ARTICLE
Auteur(s) : Gérard PASCAL
INRA, 147, rue de l’Université, 75338 Paris Cedex
07
Tél. : 01 42 759492
<Gerard.pascal@paris.inra.fr>
* Conférence prononcée dans le cadre de la journée thématique
« Alimentation et nutrition humaine » de l’Académie
d’Agriculture, le 5 novembre 2003 à Paris.
Je remercie l’Académie* de cette invitation à venir parler
devant son assemblée des potentialités nutritionnelles des
organismes génétiquement modifiés. La préparation de cette
conférence m’a donné ainsi l’occasion d’actualiser une étude
similaire, faite il y a environ deux ans, et dont les résultats ont
été pour moi véritablement surprenants.
Ma présentation se limitera aux organismes végétaux. Les
microorganismes transformés, on le sait, sont utilisés depuis une
quinzaine d’années en technologie alimentaire, entre autres pour la
préparation d’enzymes intervenant en particulier dans toutes les
fermentations sans autre difficulté, mais il est vrai qu’ils
fonctionnent en milieux confinés et ne sont pas disséminés dans
l’environnement. Les animaux transgéniques seraient aussi à
considérer mais ils relèvent d’un avenir un peu plus lointain. Je
m’en tiendrais donc aux plantes génétiquement
modifiées...
Quelles perspectives nutritionnelles laissent entrevoir les OGM en
alimentation humaine ?
Pour tenter d’approcher ce sujet, d’imaginer ce qui pourrait se
passer dans un avenir proche – et en matière de
biotechnologie l’avenir proche se situe entre cinq et dix
ans – je me suis dit que les prévisions les plus
optimistes devaient être celles de l’industrie des biotechnologies
et j’ai donc retenu une publication de DuPont de mars
2002 – DuPont qui est la firme qui a sans doute le plus
réfléchi aux applications nutritionnelles des
biotechnologies.
Quelles étaient, il y a un peu plus de dix-huit mois, les
innovations qu’annonçait DuPont (les choses ont peu évolué
depuis) ? L’article faisait état de l’arrivée prochaine, au
niveau des demandes d’autorisation de mise sur le marché, d’un maïs
résistant aux insectes, d’un soja, d’un maïs, d’un colza résistants
aux herbicides ; il signalait la présence dans les
« tuyaux », d’un dossier d’homologation d’un soja à
composition modifiée en acide gras pour des raisons technologiques.
Des aliments pour animaux présentant un moindre impact
environnemental – des végétaux enrichis en
phytase – étaient également annoncés, ainsi que des
végétaux résistant mieux aux insectes, des grains se prêtant plus
aisément aux transformations et, dans le domaine non alimentaire,
des plantes «usine», produisant des molécules, des polymères pour
des produits plus respectueux de l’environnement et du
consommateur. Des organismes résistants à la sécheresse, des maïs
améliorés sous différents aspects étaient également évoqués et ce
n’est seulement qu’en fin d’article qu’apparaissait la question de
l’amélioration des qualités nutritionnelles. Dans ce contexte
étaient ainsi mentionnés des maïs permettant une plus grande
absorption de fer, des sojas avec des taux d’isoflavones augmentés,
ou encore avec des taux très faibles de protéines allergènes soit
donc finalement un bilan assez maigre en matière d’applications
nutritionnelles si l’on s’en tient aux prévisions des firmes de
biotechnologie.
En fait que peut-on imaginer qui pourrait aller dans le sens de
l’amélioration de l’apport nutritionnel des plantes ? Pour les
macro-constituants, les modifications peuvent porter sur les
protéines et leur composition en acides aminés, sur les lipides et
leur teneur en acides gras, sur la nature des glucides ; et du
côté des micro-constituants il est possible de modifier les teneurs
en vitamines, en oligo-éléments, en constituants biologiquement
actifs (polyphénols, dont les isoflavones, etc).
Je me limiterai à rechercher ce que l’on trouve dans la
« littérature », dans les discours des firmes de
biotechnologie et leurs publications, ce que l’on trouve dans les
dépôts de brevets, afin d’en dégager les projets les plus
significatifs – un « extrait
sec » – qui me sembleront le plus représentatif de
ce qui est annoncé. Et j’en viendrais dans un second temps à ce
qu’effectivement on trouve sur le terrain et qui n’est pas tout à
fait la même chose.
