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Oléagineux, Corps Gras, Lipides
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Study of the use of alternate strips for the production of semi-dwarf hybrid colza seeds in the presence of bees


Oléagineux, Corps Gras, Lipides. Volume 6, Number 4, 343-8, Juillet - Août 1999, Fondamental


Résumé   Summary  

Author(s) : Jacqueline PIERRE, Jacques MESQUIDA, Michel RENARD, Patrick VALLEE, INRA, Laboratoire de Zoologie, BP 29, 35653 Le Rheu Cedex.

Summary : Two designs were set up to produce semidwarf hybrid seeds of oilseed rape and were tested for pollination efficiency. In both cases the male-fertile/male-sterile ratio was 2/13, so that the most distant male-sterile strip was 19m away from the male-fertile strip. In 1991, the male fertile line was dwarf, whilst in 1995 the male-sterile line was dwarf. The male and female lines differed in height up to 90cm. Pollinating entomofauna (with hives addition) and yield components were studied. In 1991, the floribundity of the two lines was much higher than in 1995, but their flowering time were well synchronized in both designs. The proportion of solitary bees, bumblebees and dipterans were different according to the year but the addition of hives led to a drastic predominance of the honeybee population. Pollen gatherers stayed on the male-fertile strip and their density/1000 flowers was particularly high in 1991. That can be partially attributed to a « corridor effect » of the dwarf male-fertile strip. Nevertheless, even if the difference in height reduces the number of shiftings between the lines, it does not completely stop them. No gradient in the nectar gatherers density was detected in relation to their distance from the male-fertile strip. Considering the yield components in each design, no very significant differences were found between male and female lines. They had no incidence on the final yield except for the male-fertile line when this one was dwarf and suffered from the competition with tall male-sterile line. In both cases, the male-sterile lines yield was always higher than male-fertile ones and was independent of their distance from the male strip. Consequently, both designs can be used. Nevertheless such results only concern the Basin of Rennes where the climatic conditions are favourable to hybrid seed production with pollinating insects. A confirmation of these preliminary results in other regions is needed.

Keywords : rapeseed, hybrid seed, semi-dwarf, insect pollination.

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ARTICLE

Introduction

Depuis la mise sur le marché en France, en 1994, du premier colza d'hiver composite hybride-lignée « Synergy », d'autres associations variétales ont été créées, de sorte que la production de semences hybrides de colza est peu à peu en train de devenir une pratique courante. Il ne faut cependant pas oublier que la définition des modalités utilisées pour produire de telles semences, faisant appel à des dispositifs alternant des bandes mâles et des bandes « femelles » (mâle-stériles) a nécessité de nombreuses études préalables [1]. Celles-ci ont porté, en particulier, sur le ratio mâle/femelle à préconiser sur l'intérêt de l'utilisation des abeilles comme vecteurs de pollen [2] ou encore sur l'importance des sécrétions de nectar pour attirer les insectes pollinisateurs et assurer leur passage alterné entre les deux lignées parentales [3, 4]. Dans toutes ces études, les parents présentaient des caractéristiques morphologiques très proches.

Actuellement, afin d'éviter les problèmes agronomiques liés à un excès de taille des hybrides et, par voie de conséquence, pour limiter l'usage de raccourcisseurs, les sélectionneurs se sont engagés dans la création d'hybrides de colza demi-nain issus du croisement entre un parent haut et un parent nain. Ce dernier est sélectionné à partir d'un mutant nain obtenu par mutagenèse chimique par l'INRA (gène Bzh ; [Renard, non publié]). Or, des travaux menés sur le comportement de vol des abeilles montrent que celles-ci ont tendance à réduire leur passage lorsqu'elles se trouvent à la frontière entre deux bandes de hauteur très différente (différence d'environ 80cm). Cette réduction est de l'ordre de 50 % par rapport à une situation témoin [5]. De plus, la bande mâle constitue, si elle est naine, un couloir entre les bandes femelles hautes au niveau duquel le pollen risque de stagner faute d'une bonne dispersion par le vent.

