ARTICLE
ocl.2012.0433
Auteur(s) : Antoine Daudin, Sylvie Maury, Christophe
Vallée christophe.vallee@ifpen.fr
IFP Energies nouvelles,
Rond-point de l’échangeur de Solaize,
BP 3,
69 360 Solaize,
France
Les biocarburants, ou carburants produits à partir d’une
ressource renouvelable d’origine végétale, ont connu un regain
d’intérêt à partir des chocs pétroliers de 1973 et 1979. Ils sont
considérés comme une bonne solution pour réduire la dépendance aux
ressources fossiles, tant pour des raisons géostratégiques
qu’environnementales.
Le développement de cette filière a été favorisé par des
politiques incitatives dans plusieurs régions du monde. Ainsi, en
Europe, la directive 2003/30/CE sur la promotion des biocarburants
a été validée en 2003 par le Conseil et le Parlement européens.
Cette directive fixe des objectifs croissants de consommation en
biocarburants dans les transports. Ces consommations devaient
représenter au minimum 2 % des consommations globales
d’essence et de gazole utilisées dans les transports en 2005 et
5,75 % en 2010.
La Commission européenne a ensuite présenté en 2008 une
proposition intégrée dans le domaine de l’énergie et du changement
climatique, reprise sous le terme « Paquet
Énergie-Climat ». Cette proposition s’est traduite par la
Directive européenne 2009/28/CE du 23 avril 2009 relative à la
promotion de l’utilisation de l’énergie produite à partir de
sources renouvelables qui vise à atteindre, d’ici 2020, une part de
20 % d’énergie renouvelable dans la consommation finale
d’énergie de l’UE et une part de 10 % de ce type d’énergie
dans la consommation de chaque État membre dans le secteur des
transports. Cette directive inclut des objectifs de réduction des
émissions de gaz à effet de serre résultant de l’utilisation des
biocarburants. D’autres critères de « durabilité » sont
également mis en place dans la législation européenne, de façon à
favoriser le choix de ressources n’entrant pas en concurrence avec
la filière alimentaire, et à éviter des effets indésirables tels
que la déforestation ou l’atteinte à des sols écologiquement
sensibles.
Une première génération de biocarburants est actuellement
disponible à la pompe, mélangée à l’essence et au gazole à des taux
variables. Elle regroupe deux grandes familles :
- –. l’éthanol, alcool produit par fermentation du sucre
ou de l’amidon contenus dans la biomasse végétale, utilisé pour les
moteurs à essence ;
- –. le biodiesel, destiné aux moteurs diesel et fabriqué
à partir de plantes contenant de l’huile (colza, tournesol, soja,
palme).
Du fait de la diésélisation croissante du parc automobile
européen, le biodiesel reste encore de loin le biocarburant le plus
produit et commercialisé en Europe. En 2009, le biodiesel
représentait environ 75 % des biocarburants produits en
Europe. La production européenne a augmenté de façon sensible au
cours des dix dernières années pour atteindre une production de
plus de 10 200 Ml en 2009, soit une augmentation moyenne
de + 35 % par an entre 1992 et 2008 selon les chiffres du
European Biodiesel Board.
Le biodiesel est obtenu par transestérification des huiles
végétales avec un alcool léger. Le présent article a pour objectif
de présenter la contribution de IFP Energies nouvelles au
développement de ce secteur, au travers de deux procédés de
production d’esters méthyliques d’huile végétale (EMHV) par
catalyse homogène et hétérogène. Les développements plus récents
sur l’hydrotraitement des huiles végétales seront également
détaillés. Les carburants issus de cette dernière technologie ont
l’avantage d’être des hydrocarbures (drop-in fuels)
permettant des taux d’incorporation importants et ont d’excellentes
qualités pour les motorisations diesel : indice de cétane
élevé, absence de soufre et d’hydrocarbures aromatiques, propriétés
à froid ajustables. Il est également possible par cette voie
d’obtenir des bases kérosènes pour le transport aérien.
Les procédés de production des EMHV
La réaction de transestérification
Les EMHV sont obtenus par une réaction de transestérification
des triglycérides des huiles avec le méthanol selon la figure 1. La
réaction successive de trois molécules de méthanol avec chacune des
fonctions esters du triglycéride produit une molécule de glycérol
et trois molécules d’esters. Ces réactions sont équilibrées et
s’effectuent en présence d’un catalyseur.
Un excès de méthanol est nécessaire pour obtenir une conversion
élevée. La qualité des EMHV pour un usage carburant est définie par
la norme EN14214, qui définie notamment une teneur minimale en
esters de 96,5 % poids et des teneurs maximales en mono-, di-
et triglycérides (respectivement 0,8 %, 0,2 % et
0,2 % poids).
Les procédés de catalyse homogène
À l’heure actuelle, la catalyse homogène est la technique la
plus généralement utilisée dans les procédés de production de
biodiesel. Les catalyseurs les plus courants sont la soude en
solution méthanolique ou le méthylate de sodium. La quantité de
catalyseur peut être ajustée pour assurer le niveau de conversion
nécessaire, et ainsi garantir la qualité finale de l’ester. La
concentration optimale du catalyseur varie dans la gamme 0,5 à
1,0 % poids, basé sur la quantité d’huile végétale.
