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Science et changements planétaires / Sécheresse
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Identification of some mutants of durum wheat with high performance under natural drought conditions


Science et changements planétaires / Sécheresse. Volume 19, Number 1, 47-53, janvier-février-mars 2008, Article scientifique

DOI : 10.1684/sec.2008.0119

Résumé   Summary  

Author(s) : Mongi Melki, Ali Dahmane , École supérieure d’agriculture du Kef, Campus universitaire du Kef, 7119 Tunisie, Institut national agronomique de Tunisie (Inat), 43 Avenue Charles Nicolle, 1082 Cité Mahrajène, Tunisie.

Summary : Based on parameters of adaptation to water deficit, mutants from radiated seeds of 14 local varieties of durum wheat were observed in an “augmented design” for their qualitative and quantitative traits. The stability of morphological (plant height, leaf color, spike color, flag leaf area and spike vigor) and phenological (precocity) characteristics expressed at the second mutant generation (M2) remained for 109 out of the 437 entries studied in M3. Some of the mutants showed more than one adaptation characteristic to water stress. Direct selection based on grain yield over one year characterised by winter and spring droughts with 73 mm of rainfall over the January-May period made it possible to identify thirteen mutants, four of which were significantly (p<\;0.05) superior to all tested parents. The new mutants’ performance is essentially associated to: i) the number of reproductive tillers/plant, ii) the number of spikelet/spike\; and iii) the number of vegetative tillers/plants that explain 79.4% of yield variance.

Keywords : agronomic performances, drought, durum wheat, varietal selection, water stress

ARTICLE

Auteur(s) : Mongi Melki1, Ali Dahmane2

1École supérieure d’agriculture du Kef, Campus universitaire du Kef, 7119 Tunisie
2Institut national agronomique de Tunisie (Inat), 43 Avenue Charles Nicolle, 1082 Cité Mahrajène, Tunisie

Dans les régions à contrainte hydrique, les génotypes recherchés de blé dur doivent avoir à la fois une bonne tolérance à ce stress et un bon potentiel de rendement en grains. En Tunisie, comme dans toute la zone méditerranéenne, la précocité, ou encore l’esquive, est le seul mécanisme exploité par les améliorateurs pour faire face à cette contrainte [1]. L’augmentation de la précocité des céréales, bien qu’elle ait donné des résultats incontestables, n’est toutefois pas sans inconvénients. Elle contribue, entre autres, à la réduction de la productivité [2] et ne convient que pour une sécheresse tardive et de courte durée [3]. Pour diversifier les mécanismes de tolérance des céréales au stress hydrique, il convient, aujourd’hui, d’orienter la sélection vers les caractères morpho-physiologiques liés à la résistance à la sécheresse qui sont, pour la plupart, identifiés [4, 5] mais loin d’être exploités par les améliorateurs. Dans ce contexte, une mutation est provoquée sur le blé dur afin d’exploiter l’apport de l’approche analytique, notamment en ce qui concerne les caractères morphologiques impliqués dans la tolérance à la sécheresse. Les lignées obtenues par mutagenèse et ayant un ou plusieurs traits d’adaptation au déficit hydrique sont sélectionnées puis évaluées en conditions de sécheresse naturelle, telle qu’elle se présente dans la région semi-aride du Kef (nord-ouest de la Tunisie septentrionale).

Matériel et méthode

Matériel végétal

Les semences de 14 variétés tunisiennes de blé dur (Triticum durum) ont été traitées aux rayons gamma de cobalt 60 et semées au champ. La première génération mutante (M1) n’a fait l’objet d’aucune sélection. À maturité, au sein de chaque variété, l’épi du maître brun de chaque plante est récolté séparément. Les grains obtenus sont semés, la deuxième année (M2), en lignes à côté du parent non irradié (témoin). Cette génération en ségrégation a permis, moyennant la comparaison des plantes issues de l’irradiation avec leurs parents, de sélectionner 437 variants sur la base de caractères morphologiques et phénologiques. La répartition de ces variants selon les caractères de sélection de base est la suivante :
  • 30 dont la couleur a changé par rapport au parent (tissus chimère, couleur de la feuille, de l’épi ou de la barbe) ;
  • 38 dont la forme de l’épi (longueur ou largeur) ou la longueur de la barbe sont modifiées (disparition de la barbe incluse) ;
  • 182 précoces ;
  • 137 à paille courte ;
  • 50 ayant une surface de la feuille drapeau plus petite que leur parent.

