ARTICLE
Introduction
Avec environ un million d'hectares, la culture du tournesol est de première
importance. Un certain nombre de maladies affectent cet oléagineux
et ont des conséquences économiques importantes : parmi
celles-ci, le mildiou causé par un champignon biotrophe Plasmopara
halstedii. Selon la précocité de l'attaque de la plante
par P. halstedii, différents symptômes peuvent être
observés tels que l'apparition de taches chlorotiques sur les feuilles,
la stérilité, le nanisme, le flétrissement et la
mort rapide des plantes infectées. Cette maladie, apparue en France
en 1966, a posé de graves problèmes. L'absence de lutte
chimique efficace a nécessité le développement d'une
lutte génétique rendue possible par l'existence de gènes
de résistance. Cette résistance est contrôlée
par des gènes majeurs appelés Pl. Elle est régie
par un système de type gène pour gène. Toutefois,
l'apparition en 1988 de nouvelles races de P. halstedii auxquelles
toutes les variétés du moment se montraient sensibles a
dirigé la lutte vers l'utilisation du métalaxyl, seul fongicide
systémique commercialisé. Cependant, l'évolution
de la maladie depuis 10 ans en France montre à la fois l'extension
des foyers d'infection du tournesol et l'apparition de nouvelles races
ainsi que de souches résistantes aux antimildious [1]. Devant les
risques liés à cette maladie, différentes études
ont été entreprises, parmi lesquelles l'étude des
mécanismes de défense du tournesol contre P. halstedii.
Après une infection par P. halstedii, le tournesol élabore
différentes réactions de défense afin de limiter
la progression du parasite. Des études histopathologiques ont montré
une invasion systémique des plantes sensibles alors que les plantes
résistantes développent une réaction hypersensible
inhibant la croissance du parasite [2]. La formation de ces nécroses
est associée à une lignification cellulaire et une augmentation
d'activité peroxydasique.
Si certaines des modifications histologiques et biochimiques avaient
pu être observées, nos connaissances concernant les étapes
moléculaires mises en jeu lors des réactions de résistance
étaient insuffisantes. Une caractérisation moléculaire
de ces interactions permettant d'identifier certains des gènes
impliqués dans ces réactions de résistance paraissait
donc nécessaire afin de mieux comprendre les mécanismes
élaborés par H. annuus pour lutter contre cette maladie
et, à plus long terme, de pouvoir gérer au mieux les moyens
de lutte disponibles. En effet, c'est une meilleure compréhension
de ce système qui permettra d'envisager les moyens de lutte les
plus efficaces.
Pour répondre à cet objectif, nous avons procédé
en plusieurs étapes. Dans un premier temps, notre travail s'est
porté sur le choix d'un modèle d'étude pour cette
caractérisation moléculaire. Nous avons alors étudié
l'expression de gènes susceptibles d'intervenir dans la réponse
du tournesol à une infection par P. halstedii. Le choix
des gènes étudiés (PAL : phénylalanine ammonia-lyase,
chitinase et ubiquitine) a été motivé par le rôle
prépondérant des protéines correspondantes dans la
réponse au stress. Enfin, nous avons souhaité identifier
de nouveaux gènes en utilisant la technique du differential
display reverse transcription PCR (DDRT-PCR) qui permet de comparer
la composition en ARNm d'un tissu placé dans différentes
conditions physiologiques (témoin, résistant et sensible)
et ainsi de mettre en évidence des gènes exprimés
spécifiquement dans une situation de résistance.
Matériel et méthodes
Génotypes de tournesol et isolats de P.
halstedii
Le génotype de tournesol utilisé est la lignée
RHA274 (USDA, États-Unis) résistante aux races 100 et 300
de mildiou, mais sensible aux races 700, 703 et 710. Cette lignée
est maintenue à l'INRA à Clermont-Ferrand par autofécondation.
Les graines sont désinfectées à l'hypochlorite
de sodium à 20 % pendant 3 minutes, mises à tremper dans
l'eau pendant 5 heures, puis mises à germer à 24 ±2
°C pendant 48 heures dans des boîtes de Petri avec du papier
imbibé d'eau. Dans ces conditions, la radicule atteint 5 à
10 mm de long.