Une nouvelle question est, de ce fait, à l'ordre du jour : savoir quelles sont les conséquences d'une différence de hauteur entre les géniteurs d'un hybride dans un dispositif de production de semences en bandes alternées.

Les expérimentations mises en place

Afin de répondre à cette question, deux expérimentations ont été réalisées dans deux situations opposées. La première, en 1991, consistait en un dispositif comprenant un mâle nain et une femelle haute (Essai mâle nain) et la seconde, en 1995, un mâle haut et une femelle naine (Essai femelle naine). Les géniteurs étaient tous issus de la variété Darmor sous sa forme soit normale (c'est-à-dire mâle-fertile haute), soit mâle-fertile naine (descendance B3F6), soit mâle-stérile haute, soit mâle-stérile naine (stérilité mâle ogu-INRA).

Le dispositif était constitué de bandes alternées selon un motif comprenant successivement 2 bandes mâles pour 13 bandes femelles. La longueur des bandes était de 40m. Les essais n'étaient entourés d'aucune bande tampon. En 1991, le motif a été répété 6 fois ; en 1995, il n'a été répété que 3 fois en raison de problèmes rencontrés à la levée. Sachant qu'une bande est constituée de 5 lignes espacées de 0,25m et que l'intervalle entre les bandes est de 0,50m, la bande femelle la plus éloignée du mâle en était distante d'environ 19 m (figure 1). Ces essais ont été semés en isolement (distance d'au moins 500m de toute autre parcelle de colza). Un apport de ruches a été effectué au début de la floraison (3 ruches en 1991, 1 en 1995).

Observations effectuées

On sait que la synchronisation des floraisons des deux parents est un des facteurs limitants dans la réussite des hybridations. Aussi, la densité de fleurs épanouies/m2 a-t-elle été mesurée régulièrement au moins une fois par semaine de manière à apprécier à la fois la floribondité des différents génotypes et l'évolution de la floraison. De plus, la différence de hauteur entre les géniteurs à l'optimum de floraison a été mesurée.

L'étude de l'entomofaune pollinisatrice a porté sur trois aspects : l'évaluation de sa diversité, l'estimation du nombre d'abeilles/1000 fleurs épanouies et, enfin, la mesure de la proportion d'abeilles butineuses de pollen (porteuses de pelotes) par rapport au nombre total d'abeilles présentes sur chaque bande et estimée à un instant t. Ces observations ont eu lieu tout au long de la floraison sur les bandes 0 (mâle), 1,3, 5, 10, et 13 soit à des distances respectives de la bande mâle de 0, 1, 4, 7, 14,5 et 19 mètres. En outre, la proportion d'abeilles porteuses de pelotes de pollen a été calculée sur une bande supplémentaire, la bande 7 (soit à 10 mètres).

Les insectes ont été dénombrés et déterminés à vue à chacune des distances, sur une longueur de 39m et sur une largeur de 0,50m, soit sur une surface de 18m2, lorsque les conditions climatiques étaient favorables à une activité de butinage suffisante (absence de pluie ou de vent fort, température supérieure à 12 °C , de 14 h à 17 h GMT).

Enfin, l'étude du rendement a été faite sur chaque bande en prenant en compte les composantes suivantes :

* Mesure du taux de nouaison sur la ramification primaire et la première ramification secondaire (réalisée sur 10 plantes prélevées au hasard dans différents secteurs de la bande) : pour la ramification primaire, dénombrement des siliques effectué sur 50 fleurs par plante (de la 6e à la 55e) ; pour la ramification secondaire, dénombrement sur 25 fleurs (de la 6e à la 30e).

* Mesure du nombre de graines par silique et du poids de 1000 grains (à partir de 3 échantillons de 30 siliques prélevés après andainage).

* Rendement (poids brut de la récolte de la bande, à 9 % d'eau).

Ces observations ont été faites sur les bandes situées à 0, 1, 4, 7, 10, 14,5 et 19 mètres de la bande mâle.

