ARTICLE
Pourquoi une prospective au
CETIOM ?
L'évolution de notre contexte - la mondialisation des marchés
associée à une plus forte segmentation, la globalisation
des enjeux, l'industrialisation accrue de l'agriculture, l'apparition
de nouvelles exigences vis-à-vis de la qualité des produits
mais aussi vis-à-vis de leurs modes de production, l'émergence
de nouveaux acteurs et de nouvelles solidarités entre la ville
et la campagne, la multiplication des centres de décision, les
perspectives ouvertes par l'explosion des nouvelles technologies - se
traduit en fait par une montée de l'incertitude et une complexité
croissante des problèmes et des questions à traiter.
Le progrès des sciences et des technologies élargit considérablement
le champ des applications possibles. De la prise de conscience que tout
progrès scientifique n'est pas nécessairement bon ou utile
et du fait même de la sophistication des technologies, il résulte
des exigences accrues en termes de sécurité alimentaire,
de transparence, d'information et de contrôle de ces applications.
Face à l'évolution de ce contexte, les acteurs de la recherche
et du développement, et en particulier les instituts techniques,
doivent adapter leur positionnement stratégique, leurs métiers
et leurs programmes. Il est alors indispensable d'anticiper les évolutions
futures afin de mieux s'y préparer, voire même de les orienter.
C'est le sens de la démarche prospective qui a pour mission d'éclairer
les décisions d'aujourd'hui en explorant, de façon collective,
le champ des futurs possibles.
Le but de cette prospective entreprise par le CETIOM sur la compétitivité
des oléagineux en France, compte tenu du contexte européen
et mondial est alors, à partir d'une meilleure connaissance du
système oléagineux dans son ensemble, des acteurs et de
leurs enjeux, des évolutions futures des techniques et des technologies
comme des conditions socio-économiques et de politiques agricoles,
d'éclairer les décideurs en dégageant différents
scénarios pour le futur, à l'horizon 2010-2015.
Une démarche collective
La réflexion prospective menée par le CETIOM sur la compétitivité
des oléagineux, a associé de nombreux agents du CETIOM,
de l'INRA et des personnalités extérieures et a bénéficié
de l'appui méthodologique de la DADP2 à l'INRA.
Elle a mobilisé un groupe de référence constitué
de 18 personnes issues du CETIOM, de la filière et d'autres organismes,
et quatre groupes d'experts qui ont rassemblé environ 120 participants.
Le groupe de référence était constitué de
: M. Baron (Limagrain), A. Brinon (Saipol et Fedhuil'), G. Clerjaud (Cavac),
O. de Gasquet (Fop), B. de Verneuil (Fop et CETIOM), Y. Dronne (INRA),
J. Évrard (CETIOM), E. Foncelle (Fop et CETIOM), J.-L. Gurtler
(Sido puis Oniol), J.-L. Lespinas (CETIOM), A. Messéan3
(CETIOM), J.-M. Meynard (INRA), E. Pilorgé (CETIOM), M. Renard
(INRA), L. Ruck4 (CETIOM), C. Sebillotte5 (CETIOM),
M. Sebillotte6 (INRA-DADP) et G. Vermeersch (Sofiproteol).
Le rôle du groupe de référence était de proposer
des orientations techniques de travail ; d'apporter une partie des informations
; de constituer un premier niveau de synthèse et de validation
des résultats ; de constituer une première phase de valorisation
des travaux. En son sein un noyau permanent a assuré l'animation
et la coordination ainsi que la production des travaux et l'application
des orientations méthodologiques.
Selon la méthode de prospective SYSPAHMM, développée
à la DADP (INRA), décrite par ailleurs dans ce dossier,
la première étape du travail a consisté à
représenter graphiquement le système oléagineux et
de décrire son fonctionnement actuel à travers les processus
qui expliquent sa dynamique. « De qui et de quoi parle-t-on, jusqu'à
quel degré de précision et comment en parle-t-on ? (...)
