ARTICLE
Auteur(s) : Yves Dronne
INRA Unité ESR de Rennes, rue Adolphe Bobierre, CS 61103,
F-35011 Rennes Cedex
L’huile de palme constitue depuis une vingtaine d’années un élément
essentiel du marché mondial des corps gras au niveau de la
production, et plus encore au niveau des échanges internationaux.
C’est un produit qui a fait preuve d’un très grand dynamisme à
l’intérieur d’un marché – celui des huiles végétales – où la
demande est en très forte croissance sous l’effet combiné de
l’accroissement de la population mondiale et de l’augmentation des
consommations par tête due à la croissance des revenus par habitant
dans de nombreuses zones [1]. Malgré certaines habitudes de
consommation, particulièrement dans les pays développés (par
exemple pour les huiles d’olive et de tournesol dans l’UE), les
différentes matières grasses sont en principe relativement
substituables entre elles en fonction des prix relatifs de ces
produits. En termes de prix, l’huile de palme se situe
généralement, à côté des huiles de soja et de colza, dans le
peloton de tête des huiles végétales les moins chères et donc les
plus demandées par les pays à faibles revenus pour l’alimentation
humaine et les usages techniques, mais aussi dans les pays
développés pour les usages dans les industries alimentaires,
l’alimentation animale et les usages techniques.Alors que la
production était jadis fortement localisée en Afrique pour
satisfaire largement la demande intérieure et marginalement
l’exportation vers certains pays développés tels que l’UE, c’est en
Asie et plus particulièrement en Malaisie et en Indonésie que cette
production s’est développée au cours des 30 dernières années, grâce
à une augmentation plus ou moins régulière des surfaces plantées et
des rendements en fruits et huile par hectare. Ces deux nouveaux
producteurs asiatiques ont développé une production essentiellement
orientée vers l’exportation permettant de satisfaire, grâce à des
prix en général compétitifs par rapport aux autres huiles, une
bonne part des besoins supplémentaires en matières grasses des pays
en développement largement déficitaires tels que l’Inde, le
Pakistan, ou l’Afrique du Nord. L’huile de palme brute, ou ses
dérivés tels que l’oléine et la stéarine, tend aussi de plus en
plus à concurrencer ou compléter les ressources locales en huiles
de zones géographiques telles que l’Europe de l’Ouest et de l’Est.À
côté de la production commerciale des deux pays leaders destinée
principalement à l’exportation, le palme constitue également dans
un certain nombre de pays – et tout particulièrement en Afrique –
une ressource alimentaire et économique croissance sous forme de
fruits et d’huile grâce à certaines augmentations de surfaces, les
rendements restant pour leur part souvent modestes. Ces nouvelles
productions jouent donc un rôle croissant dans l’économie
villageoise de ces pays et dans la satisfaction des besoins en
lipides de nombreuses populations qui n’ont pas directement accès
aux huiles d’importation. Cependant ces productions, lorsqu’elles
ne bénéficient pas d’encouragements locaux et de protections
suffisantes, subissent fortement la concurrence des huiles
végétales importées à faible prix, qu’il s’agisse de l’huile de
palme asiatique, de celles de soja ou de colza.Les questions qui se
posent sont donc, face à une demande mondiale en huiles qui devrait
continuer à augmenter très fortement, au niveau local, de savoir
comment et avec quelles formes d’organisation pourront continuer à
se développer ces productions souvent artisanales et, au niveau
mondial, jusqu’où pourra aller l’augmentation des superficies dans
les deux pays qui dominent actuellement l’offre mondiale, et dans
quelle mesure d’autres pays pourront prendre le relais soit pour
satisfaire leurs besoins intérieurs, soit pour participer aux
échanges mondiaux ?
L’évolution des surfaces et productions de palme dans le
monde
Les superficies en palme dans le monde ne sont connues qu’avec une
certaine imprécision et les chiffres diffèrent sensiblement selon
les sources. D’après les statistiques de la FAO, ces superficies
atteignaient environ 12 millions d’ha en 2004 (contre 8,4 de
surfaces matures selon Oil World), dont 4,3 dans l’ensemble de
l’Afrique, 3,7 en Malaisie, 3,2 en Indonésie et 900 000 ha dans le
reste du monde. En fait au cours des trente dernières années ces
évolutions ont été très différentes (( figure 1 )).
