ARTICLE
Auteur(s) : François Mendy
La crise financière et l’épidémie de grippe porcine ont été
certainement responsables du moindre succès de ce 100e
congrès. Mais depuis le 90e congrès (Orlando, 9-12 mai
1999) [1], beaucoup de choses se sont aussi passées, comme le
succès grandissant de l’ISSFAL1 même
s’il est trop dépendant des acides gras n-3, le développement de
Euro-Lipids et de son annexe le Gerli.
Cette année 2009 est également marquée par le 50e
anniversaire du lancement du Journal of Lipid Research et les
manifestations qui l’ont accompagnées. L’année 1984, année du
25e anniversaire, avait été mise en valeur par 25
articles de synthèse, qui ont tous été des guides jamais démentis
durant les années suivantes. L’année 2009 sera, elle, marquée par
75 articles de synthèse d’une très grande largeur d’esprit, du
niveau des synthèses de 1984, et qui seront sans doute le fil
conducteur des années à venir dans le domaine des lipides.
Plus près de nous, le Wageningen Nutritional Sciences Forum 2009
fut organisé pour fêter le quarantième anniversaire de la Division
of Human Nutrition de l’université de Wageningen, “too much, too
little”.
Mais pour que « la science ne devienne pas une mutilation
considérable de la vérité » (René Thom, 1984), un très gros effort
devra être fait, à l’avenir, pour généraliser, sans les trahir, les
résultats des 75 articles de synthèse du Journal of Lipid
Research.
La section Health and Nutrition de l’AOCS, au 90e
Congrès d’Orlando de 1999, s’était fixé ce type d’objectif, dans la
droite ligne de l’AOCS depuis sa fondation.
En 1999 les thèmes principaux, avaient été :
- – l’acide linoléique conjugué ou CLA ;
- – les lipides structurés : produits nutraceutiques,
aliments fonctionnels et pris en charge par la Health Nutrition
Division seule ;
- – Fat and Cardiovascular Implication ;
- – les hommes ne sont pas des rats ;
- – Does dietary fat make you fat?
En 2009 les principaux thèmes ont été :
- – Measuring coronary heart disease risk: value of
existing and emerging surrogate biomarkers ;
- – Optimizing Vitamine D intake, current recommendations,
future trends, and disease risk ;
- – N-3Fatty acids, existing and emerging benefits,
soutenue par la conférence de Bill Lands au cours du dîner de la
Division, résumé de la synthèse qu’il avait publié dans Progress in
Lipid Research en 2008, “A critique of paradoxes in current advice
on dietary lipids” ;
- – deux Hot Topics : “Saturated fats and health – Facts
and feelings”, qui draîna beaucoup de monde, par rapport au second
“Fatty acids in body weight regulation and obesity”.
Les trois premiers thèmes ont été traités sous la forme de
mini-symposiums, formule habituelle utilisée par l’AOCS, avec
beaucoup d’efficacité. Par contre, les Hot Topics étaient plutôt
proches d’un marketing consensuel que des Hots Topics traditionnels
réunissant des opinions contrastées, vigoureusement défendues.
Mesure du risque coronaire : valeur des biomarqueurs
existants ou émergeants susceptibles
de les remplacer
Ce mini-symposium était organisé autour de 6 exposés :
- – « Développement d’une structure pour la qualification
de « surrogate endpoints » pour évaluer le risque dans le cadre de
maladies chroniques », K. Ellwood, Office of Nutrition, Labelling,
Dietary Suppléments FDA/CFSANCes surrogate endpoints sont des
biomarqueurs de risque qui peuvent servir de substituts pour les
“clinical endpoints” (ex : les maladies coronaires).
Ils doivent prédire de façon fiable un bénéfice clinique, être
modifiables par le traitement nutritionnel et/ou médicamenteux.
Jusqu’à présent, il existe peu de biomarqueurs de risque validés.Le
but spécifique de la FDA est de développer une structure de
biomarqueurs de risque, validés pour des maladies chroniques telles
que cancer, maladies cardiaques, diabètes, syndromes inflammatoires
chroniques latents, et autres, structure de biomarqueurs qui
pourront être à la base d’allégations (“health claim, or qualified
health claim”).
