ARTICLE
Auteur(s) : Mongi Melki1,
Ali
Dahmane2
1École supérieure d’agriculture du Kef, Campus
universitaire du Kef, 7119 Tunisie
2Institut national agronomique de Tunisie (Inat), 43
Avenue Charles Nicolle, 1082 Cité Mahrajène, Tunisie
Dans les régions à contrainte hydrique, les génotypes recherchés
de blé dur doivent avoir à la fois une bonne tolérance à ce stress
et un bon potentiel de rendement en grains. En Tunisie, comme dans
toute la zone méditerranéenne, la précocité, ou encore l’esquive,
est le seul mécanisme exploité par les améliorateurs pour faire
face à cette contrainte [1]. L’augmentation de la précocité des
céréales, bien qu’elle ait donné des résultats incontestables,
n’est toutefois pas sans inconvénients. Elle contribue, entre
autres, à la réduction de la productivité [2] et ne convient que
pour une sécheresse tardive et de courte durée [3]. Pour
diversifier les mécanismes de tolérance des céréales au stress
hydrique, il convient, aujourd’hui, d’orienter la sélection vers
les caractères morpho-physiologiques liés à la résistance à la
sécheresse qui sont, pour la plupart, identifiés [4, 5] mais loin
d’être exploités par les améliorateurs. Dans ce contexte, une
mutation est provoquée sur le blé dur afin d’exploiter l’apport de
l’approche analytique, notamment en ce qui concerne les caractères
morphologiques impliqués dans la tolérance à la sécheresse. Les
lignées obtenues par mutagenèse et ayant un ou plusieurs traits
d’adaptation au déficit hydrique sont sélectionnées puis évaluées
en conditions de sécheresse naturelle, telle qu’elle se présente
dans la région semi-aride du Kef (nord-ouest de la Tunisie
septentrionale).
Matériel et méthode
Matériel végétal
Les semences de 14 variétés tunisiennes de blé dur (Triticum
durum) ont été traitées aux rayons gamma de cobalt 60 et
semées au champ. La première génération mutante (M1) n’a fait
l’objet d’aucune sélection. À maturité, au sein de chaque
variété, l’épi du maître brun de chaque plante est récolté
séparément. Les grains obtenus sont semés, la deuxième année (M2),
en lignes à côté du parent non irradié (témoin). Cette génération
en ségrégation a permis, moyennant la comparaison des plantes
issues de l’irradiation avec leurs parents, de sélectionner
437 variants sur la base de caractères morphologiques et
phénologiques. La répartition de ces variants selon les caractères
de sélection de base est la suivante :
- – 30 dont la couleur a changé par rapport au parent
(tissus chimère, couleur de la feuille, de l’épi ou de la
barbe) ;
- – 38 dont la forme de l’épi (longueur ou largeur) ou la
longueur de la barbe sont modifiées (disparition de la barbe
incluse) ;
- – 182 précoces ;
- – 137 à paille courte ;
- – 50 ayant une surface de la feuille drapeau plus petite
que leur parent.
Dispositif expérimental
La génération M3 est semée selon un dispositif
« augmenté » développé par Federer [6] et décrit par
Petersen [7]. Ce dispositif est couramment utilisé par les
améliorateurs de plantes, pour une sélection préliminaire,
notamment quand il s’agit d’une large gamme de nouvelles lignées à
comparer à plusieurs variétés témoins. L’apparition de chaque
nouvelle lignée une seule fois dans tout l’essai et la présence des
témoins dans chaque bloc constituent les principales spécificités
de ce protocole expérimental. Dans ce travail, les
437 variants sont répartis entre trois blocs à raison d’une
ligne par variant, tandis que les 14 parents (témoins) sont semés
dans chaque bloc.
Paramètres étudiés
Stabilité des caractères
À partir de la levée, des notations sur terrain sont
réalisées. Les caractères qualitatifs considérés dans ces études,
tels que la couleur des feuilles, de la barbe, de l’épi ou la
vigueur de l’épi sont notés successivement au stade de l’expression
de chaque caractère. Quand toutes les plantes, sur une même ligne,
conservent le même caractère qui a fait l’objet d’une sélection en
M2, la lignée est notée stable. A contrario, si une
hétérogénéité est observée, la lignée est considérée en ségrégation
et est exclue de l’étude. Les caractères qualitatifs représentent
un critère botanique de distinction entre les variants et les
parents et aident à l’évaluation de leur stabilité.