Dispositif expérimental

La génération M3 est semée selon un dispositif « augmenté » développé par Federer [6] et décrit par Petersen [7]. Ce dispositif est couramment utilisé par les améliorateurs de plantes, pour une sélection préliminaire, notamment quand il s’agit d’une large gamme de nouvelles lignées à comparer à plusieurs variétés témoins. L’apparition de chaque nouvelle lignée une seule fois dans tout l’essai et la présence des témoins dans chaque bloc constituent les principales spécificités de ce protocole expérimental. Dans ce travail, les 437 variants sont répartis entre trois blocs à raison d’une ligne par variant, tandis que les 14 parents (témoins) sont semés dans chaque bloc.

Paramètres étudiés

Stabilité des caractères

À partir de la levée, des notations sur terrain sont réalisées. Les caractères qualitatifs considérés dans ces études, tels que la couleur des feuilles, de la barbe, de l’épi ou la vigueur de l’épi sont notés successivement au stade de l’expression de chaque caractère. Quand toutes les plantes, sur une même ligne, conservent le même caractère qui a fait l’objet d’une sélection en M2, la lignée est notée stable. A contrario, si une hétérogénéité est observée, la lignée est considérée en ségrégation et est exclue de l’étude. Les caractères qualitatifs représentent un critère botanique de distinction entre les variants et les parents et aident à l’évaluation de leur stabilité.

Pour les caractères quantifiables comme la hauteur, la précocité ou la surface foliaire, les lignées ont d’abord fait l’objet d’une appréciation visuelle de leur uniformité, pour exclure celles qui sont en ségrégation, puis les caractères sont mesurés et comparés à ceux des parents. Chaque lignée non significativement différente de son parent (fausse mutation) est éliminée.

Évaluation des mutants stables

Les mutants dont la stabilité est confirmée en M3 sont évalués pour une série de caractères phénologiques, morphologiques ou de production, sous des conditions de sécheresse prolongée. Cela permet d’identifier les combinaisons de traits qui peuvent exister dans cette pépinière :
  • précocité : quand 50 % des plantes d’une même ligne (d’une lignée donnée) ont épié, la date d’épiaison est marquée, puis l’intervalle en jours entre la levée et l’épiaison est compté pour déterminer la précocité de chaque lignée ;
  • surface foliaire : sur chaque ligne, 3 feuilles drapeau sont prises au hasard et coupées au niveau de l’intersection gaine-limbe. La surface foliaire est mesurée au moyen d’un planimètre et une moyenne en cm2 est déduite pour chaque lignée ;
  • hauteur, tallage-herbacé et tallage-épi : à partir de 5 plantes prises au hasard, les moyennes des nombres d’épis et de talles par plante sont déterminées. La hauteur moyenne pour chacun des mutants est estimée à partir de trois plantes ;
  • nombre d’épillets par épi : ce paramètre est estimé à partir d’une moyenne de 5 épis prélevés sur des plantes différentes d’une même ligne ;
  • rendement en grains par plante : les plantes qui ont terminé leur cycle de développement sur chaque ligne sont comptées. Après le battage, le rapport « production de grains par ligne/nombre de plantes productives de la même ligne » a servi à l’estimation du rendement en grains par plante. Ce caractère est utilisé pour cribler ceux qui ont montré une meilleure performance après une sécheresse prolongée.

Analyses statistiques

Compte tenu de la spécificité du modèle expérimental où seul les parents (témoins) sont effectifs dans les blocs, l’erreur expérimentale est estimée par l’analyse de variance des témoins. Dans une seconde étape, une constante de correction (rj) est déterminée pour chaque bloc et pour chaque paramètre étudié [7] selon la formule :

Où :

  • C = nombre de témoins ;
  • Bj = somme de moyennes des témoins dans le bloc j ;
  • M = somme de moyennes générales de chaque témoin dans tous les blocs.

Avec cette constante de correction, chaque paramètre mesuré pour les nouvelles lignées est ajusté selon la formule :

Où :

  • Ŷi = paramètre ajusté pour la lignée i ;
  • Yij = paramètre mesuré pour la lignée i dans le bloc j ;
  • rj = constante d’ajustement calculée pour le bloc j.