Puis nous avons décrit le fonctionnement actuel de ce système
(aspect dynamique) en analysant ses processus, chacun se résumant
sous la forme d'une phrase. Ces processus expliquent ce qui se passe dans
le système, ce que les acteurs font » (Sebillotte C. 2000).
Ensuite, le groupe de référence a élaboré
un ensemble d'hypothèses qui portent sur tous les compartiments
du système et sur leurs relations.
À cette étape du travail, les résultats intermédiaires
ont été soumis à des experts extérieurs pour
approfondir certaines questions, compléter et valider la première
représentation du système proposé et l'ensemble des
hypothèses, et enfin légitimer la démarche. Quatre
groupes d'experts de différentes disciplines et de différentes
institutions ont été réunis à deux occasions
autour de quatre domaines d'évolution : dans la production agricole
; dans les industries de transformation ; dans l'alimentation animale
; dans les métiers du conseil. Parallèlement, des experts
ont été consultés individuellement.
Une fois validée la liste d'hypothèses retenues (105 dans
notre cas), le groupe de référence les a fait interagir
pour analyser les influences qu'elles ont les unes sur les autres et les
a ensuite combinées afin de construire des microscénarios
organisés autour de sept dimensions stratégiques. Ces microscénarios
sont décrits en détail dans la suite de cet article.
Après l'élaboration de ces microscénarios décrivant
des futurs possibles, nous entrons pleinement dans la valorisation des
résultats de la prospective. Des stratégies potentielles
pour la filière oléagineuse et le CETIOM ainsi qu'une première
déclinaison régionale ont, d'ores et déjà,
été proposées à titre d'exemple dans le rapport
de cette prospective. Mais la valorisation passe d'abord par l'appropriation
des microscénarios par les décideurs à différents
niveaux, au sein du CETIOM, de la filière, de l'INRA et des différents
partenaires concernés afin d'en faire un véritable outil
d'aide à la décision. À cette fin, les principaux
défis auxquels est aujourd'hui confronté le secteur oléagineux
vont être analysés avec la grille d'analyse que constitue
cette prospective : la révision à mi-parcours de la PAC,
la place des oléagineux sur le marché des protéines,
la segmentation des débouchés, les nouveaux partenariats
à développer et la contribution des oléagineux au
développement durable constituent quelques-uns de ces questionnements
actuels. La déclinaison régionale de cette réflexion,
déjà engagée par le CETIOM, fait de la prospective
un outil d'animation et de réflexion en partenariat étroit
avec les acteurs locaux.
Par ailleurs, le groupe « recherche oléagineux » de
l'INRA, auquel participe le CETIOM, élabore, à partir des
résultats de cette prospective, des propositions de stratégies
de recherche pour les oléagineux. Enfin, les évolutions
du contexte socio-économique ainsi que du système oléagineux
lui-même imposent une actualisation du jeu d'hypothèses que
nous avons utilisées et nous instaurons une veille collective,
en partenariat (CETIOM-INRA) pour permettre d'actualiser et de maintenir
ce cadre de réflexion stratégique.
Des microscénarios
autour de sept dimensions stratégiques
Si les résultats de cette prospective ne peuvent pas se réduire
à la production des microscénarios, ceux-ci en constituent
cependant une partie importante. Les microscénarios sont des récits
de futurs possibles qui abordent un secteur particulier de préoccupations
(c'est pourquoi nous les appelons microscénarios et non scénarios).
Le groupe de référence de la prospective « Compétitivité
des oléagineux dans l'avenir » les a élaborés
suivant la méthode SYSPAHMM conçue par la DADP (INRA) et
qui est décrite dans d'autres articles de ce même numéro
7.
Les sept dimensions stratégiques autour desquelles ont été
construits les microscénarios ne constituent pas une entrée
prédéterminée, mais une sortie du travail. Elles
résultent des relations que le groupe a établies entre les
hypothèses et du regroupement des hypothèses les plus liées
entre elles.