Pour les caractères quantifiables comme la hauteur, la précocité
ou la surface foliaire, les lignées ont d’abord fait l’objet d’une
appréciation visuelle de leur uniformité, pour exclure celles qui
sont en ségrégation, puis les caractères sont mesurés et comparés à
ceux des parents. Chaque lignée non significativement différente de
son parent (fausse mutation) est éliminée.
Évaluation des mutants stables
Les mutants dont la stabilité est confirmée en M3 sont évalués pour
une série de caractères phénologiques, morphologiques ou de
production, sous des conditions de sécheresse prolongée. Cela
permet d’identifier les combinaisons de traits qui peuvent exister
dans cette pépinière :
- – précocité : quand 50 % des plantes d’une
même ligne (d’une lignée donnée) ont épié, la date d’épiaison est
marquée, puis l’intervalle en jours entre la levée et l’épiaison
est compté pour déterminer la précocité de chaque
lignée ;
- – surface foliaire : sur chaque ligne, 3 feuilles
drapeau sont prises au hasard et coupées au niveau de
l’intersection gaine-limbe. La surface foliaire est mesurée au
moyen d’un planimètre et une moyenne en cm2 est déduite
pour chaque lignée ;
- – hauteur, tallage-herbacé et tallage-épi : à
partir de 5 plantes prises au hasard, les moyennes des nombres
d’épis et de talles par plante sont déterminées. La hauteur moyenne
pour chacun des mutants est estimée à partir de trois
plantes ;
- – nombre d’épillets par épi : ce paramètre est
estimé à partir d’une moyenne de 5 épis prélevés sur des
plantes différentes d’une même ligne ;
- – rendement en grains par plante : les plantes qui
ont terminé leur cycle de développement sur chaque ligne sont
comptées. Après le battage, le rapport « production de grains
par ligne/nombre de plantes productives de la même ligne » a
servi à l’estimation du rendement en grains par plante. Ce
caractère est utilisé pour cribler ceux qui ont montré une
meilleure performance après une sécheresse prolongée.
Analyses statistiques
Compte tenu de la spécificité du modèle expérimental où seul les
parents (témoins) sont effectifs dans les blocs, l’erreur
expérimentale est estimée par l’analyse de variance des témoins.
Dans une seconde étape, une constante de correction (rj)
est déterminée pour chaque bloc et pour chaque paramètre étudié [7]
selon la formule :
Où :
- C = nombre de témoins ;
- Bj = somme de moyennes des témoins dans le bloc
j ;
- M = somme de moyennes générales de chaque témoin dans tous les
blocs.
Avec cette constante de correction, chaque paramètre mesuré pour
les nouvelles lignées est ajusté selon la formule :
Où :
- Ŷi = paramètre ajusté pour la lignée i ;
- Yij = paramètre mesuré pour la lignée i dans le bloc
j ;
- rj = constante d’ajustement calculée pour le bloc
j.
Ainsi les moyennes des nouvelles lignées (ajustées) et des
témoins (moyenne de chacun dans les trois répétitions) sont
classées par ordre décroissant et la plus petite amplitude
significative selon le test de Newman-Keuls (PPAS) est calculée
pour la séparation des moyennes.
Où :
- R = répétitions ;
- C = nombre de témoins ;
- CME = carré moyen de l’erreur des témoins.
La méthode adoptée pour déterminer la part de chaque caractère
morphologique ou phénologique dans la variance du rendement en
grains en conditions de stress hydrique, est la régression pas à
pas (stepwise regression) du rendement en grains (Y) comme variable
dépendante en fonction de la précocité (X1), la surface de la
feuille drapeau (X2), la hauteur (X3), le nombre d’épillets par épi
(X4), le nombre d’épis par plante (X5) et le nombre de talles
herbacées par plante (X6). Cette approche statistique permet de
fournir un modèle mathématique reliant le rendement en grains aux
caractères qui lui sont significativement corrélés.
Conditions climatiques durant l’essai
L’année d’évaluation des mutants (1999-2000) est caractérisée par
une sécheresse qui s’est prolongée depuis janvier jusqu’à fin mai.
Durant cette période, la quantité de pluie reçue n’a pas dépassé
73 mm. Cette sécheresse est rendue plus aiguë, au mois
d’avril, par 2 jours de sirocco qui ont coïncidé avec la
floraison des mutants précoces.
Résultats et discussion
Caractères stables sélectionnés en M3
Sur les 437 variants sélectionnés en M2, seuls 109 (soit
25 %) se sont montrés stables en M3 (tableau 1). Le reste (75 %) était soit
en ségrégation, soit aligné aux parents d’origine (témoins). Dans
ces deux derniers cas, les variants sont éliminés de cette étude
mais récupérés dans le programme d’amélioration de la tolérance du
blé dur à la sécheresse pour continuer la sélection.