- – « Facteurs de risque cardiaque en 2009 » E.J. Shaefer
Boston.EJ Schaefer est l’un des plus grands spécialistes américains
de ce sujet. Les facteurs de risque émergeants qui peuvent
enrichir la gamme déjà connue, et qui peuvent maintenant être
analysés dans la plupart des laboratoires sont l’ApoB, le
non-HDL-cholestérol, la Creactive Proteine ultrasensible, la Lp(a),
le fibrinogène, l’acide urique, la lipoprotein-associated PlA2,
ainsi que les taux faibles d’adiponectine (à l’exception de la
lipoprotein-associated PLA2, tous les autres dosages sont
accessibles, même en médecine de ville, en France).Il reste à
pouvoir analyser en routine les “small LDLs” et les “decreased
large HDLs”.Cette batterie de tests permet déjà une plus grande
précision dans le diagnostic des anomalies lipoprotéiques, et
permet d’optimiser les profils des patients atteints de maladies
cardiovasculaires en ouvrant d’autres voies (influence des glucides
sur le non-HDL-cholestérol par exemple...).
- – « Apolipoproteines versus le taux de cholestérol comme
marqueurs du risque cardiovasculaire, moyens d’analyse de
l’efficacité du traitement d’abaissement du LDL » A.D. Sniderman
et al. Mc Gill univ. Canada.Toutes les particules
lipoprotéiniques athérogènes contiennent une apoprotéine B.
Le dosage du LDL-cholestérol renseigne sur la particule LDL
seulement. Le dosage de l’apoprotéine B renseigne sur les
particules VLDL, ILDL, LDL, qui toutes athérogènes contiennent une
apoprotéine B.Or, les particules VLDL sont augmentées par la
synthèse hépatique d’oléique endogène, via le stéarique d’apport
exogène et/ou de synthèse endogène via les glucides, mais aussi par
l’oléique exogène en excès.Le cholestérol non-HDL (cholestérol
VLDL + IDL + LDL) a donc un intérêt également.Mais une
molécule de “small LDL” contient une molécule de ApoB100, tout
comme une molécule de “large, buoyant Ldls” nettement moins
dangereuse et donnant en apparence des taux de LDL plus élevés mais
avec un taux d’ApoB plus faible au final. De même, des taux
normaux de LDL, mais correspondant à des “smalls LDLs”, peuvent
coexister avec des taux d’Apo 100 élevés.Ainsi le dosage de
l’apoprotéine B100 donne une meilleure définition du risque
athérogène, permet de mieux comprendre le risque résiduel après
traitement par les statines dans certains cas, et permet de définir
le risque inapparent dans d’autres cas avec les batteries de tests
habituels.
- – « Particules lipoprotéiques dans l’estimation du
risque cardiovasculaire : rationalité, forces, limitations » K.
Musunuru, MIT, Harvard, BostonLes associations entre
LDL-cholestérol, HDL-cholestérol, triglycérides et maladies
cardiovasculaires sont solidement établies mais il existe des
preuves que des sous-fractions de lipoprotéines peuvent être plus
informatives sur le risque cardiovasculaire.L’auteur a revu les
méthodes permettant d’évaluer ces sous-fractions, et a présenté une
nouvelle méthode analytique, “novel ion mobility technique” qui
semble plus facile à vulgariser que les autres techniques
existantes. Cette technique a permis d’analyser les profils
lipoprotéiques chez les 4 500 participants de l’étude prospective
de Malmö, portant sur le domaine cardiovasculaire et l’incidence de
cancers.Ces profils sont hautement associés avec les maladies
cardiovasculaires dans cette cohorte. Enfin, des gènes spécifiques
sont associés avec ces particules lipoprotéiques spécifiques,
ouvrant la voie à une meilleure compréhension des voies biologiques
multiples qui sous-tendent le métabolisme des lipides et des
lipoprotéines.
- – « Biomarqueurs plasmatiques de l’inflammation latente
chronique et de la dysfonction endothéliale : identification et
valeur predictive ». S. Mora, Brigham et Women’s Hospital, Harvard
Medical SchoolDes données récentes de l’étude JUPITER ont été
présentées. La CRP ultrasensible peut être utilisée pour
identifier des patients à haut risque avec un LDL-cholestérol
normal sans maladie vasculaire connue, ou diabète, qui devrait
peut-être bénéficier d’un traitement avec une statine. Parmi les
patients sous statines, la CRP ultrasensible redevient normale.