Ces graines germées sont ensuite repiquées en terrines
dans du terreau, puis placées en chambre de culture à 18±1
°C avec une humidité relative de l'air comprise entre 60 et
70 %, une photopériode de 16 heures de lumière, 8 heures
de nuit et un flux quantique d'environ 200µE.m-2.s-1.
Les 5 races de P. halstedii ont été utilisées
pour nos études (100, 300, 700, 703 et 710) [3].
Contaminations artificielles
La contamination secondaire est conduite selon le protocole proposé
par Pelletier [4]. Les graines germées sont repiquées dans
du terreau, disposées en chambre climatisée (21 ±1
°C, flux quantique 250 µE.m-2.s-1, photopériode
de 16 heures de lumière, 8 heures de nuit, 70 à 80 % d'hygrométrie
relative).
Des suspensions de zoosporanges (50 000 zoosporanges.ml-1)
sont pulvérisées au stade « premières feuilles
» sur les plantules âgées de 8 jours. Un couvercle est
placé sur les terrines de façon à maintenir une humidité
saturante pendant les premières heures de l'infection.
Ainsi, des plantes sont pulvérisées avec de l'eau (plantes
témoins), d'autres avec la race 100 (réaction incompatible
= résistant) et les dernières avec la race 703 (réaction
compatible = sensible).
La récolte des plantes est réalisée selon une cinétique
de temps suivant les infections. Les organes sont excisés à
l'aide d'une lame de rasoir et congelés immédiatement dans
l'azote liquide. Ils sont ensuite stockés, avant extraction des
acides nucléiques, dans un congélateur à -80°
C.
Observations microscopiques
Des plantules de chaque combinaison sont prélevées et
fixées dans du FAA (formol:acide acétique:alcool ; 5:5:90).
Certaines coupes sont colorées 1 heure au bleu d'aniline (bleu
d'aniline 0,1 % dans du tampon phosphate 0,1M pH8). Les coupes sont observées
au microscope Olympus BH2.
Extraction des acides nucléiques, transfert
et hybridation
La technique d'extraction des ARN utilisée est celle décrite
par Bogorad et al. [5]. La technique d'extraction des ADN génomique
de tournesol utilisée est celle décrite par Gentzbittel
[6]. L'ADN de P. halstedii est extrait selon la méthode
décrite par Roeckel-Drevet et al. [7].
Dix microgrammes d'ARN totaux sont séparés par électrophorèse
en gel d'agarose dénaturant 1,5 %. Les ADN sont séparés
par électrophorèse non dénaturante en gel d'agarose
horizontal 0,8 %. Les acides nucléiques sont ensuite transférés
sur membrane de Nylon Hybond N+ (Amersham) et fixés à la
membrane par irradiation aux ultraviolets (Spectrolinker).
Les sondes ADNc utilisées pour les hybridations sont marquées
avec du [alpha32P-dCTP] en utilisant le kit « Megaprime
DNA labelling systems » d'Amersham.
La préhybridation des ARN se fait pendant 3 heures à 42
°C, celle des ADN à 65 °C. L'hybridation se fait pendant
une nuit à 42 °C pour les ARN et 65 °C pour les ADN.
Les membranes sont rincées deux fois 15 minutes dans du 2X SSPE,
0,1% SDS ; 1X SSPE, 0,1% SDS ; 0,5X SSPE, 0,1% SDS et 0,2X SSPE 0,1% SDS.
Les membranes sont ensuite emballées dans du Saran Wrap et mises
au contact de films autoradiographiques (Hyperfilm Amersham) à
-80 °C dans une cassette comportant des écrans intensificateurs.
La durée d'exposition est évaluée d'après
l'intensité du signal estimée à l'aide d'un compteur
Geiger.
Differential display reverse transcription PCR
(DD RT-PCR)
La technique utilisée est celle décrite par Mazeyrat et
al. [8]. Initialement décrite par Liang & Pardee [9], cette
technique permet de comparer la composition en ARNm d'un tissu placé
dans différentes conditions physiologiques et d'identifier des
gènes dont la variation d'expression est corrélée
au processus biologique étudié.