Indépendamment de la performance individuelle de chaque lignée,
cette pépinière pourra être utilisée ultérieurement dans un
programme d’amélioration du rendement de blé dur dans les régions
semi-arides. Elle permettra dans une première étape de hiérarchiser
ces caractères présumés de tolérance à la sécheresse, à travers
l’analyse de corrélations entre les valeurs mesurées de différents
caractères avec le rendement en grains obtenu dans des milieux à
forte contrainte hydrique. Dans une seconde étape les croisements,
entre lignées portant les caractères les plus étroitement liés à la
tolérance au déficit hydrique, conduiront à de nouveaux génotypes
avec de nombreuses combinaisons de traits qui seront évalués pour
leur capacité à supporter la sécheresse.
Tableau I Nombre de mutants stables retenus au cours de
la génération M3 selon le critère de sélection et le parent
d’origine.
|
Critère de sélection
|
|
Parent
|
P
|
N
|
FE
|
C
|
SFD
|
|
Medea AP6
|
1
|
3
|
0
|
1
|
0
|
|
INRAT69
|
1
|
5
|
2
|
2
|
1
|
|
Amel72
|
0
|
4
|
5
|
2
|
3
|
|
Chili
|
0
|
2
|
0
|
0
|
0
|
|
Mahmoudi
|
2
|
0
|
1
|
1
|
0
|
|
Bedri
|
1
|
2
|
3
|
1
|
0
|
|
Ben Béchir
|
21
|
1
|
1
|
2
|
0
|
|
Karim
|
8
|
2
|
0
|
2
|
1
|
|
Beskri
|
3
|
3
|
1
|
0
|
0
|
|
Khiar
|
0
|
0
|
0
|
0
|
0
|
|
Razzek
|
0
|
6
|
0
|
2
|
1
|
|
Om rabia
|
5
|
2
|
0
|
0
|
1
|
|
Jneh khotifa
|
1
|
0
|
2
|
0
|
1
|
|
Maghrébi72
|
0
|
0
|
0
|
0
|
0
|
Évaluation des mutants stables
L’étude de la précocité de l’épiaison montre que le témoin
Amel 72, le plus précoce des 14 parents [8], est resté
sans équivalent dans les nouvelles lignées mutantes. En revanche,
l’étude comparative de la précocité de chaque parent et de sa
descendance révèle 48 nouvelles lignées qui arrivent à épier
environ 3 à 8 jours avant leur parent (tableau 2). La comparaison des totaux des
mutants précoces dans les tableaux 1
et 2 prouve qu’aux 43 mutants sélectionnés
essentiellement pour la précocité s’ajoutent 5 autres dotés,
en plus de leur précocité, d’un autre caractère de sélection de
base tels qu’un épi long, un changement de la couleur des feuilles,
une taille courte ou une surface de la feuille drapeau réduite.
En Tunisie, la précocité est un critère extrêmement important à
considérer dans la sélection des génotypes adaptés à la région
semi-aride. Ce caractère confère à la plante une vitesse élevée de
croissance, de floraison et de fructification pour produire des
graines et terminer son cycle avant l’installation de la sécheresse
[9]. Certains travaux ont montré qu’un gain d’un jour dans la
précocité se traduit par une augmentation de 3 q/ha dans le
rendement du blé, de l’orge ou du triticale [10]. Le rôle
incontestable de la précocité dans l’évitement de la contrainte
hydrique de la fin du cycle, implique que les nouvelles lignées
dont la précocité est améliorée sont avantagées par rapport à leurs
parents quand le printemps est sec.
La comparaison de la taille moyenne au sein des 14 parents
(témoins) montre que la variété Maghrébi 72 est la plus
courte, avec 56,83 cm de hauteur. Sa comparaison aux nouvelles
lignées mutantes fait apparaître 18 mutants stables et
significativement plus courts (tableau 3). Le taux de réduction de la taille
a varié de 49,49 %, pour la plus courte des lignées mutantes
(121), à 16,66 % pour la plus haute (796).
La relation taille/rendement en grains sous une forte contrainte
hydrique demeure l’objet de controverses. En effet, Jain et
Kulshrestha [11] ont trouvé que les variétés naines de blé
produisent plus de grains que les variétés hautes et sont ainsi
dotées d’un indice de récolte plus élevé. Dans ce contexte,
Monneveux [12] a signalé que la stratégie d’augmentation des
rendements basée sur l’augmentation de la productivité a été
développée en réduisant la taille des plantes et en augmentant leur
indice de récolte. Et dans d’autres travaux, Ben Abdallah et Ben
Salem [13] ont signalé que les variétés relativement résistantes à
la sécheresse sont caractérisées par une hauteur moyenne.