L’auteur a insisté sur l’intérêt de la CRPus, pour les médecins
praticiens pour dépister des hommes de 50 ans et des femmes de
60 ans jusque-là asymptomatiques. C’est très souvent le cas de
l’excès de poids et du syndrome métabolique. Ce domaine de
l’inflammation latente chronique de bas grade, accompagnée ou non
d’une dysfonction endothéliale, est en passe de devenir l’un des
problèmes majeurs de la médecine interne. Il peut et doit être
contrôlé sur le plan nutritionnel.
- – Facteurs thrombogéniques/hémostatiques : forces,
limitations, valeur prédictive. R.P. Tracy, Univ. of Vermont
Burlington, USA
Les événements aigus cardiovasculaires sont souvent associés à
la rupture ou à l’érosion d’une plaque, et ont habituellement une
composante thrombotique, particulièrement chez les jeunes. Pour
l’auteur, le fibrinogène et le facteur VIII sont des facteurs de
risque modérément forts, le facteur VII est beaucoup plus faible.
Parmi les facteurs de fibrinolyse qu’il a étudiés, le PAI-1 est un
facteur modérément fort. L’auteur retient également les D-dimères,
d’interprétation souvent difficiles comme un facteur modérément
fort, car ils reflètent l’activation d’un système. Chez les jeunes,
ces facteurs de coagulation jouent un rôle important, chez les
personnes plus âgées ils peuvent annoncer un événement très
proche.
En 2005, au cours d’un Hot Topic, W. Kannel (The Framingham
Study Group) [2] avait fait une analyse exhaustive de ce
problème.
Parmi les facteurs hémostatiques associés aux développements
excessifs de CHD, facteur de Von Willebrand, antigène t-pa, PAI-1,
facteur VII, le fibrinogène apparaît comme le plus fondamental.
Il joue en fait un double rôle : dans la coagulation
(agrégation plaquettaire, viscosité plasmatique, formation de
fibrine) et dans plus ou moins tous les états post-inflammatoires
(acute phase, réaction post-agressive, corrélation avec CRPus).
C’est un facteur de risque fort et indépendant (>
3 g.22/L). Ceci a également été confirmé par l’étude
PROCAM.
Or, en 3 semaines de complémentation de l’alimentation avec
de l’acide stéarique, on obtient chez 15 jeunes hommes une
augmentation du fibrinogène plasmatique à jeun [2]. En 1985, S.
Renaud avait montré sur une étude de 1 an chez des paysans de
la Moselle une augmentation de l’agrégation plaquettaire corrélée
au taux d’augmentation de la consommation alimentaire d’acide
stéarique !
Le dosage du fibrinogène et des D-dimères est d’usage courant en
médecine humaine.
Ce mini-symposium s’est révélé l’un des meilleurs moments du
congrès, et cette collaboration entre FDA et professionnels de
santé, en prise directe avec la maladie chez l’homme, a quelque
chose d’exemplaire.
Optimisation des apports en vitamine D :
recommandations habituelles, tendances futures, maladies
à risque
Il y a 45 ans, « on savait tout sur la vitamine D », et au
niveau des agences de communication, des diététiciennes, de bien
des nutritionnistes, c’est ce corpus de connaissances qui sert
toujours.
Il y a 30 ans, De Luca décrivit les dérivés hydroxylés
de la vitamine D et commença à clarifier certains des
biomécanismes. L’industrie pharmaceutique s’y intéressa un moment
(Roussel, Roche) mais ceci n’amenait pas à des « block busters ».
Depuis 5 ans, la vulgarisation des méthodes analytiques du
25-OH-Vitamine D, forme active de la vitamine D, dans le sang
circulant, l’accès plus facile aux méthodes analytiques de dosage
de la parathormone, l’autre acteur majeur associé, a permis de très
grand progrès en médecine humaine.
RP Heaney (Creighton Univ.) a montré que les fonctions de la
vitamine D sont optimisées seulement à des taux de 25(OH)D3
au-dessus de 32 ng/mL, et peuvent demander des taux de
40-60 ng/mL. Les taux habituels en France sont au niveau
de 10 ng/mL, et 30 ng/mL est considéré comme une marge
supérieure à ne pas dépasser ! Une très grande partie de la
population est donc carencée. Pour chaque apport supplémentaire de
100 UI de vitamine D3, le taux sérique de 25(OH)D3 s’élève de
1 ng/mL. Pour que 97 % de la population américaine soit
au-dessus de 32 ng/mL, il faudrait un apport supplémentaire de
2 600/2 700 IU/jour. Le “safe upper intake” est
de 10 000 IU/j. Cet apport doit-il être médicamenteux ou
nutritionnel ?