Ainsi les moyennes des nouvelles lignées (ajustées) et des témoins (moyenne de chacun dans les trois répétitions) sont classées par ordre décroissant et la plus petite amplitude significative selon le test de Newman-Keuls (PPAS) est calculée pour la séparation des moyennes.

Où :

  • R = répétitions ;
  • C = nombre de témoins ;
  • CME = carré moyen de l’erreur des témoins.

La méthode adoptée pour déterminer la part de chaque caractère morphologique ou phénologique dans la variance du rendement en grains en conditions de stress hydrique, est la régression pas à pas (stepwise regression) du rendement en grains (Y) comme variable dépendante en fonction de la précocité (X1), la surface de la feuille drapeau (X2), la hauteur (X3), le nombre d’épillets par épi (X4), le nombre d’épis par plante (X5) et le nombre de talles herbacées par plante (X6). Cette approche statistique permet de fournir un modèle mathématique reliant le rendement en grains aux caractères qui lui sont significativement corrélés.

Conditions climatiques durant l’essai

L’année d’évaluation des mutants (1999-2000) est caractérisée par une sécheresse qui s’est prolongée depuis janvier jusqu’à fin mai. Durant cette période, la quantité de pluie reçue n’a pas dépassé 73 mm. Cette sécheresse est rendue plus aiguë, au mois d’avril, par 2 jours de sirocco qui ont coïncidé avec la floraison des mutants précoces.

Résultats et discussion

Caractères stables sélectionnés en M3

Sur les 437 variants sélectionnés en M2, seuls 109 (soit 25 %) se sont montrés stables en M3 (tableau 1). Le reste (75 %) était soit en ségrégation, soit aligné aux parents d’origine (témoins). Dans ces deux derniers cas, les variants sont éliminés de cette étude mais récupérés dans le programme d’amélioration de la tolérance du blé dur à la sécheresse pour continuer la sélection.

Indépendamment de la performance individuelle de chaque lignée, cette pépinière pourra être utilisée ultérieurement dans un programme d’amélioration du rendement de blé dur dans les régions semi-arides. Elle permettra dans une première étape de hiérarchiser ces caractères présumés de tolérance à la sécheresse, à travers l’analyse de corrélations entre les valeurs mesurées de différents caractères avec le rendement en grains obtenu dans des milieux à forte contrainte hydrique. Dans une seconde étape les croisements, entre lignées portant les caractères les plus étroitement liés à la tolérance au déficit hydrique, conduiront à de nouveaux génotypes avec de nombreuses combinaisons de traits qui seront évalués pour leur capacité à supporter la sécheresse.

Tableau I Nombre de mutants stables retenus au cours de la génération M3 selon le critère de sélection et le parent d’origine.

Critère de sélection

Parent

P

N

FE

C

SFD

Medea AP6

1

3

0

1

0

INRAT69

1

5

2

2

1

Amel72

0

4

5

2

3

Chili

0

2

0

0

0

Mahmoudi

2

0

1

1

0

Bedri

1

2

3

1

0

Ben Béchir

21

1

1

2

0

Karim

8

2

0

2

1

Beskri

3

3

1

0

0

Khiar

0

0

0

0

0

Razzek

0

6

0

2

1

Om rabia

5

2

0

0

1

Jneh khotifa

1

0

2

0

1

Maghrébi72

0

0

0

0

0

Évaluation des mutants stables

L’étude de la précocité de l’épiaison montre que le témoin Amel 72, le plus précoce des 14 parents [8], est resté sans équivalent dans les nouvelles lignées mutantes. En revanche, l’étude comparative de la précocité de chaque parent et de sa descendance révèle 48 nouvelles lignées qui arrivent à épier environ 3 à 8 jours avant leur parent (tableau 2). La comparaison des totaux des mutants précoces dans les tableaux 1 et 2 prouve qu’aux 43 mutants sélectionnés essentiellement pour la précocité s’ajoutent 5 autres dotés, en plus de leur précocité, d’un autre caractère de sélection de base tels qu’un épi long, un changement de la couleur des feuilles, une taille courte ou une surface de la feuille drapeau réduite.

