ARTICLE
Auteur(s) : Saidati
Bouhlassa1, Charifa
Alechcheikh1, Lahcen KabiriLahcen Kabiri2,3
1Laboratoire radiochimie, Département de chimie,
Faculté des sciences, Université Med V, BP 1014, Rabat, Maroc
2Laboratoire des formations superficielles :
sciences du climat, de l’eau, de l’environnement et du patrimoine
(LFS/SCEEP), BP 509, Boutalamine
3Faculté des siences et techniques, Université My
Ismail, BP 509, Boutalamine, 52 000 Errachidia, Maroc
Introduction
Géographie
Le bassin-versant de Rheris est limité à l’est par le bassin de
Ziz, à l’ouest par le bassin de Toudgha, au nord par la chaîne du
Haut Atlas et au sud par l’Anti-Atlas. Il a pour coordonnées
Lambert, X1= 530, X2 = 590 ; Y1 = 490 ; Y2 = 550
(figure 1).
Ce bassin est marqué, d’une part par des altitudes variables de
800 à 1 200 m qui diminuent du nord vers le sud et, d’autre
part, par un climat semi-aride à forte influence continentale, vu
sa localisation à plus de 600 km à l’est de l’océan
Atlantique. La température peut atteindre 50 °C en été dans sa
partie méridionale et 0 °C pendant l’hiver dans sa partie
septentrionale.
Son ouverture vers le sud accentue l’aridité et les phénomènes
d’évaporation [1–4].
Les précipitations moyennes enregistrées de 1970 à 2000
indiquent une diminution du nord au sud de 120 à 60 mm/an.
La population est d’environ 120 000 habitants et se
répartit sur une superficie totale de plus de 2
000 km2. Leurs principales ressources économiques
sont l’agriculture, le commerce et le salariat. Plus de 55 %
de la population exerce une activité agricole et développe une
culture bien adaptée aux conditions écologiques de la région
(cultures arbo-fruitières, maraîchère, fourragère, légumineuse et
céréalières) et un élevage bien caractéristique et assez varié.
Cette activité est toutefois liée directement à la disponibilité de
l’eau (oueds, sources, khettarats1).
Le réseau hydrographique principal est constitué par l’oued
Rheris qui prend naissance aux sommets du Haut Atlas. Son
écoulement s’effectue d’ouest en est avant de devenir nord- sud.
Ses principaux affluents sont l’oued Tarda à l’est et l’oued
Toudgha à l’ouest. Ce dernier a un parcours nord-sud, traverse les
gorges de Toudgha et s’écoule d’ouest en est à partir de la ville
de Tinghir. Il se jette dans l’oued Rheris non loin du ksar2 Touroug sous le nom de oued Ferkla (figure 2).
La région, est marquée par une croissance urbaine accélérée,
l’amélioration relative du niveau de vie et l’extension continuelle
des périmètres irrigués publics et privés. Cette tendance a eu pour
conséquence une augmentation sensible de la demande en eau.
Géologie
Du point de vue géologique (figure 1), cette
région est limitée au nord par le flanc sud du Haut Atlas et au sud
par l’Anti-Atlas. Trois unités morphostructurales peuvent être
distinguées du nord vers le sud [2,5–7] :
- – le flanc sud du Haut Atlas formé essentiellement de
calcaire et dolomite de l’Aalénien et de Dogger séparés par le
Toarcien marneux ;
- – le bassin crétacé au centre qui se présente comme un
synclinorium dissymétrique, est constitué de dépôts carbonatés du
Turonien, gréso-sableux à intercalation de gypse de
l’Infra-cenomanien et de sable argileux avec des dépôts
d’évaporites et des formations gypsifères du Sénonien ;
- – la plaine, occupée par des dépôts quaternaires où
parfois affleurent des travertins et des niveaux gréso-schisteux du
Paléozoïque et/ou du Précambrien. Les formations du Quaternaire
reposent directement sur l’Infra-cenomanien au nord (région de
Goulmima-Tadighoust et nord de Ferkla) et sur le Paléozoïque au sud
(région de Toudgha-Ferkla).
La répartition de l’eau dans la région est liée à la structure
géologique et aux conditions climatiques. Les ressources en eau
proviennent du Jurassique et du Crétacé au nord, des zones
fissurées et altérées du Paléozoïque et/ou du Précambrien au sud
[2,8] mais également des nappes phréatiques (nappes alluviales ou
du Quaternaire). Ce sont celles-ci qui font l’objet de la présente
étude car elles sont les plus sollicitées et les plus sensibles aux
fluctuations climatiques et aux actions anthropiques.