L’élimination du catalyseur homogène présent dans l’effluent du
réacteur nécessite des traitements supplémentaires qui sont
illustrées dans la figure 2.
Les conditions de réaction par catalyse homogène, typiquement
une température comprise entre 45 ̊C et 85 ̊C, permettent
la décantation de la glycérine formée au cours de la réaction.
Cette séparation de phase favorise le déplacement de l’équilibre de
la réaction et donc la formation des esters.
Après séparation de la glycérine, l’ester produit est purifié
par une étape de lavage afin d’éliminer les dernières traces de
catalyseur (la norme EN 14214 impose une teneur maximale en Na+K de
5 ppm dans l’ester final). Dans certains cas, un dernier
lavage avec une eau acide est mis en œuvre pour parfaire la qualité
des EMHV en termes de métaux alcalins et de glycérol libre. Tous
les effluents des étapes de décantation et de lavage sont dirigés
vers la section purification de la glycérine. Le méthanol et l’eau
résiduels présents dans l’ester sont évaporés et le méthanol est
recyclé vers le réacteur.
En fin de réaction, la majeure partie du catalyseur est
récupérée dans la phase glycérine sous la forme de méthylate de
sodium, de glycérate de sodium ou encore de savons de sodium. Ces
savons sont formés par une réaction secondaire de saponification
lorsque la soude en solution méthanolique est utilisée comme
catalyseur. Ils peuvent également être produits avec le méthylate
de sodium si des traces d’eau ou d’acide gras libres sont présentes
dans la charge. Une étape de neutralisation avec un acide
inorganique, par exemple avec l’acide chlorhydrique, permet de
convertir les savons en acides gras libres, qui peuvent être
séparés de la glycérine par décantation. Cette perte d’esters par
conversion en acide gras libres peut atteindre 1 % de la
production d’EMHV. En fonction de la nature du catalyseur et de la
qualité de la charge, le rendement en EMHV varie entre 98,5 et
99,5 % pds.
En sortie de procédé, la glycérine est alors obtenue sous la
forme d’une solution aqueuse contenant un sel de sodium. La pureté
de la glycérine est de l’ordre de 65 à 80 % selon l’acide
utilisé à la neutralisation, les impuretés principales étant l’eau
et le sel de sodium.
Les procédés industriels peuvent fonctionner en mode discontinu
ou continu. Dans le procédé discontinu EsterfipTM
licencié par Axens, la réaction de transestérification est réalisée
dans un seul réacteur agité. La mise en œuvre de la réaction en
mode discontinu permet de limiter les investissements nécessaires
et de garantir un contrôle permanent de la conversion de l’huile en
EMHV. Alors que la réaction de transestérification est opérée en
discontinu, toutes les opérations aval de purification sont
effectuées en continu. Six unités de ce type ont été construites
depuis 1992 pour une capacité installée totale de 1,2 Mt/an.
Des procédés de transestérification fonctionnant en mode continu
sont proposés par Ballestra, Connemann CD ou Lurgi PSI entre
autres. Ces procédés continus nécessitent deux ou trois réacteurs
opérés en série, avec élimination d’une phase glycérine par
décantation ou centrifugation entre chaque étape de catalyse.
De manière générale, les procédés de transestérification par
catalyse homogène sont rendus intéressants par la forte activité du
catalyseur, la faible consommation énergétique et la gamme de
capacité possible, qui peut s’étendre de 10 à 250 kt/an. Ces
procédés sont toutefois pénalisés par l’utilisation de bases et
d’acides forts et la production d’un glycérol de pureté médiocre,
car contenant les sels résultants de la neutralisation du
catalyseur basique par un acide.
Les procédés de catalyse hétérogène
Des inconvénients du procédé homogène listés ci-dessus :
utilisation de bases et d’acides forts, glycérine de qualité
appauvrie par la présence de sels, consommation du catalyseur et
nécessité de traiter des effluents chargés en sels de
neutralisation en sortie d’unité, découlent directement les
avantages du procédé hétérogène. En effet, l’utilisation d’un
catalyseur solide permet d’éviter ces inconvénients et de ce fait
présente de nombreux avantages en matière de respect de
l’environnement.
Le procédé Esterfip-HTM, commercialisé par Axens, a
été développé par IFPEN et Axens (Bournay et al., 2005). Ce
procédé utilise un catalyseur hétérogène sous forme d’extrudés. Ce
catalyseur est un oxyde mixte composé d’oxyde de zinc et d’alumine
(Stern et al., 1999) utilisé en fonctionnement lit
traversé.
Le schéma simplifié du procédé Esterfip-HTM est
présenté sur la figure 3.
