ARTICLE
Auteur(s) : Eric GONTIER1, Sébastien
GOUGEON1, Xavier GUILLOT2, Brigitte
THOMASSET3, Luc MÉJEAN4, Thi Lê Minh
TRÂN1, Frédéric BOURGAUD1
1 UMR ENSAIA-INRA 1121 Agronomie et
Environnement, 2, av. Foret de Haye, 54500 Vandœuvre,
France
<eric.gontier@ensaia.inpl-nancy.fr>
2 Laboulet Semences S.A., BP5, 80270 Airaines,
France
3 LTE, UMR 6022 CNRS, Université de Technologie de
Compiègne, BP 20 529, 60205 Compiègne cedex, France
4 LSA-ENSAIA-INRA, 2, av. Foret de Haye,
54500 Vandœuvre, France
Les acides gras polyinsaturés (acides gras essentiels)
Les acides gras polyinsaturés (AGPI) tels que l’AL et l’ALA sont
dits « essentiels » car l’homme (comme tous les
mammifères) est incapable de les synthétiser à partir des composés
présents dans son alimentation, en particulier à partir des acides
gras saturés (AGS) ou mono-insaturés (AGMI). Il est donc
indispensable que ceux ci soient présents dans la nourriture [1,
2]. On distingue deux classes importantes d’AGPI dont les
représentants principaux sont (figure 1) :
– les acides gras oméga 6 (aussi appelés n-6) : AL acide
linoléique (C18:2, n-6) et AA acide arachidonique (C20:4,
n-6) ;
– les acides gras oméga 3 (aussi appelés n-3) : ALA pour
acide α-linolénique (C18:3, n-3), EPA pour acide eicosapentaénoïque
(C20:5, n-3) et DHA acide docosahexaénoïque (C22:6, n-3).
AA, EPA et DHA, possèdent un nombre de carbones strictement
supérieur à 18. Ils sont dits « acides gras polyinsaturés
longues chaînes » (AGPI-LC). Dans notre organisme, ils peuvent
être synthétisés directement à partir de leurs précurseurs à
18 carbones : acide linoléique pour les n6-AGPI-LC et
acide linoléique pour les n3-AGPI-LC. Ces AGPI-LC sont présents en
quantité importante dans nos cellules, membranes cellulaires et
tissus (rétine, cortex cérébral, testicules, spermatozoïdes,
cerveau,...). Ils sont aussi des précurseurs de molécules
importantes telles que les prostaglandines, les thromboxanes et les
leucotriènes [1].
Oméga 3 et santé
Dans l’organisme sain, EPA et DHA peuvent être synthétisés à
partir de l’ALA fourni par la nourriture [1, 3, 4]. De même, les
n6-AGPI-LC peuvent être synthétisés à partir de l’AL. Cependant,
ces deux voies métaboliques conduisant aux n-3 et n-6 AGPI-LC
utilisent les mêmes enzymes (élongases et désaturases) et
fonctionnent en compétition. Il est donc nécessaire de fournir un
bon ratio AL/ALA afin de permettre un bon équilibre métabolique. Le
ratio idéal recommandé se situe autour de 5 [2].
De très nombreuses études montrent des effets bénéfiques des
acides gras polyinsaturés.
Des enquêtes de consommation ont en effet prouvé que la dose
moyenne d’acides gras oméga 3 ingérée au sein de la population
française était inférieure aux apports nutritionnels conseillés [2,
4-5]. Par opposition, les doses d’acides gras saturés (acide
palmitique, notamment) ou d’oméga 6 sont trop élevées. Un
rééquilibrage des besoins en oméga 3, via une réduction
de la consommation de lipides animaux au profit des huiles
végétales est donc nécessaire [1-2]. Une telle alimentation
enrichie en ALA peut avoir des conséquences favorables sur la santé
humaine. A titre d’exemple, on peut citer les travaux de Renaud
et al. [6] qui ont mis en évidence une diminution importante
des risques de mortalité cardiovasculaire chez des sujets
cardiaques, suite à un enrichissement en ALA du régime
alimentaire.
Comme indiqué par l’Agence Française de Sécurité Sanitaire des
Aliments [2] : « Un faisceau de travaux expérimentaux
et épidémiologiques suggère que la consommation régulière d’acides
gras oméga 3 pourrait être associée à des effets
cardiovasculaires bénéfiques. Toutefois, différentes études
d’intervention, chacune conduite dans des conditions particulières,
ont fourni un éclairage quelque peu contrasté ». Si la
tendance montre clairement un avantage apporté par une consommation
accrue d’oméga 3, il convient de rester extrêmement prudent
quant aux préconisations qui peuvent être faites. C’est le cas,
vis-à-vis des allégations éventuelles accompagnant la promotion de
produits alimentaires contenant des acides gras oméga 3
[2].
