocantha
|
18,63
|
15,60
|
18,09
|
13,59
|
16,48
|
81,37
|
84,40
|
81,91
|
86,39
|
83,52
|
8,90
|
8,79
|
6,93
|
7,86
|
8,12
|
|
Salsola tetragona
|
28,13
|
24,69
|
24,80
|
26,37
|
26,00
|
71,87
|
75,31
|
75,20
|
73,47
|
73,96
|
5,58
|
7,61
|
6,37
|
7,78
|
6,84
|
|
Sueda fructicosa
|
20,21
|
23,77
|
31,94
|
27,26
|
25,80
|
79,79
|
76,23
|
68,06
|
71,82
|
73,98
|
20,77
|
19,00
|
14,91
|
17,49
|
18,04
|
|
Oudneya Africana
|
**
|
**
|
15,83
|
13,69
|
14,76
|
**
|
**
|
84,18
|
86,39
|
85,29
|
**
|
**
|
16,05
|
17,42
|
16,74
|
Tableau 5 (suite).
|
NDF
|
ADF
|
ADL
|
|
Espèce
|
Été
|
Automne
|
Hiver
|
Printemps
|
Moyenne
|
Été
|
Automne
|
Hiver
|
Printemps
|
Moyenne
|
Été
|
Automne
|
Hiver
|
Printemps
|
Moyenne
|
|
Stipagrostis pungens
|
74,43
|
73,11
|
70,60
|
71,48
|
72,40
|
48,46
|
47,02
|
41,84
|
42,88
|
45,05
|
7,41
|
9,11
|
5,10
|
5,72
|
6,84
|
|
Haloxylon scoparium
|
39,47
|
39,7
|
43,84
|
31,62
|
38,66
|
20,83
|
23,97
|
25,65
|
15,1
|
21,39
|
6,87
|
8,57
|
10,29
|
3,27
|
7,25
|
|
Zilla spinosa
|
67,6
|
59,49
|
60,28
|
56,14
|
60,88
|
54,64
|
46,88
|
45,99
|
41,34
|
47,21
|
17,16
|
13,18
|
17,56
|
9,12
|
14,26
|
|
Retama retam
|
52,74
|
54,95
|
49,57
|
48,51
|
51,44
|
41,69
|
42,88
|
36,50
|
35,88
|
39,24
|
18,27
|
21,39
|
17,07
|
14,73
|
17,86
|
|
Piturantus chlorantus
|
63,35
|
60,25
|
64,38
|
55,51
|
60,87
|
46,33
|
46,84
|
45,25
|
38,82
|
44,31
|
9,56
|
11,79
|
9,41
|
7,06
|
9,45
|
|
Thymelia microphylla
|
58,32
|
62,08
|
54,43
|
52,47
|
56,83
|
45,82
|
47,96
|
39,08
|
36,63
|
42,37
|
11,84
|
25,15
|
12,07
|
9,94
|
14,75
|
|
Rantherium adpressum
|
45,32
|
53,57
|
54,44
|
50,19
|
50,88
|
36,25
|
44,05
|
41,71
|
38,07
|
40,02
|
10,36
|
25,95
|
16,06
|
10,78
|
15,79
|
|
Randonia africana
|
63,87
|
70,53
|
63,87
|
60,33
|
64,65
|
49,72
|
55,84
|
46,78
|
43,80
|
49,03
|
12,46
|
21,54
|
11,09
|
12,08
|
14,29
|
|
Genista saharae
|
58,77
|
63,38
|
61,61
|
59,61
|
60,84
|
48,52
|
51,59
|
47,56
|
45,99
|
48,41
|
13,34
|
19,53
|
14,00
|
15,26
|
15,53
|
|
Traganum nudatum
|
42,63
|
56,85
|
57,67
|
48,63
|
51,45
|
26,48
|
39,22
|
35,74
|
30,45
|
32,97
|
6,51
|
14,81
|
11,62
|
9,39
|
10,58
|
|
Zygophylum album
|
22,89
|
27,13
|
24,03
|
21,87
|
23,98
|
15,85
|
18,59
|
15,77
|
14,59
|
16,20
|
5,43
|
10,68
|
4,41
|
4,27
|
6,20
|
|
Tamarix articulata
|
29,25
|
30,61
|
37,87
|
34,1
|
32,96
|
19,3
|
22,36
|
22,91
|
20,42
|
21,25
|
9,4
|
10,23
|
7,87
|
8,06
|
8,89
|
|
Tamarix aphylla
|
27,68
|
28,79
|
39,3
|
41,93
|
34,43
|
18,74
|
19,24
|
23,81
|
23,09
|
21,22
|
7,94
|
9,82
|
10,73
|
10,3
|
9,70
|
|
Limonastrium guynianum
|
33,12
|
23,55
|
45,87
|
43,18
|
36,43
|
26,28
|
16,93
|
34,28
|
33,42
|
27,73
|
17,72
|
9,52
|
20,98
|
20,63
|
17,21
|
|
Ephedra alata
|
61,94
|
62,56
|
54,27
|
49,38
|
57,04
|
48,85
|
49,24
|
40,80
|
36,92
|
43,95
|
25,73
|
23,39
|
18,86
|
16,72
|
21,18
|
|
Calligonum comosum
|
58,85
|
53,08
|
|
46,78
|
52,90
|
38,98
|
38,68
|
|
35,06
|
37,57
|
18,41