Alors que la surface en palme de l’Afrique est passée d’environ
3,4 millions d’ha en 1961 à 4,3 en 2004 (+ 900 000 ha), celle de
l’ensemble Indonésie-Malaisie, extrêmement faible en 1961 (moins de
150 000 ha) a véritablement explosé, d’abord en Malaisie, puis en
Indonésie à partir du milieu des années 80, pour connaître en 30
ans une progression de 6,7 millions d’ha. Dans le reste du monde,
les surfaces ont également fortement augmenté de moins de 100 000
ha en 1961 à prés de 900 000 actuellement notamment du fait des
progressions dans des pays tels que la Thaïlande, la Colombie,
l’Équateur, le Costa Rica et le Vénézuela.
Compte tenu de la diversité des systèmes d’exploitation des
plantations les rendements en terme de fruits sont très différents
d’une zone à l’autre (( figure 2 )).
Alors que les rendements ont très fortement progressé au cours
de la période en Malaisie, en Indonésie, et dans les pays non
africains pour atteindre des niveaux compris entre 15 et 20 tonnes
par ha, pour l’ensemble de l’Afrique, ces niveaux n’ont que très
faiblement augmenté passant d’environ 3,3 t/ha à 3,8, cette
moyenne masquant toutefois des différences très importantes selon
les pays.
Compte tenu des différences très fortes entre les évolutions de
surface et de rendement entre la moyenne africaine et les autres
zones, la part de ce continent dans la production mondiale de
régimes de palme a régressé d’environ 85 % en 1961 à seulement
10 % en 2004, alors que l’ensemble Malaisie – Indonésie
atteignait 81 % et le reste du monde 9 % contre 5 %
au début des années 60. Malgré ces reculs très importants en
pourcentages les tonnages de productions de fruits sont toutefois
passés en Afrique de 11,6 millions de tonnes (Mt) à 15,8 et dans le
reste du monde de moins d ’un million de tonnes à 14,8 Mt (( figure 3 )).
Cette production de régime de palme est pour l’essentiel
transformée en huile, soit de façon industrielle soit de façon
artisanale. Cette seconde activité est difficile à cerner à travers
les statistiques officielles et se trouve probablement fortement
sous estimée dans les chiffres de la FAO, comme dans ceux publiés
par Oil World (( figure
4 )).
Compte tenu de taux de transformation en huile des régimes de
palme en Malaisie, Indonésie et reste du monde nettement supérieurs
à ceux de la moyenne de l’Afrique, la part de ce continent sur le
marché mondial est encore plus faible pour l’huile, que pour les
fruits et les surfaces plantées. Selon les derniers chiffres de la
FAO relatifs à la production d’huile concernant l’année 2002,
l’Afrique représente en effet seulement 7 % du total (contre
77 % en 1961), alors que l’ensemble Malaisie-Indonésie se
situe à 82 % et le reste du monde à plus de 10 %. Malgré
ces faibles rendements en Afrique, le palmier est cependant de loin
la culture qui fournit le plus d’huile à l’hectare. Ainsi en Côte
d’Ivoire, cette plante fournit en moyenne 2 t/ha d’huile (à
partir de 10 t/ha de régime avec un rendement de 20 %)
contre seulement 400 kg/ha pour l’arachide et 90 kg/ha
pour le coton dans l’ensemble de l’Afrique.
Le graphique suivant fait apparaître le poids des principaux
pays dans la production mondiale. Il met notamment en évidence
l’importance du Nigéria pour sa production d’huile, mais surtout de
régimes de palme (( figure 5 )).
En termes de rendements en fruits et huile, les différences sont
également considérables selon les pays. Alors que les rendements
atteignent pour les fruits 28 t/ha au Nicaragua et 22 au
Guatemala, ils sont inférieurs à 10 dans de nombreux pays
africains, notamment au Nigéria qui possède de loin la principale
palmeraie africaine où ils ne sont que de 2,7 t/ha. Pour
l’huile, on va d’un rendement de 4,8 t/ha pour la Chine à
moins de 0,3 pour la Guinée, le Paraguay et le Nigéria. Dans ce
dernier cas, comme dans celui de nombreux pays africains où on
observe de très faibles taux de transformation des régimes de palme
en huile, il serait nécessaire de savoir ce que recouvrent
exactement les statistiques de « production d’huile »
fournies par la FAO (( figure 6 )).
Compte tenu de sa relativement faible population (23 millions
d’habitants en 2000), la Malaisie dispose de loin des plus fortes
productions par tête avec un niveau pour la période 1998-2000 de
2,4 tonnes en fruits et 470 kg en huile de palme, mais seulement
une faible partie de ces disponibilités est consommée dans le pays.
