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Science et changements planétaires / Sécheresse
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The Sisseb El Alem basin (Kairouan, Central Tunisia): Importance, features of the aquifers, and elements facilitating better management


Science et changements planétaires / Sécheresse. Volume 19, Number 1, 55-60, janvier-février-mars 2008, Article scientifique

DOI : 10.1684/sec.2008.0117

Résumé   Summary  

Author(s) : Abir Kacem, Abdelkarim Daoud, Kamel Zouari , Laboratoire radio-analyses et environnement, École nationale d’ingénieurs de Sfax, Route Soukra Km 5, BP W, 3038 Sfax, Tunisie, Faculté des lettres et sciences humaines de Sfax, Département de géographie, Route El Matar Km 4,5, BP 553, 3018 Sfax, Tunisie.

Summary : This paper deals with the Sisseb El Alem basin in Central Tunisia, one of the main reservoirs of water in Tunisia. After the identification of the main aquifers, it raises questions concerning present resource management and underlines importance of the overexploitation of both deep and shallow aquifers. Finally, it presents some elements for an integrated and sustainable management of resources based on better management of demand along with better knowledge of recharge zones through the use of geochemical techniques and particularly radiocarbon dating of groundwater.

Keywords : ground water, hydrogeology, Tunisia, water management, water resources

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ARTICLE

Auteur(s) : Abir Kacem1, Abdelkarim Daoud2, Kamel Zouari1

1Laboratoire radio-analyses et environnement, École nationale d’ingénieurs de Sfax, Route Soukra Km 5, BP W, 3038 Sfax, Tunisie
2Faculté des lettres et sciences humaines de Sfax, Département de géographie, Route El Matar Km 4,5, BP 553, 3018 Sfax, Tunisie

Le bassin de Sisseb El Alem est localisé dans la partie est de la Tunisie centrale. Il s’étend de la plaine de Kairouan jusqu’aux massifs de Zaghouan. La zone d’étude est limitée par les massifs de la dorsale tunisienne au nord et la dépression d’El Harria au sud, à l’ouest par le synclinal de Bou Morra, le monoclinal de Dkhila, et à l’est par l’anticlinal de Jebel Fadeloune, la ride de Draa Souatir et la sabkhet El Kelbia (figure 1).

Les aquifères de ce bassin sont considérés parmi les plus importants réservoirs d’eau de Tunisie. Néanmoins, la déstabilisation de ce réservoir a commencé depuis les années 1960 avec la mise en place du grand barrage de Nebhana en 1967-1968 et l’installation d’une conduite assurant le transfert de l’eau du barrage vers le Sahel de Sousse. Outre les eaux du barrage, cette conduite assure aussi le transfert des eaux captées à partir d’une série de forages profonds. La déstabilisation du réservoir s’est aggravée avec la construction d’une multitude de barrages collinaires en amont du bassin d’étude et l’accroissement du nombre de forages illicites et de puits de surface « forés », c’est-à-dire captant à la fois les aquifères superficiels et profonds. Le résultat immédiat fut l’apparition d’un état de surexploitation des nappes et la détérioration de la qualité chimique des eaux.

Sur la base des données hydrogéologiques, des analyses hydrochimiques et isotopiques, le présent article aborde d’abord les caractéristiques du bassin de Sisseb El Alem, et tente ensuite d’expliquer l’importance et le fonctionnement des aquifères. Enfin, il présente les aspects et limites de la gestion actuelle des ressources, fondée sur les transferts extra-régionaux, et les perspectives d’avenir, en tenant compte de l’accroissement de la demande en eau, des contraintes climatiques et hydrologiques, et de la nécessité d’une gestion intégrée des ressources.

Le bassin de Sisseb El Alem : caractéristiques et importance

Une cuvette subsidente

L’étude géologique du bassin de Sisseb El Alem [1] et l’examen de la carte géologique de la Tunisie au 1/500 000 [2] montrent que la stratigraphie du secteur d’étude est constituée par des séries sédimentaires allant du Trias jusqu’au Quaternaire (figure 2).