|
18,26
|
|
15,84
|
17,50
|
|
Anabasis articulata
|
49,86
|
47,185
|
39,675
|
42,28
|
44,75
|
26,95
|
29
|
24,83
|
24,675
|
26,36
|
9,69
|
10,325
|
7,92
|
7,925
|
8,97
|
|
Cornulaca monocantha
|
41,84
|
37,84
|
49,14
|
51,75
|
45,14
|
23,46
|
22,82
|
33,27
|
32,87
|
28,11
|
5,91
|
6,78
|
12,17
|
11,83
|
9,17
|
|
Salsola tetragona
|
45,61
|
35,29
|
32,53
|
29,69
|
35,78
|
17,32
|
16,77
|
17,01
|
14,97
|
16,52
|
6,87
|
4,9
|
5,77
|
4,98
|
5,63
|
|
Sueda fructicosa
|
40,76
|
29,92
|
29,92
|
31,86
|
33,12
|
24,21
|
19,99
|
18,59
|
17,87
|
20,17
|
10,04
|
10,14
|
8,52
|
3,61
|
8,08
|
|
Oudneya africana
|
|
|
33,71
|
32,04
|
32,88
|
|
|
25,03
|
22,75
|
23,89
|
|
|
6,44
|
6,25
|
6,35
|
Tableau 5 (suite).
|
CBW
|
Phénols totaux
|
|
Espèce
|
Été
|
Automne
|
Hiver
|
Printemps
|
Moyenne
|
Été
|
Automne
|
Hiver
|
Printemps
|
Moyenne
|
|
Stipagrostis pungens
|
44,19
|
43,40
|
41,95
|
41,40
|
42,73
|
0,58
|
0,64
|
0,60
|
0,59
|
0,60
|
|
Haloxylon scoparium
|
21,98
|
24,63
|
26,77
|
19,92
|
23,33
|
7,18
|
4,37
|
3,33
|
7,19
|
5,52
|
|
Zilla spinosa
|
52,14
|
49,08
|
47,02
|
46,08
|
48,58
|
0,76
|
0,63
|
0,51
|
0,71
|
0,65
|
|
Retama retam
|
36,80
|
35,50
|
33,18
|
32,02
|
34,37
|
4,85
|
3,56
|
3,93
|
4,46
|
4,20
|
|
Piturantus chlorantus
|
38,13
|
40,77
|
40,47
|
39,89
|
39,81
|
1,13
|
0,50
|
0,97
|
1,11
|
0,92
|
|
Thymelia microphylla
|
35,44
|
39,16
|
33,87
|
33,59
|
35,52
|
2,08
|
0,77
|
1,38
|
1,51
|
1,44
|
|
Rantherium adpressum
|
32,92
|
36,26
|
38,50
|
34,85
|
35,63
|
1,99
|
1,30
|
3,75
|
3,84
|
2,72
|
|
Randonia africana
|
45,06
|
45,06
|
44,50
|
43,75
|
44,59
|
0,83
|
0,34
|
0,67
|
0,58
|
0,60
|
|
Genista saharae
|
47,33
|
48,75
|
50,81
|
47,13
|
48,50
|
1,39
|
1,13
|
1,43
|
1,38
|
1,33
|
|
Traganum nudatum
|
26,33
|
36,09
|
36,29
|
32,67
|
32,85
|
0,58
|
0,53
|
0,79
|
0,6
|
0,63
|
|
Zygophylum album
|
15,48
|
17,32
|
16,84
|
13,62
|
15,82
|
0,81
|
0,8
|
0,66
|
0,82
|
0,77
|
|
Tamarix articulata
|
14,89
|
20,44
|
20,62
|
20,15
|
19,03
|
2,35
|
1,96
|
6,21
|
3,58
|
3,53
|
|
Tamarix aphylla
|
16,31
|
16,18
|
21,59
|
21,38
|
18,87
|
5,27
|
11,97
|
7,74
|
5,93
|
7,73
|
|
Limonastrium guynianum
|
13,96
|
15,13
|
20,34
|
19,98
|
17,35
|
3,18
|
1,33
|
4,76
|
5,11
|
3,59
|
|
Ephedra alata
|
29,00
|
35,23
|
33,00
|
30,92
|
32,04
|
6,14
|
5,21
|
6,05
|
6,39
|
5,95
|
|
Calligonum comosum
|
20,19
|
19,34
|
**
|
22,78
|
20,77
|
13,42
|
15,94
|
**
|
15,90
|
15,08
|
|
Anabasis articulata
|
27,39
|
27,32
|
28,24
|
25,88
|
27,21
|
0,59
|
0,65
|
0,80
|
0,57
|
0,65
|
|
Cornulaca monocantha
|
23
|
23,16
|
34,69
|
33,75
|
28,65
|
0,49
|
0,74
|
0,62
|
0,56
|
0,60
|
|
Salsola tetragona
|
14,22
|
15,56
|
19,66
|
14,36
|
15,95
|
0,3
|
0,45
|
0,41
|
0,36
|
0,38
|
|
Sueda fructicosa
|
18,5
|
17,82
|
17,47
|
16,93
|
17,68
|
6,87
|
5,46
|
4,15
|
6,64
|
5,78
|
|
Oudneya Africana
|
44,19
|
43,40
|
41,95
|
41,40
|
42,73
|
0,58
|
0,64
|
0,60
|
0,59
|
0,60
|
Conclusion