Pour de très nombreux autres pays, ces disponibilités sont notables
et à l’exception de l’Indonésie (disponibilités de 175 kg/tête pour
une population de 211 millions d’habitants) sont en général
destinées à la demande intérieure (( figure 7 )).
Dans la plupart des pays, l’apport de la production locale est
toutefois insuffisant pour satisfaire les besoins intérieurs et se
trouve complété par des importations d’huile de palme ou d’autres
huiles.
L’évolution des échanges mondiaux d’huiles de palme et des
autres huiles végétales
Selon Oil World, avec environ 31 Mt produites dans le monde en
2004, l’huile de palme se situe presque à égalité avec celle de
soja (33 Mt) et loin devant les huiles de colza (16 Mt) et de
tournesol (9 Mt). La grande différence entre ces divers marchés est
que tandis que seulement 30 % de la production mondiale
d’huile de soja sont échangés sur les marchés internationaux
(27 % pour celle de tournesol et 9 % pour l’huile de
colza), près de 80 % de celle de palme sont destinés au marché
mondial. De même pour l’huile de palmiste qui constitue un
co-produit de l’huile de palme, environ 52 % est échangé au
niveau international.
Avec une production prévue en 2005 de prés de 15 Mt sur 3,7
millions d’hectares, la Malaisie devrait représenter à elle seule
plus de 46 % de la production mondiale sensiblement devant
l’Indonésie (12 Mt sur environ 3,6 millions d’ha). L’ensemble des
autres pays du monde n’assurant que 15 % de la production
mondiale sur 20 % des surfaces cultivées (environ 9,2 millions
d’ha). Parmi les autres producteurs, seuls trois pays ont un
tonnage qui dépasse les 500 000 tonnes : le Nigéria avec
790 000 tonnes en 2004, la Thaïlande (670 000 tonnes) et la
Colombie (620 000 tonnes).
Selon les prévisions d’Oil World, la production mondiale devrait
atteindre en 2005 un nouveau record (progression de 1,6 Mt sur
l’année précédente) grâce à une légère progression des surfaces
(+ 7 %) et à des rendements records en Malaisie (3,9
t/ha) et en Indonésie (3,4 t/ha). Au cours des 20 dernières années
(1984-2004), la production mondiale a augmenté d’environ 23 Mt se
décomposant en 10 Mt en Malaisie, 10 Mt en Indonésie et 3 Mt dans
les autres pays. Ceci correspond, en moyenne annuelle, à une
progression de 1,1 Mt alors que la consommation mondiale des 17
principales matières grasses animales et végétales a doublé durant
le même temps (+ 64 Mt), correspondant à une progression
annuelle moyenne de 3,2 Mt. À côté de l’huile de soja, le palme a
donc joué un rôle crucial dans la satisfaction des besoins mondiaux
en huiles.
En indice, on observe qu’alors que la population mondiale a été
environ multipliée par 2 en 30 ans, les surfaces en palme ont été
multipliées par 3, les productions de régime par 11 et celles
d’huile par 17. Ceci montre bien l’impact des plantations à haut
rendement qui ont été mises en place notamment en Malaisie et
Indonésie. En moyenne mondiale, les disponibilités par tête en
fruits sont donc passées 4,4 kg/tête/an à 23,7 et celles en huile
de palme de moins de 0,5 kg/tête/an en 1961 à plus de 4 kg
actuellement (( figure
8 )).
La consommation moyenne actuelle de corps gras dans le monde
(total des utilisations alimentaires et non alimentaires) est
d’environ 20 kg/tête/an contre 13,5 en 1984. On peut donc calculer
qu’au cours de ces deux décennies, sur les 64 Mt de progression de
consommation mondiale, 22 Mt sont directement liés à l’effet
démographique et ont permis aux 1,63 milliards d’habitants
supplémentaires de la planète de disposer des mêmes quantités de
corps gras par tête que les humains de 1984, le solde soit 42 Mt
ayant été consacré à l’amélioration des rations alimentaires.
Aujourd’hui, avec une progression moyenne annuelle d’environ 70
millions d’habitants sur la planète, c’est de 1,4 Mt
supplémentaires de corps gras que doit disposer le monde chaque
année pour simplement assurer le maintien d’une consommation
moyenne de 20 kg/tête/an.
