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Cereals in dry farming and annual rainfall: the case of North Algeria


Science et changements planétaires / Sécheresse. Volume 20, Number 2, 199-203, avril-mai-juin 2009, Article de recherche

DOI : 10.1684/sec.2009.0187

Résumé   Summary  

Author(s) : Dalila Smadhi, Lakhdar Zella , Laboratoire de bioclimatologie Inra Baraki Alger Algérie, Université de Blida BP 30A Ouled Yaich Blida Algérie.

Summary : Since 1970 the cereal production in Algeria has no longer met the population’s needs. Practiced extensively and under a rainy conditions, cereal farming occupies an area estimated at 3 million hectares. It produces only a quarter of today’s needs, estimated to be 80 million quintals. The relatively low level of productivity, with 7 quintals/hectare in average, is attributed mainly to the deficit in rainfall. However, the diagnosis made when analysing temporal variability of productivity shows a slight increase when rain decreases. To overcome the cereal production deficit, it is imperative to quadruple production, either by increasing the cereal area from 3 to 11.5 million hectares, or by increasing the yield to 27.5 quintals per hectare. This partial diagnosis devoted to the temporal evolution of production and which shows the level of dependence on foreign cereal, should be completed by a spatial analysis in order to determine the potential cereal zones and the causes of unproductiveness.

Keywords : Algeria, cereal farming, dependence, production, rainfall

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ARTICLE

Auteur(s) : Dalila Smadhi1, Lakhdar Zella2

1Laboratoire de bioclimatologie Inra Baraki Alger Algérie
2Université de Blida BP 30A Ouled Yaich Blida Algérie

L’Algérie importe de plus en plus de céréales pour couvrir les besoins alimentaires de sa population, besoins qui s’élèvent en moyenne à 250 kg par habitant et par an, alors que la production locale diminue d’année en année et qu’augmentent sans cesse les quantités importées de l’étranger. Les importations, qui étaient de l’ordre de 500 000 quintaux par an durant la décennie 1920 [1], soit 27 kg par personne, sont passées à quatre millions de quintaux en 1960, selon Bencharif et al. [2], c’est-à-dire 40 kg par personne. Elles ont atteint 60 millions de quintaux en 2005, pour un coût de 1,5 milliard de dollars américains, soit 43 % de la valeur globale des importations du pays [3]. Cette quantité place l’Algérie parmi les plus gros importateurs mondiaux de céréales, en occupant 65 % du marché africain [4]. Représentées en majorité par le blé dur (14 millions de quintaux), le blé tendre (26 millions de quintaux), l’orge (16 millions de quintaux) et l’avoine (quatre millions de quintaux), les plus importantes quantités sont achetées à la France [5, 6]. Cette dépendance exogène renforce fatalement la perspective d’insécurité alimentaire et entrave par conséquent le développement du pays.

La sole céréalière localisée au nord du pays, entre les latitudes 32° et 37° nord et les longitudes –2° et 9° est, est limitée entre les isohyètes 300 et 600 mm. Elle occupe 94 % de la surface agricole utile (huit millions d’hectares), dont la moitié environ est cultivée alternativement avec la jachère [7], en extensif et exclusivement en régime pluvial. Le ratio surfacique par habitant est en recul permanent et n’excède plus 900 m2 en 2005. La production n’offre, bon an mal an, que 20 millions de quintaux pour un rendement moyen de 7 q/ha, soit trois fois moins que la moyenne mondiale [8], ce qui vaut à l’Algérie un rendement similaire à ceux de l’Éthiopie ou de la Bolivie, souvent considérés comme les plus faibles au monde [9]. Cette situation de dépendance risque de perdurer, si un diagnostic complet et soutenu par une volonté politique n’est pas entrepris pour apporter les correctifs et atténuer le déficit.

Dans le monde, les rendements des céréales ont évolué rapidement depuis 1960, principalement sous l’impulsion des progrès techniques et des innovations apportées aux méthodes de production. Ainsi, le rendement en France, qui était de 7 q/ha en 1815, est passé à 20 q/ha en 1950 et fluctue désormais entre 50 et 80 q/ha. À l’échelle planétaire où la moyenne était de 11 q/ha en 1961, elle atteint actuellement 27 q/ha, ce qui représente une progression de 145 % en 40 ans. Certains pays ont atteint des rendements records. Tel est le cas de la Namibie (88,9 q/ha) et des Pays-Bas (87,2 q/ha), la France arrivant à la neuvième position avec 69,8 q/ha, suivie de l’Égypte avec 64,9 q/ha, alors que dans des pays comme les États-Unis et l’Australie, les rendements fluctuent entre 15 et 28 q/ha [9]. Au Maroc et en Tunisie, pays voisins, ils ne dépassent pas 13 et 11 q/ha [10, 11]. En Chine, la recherche a pu aboutir à une nouvelle variété de blé « Xiaoyan 81 », dont le rendement s’élève à 84,8 q/ha, et dont la résistance à la sécheresse et aux infections est améliorée [12].

