ARTICLE
Auteur(s) : Ambroise
Martin1, Louis-Georges Soler2
1Faculté de médecine Grange Blanche, JE2411 – Bureau
3/4300, 8, avenue Rockefeller, 69373 Lyon cedex 08
2INRA-LORIA, Unité ALISS, 65 Boulevard de Brandebourg,
94205 Ivry-sur-Seine cedex
Les effets des pratiques alimentaires sur la santé sont
aujourd’hui bien établis. Afin de favoriser le développement
d’actions préventives en matière d’alimentation, et de réduire
ainsi les coûts liés à certains comportements de consommation, une
première voie d’intervention de la part des pouvoirs publics
consiste à tenter d’infléchir les choix alimentaires faits par les
individus et les ménages. Dans de nombreux pays, c’est une des
orientations importantes données aux politiques de santé et, en
France, une grande partie des actions lancées dans le cadre du
premier Plan national nutrition santé (PNNS1) se sont inscrites
dans cette optique. Lancé en janvier 2001 pour une période de
5 ans, ce programme a surtout mis l’accent sur l’information
et l’éducation du consommateur et des professionnels de santé. En
témoignent les nombreux guides à destination du grand public ou de
populations spécifiques (parents d’enfant de 0 à 18 ans,
adolescents, personnes âgées, personnes précaires, femmes
enceintes) et leurs livrets d’accompagnement destinés aux
professionnels de santé (www.mangerbouger.fr). Ces livrets visent à
faire prendre conscience de l’importance des choix alimentaires
pour la santé et proposent de nombreuses pistes pour effectuer des
choix judicieux pour l’équilibre alimentaire.
L’évaluation des actions conduites dans le PNNS1 va bénéficier
des données en cours d’exploitation des enquêtes nationales
représentatives INCA2/ENNS réalisées par l’Afssa et l’InVS. Mais
anticipant, comme le montrent diverses études sur le plan
international, un impact modeste des actions d’information des
consommateurs, des actions visant à faire évoluer l’offre
alimentaire ont été proposées dans le cadre du second Plan national
nutrition santé (PNNS2), renouvelé pour la période 2006-2010.
Dans le cadre du PNNS2, diverses pistes ont été envisagées pour
agir sur l’offre alimentaire de façon à contribuer à l’amélioration
de l’état nutritionnel des populations, en particulier celles aux
revenus les plus modestes qui sont le plus sensibles à ces enjeux
de santé. Tout en poursuivant les actions d’information et
d’éducation déjà engagées, le PNNS2 porte ses efforts sur
l’évolution de l’offre alimentaire, considérant qu’il est important
que les choix judicieux puissent être facilités par la
disponibilité et l’accessibilité des produits plus conformes aux
recommandations nutritionnelles. Ce sont ces orientations données
au PNNS2 qui conduisent à soulever la question des relations entre
les politiques nutritionnelles, agricoles et alimentaires.
D’une certaine manière, l’offre alimentaire est déjà concernée
par les évolutions souhaitées par les politiques de santé publique
en matière de comportement de consommations. Il est clair que si
l’ensemble des consommateurs adoptait des pratiques alimentaires
conformes aux recommandations nutritionnelles, le déplacement de la
demande conduirait nécessairement à des réajustements au niveau de
l’offre alimentaire. Une étude conduite aux USA a ainsi montré des
impacts significatifs, tant sur les volumes et les prix des divers
produits agricoles que sur la localisation géographique des
productions. Mais la question qui est désormais soulevée en
diverses instances, et particulièrement en France par le PNNS2, est
celle de la contribution possible de l’évolution de l’offre
alimentaire à l’adoption de pratiques alimentaires plus conformes
aux enjeux nutritionnels.
Quels arguments peuvent être avancés pour justifier une
adaptation de l’offre alimentaire de ce point de vue ?