En fait, les disponibilités en corps gras par tête sont encore
aujourd’hui extrêmement hétérogènes dans le monde. Alors que dans
les pays développés comme l’UE et les États-Unis on tend à
plafonner à des niveaux voisins de 50 kg/tête/an, on n’est encore
qu’à 5 kg au Vietnam, 7 kg au Bangladesh et 12 kg en Inde. Il faut
toutefois noter que dans ces chiffres de consommation, les
statistiques disponibles incluent tous les usages alimentaires et
non alimentaires (alimentation animale, savonnerie, biocarburants,
autres usages techniques), ce qui tend à surestimer les
consommations alimentaires réelles dans des pays tels que l’UE ou
les États-Unis, alors que ces mêmes statistiques, ne prenant en
compte que les « productions commercialisées », tendent à
sous-estimer – fortement pour certains pays – les consommations
réelles de corps gras à partir de cultures autoconsommées ou de
graines oléagineuses telles que l’arachide.
Alors que 85 % de la production mondiale est concentrée
dans seulement deux pays (Malaisie et Indonésie), plus de 50 %
de la consommation dans le monde se trouvent situés dans seulement
4 zones d’importance relativement voisine en tonnage :
l’Inde, la Chine, l’Indonésie et l’UE. Pour l’Indonésie, compte
tenu de son importante population (plus de 210 millions
d’habitants), la consommation intérieure de corps gras, bien
qu’encore située à un niveau très modeste de 17 kg/tête/an,
intervient comme facteur limitant sa présence sur le marché
mondial. Dans ce pays, « seulement » 72 % de sa
production devraient être exportés sur le marché mondial en 2005
contre 92 % en Malaisie où les besoins intérieurs sont
beaucoup plus faibles. En ce qui concerne les trois autres grands
consommateurs mondiaux d’huile de palme (Chine, Inde, UE), les
besoins sont essentiellement, voire totalement, satisfaits par
l’importation. Ces trois pays sont en effet les trois premiers
importateurs mondiaux avec respectivement 3,9 Mt, 3,4 Mt et 4,0 Mt
et absorbent 47 % des exportations mondiales.
Le commerce mondial de l’huile de palme s’est développé en
pourcentage encore plus vite que la production. Alors qu’il
représentait 4,4 Mt en 1984 (65 % de la production), il a
atteint 24 Mt en 2004 (près de 90 % de la production). Plus de
la moitié de cet accroissement du commerce mondial a été dirigée
vers l’UE, l’Inde et la Chine, ce dernier pays étant au milieu des
années 80 totalement absent du marché mondial. La structure du
marché mondial de l’huile de palme est donc d’abord caractérisée
par la confrontation entre deux grands pays producteurs dont les
exportations ont très fortement augmenté au cours des 20 dernières
années et trois grandes zones d’importation dont les besoins ont
tout autant progressé.
Selon les chiffres de la FAO, la valeur des exportations
mondiales d’huiles de palme a représenté 8,9 milliards de dollars
en 2003 et apporté respectivement 5,2 milliards à la Malaisie et
2,4 à l’Indonésie. En sens inverse, l’ensemble des pays
déficitaires – souvent à faible revenus – ont dû débourser plus de
9 milliards de dollars pour les importations de cette huile
(tableau 1( Tableau 1 )).
En dehors des cinq leaders cités précédemment, d’autres zones et
pays interviennent toutefois sur le marché soit au niveau de la
production, soit au niveau des importations. Globalement, le
tonnage d’huile de palme produite atteint actuellement environ 1,5
Mt dans l’ensemble de l’Afrique et 1,6 en Amérique Centrale et du
Sud. Dans chaque cas, un pays nettement leader se dégage : le
Nigéria en Afrique avec prés de 800 000 tonnes et la Colombie en
Amérique avec un peu plus de 500 000 tonnes. Malgré quelques
exportations modestes qui peuvent atteindre ou dépasser les 80 000
tonnes (Colombie, Costa Rica, Côte d’Ivoire), toutes ces
productions sont essentiellement destinées à des consommations
intérieures. En dépit de l’imprécision des chiffres, il semble que
la production ait pratiquement doublé en Afrique depuis le milieu
des années 80 et ait été multipliée par trois en Amérique Centrale
et du Sud, ces progressions étaient observées dans la plupart des
pays concernés. À titre d’exemple, en Afrique, la Côte d’Ivoire est
passée de moins de 20 000 tonnes à plus de 250 000, le Cameroun de
60 000 à 140 000, le Ghana de 40 000 à 110 000 et surtout le
Nigéria de 300 000 à 800 000. En Amérique, la progression la plus
forte est celle de la Colombie qui est passée de 100 000 tonnes à
plus de 500 000 tonnes, mais les avancées sont également
importantes au Costa Rica, au Honduras, en Équateur, au Guatemala
et aussi au Brésil, où cette culture était pratiquement inexistante
il y a vingt ans. Ces développements au niveau de chacun de ces
pays ont donc eu des effets favorables sur les revenus des
producteurs et les approvisionnements locaux en huiles végétales,
mais dans presque tous les cas ils n’ont pas évité le développement
de fortes importations d’huiles de base : palme, soja ou dans
certains cas colza.
