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Events of persistent dryness in the Mediterranean throughout the last 50 000 years


Science et changements planétaires / Sécheresse. Volume 20, Number 2, 210-6, avril-mai-juin 2009, Article de recherche

DOI : 10.1684/sec.2009.0181

Résumé   Summary  

Author(s) : Nathalie Combourieu Nebout, Viviane Bout-Roumazeilles, Isabelle Dormoy, Odile Peyron , Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement UMR 1572 CNRS-UVSQ-CEA domaine du CNRS Avenue de la Terrasse bâtiment 12 91198 Gif-sur-Yvette cedex France, UMR CNRS 8157 Géosystèmes, université de Lille-I 59655 Villeneuve-d’Ascq cedex France, Laboratoire de chronoenvironnement UMR 8249 CNRS 25030 Besançon France.

Summary : Recent drought and heat waves in the Mediterranean have brought increased attention to high population density and the weakness of water resources. Studying past droughts may supply information to help understand their mechanisms. Mineralogy, pollen records and pollen-based reconstruction from Site ODP 976, collected in the Alboran Sea, show that several droughts occurred during the past 50 kyr. These events correspond to a significant development of semi desertic environments and increased wind from the Saharan arid area. This situation implies atmospheric conditions close to the present day positive situation of the North Atlantic Oscillation (NAO) during these droughts that resulted in a high level of stability over the west Mediterranean and favoured wind transport from the South.

Keywords : atmospheric circulation, dryness, Heinrich events, Mediterranean, vegetation

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ARTICLE

Auteur(s) : Nathalie Combourieu Nebout1, Viviane Bout-Roumazeilles2, Isabelle Dormoy3, Odile Peyron3

1Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement UMR 1572 CNRS-UVSQ-CEA domaine du CNRS Avenue de la Terrasse bâtiment 12 91198 Gif-sur-Yvette cedex France
2UMR CNRS 8157 Géosystèmes, université de Lille-I 59655 Villeneuve-d’Ascq cedex France
3Laboratoire de chronoenvironnement UMR 8249 CNRS 25030 Besançon France

La sécheresse est une composante majeure du climat méditerranéen qui influence considérablement les circulations dans ses fonds sous-marins [1] et la dynamique de ses écosystèmes végétaux sur les continents [2]. Elle induit un fort contraste saisonnier été/hiver du cycle hydrologique. Les dernières décennies ont été marquées par plusieurs canicules associées à des sécheresses parfois sans précédent dans les annales historiques. Dernièrement Vautard et al. [3] ont montré que les canicules de ces dernières années étaient associées à des déficits hydriques au cours des hivers précédant la canicule et à l’intensification de la sécheresse dans le nord du bassin méditerranéen. Cela implique une situation atmosphérique de « blocage » durant l’été avec la persistance d’un anticyclone sur la région. Ces premiers éléments permettent d’entrevoir les causes de ces événements et ouvrent des perspectives quant à leur prévision future. Il est certain que la succession de sécheresses intenses aura des conséquences sur les environnements méditerranéens aussi bien marins que continentaux et donc influencera le devenir de l’homme dans ces régions. Il convient donc de collecter toutes les informations susceptibles de compléter ces premières conclusions. L’étude des épisodes de sécheresse plus anciens ou dans d’autres contextes climatiques et qui se sont déroulés sans l’influence majeure de l’homme est l’une des voies pour affiner ces conclusions.