Certains économistes soutiennent en effet que dès lors que les
consommateurs sont informés, à la fois des caractéristiques des
aliments qui leur sont proposés et des risques/bénéfices associés à
leur consommation, c’est à eux de faire les bons arbitrages et non
pas aux entreprises de modifier les prix ou les caractéristiques
des aliments pour des raisons de santé publique. Plusieurs réponses
peuvent être données à cette position, mais la principale tient aux
disparités économiques et de revenus. Même si tous les
consommateurs étaient parfaitement informés sur le plan
nutritionnel, pourraient-ils tous pour autant assurer une
alimentation équilibrée ? La réponse à cette question est
plutôt négative :
- – d’une part, du fait de la structure relative des prix
des diverses catégories d’aliments ;
- – d’autre part, du fait que pour une catégorie d’aliments
donnée, des niveaux plus élevés de qualité nutritionnelle peuvent
être associés à des niveaux de prix plus élevés.
Si l’on admet donc, pour ces diverses raisons, que l’évolution
de l’offre alimentaire constitue une piste d’action, parmi
d’autres, pour favoriser des pratiques alimentaires plus conformes
aux enjeux nutritionnels, la question se pose alors des modalités
d’intervention dans ce domaine. On discute dans cet article les
diverses pistes d’intervention dans ce sens.
Agir sur la structure relative des prix ?
Des actions au long cours pour une évolution de la structure des
prix relèvent d’une politique économique et alimentaire qui
nécessite sans doute encore beaucoup de réflexions et de travaux.
On peut à ce stade soulever les points suivants en distinguant la
question des prix des produits alimentaires transformés et celle
des prix des produits agricoles.
L’action sur les prix des aliments transformés
Les effets des prix sur les consommations alimentaires ont été
examinés dans de nombreux travaux économiques. C’est sur cette base
que la question de la taxation « nutritionnelle » a été
soulevée : elle viserait à modifier, en les rendant plus
chers, la consommation de groupes de produits ou de nutriments
particuliers supposés être responsables des déséquilibres
alimentaires. Elle peut être fondée sur la teneur en un seul
nutriment (sucre, graisse, etc.) ou, comme cela a été plus
récemment proposé, sur un profil nutritionnel plus complexe [1].
L’intérêt de cette action sur les prix est très controversé.
Pour certains auteurs, les effets d’une telle taxe pourraient être
significatifs, mais d’autres études soulignent les difficultés
liées à a mise en œuvre d’une telle démarche :
- – Elle pourrait induire des effets différenciés selon les
catégories sociales, les augmentations de prix, du fait des
substitutions qu’elles induisent, ayant des effets négatifs sur les
catégories disposant des plus faibles revenus.
- – Les réels effets sont difficilement prévisibles :
d’un côté, si la taxe n’est pas assez exigeante (sur l’assiette et
le taux), on constate qu’elle a peu d’effets sur les volumes et les
substitutions ; d’un autre côté, si elle est très exigeante,
elle peut induire des gammes de substitution entre produits qui ne
sont pas nécessairement celles qui sont recherchées.
- – Enfin, elle peut conduire certains opérateurs à dégrader
la qualité des produits pour réduire les coûts de production et
compenser l’effet de hausse des prix lié à la taxe.
Les prix de produits agricoles
Même si d’autres interventions publiques affectent les prix des
produits alimentaires (politiques publiques en matière de qualité
et de sécurité des produits, politique de la concurrence et des
pratiques commerciales, etc.), la PAC est parfois incriminée pour
ses effets négatifs sur la santé nutritionnelle des populations
européennes.
On peut déjà remarquer qu’il n’y a pas de relation directe entre
la PAC, les soutiens publics à l’agriculture et les problèmes
nutritionnels observés aujourd’hui. Des pays comme le Japon qui a
subventionné son agriculture connaît moins de problèmes d’obésité
que des pays qui ont des marchés plus ouverts. Au sein même de
l’UE, qui a mis en place une politique agricole commune, les
situations sont variées sur le plan du développement de
l’obésité.