En fait, tous les continents sont directement concernés par
l’expansion du marché mondial du palme, mais à des titres divers
(tableau 2( Tableau 2 )).
Selon les estimations de la FAO, les utilisations totales
d’huile de palme se décomposeraient en environ 57 % pour
l’alimentation humaine et 43 % pour les autres usages (dont
savonnerie, usages techniques, lipochimie), mais ces répartitions,
assurément très différentes selon les zones géographiques, restent
difficiles à cerner précisément.
L’Europe qui produit 23,2 Mt de corps gras (à partir de produits
locaux ou de graines importées, notamment de soja) consomme
actuellement plus de 28 Mt de ces produits. Avec plus de 4 Mt
d’importations de Malaisie et d’Indonésie, le palme permet de
couvrir l’essentiel de ce déficit. Pour les 15 anciens pays de
l’UE, la consommation de cette huile arrive en première position
devant le colza, l’olive, le tournesol et le soja. Ce produit s’est
également fortement développé dans les nouveaux états membres et
dans les pays de l’ex-URSS en raison de son faible prix. Ainsi un
pays comme l’Ukraine, qui est devenu fortement exportateur d’huile
de tournesol vers l’UE et l’Afrique du nord, a dans le même temps
développé ses importations d’huile de palme pour bénéficier des
différentiels de prix importants entre ces deux produits.
En Afrique, l’huile de palme représente environ 40 % de la
production et 44 % de la consommation locale de corps gras. La
zone présente donc un important déficit en huile de palme (environ
2,4 Mt) avec des importations particulièrement importantes en
Égypte, au Kenya, en Afrique du Sud, au Nigéria et en Algérie.
Compte tenu de l’accroissement de la population et d’une relative
stagnation des productions intérieures, le déficit en huiles ne
cesse de se creuser tout particulièrement en Afrique du Nord.
La ( figure 9
) montre que malgré une progression de plus de 60 % de la
production d’huile de palme en 30 ans, due à la fois à un effet
surface et de façon limitée à un effet rendement, ce tonnage est
loin d’avoir suivi le rythme d’augmentation de la population, d’où
le très fort développement des importations.
À partir des récoltes locales, en 1961, l’Afrique avec 290
millions d’habitants disposait en moyenne de 40 kg/tête/an de
fruits du palmier et de 4 kg/tête/an d’huile de palme. En 2004,
selon la FAO, avec une population de 850 millions de personnes et
une production en faible croissance, ces disponibilités ont été
ramenées à respectivement 18,6 et 2,2 kg/tête/an. On doit noter
qu’une disponibilité de 18,6 kg/tête/an exprimée en fruits
correspond théoriquement à une disponibilité de 3,7 kg/tête/an en
huile calculée avec un rendement moyen de 20 %. Ce chiffre,
nettement supérieur aux 2,2 kg/tête/an fournis par les
statistiques, tend à montrer que les statistiques officielles de
production d’huile ne prennent probablement pas en compte les
fabrications artisanales et donc que celles-ci sous-estiment
fortement l’importance économique et alimentaire de cette culture
en Afrique (tableau 3( Tableau 3 )).
Parmi les pays africains, le Nigéria est à la fois le principal
producteur et un des principaux importateurs d’huile de palme à
côté du Kenya, de l’Afrique du Sud, de la Tanzanie et de l’Égypte.
À l’exception de la Côte d’Ivoire, tous les pays africains
présentent un déficit en huile de palme, y compris le Cameroun. Au
niveau des utilisations de l’Afrique, près de 40 % du tonnage
serait consacré à des usages non alimentaires.
En Amérique, la consommation de corps gras est de l’ordre de 28
Mt et la production (issue de la trituration locale) d’environ 35
Mt. La zone est donc globalement excédentaire en huiles
(principalement soja), mais les situations sont très diverses et
certains pays comme Haïti et les États-Unis sont des importateurs
notables d’huiles de palme asiatique pour des raisons de prix ou
d’usages techniques.