Les tests statistiques consistent en des analyses de variances (ANOVA) à un ou deux facteurs selon les cas (effet distance par rapport à la bande mâle, effet date), suivies d'un test de Newman-Keuls au risque de 5 %. Le signe ± accompagnant certaines valeurs porte sur l'intervalle de confiance.

Résultats

Étude de la floraison

En moyenne, sur l'ensemble de la floraison, la densité de fleurs/m2 a été très similaire sur les bandes mâles et sur les bandes femelles dans chacun des essais. Il faut cependant souligner que la production de fleurs des lignées parentales a été très inférieure en 1995 (Essai femelle naine) par rapport à 1991. Par ailleurs, à l'optimum de floraison, dans l'Essai mâle nain, les bandes mâles ont présenté significativement plus de fleurs/m2 que les bandes femelles (mâle=3046 ± 190 ; femelle=2067 ± 137 ; ddl=1, F=35,33, p=0,000) alors que dans l'Essai femelle naine, la floribondité a été un peu plus élevée dans les bandes femelles (mâle=658 ± 65; femelle=759 ± 38 ; ddl=1, F=4,07, p=0,047).

En revanche, il y a eu une bonne synchronisation des floraisons dans les deux essais (figures 2 et 3).

La différence de hauteur maximale enregistrée à la fin de la floraison entre les géniteurs a été de l'ordre de 90 cm dans les deux essais (Essai mâle nain : mâle 49,1cm ± 4,3, femelle 138,8cm ± 3,4 ; Essai femelle naine : mâle 168,9cm ± 3,3, femelle 80cm ± 2,6). Aucune verse n'a été observée dans les deux essais.

Diversité de l'entomofaune

L'étude de la diversité de l'entomofaune pollinisatrice montre une prédominance des abeilles domestiques (butineuses de pollen, butineuses de nectar et butineuses mixtes) par rapport aux autres groupes de pollinisateurs aussi bien sur les bandes mâles que sur les bandes femelles, et ce dans les deux essais. Cela est particulièrement net une semaine après l'apport de ruches. Cependant, la proportion d'abeilles domestiques, très différente selon le dispositif, évolue au cours de la floraison (figures 4 et 5).

Ainsi, dans l'Essai mâle nain, au moment de l'apport de ruche, les proportions d'abeilles sauvages et de diptères sont élevés (38 % et 33 % respectivement contre environ 25 % d'abeilles domestiques) et vont en diminuant les semaines suivantes au profit des abeilles domestiques qui, en moyenne, représentent 45,6 % de la population au cours des semaines 17 à 20.

Dans l'Essai femelle naine, on assiste à la même évolution à ceci près que le pourcentage d'abeilles domestiques est en moyenne nettement plus élevé (88,5 % sur l'ensemble des semaines 16 à 20).

Densité d'abeilles

La densité d'abeilles/1000 fleurs est très variable (tous types de butineuses confondus). Dans l'Essai mâle nain la densité, sur l'ensemble des bandes observées, est en moyenne de 1,1 durant la totalité de la floraison, alors qu'elle est de 2,8 dans l'Essai femelle. L'analyse statistique (ANOVA) montre un fort effet date (ou heure d'observation) pour les deux essais (Essai mâle nain : ddl=3, F=69,73, p=0,000 ; Essai femelle naine : ddl=5, F=58,1, p=0,000). L'étude de la répartition des abeilles en fonction de la distance par rapport à la bande mâle montre que le plus souvent les abeilles se répartissent de manière très aléatoire sur la parcelle, de sorte qu'aucun gradient n'est détectable au sein des bandes femelles. Une comparaison des densités d'abeilles/1000 fleurs entre les bandes mâles et les bandes femelles (tableau 1) montre qu'il existe une différence dans l'Essai mâle nain : en moyenne les bandes mâles sont plus fréquentées que les bandes femelles (2,11 abeilles/1000 fleurs contre 0,94). En effet, dans cet essai, la densité d'abeilles est significativement plus élevée sur la bande mâle durant la semaine 19 ; ce même phénomène s'observe de manière moins marquée au cours de la semaine 17. Une analyse plus détaillée permet d'imputer cette différence à la présence de butineuses de pollen, particulièrement nombreuses à ces dates pour cet essai (en moyenne 1,7 butineuses de pollen/1000 fleurs). Ainsi, dans l'Essai mâle nain, la densité de butineuses de pollen sur l'ensemble de la durée de floraison est presque 33 fois plus élevée sur les bandes mâles que sur les bandes femelles (1,31 contre 0,04). Par contre, dans l'Essai femelle naine, la densité moyenne de butineuses de pollen sur les 7 bandes est très inférieure (0,02 butineuses de pollen/1000 fleurs). Dans ce cas, on trouve environ 8 fois plus de butineuses de pollen sur les bandes mâles (0,08 contre 0,01). Mais compte tenu des très faibles effectifs, la différence n'est significative qu'au risque de 10 % (Test unilatéral de comparaison de deux moyennes).