Par ailleurs, les politiques agricoles s’inscrivent dans une
tendance générale plutôt orientée vers la diminution des soutiens
publics et la baisse des prix. La dimension nutritionnelle
devrait-elle être introduite dans ce cadre, par exemple, pour
freiner ou accélérer cette évolution selon les produits
agricoles ?
Cette question doit être examinée de façon différente selon que
les produits agricoles sont utilisés à des fins de transformation
industrielle ou consommés en l’état par les consommateurs.
Concernant les produits agricoles destinés à la transformation,
la nécessité d’intervenir sur les prix de la matière première pour
des raisons nutritionnelles n’est pas évidente. Les rapports de
prix entre matières premières affectent les arbitrages au niveau
industriel sur le plan de la formulation des produits. Néanmoins,
la part de la matière première sur le prix du produit final est
généralement faible. D’autre part, les contraintes technologiques
et sensorielles limitent les marges de manœuvre au niveau
industriel. Des recherches en cours visent à étudier les effets
possibles de la baisse attendue du prix du sucre du fait de la
réforme de la politique sucrière au niveau européen sur les choix
de formulation (Projet ANR Polnutrition, P. Bomtems - Inra).
La question est différente dans le cas des produits agricoles
consommés en l’état, en particulier les fruits et légumes
(F&L). Les études convergent pour indiquer qu’il s’agit d’une
catégorie de produits dont l’importance d’achat est conditionnée
par des critères économiques, même si d’autres critères
interviennent, comme la capacité à savoir les préparer, notamment
pour les légumes. Les études portant sur la relation entre la
qualité nutritionnelle des aliments et leur prix démontrent
clairement l’existence d’une relation inverse entre les deux
paramètres [2]. Ces études montrent que le coût de la calorie est 5
fois plus élevé pour cette catégorie que pour les autres ;
même si elles montrent aussi qu’ils comportent en moyenne 5 fois
plus de nutriments intéressants, ce qui les met au même prix que
les autres en termes d’intérêt nutritionnel, cet argument pèse peu
quand les contraintes de revenus sont présentes.
Plusieurs éléments déterminent le niveau des prix des F&L
(cf. le rapport INRA ESCO Fruits et Légumes, 2007). Si l’on s’en
tient ici à la politique agricole européenne, il faut noter de
grandes différences entre le secteur des F&L et d’autres
secteurs comme ceux des céréales ou du lait. Dans ces derniers, la
réforme de la PAC a fondamentalement consisté à favoriser des
baisses de prix en accompagnant les exploitations par des aides
directes de façon à compenser, dans une certaine mesure les baisses
de revenus. Le secteur des F&L n’a pas bénéficié de soutiens
directs importants. Jusqu’au milieu des années 90, des mécanismes
étaient en place au niveau européen pour éviter de trop fortes
baisses des cours susceptibles de mettre en difficulté les
producteurs. Il s’agissait principalement de démarches de
« retraits » qui consistaient, lors de périodes
d’excédents, à retirer du marché des quantités importantes de
fruits afin de soutenir les prix payés aux producteurs. Des
barrières douanières (moins importantes que pour d’autres
productions agricoles) et des limitations des importations dans les
périodes de production en Europe protégeaient également les
exploitations.
Les évolutions des dernières années ont consisté à réduire, pour
in fine les faire disparaître, ces mécanismes de retrait qui
maintenaient de mauvais ajustements entre l’offre et la demande.
Mais la disparition de ces mécanismes de protection a mis en face à
face les producteurs (très atomisés) et les distributeurs (très
concentrés). Les conflits récurrents entre la grande distribution
et les producteurs ont conduit les pouvoirs publics français à
instaurer de nouveaux mécanismes pour la protection des
producteurs.
Dans ce contexte, il apparaît que, malgré un réel dynamisme du
secteur qui s’est traduit par des gains de productivité
significatifs, la baisse des prix en aval des producteurs a été
moins forte pour les F&L que dans d’autres secteurs. Ainsi, les
fruits et légumes, produits peu soutenus de manière générale, n’ont
pas connu le processus de réforme à l’œuvre depuis 1992, visant la
baisse du soutien par les prix et la compensation des pertes
induites de revenu par des aides directes.