L’essentiel des échanges s’effectue donc à l’intérieur de l’Asie
entre principalement la Malaise et l’Indonésie d’une part, la
Chine, l’Inde et le Pakistan d’autre part. Des pays tels que le
Japon, la Corée, l’Arabie Saoudite et le Bangladesh sont aussi de
forts importateurs (tableau 4).
Comme le montre le tableau précédent, à l’exception de la
Malaisie, de l’Indonésie et de la Thaïlande, pratiquement tous les
autres pays asiatiques sont déficitaires. Globalement, la
consommation du continent se décompose en 68 % d’usages
alimentaires et 32 % d’autres usages.
Tableau 1 Commerce mondial de l’huile de palme en
tonnage et valeur en 2003. Unités : Milliers de tonnes et
millions de dollars; Source : FAOSTAT.
|
Import tonnage
|
Import valeur
|
Export tonnage
|
Export valeur
|
|
Monde
|
20 097
|
9 359
|
20 802
|
8 931
|
|
Indonésie
|
4
|
2
|
6386
|
2 455
|
|
Malaisie
|
368
|
158
|
12 080
|
5 219
|
|
Autres
|
19 725
|
9198
|
2 336
|
1 257
|
Tableau 2 Bilan par zone de l’huile de palme 2002.
Source : FAOSTAT; Unité : Milliers de tonnes.
|
2002
|
Production
|
Solde
|
Utilisations a
|
Alimentaires
|
Autres
|
|
Europe
|
0
|
-3 712
|
3 734
|
449
|
3 285
|
|
Afrique
|
1 864
|
-1 536
|
3 399
|
2 043
|
1356
|
|
Amer N et C
|
401
|
-3 73
|
785
|
316
|
468
|
|
Amer S
|
1044
|
109
|
935
|
645
|
290
|
|
Indonésie
|
9 020
|
6905
|
2415
|
1 777
|
638
|
|
Malaisie
|
1 1909
|
12340
|
234
|
136
|
98
|
|
Autres Asie
|
866
|
-10 193
|
10 782
|
7161
|
3 622
|
|
Autres
|
352
|
-28
|
341
|
311
|
30
|
|
Monde
|
25 457
|
0
|
22 625
|
12 838
|
9 787
|
acompte tenu des variations de stocks.
Tableau 3 Bilan des principaux pays africains en huile
de palme (2002).Source : FAOSTAT ; Unité : milliers
de tonnes.
|
Production
|
Solde
|
Utilisations a
|
Alimentaire
|
Autres
|
|
Nigéria
|
908
|
-185
|
1 093
|
730
|
363
|
|
Côte d’Ivoire
|
276
|
76
|
200
|
161
|
38
|
|
Cameroun
|
144
|
-6
|
150
|
80
|
70
|
|
Egypte
|
0
|
-143
|
143
|
0
|
143
|
|
Kenya
|
0
|
-342
|
342
|
192
|
150
|
|
Afrique du Sud
|
0
|
-295
|
295
|
45
|
250
|
|
Tanzanie
|
6
|
-149
|
155
|
78
|
78
|
|
Rép Dém Congo
|
170
|
-19
|
197
|
195
|
2
|
|
Ghana
|
108
|
0
|
108
|
48
|
60
|
|
Autres
|
252
|
-474
|
716
|
515
|
202
|
|
Afrique
|
1 864
|
-1 536
|
3 399
|
2 043
|
1 356
|
acompte tenu des variations de stocks.
L’évolution des prix mondiaux du palme et des autres
huiles
Au niveau international, l’huile de palme s’est donc affirmée comme
le concurrent le plus important de l’huile de soja, qui reste
actuellement la première huile végétale produite et consommée dans
le monde. Contrairement aux graines oléagineuses qui fournissent à
la fois des tourteaux et des huiles et dont la rentabilité dépend
de l’évolution des prix internationaux sur ces deux marchés, le
palme, si l’on exclut le tourteau de palmiste qui ne représente
qu’une faible part de la valorisation de cette production, dépend
essentiellement de la situation des marchés des matières grasses
végétales. Par ailleurs, alors que les surfaces cultivées en
graines oléagineuses (notamment en Amérique et en Europe) peuvent
s’ajuster chaque année en fonction des rentabilités relatives de
ces graines par rapport aux cultures de substitution (en
particulier les céréales et le maïs dans le cas du soja),
l’élasticité de l’offre en huile de palme est très faible, les
surfaces sont peu flexibles et les évolutions de la production
d’une année sur l’autre dépendent largement de rendements liés
principalement aux conditions climatiques. Au niveau de l’offre, la
production de palme apparaît donc comme peu sensible aux variations
des prix internationaux de ce produit, mais en sens inverse ses
niveaux annuels de production et ses prix tendent à influencer
fortement les prix des autres huiles végétales dont le palme est
plus ou moins substituable.