Les formations secondaires affleurent au nord du synclinal Nadhour Saouaf, sur les massifs de Zaghouan ainsi qu’à Jebel Fadeloune.

Les formations tertiaires sont représentées par des séries sédimentaires complètes allant du Paléocène jusqu’au Mio-Pliocène continental. Ces dépôts affleurent au synclinal de Nadhour Saouaf, au synclinal de Bou Morra, au monoclinal de Sbikha et à la ride de Draa Souatir.

Toutefois, vers le centre du bassin, ce sont les dépôts quaternaires qui couvrent la plus grande partie du secteur étudié. Ils renferment les alluvions des cônes de déjection attribuées au Quaternaire ancien et des alluvions récentes et actuelles disposées à proximité des oueds. Parmi les sédiments quaternaires, on constate aussi la présence de terrasses qui sont localisées dans le synclinal de Nadhour-Saouaf, la plaine de Sisseb et plus précisément dans les zones de Bir Chaouch, Hamadet Sidi Nadji et Hamadet el Hassine à l’ouest du bassin.

Cette cuvette se raccorde aux reliefs qui l’entourent par des failles [3]. Il s’agit d’abord des failles NW-SE qui bordent le synclinal de Nadhour–Saouaf, ensuite de la faille inverse NW-SE de Nebhana à l’ouest du bassin, et enfin de la faille orientée N-S située à l’est de la cuvette, liée à l’effondrement de l’anticlinal d’El Ketifa, et le décrochement de Jebel El Batène, limitant la zone vers le sud. Ces accidents tectoniques ont été à l’origine de l’affaissement de cette cuvette qui a débuté au Miocène et s’est poursuivi jusqu’au Quaternaire.

Le remplissage du bassin a commencé vers l’Eocène et s’est prolongé jusqu’à l’heure actuelle. Ainsi, l’épaisseur très importante des dépôts de comblement s’avère favorable à la présence des différents aquifères.

Un bassin-versant étendu

La cuvette de Sisseb El Alem bénéficie d’un bassin-versant assez vaste qui dépasse 1 800 km2 et collecte les eaux de ruissellement provenant de la zone septentrionale et la zone occidentale du secteur étudié (figure 1). Mais, à l’exception de l’oued Nebhana, tous les oueds qui drainent le bassin sont intermittents. L’oued Nebhana se distingue par sa pérennité qui est assurée par la présence de sources à l’aval du grand barrage de Nebhana. Cet oued prend naissance au pied du plateau calcaire de Kesra. En aboutissant au bassin de Sisseb El Alem, il change sa direction WE et coule du NW vers le SE prenant ainsi successivement les noms d’oued El Alem puis d’oued El Ketifa. La moyenne annuelle des apports en ruissellement de l’oued Nebhana est de 35.106 m3/an [4]. Par ailleurs, une multitude d’oueds intermittents draine ce bassin. La partie amont du bassin-versant est drainée par les petits oueds qui ruissellent sur les flancs des jebels Fkirine, Bou Slam, Dghafla, Dib et Fadeloune. Il s’agit des oueds Kseub, El Ogla, Sahel, Hdadda et Mangoub. Tous ces cours d’eau convergent vers le centre du bassin pour former les oueds El Khetem, El Khrioua, Sidi Nadji et Bou Djeraff. Quant à la partie aval du bassin, elle est drainée par l’oued El Alem-El Ketifa qui est le prolongement de l’oued Nebhana ainsi que par les oueds Bou Chekima et Dalloussi.

Ces oueds s’étalent dans les dépressions de Bled Saadia et d’El Harria où les eaux sont transférées vers la sabkhet El Kelbia par l’intermédiaire de l’oued Bogal.