Différentes techniques, telles que les oughrours3 et les khettarats, ont été utilisées par
l’homme de ces régions depuis l’Antiquité pour exploiter
parcimonieusement l’eau [1–4]. Mais à partir des années 1950,
l’extraction par motopompes a exacerbé la pression sur la ressource
[2,3]. Les écoulements de plus en plus temporaires et les débits
très irréguliers des cours d’eau s’ajoutent aux périodes de
sécheresses prolongées pour accentuer la surexploitation de la
nappe phréatique [1–4,8].
Le bilan global de la situation hydraulique actuelle du bassin
de Rheris [2] qui fait apparaître des déficits pendant les
dernières années, est le suivant :
- – eaux de surface :
84 Mm3 ;
- – eaux souterraines :
100 Mm3 ;
- – écoulement en aval : 37 Mm3.
La confrontation des disponibilités en eau et des consommations
actuelles de la zone montre un dégagement d’un volume de
37 Mm3 à l’aval [2]. Ce volume n’est pas réellement
un excès puisque les différentes palmeraies du bassin laissent
apparaître un déficit chronique en eau. L’irrigation consomme pour
toute la région 98 % de l’eau disponible et 2 % seulement
servent pour l’eau potable [2].
Hydrogéologie
La disponibilité de la ressource et l’approvisionnement des
populations en eau en quantité suffisante et en qualité acceptable
sont devenus un défi difficile à relever dans la région, sans une
meilleure connaissance du fonctionnement hydrogéologique des
aquifères et particulièrement du Quaternaire. Cela afin de
contribuer à la définition des consignes de gestion durable de la
ressource et faire face à la menace sérieuse d’une désertification
dans la région.
En plus, le problème de la salinisation des eaux se pose, vu le
contexte géologique et climatique de la région.
Les sels sont des composés chimiques formés par la combinaison
d’ions positifs, par exemple sodium (Na+), potassium
(K+), calcium (Ca2+) ou magnésium
(Mg2+), avec des ions négatifs tels que chlorures
(Cl-), sulfates (SO42-) ou
bicarbonates (HCO3-). Les cations
(Ca2+, Mg2+, Na+, K+)
et anions (Cl-, SO42-,
HCO3-) sont connus collectivement comme étant
des ions majeurs. Les concentrations d’ions majeurs sont des
descripteurs de base de la qualité de l’eau sur lesquels se fondent
bien des critères d’utilisation de l’eau (eau potable ou eau
destinée à des fins agricoles et industrielles). La problématique
de la salinité se pose avec acuité surtout dans les zones arides et
semi-arides où la pluviométrie est faible et l’évaporation
considérable [9,10].
Le calcium est le cation le plus commun trouvé dans les eaux de
surface. Il dépend principalement de la géologie (dépôts de
carbonates ou de gypse présents, etc.).
Dans les régions arides et semi-arides [9,10],
l’évapotranspiration produit une hausse de la teneur en sels
(salinisation) des eaux de surface et l’augmentation des
concentrations de sodium et de calcium. La teneur en sodium par
rapport à la teneur en calcium constitue un descripteur clé de
l’eau destinée à l’irrigation.
La teneur en sels dissous est régulée par la météorisation de
quelques minéraux clés (chlorure de sodium et gypse, carbonates et
silicates, par ordre décroissant de solubilité) ; ainsi, les
concentrations de matières dissoutes totales (MDT) et d’ions sont
liées aux types de roches.
La concentration des ions sulfates (SO42-)
est très variable dans les eaux de surface, où elle dépend des
minéraux contenant du soufre. Elle a considérablement augmenté dans
certaines régions du monde, en grande partie à la suite de
l’intensification des activités industrielles et agricoles. Lorsque
les minéraux contenant du soufre sont plus abondants, comme dans
les schistes par exemple du Paléozoïque de Tafilalet, la teneur en
SO42- peut dépasser le seuil de 400 mg/L
précisé dans la directive de l’Organisation mondiale de la santé
(OMS) relative à l’eau potable.
Présentation générale de la nappe quaternaire phréatique du
Quaternaire
Les formations quaternaires qui abritent cette nappe se
répartissent le long des grands oueds de la région, notamment
l’oued Rheris qui prend naissance dans le Haut Atlas et ses
affluents qui sont l’oued Tarda à l’est et l’oued Toudgha (Ferkla)
à l’ouest.
