ARTICLE
Les recommandations sur l'évaluation des aliments issus des OGM,
arrêtées par le Conseil supérieur d'hygiène
publique de France, avec en particulier la relative mise à l'écart
de la notion d'« équivalence en substance »1,
semblent introduire une nouvelle phase de la réflexion sur l'innocuité
des produits issus des plantes génétiquement modifiées
(voir l'article de P. Besançon).
Les propositions de recherche, adoptées en mai par le gouvernement
britannique, concernant les risques sanitaires des produits issus des
OGM, l'invitation faite aux experts de l'OCDE en juin, par les responsables
du G8, de réexaminer les implications des biotechnologies en termes
de sécurité alimentaire et l'appel à propositions
lancé par le ministère de la Recherche en juillet, portant
en particulier sur la mise au point de méthodes globales pour déterminer
la composition exacte des variétés d'OGM, participent de
ce même registre de préoccupations jusqu'à présent
spécifiquement européen.
Ces mesures prises au nom du principe de précaution -- et qui
confirment au passage combien « l'attitude de précaution
[qui] consiste à prendre un certain recul face aux avancées
de la science, débouche non sur un rejet mais sur une plus grande
sollicitation de la science »2 -- permettront-elles
de canaliser les interrogations du débat public ? La poursuite
du débat entre experts dans le cadre des revues scientifiques,
comme le rappelle le Lancet, est également une des conditions
essentielles pour y parvenir3.
Les événements du début de l'été
(la destruction d'essais au champ du CIRAD et du CETIOM) ont, par ailleurs,
mis en évidence une autre forme du décalage entre recherche
et acteurs sociaux. Le caractère condamnable de ces manifestations
ne saurait empêcher de juger combien font défaut des dispositifs
de consultation et de délibération rassemblant les différents
acteurs (individuels et collectifs, experts et profanes), assurant une
mise en circulation des informations, permettant un approfondissement
réciproque de la perception des enjeux, et appelés de leur
vux, non sans nuances, par nombre d'observateurs de la vie publique4.
Placés entre recherche et terrain, les centres techniques semblent
bien placés pour participer ou conduire à une telle mise
en place.
Références
1. Voir pour « l'historique » de ce débat : Pascal
G. La stratégie d'évaluation de la sécurité
alimentaire des plantes transgéniques. OCL (4,4) : 241-4.
2. Voir Anne Laudon A, Noiville C. Le principe de précaution.
Le droit de l'environnement et l'OMC. Rapport remis au ministère
de l'Environnement, novembre 1998.
3. The Lancet, éditorial du 29/5/99, http://www.thelancet.com/newlancet/sub/issues/vol353no9167/body.editorial1811.html
4. Voir en particulier Lascoumes P. L'information arcane politique paradoxal.
In : Information, consultation, expérimentation. Séminaire
du programme risque collectif et situations de crise. Paris : CNRS, 1997.
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