Géométrie du réservoir et principaux aquifères

La cuvette de Sisseb El Alem comporte un réservoir d’eau qui repose sur un substratum de marnes grises attribuées à l’Eocène supérieur. La géométrie de ce substratum subit un changement de l’amont vers l’aval du bassin hydrogéologique. Ainsi, son épaisseur passe de 200 à 50 mètres avec un affaissement de 250 mètres. La cuvette de Sisseb El Alem est donc une cuvette subsidente formant un important réservoir d’eau contenu dans des formations lenticulaires perméables, dont la lithologie varie de l’amont vers l’aval du bassin. Les principaux aquifères sont présentés ci-après.

Formation aquifère des grès oligocènes Nadhour-Saouaf

Captée dans la partie amont du bassin, cette formation aquifère est constituée principalement de formations perméables de grès de sable d’une épaisseur moyenne de 100 mètres. Ces dépôts affleurent au nord-ouest du bassin, ce qui favorise l’alimentation de l’aquifère. Cependant, vers l’est, les formations perméables diminuent d’épaisseur avec l’apparition de dépôts semi-perméables de sable argileux ou d’argile sableuse.

Formation aquifère mio-plio-quaternaire Sisseb

Cette formation aquifère caractérise le centre du bassin. Elle est constituée de dépôts détritiques lenticulaires de sable, galets et graviers colmatés par des sédiments argileux. Il s’agit d’une sédimentation alluviale entraînée par les oueds au cours du remplissage de la cuvette. L’épaisseur de la série détritique d’âge mio-plio-quaternaire augmente de l’ouest vers l’est du bassin, passant de 100 à 150 mètres. En fait, le substratum est atteint à une profondeur de 50 à 150 mètres aux bordures et à 250 mètres au centre de la cuvette.

Concernant la nappe phréatique Sisseb, la roche-réservoir devient de plus en plus perméable vers l’est du bassin. Elle est logée dans des lentilles de sables et de graviers. Quant à la nappe profonde Sisseb, elle renferme deux niveaux perméables logés dans des sables, des graviers et des galets.

Formation aquifère oligocène El Alem

Dans la partie aval du bassin étudié, on a constaté la présence d’une troisième formation aquifère logée dans des sables, grès et graviers. L’affleurement de cette formation perméable à l’ouest de la plaine, au niveau de la région de Sbikha, favorise l’alimentation des nappes d’eau du bassin d’El Alem. Son épaisseur, qui est de l’ordre de 200 mètres, diminue toutefois vers l’est jusqu’à moins de 50 mètres aux sondages 18851/4 et 18874/4. Elle devient également de plus en plus profonde et surmontée par une formation plio-quaternaire semi-perméable séparée par des lentilles imperméables d’argile et de marnes. Cette variation latérale de la lithologie des sédiments provoque une réduction dans l’épaisseur de la zone saturée. Notons enfin que la formation aquifère des grès oligocènes El Alem est accessible par forage de 200 à 400 mètres.

Ainsi, l’étude de la géométrie du réservoir nous a permis d’identifier trois formations aquifères différentes. Deux formations aquifères attribuées à l’Oligocène dans la partie amont et aval du bassin et une formation aquifère mio-plio-quaternaire dans la partie médiane. Ces aquifères renferment plusieurs nappes qui constituent un réservoir d’eau très important, ce qui explique l’intensité de son exploitation qui a débuté dès les années 1960.