Si chaque dimension stratégique est plus centrée sur un
problème particulier et concerne plus fortement certains compartiments
du système oléagineux, on trouve en son sein des hypothèses
appartenant à presque tous les compartiments du système.
Il s'agit de focaliser sur un problème sans perdre de vue l'esprit
systémique de la démarche.
Les sept dimensions stratégiques obtenues sont :
* Les agricultures et leurs relations avec leur environnement économique
;
* la place de l'information dans la consommation des corps gras ;
* la prise en compte des recommandations nutritionnelles par les industries
de transformation ;
* l'évolution des modèles d'alimentation animale ;
* la place des oléagineux dans les systèmes de production
;
* les oléagineux face au défi de l'environnement ;
* l'impact des usages non alimentaires dans le développement
des oléagineux.
Autour de chacune de ces dimensions, des microscénarios de futurs
possibles ont été construits.
Décrivons, brièvement ces sept groupes de microscénarios.
Le groupe de microscénarios 1 : Les
agricultures et leurs relations avec leur environnement économique
L'agrégat qui est à l'origine de ces microscénarios
est constitué de deux sous-ensembles d'hypothèses, le premier,
plus lié à l'agriculture, le second, plus lié à
l'industrie.
La construction des cinq microscénarios s'organise autour d'une
hypothèse motrice selon laquelle : « En UE, le poids de l'aval
sur son amont, en particulier celui de la grande distribution, se renforce
de plus en plus (cahiers des charges pour la production et la transformation,
etc.). »
Ce moteur principal se combine avec différents moteurs auxiliaires,
variables selon les microscénarios, qui permettent de construire
cinq microscénarios se différenciant par l'acteur majeur
qui les oriente. Ainsi, dans le microscénario msc 1.1 « Agriculture
d'entreprise », l'acteur prépondérant est l'agriculteur
en tant que producteur agricole mais aussi comme entrepreneur et gestionnaire
de son entreprise ; dans le msc 1.2, les acteurs dominants appartiennent
à l'aval de la production agricole (grande distribution, industrie
de transformation) ; dans le microscénario msc 1.3, c'est l'industrie
de trituration qui structure la filière oléagineuse ; dans
le microscénario msc 1.4, ce sont les organismes d'approvisionnement
et de collecte qui ont le rôle principal tandis que dans le microscénario
msc 1.5 c'est le monde agricole dans sa dimension collective qui est le
protagoniste (schéma
1).
Le contexte de ces microscénarios est celui d'une Europe qui
maintient des versements compensatoires aux exploitations agricoles.
Dans le premier microscénario msc 1.1 « Agriculture d'entreprise
», les exploitations agricoles recherchent la rentabilité
maximale des capitaux investis, en particulier, à travers une diminution
de l'ensemble des charges. Ayant cet objectif, les agriculteurs agrandissent
leurs exploitations ou/et multiplient les formes d'association permettant
une gestion commune du travail et des matériels, ce qui diminue
les charges fixes à l'hectare. Ils utilisent de plus en plus d'outils
d'aide à la décision pour mieux gérer leurs grandes
exploitations et maintenir des niveaux de production qui assurent la rentabilité
maximale des capitaux investis. Ils nouent de nouvelles relations en termes
d'information, de conseil, de commerce. Dans ce contexte les OS8
ont un rôle de moins en moins central face à l'apparition
de nouveaux acteurs spécialisés avec lesquels ces relations
se nouent.
Dans le microscénario msc 1.2 « Une agriculture dominée
par l'aval », les agriculteurs cherchent à augmenter la marge
nette de leurs exploitations surtout à travers une augmentation
du produit brut. Pour cela, ils passent des contrats avec la grande distribution
et avec l'industrie. L'agriculteur devient un « technicien exécutant
» des cahiers des charges imposés et conçus par l'aval.
Dans ce microscénario, le marketing de l'aval conditionne fortement
l'innovation agricole et les OS ont un rôle moins central dans les
contrats et le conseil et se concentrent sur la vente de produits aux
agriculteurs et de services à l'aval.