Selon l’étude SU.VI.MAX (citée dans [2]) : « la
contribution des matières grasses végétales (huiles et margarines)
à l’apport en ALA est faible – 6, 7 % en
moyenne – soit moins que les fruits et légumes (environ
10 %). Toutefois, la contribution des matières grasses
végétales à l’apport en ALA s’accroît lorsque l’apport en ALA
s’élève » (figure
2).
En France, les principaux aliments contribuant à l’apport d’ALA
sont les produits animaux (produits laitiers, viandes, volailles,
charcuteries) qui représentent environ 40 % de l’apport [2].
Cependant, les végétaux (fruits et légumes) et les huiles végétales
représentent une possible marge de progrès en vue de s’approcher
des apports nutritionnels conseillés pour l’AL et l’ALA dans un
rapport AL/ALA proche de 5. C’est ce que nous allons tenter
d’illustrer au travers d’un état des lieux et des perspectives
envisageables.
ALA dans les légumes verts et les fruits…
On trouve de l’ALA en proportion importante dans des végétaux
verts [1, 2, 7-12]. Le chou, le cresson, les épinards, le persil,
le pourpier, la laitue, le brocoli, le navet, les haricots, pois ou
pois cassés... – et les agrumes – citrons,
oranges, pamplemousses... font partie de ces catégories de produits
végétaux présentant une teneur relative en ALA élevée (tableau 1). Ils sont aussi et surtout intéressants
d’un point de vue nutritionnel parce qu’ils apportent d’autres
éléments indispensables tels que vitamines, minéraux, antioxydants
par exemple [2]. En effet, si l’ALA représente souvent plus de
50 % des acides gras dans les fruits et légumes, la teneur en
corps gras est basse [1, 2, 7-12]. Il s’agit surtout des
phospholipides et esters de glycérol autres que les triglycérides
[13]. Cette teneur est le plus souvent inférieure à 2 g pour
100 g de matière fraîche. Ainsi, la consommation de ces
produits apporte une bonne proportion d’ALA mais une quantité
totale relativement faible. Il convient donc de privilégier la
consommation de fruits et de légumes tout en complétant
l’alimentation avec des sources autres à contenu en ALA encore plus
important.
Tableau 1. Sources végétales
d’acide α-linolénique (beurre et saindoux mis en
référence).
| Source |
Nom anglais |
Nom latin |
Contenu lipidique (g/100g) |
Teneur en ALA : g/100g de produit |
Références |
| Graisses et
huiles |
| Beurre |
Butter |
|
83,2 |
1,2 |
1 |
| Saindoux |
Lard |
|
100 |
0,98 |
1 |
| Huile de lin* |
Linseed oil |
Linum usitatissimum L. |
100 |
54,2 |
1 |
| Huile de cameline* |
Camelina oil |
Camelina sativa (L.) Crtz. |
100 |
30 à 40 |
7 |
| Huile de soja |
Soybean oil |
Glycine max (L.) |
100 |
7,7 |
1 |
| Huile de colza |
Rapeseed oil |
Brassica napus |
100 |
9 |
1 |
| Huile de noix |
Walnut oil |
Juglans regia |
100 |
13,5 |
1 |
| Huile d’olive |
Olive oil |
Olea europaea |
100 |
0,86 |
1 |
| Huile de chanvre* |
Hemp oil |
Cannabis sativa |
100 |
20 |
8 |
| Huile de basilic |
Basil seed oil |
Ocimum basilicum |
100 |
44-65 |
9 |
| Margarine à base d’huiles végétales |
Vegetable oil margarine |
|
80 |
2,4 |
1 |
| Noix, amandes,
graines... |
| Amandes |
Almonds |
Prunus dulcis |
54,1 |
0,26 |
1 |
| Noisettes |
Hazelnuts |
Corylus avellana |
61,6 |
0,15 |
1 |
| Cacahuètes grillées |
Peanuts, roasted |
Arachis hypogaea L. |
49,4 |
0,54 |
1 |
| Noix de pécan |
Pecans |
Carya illinoinensis (Wangenh.) C.