A contrario, ayant étudié le comportement de 13 variétés
de blé dur dans différents milieux pendant 2 campagnes,
Meziani et al. [14] ont conclu que pour un milieu caractérisé
par un stress hydrique terminal intense, les variétés les plus
tolérantes semblent être les variétés locales tardives à taille
haute.
Dans la présente étude, la sélection basée sur la taille des
plantes a mis à notre disposition une large gamme de variabilité
génétique de ce caractère, ce qui a permis par la suite de mesurer
son impact sur le rendement en grains, au cours d’une année
caractérisée par un déficit hydrique important.
Bien que la feuille drapeau soit d’une extrême importance dans
le remplissage des grains, elle peut impliquer, avec une grande
surface d’évaporation, plus de perte d’eau, notamment au cours des
années marquées par un stress hydrique terminal, qui augmente la
sensibilité de la plante à la sécheresse. Pour ces raisons, la
surface réduite des feuilles est supposée être l’un des paramètres
liés à l’augmentation du rendement en conditions de sécheresse en
zone méditerranéenne [15].
La comparaison des valeurs ajustées, relatives à ce paramètre
(tableau 4), des nouvelles lignées
avec celle du témoin de référence (variété Khiar dont la feuille
drapeau est la plus petite : 10,81 cm2) fait
apparaître 5 mutants (en italiques dans le tableau 4) caractérisés par une surface de
feuille drapeau réduite par rapport à Khiar. La lignée 121,
qui présente la hauteur la plus faible possède aussi la feuille
drapeau la plus réduite. Trois autres mutants 886, 218 et 79,
sélectionnés respectivement pour la couleur des feuilles, le
nanisme et la précocité, sont dotés en plus d’une surface de la
feuille drapeau plus petite que Khiar.
La comparaison de chaque parent à sa descendance pour ce
paramètre révèle 27 lignées mutantes, en plus des
5 mutants (en italiques dans le tableau précédent), qui ont
acquis une diminution de 15,46 à 43,55 % dans la surface de la
dernière feuille. La surface foliaire réduite confère à la plante
une des modalités de réduction des pertes d’eau dont le rôle dans
l’évitement de la contrainte hydrique est confirmé par Keim et
Kronstad [16] et Fussel et al. [17].
Le tallage herbacé de l’ensemble des nouvelles lignées est
comparé à la variété Mahmoudi qui a donné le maximum de talles
végétatives par plante (6,6 talles). Six lignées se
distinguent en dépassant significativement ce témoin de 34,54 à
67,57 % (tableau 5).
La puissance de tallage est pour certains auteurs [18-20]
l’origine d’une consommation d’eau non traduite par une production
conséquente en épis et en grains, ce qui diminue alors l’efficience
d’utilisation de l’eau par la plante quand elle est confrontée à
une contrainte hydrique. La grande consommation d’eau par les
cultures ayant une grande surface foliaire pourrait être un
handicap dans les zones à pluviométrie limitée, surtout à la fin du
cycle de développement. Un bon tallage herbacé combiné avec une
grande surface foliaire n’est pas désirable sous de telles
conditions. En revanche, un tallage herbacé élevé couplé à une
surface foliaire réduite pourrait mieux convenir. Des combinaisons
de traits comme un nanisme, une précocité et un tallage fort
(mutant 44) ou un épi développé, une surface foliaire réduite
et un tallage fort (mutant 818) ou une surface foliaire
réduite, un tallage fort et une taille courte (mutant 7),
offrent autant de modèles à l’agronome ou à l’améliorateur pour
sélectionner l’association la plus efficace sous des conditions
différentes de stress hydrique.
L’étude du tallage-épi chez les mutants retenus en M3 révèle
que, parmi tous les mutants, un seul dépasse la variété Razzek qui
possède, parmi tous les témoins parentaux, le nombre d’épis le plus
élevé par plante (tableau 6).
Outre cette supériorité en nombre d’épis par plante, le
mutant 7 est plus court que son parent INRAT69, possède une
surface foliaire plus réduite et a un tallage herbacé plus élevé.
Ces caractéristiques devraient lui conférer une plus grande
tolérance à un déficit hydrique et un meilleur rendement en
grains.