La DD RT-PCR (figure 1)
consiste, dans un premier temps, en une transcription inverse des ARNm
en quatre sous-classes d'ADNc. Ceci est réalisé grâce
à quatre amorces oligonucléotidiques de douze thymines terminées
en 3' par deux bases : V, indifféremment dATP, dCTP ou dGTP et
N qui est une des quatre bases du code génétique. Les quatre
amorces utilisées sont donc : oligoT12VA, T12VC,
T12VG et T12VT.
Chacune des quatre sous-classes d'ADNc ainsi obtenues est ensuite amplifiée
par PCR en présence d'un isotope radioactif par un couple d'amorce
qui associe un oligo T12VN et un décamère de
séquence arbitraire. En théorie, vingt décamères
suffisent pour amplifier et visualiser tous les ARNm d'une cellule, y
compris ceux faiblement représentés.
Un même décamère va pouvoir s'hybrider à
des distances variables de l'oligodT, suivant les ARNm, générant
ainsi des produits PCR de tailles différentes. Ces produits PCR
sont ensuite séparés par électrophorèse en
gel de polyacrylamide puis révélés par autoradiographie.
La comparaison des profils électrophorétiques d'échantillons
obtenus avec un même couple d'amorces permet de détecter
des gènes exprimés différentiellement. L'ADN de ces
bandes différentielles est purifié, cloné et séquencé
permettant ainsi d'identifier un ou plusieurs gènes impliqués
dans un processus biologique particulier.
Résultats et discussion
Observations microscopiques : choix d'un modèle
d'étude
Les coupes cotylédonaires réalisées 24 et 48 heures
après une infection secondaire ont permis de mettre en évidence
la présence du champignon chez les plantes sensibles et le développement
d'une réaction hypersensible chez les plantes résistantes,
mais aucune structure fongique n'a pu être observée dans
l'hypocotyle de ces plantes.
Les coupes transversales réalisées 20 jours après
une infection secondaire montrent que l'hypocotyle des génotypes
sensibles a le même aspect que celui des plantes témoins,
cependant la présence du champignon est constatée dans les
cellules du parenchyme cortical (haustoria) mais également entre
ces cellules (hyphes). Les plantes résistantes développent
quant à elles une réaction de type hypersensible conduisant
à l'apparition de nécroses des cellules de l'épiderme
et du parenchyme cortical. Mais le champignon est absent des parenchymes
(figure 2).
La recherche de gènes spécifiquement exprimés par
l'un ou par l'autre de ces organismes présente le risque d'isoler
un gène de pathogène alors que l'on s'intéresse à
ceux de l'hôte.
Ainsi, l'étude de l'expression d'un gène de calmoduline
dans des tubercules de pomme de terre infectés par Phytophthora
infestans a mis en évidence une augmentation d'ARNm de calmoduline
du champignon et non de la plante [10]. L'utilisation de la technique
de DD RT-PCR a permis d'isoler des gènes de Botrytis cinerea
dont l'expression est induite dans la plante lors d'une interaction Lycopersicum
esculentum/B. cinerea [11].
Plasmopara halstedii est un champignon biotrophe. Sa culture
sur milieu synthétique est, à l'heure actuelle, impossible.
Aucune étude concernant l'expression de ses gènes ne peut
donc être réalisée.
Aussi, pour une caractérisation moléculaire des interactions
H. annuus/P. halstedii, l'utilisation d'une technique d'infection
artificielle par voie aérienne (infection secondaire) présente
un avantage comparativement à une infection par voie racinaire
(infection primaire).
Lors d'une infection primaire, le parasite pénètre au
niveau de la partie basale de l'hypocotyle et croît vers l'apex
de la plante. Il est donc présent dans l'hypocotyle des plantes
résistantes et sensibles. Malgré des réactions de
défense de la plante, le champignon peut atteindre les cotylédons
et sporuler faiblement chez les plantes résistantes [2].
Les coupes transversales d'hypocotyles, réalisées 20 jours
après une contamination secondaire, montrent que les plantes résistantes
développent une réaction de type hypersensible avec l'apparition
de nécroses des cellules de l'épiderme et du parenchyme
cortical. Mais le champignon est absent des parenchymes. Chez les plantes
sensibles, la présence du champignon est observée dans le
parenchyme cortical.