Le long de l’oued Rheris, l’âge des formations quaternaires
(figure 1)
va du Pléistocène inférieur (Moulouyen) à l’Holocène [2,4].
Le Pléistocène inférieur est formé de conglomérats polygéniques
et hétérométriques dont les éléments très arrondis sont issus des
formations carbonatées d’âges jurassique ou crétacé. Ces éléments
ont été charriés par l’oued Rheris, depuis le Haut Atlas, sur de
grandes distances comme le suggèrent leur nature et leur usure
[2,4].
Les dépôts du Pléistocène moyen (Amirien) sont des conglomérats
très consolidés et des encroûtements carbonatés [2,4].
Les formations du Pléistocène supérieur (Tensiftien et
Soltanien), débutent par des conglomérats sur lesquels se dépose un
ensemble sédimentaire de texture fine (limon, argile et sable)
[2,4].
Plus en aval, dans la plaine, les dépôts deviennent de plus en
plus fins (argile, limon et sable fin) [2,4].
La minéralogie de la fraction argileuse indique la présence de
la palygorskite dans les dépôts du Pléistocène supérieur [2,4] et
la dominance des minéraux lourds d’origine volcanique [2].
La diversité lithologique ainsi que les variations de
l’épaisseur de ces dépôts qui est de l’ordre d’une quinzaine de
mètres au sud de Tadighoust dans la partie amont du bassin, et de 6
mètres environ à l’aval, font que cette nappe présente des
caractéristiques hydrodynamiques et chimiques complexes et
variables de l’est à l’ouest et de l’amont à l’aval du
bassin-versant.
Les essais de pompages effectués dans certains forages et puits
ont donné des transmissivités variables, entre 3.10-3 et
9,5.10-2 m2/s qui sont à lier aux
variations de faciès (Direction régionale de l’hydraulique
d’Errachidia). Les coefficients d’emmagasinement sont faibles, de
10-3 à 10-4. Ils rappellent les
caractéristiques d’une nappe captive ou semi-captive.
La carte piézométrique de la région montre deux sens
d’écoulement préférentiels : nord-ouest vers sud-est et ouest
vers est (figure 2).
Méthode de prélèvement et matériel d’analyse
Échantillonnage et analyse
Vingt et un points d’eau (puits fonctionnels) ont été
échantillonnés le long de trois profils en respectant le sens de
l’écoulement (figure 2) :
- – profil 1 : formé par le bras Rheris, représenté
par les points d’eau 3 à 11 ;
- – profil 2 : selon l’axe Toudgha- Ferkla, ou
ouest-est constitué des points d’eau 12 à 21 ;
- – profil 3 : avec deux points d’eau (1, 2) prélevés
le long du confluent Tarda.
Les mesures de température, de pH, de conductivité et
d’alcalinité ont été effectuées localement sur les échantillons
d’eau fraîchement prélevés.
Les teneurs en anions majeurs ont été déterminées au laboratoire
par chromatographie liquide, sur des échantillons filtrés (filtres
de 0,45 μm). Les concentrations cationiques sont obtenues par
analyse par absorption atomique des échantillons d’eau, filtrés et
conservés par acidification à pH légèrement inférieur à 2, par
ajout de quelques gouttes d’acide nitrique de qualité
analytique.
Un strict respect des procédures d’échantillonnage et d’analyse
conduit à une précision de 2 à 4 % sur les teneurs des ions et
à une balance ionique généralement inférieure à 4 %, à
l’exception du point 8 qui présente une valeur de la balance
ionique supérieure à 4 % mais qui reste tout de même
acceptable (6,6 %). Les compositions et les propriétés
physico-chimiques des eaux des différents points sont données aux
tableaux 1 et 2.