SI Barr (British Colombia univ. Canada) a montré qu’au-delà du
rôle de la vitamine D dans l’enfance (prévention du
rachitisme), l’importance de la vitamine D sur le plan osseux
tout au long de la vie est très grande (prévention des chutes
chez les personnes âgées, prévention des fractures (800 IU/j.mn),
de l’ostéopénie, de l’ostéoporose, rôle dans la densité
osseuse).
Mais au-delà de ces rôles connus mais mieux appréciés,
apparaissent des rôles inattendus.
T. Teegarden (Purdue Univ., USA) a montré que le statut de la
vitamine D, apprécié par le dosage du 25-OH-D3 au niveau du sérum,
est inversement associé au risque de diabètes dans les études
épidémiologiques. Enfin, la vitamine D3, ou son métabolite actif,
le 1-25 dihydroxyvitamin D, améliore la sensibilité à l’insuline.
Les mécanismes sous-jacents sont encore à défricher : action
sur le récepteur, synthèse in situ, down-regulation de la
parathormone…
GG Shwartz (Wake Forest Univ. Winston-Salem, USA) a montré que
le 1-25(OH)2D est une hormone autocrine qui promeut la
différentiation, inhibe la prolifération, l’invasion, la métastase
de beaucoup de cellules cancéreuses, sein, prostate, côlon.
Ces cellules sont capables d’hydroxyler en 1, la forme majeure
circulante de la vitamine D, le 24-OH-Vitamine D. Jusqu’ici on
pensait que cette hydroxylation en 1 ne pouvait avoir lieu qu’au
niveau du rein ! (l’hydroxylation en 24, étape primordiale, a lieu
au niveau du foie transformant la vitamine D en forme active
lormonale : la 24 OHvitD). Certaines des images tissulaires
montrées étaient spectaculaires.
Il est peut-être nécessaire de rappeler que les phytostérols
inhibent cette 24-hydroxylation hépatique, aggravant la subcarence
pratiquement toujours existante. Ces deux mini-symposiums
étaient vraiment dans la tradition de l’AOCS, on ne peut en dire
autant, nous semble-t-il, des 2 Hot Topics.
Hot Topics : “Fatty acids in body-weight regulation and
obesity” et “Saturated fats and health: facts and
feelings”
Bien que les sujets furent très proches, ces Hot Topics ont été
tenus en même temps, dans des salles différentes et éloignées, pour
faciliter les choses.
Traditionnellement, les Hot Topics offraient des discussions
passionnées de haut niveau sur des sujets d’une actualité chaude
voire brûlante. Leur objectif était d’apporter des réponses jamais
voilées, même si elles étaient contrastées, à des questions
importantes.
Fatty acids in body-weight regulation and obesity
L’annulation de la conférence prévue de W.C. Willet en diminuait
l’intérêt, d’autant plus qu’il était le coauteur de la méta-analyse
de Jacobsen (parue dans l’Am J of Clin Nutrition de mai 2009, p.
1425-1432), mettant en cause les oméga-9. En fait il semblait que
l’objet principal de ce Hot Topic était la promotion des oméga-9
“Healthy Oil”. Sans vouloir en diminuer l’intérêt, ce n’était pas
la conception des Hot Topics traditionnels.
Depuis 2008, on attendait que l’AOCS mette au programme le
thème “Bioactive Lipids in Metabolic Syndrome” (voir Koji
Nagao, Progress in Lipid Research 2008 ; 47 : 127-146). Près de 40
% de la population adulte aux USA présentent un syndrome
métabolique. On aurait pu imaginer que c’était le lieu et le
moment. Cela n’a pas été le cas.
Saturated fats and health: facts and feelings
C’est cette séance qui a attiré le plus d’audience.
L’exposé de B. German, « Est-ce que les données
scientifiques autorisent la limitation aggressive des acides gras
saturés dans nos régimes ? » a été si nuancé qu’il en a perdu tout
sens. Dans le “Science Advisory from the American Heart Association
Nutrition Sucommittee » (Circulation, 26 janvier 2009), les
conclusions majeures sont les suivantes : “At least 5% to 10% of
energy from Omega 6 reduces the risk of CHD relatives to Lower
intakes ..To reduce Omega 6 Pufa intakes from their current levels
(5à 6% energy) would be more likely to increase than to decrease
Risk for CHD.”