Des études d'expression de gènes effectuées sur
hypocotyles à la suite d'une infection secondaire permettent de
penser que les variations d'expression observées chez les plantes
résistantes concernent des gènes de la plante et non ceux
du pathogène puisque le champignon ne se développe pas dans
cet organe.
Enfin, pour les études moléculaires, la lignée
choisie (RHA274) est infectée par deux races de P. halstedii
: une race virulente (race 703) et une race avirulente (race 100).
Le choix d'un tel modèle permet d'être sûr que les
différences observées entre combinaisons compatibles et
incompatibles sont uniquement dues à des différences de
réactions, d'expression de gènes de la plante puisque le
fond génétique est le même quelle que soit la combinaison
étudiée.
Differential display reverse transcription
PCR (DD RT-PCR)
Afin d'identifier des gènes exprimés durant les premiers
stades d'une infection de plantules de tournesol par l'agent du mildiou
P. halstedii, nous avons choisi d'utiliser la technique de DD RT-PCR.
Des études précédentes [12] ayant montré
une forte accumulation d'ARNm de :
- PAL : première enzyme intervenant dans les voies de biosynthèse
des phénylpropanoïdes permettant d'obtenir par exemple des
polymères de lignine intervenant dans le renforcement des parois
cellulaires végétales, des phytoalexines qui sont des composés
antimicrobiens...,
- chitinases : enzymes hydrolytiques pouvant avoir un rôle antifongique,
- ubiquitine : protéine intervenant dans le catabolisme de polypeptides,
dans l'hypocotyle des génotypes résistants 24 et 48 heures
après une infection par P. halstedii, nous avons donc choisi
d'analyser ces populations d'ARNm, extraits de plantes récoltées
24 et 48 heures après la contamination, par la technique de DD
RT-PCR. Le choix de ces temps répondait à une exigence :
avoir un maximum d'ARNm présents chez les plantes développant
des réactions d'incompatibilité afin de cloner des gènes
susceptibles d'être impliqués dans les mécanismes
de résistance.
Des ARN extraits d'hypocotyles de plantes infectées par la race
100 (incompatibilité) ou la race 703 (compatibilité) ou
de plantes témoins sont utilisés pour synthétiser
des ADNc par transcription inverse à 42 °C. Ceux-ci servent
ensuite de matrice pour les amplifications PCR.
Les différentes combinaisons d'amorces testées ont mis
en évidence une forte similarité entre les profils électrophorétiques
des plantes témoins, résistantes ou sensibles. Cependant,
différentes observations peuvent être notées :
- certaines bandes semblent constitutives puisqu'elles sont présentes
chez les témoins comme chez les résistants et les sensibles,
- certaines bandes sont détectées chez les témoins
et non chez les résistants ou les sensibles,
- enfin, d'autres bandes sont apparemment spécifiques de l'état
de résistance ou de sensibilité.
Dans nos expériences, nous ne nous sommes intéressés
qu'aux bandes apparaissant spécifiquement dans les situations de
résistance. Afin de réduire le nombre de faux positifs,
seules les bandes spécifiques de l'état de résistance
et présentes à 24 comme à 48 heures ont été
testées.
Cette technique nous a ainsi permis d'isoler deux ADNc spécifiques
de l'état de résistance : HaAC1 et Fl2 (figure
3A) pour lesquels une accumulation d'ARNm est observée
lors des réactions de résistance (figure
3B) 24 et 48 heures après l'infection. Le premier clone
différentiel HaAC1 présente des homologies avec des gènes
induits par les auxines [8] et nous avons pu mettre en évidence
une induction d'accumulation de transcrits de HaAC1 après des traitements
par de l'acide 2,4-dichlorophénoxyacétique (2,4-D). Cependant,
l'induction d'expression de cet auxin-induced gène ne semble
pas être spécifique des auxines puisqu' une pulvérisation
d'acide salicylique ou des blessures induisent également une accumulation
d'ARNm de HaAC1.
L'identité du deuxième clone differentiel Fl2 n'a pu être
établie. La séquence de l'ADNc cloné n'a révélé
que quelques identités avec des protéines hypothétiques
ou inconnues d'Arabidopsis thaliana. De plus, aucune accumulation
des transcrits correspondants n'a été observée après
des traitements par des auxines, de l'acide salicylique ou des blessures.