Tableau 1 Résultats des analyses hydrochimiques des
eaux de la nappe quaternaire en meq/L
|
Point d’eau
|
NH4+
|
Na+
|
K+
|
Ca2+
|
Mg2+
|
CL-
|
NO3-
|
HCO3-
|
SO42-
|
|
1
|
0,007
|
0,452
|
0,084
|
5
|
1,825
|
0,797
|
0,265
|
3,246
|
3,292
|
|
2
|
0,007
|
12,883
|
0,137
|
9,8
|
5,058
|
14,789
|
0,182
|
4,164
|
9,154
|
|
3
|
0,003
|
24,139
|
1,338
|
13,025
|
9,117
|
27,229
|
2,323
|
7,443
|
11,75
|
|
4
|
0,001
|
12
|
0,131
|
9,6
|
8,5
|
15,686
|
0,321
|
6,311
|
6,25
|
|
5
|
0,004
|
16,87
|
0,228
|
10,2
|
9,083
|
18,714
|
0,16
|
6,721
|
7,563
|
|
6
|
0,001
|
10,983
|
0,139
|
9
|
4,05
|
12,274
|
0,115
|
6
|
6,729
|
|
7
|
0,004
|
21,661
|
0,172
|
14
|
8,917
|
26
|
0,156
|
7,525
|
7,792
|
|
8
|
0,01
|
21,87
|
0,199
|
14,05
|
10,131
|
31,886
|
0,282
|
7,836
|
12,813
|
|
9
|
0,004
|
33,104
|
0,553
|
19,45
|
16,817
|
48,971
|
1,742
|
8,557
|
13,906
|
|
10
|
0,001
|
11,409
|
0,317
|
8,82
|
5,267
|
11,314
|
1,258
|
7,754
|
6,25
|
|
11
|
0,005
|
10,504
|
0,279
|
14,03
|
8,1
|
12,629
|
0,274
|
6,639
|
15,25
|
|
12
|
0,003
|
5,552
|
0,099
|
7
|
3,442
|
7,286
|
0,169
|
5,443
|
3,875
|
|
13
|
0,007
|
8,383
|
0,786
|
8,6
|
5,467
|
4,8
|
0,871
|
17,836
|
1,625
|
|
14
|
0,003
|
4,039
|
0,076
|
6,75
|
4,25
|
5,314
|
0,955
|
6,525
|
2,083
|
|
15
|
0,007
|
17,387
|
0,901
|
10,4
|
12,558
|
20,171
|
0,877
|
10
|
8,646
|
|
16
|
0,003
|
3,013
|
0,052
|
6,95
|
3,617
|
6,086
|
0,513
|
3,607
|
2,896
|
|
17
|
|
7,117
|
0,187
|
12,2
|
8,917
|
11,029
|
1,137
|
6,721
|
7,104
|
|
18
|
0,006
|
8,457
|
0,219
|
4,65
|
5,1
|
7,6
|
0,24
|
7,279
|
3,479
|
|
19
|
0,002
|
13,913
|
0,388
|
14,2
|
9,5
|
10,943
|
2,432
|
18,246
|
8,042
|
|
20
|
0,005
|
24,148
|
0,225
|
12,85
|
21,058
|
30,714
|
3,887
|
11,754
|
10
|
|
21
|
0,002
|
7,361
|
0,162
|
6,4
|
6,075
|
8,171
|
0,273
|
8,164
|
3,97
|
Tableau 2 Analyses hydrochimiques des eaux de la nappe
quaternaire
|
Point d’eau
|
Nom
|
T °C (eau)
|
Ph
|
Cond Us/cm
|
Profondeur
|
TDS
|
BI %
|
SAR
|
SCR
|
|
1
|
P Pait khlifa
|
20,6
|
7,6
|
590,0
|
22,0
|
15,0
|
- 1,8
|
0,2
|
- 3,6
|
|
2
|
PM Tarda
|
20,6
|
7,6
|
2 400,0
|
|
56,2
|
- 0,8
|
4,7
|
- 10,7
|
|
3
|
S Med Barabi
|
19,0
|
7,4
|
4 095,0
|
21,0
|
96,4
|
- 1,4
|
7,3
|
- 14,7
|
|
4
|
Magamane
|
20,5
|
7,1
|
2 605,0
|
15,0
|
58,8
|
2,8
|
4,0
|
- 11,8
|
|
5
|
Ait y Atman
|
20,4
|
6,9
|
3 140,0
|
29,0
|
69,5
|
4,6
|
5,4
|
- 12,6
|
|
6
|
Taltfraout
|
23,6
|
7,4
|
2 180,0
|
|
49,3
|
- 1,9
|
4,3
|
- 7,1
|
|
7
|
Ait Mouch
|
20,5
|
6,9
|
4 115,0
|
21,0
|
86,2
|
3,8
|
6,4
|
- 15,4
|
|
8
|
Boutanfit
|
19,6
|
7,2
|
4 220,0
|
20,0
|
99,1
|
- 6,6
|
6,3
|
- 16,3
|
|
9
|
Monhoya
|
20,2
|
7,1
|
6 315,0
|
18,0
|
143,1
|
- 2,3
|
7,8
|
- 27,7
|
|
10
|
Anfar
|
19,9
|
7,0
|
2 220,0
|
11,0
|
52,4
|
- 1,7
|
4,3
|
- 6,3
|
|
11
|
Aouina
|
20,5
|
7,1
|
2 695,0
|
5,0
|
67,7
|
- 2,9
|
3,2
|
- 15,5
|
|
12
|
Ait baMaati
|
21,0
|
7,5
|
1 480,0
|
6,6
|
32,9
|
- 2,1
|
2,4
|
- 5,0
|