Gestion actuelle des ressources des nappes de Sisseb El Alem

Historique de l’exploitation

L’exploitation intensive des nappes de Sisseb El Alem a commencé depuis les années 1960, dans le cadre d’un grand projet d’aménagement hydroagricole autour du barrage de Nebhana. Les transferts d’eau depuis le barrage s’avérant insuffisants, une batterie de forages captant les nappes de Sisseb El Alem fut réalisée, pour subvenir aux différents besoins dans la région du Sahel de Sousse et du nord du Kairouanais [5]. Une superficie supérieure à 5 000 hectares fut ainsi aménagée. Ces périmètres irrigués sont répartis sur les gouvernorats de Kairouan, Sousse et Monastir, particulièrement dans les secteurs de Sbikha (1 163 hectares), de Fadeloune (161 hectares) du Sahel nord (139 hectares à Enfidha, 951 hectares à Sidi Bouali, 576 hectares à Chott Mariem et 205 hectares à Akkouda), et du Sahel sud (121 hectares à Saheline, 63 hectares à Ouardanine). D’autres superficies irriguées furent par la suite aménagées dans les environs de Monastir (163 hectares à Monastir, 814 hectares à Bembla, 156 hectares à Moknine, 175 hectares à Teboulba et 410 hectares à Bekalta). Aujourd’hui, la superficie des périmètres irrigués dans la plaine de Sisseb El Alem s’élève à plus de 15 000 hectares. Aux usages agricoles de l’eau s’ajoutent ceux du tourisme et des villes sahéliennes. Toutefois, et en raison de la diminution des apports de Nebhana d’environ 50 % depuis 1980, plusieurs centaines d’hectares équipés ont été abandonnés (900 hectares dans le gouvernorat de Monastir), et les taux d’exploitation et d’intensification des périmètres irrigués ont considérablement chuté.

Conséquences sur le fonctionnement des nappes

Plusieurs phénomènes conjugués ont entraîné le recours de plus en plus intense à l’exploitation des ressources des nappes, et l’apparition d’indices de surexploitation des aquifères. D’abord, les aléas climatiques, et particulièrement la succession d’années de sécheresse ont entraîné l’augmentation des besoins en eau dans les périmètres irrigués, dont la superficie n’a par ailleurs cessé d’augmenter. Ensuite, les conditions naturelles de recharge des nappes à partir des eaux de ruissellement ont été modifiées par certains aménagements. Enfin, conséquence de tous ces phénomènes, sont apparues une baisse du niveau piézométrique ainsi que la détérioration de la qualité chimique des eaux du bassin de Sisseb El Alem.

La surexploitation des eaux du bassin de Sisseb El Alem a débuté en 1987. Ce phénomène traduit le déséquilibre entre le volume d’eau qui alimente les aquifères de Sisseb et El Alem et le volume prélevé. En effet, durant les trois dernières décennies, le nombre total de puits de surface n’a cessé d’augmenter, passant de 766 à 1389 [6]. Ces puits sont actuellement concentrés dans la zone de Sisseb avec une densité qui atteint 20 puits/km2. Cette évolution du nombre de puits a évidemment entraîné une augmentation de la quantité d’eau exploitée, qui est passée de 10,70 Mm3 en 1980 à 12 Mm3 en 1990 [6] (figure 3).

Néanmoins, bien que les agriculteurs continuent toujours à creuser des puits, même sans autorisation, le volume d’eau exploité est resté constant depuis l’année 1990 jusqu’aujourd’hui. Il s’agit d’une nappe phréatique surexploitée puisque le niveau actuel d’exploitation, estimé à 12 Mm3/an, dépasse les ressources disponibles renouvelables, estimées à 11 Mm3/an. En fait, 90 % des puits dits de surface sont forés par des sondages à bras pour capter la nappe profonde ou les nappes phréatiques et profondes à la fois. De même, suite à l’évolution du nombre de puits de surface dans la partie septentrionale du bassin d’étude, l’exploitation de la nappe phréatique de Nadhour-Saouaf a dépassé depuis l’année 1995 les ressources exploitables estimées de 0,7 Mm3/an [7].

Suite à la surexploitation de ces nappes phréatiques et à la baisse continue du niveau piézométrique, plus de 500 puits de surfaces sont actuellement asséchés. La plupart de ces puits sont localisés à l’est du bassin, dans la zone de Dar Jamia et à Bled Saidane.

Pour les nappes profondes de Sisseb et El Alem, les volumes d’eaux prélevés ont dépassé à partir de 1987 les ressources disponibles, qui sont estimées à 12 Mm3 /an. Depuis cette date, les volumes pompés à partir de la batterie de forages de Sisseb n’ont cessé d’augmenter, particulièrement lors des années de sécheresse pour pallier le déficit pluviométrique et l’insuffisance de la quantité d’eau stockée dans le barrage de Nebhana pour l’alimentation du Sahel tunisien (figure 4). De même, le nombre de forages captant les nappes profondes n’a cessé d’augmenter puisqu’il est passé de 30 en 1987 à 50 en 2000 [8]. Durant cette période, la moyenne annuelle d’exploitation a été de 15,7 Mm3.