À travers notre étude menée sur les parcours camelins du Sahara
septentrional algérien, il ressort que le couvert végétal spontané
de ces zones est totalement dépendant des caractéristiques
climatiques très rudes, très irrégulières et très contraignantes de
ces régions.
En effet, et d’une façon générale, les résultats obtenus nous
ont montré que la composante floristique de ces parcours est très
spécifique puisqu’elle arrive à survivre et à proliférer dans ces
conditions climatiques extrêmes. Cela se traduit quantitativement
par le faible nombre d’espèces inventoriées dans ce grand espace,
et qualitativement par leur richesse en composés pariétaux et en
cellulose brute. Cela leur permet de limiter au maximum leur
vitesse d’évaporation, grâce à la formation d’une cuticule épaisse
sur les stomates, en plus de la stimulation de la lignification des
tissus de soutien sous l’effet des fortes températures.
Cette étude temporelle nous a montré que les variations
climatiques saisonnières enregistrées dans la région d’étude se
traduisent par des variabilités de la composante floristique et
chimique du couvert floristique dans le sens où :
- – du point de vue floristique, les plantes éphémères
sont le meilleur indice des conditions climatiques, puisque leur
stratégie d’adaptation aux variations climatiques s’appuie sur leur
présence ou absence suivant les périodes de l’année. D’ailleurs,
nos résultats d’inventaires effectués reflètent très bien
l’influence directe de l’irrégularité climatique temporelle sur ces
espèces. Pour les espèces vivaces, même si leur mode d’adaptation
leur permet d’être présentes durant toute l’année, les
irrégularités climatiques saisonnières se traduisent par des
variabilités enregistrées pour les paramètres quantitatifs de
densité de recouvrement et de biomasse ;
- – du point de vue chimique, les variations temporelles
démontrent que l’effet saison sur les différents résultats obtenus
est significatif. Cet effet s’exerce par les variations climatiques
qui lui sont associées. En effet, on a enregistré une variabilité
nette pour la teneur en MAT et en tanins, qui est plus élevée au
printemps, sous l’effet de l’augmentation du rapport feuilles/tige
en cette saison. Par ailleurs, les fortes températures et la
sécheresse de l’été engendrent une augmentation des composés
pariétaux et de la cellulose brute.
On peut donc noter que, malgré les caractéristiques
exceptionnelles d’adaptation de la flore spontanée sahariennes aux
conditions climatiques très rudes de leur milieu désertique, il est
évident que leur survie, leur prolifération et leurs compositions
chimiques dépendent étroitement des variations climatiques.
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1 L’aire minimale est la plus petite
surface à échantillonner qui puisse nous permettre de prendre en
charge l’inventaire de la totalité des espèces.
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