Koch |
72 |
0,85 |
1 |
| Noix |
Walnuts |
Juglans regia |
62,5 |
6,8 |
1 |
| Pois du cap |
Lima bean, dry |
Phaseolus lunatus |
1,4 |
0,25 |
1 |
| Pois secs |
Pea, seed, dry |
Pisum sativum |
1,44 |
0,16 |
1 |
| Graines de soja (sec) |
Soybean, dry |
Glycine max (L.) Merr. |
18,1 |
0,9 |
1 |
| Graines de pourpier d’Australie |
Purslane |
Portulaca oleracea L. |
8 à 17 |
4,8 |
10 |
| Graines de sésame sauvage |
Wild sesame |
Perilla fructescens L. var. crispa |
27 |
17,5 |
11 |
| Germes de blé |
Wheat, germ |
Triticum sp. L. |
9,2 |
0,59 |
1 |
| Son de blé |
Wheat bran |
Triticum sp. L. |
4,65 |
0,16 |
1 |
| Grain d’orge |
Barley whole grain |
Avena sp. L. |
2,1 |
0,11 |
1 |
| Flocons d’avoine |
Rolled oats |
Avena sp. L. |
7 |
0,1 |
1 |
| Graine de Matthiole à fruits à trois cornes |
Stock |
Matthiola tricuspidata |
17 |
7,1 |
12 |
| Graines de Chia |
Chia |
Salvia hispanica |
25-32 |
18 |
12 |
| Légumes et fruits |
| Chou fleur |
Cauliflower |
Brassica oleracea var.botrytis |
0,28 |
0,1 |
1 |
| Cresson d’eau |
Cress |
Nasturtium officinale |
0,7 |
0,29 |
1 |
| Chou frisé |
Kale |
Brassica oleracea Var. acephala f.
sabellica |
0,9 |
0,35 |
1 |
| Laitue |
Lettuce |
Eruca lactuca sativa |
0,22 |
0,07 |
1 |
| Radis |
Radishes |
Raphanus sativus L. |
0,14 |
0,05 |
1 |
| Persil |
Parsely leaf |
Petroselinum crispum |
0,36 |
0,12 |
1 |
| Pomme de terre |
Potato |
Solanum tuberosum |
0,11 |
0,02 |
1 |
| Epinards |
Spinach |
Spinacia oleracea |
0,3 |
0,13 |
1 |
| Chou cabus |
White cabbage |
Brassica oleracea L. convar capitata (L.)
Alef. var alba D.C. |
0,2 |
0,09 |
1 |
| Pourpier d’Australie (feuilles) |
Purslane |
Portulaca oleracea L. |
0,2 |
0,12 |
10 |
* Usage alimentaire interdit (ou très limité) en France. Les
informations contenues dans ce tableau ne doivent en aucun cas
servir de base unique à l’établissement de quelconques
prescriptions alimentaires.
ALA dans des graines et huiles végétales
Les plantes produisent naturellement des acides gras
oméga 3 en particulier de l’acide α-linolénique. On le
retrouve accumulé dans les triglycérides des graines de certaines
espèces telles que colza, soja, ou noix par exemple (tableau 1). Les plus grandes quantités sont
présentes dans l’huile de lin et de cameline (tableau 1). Ces dernières sont utilisées à des fins
non alimentaires dans les domaines des peintures, des encres, des
vernis. En effet, la présence de hautes teneurs en acides gras
polyinsaturés permet la polymérisation de ces huiles au contact de
l’air et/ou sous l’effet de la chaleur et des rayonnements
ultraviolets (huiles dites « siccatives »). Cette
instabilité à l’air est l’avantage recherché dans les utilisations
industrielles non alimentaires. A contrario, un usage
alimentaire de l’huile de lin (interdit en France à ce jour) peut
être envisagé mais il pose cependant un problème. En effet, dès que
l’huile est extraite, les phénomènes d’oxydation au contact de
l’air ou de polymérisation par la chaleur (sous l’effet thermique
des procédés industriels) peuvent engendrer la formation de
composés indésirables, voire toxiques pour l’homme [1, 14]. De
plus, quand bien même une huile de lin serait produite en
conditions suffisamment douces pour permettre le maintien de ses
qualités originelles [15], l’utilisateur serait lui-même confronté
au risque d’oxydation du produit, une fois la bouteille
entamée.
On voit donc que ces huiles siccatives riches en acide linolénique
sont intéressantes d’un point de vue nutritionnel pour l’homme mais
leur utilisation est limitée à cause de leur instabilité qui peut
conduire à l’obtention de composés toxiques [14]. Une solution a
été trouvée et semble être assez largement répandue
outre-Atlantique où l’huile de lin est vendue comme complément
alimentaire [8]. Elle est conditionnée en gélules et de telle sorte
que les phénomènes d’oxydation ou les photoréactions radicalaires
puissent être évités.