Proportion d'abeilles butineuses de pollen

En moyenne, la proportion d'abeilles porteuses de pelotes de pollen présentes sur la bande mâle est beaucoup plus élevée dans l'Essai mâle nain (72,6 %) que dans l'Essai femelle naine (4,7 %). On constate également que dans l'Essai mâle nain, dans lequel leur densité/1000 fleurs est très supérieure, on peut en trouver quelques-unes jusqu'à une distance de 14,5 m (tableau 2).

Étude des composantes du rendement

La comparaison des composantes du rendement entre bandes mâles et bandes femelles montre des différences plus ou moins marquées selon la composante prise en compte et le type d'essai (tableaux 3 et 4).

Pour ce qui est des taux de nouaison sur les ramifications primaires et secondaires, dans le cas où le parent mâle est nain, il n'apparaît de différence qu'au niveau des ramifications secondaires, le parent mâle ayant une nouaison inférieure. En revanche, dans le cas où le parent mâle est haut, les taux de nouaison des ramifications primaires du mâle sont supérieurs à ceux de toutes les bandes femelles, et pour les ramifications secondaires à ceux des bandes situées à 7 et 19 m. Aucune différence n'apparaît au niveau du nombre de graines par silique. Le poids de 1000 grains est supérieur chez le parent mâle dans l'Essai femelle naine. Il faut noter que le rendement des bandes femelles est en moyenne supérieur à celui des bandes mâles dans les deux essais. Cependant, dans le dispositif où le mâle est haut, les bandes femelles qui en sont les plus proches (1 et 4 m) présentent des rendements quasi identiques à celui du mâle.

La comparaison des bandes femelles entre elles en fonction de la distance ne révèle aucune différence si ce n'est une supériorité du taux de nouaison de la ramification principale sur la bande la plus proche du mâle dans l'Essai mâle nain.

Discussion

Les deux essais, mis en place au cours de deux campagnes différentes, se sont nettement différenciés par leur floribondité puisque l'Essai mâle nain a produit 3 à 4 fois plus de fleurs que l'Essai femelle naine. Mais, dans les deux cas, la synchronisation des floraisons des lignées a été satisfaisante. De plus, le matériel choisi s'est caractérisé par des différences de hauteur entre les deux lignées parentales très significatives (90 cm).

Cette différence de hauteur a conduit à la formation d'un couloir de 6 m de large au niveau de la bande mâle dont on a pu étudier l'incidence sur la répartition des abeilles.