En Tunisie, la précocité est un critère extrêmement important à considérer dans la sélection des génotypes adaptés à la région semi-aride. Ce caractère confère à la plante une vitesse élevée de croissance, de floraison et de fructification pour produire des graines et terminer son cycle avant l’installation de la sécheresse [9]. Certains travaux ont montré qu’un gain d’un jour dans la précocité se traduit par une augmentation de 3 q/ha dans le rendement du blé, de l’orge ou du triticale [10]. Le rôle incontestable de la précocité dans l’évitement de la contrainte hydrique de la fin du cycle, implique que les nouvelles lignées dont la précocité est améliorée sont avantagées par rapport à leurs parents quand le printemps est sec.

La comparaison de la taille moyenne au sein des 14 parents (témoins) montre que la variété Maghrébi 72 est la plus courte, avec 56,83 cm de hauteur. Sa comparaison aux nouvelles lignées mutantes fait apparaître 18 mutants stables et significativement plus courts (tableau 3). Le taux de réduction de la taille a varié de 49,49 %, pour la plus courte des lignées mutantes (121), à 16,66 % pour la plus haute (796).

La relation taille/rendement en grains sous une forte contrainte hydrique demeure l’objet de controverses. En effet, Jain et Kulshrestha [11] ont trouvé que les variétés naines de blé produisent plus de grains que les variétés hautes et sont ainsi dotées d’un indice de récolte plus élevé. Dans ce contexte, Monneveux [12] a signalé que la stratégie d’augmentation des rendements basée sur l’augmentation de la productivité a été développée en réduisant la taille des plantes et en augmentant leur indice de récolte. Et dans d’autres travaux, Ben Abdallah et Ben Salem [13] ont signalé que les variétés relativement résistantes à la sécheresse sont caractérisées par une hauteur moyenne. A contrario, ayant étudié le comportement de 13 variétés de blé dur dans différents milieux pendant 2 campagnes, Meziani et al. [14] ont conclu que pour un milieu caractérisé par un stress hydrique terminal intense, les variétés les plus tolérantes semblent être les variétés locales tardives à taille haute.

Dans la présente étude, la sélection basée sur la taille des plantes a mis à notre disposition une large gamme de variabilité génétique de ce caractère, ce qui a permis par la suite de mesurer son impact sur le rendement en grains, au cours d’une année caractérisée par un déficit hydrique important.

Bien que la feuille drapeau soit d’une extrême importance dans le remplissage des grains, elle peut impliquer, avec une grande surface d’évaporation, plus de perte d’eau, notamment au cours des années marquées par un stress hydrique terminal, qui augmente la sensibilité de la plante à la sécheresse. Pour ces raisons, la surface réduite des feuilles est supposée être l’un des paramètres liés à l’augmentation du rendement en conditions de sécheresse en zone méditerranéenne [15].

La comparaison des valeurs ajustées, relatives à ce paramètre (tableau 4), des nouvelles lignées avec celle du témoin de référence (variété Khiar dont la feuille drapeau est la plus petite : 10,81 cm2) fait apparaître 5 mutants (en italiques dans le tableau 4) caractérisés par une surface de feuille drapeau réduite par rapport à Khiar. La lignée 121, qui présente la hauteur la plus faible possède aussi la feuille drapeau la plus réduite. Trois autres mutants 886, 218 et 79, sélectionnés respectivement pour la couleur des feuilles, le nanisme et la précocité, sont dotés en plus d’une surface de la feuille drapeau plus petite que Khiar.

La comparaison de chaque parent à sa descendance pour ce paramètre révèle 27 lignées mutantes, en plus des 5 mutants (en italiques dans le tableau précédent), qui ont acquis une diminution de 15,46 à 43,55 % dans la surface de la dernière feuille. La surface foliaire réduite confère à la plante une des modalités de réduction des pertes d’eau dont le rôle dans l’évitement de la contrainte hydrique est confirmé par Keim et Kronstad [16] et Fussel et al. [17].

Le tallage herbacé de l’ensemble des nouvelles lignées est comparé à la variété Mahmoudi qui a donné le maximum de talles végétatives par plante (6,6 talles). Six lignées se distinguent en dépassant significativement ce témoin de 34,54 à 67,57 % (tableau 5).