Pour atteindre les spécifications du biodiesel en matière de
glycérides résiduels, il est nécessaire de maximiser la conversion
et pour cela de déplacer l’équilibre qu’est la réaction de
transestérification vers la formation des produits. Ceci est
réalisé, d’une part, en utilisant un excès de méthanol (comme dans
le cas du procédé homogène, mais en plus fort excès) et, d’autre
part, en effectuant une élimination de la glycérine produite au
cours de la réaction. Pour cela, le procédé comprend deux réacteurs
cylindriques de taille identique en série. Ces réacteurs
contiennent le catalyseur sous forme de lit fixe dans lequel les
réactifs sont injectés par courant ascendant. Le schéma d’un
réacteur est représenté sur la figure 4.
Les débits de méthanol et d’huile sont ajustés afin d’atteindre
un ratio massique méthanol/huile compris entre 0,6 et 1. Ce ratio
est plus élevé que pour le procédé homogène, mais le méthanol en
excès est recyclé en continu dans le procédé. Les températures de
fonctionnement sont comprises entre 170 et 210 ̊C. Afin de
maintenir le méthanol en phase liquide et de favoriser la réaction,
la pression de service approche les 50 bars. En sortie de
1er réacteur, la teneur en méthanol est abaissée
via une évaporation partielle de l’effluent, ce qui permet à la
glycérine de décanter statiquement et d’être éliminée de l’effluent
à injecter dans le second réacteur qui va jouer le rôle de
finisseur. L’élimination de la glycérine permet de déplacer
l’équilibre de transestérification vers la formation d’esters.
L’effluent débarrassé de la majorité de la glycérine est ensuite
injecté avec un appoint de méthanol frais dans le
2nd réacteur dans lequel les conditions opératoires
sont similaires à celle du 1er réacteur. En sortie de
2nd réacteur le méthanol en excès est évaporé
complètement, la glycérine est décantée, l’ester subit ensuite une
phase de purification finale sur résines pour éliminer le glycérol
soluble potentiellement présent. L’ester obtenu est directement aux
spécifications requises aussi bien en termes de concentration en
glycérides résiduels, que de glycérol ou de méthanol. La glycérine
obtenue quant à elle présente une pureté supérieure à 98 %,
elle contient en général moins de 0,5 % d’eau contre
13,5 % à 30 % dans la glycérine obtenue par le procédé
homogène. Elle est également exempte de sels.
L’unité de Sète est la 1re industrielle du procédé
Esterfip-HTM, une photographie de l’unité est présentée
figure
5.
Cette unité permet de produire 200 kt/an de biodiesel aux
spécifications. La conception du catalyseur (géométrie, composition
chimique, stabilité) lui permet de travailler dans des conditions
de débit important avec une durée de vie importante ce qui réduit
le coût du catalyseur par rapport au procédé homogène. La plus
faible activité du catalyseur comparativement au procédé homogène
est compensée par des conditions opératoires plus sévères en termes
de température, de pression et d’excès de méthanol. Cependant, la
suppression des rejets est un atout fort et la plus grande qualité
de la glycérine obtenue permet de mieux la valoriser.
Du fait de la grande sélectivité du catalyseur, les rendements
massiques en ester sont élevés, en effet, 100 kg d’huile
permettent de produire 100,4 kg d’esters et 10,4 kg de
glycérol.
Qualité des charges
Les unités Esterfip-HTM traitent essentiellement des
huiles démucilaginées, neutralisées et séchées. Suite à la
trituration des graines, à l’extraction physique puis au solvant de
l’huile, celle-ci contient autour de 100 ppm de phosphore
majoritairement sous la forme de phospholipides. Or, la
spécification du biodiesel impose une teneur en phosphore
inférieure à 4 ppm. Le choix a été fait de prétraiter l’huile en
amont du procédé pour éliminer ces espèces. Les phospholipides
solubles dans l’eau sont extraits simplement, les phospholipides
réfractaires quant à eux doivent être transformés pour être
solubilisés dans l’eau, ceci grâce à une attaque acide, l’huile est
ensuite neutralisée pour éliminer les acides gras formés par
hydrolyse acide d’une partie des triglycérides puis séchée pour
éliminer les traces d’eau résiduelles.
Les huiles faiblement acides peuvent être traitées par le
procédé Esterfip-HTM, dans la mesure où le catalyseur
peut aussi estérifier les acides gras libres. Ceci n’est pas le cas
du procédé homogène dans lequel les acides gras libres entraînent
la formation de savons de sodium par réaction avec le catalyseur,
générant du moussage, une consommation du catalyseur et une perte
en rendement.
Les débouchés de la glycérine
Comme déjà mentionné, un des avantages du procédé hétérogène est
qu’il permet d’obtenir une glycérine de haute pureté. Pour
10 t d’huile, 1 t de glycérine est coproduite avec l’ester. La
force de ce procédé dépend donc aussi des débouchés de ce
coproduit. La glycérine est un produit ancien qui a de multiples
applications dans des domaines tels que la pharmacie, les
cosmétiques ou l’alimentation. Cependant, dans la mesure où la
production de biodiesel va croissant, il est nécessaire d’envisager
de nouveaux marchés :
- –. production de propylène glycol ou d’éthylène glycol
(annonce par ADM, Cargill, Ashland) ;
- –. production d’épichlorhydrine (annonces par Solvay et
Diester, Dow) ;
- –. production de 1,3 propanediol pour utilisation finale
comme plastifiant (annonce par MetEx) ;
- –. production de polyglycérol, d’acroléine.