Mais les rendements céréaliers en Algérie n’ont pas bénéficié des avancées technologiques réalisées ailleurs, et ils stagnent depuis longtemps. Les études réalisées dans ce domaine imputent le plus souvent l’insuffisance de la production céréalière au facteur pluviométrique. C’est ainsi que Stotz [13] et Baldy [14] font observer que les zones potentiellement céréalières sont celles qui reçoivent annuellement plus de 350 mm de pluie, ce qui correspond au minimum des besoins en eau des céréales.

Cette étude se fixe pour objectif d’analyser statistiquement la variabilité de la production et du rendement des céréales en relation avec celle de la pluviométrie. Des séries de données, sur une période de 71 ans, ont été traitées et mises en corrélation afin de caractériser la variabilité et de mettre en évidence d’éventuelles interdépendances. L’analyse se base essentiellement sur le total pluviométrique de chaque groupe d’années afin de diagnostiquer les anomalies climatiques ayant caractérisé la région et leur impact sur la céréaliculture. Un autre travail en préparation s’attachera à l’impact possible du régime pluviométrique, particulièrement à la date de l’arrivée des pluies d’automne.

Matériel et méthode

Données de base

Les données pluviométriques annuelles ont été tirées des bulletins et des archives de l’Office national de la météorologie d’Alger (ONM), ainsi que de l’Agence nationale des ressources hydrauliques (ANRH), sur la période 1936-2007. Des données fournies par 40 stations principales qui couvrent les wilayas céréalières, soit 19 % du territoire national, situées entre 32 et 37° de latitude nord et –2 et 9° de longitude est.

Des séries de données relatives aux surfaces emblavées, aux productions et aux rendements ont été extraites des archives, et des bulletins de statistiques agricoles du ministère de l’Agriculture publiés annuellement. Elles concernent le blé dur, le blé tendre, l’orge et l’avoine sur la même période. Quant aux données relatives aux importations et aux besoins de consommation, elles sont extraites des bulletins du Centre national de l’information statistique (CNIS).

Traitements statistiques

Les statistiques ont porté sur les paramètres fondamentaux utilisés pour décrire des séries de populations comme la moyenne, la médiane, la distribution des fréquences et les coefficients de corrélation. Des courbes de tendance ont également été construites. Les calculs statistiques ont été réalisés à l’aide des logiciels Excel®, Statistica® et Hydrolab®. La pluviométrie, les surfaces emblavées, les productions et les rendements céréaliers ont été étudiés séparément, puis combinés les uns aux autres.

Résultats et interprétations

Pluviométrie

La pluviométrie annuelle de l’Algérie du Nord évolue en dents de scie autour d’une moyenne de 470 mm. Les variations temporelles sont illustrées par la figure 1 qui montre une tendance sinusoïdale comportant quatre phases. La première correspond aux années 1930 et 1940, la deuxième s’étend entre 1951 et 1973, la troisième va de 1974 à 2001, tandis qu’une quatrième phase semble avoir débuté en 2001. Les trois premières phases couvrent respectivement des périodes de 11, 26 et 28 ans ; la dernière, en cours, en est à sa sixième année. Avec des lames d’eau moyennes de 451, 497 et 443 mm, les trois premières phases s’écartent respectivement de la moyenne générale de la série de –4, +6 et –6 %. Ces valeurs traduisent successivement des épisodes sec, puis humide et enfin sec, avec amorce de l’installation d’une nouvelle phase humide à partir de l’année 2000. L’alternance de périodes sèches et humides semble donc caractériser la pluviométrie moyenne de l’Algérie du Nord sur cette série de 71 ans.

L’analyse statistique détermine également des classes de pluies annuelles dont la médiane (480 mm) est comprise entre la valeur 393 mm du premier quartile et la valeur 574 mm du troisième quartile. Récapitulée dans la figure 2, la distribution de la pluviométrie montre six classes bien distinctes. La classe dominante, située entre 450 et 500 mm, est représentée par 43 % des observations et a une probabilité d’occurrence de 50 %. Elle correspond aux besoins des céréales. Les classes 400-450 et 500-550 mm cumulent, quant à elles, près de 37 % des observations. Ces pluviométries enregistrent des périodes de retour de huit ans en moyenne. Les classes extrêmes (350-400, 550-600 et 600-650 mm) ne représentent au total que 20 % de l’effectif, leur probabilité d’apparition étant très faible.