Agir sur les caractéristiques des aliments ?
Les produits agricoles peu ou pas transformés
Une première voie d’action pour l’amélioration de la valeur
nutritionnelle des aliments réside dans l’innovation et les
démarches de recherche-développement. Elles peuvent s’appliquer aux
produits transformés mais aussi aux produits agricoles bruts. Le
cas de la viande est illustratif.
Il s’agit des travaux qui étudient l’impact des techniques
agricoles de culture ou d’élevage sur la qualité nutritionnelle des
produits agricoles remis au consommateur. Jusqu’à maintenant, il
était exceptionnel que des critères nutritionnels soient pris en
compte dans les évolutions de ces pratiques au côté des critères
essentiels que sont les valeurs agronomiques et technologiques et
leur impact sur le prix, qui devait toujours tendre vers le bas,
sous la pression de la concurrence mondiale. Ainsi, des réflexions
ont été conduites à l’Afssa sur le lien les pratiques zootechniques
et la qualité des produits alimentaires ; commencées avec la
problématique, plutôt sur un versant sécuritaire, des vitamines
liposolubles dans l’élevage des jeunes animaux [3], elles se sont
poursuivies sur le sujet de la nature des acides gras (un fort
déséquilibre existant en France entre les séries oméga 6 et 3, [4])
et l’iode (la France étant toujours un pays considéré par l’OMS
comme à risque de carence modérée en iode [5]). Elles pourraient
être étendues à d’autres problématiques concernant les minéraux et
oligoéléments par exemple. Ces travaux reconnaissent que, si le
constat scientifique est relativement aisé à faire, la mise en
place d’évolutions risque d’être très difficile en l’absence de
réelle politique globale. Des filières particulières se mettent
parfois en place sur de tels critères, mais elles restent encore
quantitativement marginales. Il en est de même sur le versant
végétal : des réflexions ont été conduites à l’Académie
d’agriculture sur l’éventuelle prise en compte de critères
nutritionnels dans la sélection variétale des végétaux [6] :
des études montrent que sur des espèces importantes comme le blé,
des différences de l’ordre de trois fois peuvent être constatées
entre les variétés pour les fibres ou les minéraux, qui se
retrouvent dans les produits finis comme la farine et le pain
[7].
Pour les produits alimentaires transformés
Allégations, étiquetage et profils nutritionnels
L’étiquetage nutritionnel vise à informer les consommateurs sur les
caractéristiques des produits qui leur sont proposés. Les
allégations permettent aux entreprises de mettre en avant un
allégement ou un enrichissement en un nutriment, censé améliorer la
qualité nutritionnelle d’un produit. La nouvelle réglementation
européenne [8] vise à garantir aux consommateurs, d’une part, que
le produit qui porte une allégation est sensiblement différent du
produit standard, d’autre part, que l’amélioration sur la teneur en
un nutriment ne cache pas des caractéristiques défavorables sur les
autres nutriments.
La mise en place des profils nutritionnels, définis dans le
règlement européen 1924/2006 sur la régulation des allégations
nutritionnelles et de santé, s’inscrit dans cette perspective. Ce
règlement prévoit que seuls les aliments respectant un certain
profil (et notamment pas trop riches en lipides, sucres ou sel)
pourront porter des allégations. Les allégations représentent un
outil promotionnel important pour l’industrie, confirmé par
l’enquête DGAL/CLCV [9], montrant qu’elles constituent une
information importante dans la décision d’achat, bien avant la
liste des ingrédients ou l’étiquetage nutritionnel. De ce fait, de
plus en plus de produits portent des allégations (les trois quarts
des nouveaux produits mis sur le marché au niveau mondial). Le
législateur européen a considéré qu’il était nécessaire que la
présence d’une allégation valorisante ne puisse pas masquer la
composition éventuellement globalement défavorable d’un produit
alimentaire. Il a estimé aussi que ces profils pouvaient être un
encouragement à l’innovation et à la reformulation des
produits.