Ainsi, la consommation de gélules d’huile de lin permet de
compléter la proportion d’acide oméga 3 (i.e. linolénique)
dans une alimentation qui en était en partie carencée. Cette
approche semble être intéressante d’un point de vue nutritionnel.
Cependant, comme le note E. Siguel en 1996 [8], le nombre de
gélules à prendre chaque jour ainsi que le coût de ces dernières
rend cette alternative peu réaliste. En outre, il convient de
préciser que l’apport journalier recommandé (AJR) se situe autour
de 2 g d’ALA par jour. Un excès d’ALA peut conduire à des
problèmes de santé majeurs et il convient de ne surtout pas
dépasser cette dose [2].
Par ailleurs, une voie alternative visant à trouver de nouveaux
débouchés au lin est en développement. Des travaux de sélection ont
visé à réduire la teneur en acide linolénique dans des lins non
alimentaires. Ces lignées (types solin) présentent des profils en
acides gras se rapprochant de ceux de l’huile de tournesol [16,
17]. Une utilisation alimentaire peut dès lors commencer à être
envisagée. Cependant les caractéristiques de cette huile font
perdre en partie l’avantage de l’huile de lin actuelle (haute
teneur en ALA) et diminuent d’autant leur intérêt.
À ce jour, les huiles de colza, de soja ou de noix sont parmi les
meilleures huiles végétales alimentaires riches en ALA (tableau 1). Pour cette raison, elles doivent être
réservées essentiellement aux assaisonnements de salades et ne
doivent pas être chauffées. En effet, il est indispensable de
rappeler ici qu’une huile riche en ALA mal utilisée (chauffée) ou
bien conservée dans de mauvaises conditions peut devenir très
néfaste pour la santé humaine [1, 4].
Introduction d’ALA dans la chaîne alimentaire
Les animaux herbivores se nourrissent de plantes naturellement
riches en ALA (tout particulièrement l’herbe de printemps). Ils
accumulent sous forme native (acide linolénique) ou modifiées
(AGPI-LC) ces acides gras dans leurs tissus. Lorsque nous mangeons
le lait, les œufs ou la viande de ces animaux, nous consommons des
oméga 3 [4].
De nombreuses études ont récemment été menées pour enrichir la
ration alimentaire des animaux d’élevage – bovins, porcs,
poules pondeuses, chèvres... – en y introduisant une
portion quotidienne de graines de lin sous forme extrudées. Ce
procédé de cuisson sous pression rend l’huile contenue dans les
cellules végétales accessible aux micro-organismes du rumen des
bovins. Des premiers tests, réalisés sur des régimes hivernaux de
vaches laitières, ont déjà au moins montré des effets bénéfiques
sur la fécondité, l’état d’engraissement, ainsi qu’une baisse du
taux butyreux au profit de la production de protéines [18].
La société Valorex et ses partenaires dont l’Institut Technique du
Lin ou l’Institut de l’Elevage ont ainsi montré que cette pratique
permettait d’obtenir des produits finis enrichis – de
façon naturelle – en acide α-linolénique mais aussi en
acides gras oméga 3 à longues chaînes (les animaux terrestres
réalisant la phase d’élongation/désaturation au profit de l’homme).
Ces aliments sont disponibles sur le marché et semblent être tout à
fait intéressants d’un point de vue nutritionnel et gustatif. Ils
permettent d’apporter une dose d’ALA supplémentaire sans pour
autant modifier les habitudes alimentaires des consommateurs
[19-21]. L’association Bleu-blanc-cœur regroupe les différents
partenaires de la filière lin – semenciers, producteurs
fermiers, éleveurs, fournisseurs en nutrition animale,
transformateurs, distributeurs – qui se sont engagés dans
cette voie. Leur objectif est de répondre aux attentes des
consommateurs en termes de qualité nutritionnelle, de santé, de
sécurité alimentaire et de traçabilité.
Sélection des plantes et approche biotechnologique
Le secteur semencier s’intéresse bien entendu aux acides gras
oméga 3. Des travaux visent à tester de nouvelles plantes
traditionnellement utilisées, souvent abandonnées ou oubliées et
qui présentent de bonnes caractéristiques au niveau des huiles
produites ou de la composition nutritionnelle des différentes
parties de la plante utilisée comme fruit ou légume [1, 2, 5-7,
9-11, 15-19, 21-25].