Surfaces consacrées à la céréaliculture

La surface moyenne plantée en céréales s’établit à trois millions d’hectares, avec un minimum de 1,2 million durant l’année 1993-1994 et un maximum de 3,8 millions en 2001-2002. Cependant, dans 72 % des cas, la superficie emblavée est comprise entre 2,5 et 3,5 millions d’hectares. Les années où les surfaces cultivées en céréales restent inférieures à 2,5 millions d’hectares ou excèdent 3,5 millions ne représentent respectivement que 15 et 13 % de la série. Il faut néanmoins signaler que les surfaces récoltées sont le plus souvent inférieures à celles cultivées. Cette différence, rarement répertoriée dans les données statistiques, est attribuée à la mauvaise qualité du travail du sol, à l’utilisation de variétés non performantes, aux techniques archaïques et au matériel vétuste. Le manque de traitement et de fertilisation, conjugué à la nuisibilité des mauvaises herbes, aboutit à des surfaces ayant une production quasi nulle et, de ce fait, non comptabilisée. L’impact sur les rendements des céréales est estimé selon Hamadache [15] et Kahalerras et al. [16] à une réduction de 30 à 40 %, au niveau de certaines soles. Ces tares combinées aux aléas climatiques néfastes, au manque de technicité des agriculteurs et surtout à une gouvernance instable et déficiente (plusieurs réformes agraires), suffisent à rendre compte de la médiocrité des résultats.

Production céréalière

La production céréalière moyenne sur 71 ans s’établit à 20 millions de quintaux. Elle présente, elle aussi, une forte variabilité et montre un minimum très particulier, reflétant une production presque nulle de 12 355 quintaux durant l’année 1942-1943. À l’opposé, un maximum de 49 millions de quintaux s’est reproduit trois fois, durant les années 1945-1946, 1995-1996 et 1996-1997, ce qui représente un écart relatif énorme. La production moyenne lors de chacune des phases identifiées ci-dessus est illustrée par la figure 3 qui montre une courbe dont l’allure suit grossièrement celle de la pluviométrie, notamment durant la première phase. La production moyenne au cours de la période correspondante (fin des années 1930 et années 1940) est de 12 millions de quintaux, soit un chiffre inférieur de 40 % à la moyenne de toute la série, en relation avec un déficit pluviométrique de 4 %. Durant la deuxième phase, la moyenne pluviométrique a augmenté de 10 %, entraînant un accroissement de la production de 26 %, mais demeurant à 10 % au-dessous de la moyenne générale. Le constat relatif à la troisième phase est plus inattendu. En effet, au déficit pluviométrique de 6 % correspond, cette fois, un excédent de 15 % par rapport à la production moyenne. Il s’ensuit que les années sèches ne sont pas automatiquement des années de faible production, dès lors que des facteurs autres que la pluviométrie interviennent favorablement. Enfin, durant la phase qui s’amorce actuellement, l’accroissement de la production (+25 %) épouse en l’amplifiant celui de la pluviométrie (+4 %). En fin de compte, il semble bien se confirmer que l’amélioration de la production céréalière est le plus souvent tributaire de celle de la pluviométrie, même si les résultats de la troisième phase rappellent le poids que peuvent jouer d’autres influences, notamment d’ordre technique.

Rendement

Le rendement céréalier a également évolué de manière irrégulière durant toute la période d’étude. Il a fluctué autour d’une moyenne et d’une médiane de 7 q/ha (figure 4), entre un minimum de 2 q/ha et un maximum de 13. La médiane de 7 q/ha est comprise entre les 6 q/ha du premier quartile et les 8 du troisième quartile.

L’analyse du graphique de la figure 4 montre que ce ne sont pas toujours les fluctuations du rendement qui rendent compte de la variabilité des tonnages produits. Quand la pluie augmente de la première à la deuxième phase, le rendement n’évolue quasiment pas et se maintient à quelque 34 % au-dessous de la moyenne de 1936-2007. L’augmentation de la production qui intervient alors, comme on l’a signalé précédemment, ne peut s’expliquer que par un accroissement de 500 000 hectares de la superficie consacrée aux cultures de céréales. Inversement, durant la troisième phase pluviométrique, caractérisée par un déficit de 6 %, l’augmentation de 29 % du rendement rend compte d’un accroissement de la production de 25 %. L’amélioration du rendement vient ainsi annuler l’effet péjoratif de la sécheresse.

À partir de 2002-2003, les courbes de rendement et de pluie semblent de nouveau évoluer en étroite concordance, le retour d’années bien arrosées (moyenne de 500 mm) allant de pair avec une hausse de près de 28 % du rendement moyen.