La puissance de tallage est pour certains auteurs [18-20] l’origine d’une consommation d’eau non traduite par une production conséquente en épis et en grains, ce qui diminue alors l’efficience d’utilisation de l’eau par la plante quand elle est confrontée à une contrainte hydrique. La grande consommation d’eau par les cultures ayant une grande surface foliaire pourrait être un handicap dans les zones à pluviométrie limitée, surtout à la fin du cycle de développement. Un bon tallage herbacé combiné avec une grande surface foliaire n’est pas désirable sous de telles conditions. En revanche, un tallage herbacé élevé couplé à une surface foliaire réduite pourrait mieux convenir. Des combinaisons de traits comme un nanisme, une précocité et un tallage fort (mutant 44) ou un épi développé, une surface foliaire réduite et un tallage fort (mutant 818) ou une surface foliaire réduite, un tallage fort et une taille courte (mutant 7), offrent autant de modèles à l’agronome ou à l’améliorateur pour sélectionner l’association la plus efficace sous des conditions différentes de stress hydrique.

L’étude du tallage-épi chez les mutants retenus en M3 révèle que, parmi tous les mutants, un seul dépasse la variété Razzek qui possède, parmi tous les témoins parentaux, le nombre d’épis le plus élevé par plante (tableau 6).

Outre cette supériorité en nombre d’épis par plante, le mutant 7 est plus court que son parent INRAT69, possède une surface foliaire plus réduite et a un tallage herbacé plus élevé. Ces caractéristiques devraient lui conférer une plus grande tolérance à un déficit hydrique et un meilleur rendement en grains.

Le tallage-épi est une composante du rendement très souvent considérée comme un paramètre d’adaptation aux conditions de déficit hydrique [15]. Dans certains travaux [13], le nombre d’épis par plante est corrélé positivement au rendement en grains pendant les années défavorables et il est préconisé comme critère de sélection sous des conditions de sécheresse relativement sévères.

Le mutant 50 issu de l’INRAT 69 se distingue par un épi long et développé. Cette vigueur observée au niveau de l’épi est traduite par un nombre d’épillets par épi largement plus élevé que le témoin Chili qui occupe la première place, parmi tous les témoins, pour ce caractère (tableau 7).

L’augmentation du nombre d’épillets par épi conduit à une amélioration de sa longueur, de sa fertilité et de sa fonction photosynthétique qui, par rapport à la photosynthèse de la plante entière, est comprise entre 13 et 76 % [21, 22]. Selon Jonhson et Moss [23], quand la plante est soumise à une contrainte hydrique, l’épi participerait plus activement à la photosynthèse.

Dans ce travail, le rendement en grains est utilisé, à la fois comme critère de sélection sous conditions climatiques difficiles et comme moyen d’évaluation, par comparaison au témoin parental, de l’impact des autres caractères sur la production. Cette approche de sélection qui intègre les méthodes empirique et analytique a abouti à l’obtention de 4 mutants (en italiques dans le tableau 8) dont le rendement en grains par plante dépasse significativement le meilleur rendement réalisé par la variété INRAT 69. La comparaison du rendement en grains de chaque mutant à son parent met en exergue l’amélioration nette de ce paramètre chez certains mutants par rapport à la variété d’origine.

Le tableau 9 récapitule les caractéristiques des mutants retenus pour une meilleure performance que toutes les variétés parentales et ceux dont le rendement est significativement amélioré par rapport aux parents.

Comme nous l’avons démontré à travers les étapes de cette étude, les mutants obtenus diffèrent de leurs parents par un ou plusieurs caractères. Cependant, si le rôle de ces caractères indépendants, dans la tolérance aux conditions hydriques défavorables, est confirmé par l’approche analytique, leur impact quand ils sont associés reste mal connu. L’ensemble de 13 mutants retenus pour une meilleure performance et de 96 mutants écartés pour un potentiel limité de production en grains, fournira aux physiologistes autant de modèles permettant une analyse précise du rôle des caractères indépendants ou en association dans l’adaptation à la sécheresse.

Tableau II Lignées mutantes plus précoces que le parent d’origine.

Parent

NM

PA (jour)

GP (parent-mutant)

Medea AP6

2

124 et 125

3

INRAT69

1

117

3

Mahmoudi

2

116 et 118

6 et 8

Bedri

1

115

6

Ben Béchir

24

115 et 118

3 à 6

Karim

8

115 à 117

3 à 4

Beskri

3

122 à 125

3 à 5

Om rabia

6

113 à 116

3 à 5

Jneh khotifa

1

125

3



Tableau III Mutants ayant une hauteur plus petite que Maghrébi 72.