Des travaux de l’équipe de J. Ordovas ont montré que pour un
groupe génétique particulier chez l’Homme, ce taux de 5 à 6 % de
l’énergie ne devrait pas être dépassé. Quitte à parler de
génétique, on aurait aimé connaître l’importance de ce groupe…,
d’autant plus que le remplacement de ces 4 à 5 % de polyinsaturés
par des mono-insaturés ne semble pas si favorable versus les
saturés.
Des quatre autres exposés, un seul méritait d’être retenu, celui
de J. Voleck (Univ. Connecticut, USA) :
“High-carbohydrate versus high-saturated – Fat diets and health:
you are not”.
“What you eat, but what your body does with it”
Les auteurs, au cours d’une étude de 12 semaines chez 40
sujets (homme et femmes, de 18 à 55 ans, BMI >
25 kg/m2) présentant une dyslipidémie athérogène,
ont comparé deux régimes hypocaloriques (1 500 cal.) :
- – l’un avec un régime pauvre en hydrates de carbone (P :
28, L : 59, H de C : 12) ;
- – l’autre avec un régime pauvre en lipides (P : 20, L :
24, H de C : 56).
Les deux régimes amènent des améliorations de plusieurs
marqueurs métaboliques mais les sujets suivant un régime pauvre en
hydrates de carbone ont une glycémie réduite (– 12 %), une
concentration d’insuline abaissée (– 50 %), un HOMA abaissé
(– 49 % vs – 6 %), une perte de poids (– 10 %), une
diminution de l’adiposité (– 14 %), des triglycerides abaissés
(– 51 %), un HDL-C augmenté (13 %), un cholestérol/HDL-C ratio
diminué (– 14 %), une lipémie post-prandiale diminuée
(– 47 %), un rapport ApoB/ApoA-1 diminué (– 16 %), et une
amélioration de la distribution des particules LDL.
En dépit de l’augmentation d’un facteur 3 des acides gras
saturés de la ration, les acides gras saturés au niveau des TG et
des esters de cholestérol étaient significativement diminués, de
même que le palmitoléique. Ces résultats sont en faveur d’une
restriction de l’apport en hydrates de carbone pour améliorer les
marqueurs du syndrome métabolique et le risque
cardiovasculaire.
“Low-carbohydrate diets therefore represent an alternative
strategy for general health beyond weight regulation”. Ceci est
l’inverse de la politique suivie aux USA depuis trente ans. En
fait, ce sujet avait déjà été l’objet d’un mini-symposium
:
- – à Orlando en 1999, sur le thème Does dietary fat
make you fat présidé par Marc Bieber, AJ Mozshfeg avait montré que
le taux de lipides alimentaires était passé de 45 % de l’énergie en
1950 à 33 % en 1999. Exprimé en g/j, le taux n’avait en fait pas
beaucoup diminué mais la ration calorique s’était élevée, et la
consommation en glucides comme l’obésité avait explosé ;
- – à San Diego en 2000 : présidé par Marc Bieber et PJ
Huth, le sujet proposé était : « Acides gras mono-insaturés versus
polyinsaturés, que devons-nous choisir ? »
Ce Hot Topic [3] avait été l’occasion de discussions très
tendues entre MB Katan, C Gardner, et LL Rudel. Au terme de la
séance à la question : « Que choisir ? », la réponse était : «
Ni saturés, ni polyinsaturés, ni mono-insaturés ? »
Il eut été intéressant de réunir les mêmes partenaires en 2009
!
En fait, MB Katan s’est exprimé dans un éditorial de l’Amer J of
Clin Nutr (mai 2009, p. 1425-1432) et au travers de l’analyse de
l’étude de Jacobsen. WC Willet et AJCN Ascherio (mai 2009, p.
1425-1432).
La conclusion majeure de ce travail est que « le
remplacement de 5 % d’énergie provenant des saturés par 5 %
d’énergie provenant des mono-insaturés n’introduit aucune
modification d’événements ou de morts coronariennes !
Quant à LL Rudel, il a été chargé de l’une des 75 synthèses du
numéro du cinquantenaire du Journal of Lipid Research, supplément
paru en mai 2009, S434-439 : “LDL cholesteryl oleate as a predictor
for atherosclerosis: evidence from human and animal study”. S’il
confirme largement ces propos de 2000, il est nettement plus nuancé
que MB Katan qui s’était violemment opposé à lui en 2000 sur ce
thème, pour le dépasser en 2009 (!), confondant apport exogène
normal, en excès, synthèse endogène.