De tels épisodes secs sont également intervenus à plusieurs reprises en région méditerranéenne au cours des périodes passées et, en particulier, au cours du dernier cycle climatique [4-7]. Ainsi, durant la dernière période glaciaire, à plusieurs reprises, le froid intense a permis le développement de la calotte polaire, puis son recul accompagné d’importantes décharges d’icebergs dans l’Atlantique Nord [8]. Ces épisodes ou « événements de Heinrich » sont bien définis dans les sédiments marins par le dépôt de couches lithiques grossières qui témoignent de la fonte progressive des icebergs [9]. Leurs conséquences sur les paléoenvironnements océaniques et continentaux peuvent être mises en évidence grâce à l’étude des carottes de sédiments prélevées dans les fonds sous-marins. En milieu marin, les eaux de surface ont été refroidies par la fonte de ces icebergs en route vers le sud, ce qui a provoqué des bouleversements dans la faune et la flore microplanctonique [10-12]. En région méditerranéenne, le climat est devenu plus sec sur les continents, ce qui a provoqué des modifications importantes de la végétation [4-7, 13, 14]. Nous proposons, ici, d’illustrer les répercussions de ces événements sur les paléoenvironnements continentaux de la Méditerranée occidentale grâce aux analyses palynologiques et minéralogiques réalisées sur la carotte marine ODP Leg 161 site 976 et de les replacer dans un schéma climatique général. Les données polliniques du site 976 nous apporteront, de plus, des valeurs de température et de précipitation pour ces périodes de sécheresses passées. De tels enregistrements dans les carottes marines nous permettent, d’une part, de retracer les changements régionaux des paléoenvironnements avec une haute résolution temporelle et, d’autre part, des corrélations directes avec les changements intervenus dans le milieu marin.

Présentation du site

La carotte ODP site 976 a été prélevée en mer d’Alboran (36°12N, 4°18W, figure 1) sous 1 108 mètres de profondeur d’eau. Elle est proche du détroit de Gibraltar et donc sous la double influence des systèmes climatiques atlantique et méditerranéen.

Chronologie du site

La chronologie de ce site a été établie d’abord grâce à 17 datations carbone 14 converties en âges calendaires [4] puis par comparaison de la courbe des variations du rapport isotopique de l’oxygène mesurées sur nos échantillons avec, d’une part, celle des courbes de référence de la carotte marine MD 95-2042 [15] et, d’autre part, celle des carottes de glace du Groenland [16, 17].

Nous présentons dans cet article les résultats obtenus sur les 20 premiers mètres de cette carotte qui couvrent les derniers 50 000 ans. Les 300 échantillons analysés permettent d’étudier en détail cette tranche de temps et, en particulier, les événements rapides de sécheresse intervenus en région méditerranéenne.

Végétation et climat

La végétation actuelle est organisée en étages selon l’altitude et les versants. Depuis la côte jusqu’au sommet des massifs montagneux plusieurs formations végétales se superposent [2] (figure 1) :
  • un étage thermoméditerranéen associant Olea, Pistacia et quelques représentants de la végétation semi-désertique tels que Artemisia, Chenopodiaceae, et Ephedra ;
  • un étage mésoméditerranéen représenté d’abord par une forêt sclérophylle à chêne vert (Quercus ilex) puis par une chênaie tempérée humide (Quercus, Betula, Fagus, Carpinus, … et Ericaceae) ;
  • un étage supraméditerranéen avec une forêt froide à conifères (Pinus, Abies, Cedrus) aux plus hautes altitudes.

Le climat de cette région est de type méditerranéen, caractérisé par des hivers doux et humides et des étés chauds et secs [18, 19] (figure 1).

La circulation atmosphérique actuelle de la Méditerranée sud-occidentale est dominée par les vents de nord-ouest qui apportent les précipitations et par le vent saharien qui ramène périodiquement des poussières en provenance du sud (figure 2) [20].

Méthode

Analyses polliniques

Les spectres polliniques ont été obtenus sur la fraction sédimentaire inférieure à 150 μm, traitée selon la méthode classique développée par Faegri et Iversen [21]. Selon les échantillons, entre 150 et 2 000 grains de pollen ont été comptés, ce qui a permis la détermination de 120 taxons polliniques. De plus, au moins 100 grains de pollen ont été comptés en excluant ceux de Pinus, car ce dernier est le plus souvent surreprésenté dans les sédiments marins car favorisé par les transports éolien et aquatique. Les pourcentages polliniques ont été calculés en excluant ce taxon des sommes polliniques afin de mieux exprimer les variations des autres éléments des spectres fossiles. L’interprétation des assemblages polliniques dans les spectres polliniques marins est basée sur le postulat que la grande majorité des grains de pollen proviennent des zones de végétation les plus proches du site de dépôt, dans notre cas des bordures du bassin nord et sud de la mer d’Alboran. Elle repose également sur la connaissance des données environnementales et climatiques modernes d’Eurasie et d’Afrique du Nord [22]. Dans cet article, nous présenterons les variations des pourcentages des deux associations polliniques majeures :

– la forêt tempérée de type eurosibérienne humide (Quercus, Alnus, Betula, Fagus, Carpinus, Corylus, Tilia, Ulmus... et Ericaceae), caractéristique des périodes de réchauffement et d’humidité ;

– le semi-désert ou la steppe à Artemisia qui détermineront les phases les plus sèches.