Le microscénario msc 1.3 « L'industrie de trituration structure
la filière oléagineuse » est une variante du microscénario
antérieur : dans ce cas c'est l'industrie de trituration qui s'occupe,
pour les oléagineux, de la collecte, la commercialisation et l'établissement
de contrats, la transformation, l'exportation... assurant ainsi un approvisionnement
local et tracé, répondant à ses besoins de qualité.
Le rôle d'intermédiation des organismes de collecte est très
affaibli pour les oléagineux.
Dans le microscénario msc 1.4 « Le rôle majeur des
organismes d'approvisionnement et de collecte », ce sont les OS qui
structurent l'activité agro-économique, créent des
districts agro-industriels spécialisés et coordonnent les
entreprises impliquées. Les OS renforcent leurs rôles d'intermédiation
entre production-transformation et distribution, de services aux agriculteurs,
d'approvisionnement-collecte, de conseil... Ils développent une
segmentation des productions et garantissent l'industrie et la grande
distribution d'un approvisionnement en matières premières,
de qualité et tracées.
Dans le microscénario msc 1.5 « Le projet du monde agricole
de gestion collective de l'espace rural », le monde agricole propose
des projets locaux de gestion de l'espace rural avec le concours de la
« société ». La profession agricole en assure
l'animation et le développement, et crée un espace de dialogue
entre les acteurs ruraux, urbains et les pouvoirs publics. Il y a rénovation
du contrat entre l'agriculture et la société avec de nouveaux
objectifs.
Le groupe de microscénarios 2 : La place
de l'information dans la consommation des corps gras
Dans cet agrégat de 15 hypothèses, on considère
que le moteur général est l'hypothèse : « À
côté du prix et de son revenu, le consommateur européen
(et des pays industrialisés) intègre de plus en plus des
facteurs informationnels (nutritionnels, de santé, environnementaux,
de traçabilité...) et le facteur marque dans ses achats.
» Dans un premier temps (2000-2008), ces différents facteurs
ont une influence plus ou moins forte sur les choix des consommateurs,
mais aucun de ces facteurs ne prime clairement sur les autres dans leurs
décisions d'achat. Dans un deuxième temps (2008-2015), les
facteurs informationnels sont déterminants pour le consommateur.
On identifie alors trois microscénarios (schéma
2).
Dans le premier, msc 2.1.1, les besoins nutritionnels déterminent
les choix alimentaires des consommateurs. Le deuxième, msc 2.1.2,
est une variante dans laquelle les consommateurs se nourrissent en suivant
les indications de tables d'alimentation et en respectant leurs besoins
nutritionnels individuels. Enfin, dans le troisième, msc 2.2, les
choix alimentaires des consommateurs sont guidés par le souci de
disposer de produits authentiques et liés au territoire, les besoins
nutritionnels passant au second plan.
Le groupe de microscénarios 3 : La prise
en compte des recommandations nutritionnelles par les industries de transformation
(huile)
Ce groupe de microscénarios 3 se situe dans la poursuite du raisonnement
de deux des trois microscénarios du groupe 2 dans lesquels l'information
nutritionnelle détermine la consommation des corps gras.