Voies alternatives : esters éthyliques d’huiles
végétales
Une des améliorations possibles du procédé serait l’utilisation
de l’éthanol comme alcool de transestérification. En effet, les
esters éthyliques d’huile végétale obtenus seraient alors
100 % biosourcés. Cependant, des limitations techniques
existent. D’une part la cinétique de la réaction est beaucoup plus
lente, ce qui nécessiterait l’utilisation de températures plus
élevées et des temps de contact plus importants. Ceci est dû au
mécanisme de la réaction lui-même, puisque l’utilisation d’un
catalyseur basique implique un mécanisme dans lequel l’étape clé
est la déprotonation de l’alcool par la base, or plus l’alcool est
long, moins il se déprotone aisément (l’acidité de l’alcool diminue
avec le nombre de carbones).
D’autre part, l’éthanol est un meilleur solvant de l’huile et
des esters éthyliques que le méthanol. Ainsi, dans le cas de la
catalyse homogène, le pouvoir solvant de l’éthanol limite la
séparation du glycérol produit et l’équilibre de la réaction est
moins déplacé qu’avec le méthanol. Ce problème est moindre dans le
cas du procédé hétérogène bien que le pouvoir solvant de l’éthanol
rende plus difficile l’extraction du glycérol du milieu.
Autres procédés
Avec le procédé Esterfip-HTM, Axens et IFPEN ont été
pionniers dans le développement d’un procédé de transestérification
par catalyse hétérogène. Deux procédés catalytiques hétérogènes
concurrents existent à ce jour, même s’il est difficile de savoir
si les annonces de construction d’unités pilotes ou industrielles
ont abouti. Le premier procédé utilise un catalyseur développé par
le Dr Victor Lin à Iowa University, USA, et est proposé par
Albemarle depuis le rachat de la société Catilin en 2011. Le
second, le procédé ENSELTM, utilise le catalyseur
développé par Pr Paul Ratnasamy à l’université de Pune en Inde
(création de la société Benefuel, production du catalyseur par
Süd-Chemie Inde). Benefuel revendique une activité de ce catalyseur
à la fois en estérification et en transestérification.
Hydrotraitement des huiles végétales en bases gazole et
kérosène renouvelables
Généralités sur le procédé
Les matières grasses renouvelables sont des ressources de choix
pour alimenter les pools carburants gazole et kérosène, puisque la
structure chimique des chaînes grasses qui les composent est
similaire à celle des hydrocarbures des coupes gazoles. Bien que la
transformation des huiles par transestérification par catalyse
basique soit la plus répandue, les esters méthyliques ou éthyliques
ainsi produits conservent néanmoins de l’oxygène et leurs
propriétés carburant, notamment leur indice de cétane et leur tenue
au froid, restent fortement dépendantes des charges utilisées pour
leur production. Ils peuvent également poser des problèmes en
termes de stabilité à l’oxydation. Leur utilisation à grande
échelle dans des véhicules non adaptés fait donc l’objet de
limitations règlementaires de la teneur d’incorporation qui peuvent
aller jusqu’à l’interdiction en hiver dans les régions arctiques.
Ainsi, en aucun cas ces esters ne peuvent être incorporés dans le
pool kérosène.
Pour contourner ces limitations, une autre voie consiste à
hydrogéner (ou hydrotraiter) totalement les matières grasses
d’origine renouvelable telles que les huiles végétales, algales ou
les graisses animales en présence de catalyseurs hétérogènes.
L’objectif est de produire des bases gazoles mais également
kérosènes complètement exemptes d’oxygène, aux propriétés
carburants contrôlées, et donc totalement compatibles et miscibles
avec les carburants d’origine fossile.
Le procédé d’hydrotraitement des huiles végétales permet de
produire des bases carburants paraffiniques (linéaires et/ou
branchés). Il consiste en la transformation directe des huiles en
présence d’hydrogène pour produire des paraffines de poids
moléculaires compatibles avec les distillats moyens pétroliers en
présence d’un catalyseur hétérogène (sulfures de métaux de
transition supporté sur une alumine). Pour la production de base
gazole, une étape catalytique supplémentaire d’hydro-isomérisation
est optionnelle mais devient indispensable pour la production de
kérosènes pour lesquels la tenue à froid est particulièrement
critique. Cette voie de valorisation des huiles végétales permet de
s’affranchir totalement des problèmes liés à la valorisation de la
glycérine de la filière EMHV, le coproduit étant alors le propane.
Par ailleurs, un autre aspect concerne l’importance des besoins en
hydrogène. Ainsi les unités industrielles seront très certainement
localisées sur des sites disposant d’hydrogène en très grandes
quantités. Ce peut être le cas des raffineries de matières fossiles
dont le choix serait justifié par les possibilités qu’elles offrent
de valoriser le propane. Ce choix serait d’autant plus justifié que
les unités d’hydrotraitement déjà existantes sur site pourraient
être utilisées également pour traiter une charge pétrolière
mélangée à 5 à 20 % d’huile végétale.