Consommation et importation

La tendance évolutive de la production céréalière, ces dernières années, révèle un écart important avec les besoins de consommation (figure 5). L’écart a commencé à se creuser vers 1970, pour atteindre aujourd’hui 60 millions de quintaux, ce qui traduit un déficit de production de 75 %. La consommation individuelle est en moyenne de 2,5 q/an. Si, selon la FAO [17], elle dépasse légèrement celle du Maroc (2,4 q/an) et celle de la Tunisie (2 q/an), elle n’en reste pas moins inférieure à la moyenne mondiale (3,2 q/an). Pour satisfaire les besoins d’une population qui croît à un rythme annuel de 500 000 habitants et dont les céréales constituent un aliment de base incontournable, la production devrait donc quadrupler en 2007 et s’améliorer ensuite de 1,25 million de quintaux chaque année. Cela n’est possible que si le rendement s’élève à 27,5 q/ha ou si la superficie plantée en céréales atteint 11,5 millions d’hectares. À défaut, les importations vont croître annuellement de 36,5 millions de dollars américains supplémentaires, ce qui correspond à la vente de 405 515 barils de pétrole à raison de 90 dollars américains l’unité.

Conclusion

L’analyse temporelle de la pluviométrie annuelle de l’Algérie du Nord montre qu’elle est irrégulière et se caractérise par l’alternance de phases sèches et humides. La classe pluviométrique (450-500 mm), assez fréquente, correspond aux besoins en eau des céréales. La production céréalière s’est améliorée durant les périodes pluvieuses, sauf pour une phase où le résultat s’est paradoxalement inversé. La pluviométrie semble en revanche n’avoir exercé que peu d’influence sur le rendement, qui relèverait davantage de tout un faisceau de facteurs d’ordre technique. Mais la stagnation de la production céréalière, conjuguée à l’accroissement de la population, accentue dangereusement la dépendance de l’Algérie vis-à-vis de l’étranger et entrave le développement du pays.

Références

1 Rouverou P. Statistique de la production des céréales en Algérie. Céréales d’Algérie. Gouv Gen Alg Direct Agric Colon 1930 : 2-58.

2 Bencharif A, Chaulet C, Chehat F, Kaci M, Sahli Z. La filière blé en Algérie. Le blé, la semoule et le pain. Paris : Karthala, 1996.

3 CNIS. Agriculture algérienne. Les statistiques. 2005. http ://www.douanes.cnis.dz.

4 Maggie L. Le blé dur en Afrique du Nord. Agriculture et Agro-alimentation Canada (AAC). Pub. division analyse du marché, Bulletin bimensuel, vol. 13 : 2000. http ://www.agr.ca/policy/win/biweekly/index.htm.

5 CNIS. Bulletins de statistiques économiques. 1969-2005.

6 Zineb M. La facture de blé atteint un milliard de dollars. Jeune indépendant 2006. www.Algeria-watch.org.

7 RGA. Rapport général agriculture. Ministère Agriculture. 2001. CD-Rom.

8 CNUCED. Blé, culture, rendement. Données statistiques de l’ONU (FAO). Rome : FAO, 2007. http://uncetad.org./infocomm/francais/ble/culture.htm.

9 FAOSTAT. Statistiques de production mondiale du blé, du seigle et du triticale. Version révisée. Rome : FAO, 2001. www.mapageweb.umontreal.ca/bruneaua/simon/chapitre05_ble.pdf.

10 Bouaziz A. Perspective agronomique de la céréaliculture au Maroc. Paris : CIHEAM, 2007. www.ressources.ciheam.org/om/pdf/s11/CI920088. pdf.

11 APIA. Réussir une campagne de blé en Tunisie. L’Investisseur Agricole no 69, 2007. www.investir-en-tunisie.net/news/article.php.

12 Zhensheng L. Une nouvelle variété à fort rendement. Info. no 2556. 2007. http ://english.cas.ac.cn/eng2003/newsdetailnewsb.asp

13 Stotz M. Céréale et l’eau. Rapp. Congrès de l’eau, Alger, 1928.

14 Baldy C. Contribution à l’étude fréquentielle des conditions climatiques. Leur influence sur la production des principales zones céréalières d’Algérie. Rapport. Alger : ITGC. 1974.

15 Hamadache A. Travail du sol. Manuel illustré des grandes cultures à l’usage des vulgarisateurs et techniciens de l’agriculture. Alger : ITGC ; ministère de l’Agriculture. 2001.

16 Kahalerras Y, Ameroun R, Sadji M, Djane Hamed M. Comment réussir votre désherbage chimique des céréales. Alger : ITGC ; ministère de l’Agriculture, 2006.

17 FAO. Agriculture mondiale. Horizons 2015-2030. Rome : FAO, 2004.


 

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