Le tallage-épi est une composante du rendement très souvent
considérée comme un paramètre d’adaptation aux conditions de
déficit hydrique [15]. Dans certains travaux [13], le nombre d’épis
par plante est corrélé positivement au rendement en grains pendant
les années défavorables et il est préconisé comme critère de
sélection sous des conditions de sécheresse relativement
sévères.
Le mutant 50 issu de l’INRAT 69 se distingue par un
épi long et développé. Cette vigueur observée au niveau de l’épi
est traduite par un nombre d’épillets par épi largement plus élevé
que le témoin Chili qui occupe la première place, parmi tous les
témoins, pour ce caractère (tableau 7).
L’augmentation du nombre d’épillets par épi conduit à une
amélioration de sa longueur, de sa fertilité et de sa fonction
photosynthétique qui, par rapport à la photosynthèse de la plante
entière, est comprise entre 13 et 76 % [21, 22]. Selon Jonhson
et Moss [23], quand la plante est soumise à une contrainte
hydrique, l’épi participerait plus activement à la
photosynthèse.
Dans ce travail, le rendement en grains est utilisé, à la fois
comme critère de sélection sous conditions climatiques difficiles
et comme moyen d’évaluation, par comparaison au témoin parental, de
l’impact des autres caractères sur la production. Cette approche de
sélection qui intègre les méthodes empirique et analytique a abouti
à l’obtention de 4 mutants (en italiques dans le tableau 8) dont le rendement en grains par
plante dépasse significativement le meilleur rendement réalisé par
la variété INRAT 69. La comparaison du rendement en grains de
chaque mutant à son parent met en exergue l’amélioration nette de
ce paramètre chez certains mutants par rapport à la variété
d’origine.
Le tableau 9 récapitule les
caractéristiques des mutants retenus pour une meilleure performance
que toutes les variétés parentales et ceux dont le rendement est
significativement amélioré par rapport aux parents.
Comme nous l’avons démontré à travers les étapes de cette étude,
les mutants obtenus diffèrent de leurs parents par un ou plusieurs
caractères. Cependant, si le rôle de ces caractères indépendants,
dans la tolérance aux conditions hydriques défavorables, est
confirmé par l’approche analytique, leur impact quand ils sont
associés reste mal connu. L’ensemble de 13 mutants retenus
pour une meilleure performance et de 96 mutants écartés pour
un potentiel limité de production en grains, fournira aux
physiologistes autant de modèles permettant une analyse précise du
rôle des caractères indépendants ou en association dans
l’adaptation à la sécheresse.
Tableau II Lignées mutantes plus précoces que le parent
d’origine.
|
Parent
|
NM
|
PA (jour)
|
GP (parent-mutant)
|
|
Medea AP6
|
2
|
124 et 125
|
3
|
|
INRAT69
|
1
|
117
|
3
|
|
Mahmoudi
|
2
|
116 et 118
|
6 et 8
|
|
Bedri
|
1
|
115
|
6
|
|
Ben Béchir
|
24
|
115 et 118
|
3 à 6
|
|
Karim
|
8
|
115 à 117
|
3 à 4
|
|
Beskri
|
3
|
122 à 125
|
3 à 5
|
|
Om rabia
|
6
|
113 à 116
|
3 à 5
|
|
Jneh khotifa
|
1
|
125
|
3
|
Tableau III Mutants ayant une hauteur plus petite que
Maghrébi 72.
|
Parent
|
Code du mutant
|
Hauteur ajustée (cm)
|
Taux de réduction (%)
|
|
Razzek
|
121
|
28,70
|
49,49
|
|
232
|
30,70
|
45,97
|
|
233
|
35,11
|
38,21
|
|
478
|
39,70
|
30,14
|
|
Mahmoudi
|
415
|
40,11
|
29,42
|
|
Om rabia
|
684
|
40,70
|
28,38
|
|
Karim
|
218
|
43,11
|
24,14
|
|
Razzek
|
914
|
43,19
|
24,00
|
|
Amel 72
|
8
|
43,44
|
23,63
|
|
Bedri
|
876
|
44,11
|
22,38
|
|
Amel 72
|
264
|
44,70
|
21,34
|
|
929
|
44,70
|
21,34
|
|
Karim
|
889
|
45,70
|
19,58
|
|
Amel 72
|
745
|
46,03
|
19,00
|
|
577
|
46,70
|
17,82
|
|
Razzek
|
796
|
47,36
|
16,66
|
|
Maghrébi 72
|
|
56,83
|
|
Tableau IV Lignées dont la surface de la feuille
drapeau est réduite par rapport à celle de leur parent d’origine.