Catalyseurs et réactions
La transformation de molécules contenant des chaînes grasses
(glycérides, acides gras) par hydrotraitement consiste en un
traitement sous pression d’hydrogène en présence d’un catalyseur
adapté, qui aboutit à la désoxygénation totale de la matière grasse
de départ. Généralement, les catalyseurs utilisés pour ce type de
réaction sont comme de nombreux catalyseurs d’hydroraffinage à base
de sulfures de métaux de transition (élément du groupe VIB promu
par un élément du groupe VIIIB généralement). Ces catalyseurs sont
connus pour être actifs pour les réactions de désoxygénation
(Weisser et Landa, 1973 ; Furimsky, 2000). Les conditions
opératoires sont typiquement proches de celles pratiquées en
hydrotraitement de charges pétrolières de type gazole (T =
300-350 ̊C ; Ptotale = 3-7 MPa).
Le mécanisme de transformation des huiles végétales en présence
de catalyseurs à base de sulfures de métaux de transition est
relativement complexe et n’est pas totalement élucidé à ce jour.
Néanmoins, d’après les travaux de la littérature, deux mécanismes
réactionnels de désoxygénation principaux on pu être mis en
évidence (Huber et al., 2007 ; Daudin et Chapus,
2009 ; Kubicka, 2008) :
- –. l’hydrodésoxygénation (HDO), qui conduit à la
formation de paraffines linéaire en préservant le nombre de
carbones des chaînes grasses initiales et s’accompagne de la
formation d’eau et de propane ;
- –. la décarboxylation et la décarbonylation
(DCOx), qui conduit à la formation de paraffines
comportant un atome de carbone de moins que la chaîne grasse
initiale et s’accompagne de la formation d’oxydes de carbone (CO et
CO2) et de propane.
Ces principales réactions de désoxygénation sont schématiquement
représentées figure
6 dans le cas d’un triglycéride d’acides gras en C18.
Dans les conditions de réaction de température et pression du
procédé, les réactions de water gas shift (équation 1) et de
méthanation sont thermodynamiquement favorables (équations 2 et 3)
(figure
7). Par ailleurs, il est reporté dans la littérature
que les catalyseurs supportés à base de sulfure de molybdène sur
alumine sont actifs pour ce type de réaction (Lund, 1996 ;
Miciukiewicz et al., 1998 ; Pinheiro et al.,
2011).
Ainsi, il est difficile de différencier expérimentalement la
voie de désoxygénation par décarbonylation et décarboxylation
puisque la proportion d’oxydes de carbone (CO et CO2) est liée à la
cinétique et/ou à l’équilibre thermodynamique des réactions de
water gas shift et de méthanation (Pinheiro et al.,
2009).
Cette variation possible de sélectivité est un point important
au regard d’un développement industriel car il s’avère ainsi
possible d’ajuster la formulation du catalyseur (ajustement de la
teneur en promoteur par exemple) au regard de contraintes
industrielles tel que le rendement en distillat moyen, la
consommation d’hydrogène, la gestion des oxydes de carbone. En
effet, afin de maximiser le rendement en distillat moyen, il
s’avère préférable d’orienter la sélectivité vers la voie HDO, en
revanche afin de se prémunir d’une consommation d’hydrogène très
importante la voie DCO serait à privilégier (sans tenir compte de
la réaction de méthanation).
Caractéristiques des produits et spécifications carburants
Les paraffines linéaires obtenues par l’hydrotraitement de
matières grasses comme décrit ci-dessus sont des molécules à fort
indice de cétane mais à haut point de fusion (tableau 1). Elles ne peuvent donc être
utilisées comme base carburant (gazole) qu’en mélange à faible
teneur. À titre d’illustration, selon la norme EN590, la
spécification requise en température limite de filtrabilité (TLF)
est en Europe de 0 ̊C en été et – 15 ̊C en
hiver.
Tableau 1 Points de fusion et cétanes CFR de paraffines
linéaires (adaptés de NIST Database, 2012 ; Murphy et
al., 2004).
| Paraffines linéaires |
Point de fusion (̊C) |
Cétane CFR |
| dodécane |
– 10 |
80 |
| tétradécane |
5,8 |
95 |
| hexadécane |
16 |
100 |
| octadécane |
28 |
106 |
Cette contrainte peut être levée en transformant ces paraffines
linéaires en molécules de composition identique (isomères) mais
dont la chaîne carbonée est ramifiée via une réaction
d’isomérisation.
L’isomérisation de paraffines est une réaction bien connue,
couramment utilisée en raffinage et en pétrochimie. Le plus souvent
conduite sous pression et en présence d’hydrogène (on parle alors
d’hydro-isomérisation), elle est favorisée par plusieurs familles
de catalyseurs bifonctionnels. La capacité d’une paraffine à rester
liquide à basse température est d’autant plus élevée qu’elle est
ramifiée (on parle également de « taux de branchement »).