|
13
|
isilf
|
21,2
|
7,0
|
1 840,0
|
11,0
|
48,4
|
- 4,6
|
3,2
|
3,8
|
|
14
|
El Khorbate
|
20,1
|
7,2
|
1 235,0
|
19,0
|
30,0
|
0,8
|
1,7
|
- 4,5
|
|
15
|
Asrir
|
19,3
|
7,1
|
3 615,0
|
17,0
|
80,9
|
1,7
|
5,1
|
- 13,0
|
|
16
|
Sat
|
21,0
|
7,6
|
1 100,0
|
23,0
|
26,7
|
2,0
|
1,3
|
- 7,0
|
|
17
|
Gardmite
|
20,2
|
7,1
|
2 235,0
|
25,0
|
54,4
|
4,4
|
2,2
|
- 14,4
|
|
18
|
Sidi Houari
|
20,7
|
7,8
|
1 500,0
|
17,0
|
37,0
|
- 0,5
|
3,8
|
- 2,5
|
|
19
|
Igli
|
20,6
|
6,5
|
3 100,0
|
15,0
|
77,7
|
- 2,3
|
4,0
|
- 5,5
|
|
20
|
Mellaab
|
20,9
|
7,2
|
4 950,0
|
14,0
|
114,6
|
1,5
|
5,9
|
- 22,2
|
|
21
|
Touroug
|
24,0
|
7,3
|
1 715,0
|
|
40,6
|
- 1,4
|
2,9
|
- 4,3
|
Résultats et discussions
Caractéristiques physico-chimiques
Température et pH
Les températures de l’eau relevées dans l’ensemble du bassin sont
généralement comprises entre 19 et 24 oC.
Quatre-vingt-dix pour cent des points d’eau présentent toutefois
une température circonscrite au domaine 19-21 oC.
Les valeurs de pH fluctuent entre 6,4 et 7,6, avec de très
faibles variations d’un point d’eau à l’autre dans chaque profil.
Ces valeurs de pH inférieures à la seconde acidité
(soit 10,33) de l’acide carbonique sont en faveur de la forme
bicarbonatée des carbonates dissous.
Salinité des eaux dans le bassin
La figure 3
illustre les variations des sels dissous (TDS, ou concentration
totale de sels dissous) dans les trois profils
échantillonnés ; on y distingue deux domaines bien
différenciés :
- – le premier renferme presque l’ensemble des points
d’eau du bassin, il est caractérisé par des teneurs en sel qui
varient de 500 à 3 000 mg/L ; ses eaux appartiendraient à
la classe II ou de qualité potable ;
- – le second est constitué des autres points (3, 8, 9,
20) présentant des concentrations en sels supérieures à 3
000 mg/L, de classe III ou à usage limité.
Cette différence reflète des compositions ou natures
différenciées des matériaux aquifères et une inhomogénéité de la
puissance de l’aquifère quaternaire, conjuguée à une forte
évaporation, dans les deux profils.
La concentration totale des sels solubles et les proportions
relatives de sodium, calcium, magnésium, bicarbonate, constituent
les éléments déterminants de la qualité de l’eau pour les usages
agricoles. Le tableau 2 rapporte
les paramètres SAR (taux d’adsorption de sodium) et SCR (carbonate
de sodium résiduel) relatifs à ces variables.
Nitrates
Le taux des nitrates est variable d’un point d’eau à l’autre au
sein d’un même profil (tableau 1).
Les graphiques des variations des nitrates en fonction de
Cl- et TDS ne montrent pas de corrélation linéaire
simple. Toutefois, on remarque une tendance à l’augmentation des
chlorures et de la TDS à des concentrations en nitrates
constantes ; c’est le cas des points d’eau 4, 5, 6, 7, 8, 11
dans le profil 1 et des points d’eau 12, 18, 21, dans le
profil 2.