Pour MB Katan, il s’agit comme pour la plupart des
épidémiologistes des générations passées d’un problème de
consommation. Pour LL Rudel, il s’agit d’un problème de
métabolisme, de régulation, d’équilibre.
Le problème des acides gras saturés, des équilibres, des
synergies entre acides gras avait largement été évoqué en 1998, par
MT Clandinin, conférence Prix Stephen S Chang « Equilibre des
acides gras » Brain Food for further thought
Puis au cours de l’année 2000, MT Clandinin et L Ramamoorthy
montrèrent qu’au taux de 3 % de l’énergie sous forme de linoléique
chez l’homme, l’acide palmitique a un effet hypercholestérolémiant
; au-delà de 5-6 % de l’énergie sous forme de linoléique, l’acide
palmitique perd cet effet. “C16:0 can be viewed as a fatty acid
which is conditionally hypercholoesterolemic” cessant de l’être
lorsque le régime amène seulement 300 mg de cholestérol pour
2 500 cal/jour, et un minimum de 5 à 6 % de l’énergie
sous forme de linoléique (taux auquel le récepteur LDL est le plus
performant), le redevenant si le palmitique dépasse 8,7 %
énergie.
La présence de MT Clandinin à ce Hot Topic aurait été très
intéressante.
En fait, il était cosignataire d’un travail rentrant pleinement
dans le cadre de ce Hot Topic, et qui fut la dernière communication
présentée le dernier jour (!), dans le cadre de General Nutrition
et Health : “Determination of de novo Synthesis of Plasma
Non-esterified Fatty Acids by Deuterium Incorporation in Diabetic
and Non-Diabétic Subjects”, MS Wilke, MT Clandinin et al.,
Univ. Alberta, Edmonton, Canada.
L’étude a été réalisée chez 7 sujets diabétiques, et 7 sujets
non diabétiques, à un régime à basse teneur en lipides (LF < 25
%) et à haute teneur (HF > 35 %).
Le régime HF supprimé la lipogenèse de 31% chez les
non-diabétiques, de 50 % chez les diabétiques. Comme prévu, il
y avait une diminution significative de la synthèse de palmitate,
de stéarate et d’oléate avec le régime HF.
En fait, il est tout à fait étonnant qu’alors qu’il avait été
évoqué le 1er jour dans la séance sur le risque
cardiovasculaire, le problème du stéarique particulièrement en sn-2
ait été absolument absent de ce Hot Topic sur Saturated fats and
health !
“N-3 fatty acids: existing and emerging benefits”
L’ISSFAL ayant lieu tous les deux ans, l’année intermédiaire,
Martek sponsorise une séance sur les N-3 en C20-C22 à l’AOCS.
Le design d’une étude multicentrique sur l’Altzheimer (51
centres), en double aveugle, avec une supplémentation de 2 g/j
de DHA a été présenté par J Quinn et al., Univ. d’Orégon. Pour
l’instant 402 sujets ont été enrôlés, consommant moins de
200 mg/j de DHA.
SI Rapoport a présenté l’évolution de son travail. Chez le rat
par voie intraveineuse : avec 5 minutes de 1-14 C ALA, ou
2 heures de 13C ALA, la synthèse hépatique de DHA à partir de
ALA excède de 10 à 30 fois la consommation du cerveau en DHA.
L’auteur a déjà étudié la consommation de DHA par le cerveau chez
l’homme, il tente maintenant de déterminer la synthèse hépatique
par l’homme.
Les effets ant-inflammatoires des huiles de poisson et des AGPI
en n-3 individuels ont été présentés par DS Kelley et al., de
Davis CA, USA.
Tous les acides gras en n-3, y compris l’ALA, montreraient des
effets anti-inflammatoires mais d’efficacité variable.
Ce travail a repris une série d’études publiées. Mais doses,
durées, régimes associés sont si divers que l’on ne sait jamais si
l’on se trouve dans un système physiologique et/ou pharmacologique
(dans la plupart des cas). L’effet synergique des dérivés de
l’acide arachidonique (n-6) est systématiquement ignoré.
Une étude du DHA comme option de traitement pour la maladie
d’alzheimer (AD) a été présentée par FM. LaFerla (Institute for
Brain Aging and Dementia, Univ. Calfornia).
Il s’agit d’une étude sur un modèle de souris AD.