On pouvait a priori prévoir que les abeilles venues butiner dans ce secteur s'y maintiendraient. D'autres expérimentations ont montré en effet une tendance de ces insectes à éviter de franchir la barrière que constitue une différence de hauteur de la végétation si celle-ci est suffisamment importante. On constate en effet, qu'à deux reprises (semaines 17 et 19), les bandes mâles sont beaucoup plus fréquentées et ceci par des butineuses de pollen. Mais paradoxalement, c'est aussi dans cet essai que l'on retrouve des butineuses de pollen jusqu'à 14,5 m de la bande mâle. Il s'agit cependant d'un événement relativement peu fréquent (2 % des butineuses de pollen observées) et ceci semble se produire lorsque leur densité est particulièrement forte. On peut en conclure que si la structure en couloir entraîne une polarisation des butineuses de pollen, elle ne constitue pas un frein absolu à leur passage vers les bandes femelles plus hautes. Il nous semble utile de rappeler à ce propos que le butinage de pollen ne constitue qu'une part de l'activité de l'abeille. Cette part, extrêmement variable, dépend considérablement des besoins de la colonie, eux-mêmes dépendants des conditions environnementales. Ainsi, on a pu observer une grande différence entre les colonies implantées lors des deux années (15,4 % butineuses de pollen en 1991 contre 0,7 % en 1995 en moyenne sur l'ensemble des bandes). Il faut, d'autre part, souligner que les abeilles butinant du pollen se maintiennent sur les bandes mâles où elles trouvent leur ressources et que ce type de butinage est peu favorable au transfert de pollen non seulement pour cette raison mais aussi parce que, dans ce cas, le pollen est immédiatement amassé pour constituer des pelotes. De plus, la capacité germinative des grains de pollen ainsi agglutinés est inhibée par l'adjonction de salive [6]. Ce sont donc les abeilles butineuses de nectar qui vont surtout participer à la pollinisation. Nous avons démontré qu'elles tendent à se répartir de manière très fluctuante et globalement homogène sur l'ensemble de la parcelle. Cette répartition se fait d'autant mieux que le parent femelle offre des quantités de nectar suffisantes [4].

L'étude de la distribution de l'entomofaune montre que d'autres insectes pollinisateurs peuvent être présents sur la parcelle. Des données acquises sur plusieurs années attestent que diptères et abeilles sauvages sont présents en faibles proportions (moins du tiers, y compris sans apport de ruches) et que l'essai de 1995 est bien représentatif de ce qui est généralement observé dans le bassin rennais. Leur proportion est particulièrement élevée dans l'essai de 1991 (60 % au total) au moment de l'introduction des ruches. Cette part se trouve considérablement réduite les semaines suivantes. Ceci est principalement dû à l'apport massif d'abeilles et à la compétition qui s'ensuit entre insectes sur un même site d'exploitation comme cela a déjà été signalé entre mouches et abeilles domestiques [7]. Par contre, on assiste à un maintien de la population de bourdons durant les deux semaines qui suivent l'apport de ruches sur l'Essai mâle nain, alors que ce phénomène ne se produit pas sur l'Essai femelle naine. Cependant quel que soit le type d'essai, on constate que la population d'abeilles devient nettement majoritaire deux semaines après l'introduction des ruches. Ceci confirme que si l'on souhaite assurer la pollinisation par les abeilles domestiques, il est nécessaire de les introduire sur la parcelle dès le début de la floraison. Par ailleurs, le choix de l'abeille domestique comme pollinisateur se trouve justifié par le fait que rien ne permet de prévoir quelle sera l'importance relative de la faune sauvage locale une année donnée comme l'attestent les différences observées entre 1991 et 1995.

L'analyse des composantes du rendement montre que, lorsque le mâle est nain, celui-ci risque de présenter un déficit de nouaison au niveau des ramifications secondaires alors que la femelle haute peut enregistrer un taux de nouaison de la ramification principale supérieur à celui du mâle. Ce phénomène, vraisemblablement dû à la compétition entre plantes de hauteurs différentes, semble avoir entraîné une baisse de rendement du parent mâle (14,8 quintaux/ha dans cet essai contre 28,5 dans l'Essai femelle naine), mais il est sans incidence sur le rendement en semences hybrides. En effet, le résultat majeur de ces expérimentations est la supériorité en rendement final obtenu sur les bandes femelles par rapport aux bandes mâles quel que soit le dispositif mis en place. Dans l'Essai mâle nain, le rendement moyen est de 29 quintaux/ha et de 34,4 quintaux/ha pour l'Essai femelle naine. Un autre fait marquant est la quasi totale absence de différence de rendement entre les bandes femelles en fonction de leur éloignement par rapport à la bande mâle, la pollinisation conjuguée par le vent et les abeilles se fait sans problème jusqu'à une distance de 19 m, indépendamment de la hauteur des géniteurs. Ces résultats encourageants ne doivent cependant pas faire oublier qu'ils ont été acquis dans la région rennaise, c'est-à-dire dans des conditions souvent favorables à la vection du pollen (vent modéré mais fréquent et conditions climatiques permettant l'activité des insectes). Il serait donc nécessaire de poursuivre ces travaux par des essais multilocaux.