Pour les protéines et les acides aminés on trouve ainsi des maïs
et des sojas enrichis en méthionine et en lysine par introduction
de gènes codant pour des protéines particulièrement riches en ces
deux acides aminés. Le premier cas est celui d’un soja ayant reçu
un gène codant pour l’albumine 2S de la noix du brésil : c’est
l’exemple toujours mis en avant pour souligner les risques
d’allergénicité des OGM. On ne le savait pas à l’époque, mais on a
ainsi introduit dans ce soja une protéine qui est en fait
l’allergène majeur de la noix du brésil et tout logiquement ce soja
est devenu allergique pour l’homme. Ceci a permis au passage de
s’apercevoir que cette protéine était bien l’allergène majeur de la
noix du brésil. La leçon que l’on doit tirer de cette expérience
est qu’il ne faut pas prendre une source alimentaire connue comme
allergique pour l’homme, comme donneuse de gènes pour d’autres
sources alimentaires. Malheureusement nos collègues
d’outre-atlantique n’ont pas encore accepté cette approche et
pensent que l’on peut se contenter de s’assurer que l’on n’a pas
introduit le gène qui code pour la protéine
allergène – ce qui ne veut rien dire, puisque chaque
source alimentaire allergène renferme en général plusieurs
protéines responsables ; on en découvre de nouvelles tous les
ans. Ceci étant, quelques réussites dans le domaine sont à noter.
On trouve ainsi des pommes de terre – ce qui peut faire
sourire en termes de protéines et de composition en acides
aminés – mais pour certaines populations la pomme de
terre peut être une source majeure de vitamine C et une source de
protéines pas du tout négligeable ; donc en introduisant un
gène de l’amarante on a augmenté la teneur en protéines de ces
pommes de terre de 33 % et on a accru leur teneur en acide
ascorbique.
C’est dans le domaine des lipides et de leur composition en acides
gras que les modifications sont les plus proches de la mise sur le
marché, voire déjà sur le marché. On trouve ainsi un soja enrichi
en acide oléique, une huile de coton développée par les
Australiens, et riche en acide stéarique et/ou oléique. On trouve
aussi dans les brevets de Monsanto, de Calgène, des plantes
enrichies en acides gras polyinsaturés à longues chaînes dérivés de
l’acide linoléique ou de l’acide alpha-linolénique. Ceci parce que
des progrès considérables ont été faits concernant la compréhension
des mécanismes de synthèse des acides gras chez les
plantes – grâce à des OGM d’ailleurs qui ont permis
d’identifier les différentes étapes et les gènes régulant la
production d’ enzymes intervenant au cours du processus de
désaturation (figure
1).
Voici un résultat obtenu par DuPont : comparé à la lignée
parentale de soja riche en acides linoléique et linolénique, on
obtient une huile contenant jusqu’à 85 % d’acide oléique.
L’huile de soja naturellement riche en acides gras polyinsaturés,
ainsi transformée, permet de faire l’économie d’une hydrogénation
et on obtient une huile qui ressemble à quoi ? A de l’huile
d’olive ! (figure
2).
Il est possible de procéder de la même façon avec l’huile de
coton, très riche en acide linoléique. On peut la transformer en
une huile extrêmement riche en acide oléique (78 %) ou bien en
une huile riche en acide stéarique. Si on croise les deux on
obtient une huile enrichie en acide stéarique et en acide oléique.