Le mécanisme premier serait une diminution des niveaux de
Présénilin 2. De façon surprenante, les résultats collectifs
suggèrent que la supplémentation en DHA et/ou C22:5n-6 (DPA)
pourrait être une thérapeutique naturelle bénéfique pour l’AD.
Deux autres communications de SE Carlson, à propos du nourrisson
rapportant des données connues sur le développement, et de JG
Erensen sur l’analyse des acides gras en n-3 au niveau du fluide
sécrété par le mamelon, complétaient cette séance.
Une communication reléguée à la dernière après-midi de ce
congrès méritait d’être rattachée à ce mini-symposium : “Combined
effect of fish oil and taurine on insuline resistance of
diabétic/obesity mice” de N. Mikami et al. (Hokkaido Univ.
Japan). L’association de la taurine à l’huile de poisson améliore
fortement l’insulino-résistance comparée à l’huile de poisson seule
ou à la taurine seule. La taurine est présente dans les
huîtres et dans certains crustacés. Sa particularité, c’est que
c’est le seul élément que l’on connaisse qui puisse neutraliser le
produit de la myéloperoxydase, l’hypochlorite de sodium, en le
transformant en hypochlorite de taurine. L’impression retirée de ce
travail est que l’huile de poisson présente un danger de
déclenchement d’un système peroxydatif impliquant la
myéloperoxidase.
À plusieurs reprises, la position un peu trop tranchée de B
Lands, ignorant un peu trop les acides gras en n-6 au profit d’un
intérêt exclusif pour les acides gras en n-3, EPA et DHA, a été
pour la première fois critiquée, tant au cours du dîner de la
Health and Nutrition Division, qu’au cours de ce
mini-symposium.
General health and nutrition
En dehors de ces trois mini-symposiums et des deux Hot Topics, 9
communications ont été regroupées sous le thème General Health and
Nutrition, trois présentaient un intérêt particulier, en dehors des
deux déjà analysées ci-dessus.
- – Leptin regulation of cardiac remodeling due to obesity
(S. Zibadi et al. Univ. Arizona).Le rôle essentiel de la
leptine dans la fibrose hépatique et rénale était connu.
Les auteurs ont montré qu’au moins chez la souris ob/ob
leptine déficiente une injection de leptine de 0.1 μg/g en
sous-cutané, 3 fois par semaine durant 8 semaines, faisait
apparaître une dysfonction diastolique, une augmentation du
collagène musculaire…
- – A novel method to quantify fatty acids in fingertip
prick blood: A.H. Metherel et al. Univ. de Waterloo,
CanadaNorman Salem Jr. a mis au point ces dernières années une
méthode remarquable d’analyse en quelques minutes à partir de
quelques gouttes de sang. Cette méthode est présentée (N. Salem a
quitté le NIH pour aider à la commercialisation de cette
méthode).
- – Comparison of n-3 fatty acid status via blood
biomarker and dietary intake in elderly,middle-age, and young adult
populations, A.C. Patterson et al., The Laboratory of
Nutritional and Nutraceutical Research, Univ. de Waterloo,
Canada
L’objectif est d’identifier les relations entre statut sanguin
en N-3 et maladies chroniques associées avec l’âge.
Les auteurs ont rapportées les résultats sur 15 sujets âgés de
87 ± 4,8 ans (la série de Limeil-Brévannes comporte 54 sujets,
32 pour les esters de cholestérol). Les apports de cette
population en EPA+DHA sont très corrects, 311 ± 508 mg/J). Par
contre, cette population a les taux les plus bas en arachidonique.
Il est très probable que dans les années à venir la technique
de Norman Salem Jr. va être prise en main par les laboratoires
d’analyse les plus avancés, même en ville.
Health and nutrition posters
La séance Health and nutrition posters comportait 28 posters.
Beaucoup étaient des posters décrivant des « résultats
analytiques ».
Dans ce genre, le plus remarquable était celui de Sungwhan F. OH
(Hans Kaunitz Award Winner) et Charles N. Serham (Dpt of Biological
Chemistry and Molecular Pharmacology), Harvard E-series resolvins
lipidomics: profiling biosynthésis, functions and metabolic
inactivation of novel active lipid mediators.