Il existe deux débouchés pour les huiles : l'alimentaire
et le non-alimentaire. Pour chacun, il existe deux manières d'obtenir
ces huiles : soit en sélectionnant des variétés adaptées
grâce aux progrès de la génétique et en produisant
des graines fournissant des huiles ayant des profils d'acides gras «
spécifiques », c'est-à-dire répondant directement
aux besoins (quitte à ce que ces profils, entre autres pour l'industrie
non alimentaire, soient mono-acides gras), soit en procédant à
des mélanges d'huiles et dans ce cas le rôle de la génétique
et de l'amélioration des plantes peut se trouver restreint, ou
uniquement orienté à la production d'espèces mono-acide
gras. Pour l'industrie non alimentaire, des études de débouchés
permettent de connaître les besoins les plus probables, en revanche
la satisfaction des besoins des industries de l'alimentation humaine dépend
des recommandations des nutritionnistes. Or la consommation alimentaire
représente environ 80 % de la consommation totale mondiale des
corps gras, aussi décide-t-on que le moteur de cet agrégat
est l'hypothèse : « Les recommandations des nutritionnistes
évoluent. » On entend par là que les recommandations
des nutritionnistes, même s'il n'y a pas aujourd'hui de controverse
fondamentale dans le monde à ce sujet, sont encore instables sur
certains points et donc susceptibles d'évoluer dans les années
à venir, vers de nouvelles recommandations, atténuant, complétant,
voire contredisant les recommandations anciennes.
Couplé à deux moteurs auxiliaires qui concernent le comportement
des industries de l'huile et l'utilisation des OGM, deux groupes de microscénarios
sont élaborés. Un premier groupe (les trois microscénarios
3.1, schéma 3)
correspond à une situation dans laquelle les recommandations nutritionnelles
sont très évolutives. Pour suivre cette évolution,
dans un premier temps, l'utilisation des huiles combinées (mélanges
d'huiles) se généralise. Dans un deuxième temps,
les industries de l'agroalimentaire prennent en compte les recommandations
nutritionnelles. Dans msc 3.1.1, les huiles de table et les produits fabriqués
par les industries agro-alimentaires sont chacun équilibrés
nutritionnellement, dans le msc 3.1.2, les industries de l'huile et les
industries agro-alimentaires produisent des produits qui sont complémentaires
dans le domaine de la nutrition lipidique pour permettre au consommateur
de se « construire » une diète équilibrée
tout en conservant le plaisir de manger, dans le msc 3.1.3, les industries
de l'huile produisent des huiles combinées à partir de mélanges
d'acides gras extraits des huiles.
Le deuxième groupe (les six microscénarios 3.2, schéma
4) correspond à une situation dans laquelle les recommandations
nutritionnelles sont peu évolutives, ce qui permet à l'industrie
de continuer à proposer des huiles génériques. Ce
groupe rassemble six microscénarios dans lesquels les produits
proposés par les industries de l'huile et de l'agro-alimentaire
varient selon l'interprétation que feront les consommateurs des
recommandations nutritionnelles lipidiques ; interprétation influencée
par les médias, la publicité, les groupes de pression industriels
et scientifiques, les modes et les idées reçues. Dans le
msc 3.2.1, la consommation de l'acide linoléique est mise en cause,
dans le msc 3.2.2 l'acide linolénique devient incontournable, dans
le msc 3.2.3, c'est l'huile d'olive qui est préférée,
dans le msc 3.2.4, domine la préoccupation de respecter le rapport
oméga 6/oméga 3, dans les mcs 3.2.5 et 3.2.6 ce sont, respectivement,
l'huile de colza et de soja qui s'imposent.
Le groupe de microscénarios 4 « L'évolution
des modèles d'alimentation animale »
Les microscénarios du groupe 4 « L'évolution des
modèles d'alimentation animale » ont déjà été
examinés dans l'article de Sebillotte C. « Les microscénarios
et leur construction. » Un exemple sur les microscénarios
de l'axe stratégique « alimentation animale » de la prospective
« Compétitivité des oléagineux dans l'avenir
» dans ce même numéro ; nous n'y revenons pas.
Le groupe de microscénarios 5 : La place
des oléagineux dans les assolements
Le contexte de ce microscénario est celui d'une Europe où
les rapports de prix de vente entre cultures pourront subir des variations
conjoncturelles mais qui, de manière générale, ne
s'installeront pas définitivement en faveur d'une espèce
plus que d'une autre. Par ailleurs, l'Union européenne maintient
des versements compensatoires aux exploitations agricoles découplés
des cultures.