Parent

Code du mutant

Hauteur ajustée (cm)

Taux de réduction (%)

Razzek

121

28,70

49,49

232

30,70

45,97

233

35,11

38,21

478

39,70

30,14

Mahmoudi

415

40,11

29,42

Om rabia

684

40,70

28,38

Karim

218

43,11

24,14

Razzek

914

43,19

24,00

Amel 72

8

43,44

23,63

Bedri

876

44,11

22,38

Amel 72

264

44,70

21,34

929

44,70

21,34

Karim

889

45,70

19,58

Amel 72

745

46,03

19,00

577

46,70

17,82

Razzek

796

47,36

16,66

Maghrébi 72

56,83



Tableau IV Lignées dont la surface de la feuille drapeau est réduite par rapport à celle de leur parent d’origine.

Parent

Code du mutant

Surface de la feuille drapeau ajustée (cm2)

Taux de réduction (%)

7

9,43

33,26

INRAT 69

14,13

596

10,66

29,86

577

11,40

25,00

11

11,73

22,82

171

11,92

21,57

597

11,98

21,18

23

12,46

18,02

Amel 72

15,20

751

11,16

36,08

Chili

17,46

605

11,96

36,07

752

13,23

29,28

Mahmoudi

18,71

877

11,85

37,43

876

12,54

33,79

875

14,72

22,28

46

15,65

17,37

289

16,01

15,46

Bedri

18,94

886

5,46

63,33

527

9,68

34,98

202

11,96

19,67

449

12,10

18,73

Ben Béchir

14,89

218

5,80

49,65

79

7,93

31,16

Karim

11,52

223

13,00

20,44

Beskri

16,34

121

3,55

72,77

232

8,80

32,51

233

8,81

32,43

478

9,10

30,21

Razzek

13,04

560

8,84

43,55

383

12,53

19,98

237

12,67

19,09

921

12,74

18,64

Om rabia

15,66

697

7,06

51,44

818

11,28

22,42

Jneh khotifa

14,54

Khiar

10,81



Tableau V Lignées dont le nombre de talles herbacées par plante dépasse Mahmoudi.

Parent

Code du mutant

Nombre de talles ajusté

Taux d’amélioration (%)

Medea AP6

44

11,06

67,57

Jneh khotifa

818

10,06

52,42

INRAT 69

7

9,56

44,84

Ben Béchir

782

9,48

43,63

Amel 72

745

9,06

37,27

Beskri

899

8,88

34,54

Mahmoudi

6,60



Tableau VI Mutants dont le nombre d’épis par plante dépasse celui de Razzek.

Parent

Code du mutant

Nombre d’épis ajusté

Taux d’amélioration (%)

INRAT 69

7

6,91

34,69

Razzek

5,13



Tableau VII Mutants ayant un nombre d’épillets par épi plus élevé que Chili.

Parent

Code du mutant

E/E.A

Taux d’amélioration (%)

INRAT 69

50

24,75

9,22

Chili

22,66



Tableau VIII Mutants retenus pour un rendement en grains amélioré par rapport au parent.

Parent

Code du mutant

Rendement ajusté (g/plante)

Taux d’amélioration (%)

50

7,28

41,35

INRAT 69

5,15

178

7,26

83,79

264

5,69

44,05

Amel 72

3,95

439

6,1

86,54

605

5,78

76,75

Mahmoudi

3,27

54

8,5

123,09

782

6,92

81,62

Ben Béchir

3,81

537

6,24

138,16

77

5,07

93,51

209

5,07

93,51

Karim

2,62

780

4,07

159,23

Beskri

1,57

479

6,54

316,56

796

5

218,47

Razzek

1,57



Tableau IX Caractères des mutants retenus pour une meilleure performance en une année sèche.