Au cours des 30 dernières années, le prix de l’huile de palme
brute rendue en Europe a oscillé entre un minimum de 390 $/tonne en
1990 et un maximum de 729 en 1984. On observe que pour cette huile
comme pour les autres huiles végétales (soja, colza, tournesol,
palmiste, coco), on a enregistré un saut de prix très important en
1973 et que par la suite on n’a jamais retrouvé les niveaux de prix
de 200 à 260 $/tonne qui prévalaient antérieurement. En sens
inverse, on observe qu’en moyenne les prix de cette huile comme
celle de soja ont été plus faibles au cours des 20 dernières années
que durant la période 1975-1985. Ce phénomène peut largement
s’expliquer par la forte pression qu’a exercée sur le marché le
développement de la production de l’huile de palme (et dans une
certaine mesure de celle de soja). La ( figure 10 ) montre par
ailleurs qu’au cours des années où la production de palme en
Indonésie et Malaisie connaît une forte progression due à de bons
rendements, le différentiel de prix entre palme et soja tend à
augmenter.
Le positionnement de l’huile de palme en matière de prix sur le
marché mondial a constitué un élément très important du
développement du commerce international, à côté des stratégies
commerciales mises en œuvre par les deux grands pays leaders. La
concurrence la plus directe s’exerce avec le soja. Cependant,
compte tenu des possibilités de substitution au niveau de la
consommation humaine, les interrelations jouent aussi avec les
huiles de colza et de tournesol et, in fine, les prix de ces quatre
huiles sont fortement corrélés entre eux. La situation est
différente pour les huiles de coprah (ou coco) et de palmiste qui,
faisant l’objet d’une demande relativement spécifique pour des
usages principalement non alimentaires, ont des prix relativement
plus autonomes et plus fluctuants (( figure 11 )).
Globalement, les prix de l’huile de palme sont nettement
corrélés avec ceux des autres huiles végétales et ils subissent les
mêmes grandes fluctuations d’une année sur l’autre sous l’effet des
évolutions de l’offre et de la demande mondiales en corps gras ((
figure 12
)).
Sur ce marché de plus en plus mondialisé, l’huile de palme et
celle de soja constituent les deux produits leaders dont les prix
influencent ceux des autres produits. Au cours des 30 dernières
années, le rapport de prix de l’huile de palme sur celle de soja a
fluctué, en moyenne annuelle, entre un maximum de 113 % en
1981 et un minimum de 65 % en 1990. En 2004, l’huile de palme
était très compétitive avec un ratio de seulement 76 %. En
fait, au-delà des fluctuations annuelles, le calcul des moyennes
mobiles sur 5 ans et de la courbe de tendance montre une grande
stabilité du ratio au cours du temps autour d’une moyenne de
90 %. Compte tenu des coûts actuels très élevés du fret
maritime, les prix rendus de l’huile de palme de Malaisie dans de
nombreux pays africains ou asiatiques peuvent être nettement
inférieurs à ceux concernant l’Europe et donc constituer une
concurrence importante par rapport aux productions locales.
Sur le long terme, le palme reste donc l’huile végétale la plus
compétitive au niveau du prix. Cependant, en fonction des
conjonctures particulières de chaque année, les grands importateurs
mondiaux tels que la Chine, l’Inde, le Pakistan, le Bangladesh ou
l’Afrique du Nord peuvent moduler leur demande des différents
produits pour assurer à la fois une certaine diversification de
leurs approvisionnement et une limitation de leurs dépenses
extérieures. Cependant, certains pays tels que la Chine, qui ont
des besoins intérieurs très importants à la fois en huiles et en
tourteaux, peuvent privilégier les importations de graines de soja
en vue de la trituration locale, mais compte tenu du faible
rendement en huile de cette graine, il leur reste toutefois à
assurer des besoins complémentaires en corps gras qui sont
satisfaits principalement par des importations d’huile de
palme.
Les perspectives de développement de l’huile de palme
Au cours des 15 prochaines années, la consommation mondiale de
corps gras devrait continuer à augmenter à un rythme très rapide.