Là encore on obtient des huiles qui se rapprochent plus ou moins de
la composition de l’huile d’olive. Mais certaines se rapprochent
aussi de la composition du tournesol oléique ou oléisol tel qu’il
existe en Europe. Donc pour l’Europe on peut se poser la question
de l’intérêt de développer des plantes sources d’huiles de ce
genre. Concernant les glucides, on trouve dans la littérature ou
dans les brevets, des descriptions de modifications portant par
exemple sur la réduction du pourcentage d’eau et l’augmentation de
celui d’amidon dans des pommes de terre, pour réduire la teneur en
huile après friture et abaisser le temps de cuisson, ou toujours
dans les pommes de terre, une augmentation de la teneur en amylose
par inhibition de l’enzyme de branchement. On trouve aussi des
betteraves productrices de fructanes ou d’inuline. Pour les teneurs
en vitamines il faut signaler des brocolinis (une sorte de brocoli)
enrichis en vitamines C ainsi que du maïs enrichi en vitamine E
(des brevets de Pioneer et de DuPont). Le riz doré, dont on a
beaucoup parlé, est un projet qui relève également de cette
catégorie. Je m’arrêterai sur cet exemple car c’est un cas
particulièrement intéressant. Le riz doré a été proposé par Ingo
Potrykus de l’Ecole Polytechnique Fédérale de Zurich (Suisse) et
par Peter Beyer de l’Université de Fribourg (Allemagne). Il s’agit
d’un riz enrichi en bêta-carotène, précurseur de la vitamine A. Il
a été présenté dans un article publié par Science en 2000,
et dès sa parution, ce projet de riz enrichi en vitamine A a reçu
l’appui spectaculaire de Monsanto, de la fondation Rockfeller et
d’un certain nombre de firmes de biotechnologies. Il a été présenté
comme le remède qui allait permettre enfin de régler le problème de
la carence en vitamine A, carence qui atteint des millions
d’individus dans le monde et qui est responsable de près de
500 000 cas de cécités par an.
Naturellement aussitôt des opposants se sont manifestés et on fait
valoir que cette approche n’était pas réaliste. Les promoteurs du
riz doré – ils le décrivent eux-mêmes dans un excellent
article scientifique – ont alors repris l’ensemble de
leur construction, l’ont simplifiée et sont en passe de
l’introduire dans des variétés adaptées aux habitudes, à
l’agriculture locale des différents pays pour lesquels ce riz peut
être intéressant. Cela devrait permettre bientôt d’évaluer ce riz
sur le plan nutritionnel et de mesurer très précisément la
biodisponibilité de son bêta-carotène. Si on regarde les
concentrations de bêta-carotène on s’aperçoit néanmoins qu’il y a
encore des progrès à faire pour que les résultats soient
nutritionnellement intéressants.
En se promenant sur le net on trouve exprimé le point de vue des
opposants, dont cet article est un exemple : « La
supercherie du riz doré : Quand les relations publiques
remplacent la science » du Dr Vandana Shiva. Cet auteur
maintient que les aliments traditionnels sont des sources
naturelles bien meilleures en vitamine A, et il donne à l’appui de
sa thèse un certain nombre de chiffres qui sont effectivement
corrects à... un facteur de 1 000 près, il s’agit de
microgrammes et non de milligrammes. Voilà ce que l’on trouve dans
les médias. Les promoteurs du riz doré annoncent qu’ils détiennent
le remède au problème de la carence en vitamine A dans les pays en
développement – alors qu’il faudrait consommer par jour
2,27 kg de ce riz dans sa formule actuelle pour absorber le
bêta-carotène nécessaire pour éviter la carence. Quand les
opposants appellent à s’en tenir aux aliments
traditionnels.
Les deux points de vue naturellement sont erronés : on est
encore loin d’une utilisation de ce riz sur le terrain, mais il ne
faut pas exagérer non plus. Si une utilisation de sources
naturelles de vitamine A ou de pilules, de gélules était réellement
efficace, les problèmes de carence auraient disparu dans les pays
en développement depuis longtemps. C’est un peu plus compliqué que
cela. Je renverrais donc les protagonistes dos à dos et on en
reparlera dans quelque temps.
Comme dans le cas des vitamines, la teneur en oligo-éléments peut
être également améliorée. La même équipe qui a travaillé sur le riz
doré propose ainsi un riz enrichi en fer, par l’introduction de
gènes codant pour la ferritine ainsi que pour des phytases et
permettant d’obtenir une teneur plus élevée avec une
biodisponibilité plus grande (je ne suis pas sûr que cela ait été
vérifié). Cela évidemment peut être intéressant pour des
populations carencées en fer. Mais sous nos latitudes, en Bretagne
par exemple où 0,6 % de la population souffre
d’hémochromatose, un régime alimentaire riche en riz de ce type
pourrait avoir des conséquences négatives non négligeables en
matière de santé publique. Il est vrai que les Bretons ne sont pas
de grands mangeurs de riz !