Nombreuses sont également les études qui visent à améliorer des
plantes déjà naturellement intéressantes en regard de leur capacité
à fournir de l’ALA mais présentant des faiblesses - entre autres le
programme européen Linochem initié par Laboulet Semences portant
sur le profil de l’huile de lin (mucilages, teneur en ALA :
recherche@laboulet.fr). De ce point de vue, les méthodes
traditionnelles de sélection sont mises en œuvre [7,24] mais les
outils des biotechnologies végétales sont aussi utilisés [26]. La
culture in vitro (sélection précoce sur embryons issus de
microspores de colza [27]) et/ou la mutagenèse [7] peuvent
permettre d’augmenter la variabilité génétique disponible et ainsi
générer des variétés à profil en ALA amélioré.
Une autre voie suscite quant à elle un très grand intérêt et se
matérialise par de très nombreuses publications [22]. Il s’agit de
la voie du génie génétique [28]. En effet, on connaît de mieux en
mieux le métabolisme des acides gras (anabolisme) dans les plantes
[13, 29-30]. Nombreux sont les gènes qui ont été clonés, séquencés
[31-33] et déjà utilisés pour obtenir des plantes à profils en
acides gras modifiés [34, 35]. Parmi ces exemples, la production de
nouvelles huiles à usage industriel est le plus souvent l’objectif
visé [36-40]. Cependant, l’étude et l’utilisation de gènes codant
pour des désaturases (enzymes permettant par exemple de désaturer
l’acide linoléique en ALA) peut aussi permettre d’obtenir des
plantes oléagineuses donnant une huile alimentaire de meilleure
qualité en regard de sa composition en ALA (teneur éventuellement
augmentée [41, 42] ou le plus souvent diminuée [42]. Si cette voie
est largement étudiée, la question de l’acceptation et de
l’acceptabilité des plantes alimentaires génétiquement modifiées
reste entièrement posée en Europe et en particulier en France [43,
44].
Conclusion et perspectives
Il ressort clairement de cette synthèse que notre alimentation
mérite d’être plus riche en acide α-linolénique. De toutes les
voies présentées ci-dessus, il est difficile de prédire laquelle ou
lesquelles connaîtront les plus forts développements. De ce point
de vue, l’analyse de Sébillotte et Messéan [25, 44] montre la
complexité des facteurs mis en jeu ainsi que leurs interrelations.
Toutefois, en se replaçant dans le contexte de cette synthèse, on
peut dire que les plantes constituent une source d’ALA intéressante
et à fort potentiel. Sans chercher ici à préconiser un comportement
alimentaire particulier, il est possible d’émettre quelques
conseils. Ainsi, on peut affirmer (réaffirmer) qu’une consommation
de fruits et légumes frais, peu ou pas cuits semble être une bonne
voie. La garniture de plats et salades avec des graines ou cerneaux
de noix a le mérite de moduler le goût, de rendre le plat plus
agréable à l’œil et d’enrichir l’assiette en ALA. L’utilisation
d’herbes aromatiques (persil en particulier), voire de végétaux à
usages traditionnels quelque peu abandonnés (pourpier par exemple)
est aussi une voie à envisager. Pour les salades, une huile de
colza (dite « nouvelle huile de colza ») ou une huile de
noix peuvent être employées à bon escient. Attention
cependant ! Il conviendra de respecter les indications portées
sur les étiquettes des produits (stockage après ouverture) et de ne
surtout pas utiliser en friture une huile pour salade. La
consommation de produits naturellement riches, voire volontairement
enrichis en oméga 3 (margarine végétale, lait, œufs, viande,
jambon...), semble judicieuse. Enfin, si l’on s’en réfère aux
cuisines crétoises et asiatiques (vietnamienne par exemple riche en
soja, basilic, sésame, chou, chou-fleur, cresson, épinards...), on
peut penser que l’extrême diversité des plats et de leurs
composants est une solution intéressante. La consommation de
beaucoup de végétaux (comestibles) peu cuits, agrémentés de fruits
de mer, de viandes, de peu de graisses saturées est un régal pour
les yeux et le palais. Ce genre de cuisine est certainement aussi,
sur bien des plans, un modèle d’équilibre nutritionnel. Cependant,
dans les cas où une telle approche privilégiant la diversité des
aliments n’est pas envisageable (défaut d’accès aux ressources
alimentaires, pathologies diverses, mode de vie...), l’utilisation
de compléments alimentaires, voire de plantes génétiquement
modifiées peut être une alternative à évaluer. Sur ces derniers
points, le débat public est toujours en cours actuellement. n
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