|
Parent
|
Code du mutant
|
Surface de la feuille drapeau ajustée (cm2)
|
Taux de réduction (%)
|
|
7
|
9,43
|
33,26
|
|
INRAT 69
|
|
14,13
|
|
|
596
|
10,66
|
29,86
|
|
577
|
11,40
|
25,00
|
|
11
|
11,73
|
22,82
|
|
171
|
11,92
|
21,57
|
|
597
|
11,98
|
21,18
|
|
23
|
12,46
|
18,02
|
|
Amel 72
|
|
15,20
|
|
|
751
|
11,16
|
36,08
|
|
Chili
|
|
17,46
|
|
|
605
|
11,96
|
36,07
|
|
752
|
13,23
|
29,28
|
|
Mahmoudi
|
|
18,71
|
|
|
877
|
11,85
|
37,43
|
|
876
|
12,54
|
33,79
|
|
875
|
14,72
|
22,28
|
|
46
|
15,65
|
17,37
|
|
289
|
16,01
|
15,46
|
|
Bedri
|
|
18,94
|
|
|
886
|
5,46
|
63,33
|
|
527
|
9,68
|
34,98
|
|
202
|
11,96
|
19,67
|
|
449
|
12,10
|
18,73
|
|
Ben Béchir
|
|
14,89
|
|
|
218
|
5,80
|
49,65
|
|
79
|
7,93
|
31,16
|
|
Karim
|
|
11,52
|
|
|
223
|
13,00
|
20,44
|
|
Beskri
|
|
16,34
|
|
|
121
|
3,55
|
72,77
|
|
232
|
8,80
|
32,51
|
|
233
|
8,81
|
32,43
|
|
478
|
9,10
|
30,21
|
|
Razzek
|
|
13,04
|
|
|
560
|
8,84
|
43,55
|
|
383
|
12,53
|
19,98
|
|
237
|
12,67
|
19,09
|
|
921
|
12,74
|
18,64
|
|
Om rabia
|
|
15,66
|
|
|
697
|
7,06
|
51,44
|
|
818
|
11,28
|
22,42
|
|
Jneh khotifa
|
|
14,54
|
|
|
Khiar
|
|
10,81
|
|
Tableau V Lignées dont le nombre de talles herbacées
par plante dépasse Mahmoudi.
|
Parent
|
Code du mutant
|
Nombre de talles ajusté
|
Taux d’amélioration (%)
|
|
Medea AP6
|
44
|
11,06
|
67,57
|
|
Jneh khotifa
|
818
|
10,06
|
52,42
|
|
INRAT 69
|
7
|
9,56
|
44,84
|
|
Ben Béchir
|
782
|
9,48
|
43,63
|
|
Amel 72
|
745
|
9,06
|
37,27
|
|
Beskri
|
899
|
8,88
|
34,54
|
|
Mahmoudi
|
|
6,60
|
|
Tableau VI Mutants dont le nombre d’épis par plante
dépasse celui de Razzek.
|
Parent
|
Code du mutant
|
Nombre d’épis ajusté
|
Taux d’amélioration (%)
|
|
INRAT 69
|
7
|
6,91
|
34,69
|
|
Razzek
|
|
5,13
|
|
Tableau VII Mutants ayant un nombre d’épillets par épi
plus élevé que Chili.
|
Parent
|
Code du mutant
|
E/E.A
|
Taux d’amélioration (%)
|
|
INRAT 69
|
50
|
24,75
|
9,22
|
|
Chili
|
|
22,66
|
|
Tableau VIII Mutants retenus pour un rendement en
grains amélioré par rapport au parent.
|
Parent
|
Code du mutant
|
Rendement ajusté (g/plante)
|
Taux d’amélioration (%)
|
|
50
|
7,28
|
41,35
|
|
INRAT 69
|
|
5,15
|
|
|
178
|
7,26
|
83,79
|
|
264
|
5,69
|
44,05
|
|
Amel 72
|
|
3,95
|
|
|
439
|
6,1
|
86,54
|
|
605
|
5,78
|
76,75
|
|
Mahmoudi
|
|
3,27
|
|
|
54
|
8,5
|
123,09
|
|
782
|
6,92
|
81,62
|
|
Ben Béchir
|
|
3,81
|
|
|
537
|
6,24
|
138,16
|
|
77
|
5,07
|
93,51
|
|
209
|
5,07
|
93,51
|
|
Karim
|
|
2,62
|
|
|
780
|
4,07
|
159,23
|
|
Beskri
|
|
1,57
|
|
|
479
|
6,54
|
316,56
|
|
796
|
5
|
218,47
|
|
Razzek
|
|
1,57
|
|
Tableau IX Caractères des mutants retenus pour une
meilleure performance en une année sèche.