Cette variation semble indiquer une recharge par le retour des
eaux d’irrigation concentrées en engrais azotés et une dissolution
des évaporites chlorurés accumulés dans la zone non saturée
constituée de dépôts aux perméabilités variables. Plus les dépôts
sont fins, limoneux et argileux, plus le temps de résidence de
l’eau est grand et plus la dissolution des chlorures est
importante, ainsi que le confirment les caractéristiques
géologiques rapportées précédemment qui indiquent une variation de
lithologie de l’amont à l’aval.
Les autres points d’eau mettent en évidence une relative
augmentation des nitrates avec les chlorures ou la TDS. Cette
tendance à une concentration en nitrates parallèle aux chlorures ne
peut pas s’expliquer par une simple évaporation qui aurait conduit
à une variation simultanée mais non continue des teneurs en
NO3- et Cl- car les conditions
climatiques qui gouvernent l’évaporation sont identiques dans toute
la zone. En revanche, la situation de ces points d’eau coïncide
avec la présence d’agglomération humaine approvisionnée en eau
potable et dépourvue de réseau d’assainissement.
Dans ces villages, l’utilisation généralisée des fosses
septiques pour la récupération des eaux usées constituerait une
source d’apport externe et expliquerait le taux élevé des nitrates
autour de ces localités.
Il ressort de cet aperçu que les épandages d’engrais azoté
constituent le facteur essentiel de la pollution des eaux de la
nappe phréatique de cette région, auquel s’ajouterait la pollution
par les rejets domestiques.
Faciès hydrochimiques
L’analyse de la composition en ions majeurs et leurs distributions
dans le diagramme de Piper (figure 4) permettent
de distinguer les principaux faciès chimiques des eaux :
- – dans le profil 1, le faciès est chloruré-sodique,
à l’exception du point d’eau 11 qui est
chloruré-calcique ;
- – dans le profil 2, nous relevons trois
faciès : un faciès chloruré-calcique représenté par les points
12, 16, 17 ; un faciès chloruré-sodique caractéristique des
points d’eau 20, 15, 18 ; et un faciès bicarbonaté-calcique
relatif aux points 13, 14, 19 ;
- – dans le profil 3, le point 1 est
bicarbonaté-calcique alors que le point 2 est
chloruré-sodique.
Les faciès des eaux (chloruré-sodique ou chloruré-calcique et
bicarbonaté-calcique) sont généralement liés aux matériaux
aquifères et à l’origine des eaux.
Ces faciès semblent indiquer une dissolution des carbonates, des
évaporites particulièrement chlorurés des formations quaternaires
formant la matrice de l’aquifère, et probablement des échanges
cationiques de (Mg, Ca)/Na sur les argiles.
Origine de la minéralisation des eaux
Corrélation entre les ions
La figure 5
indique une corrélation linéaire positive entre les cations
(Na+ + Mg2+ + K+) et l’anion
chlorure avec un coefficient de corrélation élevé (R2 =
0,9). La pente de la droite de corrélation est quasiment égale
à 1 mais l’ordonnée à l’origine est positive : cela tend
à prouver que la totalité des chlorures provient de la dissolution
des chlorures de Na+, Mg2+, K+
mais qu’une très faible proportion de ces cations pourrait provenir
de la dissolution d’autres minéraux.
Par ailleurs, la variation de Ca2+ en fonction de
SO42- (figure 6) montre une
bonne corrélation linéaire (R2 = 0,72). Le coefficient
directeur ainsi que l’ordonnée à l’origine de la droite de
régression semblent indiquer qu’une faible partie de
Ca2+ provient d’une origine autre que le gypse et
l’anhydrite mais que la quasi-totalité des anions sulfates sont
liés à ces minéraux.
La figure 7 qui rapporte
la variation de Mg2+ + Ca2+ en fonction de
HCO3- + SO42- indique
qu’une partie de calcium et magnésium pourrait bien provenir de la
dissolution des carbonates de la matrice aquifère.
Indice de saturation
L’équilibre des eaux avec la matrice est souvent exprimé soit par
le taux de saturation [S = (PAI/Ks)*100], soit par l’indice de
saturation [Is = Log(PAI/Ks)], où PAI est le produit d’activité des
ions concernés et Ks le produit de solubilité du minéral considéré.