Afin de vérifier que ces clones correspondent bien à des
gènes de tournesol et non des gènes de P. halstedii,
une hybridation de type Southern est réalisée sur 10 µg
d'ADN extrait de différents isolats de P. halstedii :
- 10 µg d'ADN des races 100, 703 et 300 digérés par
EcoRI,
- 10 µg d'ADN des races 710 et 700 digérés par HindIII.
Un témoin d'hybridation est réalisé en parallèle
sur 10 µg d'ADN de tournesol (génotype RHA274) digérés
par EcoRI, EcoRV et HindIII.
Les autoradiographies (figure
4) ne permettent pas de détecter de signal d'hybridation
sur l'ADN du champignon. En revanche, différentes bandes sont observées
sur l'ADN de H. annuus. Ces résultats permettent donc de
conclure que HaAC1 et Fl2 sont bien des gènes de
H. annuus.
Le clonage de gènes impliqués dans un phénomène
physiologique particulier peut se faire par différentes techniques.
Le criblage par soustraction et le criblage différentiel étaient
jusque-là largement utilisés pour cloner des séquences
spécifiques d'un état.
Ces techniques sont séduisantes mais leur mise en uvre
reste délicate et lourde. Elles nécessitent en effet la
fabrication d'au moins deux banques d'ADNc, une banque pour chaque état
physiologique étudié.
L'identification de gènes spécifiquement induits chez
les plantules de tournesols résistants à une infection par
P. halstedii nécessite une comparaison avec des plantes
témoins non infectées mais aussi avec des plantes sensibles.
Il faut donc comparer trois conditions physiologiques différentes.
Dans ce cas précis, la technique de criblage soustractif semblait
lourde à mettre en place.
Aussi avons nous choisi d'utiliser la méthode de DD RT-PCR décrite
pour la première fois en 1992 par Liang & Pardee [9]. Cette
technique paraît plus rapide et plus simple à mettre en uvre
que celles précédemment citées. L'hypothèse
de départ est la suivante : toutes les molécules d'ARNm
présentes dans une cellule peuvent subir une transcription inverse
et les ADNc obtenus peuvent être amplifiés par PCR. Les transcriptions
inverses se font à l'aide d'amorces oligodT et les amplifications
PCR avec les amorces précédemment citées et des amorces
arbitraires.
Cette technique semble cependant présenter un inconvénient
majeur : les faux positifs. Il s'agit de bandes qui apparaissent comme
spécifiques d'un état physiologique particulier d'après
les profils électrophorétiques, mais dont l'expression ne
varie pas, une fois testées par hybridation de type Northern (hybridation
ADN-ARN). Différentes procédures ont été proposées
pour éliminer ces faux positifs [13, 14] mais chaque laboratoire
semble opérer différemment. Il est à noter que si
ce problème constitue une des principales critiques de la technique
de DD RT-PCR, le criblage soustractif ne garantit pas l'absence de contaminations
par des clones communs aux différentes conditions étudiées.
Dans notre cas, nous avons choisi d'analyser en parallèle des
ARN extraits de plantes récoltées 24 et 48 heures après
l'infection, c'est-à-dire d'utiliser des ADNc provenant de deux
réactions de transcription inverse indépendantes, à
partir d'échantillons différents. Et seuls des produits
d'amplification détectés dans les combinaisons incompatibles
à 24 comme à 48 heures ont été analysés.
Si ce raisonnement peut nous faire passer à côté de
gènes exprimés à 24 mais pas à 48 heures,
et inversement, il nous a permis de cloner deux ADNc induits spécifiquement
chez les génotypes résistants à 24 comme à
48 heures. Bien sûr, cette analyse simultanée s'appuyait
sur les résultats obtenus avec les gènes de PAL, chitinase
et ubiquitine [12] qui ont permis le choix des périodes d'étude.
Cette technique de DD RT-PCR peut présenter un autre risque :
isoler un ADNc spécifique d'un état mais dont la variation
d'expression ne sera pas visible par une hybridation de type Northern.