Pour satisfaire un niveau de consommation moyen de 24 kg/tête/an
contre 20 kg actuellement à une population qui devrait atteindre
7,4 milliards d’habitant au cours de la période 2016/2020, il
faudra disposer de 176 Mt de corps gras contre 128 aujourd’hui. Les
perspectives de développement des corps gras animaux (huiles de
poissons, suif, saindoux, beurre, etc.) étant limitées, c’est sur
les huiles végétales qu’il faudra essentiellement compter et plus
particulièrement sur le soja et le palme. Alors que le
développement des cultures de soja (notamment en Amérique du Sud)
dépendra fortement de l’évolution de la demande mondiale en
tourteaux et donc de l’augmentation des productions de viandes de
monogastriques, celui du palme dépendra essentiellement des
surfaces disponibles dans quelques pays, de l’augmentation des
rendements et de la possibilité de couvrir par les prix de marché
ou les usages intérieurs des coûts de production probablement
croissants. La compétition entre huiles de palme et de soja
dépendra aussi fortement de l’évolution des barrières tarifaires et
non tarifaires de certains grands importateurs qui influencent
aujourd’hui les quantités et la nature des produits importés.
Selon les prévisions publiées par Oil World [2], la production
mondiale de palme pourrait atteindre 41 Mt en 2016/2020 (contre 37
Mt pour celle de soja), se décomposant en 18 Mt en Indonésie, 15 en
Malaisie, et 8 dans le reste du monde. Compte tenu de
l’augmentation de leur demande intérieure, ces deux pays pourraient
alors exporter globalement 26 Mt destinées principalement à la
Chine, l’Inde, l’UE et le Pakistan. Le rapport du FAPRI [3] estime
pour sa part la production d’huile de palme de la Malaisie à
l’horizon 2013/2014 à 18 Mt et celle de l’Indonésie à 14 Mt, ces
deux pays exportant globalement 25 Mt. Selon cette étude le déficit
du reste du monde passerait de 7,8 Mt en 2003/2004 à plus de 11 Mt
au cours de cette période.
Ces diverses prévisions mettent l’accent sur les aspects
relatifs au commerce international et à la production industrielle
d’huile. Cela ne doit pas faire oublier les apports en termes
économiques et sociaux de la production de palme dans de nombreux
pays.
Conclusion
L’huile de palme a joué un rôle considérable dans la satisfaction
des besoins mondiaux huiles au cours des 20 dernières années. Ce
développement s’est effectué selon deux logiques. D’abord la
logique industrielle et de commerce international de deux pays, la
Malaisie et l’Indonésie qui ont misé sur la forte croissance des
échanges internationaux, en partie vers des pays développés, mais
aussi très largement vers des pays en développement. Ce fort
accroissement de l’offre a permis, la plupart du temps de maintenir
le prix de ce produit à des niveaux relativement faibles par
rapport aux produits concurrents. Dans tous les cas où les droits
de douane étaient faibles, ce produit est donc devenu un concurrent
important des productions locales de palme et graines oléagineuses.
Le déficit global en corps gras reste considérable et risque de
s’accroître encore dans de nombreux pays d’Afrique, d’Asie du Sud
et d’Amérique Centrale et du Sud. Même si la mise en place de
filières d’exportation à partir de nouveaux pays, sauf pour des
débouchés proches paraît difficile compte tenu de la très grande
compétitivité acquise par la Malaisie et l’Indonésie en matière de
production et de transformation (industrie du fractionnement).
La seconde logique de développement du palme est celle de
productions et de transformations souvent plus artisanales,
intégrées dans des économies villageoises, visant à satisfaire des
besoins locaux en matières grasses, particulièrement pour des
populations rurales ayant peu d’accès aux huiles d’importations qui
transitent par les ports et sont surtout accessibles aux urbains.
Ce développement s’est jusqu’à présent surtout fondé sur une
augmentation des surfaces plantées. Bien que les rendements restent
généralement faibles, le palme est cependant la culture qui fournit
de loin le plus de corps gras à l’hectare. Outre le rôle modérateur
par rapport aux fortes fluctuations des prix des huiles et du fret
maritime sur le marché mondial, ces productions peuvent s’inscrire
dans une logique de développement durable de l’agriculture, de
développement social et économique, tout en limitant la dépendance
de nombreux pays par rapport aux importations.
Références
Oil World, 1999 Oil World. Supply, demand and prices from 1976
through 2020. Ista Mielke Hambourg, 1999.
FAPRI, 2004 FAPRI. US and World outlook to 2013/2014, Staff
report 1-04.
Dronne, 2004 Dronne Y. Huiles végétales : un marché en
pleine expansion. Pour 2004 ; 184 : 115-22.
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