L’indice de saturation est la forme la plus utilisée pour les eaux
souterraines.
L’eau est en équilibre avec un minéral lorsque Is = 0, elle est
sous-saturée lorsque Is < 0 et sursaturée lorsque Is > 0.
Quand une solution est sous-saturée à l’égard d’un minéral,
celui-ci aura tendance à se dissoudre.
Le code NETPATH qui a été utilisé pour le calcul des indices de
saturation [11] à partir des activités ioniques conduit aux données
rapportées dans le tableau 3 et la
figure 8.
Les résultats ainsi obtenus indiquent, une sous-saturation par
rapport au gypse dans tout le bassin et une sursaturation par
rapport à la dolomite dans tout le bassin.
À l’exception du point 18, l’ensemble des eaux du bassin
sont sursaturées en calcite.
Les résultats obtenus montrent que l’évolution de l’indice de
saturation de la calcite, de la dolomite et du gypse en fonction de
la concentration en sulfates (figure 9) est marquée
par :
- – une tendance vers la saturation en gypse lorsque les
concentrations en sulfates augmentent ;
- – une sursaturation en dolomite et calcite, quelle que
soit la teneur en sulfate à l’exception bien sûr du point 18
sous-saturé en calcite.
La dissolution du gypse a pour conséquence l’augmentation de la
concentration des ions Ca2+ et celle du rapport des
concentrations Ca/Mg. Lorsque ce dernier a une valeur supérieure à
0,5 - ce qui est le cas de l’ensemble des points - le phénomène de
dédolomitisation est favorisé [12] :
CaMg(CO3)2 + Ca2+ ⇔
2CaCO3 + Mg 2+.
Cette réaction explique la sursaturation en calcite et dolomite
et la sous-saturation par rapport aux sulfates de calcium.
Tableau 3 Indice de saturation des eaux de la nappe
quaternaire vis-à-vis de quelques minéraux
|
N
|
IRE
|
Nom
|
TDS en mg/L
|
Calcite
|
Aragonite
|
Dolomite
|
Gypse
|
Anhydrite
|
|
1
|
764/47
|
P Pait khlifa
|
518,1
|
0,328
|
0,181
|
0,287
|
- 1,332
|
- 1,567
|
|
2
|
765/47
|
PM Tarda
|
1 770,3
|
0,566
|
0,419
|
0,915
|
- 0,858
|
- 1,093
|
|
3
|
746/47
|
S Med Barabi
|
3 006,5
|
0,613
|
0,465
|
1,126
|
- 0,773
|
- 1,012
|
|
4
|
673/47
|
Magamane
|
1 836,5
|
0,218
|
0,071
|
0,455
|
- 1,048
|
- 1,283
|
|
5
|
671/47
|
Ait y Atman
|
2 178,7
|
0,026
|
- 0,121
|
0,072
|
- 0,973
|
- 1,208
|
|
6
|
759/47
|
Taltfraout
|
1 596,8
|
0,509
|
0,364
|
0,78
|
- 0,994
|
- 1,219
|
|
7
|
697/47
|
Ait Mouch
|
2 675,6
|
0,206
|
0,059
|
0,29
|
- 0,877
|
- 1,111
|
|
8
|
663/47
|
Boutanfit
|
3 052,7
|
0,426
|
0,279
|
0,772
|
- 0,71
|
- 0,947
|
|
9
|
659/47
|
Monhoya
|
4 295,8
|
0,427
|
0,28
|
0,866
|
- 0,654
|
- 0,899
|
|
10
|
1369/56
|
Anfar
|
1 703,2
|
0,174
|
0,027
|
0,188
|
- 1,055
|
- 1,292
|
|
11
|
1525/56
|
Aouina
|
2 187,2
|
0,291
|
0,144
|
0,411
|
- 0,577
|
- 0,813
|
|
12
|
1500/56
|
Ait baMaati
|
1 080
|
0,453
|
0,307
|
0,676
|
- 1,244
|
- 1,478
|
|
13
|
1360/56
|
isilf
|
1 768,9
|
0,513
|
0,366
|
0,913
|
- 1,633
|
- 1,866
|
|
14
|
1445/56
|
El Khorbate
|
1 025,1
|
0,269
|
0,122
|
0,403
|
- 1,517
|
- 1,753
|
|
15
|
1449/56
|
Asrir
|
2 563,6
|
0,389
|
0,241
|
0,918
|
- 0,964
|
- 1,202
|
|
16
|
1438/56
|
Sat
|
843,5
|
0,405
|
0,259
|
0,604
|
- 1,347
|
- 1,581
|
|
17
|
1476/56
|
Gardmite
|
1 713
|
0,378
|
0,231
|
0,687
|
- 0,911
|
- 1,147
|
|
18
|
1357/56
|
Sidi Houari
|
1 082,2
|
- 0,327
|
- 0,473
|
0,498
|
- 2,457
|
- 2,691
|
|
19
|
1358/86
|
Igli
|
2 766
|
0,141
|
- 0,006
|
0,183
|
- 0,874
|
- 1,1
|
|
20
|
1361/56
|
Mellaab
|
3 473,6
|
0,61
|
0,463
|
1,518
|
- 0,946
|
- 1,179
|
|
21
|
1841/56
|
Touroug
|
1 368,5
|
0,424
|
0,279
|
0,941
|
- 1,329
|
- 1,553
|
Conclusion
Les eaux du bassin quaternaire des régions de Goulmima, Tadighoust,
Tinjdad sont caractérisées chimiquement par les faciès
suivants :
- – chloruré-calcique et chloruré-sodique ;
- – bicarbonaté-calcique.