On décide, alors, que le moteur de cet agrégat de 15 hypothèses
est l'ensemble formé par les trois hypothèses qui concernent
soit les améliorations de rendement et de réduction de coût
de production des variétés de colza et de tournesol, soit
les évolutions de rendement du colza ou du tournesol par rapport
aux céréales.
Le moteur général de ce groupe de microscénarios
se résume ainsi : les rendements des oléagineux (colza et
tournesol) augmentent, deviennent plus réguliers (tournesol), et
leurs coûts de production diminuent par rapport aux céréales,
grâce aux résultats des recherches génétiques,
agronomiques et technico-économiques et à leur mise en uvre
par les agriculteurs.
À circonstances socio-économiques voisines et avec des
relations de prix stables en moyenne, la compétitivité des
cultures, reflétée dans les microscénarios du groupe
5 par l'importance des surfaces dans les assolements, dépend assez
directement des productions à l'hectare, donc des rendements et
de leur régularité, et de la diminution des coûts
de production. On ne fait pas jouer dans ce groupe de microscénarios
les avantages environnementaux des oléagineux, traités dans
le groupe de microscénarios 6, ni les effets d'une segmentation
plus poussée par la qualité, traités également
ailleurs. Enfin, selon les microscénarios de ce groupe 5, ce moteur
peut se doubler d'un moteur auxiliaire représenté par l'hypothèse
qui dit que les agriculteurs diversifient leurs activités productives
pour diminuer les risques économiques liés à la variabilité
des prix et des rendements. Cette hypothèse peut aussi largement
contribuer, dans les exploitations de grande culture, au maintien des
oléagineux dans les assolements, même si les progrès
de rendement de ceux-ci sont plus modestes ; la diversification consiste,
ici, à ne pas opter pour des assolements dominés par la
monoculture.
Les six microscénarios, construits à partir des moteurs
mentionnés ci-dessus, se différencient par les « progrès
» techniques réalisés sur les différents systèmes
de cultures et les conséquences qui en résultent sur les
assolements (schéma
5). Ainsi, dans le microscénario msc 5.1 les progrès
techniques réalisés sur les systèmes de cultures
avec colza et tournesol ont comme conséquence un développement
de ces cultures dans les assolements. Dans le msc 5.2, les améliorations
obtenues sur la culture de colza se traduisent par une augmentation de
sa surface dans les assolements. En ce qui concerne le msc 5.3, l'absence
de progrès techniques sur les cultures oléagineuses fait
qu'elles ne restent que comme têtes de rotations dans les systèmes
de culture. Pour le msc 5.4, les progrès techniques faits sur les
rotations blé sur blé en continu et l'absence d'améliorations
techniques dans les systèmes de culture avec oléagineux
conduit à la quasi-disparition des oléagineux dans les assolements.
Dans le msc 5.5, les progrès réalisés sur le soja
permettent d'introduire de manière plus importante cette culture
dans les assolements européens. Enfin, dans le msc 5.6, les améliorations
réalisées sur les protéagineux métropolitains
(pois d'hiver et de printemps, féverole, lupin) permettent d'augmenter
les rendements de ces cultures et leur compétitivité face
aux autres têtes d'assolement et aux céréales. L'intérêt
de ces microscénarios est de faire réfléchir, aux
côtés des recherches classiques de génétique
et d'amélioration des plantes, à l'importance de travaux
agronomiques et technico-économiques sur les techniques culturales
et sur les conditions organisationnelles qui jouent sur les coûts
de production unitaires et sur la régularité des rendements.
Ces microscénarios soulignent aussi l'intérêt de recherches
sur l'appréciation des risques économiques par les acteurs
et sur leurs comportements face à ces risques.
Pour les pays de l'UE et des PECO, les surfaces en cultures oléoprotéagineuses
concernant chacun de ces microscénarios ont été estimées
de manière semi-quantitative, en confrontant dires d'experts et
informations bibliographiques aux éléments statistiques
actuels et historiques. Ainsi, par exemple, dans l'Union européenne
la surface de deux cultures, colza et tournesol, a été estimée
pour le msc 5.1 « Développement des surfaces de colza et de
tournesol » à environ près de 7,5 millions d'hectares,
tandis que pour le msc 5.4 « Déclin des oléagineux
en UE » l'estimation est d'un peu plus de 2 millions d'hectares.