En revanche, la ramification d’une paraffine nuit à son indice de
cétane. Pour la plupart des catalyseurs d’isomérisation, la
recherche d’un taux de branchement élevé s’accompagne d’un risque
de rupture de la chaîne carbonée ou « hydrocraquage ». Le
choix du catalyseur et les conditions opératoires de
l’hydro-isomérisation doivent donc être optimisées, de façon à
conduire au meilleur compromis entre le rendement et les propriétés
visées.
Dans le cas du gazole, il convient naturellement d’améliorer les
propriétés à froid tout en conservant le meilleur cétane. En
l’absence de la contrainte de cétane, les points de congélation
extrêmement bas de certaines isoparaffines très ramifiées
permettent d’envisager leur utilisation comme bases pour la
formulation des carburants utilisés dans l’aviation. On notera
également que, pour cette application, l’hydrocraquage associé aux
forts taux d’isomérisation peut en fait s’avérer un avantage, les
carburéacteurs étant composés de molécules plus légères que celles
composant le gazole moteur.
Ainsi, le challenge de l’hydrocraquage est de convertir le
diesel paraffinique en carburant jet paraffinique. Cette coupe
étant intermédiaire en termes de point d’ébullition vis-à-vis des
coupes essence et diesel, il existe un optimum en termes de
rendement en carburéacteur. Cet optimum peut être obtenu en
sélectionnant le catalyseur bifonctionnel approprié tout en
ajustant les conditions opératoires. Le tableau
2 et le tableau 3 présentent les
principales propriétés des mélanges de paraffines linéaires et
ramifiées obtenues par hydrotraitement/hydro-isomérisation de
matières grasses renouvelables et les comparent à celles de
produits pétroliers correspondants. La mise à jour de la norme ASTM
D7566-11 définit les spécifications pour l’utilisation de base
kérosène issue de l’hydrotraitement des huiles végétales
(HEFA).
Tableau 2 Comparatif des propriétés carburants entre un
diesel pétrolier et les produits obtenus par la filière huile
végétale (transestérification et hydrotraitement) (adapté de
Holmgren, 2007 ; Rantanen et al., 2005).
|
| Diesel pétrolier (NF EN590) |
Biodiesel (EMHV) |
Diesel paraffinique ex-HEFA* |
| teneur en O (%pds) |
0 |
11 |
0 |
| teneur en S (ppm pds) |
< 10 |
< 10 |
< 10 |
| densité (à 15̊C, kg/m3) |
820-845 |
883 |
780 |
| PCI (MJ/kg) |
44 |
38 |
44 |
| Indice de cétane |
51 |
50-65 |
70-90 |
| Teneur en aromatique (%pds) |
< 11 |
0 |
0 |
| TLF (̊C, été / hiver) |
0/– 15 |
– 5 à +15 |
– 5 à – 30** |
* HEFA = hydroprocessed esters and fatty acids.
** Propriétés à froid après une étape d’hydro-isomérisation
consécutive à l’hydrotraitement.
Tableau 3 Spécification pour le carburant pétrolier JetA1
et caractéristiques de kérosènes paraffiniques Bio-SPK. Adapté de
ASTM, 2012 ; Kinder et Rahmes, 2009.
| Propriétés |
| ASTM |
JetA1 |
Jatropha |
Cameline |
Jatropha/Algue |
Cameline/Jatropha/Algue |
| Aromatic |
volume % |
D1319 |
25 max |
0 |
0,3 |
0 |
|
| Sulfur |
total ppm wt |
D3227 |
3 000 max |
< 1 |
< 1 |
< 1 |
1 |
| Distillation |
| D86 |
|
|
|
| |
| 10 % recovered |
̊C |
| 205 max |
168 |
162 |
164 |
163 |
| point final |
̊C |
| 300 max |
255 |
251 |
256 |
237,7 |
| résidu de distillation |
% |
| 1,5 max |
1,3 |
1,3 |
1,2 |
1,2 |
| perte de distillation |
% |
| 1,5 max |
0,1 |
0,2 |
0,3 |
0,3 |
| Flash point |
̊C |
D56 |
38 min |
46,5 |
42 |
41 |
42 |
| densité à 15 ̊C |
kg/L |
D1298 |
0,775-0,840 |
0,749 |
0,753 |
0,748 |
0,752 |
| Freezing point |
̊C |
D5972 |
– 47 max |
– 57 |
– 63,5 |
– 54,5 |
– 63,5 |
| Viscosité à – 20 ̊C |
mm2/s |
D445 |
8 max |
3,663 |
3,336 |
3,510 |
3,353 |
| net heat combustion |
MJ/kg |
D4529 |
42,8 min |
44,3 |
44,0 |
44,2 |
44,2 |
| JFTOT |
̊C |
D3241 |
260 min |
340 |
340 |
340 |
300 |
Problématiques spécifiques à l’hydrotraitement des huiles
Les catalyseurs de type sulfures employés en hydrotraitement
classique de gazoles, se montrent actifs pour réaliser
l’hydrodésoxygénation complète de matières grasses. Les
consommations d’hydrogène dépendent de la nature du catalyseur
employé, mais aussi de la nature de la charge de départ, en
particulier du nombre moyen d’insaturations par chaîne et de la
longueur des chaînes grasses hydrocarbonées. Le tableau 4 indique les ordres de grandeur des
consommations d’hydrogène obtenues selon les deux voies
hydrogénation et décarboxylation pour des huiles de natures
différentes, ainsi que les rendements massiques théoriques
correspondants.