Quantifications climatiques

La méthode des analogues modernes (MAT) a été appliquée aux spectres polliniques enregistrés dans notre carotte [23]. La MAT est l’une des meilleures approches pour quantifier les paramètres climatiques à partir des données polliniques fossiles [23-25]. Son principe repose, d’une part, sur la comparaison entre les spectres polliniques fossiles et les assemblages polliniques actuels et, d’autre part, sur la sélection des spectres actuels les plus proches des spectres fossiles appelés meilleurs analogues. Dans notre cas, le choix de huit à dix meilleurs analogues modernes a été effectué [23]. Des valeurs climatiques, en particulier la température (T) en degré Celsius (°C) et la précipitation (P) en millimètre sont alors attribuées à chaque spectre pollinique fossile en calculant une moyenne pondérée des valeurs climatiques actuelles associées aux assemblages polliniques modernes [23].

La MAT s’appuie sur un référentiel de données polliniques modernes de haute qualité taxonomique couvrant un large panel d’écosystèmes et d’environnements actuels et constitué par 3 530 spectres issus d’échantillons polliniques (mousses, sols et sommets de carottes) qui couvrent une grande variété d’assemblages polliniques, caractéristiques des environnements méditerranéens (environ 2 000 spectres provenant de France, d’Espagne, du Maroc, d’Italie et de Turquie) et eurasiatiques (Peyron et Bordon, données non publiées). Pinus a été exclu des assemblages polliniques de la base de données afin d’obtenir des spectres actuels calculés comme les spectres marins de notre carotte. Chaque spectre pollinique actuel est associé aux variables climatiques de son site de prélèvement en utilisant les bases de données climatiques actuelles [26]. Dans cette étude, nous avons utilisé les paramètres climatiques suivants, la température du mois le plus froid (MTCO) et la précipitation annuelle (PANN) ainsi que les températures et précipitations mensuelles qui seront utilisées pour construire des diagrammes ombrothermiques comparables à ceux représentant le climat actuel de la région étudiée.

Minéralogie des argiles

Les analyses minéralogiques ont été effectuées après une décalcification des échantillons avec de l’acide chlorhydrique, puis rinçage et séparation par décantation de la fraction inférieure à 2 μm. Les différents minéraux argileux sont caractérisés par diffraction aux rayons [6], et leur identification est basée sur la position de leurs pics sur les diffractogrammes [27].

Le cortège argileux est composé d’illite, de chlorite, de smectite et de kaolinite, associées à de la palygorskite dont les pourcentages ont varié au cours des derniers 50 000 ans et sont facilement interprétables en termes de modification des conditions atmosphériques. La palygorskite est un minéral argileux fibreux, transporté par le vent sur de longues distances mais dont la structure ne résiste pas au transport fluviatile. Elle est caractéristique des régions subarides et est classiquement associée aux transports de poussières en provenance du Sahara [20, 28, 29] (figure 2).

Modifications des paléoenvironnements et sécheresse

Pendant les derniers 50 000 ans, les courbes climatiques montrent le grand réchauffement de l’holocène précédé par les nombreuses oscillations climatiques rapides intervenues dans les conditions froides du dernier glaciaire pendant lequel la calotte polaire était bien développée [16, 17].