Dans une logique d’entreprise industrielle ou de distribution
cependant, les produits avec allégations s’inscrivent dans des
stratégies de différenciation et de segmentation du marché. La
prime à l’innovation conduit à positionner ces produits sur des
niveaux de prix plus élevés, à destination de consommateurs ayant
de plus fortes dispositions à payer. Les reformulations vers des
produits plus sains sur le plan nutritionnel pourraient alors ne
toucher que des produits de niche, à forte valeur ajoutée, même si
on ne peut exclure un effet général d’entraînement pour l’ensemble
des produits.
On peut noter que la circulaire sur la restauration collective
publique et notamment scolaire comporte aussi des profils
nutritionnels, qui conditionnent les fréquences de proposition des
différents composants dans les menus. Cependant, cette
recommandation n’a qu’un poids modeste et est très loin d’être
appliquée de façon satisfaisante. Parmi les écueils à son
application, les contraintes économiques sont là encore
présentes.
Normalisation et réglementation des caractéristiques des
produits
Pour intervenir sur les caractéristiques des produits de l’offre
alimentaire de base, une autre voie réside dans la réglementation
et l’imposition de normes. De telles démarches ont été envisagées
en diverses instances, pour le sucre et le sel par exemple. Elles
soulèvent de nombreux débats et conflits. Il n’existe pas, en
effet, à notre connaissance de travaux économiques sur les effets
des réglementations nutritionnelles sur les performances des
entreprises et des filières. Or les effets induits par ces
démarches de normalisation peuvent selon les cas s’avérer positifs,
négatifs ou nuls.
Les interventions des pouvoirs publics ont nécessairement des
conséquences économiques sur les acteurs des filières de production
– transformation - commercialisation, au tout premier plan desquels
les entreprises agricoles et industrielles fabricant les produits
« incriminés ». Elles peuvent en effet induire, selon les
cas une augmentation des coûts de fabrication, une
modification du jeu concurrentiel, une modification des stratégies
de segmentation du marché.
Ces conséquences doivent être identifiées. Elles
dépendront :
- – des surcoûts induits par le resserrement des
normes ;
- – de la structure de la concurrence à chaque maillon des
chaînes alimentaires (hétérogénéité et concentration des
entreprises, degré de différenciation des produits) ;
- – des types de relations et les rapports de force entre
les opérateurs d’amont et d’aval.
Tous ces éléments jouent sur les parts de marché, le partage de
la valeur, la transmission des prix aux consommateurs et le niveau
de qualité des produits mis en marché. Ils doivent être évalués
pour orienter correctement les interventions publiques. Si on
augmente la contrainte réglementaire, les surcoûts induits peuvent,
dans certains cas, être transmis sur le marché final. Les hausses
des prix à la consommation peuvent alors induire un report des
consommateurs vers des produits présentant des caractéristiques
nutritionnelles moins bonnes.
Chartes d’engagement et observatoire de la qualité de
l’alimentation
Si on ne peut nier l’importance d’une adaptation de l’offre
alimentaire face aux enjeux nutritionnels, il apparaît qu’il
n’existe pas de solutions simples permettant d’influencer dans ce
sens, et de façon directe, les mécanismes de marché. Dans un tel
contexte, une voie à privilégier consiste, pour les pouvoirs
publics, à agir de façon à conduire les acteurs privés à engager
des actions « volontaires » allant dans le sens d’une
amélioration de la qualité nutritionnelle de l’alimentation.