La distribution spatiale de la salinité est très variable d’un
point à l’autre et dépend largement du matériau aquifère. Elle
varie aussi en fonction de la position géographique du site de
prélèvement (amont ou aval du bassin).
Deux sources de minéralisation peuvent être mises en
évidence :
- – la première concerne la dissolution des évaporites
chlorurées et du gypse ;
- – la seconde, en revanche, est liée au phénomène de la
dédolomitisation comme en témoignent la sous-saturation des eaux du
bassin en gypse, leur sursaturation en calcite et dolomite et
l’augmentation des teneurs en magnésium.
En effet, cette salinité reste modérée pour la plupart des
points d’eau, d’où la possibilité de leur utilisation pour
l’irrigation, mais la contamination par les nitrates devient
préoccupante et leur concentration élevée dans certains puits est à
lier aux activités anthropiques. Cette pollution proviendrait de
l’usage des engrais azotés auquel s’ajoute la pollution par les
rejets domestiques. L’absence de réseaux d’assainissement et/ou de
stations de traitement des eaux usées domestiques, et le recours
généralisé aux fosses hygiéniques, conjugués aux très faibles
précipitations (< 140 mm/an) et à la faible puissance
de l’aquifère constituent un risque majeur et prééminent de
détérioration de la potabilité et de la qualité de la réserve en
eau pour les usages agricoles. Une utilisation raisonnée des
engrais, doublée d’une meilleure régularisation des eaux des crues
épisodiques des oueds pour une réalimentation plus efficace de la
nappe, contribuerait certainement à une amélioration de la
ressource en quantité et qualité.
Remerciements
Nous tenons à remercier vivement la direction régionale de
l’hydraulique Guir-Rheris-Ziz d’Errachidia (DRHE) pour sa
collaboration fructueuse à la réalisation de ce travail.
Références
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Tinjdad. Action Research Program (ARP) On Participatory Irrigation
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Thèse d’habilitation universitaire, facultés des sciences et
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respective de la sécheresse et du barrage Hassan Addakhil sur les
ressources en eau en aval. Thèse, université Besançon, 1991.
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marocain) : outils d’aide à la gestion des aquifères. Africa
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l’exploitation des eaux souterraines au Tafilalt. Mines et Géologie
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JSAF2004), université de Ouargla, 2004.
10 Gonzalez Barrios JL, Job JO, Ahlers R.
Irrigation et salinisation des sols dans la partie basse aride du
bassin Nazas-Aguanaval : le périmètre de la Comarca Lagunera
(Nord-Mexique). Sécheresse 2002 ; 13 : 244-50.
11 Plummer LN, Prestemon EC, Parkhurst DL. NET
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Reston : sn, 1991.
12 Plummer LN, Parkhurst DL, Thorstenson DC.
Development of reaction models for groundwater systems. Geochim
Cosmochim Acta 1983 ; 47 : 665-85.
2 Ksar : ensemble de bâtiments de
terre entourés de murailles, le ksar est un type d’habitat
traditionnel présaharien.3 Système de
puisage au moyen d’une outre bousculante dite dlou à traction
animale ou humaine.1 Galerie drainante qui
amène par gravité l’eau de la nappe phréatique à la surface du
sol.
|