Cette surexploitation se manifeste par des rabattements piézométriques excessifs et en continuelle progression à Bled Sisseb - c’est le cas du piézomètre Moragi (9089/4), ou au contraire, par une faible et lente régression piézométrique à El Alem - c’est le cas du piézomètre Kodiat Lahrech (19026/4) (figure 5).

Le rabattement du niveau piézométrique durant la période 1970-2000 varie entre 10 et 30 mètres [9]. La baisse piézométrique la plus importante est enregistrée dans le bassin de Sisseb et le niveau bas le plus alarmant est enregistré à Dar Jamiaa.

Détérioration de la qualité des eaux

La qualité chimique des eaux du bassin de Sisseb El Alem est généralement bonne. Toutefois, l’augmentation du débit d’exhaure des eaux souterraines à El Alem a engendré un avancement du front des eaux salées provenant de la dépression de Sbikha.

En conséquence, les puits de surface auparavant exploités sont actuellement abandonnés à cause de la salinité élevée de leurs eaux. En effet, la minéralisation de ces eaux s’échelonne entre1,5 et 4 g/L [10].

En outre, l’avancement de ce front des eaux salées a été à l’origine de l’inversion du gradient de salinité des eaux profondes d’El Alem par rapport au sens d’écoulement. En effet, la salinité augmente pour les eaux prélevées à une faible ou moyenne profondeur, par le biais des forages situés à l’ouest du bassin.

En revanche, les eaux prélevées à des profondeurs qui dépassent 355 mètres à l’est du bassin, ont des teneurs en sels inférieures à 1 g/L.

Éléments pour une gestion intégrée des ressources

En réalité, le cas des nappes de Sisseb El Alem qui connaissent aujourd’hui une situation de surexploitation, n’est pas unique. Des cas encore plus alarmants sont enregistrés au Sahel ou au Cap-Bon. Cela prouve la nécessité d’appliquer une politique de gestion visant la préservation de la durabilité de la ressource [11].

Plusieurs moyens permettraient d’atteindre cet objectif.

Il y a d’abord la nécessité de passer d’une politique de gestion de l’offre à une politique de gestion de la demande, afin d’alléger la pression sur la ressource. L’agriculture étant le principal consommateur de cette eau (80 %), ce secteur devrait constituer la cible principale, en optant pour une meilleure efficience de l’eau d’irrigation, par la mise en œuvre d’une tarification la plus proche possible des coûts de mobilisation, dans le but d’encourager l’agriculteur à appliquer les techniques d’économie d’eau.

Ensuite, il est urgent d’assurer une meilleure gestion de la qualité des eaux. En effet, pour faire face aux rabattements des niveaux piézométriques et à la détérioration de la qualité chimique des eaux, il convient de mobiliser de nouvelles ressources pour l’alimentation des nappes, et ce par un meilleur contrôle du ruissellement visant à favoriser l’infiltration de quantités d’eaux supplémentaires. Actuellement, la géochimie isotopique représente l’une des techniques d’analyses modernes en hydrogéologie qui aide à la bonne gestion des ressources en eau. En effet, le traçage naturel des eaux par l’isotope radioactif du carbone a permis d’identifier les zones préférentielles de recharge. Pour l’aquifère de Sisseb, les activités 14C les plus élevées sont mesurées dans les eaux prélevées sur des puits ou des forages situés à proximité des oueds, ce qui témoigne de la contribution des eaux de ruissellement à l’alimentation des nappes. Ainsi, les activités 14C relativement élevées des eaux profondes de Sisseb, variant entre 30 et 50 % à l’ouest et au nord, témoignent de la recharge de la nappe par les infiltrations à partir du piémont de Jebel Fadeloune et les déversements de la nappe de Nadhour-Saouaf. Les eaux profondes d’El Alem prélevées à l’ouest du bassin montrent des activités 14C très élevées, atteignant 90 %. Cela indique l’importance de l’oued Nebhana comme zone préférentielle de recharge.