Tableau 4 Rendements massiques et consommations
d’hydrogène théoriques selon les deux voies de transformation
(hydrogénolyse/décarboxylation), en fonction de la nature de
l’huile de départ.
| Nature huile |
Colza |
| Palme |
| Soja |
|
|
| HDO |
DCOx |
HDO |
DCOx |
HDO |
DCOx |
Consommation en H2
(% pds/charge) |
3,6 |
1,5 |
3,2 |
1,2 |
3,8 |
1,7 |
Rendement en paraffines
(% pds/ charge) |
86,3 |
81,5 |
85,3 |
80,4 |
86,4 |
81,6 |
Rdt propane
(% pds/charge) |
5,0 |
5,0 |
5,2 |
5,2 |
5,0 |
5,0 |
Rdt H2O
(%pds/charge |
12,3 |
- |
12,7 |
- |
12,4 |
- |
Rdt CO2
(%pds/charge) |
- |
15,0 |
- |
15,6 |
- |
15,1 |
On notera toutefois la faible densité des paraffines obtenues
qui permet d’obtenir des rendements volumiques (par rapport à la
charge) moins pénalisants. Ainsi dans le cas du colza le rendement
volumique théorique est respectivement de 101,9 % et
96,3 % pour les voies hydrogénolyse et décarboxylation.
Les bioparaffines possèdent l’avantage d’être chimiquement de
même nature que les hydrocarbures d’origine pétrolière ce qui
permet d’envisager leur utilisation à de fortes teneurs dans les
infrastructures et les flottes existantes. Composés essentiellement
d’isoparaffines, elles présentent même dans certains cas des
propriétés améliorées par rapport aux carburants fossiles qu’elles
permettent de substituer y compris dans les environnements extrêmes
(régions polaires, transport aérien).
Si la mise en œuvre industrielle semble assez accessible, compte
tenu des similitudes évidentes avec les procédés sous hydrogène
utilisés en raffinage et pétrochimie, la conception d’un tel
procédé doit toutefois prendre en compte un certain nombre de
problématiques, parmi lesquelles on peut citer :
- –. la gestion de la teneur en différents contaminants
qui peuvent être présents dans les matières grasses traitées, tels
que les métaux alcalins, les protéines, les sucres. Des solutions
de prétraitement préalable des charges existent mais sont à prendre
en compte dans le coût d’une telle filière ;
- –. la gestion du maintien de l’activité du catalyseur,
en particulier sa tolérance à certains produits de la réaction
contenant de l’oxygène ;
- –. la gestion de l’exotherme des réactions mises en jeu
(hydrodésoxygénation et hydrogénation des insaturations des chaînes
grasses hydrocarbonées). Ce point est essentiel afin d’éviter en
particulier des réactions non souhaitées de
polymérisation ;
- –. la gestion des phénomènes de corrosion qui peuvent
résulter de la présence de CO2 et d’eau dans le milieu
réactionnel.
Plusieurs sociétés ont fait état de projets industriels et/ou de
la commercialisation de procédés dans ce domaine. Deux grandes
approches peuvent être distinguées : co-traitement avec des
charges fossiles ou traitement en unité dédiée.
Co-traitement avec des charges fossiles
Dans cette approche, la matière grasse renouvelable est
introduite en mélange (largement minoritaire) dans une unité
destinée à l’hydrodésulfuration d’une coupe pétrolière (le plus
souvent gazole, VGO). Si cette approche peut, a priori,
permettre de limiter (par dilution) les problèmes spécifiques à
l’hydrotraitement des matières grasses, le principal avantage
réside toutefois dans la possibilité d’utiliser les infrastructures
existantes.
Citons à titre d’exemple les sociétés suivantes :
- –. Petrobras (Brésil) et ConocoPhillips (Irlande) :
co-traitement de gazole et d’huile de soja ;
- –. BP (Australie) : co-traitement de gazole avec
des graisses animales ;
- –. Exxonmobil : co-traitement de VGO avec des
matières grasses renouvelables ;
- –. Preem (Suède) : co-traitement de gazole avec du
Tall Oil (résidu de l’industrie papetière).
Traitement en unité dédiée (stand-alone)
Si le co-traitement peut permettre la réutilisation (partielle)
d’installations existantes, et donc la réduction des
investissements nécessaires, il rend plus difficile l’optimisation
fine des conditions opératoires. En effet, la désulfuration des
coupes pétrolières requiert en général des conditions plus sévères
que la transformation des matières grasses en bio-paraffines ce qui
nuit au rendement. Ce phénomène est accentué par le fait que la
présence de ces charges inhibe la fonction désulfurante des
catalyseurs employés, ce qui peut impliquer une sévérité accrue des
conditions opératoires (Pinheiro et al., 2009). On notera
enfin que l’isomérisation des paraffines dans un mélange est plus
complexe à mettre en œuvre.