Les données palynologiques de la carotte ODP site 976 renseignent sur les changements paléoenvironnementaux et climatiques intervenus en région méditerranéenne au cours des derniers 50 000 ans [4-7, 13, 14] (figure 3B,D). Pendant cette période, les enregistrements polliniques montrent une forte variabilité. Des pourcentages élevés en grains de pollen des arbres tempérés, d’une part, et des taxons steppiques ou semi-désertiques, d’autre part, alternent ainsi de façon répétitive et régulière. Ces oscillations entre le développement de la forêt et du semi-désert expriment clairement des changements climatiques récurrents entre épisodes chauds et humides ou interstades et phases plus froides et sèches ou stadiaires. Ces dernières sont parfaitement corrélables avec les oscillations de Dannsgaard-Oeschger répertoriées dans les courbes de variation du rapport isotopique de l’oxygène dans les carottes de glace du Groenland [16, 17] (figure 3) et sont répertoriées également dans d’autres diagrammes polliniques en région méditerranéenne [5, 13] ainsi que dans les enregistrements marins [12]. Certaines phases stadiaires sont particulièrement marquées avec des pourcentages en éléments semi-désertiques rarement égalés dans les spectres polliniques méditerranéens qui traduisent une ouverture importante des paysages dans le sud de l’Espagne et le nord du Maroc. Compte tenu de la chronologie de la carotte, ces épisodes froids et secs constitueraient la réponse des paléoenvironnements sud-ouest méditerranéens aux changements climatiques causés par les « événements de Heinrich » (débâcles massives d’icebergs en Atlantique Nord [8]).

Au cours de ces événements, les changements de végétation observés expriment une aridification intense dans les paysages du sud-ouest de la Méditerranée. Ces périodes sèches seraient caractérisées par une baisse de PANN de l’ordre de 200 à 400 mm, associée à une baisse de MTCO de l’ordre de 5 à 15° en dessous des valeurs actuelles, ce qui est considérable dans cette région (figure 3C,D). Ces résultats sont confirmés par plusieurs études réalisées dans d’autres carottes marines en Atlantique et en région méditerranéenne [5] ainsi que sur des séries lacustres italiennes [13]. De même, des baisses de températures importantes sont enregistrées également dans les eaux de surface méditerranéennes pendant les événements de Heinrich [12].

Une étude du cycle saisonnier des températures et précipitation tel qu’il est reconstitué par les quantifications climatiques (figure 4A) indique que, au cours de ces événements, la courbe des températures est caractérisée par des conditions plus froides en hiver et en été. Le cycle méditerranéen des précipitations, quant à lui, est modifié avec une baisse généralisée des précipitations d’hiver mais aussi de printemps et d’automne, périodes généralement sources d’apport hydriques en région méditerranéenne. Ce changement majeur du cycle annuel des températures et des précipitations, et en particulier la répétition de ces années froides, à faible apport d’eau en hiver et au printemps, a certainement défavorisé le développement des arbres de la forêt tempérée plus exigeants en précipitation et de la forêt méditerranéenne dont les essences sont adaptées à la sécheresse estivale et aux hivers doux. La régression de la forêt a permis ainsi le développement des environnements ouverts de type steppique à semi-désertique dont les exigences climatiques n’étaient pas entravées par ces modifications. Par comparaison, le cycle climatique annuel, reconstitué pour la période de l’Holocène ainsi que pour le réchauffement de Dansgaard-Oeschger (figure 4B,C), nous montre des conditions de type méditerranéen avec une sécheresse estivale assez proches de l’actuel (figure 1).

Les apports en palygorskite renforcent l’hypothèse de l’accentuation de l’aridité dans cette région au cours des événements de Heinrich. Chacun de ces événements montre des arrivées de poussières avec des apports accrus en palygorskite dans les sédiments déposés en mer d’Alboran (figure 3A) [6, 31]. Ce minéral argileux, qui n’est pas un élément majeur des apports classiques en mer d’Alboran, est facilement détruit par un transport fluviatile, sa présence atteste d’apports éoliens importants. La palygorskite est essentiellement présente dans la ceinture subaride où sa formation est favorisée par des conditions chimiques particulières [28]. En effet, les régions arides du Sahara et semi-arides du Sahel et du nord de l’Afrique sont les principales sources actuelles de poussières vers l’Atlantique et la Méditerranée [29, 30]. Ces zones désertiques sont soumises saisonnièrement à de forts vents qui dispersent de grandes quantités d’aérosols dans l’atmosphère.

Aujourd’hui, la palygorskite est apportée vers la Méditerranée par les vents sahariens [20] depuis l’Afrique du Nord (Maroc, Algérie du nord et centrale et sud Sahara) [6]. Associé à ces apports de palygorskite, le vent a amené des grains de pollen typiquement nord-africain d’Argania (arbre endémique du Maroc), ce qui permet de situer l’origine des poussières au Maroc pendant les phases arides (figure 3).