Parent

Code du mutant

Mutation

Autres caractères

INRAT69

50*

Épi long et développé

Nombre d’épillets/épi élevé avec épi et barbe noirs

Amel 72

178*

Épi long

264

Épi court

Plante courte

Mahmoudi

605

Précoce

Nombre d’épillets/épi élevé et surface foliaire plus réduite que son parent

439

Précoce

Ben Béchir

54*

Précoce

782*

Épi long

Tallage herbacé, nombre d’épis et nombre d’épillets par épi élevé. Plus court et plus précoce que son parent

537

Plante courte

77

Précoce

Karim

209

Feuilles d’un vert clair

Beskri

780

Précoce

Plante courte

Razzek

479

Plante courte

796

Plante courte

*mutants les plus performants au plan rendement en grains.

Étude des corrélations du rendement avec les différents paramètres mesurés

La procédure de régression pas à pas arrêtée à 80 % de détermination (tableau 10) montre que le rendement en grains, sous les conditions du semi-aride, est corrélé significativement au nombre d’épis par plante (X5), au nombre d’épillets par épi (X4) et au nombre de talles herbacées par plante (X6).

Le modèle mathématique qui relie le rendement aux différents paramètres est :

Dans ce modèle, le rendement le plus élevé est associé à un nombre élevé d’épillets par épi et d’épis par plante mais aussi à un tallage herbacé limité. Les coefficients de corrélation indiqués dans le tableau 11 confirment ce résultat.

Si ces caractères d’adaptation à la sécheresse expliquent partiellement la performance des mutants 50, 605 et 782, il n’en est pas de même pour les 10 mutants restants (tableau 9). En effet, chez ces derniers, l’origine de leur supériorité dans le rendement reste inconnue et des études plus fines, touchant d’autres paramètres morphologiques et physiologiques, doivent être envisagées pour expliquer leur mécanisme d’adaptation. Il est important de souligner ici l’absence de la précocité dans ce modèle, que nous attribuons essentiellement au type de sécheresse (précoce et de longue durée) inévitable par la précocité.

Tableau X Résumé de la procédure de régression pas à pas.

Variable

Coefficient de détermination (R2)

X5

0,4916**

X4

0,6463**

X6

0,7946*

*= significatif au seuil 5 %.

**= significatif au seuil 1 %.



Tableau XI Coefficients de corrélation (r) entre les paramètres mesurés et le rendement en grains.

Variable

X1

X2

X3

X4

X5

X6

r

- 0,26

0,43

0,41

0,67*

0,70*

0,22

* = significatif au seuil 1 %.

Conclusion

L’étude du comportement des variants de blé dur, au cours de la génération M3, nous à permis d’obtenir 109 mutants portant chacun au moins un caractère d’adaptation à la sécheresse. L’application de la sélection directe pour le rendement en grains comme paramètre de sélection qui intègre tous les caractères interconnectés a donné lieu à l’identification de 13 mutants, dont 4 sont plus performants que toutes les variétés de blé dur cultivées de nos jours en Tunisie, tandis que les autres ont dépassé significativement leurs variétés parentales.

Les caractères morphologiques, phénologiques et de production, considérés dans cette étude ne permettent pas d’expliquer le mécanisme par lequel la majorité de ces mutants ont pu, en conditions de sécheresse sévère, donner un rendement en grains élevé. Des études complémentaires du système racinaire, de l’osmorégulation et de la stabilité de la membrane cellulaire sous sécheresse provoquée sont envisagées pour dévoiler le mécanisme d’adaptation chez ces nouvelles lignées.

L’élimination de 96 mutants portant des caractères stables de tolérance à la sécheresse et qui ne sont pas retenus en raison d’un rendement en grains limité sous des conditions spécifiques, n’exclut pas l’éventualité d’une meilleure performance sous d’autres conditions. Ces mutants peuvent constituer à la fois une pépinière d’adaptation à la sécheresse et une banque de gènes pour les améliorateurs.

Références

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20 Ben Salem M. Étude comparative de l’adaptation à la sécheresse du blé, de l’orge et du triticale. In : Monneveux P, Ben Salem M, eds. Tolérance à la sécheresse des céréales en zones méditerranéennes. Diversité génétique et amélioration variétale. Montpellier : Inra, 1992.

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22 Evans LT, Rawson HM. Photosynthesis and respiration by the flag leaf and components of the ear during grain development in wheat. Aust J Biol Sci 1970 ; 23 : 245-54.

23 Johnson RR, Moss DN. Effect of water stress on 14CO2. Fixation and translocation in wheat during grain Filling. Crop Sci 1976 ; 14 : 728-31.


 

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