Le groupe de microscénarios 6 : Les oléagineux
face au défi de l'environnement
Dans un contexte de préoccupation de la société
pour les questions d'environnement et d'occupation du territoire, considérée
comme une tendance lourde à l'horizon de la prospective, on décide
que le moteur de cet agrégat de 14 hypothèses est formé
des deux hypothèses suivantes :
- À moyen terme, l'agriculture dans le monde sera totalement
libéralisée (cours mondiaux, absence d'aides et de prix
d'intervention).
- La politique agricole européenne favorise l'émergence
d'une agriculture territoriale et durable (préservation de l'environnement,
du paysage, occupation du territoire... ; elle appuie la politique française
des contrats de production liés au territoire).
À partir de ces moteurs, trois microscénarios ont été
élaborés (schéma
6). Dans le premier, msc 6.1 « Les oléagineux dans l'agriculture
durable », la politique agricole reconnaît un intérêt
environnemental à la culture des oléagineux et les favorise
en considérant leur culture comme une des pratiques donnant droit
aux aides qui répondent à des critères d'écoconditionalité.
Dans le deuxième microscénario, msc 6.2 « Les oléagineux
et les coûts environnementaux », la politique agricole ne reconnaît
pas d'intérêt environnemental aux oléagineux. Elle
verse des aides qui ne répondent pas à des critères
d'écoconditionalité, mais, en même temps, la pollution
de l'environnement est fortement taxée. Ce sont alors le bilan
économique des exploitations et les marchés qui reconnaissent
un intérêt environnemental aux oléagineux car leur
présence dans les successions culturales diminue la pollution environnementale
et permet ainsi aux agriculteurs de payer moins de taxes, ce qui augmente
la valeur ajoutée de leurs productions.
Dans le troisième microscénario, msc 6.3, la politique
agricole ne soutient pas les productions agricoles mais la pollution de
l'environnement reste fortement taxée ; on distingue, alors, deux
variantes. Dans la première (msc 6.3.1), l'agriculture de production
résiste. Elle est prise en main par de nouvelles entreprises agricoles
transnationales qui localisent les cultures selon leur compétitivité
dans les différentes régions du monde, la distribution des
oléagineux se réalise ainsi en fonction d'un compromis entre
leur rentabilité et leur comportement environnemental. Dans la
deuxième variante (msc 6.3.2), l'agriculture de production décline
et avec elle les différentes cultures. Le nombre d'exploitations
viables dédiées à l'agriculture « de production
» diminue et certaines exploitations agricoles se livrent, totalement
ou partiellement, à des activités connexes à l'agriculture
(tourisme rural, séjours de retour à la nature). Ainsi l'agriculture
se réoriente profondément vers de nouvelles vocations (territoire,
qualité, authenticité, paysage...). Les exploitations agricoles
qui restent attachées à la production agricole réalisent
une production à haute valeur ajoutée avec une tendance
à l'extensification.
Le groupe de microscénarios 7 : L'impact
des usages non alimentaires dans le développement des oléagineux
On décide que le moteur principal, de l'agrégat qui est
à l'origine de ces microscénarios, est l'hypothèse
: « L'utilisation de biocarburants et de biolubrifiants (à
partir d'huiles végétales) augmentera en UE. » Sachant
qu'on a admis que « la société est toujours préoccupée
par l'environnement à l'horizon de la prospective », ce qui
renforce l'hypothèse motrice. Dans ce contexte, deux forces, l'État
et les citoyens, orientent le fonctionnement du moteur et définissent
les différents microscénarios :
- l'État par ses interventions, ou non, sur les aspects d'environnement,
de sécurité énergétique et de santé
;
- les citoyens par leurs pressions sur l'État, leurs attitudes
face à l'environnement et leurs pratiques de consommation alimentaire
et non alimentaire qui influent sur les stratégies des industriels.