Objets d’une « littérature » abondante, les
phyto-constituants biologiquement actifs – les
flavonoïdes par exemple – sont au centre de très nombreux
projets et dépôts de brevets. Il est ainsi possible d’augmenter
(d’un facteur de près de 80) la teneur des flavonoïdes présents
dans la peau de tomate : elle en contiendrait ainsi plus que
les oignons. Mais enfin, on peut aussi manger des oignons avec des
tomates, ce n’est pas interdit. On peut également enrichir les
tomates en lycopène. Le lycopène fait partie de ces anti-oxydants
dont on dit qu’il serait protecteur vis-à-vis de pas mal de choses
et en particulier vis-à-vis du cancer de la prostate. J’ai
participé récemment, en Amérique du Nord, à un panel d’experts qui
a conclu que, dans l’état actuel des connaissances, même si
certains indices vont dans ce sens, on ne peut encore conclure au
caractère protecteur du lycopène vis-à-vis du cancer de la
prostate. Néanmoins ces tomates étaient présentées comme des
tomates « anti-cancer » et le lycopène comme le
« nutraceutique » potentiel du futur !
On trouve également de très belles descriptions dans les
publications scientifiques, comme cet article présentant des
tomates ayant reçu le gène codant pour la tomatine, un édulcorant
intense. Pourquoi cela ? Parce que les promoteurs des
transformations génétiques permettant d’obtenir des tomates ne
pourrissant pas se sont aperçus que si les tomates ne pourrissaient
pas elles n’étaient pas vraiment très bonnes non plus et en
particulier pas tellement sucrées. Alors, mais c’est bien sûr, il
ne restait plus qu’à y introduire un gène codant pour l’expression
d’un édulcorant intense !
Enfin cela fait de belles publications mais je ne suis pas certain
que leurs résultats aient un grand avenir en termes d’exploitation
commerciale.
D’autres publications, toujours dans le domaine des
phyto-constituants, quoique indirectement liées à la nutrition,
présentent des projets de café décaféiné !... Plus
sérieusement un soja hypoallergénique : brevet intéressant car
l’approche est intelligente. On a en effet éliminé du soja la
protéine constituant l’allergène majeur mais aussi huit autres
allergènes, ce qui représente en matière de maîtrise des risques
allergéniques un progrès assez considérable et qui prouve bien que
l’élimination d’une seule protéine allergénique ne règle pas
totalement la question de l’allergénicité de certaines
sources.
Autre « argument massue » souvent mis en avant par les
firmes de biotechnologies « les OGM vont permettre de lutter
contre la sous-nutrition dans le monde ». Où en est-on
effectivement ? Qu’en est-il sur le terrain ?
Voici quelques données venant de l’industrie. Les surfaces
cultivées en organismes génétiquement modifiés ne cessent
d’augmenter depuis 1995 (figure 3). Elles augmentent
également dans les pays en développement. Mais 99 % de ces
surfaces sont localisées dans quatre pays : les États-Unis,
l’Argentine, le Canada et la Chine. Pour la Chine les chiffres sont
à prendre avec réserve : les missions effectuées en Chine
permettent de penser que les surfaces cultivées en OGM devraient y
être importantes, mais bon Et le reste du monde représente donc
moins de 1 %. Quelles sont les variétés concernées ? Le
soja pour plus de 60 %, le maïs pour 20 %, le coton pour
10 %, puis vient le colza, et les autres variétés végétales
pour moins de 1 %. Pour quelles propriétés ? La tolérance
aux herbicides pour 75 %, pour 15 à 20 % la résistance
aux insectes, pour 8 % les deux, pour moins de 1 % tout
le reste, incluant la résistance aux virus, et y compris celles qui
pourraient concerner les applications nutritionnelles.
Est-on sûr de pouvoir régler ainsi le problème « de la faim
dans le monde » ?
Pour ce qui existe actuellement ce n’est pas prouvé. Car la
question demeure : a-t-on besoin d’OGM pour traiter ce
problème ?
Voici quelques données de la FAO. Les projections démographiques
montrent qu’en 2030 nous serons environ huit milliards
d’individus sur la planète (une prévision revue à la baisse par
rapport à ce qu’elle était antérieurement). Elles révèlent aussi
une nette augmentation de la part de la population qui disposera en
moyenne de plus de 3 000 kcal/jour (une disponibilité
globale mondiale). Soit un changement considérable : en 1965,
plus de la moitié de la population mondiale consommait moins de
2 200 kcal/jour. Vous voyez qu’en 2030 les
prévisions sont beaucoup plus optimistes. En ce qui concerne le
nombre de personnes sous-nutries selon leurs différentes
localisations géographiques, l’objectif que s’était fixé le congrès
mondial de l’alimentation en 1992 ne sera atteint malheureusement
qu’en 2030 et malheureusement c’est toujours en Afrique
sub-saharienne que les problèmes de sous-nutrition seront les plus
criants... mais vous voyez que la situation devrait s’améliorer,
toutes ces prévisions étant faites sans inclure l’utilisation des
OGM (figure
4).