|
Parent
|
Code du mutant
|
Mutation
|
Autres caractères
|
|
INRAT69
|
50*
|
Épi long et développé
|
Nombre d’épillets/épi élevé avec épi et barbe noirs
|
|
Amel 72
|
178*
|
Épi long
|
|
|
264
|
Épi court
|
Plante courte
|
|
Mahmoudi
|
605
|
Précoce
|
Nombre d’épillets/épi élevé et surface foliaire plus réduite que
son parent
|
|
439
|
Précoce
|
|
|
Ben Béchir
|
54*
|
Précoce
|
|
|
782*
|
Épi long
|
Tallage herbacé, nombre d’épis et nombre d’épillets par épi élevé.
Plus court et plus précoce que son parent
|
|
537
|
Plante courte
|
|
|
77
|
Précoce
|
|
|
Karim
|
209
|
Feuilles d’un vert clair
|
|
|
Beskri
|
780
|
Précoce
|
Plante courte
|
|
Razzek
|
479
|
Plante courte
|
|
|
796
|
Plante courte
|
|
*mutants les plus performants au plan rendement en
grains.
Étude des corrélations du rendement avec les différents
paramètres mesurés
La procédure de régression pas à pas arrêtée à 80 % de
détermination (tableau 10) montre
que le rendement en grains, sous les conditions du semi-aride, est
corrélé significativement au nombre d’épis par plante (X5), au
nombre d’épillets par épi (X4) et au nombre de talles herbacées par
plante (X6).
Le modèle mathématique qui relie le rendement aux différents
paramètres est :
Dans ce modèle, le rendement le plus élevé est associé à un
nombre élevé d’épillets par épi et d’épis par plante mais aussi à
un tallage herbacé limité. Les coefficients de corrélation indiqués
dans le tableau 11 confirment ce
résultat.
Si ces caractères d’adaptation à la sécheresse expliquent
partiellement la performance des mutants 50, 605 et 782, il n’en
est pas de même pour les 10 mutants restants (tableau 9). En effet, chez ces derniers,
l’origine de leur supériorité dans le rendement reste inconnue et
des études plus fines, touchant d’autres paramètres morphologiques
et physiologiques, doivent être envisagées pour expliquer leur
mécanisme d’adaptation. Il est important de souligner ici l’absence
de la précocité dans ce modèle, que nous attribuons essentiellement
au type de sécheresse (précoce et de longue durée) inévitable par
la précocité.
Tableau X Résumé de la procédure de régression pas à
pas.
|
Variable
|
Coefficient de détermination (R2)
|
|
X5
|
0,4916**
|
|
X4
|
0,6463**
|
|
X6
|
0,7946*
|
*= significatif au seuil 5 %.
**= significatif au seuil 1 %.
Tableau XI Coefficients de corrélation (r) entre les
paramètres mesurés et le rendement en grains.
|
Variable
|
X1
|
X2
|
X3
|
X4
|
X5
|
X6
|
|
r
|
- 0,26
|
0,43
|
0,41
|
0,67*
|
0,70*
|
0,22
|
* = significatif au seuil 1 %.
Conclusion
L’étude du comportement des variants de blé dur, au cours de la
génération M3, nous à permis d’obtenir 109 mutants portant
chacun au moins un caractère d’adaptation à la sécheresse.
L’application de la sélection directe pour le rendement en grains
comme paramètre de sélection qui intègre tous les caractères
interconnectés a donné lieu à l’identification de 13 mutants,
dont 4 sont plus performants que toutes les variétés de blé dur
cultivées de nos jours en Tunisie, tandis que les autres ont
dépassé significativement leurs variétés parentales.
Les caractères morphologiques, phénologiques et de production,
considérés dans cette étude ne permettent pas d’expliquer le
mécanisme par lequel la majorité de ces mutants ont pu, en
conditions de sécheresse sévère, donner un rendement en grains
élevé. Des études complémentaires du système racinaire, de
l’osmorégulation et de la stabilité de la membrane cellulaire sous
sécheresse provoquée sont envisagées pour dévoiler le mécanisme
d’adaptation chez ces nouvelles lignées.