Toutes ces raisons ont conduit de nombreuses sociétés à
envisager le développement de procédés spécifiques destinés à être
mis en œuvre dans des unités ne traitant que des matières grasses
renouvelables, les isoparaffines produites étant ensuite destinées
à une utilisation pure ou en mélange, dans le gazole comme dans le
carburéacteur.
Citons la société Neste Oil et son procédé NExBTL, pionnière
dans le domaine, qui a démarré sa première production industrielle
en 2007 sur le site de la raffinerie de Porvoo en Finlande
(capacité de 190 kt/an), suivie en 2009 par une autre unité de même
capacité sur le même site. Une unité de 800 kt/an a été démarrée en
2010 à Singapour, et un autre projet a vu le jour à Rotterdam en
2011, ce qui porte la capacité cumulée à près de 2 000 kt/an pour
une production essentiellement orientée vers le diesel.
Citons ensuite les procédés commerciaux Ecofining commercialisé
par UOP et VeganTM licencié par Axens qui peuvent
produire, suivant la version, du biogazole et/ou du
biokérosène.
Conclusion
La production de distillats moyens à partir de ressource
oléagineuse par hydrotraitement paraît attractive et devient une
solution industrielle viable. Outre la production de biocarburant
diesel paraffinique, ce type de procédé se révèle flexible pour
l’obtention de diesel grand froid et de kérosène en couplant
l’étape d’hydrotraitement à une section
d’hydrocraquage/hydro-isomérisation afin d’obtenir des propriétés à
froid répondant aux spécifications carburants, ouvrant ainsi des
perspectives de développement à la fois pour le transport routier
et pour les transports aériens (civil ou militaire).
Ce type de procédé présente également de nombreux avantages
techniques :
- –. Un nouveau procédé proche des procédés
d’hydrotraitements conventionnels de distillats moyens dont les
raffineurs sont plus familiers comparativement à la production de
biodiesel par transestérification (mise en œuvre connue,
intégration du procédé plus facile).
- –. La possibilité de réaliser un co-traitement avec le
gazole pétrolier permettant ainsi d’utiliser les unités
d’hydrotraitement conventionnelles.
- –. La valorisation d’huile de qualité médiocre possible
(huiles végétale pas/peu raffinées, huiles végétales usagées, etc.)
du fait de la flexibilité des procédés d’hydrotraitement (gestion
des contaminants maîtrisée par l’industrie pétrolière, etc.)
permettant de limiter la compétition avec le marché des huiles
alimentaires.
- –. Une production de bases carburants diesel à très haut
indice de cétane, miscibles en toute proportion à un diesel
pétrolier. Ceci permet d’envisager de l’utiliser comme base
pro-cétane pour des diesels aromatiques (cétane médiocre).
- –. Le carburant diesel produit ne nécessite pas de norme
supplémentaire par rapport aux spécifications en vigueur pour le
diesel pétrolier car il est un complément compatible avec les
technologies des moteurs à combustion.
- –. Procédé flexible permettant également la production
de bases kérosènes pour les carburants destinés à l’aviation.
Perspectives
Face à la compétition d’usage des ressources et des sols
qu’engendrent les filières de 1re génération vis-à-vis
de l’industrie agro-alimentaire, d’autres filières, dites de
2nde génération, doivent être également développées dans
un futur proche. Ainsi, il se développe de nombreux projets de
recherche pour la production de biocarburants dit de seconde
génération à partir de ressources lignocellulosiques.
En ce qui concerne la ressource oléagineuse, de nouvelles
sources d’huiles végétales sont à l’étude pour alimenter les unités
de transestérification ou d’hydrotraitement des huiles végétales.
Parmi elles, on compte des plantes productrices d’huiles non
valorisées à ce jour pour l’alimentation, comme le jatropha curcas
ou la caméline.
Certaines espèces de microalgues peuvent également fixer le
CO2 par le mécanisme de la photosynthèse et accumuler
des lipides, dont la teneur peut ainsi atteindre jusqu’à 30 %
de la matière sèche. On désigne sous l’appellation 3e
génération les biocarburants pouvant être fabriqués à partir de
cette biomasse algale cultivée en condition autotrophe,
c’est-à-dire en utilisant le carbone minéral, par opposition à
l’hétérotrophie qui nécessite un apport de carbone organique (comme
les sucres). De nombreux verrous limitent la viabilité économique
et environnementale de la filière de production de carburants à
partir de microalgues (coût de production, consommation
énergétique, rendement, procédures de récolte, etc.). Les analyses
réalisées ont montré que les bilans environnementaux et
énergétiques représentaient des enjeux majeurs. En effet, pour
assurer la viabilité économique et environnementale de la filière,
il sera nécessaire de réduire fortement les consommations d’énergie
sur l’ensemble de la chaîne.
Références
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