Enfin, la bonne identification des zones les plus favorables à la recharge des nappes permettra de mieux gérer les extrêmes, c’est-à-dire les périodes de sécheresse prolongée, alternant avec des épisodes pluvieux exceptionnels. En effet, cette identification aidera à bien localiser les petits ouvrages d’aménagement (lacs et barrages collinaires, seuils, banquettes, ouvrages d’épandage et de recharge), capables d’assurer un stock d’eau utilisable pendant les périodes de pénurie, et un apport supplémentaire d’eau pour l’alimentation des nappes lors des ruissellements.

Conclusion

Les nappes du bassin de Sisseb El Alem sont considérées parmi les plus importantes de Tunisie centrale. Outre la nappe phréatique, le bassin renferme deux formations aquifères attribuées à l’Oligocène dans sa partie amont et aval, et une formation aquifère mio-plio-quaternaire dans sa partie médiane. Exploités de façon intensive depuis plus de trois décennies pour des transferts d’eau vers le Sahel de Sousse, les aquifères de Sisseb El Alem montrent aujourd’hui des signes évidents d’épuisement. Ainsi, l’augmentation continue du pompage a eu des conséquences négatives sur le fonctionnement des nappes, qui se manifestent particulièrement par la baisse des niveaux piézométriques et la détérioration de la qualité chimique des eaux. Dans ces conditions, il apparaît que la gestion rationnelle et durable des ressources en eau devrait tenir compte des possibilités réelles des nappes. À cet égard, il est impératif dans l’avenir de limiter le transfert de l’eau de ces nappes vers le Sahel, et de multiplier les petits aménagements visant la recharge des aquifères, à partir des zones reconnues favorables à cette opération, grâce au traçage naturel des eaux par l’isotope radioactif du carbone.

Références

1 Hamza M. Géologie du bassin sédimentaire de Sisseb El Alem. Tunis : Ministère de l’Agriculture, 1992.

2 Azouz A, Lajmi T. Carte géologique de la Tunisie au 1/500 000. Tunis : Office national des mines, 1985.

3 Ben Ayed N, Zargouni F. Carte sismotectonique de la Tunisie. Tunis : Ministère de l’Éducation de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, 1990.

4 Baba Sy M. Hydrogéologie et ressources en eau du système aquifère Sisseb El Alem. Mémoire de fin d’étude pour l’obtention du diplôme d’Ingénieur principal en géologie, faculté des sciences de Tunis, 1996.

5 Jedidi M. Croissance économique et espace urbain dans le sahel tunisien depuis l’indépendance. Tunis : université de Tunis, 1986.

6 Direction générale des ressources en eau. Annuaires d’exploitation de la nappe phréatique, arrondissement de Kairouan. Tunis : ministère de l’Agriculture, 1980, 1985, 1990, 1995, 2000.

7 Direction générale des ressources en eau. Annuaires d’exploitation de la nappe phréatique, arrondissement de Zaghouan. Tunis : ministère de l’Agriculture, 1980, 1985, 1990, 1995, 2000.

8 Direction générale des ressources en eau. Annuaires d’exploitation de la nappe profonde. Tunis : ministère de l’Agriculture, 1991, 1992, 1993, 1994, 1996, 1998, 1999.

9 Commissariat régional du développement agricole de Kairouan. Carte d’égal rabattement du niveau piézométrique 1970-2000. Tunis : ministère de l’Agriculture, 1986.

10 Chedly B. Le système aquifère de Sisseb El Alem : situation actuelle et propositions d’exploitation. Tunis : ministère de l’Agriculture, 1999.

11 Groupe Huit. Villes et développement. Tunis : Ministère de l’Économie nationale, 1973.


 

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