C’est dans cette voie que s’est engagé le PNNS2 en proposant la
mise en place de chartes d’engagements contractuels entre l’État et
les entreprises ou les interprofessions. Le référentiel précise que
ces engagements doivent concerner une part majoritaire de la
production de l’entreprise et des critères de prix seront pris en
considération. Ces engagements permettront aux professionnels de
valoriser auprès du consommateur le sérieux de leur démarche dans
le domaine de la nutrition. La possibilité de contrôle par tierce
partie du respect des engagements est un élément fondamental. Pour
le moment, aucune charte n’a encore été signée et il faudra
évidemment évaluer leur impact en ce qui concerne l’accessibilité
d’aliments plus intéressants pour la santé. Ces chartes
représentent une expérimentation intéressante qui pourrait
favoriser des évolutions spontanément difficiles, comme le montre
la très lente évolution de la teneur en sel du pain.
En complément des chartes d’engagement, la création d’un
observatoire de la qualité a été proposée de façon à suivre les
actions engagées par les entreprises dans la perspective de
l’amélioration de la qualité nutritionnelle de leur offre
alimentaire. Il s’agit ainsi d’objectiver les évolutions des
caractéristiques de l’alimentation et de dresser périodiquement un
état des lieux en matière de qualité nutritionnelle des aliments et
de mettre en évidence les efforts accomplis par les entreprises
dans ce sens.
Si l’on admet que, dans ce domaine, il sera longtemps difficile
d’établir des principes clairs de responsabilité sur le plan
juridique, la nécessité d’associer intervention publique et actions
volontaires des entreprises apparaît clairement. Une intervention
de la part des seuls pouvoirs publics exigerait des moyens
importants, serait confrontée à de grandes difficultés dans sa mise
en œuvre opérationnelle et générerait forcément de multiples
stratégies de contournement par les entreprises. D’un autre côté,
les actions volontaires conduites par les entreprises présentent un
intérêt, mais sans incitations mises en place par les pouvoirs
publics elles pourraient ne concerner que des segments de produits
différenciés et non pas les segments de produits destinés aux
catégories les plus confrontées aux risques nutritionnels.
L’appel à des démarches volontaires ne peut déboucher sur des
avancées significatives que s’il est associé à des dispositifs de
pilotage et de contrôle, portés par les pouvoirs publics ou par des
instances indépendantes, qui orientent les stratégies industrielles
dans le sens des objectifs de santé publique.
Références
1 Mytton O, Gray A, Rayner M, Rutter H. Could
targeted food taxes improve health? J Epidemiol Community Health
2007 ; 61 : 689-94.
2 Maillot M, Darmon N, Darmon M, Lafay L,
Drewnowski A. Nutrient-dense food groups have high energy
costs : an econometric approach to nutrient profiling. J Nutr
2007 ; 137 : 1815-20.
3 AFSSA. Évaluation des besoins nutritionnels des animaux en
vitamines A, D et E ainsi que des risques pour la santé animale et
la santé du consommateur, liés à des apports élevés chez les
animaux producteurs d’aliments. 2003.
4 AFSSA. Acides gras de la famille oméga 3 et système
cardiovasculaire : intérêt nutritionnel et allégations.
Rapport, juillet 2003.
5 AFSSA. Évaluation de l’impact nutritionnel de l’introduction
de composés iodés dans les produits agroalimentaires. Rapport de
mars 2005.
6 Martin A. Pour une prise en compte de critères nutritionnels
dans la sélection variétale des végétaux. Comptes rendus des
séances de l’Académie d’agriculture, séance du 13 février 2002.
www.academie-agriculture.fr/seances/2002.
7 Oury FX, Leenhardt F, Remesy C, et al.
Genetic variability and stability of grain magnesium, zinc and iron
concentrations in bread wheat. Eur J Agron 2006 ; 25 :
177-85.
8 Règlement 1924/2006 du 20 décembre 2006 concernant les
allégations nutritionnelles et de santé portant sur les denrées
alimentaires. Rectificatif publié au JOCE du 18 janvier 2007
L12/3-18.
9 DGAl/CLCV. Convention A02/22 relative à l’étude de la
compréhension par les consommateurs de certaines mentions figurant
dans l’étiquetage des denrées alimentaires préemballées et à leur
perception de certaines allégations nutritionnelles, fonctionnelles
et de santé. 2004.
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