L’élimination de 96 mutants portant des caractères stables
de tolérance à la sécheresse et qui ne sont pas retenus en raison
d’un rendement en grains limité sous des conditions spécifiques,
n’exclut pas l’éventualité d’une meilleure performance sous
d’autres conditions. Ces mutants peuvent constituer à la fois une
pépinière d’adaptation à la sécheresse et une banque de gènes pour
les améliorateurs.
Références
1 Mohsen B, Benhammouda M. Adaptation et stabilité du
rendement de trois espèces céréalières dans les régions semi-arides
et sub-humides de la Tunisie. Sécheresse 1999 ; 10 : 1-7.
2 Monneveux P, This D. La génétique face au problème
de la tolérance des plantes à la sécheresse : espoirs et
difficultés. Sécheresse 1997 ; 8 : 29-37.
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à l’amélioration des plantes résistantes à la sécheresse. Bull Soc
Bot Fr Actual Bot 1984 ; 1 : 51-7.
4 Nachit M, Ketata H. Selection of morphophysiological
traits for multiple abiotic stresses resistance in durum wheat
(Triticum turgidum L. var. durum). In : Acevedo E,
Conesa AP, Monneveux P, Srivastava JP, eds.
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Environments. Les Colloques n° 55. Montpellier (France) :
Inra-Icarda, 1991.
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environments. Use of yield, morphological traits. In :
Acevedo E, Conesa AP, Monneveux P,
Srivastava JP, eds. Physiology-Breeding of Winter Cereals for
Stressed Mediterranean Environments. Les Colloques n° 55.
Montpellier (France) : Inra-Icarda, 1991.
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(Syrie) : Icarda, 1985.
8 Melki M, Dahmane ABK. Étude de quelques variations
phénotypiques de la première génération de semences irradiées de
quatorze variétés tunisiennes de blé dur (Triticum durum Desf.).
Revue de l’INAT 1999 ; 14 : 7-18.
9 Vartanian N, Lemée G. La notion d’adaptation à la
sécheresse. Bull Soc Bot Fr Actual Bot 1984 ; 1 :
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10 Fischer RA, Maureer R. Drought resistance in spring
wheat cultivars. I- Grain yield response. Aust J Agric Res
1978 ; 29 : 897-912.
11 Jain HK, Kulschrestha VP. Dwarfing genes breeding
for yield in bread wheat. Z Pflanzenzucht 1976 ; 76 :
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12 Monneveux P. Quelles stratégies pour l’amélioration
génétique de la tolérance au déficit hydrique des céréales d’hiver?
In : Chalbi N, Demarly Y, eds. L’amélioration des
plantes pour l’adaptation aux milieux arides. Montrouge :
Aupelf-Uref ; John Libbey Eurotext, 1991.
13 Ben Abdallah N, Ben Salem M. Paramètres
morpho-physiologiques de la sélection pour la résistance à la
sécheresse des céréales. In : Monneveux P, Ben
Salem M, eds. Tolérance à la sécheresse des céréales en zone
méditerranéenne. Diversité génétique et amélioration variétale.
Montpellier : Inra, 1992.
14 Meziani L, Bammoun A, Hamou M, Brinis L,
Monneveux P. Essai de définition des caractères d’adaptation
du blé dur dans différentes zones agroclimatiques de l’Algérie.
In : Monneveux P, Ben Salem M, eds. Tolérance à la
sécheresse des céréales en zone méditerranéenne. Diversité
génétique et amélioration variétale. Montpellier : Inra,
1992.
15 Acevedo E, Ceccarelli S. Role of
physiologist-breeder in a breeding program for drought resistance
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16 Keim DL, Kronstad WE. Drought response of winter
wheat cultivars grown under field stress conditions. Crop Sci
1981 ; 21 : 11-4.
17 Fussel LK, Bidinger FR, Bieler P. Crop
physiology and breeding for drought tolerance : research and
development. Field Crop Res 1991 ; 27 : 183-99.
18 Ben Salem M. Étude de l’effet du manque d’eau appliqué à
différentes périodes du cycle de développement sur la croissance et
le rendement en grains du blé. Ann de l’INRAT 1984 ; 75 ;
(fasci. 2).
19 Ben Salem M. Étude comparative de la résistance à la
sécheresse de quelques variétés de blé. Thèse de doctorat d’État
ès-sciences, université de Paris VII, Centre de Jussieu, 1988.
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sécheresse du blé, de l’orge et du triticale. In :
Monneveux P, Ben Salem M, eds. Tolérance à la sécheresse
des céréales en zones méditerranéennes. Diversité génétique et
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in wheat. Aust J Biol Sci 1970 ; 23 : 245-54.
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Filling. Crop Sci 1976 ; 14 : 728-31.
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