Il faut remarquer que, dans ces essais, le taux d'hybridité n'a pu être évalué du fait de la proximité génétique des lignées parentales. Ce taux pourrait par la suite être estimé en utilisant différents marqueurs dont le marqueur PGI2 [8] dans le cas de la production d'hybrides demi-nains restaurés utilisant le système d'hybridation ogu-INRA.

Cependant, on peut dès maintenant dresser un bilan des avantages présentés par de tels dispositifs. Ainsi, la différence de taille entre bande mâle et bande femelle facilitera leur séparation par rapport à un dispositif classique de production d'hybrides hauts où les parents sont de taille proche. De plus, un certain nombre d'avantages peuvent être avancés dans le cas du dispositif femelle naine. Par exemple, il sera plus facile de repérer les repousses hautes parmi les bandes femelles et par conséquent de les épurer. Les traitements phytosanitaires seront plus aisés à réaliser sur la femelle naine. En revanche, le rendement des premières bandes femelles pourra être plus faible en raison des effets de compétition du mâle plus développé et le risque de verse du mâle sur la femelle sera accru. Ces inconvénients pourront être corrigés par l'application d'un régulateur de croissance sur la lignée mâle. L'effet raccourcisseur de ce traitement devrait en même temps limiter les phénomènes de compétition et les risques de polarisation des abeilles sur l'une des lignées, du fait d'une différence de taille moins importante entre les deux géniteurs.

REFERENCES

1. PIERRE J , RENARD M (1995). Pollinisation entomophile et production de semences hybrides chez le colza. Paris : Editions ANAMSO.

2. MESQUIDA J, RENARD M, PIERRE JS (1988). Rapeseed (Brassica napus L.) productivity: the effect of honeybees (Apis mellifera L.) and different pollination conditions in cage and field tests. Apidologie, 19 : 51-72.

3. MESQUIDA J, MARILLEAU R, PHAM-DELEGUE MH, RENARD M (1988). A study of rapeseed (Brassica napus L. oleifera Metzger) flower nectar secretions. Apidologie, 19 : 307-18.

4. RENARD M, MESQUIDA J, (1987). Significance of nectar secretion for honey bee foraging (Apis mellifica) and consequences of pollination on oilseed rape (Brassica napus) seed production. 7e Congrès international sur le colza, Poznan, Pologne 11-14 mai 1997 : 215-21.

5. PIERRE J , RENARD M (1999). Plant development mutants : incidence on honey bees behaviour and pollination. Proceeding of the 10th International Rapeseed Congress, Camberra, Australia, 26-29 September 1999, 5 p.

6. MESQUIDA J, RENARD M (1989). Étude de l'aptitude à germer in vitro du pollen de colza (Brassica napus L.) récolté par l'abeille domestique (Apis mellifera L.). Apidologie, 20 : 197-205.

7. GUILLAS JM, BRUNEL E (1983). Étude de la pollinisation du colza (Brassica napus L. var. oleifera) par les abeilles et les diptères. Mise en évidence du rôle pollinisateur des Syrphes. Mémoire de BTS, INRA Rennes.

8. DELOURME R, EBER F (1992). Linkage between an isozyme marker and a restorer gene in radish cytoplasmic male sterility of rapeseed (Brassica napus). Theoretical Applied Genetics, 85 : 222- 8.


 

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