Interprétations atmosphériques

Nos résultats permettent de proposer un schéma synoptique de la configuration atmosphérique pendant les périodes de sécheresse correspondant aux « événements de Heinrich ». Le transport de palygorskite vers le sud-ouest méditerranéen implique que le régime de vents d’ouest, tel qu’on le connaît aujourd’hui, était probablement déplacé vers le nord pendant ces phases d’aridité [6]. La sécheresse intense qui sévit tout au long de l’année au cours de ces phases arides implique une stabilité anticyclonique dans le sud-ouest méditerranéen avec la persistance de deux cellules de haute pression : l’anticyclone des Açores et l’anticyclone nord-africain. Le contexte climatique glaciaire était très particulier avec, d’une part, la présence d’une calotte de glace sur l’Irlande qui tenait à l’écart du continent européen les dépressions cycloniques et, d’autre part, les déplacements d’icebergs qui décalaient, vers le sud, les hautes pressions atlantiques les séparant par un large couloir dépressionnaire de l’anticyclone du Maghreb oriental. Ainsi, pendant les événements froids et secs, les hautes pressions étaient associées à une dépression au-dessus de l’Europe de l’Ouest, et le régime de vents d’ouest était déplacé vers le Nord (figure 5). L’ensemble favorisait le transport méridien de poussières désertiques au-dessus de l’Afrique du Nord-ouest et vers le Sud-ouest de la Méditerranée. L’arrivée de poussières en mer d’Alboran pendant les périodes passées de sécheresse serait alors liée à la présence d’un couloir dépressionnaire entre les deux anticyclones des Açores et de l’Afrique du Nord.

Aujourd’hui, l’oscillation nord-atlantique (NAO) contrôle le transport des poussières désertiques et est responsable de la variabilité climatique actuelle qui serait due à ses différentes phases [32-34]. En région méditerranéenne, ses changements de position provoquent des variations de précipitation importantes d’une année sur l’autre. Quatre situations principales de la NAO sont le plus souvent décrites [32], parmi lesquelles la situation dite de NAO positive (figure 5) pendant laquelle le gradient de haute pression entre l’anticyclone des Açores et la dépression islandaise implique un déplacement vers le nord des vents d’ouest [32]. Il en résulte des conditions climatiques sèches dans le Sud de l’Europe et le Nord de l’Afrique ainsi qu’une augmentation du transport des poussières désertiques vers l’Ouest de l’Afrique. Bien que le contexte climatique actuel soit très différent de celui de la période glaciaire (figure 5), la situation lors des événements secs passés présente des caractéristiques proches de celles de NAO positive observée aujourd’hui.

Conclusion

Les enregistrements climatiques et atmosphériques issus de la carotte marine ODP site 976 montrent que de nombreux épisodes de sécheresse se sont produits au cours des derniers 50 000 ans. Ces périodes d’aridité ont été très intenses avec des baisses de précipitation entre 200 et 400 mm par an, ce qui a considérablement influencé la composition des paléoenvironnements continentaux qui sont devenus steppiques à semi-désertiques. Pendant ces phases, des apports de poussière importants se sont produits dans le Sud-ouest méditerranéen. Bien que les contextes climatiques actuels et passés soient très différents, au cours de ces événements arides passés, la situation atmosphérique présentait une configuration proche de celle qui prévalait pendant les phases de NAO positives ; l’aridité est alors accrue en région méditerranéenne, et le régime de vents d’ouest déplacé vers le nord. Cette confrontation entre les périodes arides passées et actuelles, bien qu’elle compare des épisodes de durée différente, montre l’intérêt de s’intéresser aux phases arides passées. L’analyse des événements secs du dernier glaciaire, bien que dans des contextes thermiques différents de l’actuel, montre à quel point le paysage méditerranéen peut se modifier en réponse à la répétition de nombreuses années sèches comme celles subies ces dernières années dans cette région. Il est donc essentiel de multiplier les études sur de tels événements dans des contextes variés afin de mieux comprendre leur dynamique et de les prévenir dans cette région soumise à une pression économique très forte.

Remerciements

Les échantillons qui ont permis d’obtenir ces résultats ont été fournis par Ocean Drilling Project. Le CNRS nous a apporté son soutien financier. Nous remercions J.-P. Cazet pour son aide technique efficace. Cet article est la contribution no 4005 du LSCE.

Références

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