En effet, la PCR permet d'amplifier toute molécule d'ADN. Même
pour un ARN présent en très faible quantité dans
la cellule, l'amplification de son ADNc permettra de l'isoler à
partir des profils électrophorétiques mais l'étude
de son expression par Northern pourra nécessiter plusieurs microgrammes
d'ARN polyA. Pour le clone FL2 que nous avons isolé, il apparaît
une bande différentielle très visible alors que l'expression
de ce transcrit est faible.
En dépit de ces inconvénients, cette technique permet
d'obtenir des ADNc spécifiques d'un état particulier. Une
fois mise au point, elle est relativement facile d'utilisation. Pour un
laboratoire qui dispose de très nombreuses amorces aléatoires
utilisées en RAPD, elle est de moindre coût puisqu'elle ne
nécessite pas la synthèse de nombreux oligonucléotides,
hormis les quatre amorces dégénérées oligodT.
L'avantage majeur de cette technique dans notre cas est la possibilité
de comparer facilement trois états physiologiques différents,
témoin, sensible et résistant, prélevés à
des temps différents. Ceci paraît nécessaire puisque
l'expression de certains gènes peut être induite ou inhibée
dans l'une ou l'autre condition.
CONCLUSION ...et
perspectives
La similitude des cinétiques d'accumulation des transcrits de
PAL, chitinase, ubiquitine, HaAC1 et Fl2 suggère que l'induction
d'expression de ces gènes est le résultat d'une reconnaissance
spécifique par la plante d'un éliciteur race spécifique
du champignon. En effet, le gène de résistance cloné
possède des domaines NBS et LRR [15]. Ces derniers pourraient servir
de site de liaison pour des ligands produits grâce à l'activité
des gènes d'avirulence. Pour vérifier cette hypothèse,
l'obtention des produits codés par ces gènes d'avirulence
est une étape nécessaire.
A la suite de cette reconnaissance, directe ou indirecte, entre produits
des gènes de résistance et d'avirulence, il y aurait transduction
d'un signal jusqu'aux gènes de défense précédemment
cités et induction d'expression de gènes de PAL, chitinase,
ubiquitine, HaAC1 et Fl2 (figure
5).
La PAL pourrait donc intervenir dans le renforcement des parois cellulaires,
dans la destruction du pathogène par la synthèse de phytoalexines,
mais également dans le transduction de signaux puisqu'elle intervient
dans la synthèse d'acide salicylique.
Les chitinases, enzymes hydrolytiques sont connues pour intervenir dans
la réponse des plantes à des infections. Cependant, P.
halstedii, Oomycètes, ne contient pas de chitine, aussi le
rôle de ces enzymes dans la destruction du pathogène n'est
pas clairement défini dans les interactions H.annuus/P. halstedii.
L'ubiquitine se complexant à des protéines destinées
à être catabolisées, nos résultats permettent
d'envisager une activation des voies de protéolyse en réponse
à une infection fongique. La dégradation des complexes protéine-ubiquitine
se faisant par les protéasomes, l'étude de ces derniers
semble nécessaire. Un programme visant à analyser l'intervention
des protéasomes est en cours de réalisation.
Concernant les clones HaAC1 et Fl2, la nature et le rôle des protéines
codées par ces ADNc restent pour l'instant indéterminés.
L'obtention de protéines recombinantes permettrait alors une meilleure
caractérisation. Pour ce faire, une banque ADNc d'expression est
en cours de criblage.
Enfin, ces différents marqueurs de résistance à
P. halstedii pourraient être utilisés pour l'étude
de la résistance du tournesol à Sclerotinia sclerotiorum.
Cette résistance est de type polygénique, c'est-à-dire
qu'elle fait intervenir plusieurs gènes. Il est possible que des
gènes impliqués dans les mécanismes de résistance
à P. halstedii soient aussi impliqués dans ceux de
la résistance à S. sclerotiorum. En effet,
même si les pathogènes différent, certains des mécanismes
de défense élaborés par le tournesol doivent être
semblables. Nos différents marqueurs de résistance à
P. halstedii pourraient donc être utilisés
pour la recherche de QTL (quantitative trait loci) impliqués
dans la résistance du tournesol à S. sclerotiorum.
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