À partir de cet ensemble moteur, nous avons décidé
d'élaborer quatre microscénarios (schéma
7). Ils ont en commun le fait que la société soit, dans
ces quatre situations, préoccupée par la dégradation
de la qualité de l'environnement. Dans trois de ces microscénarios,
7.1.1, 7.1.2 et 7.3, les usages non alimentaires des huiles végétales
augmentent, tandis que dans le microscénario 7.2 ces usages diminuent.
Le premier cas de figure correspond à une forte augmentation
des utilisations non alimentaires des huiles végétales.
Dans le microscénario msc 7.1.1, les pouvoirs publics européens
favorisent l'utilisation des huiles végétales pour des usages
non alimentaires dans le but de contribuer à la protection de l'environnement,
mais sans mesures d'encouragement des cultures à destination non
alimentaire sur le sol européen. De plus, les consommateurs privilégient
la qualité et la traçabilité des produits alimentaires
à celles des produits non alimentaires ce qui ne contribue pas
forcément au développement des surfaces à destination
du non-alimentaire, leur croissance étant alors seulement encouragée
par l'augmentation des débouchés en non alimentaire.
Une variante est le microscénario msc 7.1.2 dans lequel les pouvoirs
publiques, tout en encourageant ces utilisations des huiles végétales,
se donnent les moyens de promouvoir les cultures oléagineuses à
destination non alimentaire sur le sol européen pour assurer un
approvisionnement national minimum pour les industries du non-alimentaire
dans le but principal de diminuer la dépendance énergétique
vis-à-vis des produits pétroliers.
Dans un deuxième cas de figure, représenté par
le microscénario msc 7.3, l'augmentation des usages non alimentaires
des huiles végétales est plus modérée que
dans les deux situations précédentes. En l'absence d'une
politique de protection de l'environnement, ce sont les citoyens qui prennent
en main cette protection à travers leurs comportements quotidiens.
La bonne image environnementale des produits non alimentaires élaborés
à partir des huiles végétales est à l'origine
de l'augmentation de leur consommation.
Enfin, dans le troisième cas de figure (microscénario
msc 7.2), les huiles végétales perdent leur place comme
matière première dans l'industrie du non-alimentaire. Les
sources d'énergie se diversifient, les biocarburants élaborés
à partir des huiles végétales deviennent minoritaires
et les huiles végétales sont remplacées par du suif
dans les cas où cela est possible.
Notes :
1 Précédemment responsable de la prospective
et de la socio-économie à la direction scientifique du Centre
technique interprofessionnel des oléagineux métropolitains
(CETIOM).
2 Délégation permanente à l'Agriculture,
au Développement et à la Prospective.
3 Direction et responsabilité générale.
4 Co-animation des travaux avec Clementina Sebillotte.
5 Coordination générale et responsabilité
des travaux.
6 Appui méthodologique.
7 Sebillotte M, Sebillotte C. « Recherche finalisée,
organisations et prospective. La méthode SYSPAHM ». Sebillotte
C. « Les microscénarios et leur construction. Un exemple sur
les microscénarios de l'axe stratégique « alimentation
animale » de la prospective Compétitivité des oléagineux
dans l'avenir.»
8 OS : organisme stockeur. Il s'agit de coopératives
ou de négociants qui s'occupent de l'approvisionnement et/ou de
la collecte agricole.
REFERENCES
BIBLIOGRAPHIE
SEBILLOTTE C, RUCK L, MESSÉAN A (2002). Prospective compétitivité
des oléagineux dans l'avenir. CETIOM, Paris.
SEBILLOTTE C en collaboration avec RUCK L (2000). Prospective compétitivité
des oléagineux dans l'avenir. État du travail. Rencontres
Annuelles du CETIOM. CETIOM. Paris.
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