Toujours selon les prévisions de la FAO, c’est dans les pays en
développement que l’augmentation de la production de viande sera la
plus forte. Et d’une manière générale la croissance des productions
agricoles – de céréales, d’huiles végétales, de
sucre – devrait être d’autant plus importante que le pays
considéré est un pays en développement. En conclusion,
l’amélioration de la sécurité alimentaire dans le monde en termes
d’approvisionnements, de quantités d’aliments disponibles et donc
l’état nutritionnel des populations ne me semble pas imposer
l’usage des OGM. Ce qui n’empêche pas que les OGM peuvent être des
outils très utiles s’ils sont conçus pour répondre à des besoins
spécifiques. A la condition que l’on ne vienne pas nous proposer en
France du riz enrichi en fer, ce qui n’a aucun intérêt et pourrait
même être dangereux pour certains groupes de population.
Y compris donc dans le domaine des applications nutritionnelles,
les OGM ne sont pas à l’abri de certains inconvénients. Le jeune
chercheur que j’étais a fait ses premières armes sur les
anti-oxydants alimentaires. J’ai toujours retenu la leçon que ces
anti-oxydants qui nous protègent contre l’oxydation dans une
certaine gamme de faibles concentrations, peuvent être
extraordinairement pro-oxydants lorsqu’on force la dose.
Ce qui m’a beaucoup intéressé dans ce travail d’actualisation,
c’est de m’apercevoir combien, devant la résistance aux OGM des
consommateurs de nombreux pays, les scientifiques commencent à
réfléchir autrement, à avoir une autre approche de l’amélioration
végétale. Ils avaient beaucoup misé sur la création d’OGM dans les
organismes publics de recherche. Ils utilisent désormais beaucoup
plus les OGM comme des outils de laboratoire permettant
d’identifier des marqueurs moléculaires (QTL associés à des gènes
candidats) de caractères, de composition par exemple, dans les
végétaux. L’identification de ces marqueurs permettra d’aller
beaucoup plus vite en sélection végétale, sans utiliser
obligatoirement les méthodes du génie génétique.
On peut utiliser les biotechnologies sans faire des
OGM !
Pour améliorer les espèces végétales à l’aide de ces nouvelles
méthodes, on s’est aperçu qu’il ne fallait pas pour autant oublier
et au contraire qu’il fallait mieux exploiter la diversité, la
richesse génétique végétale. En particulier, dans un pays comme la
France où nous avons des collections fantastiques de variétés
végétales, il faut les exploiter au mieux pour améliorer encore les
espèces, les biotechnologies devant être extrêmement utiles pour
aller un peu plus vite dans ce domaine.
Enfin il ne faut pas oublier que les objectifs que l’on assigne
parfois aux OGM enrichis en constituants spécifiques peuvent être
atteints par d’autres procédés. Ainsi dans le domaine des huiles,
il y a plus de dix ans qu’à l’Inra on s’était interrogé sur
l’intérêt d’un projet de colza OGM à composition modifiée en acides
gras, comparé à une autre approche consistant à mélanger des huiles
de différentes origines. L’industrie alimentaire ne l’avait pas
encore fait en France. Lesieur avec beaucoup de courage a été le
premier industriel à proposer sur le marché une huile de mélange
qui a connu un grand succès. On peut mélanger des huiles, même si
techniquement c’est parfois difficile. On peut supplémenter des
produits en vitamines, en minéraux. Les possibilités sont parfois
multiples permettant d’atteindre les mêmes objectifs.
Et telle sera ma conclusion, les biotechnologies représentent un
outil tellement puissant qu’on ne pourra que les utiliser. Ce qui
n’exclut pas de le faire avec sagesse et de ne les mobiliser
qu’avec le souci de l’intérêt collectif dans les pays
industrialisés ou dans les pays en développement. Mais il est bien
évident que les applications en seront alors toutes autres que
celles aujourd’hui proposées. n
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