Ce poster était consacré aux profils lipidomiques des résolvines
dérivés de l’EPA (Rv E1, RvE2). RvE1, RvE2 sont présents dans le
plasma humain et les incubations de leucocytes (le polynucléaire
neutrophile joue un rôle important dans leur synthèse). RvE2 à des
doses nanomolaires, régule la fonction monocyte/macrophage, induit
la génération de la cytokine IL-10 anti-inflammatoire. Une
tentative d’élucider le métabolome de RvE1 est présentée.
Certains des posters tentaient de cerner des « effets
physiopathologiques ».
L’un des plus intéressants était “Long-chain saturated fatty
acids induce proinflammatory responses and impact endothelial cell
growth”, G.P. Zaloga et al. (Baxter Healthcare, and Methodist
Res. Inst., Indianapolis, USA). Le travail était réalisé sur
des cellules endothéliales artérielles d’origine humaine. À
85 mM, le stéarique bloque la croissance de ces cellules. Pour
le même résultat, il faut 223 mM de palmitique.
Les autres acides gras saturés moyens n’ont pas d’effets.
L’acide stéarique induit une apoptose de ces cellules, puis une
nécrose. Le stéarique > 10 mM augmente l’expression de
ICAM-1. En contraste, palmitique et myristique n’augmentent
l’expression d’ICAM-1 qu’à partir de 100 mM.
D’autres posters recherchaient des « synergies positives,
applicables sur le plan industriel », entre des acides gras
saturés, insaturés, insaturés particuliers d’usage banal dans
certaines civilisations, d’usage oublié dans d’autres. Dans cet
esprit, le poster le plus avancé semblait être : “Milk fatty acids,
new findings, new perspectives”, L. Roger, F. Mendy (Lr Beva
Bruz-Rennes, France). La cristallisation fractionnée de
l’huile de beurre élimine 50 % du stéarique, 30 % du palmitique,
augmente le noyau primordial qui va de C4 à C14:1ω5cis.
Des traces de C18:2 ω5cis, 7trans apparaissent. Or, cet acide
gras est le précurseur de l’acide punicique, C18:3 ω5cis, ω7trans,
ω9cis. L’acide punicique ou pomégranique est présent dans l’huile
de pépins de grenade (grenade consommée dans tout le bassin
méditerranéen) et l’huile de pépins de courge qui fut longtemps
consommé en Pologne.
L’acide punicique a un effet anti-inflammatoire. L’association
huile de beurre fractionnée et huile de pépins de grenade peut
ouvrir la voie à de nombreux produits, voie de la prévention ou du
traitement alimentaire de l’inflammation chronique systémique de
bas grade caractéristique du syndrome métabolique, de l’obésité, et
du drame de la gériatrie
Conclusion
Ce 100e congrès de l’AOCS, vu à travers le prisme de la
« Health and Nutrition Division », laisse un sentiment ambigu :
- – 40 % de bon ou très bon dans la plus pure tradition de
l’AOCS ;
- – des Hot Topics un peu moins soucieux d’arriver à la
vérité par la confrontation d’opinions contrastées que de jeter un
voile marketing ;
- – quelques exposés un peu tournés vers le passé.
Pourtant, en dehors de cette division, on pouvait entendre de
remarquables conférences comme celle de N. Garti, Stephen S. Chang
Award Lecture, “Novel fluid lipids-based nano architectures for
enhanced delvery of nutraceutics and drugs”, de même sur le plan
biotechnologie, où la liste des possibles s’allonge sans cesse.
En offrant une tribune sous la forme d’une keynote adress au
cours de l’AOCS Business Meeting à D. Burrus : “Technotrends: the
big ideas that are changing everything”, les dirigeants montraient
cette volonté de vouloir repartir de l’avant.
Au cours de la première journée, cette collaboration jamais vue
en France, en public entre la FDA et les plus grands spécialistes
de l’analyse du risque cardiovasculaire aux USA restera un grand
souvenir. Là se trouve le vrai avenir de la Health and Nutrition
Division de l’AOCS.
References
1 Mendy F. 90e Congrès de l’AOCS (Orlando, 9-12 Mai
1999) : l’essentiel du programme nutrition. OCL 1999 ;
4 : 290-6.
2 Mendy F. 96e Congrès de l¹AOCS (Salt Lake City, 1-4
mai 2005) : l’essentiel du programme nutrition. OCL
2005 ; 3 : 189-94.
3 Mendy F. 91e Congrès de l’AOCS : l’essentiel
du programme nutrition (San Diego, 25-28 avril 2000). OCL
2000 ; 5 : 388-98.
1 International Society for the Study of
Fatty Acids and Lipids.
|