ARTICLE
Cette variété des appellations répond à l'élaboration
de cadres analytiques qui ne sont pas nécessairement comparables
entre eux, dans la mesure où ils ne correspondent pas aux mêmes
objectifs. À cet égard, on se permettra de dessiner trois
familles d'approches. La première vise à orienter les pouvoirs
publics dans leur prise de décision, en leur fournissant un modèle
de recherche de solution optimale : elle considère donc que la
détermination des meilleures conditions de production des produits
multiples désirés par la société est au cur
d'un règlement économique de la multifonctionnalité.
La seconde cherche à faire du paradigme multifonctionnel un projet
politique pour l'agriculture ; de celui-ci découlent les
objectifs, les instruments techniques et la forme du compromis national
ou international nécessaires à sa réalisation. La
troisième vise à questionner la notion même de multifonctionnalité,
soit en refusant de la considérer comme paradigme 1,
pour en faire simplement le prétexte à la énième
restructuration de l'agriculture, soit au contraire en y pressentant une
interpellation à renouveler la réflexion théorique.
La discussion de la nature des produits non marchands et/ou de considérations
non commerciales que nous souhaitons conduire relève de la troisième
famille : quelle définition et quelle signification économique
peut-on donner à ces produits multiples ? L'hypothèse que
nous retenons pour ce faire est la suivante. Le plus souvent, les produits
non marchands sont envisagés comme externalités et
produits joints. Cette démarche vise de fait, selon nous,
à réduire le non marchand au marchand, suivant en cela le
courant majeur des économistes qui envisage les questions d'allocation
des ressources et des produits du seul point de vue des relations de marché,
ou plaçant celles-ci en finalité ultime. Il nous semble
en revanche qu'il est nécessaire de comprendre la permanence de
la caractéristique économique de dualité entre
produits marchands et non marchands, rejoignant en cela ceux qui cherchent
à poser les bases d'une économie multidimensionnelle
[1], où les normes, rationalités et valeurs qui organisent
la production et la répartition des biens ne sont pas seulement
celles du marché. De ce point de vue, nous serons conduits à
mettre en avant la notion d'identité, avec ses connotations d'ancrage
dans l'espace et dans le temps, comme contrepartie nécessaire à
celle de marché. Nous pourrons ainsi examiner, dans une seconde
partie, en quoi la politique agricole commune de l'Union européenne
associe dès son origine les deux notions de marché et d'identité,
et comment la tension entre ces deux termes conduit parallèlement
à des ruptures et réajustements sur les deux plans, le terme
multifonctionnalité surgissant dans la période récente
à l'occasion et comme moyen d'expression d'un nouveau remaniement
à la fois marchand et identitaire de l'agriculture. La prise en
compte de ces débats, et des moyens mis en uvre, permet de
préciser les conditions institutionnelles et les valeurs économiques
caractéristiques de cette dimension identitaire.
L'approche économique de la multifonctionnalité
Aujourd'hui, une majorité d'économistes évitent
de porter la notion de multifonctionnalité jusqu'au statut de concept
à portée opératoire. Ils considèrent que la
finalité cachée du recours à la multifonctionnalité
est de trouver de nouvelles justifications pour les aides à l'agriculture,
conduisant à ne souligner que les effets positifs de l'activité
agricole et laissant dans l'ombre ses effets négatifs. L'évaluation
des services environnementaux de l'agriculture serait rendue incertaine,
car cette notion empêcherait toute relation précise entre
le montant des incitations financières (subventions ou taxes) reçues
par les agriculteurs (au titre de la multifonctionnalité) et la
valeur de produits réalisés à travers leur activité
de production 2 [2]. Ils trouvent donc la notion trop vague
et trop peu rigoureuse et proposent d'y substituer les notions d'externalité
et de production jointe. C'est la signification de cette substitution
que nous souhaitons analyser.
Dissoudre la multifonctionnalité ?
Par ailleurs, une difficulté conceptuelle réside pour
ces auteurs dans la notion de fonctions : elle suppose qu'on attribue
spontanément à un secteur un certain nombre de fonctions
dont on voit mal pourquoi arrêter la liste à tel ou tel endroit,
une fois lancés. Néanmoins, il ne faudra pas oublier pour
ce qui suit que, dans la tradition de l'école anthropologique anglo-saxonne,
le programme fonctionnaliste renvoie à la question suivante : En
quoi l'organisme considéré constitue-t-il une unité
fonctionnelle au sens où il ne peut exister sans être
multifonctionnel ? C'est bien ce qui pose problème, lorsqu'on
va constater que la multifonctionnalité est remplacée par
les notions de produits joints et d'externalités.
* Le passage aux concepts d'externalité
et de productions jointes
- Un programme de disjonction
De fait, cette opération se passe en deux temps. Dans un premier
temps, une liste positive des fonctions en rapport avec l'activité
agricole délimite et reconnaît le champ d'étude. La
liste indicative des considérations autres que d'ordre commercial,
telle qu'elle fut présentée par la Suisse durant la conférence
qui s'est tenue à l'île Maurice en mai 2001 (sécurité
alimentaire, développement rural, y compris la réduction
de la pauvreté et l'aide aux communautés agricoles de taille
réduite ou vulnérables, environnement, y compris la prévention
des catastrophes naturelles et la gestion du paysage, diversité
biologique, bien-être animal) 3, n'est pas essentiellement
différente de celle dont s'est dotée l'OCDE [3], qui y ajoute
explicitement l'héritage culturel (agricultural landscape and
cultural heritage values, environnemental outputs, rural viability and
contribution of agricultural employment, food security, animal welfare).
Il reste cependant à cerner le rapport entre ces fonctions et l'activité
agricole : le point essentiel est la nature et l'intensité du caractère
conjoint de la production des « produits de base » et des «
autres produits ». Si la production n'était pas réellement
conjointe, les autres produits pourraient être obtenus indépendamment
des produits de base agricoles et il pourrait exister des considérations
« autres que d'ordre commercial » indépendantes des produits
de base sans que cela ne vienne perturber le marché.
C'est donc le caractère problématique de la production
jointe qui intéresse dans cette grille analytique : soutenir la
production des produits de base dans le but d'atteindre certains objectifs
non alimentaires peut causer - du fait du caractère multifonctionnel
de l'agriculture - des effets perturbateurs sur certaines autres productions
non alimentaires. De plus, les différentes fonctions reconnues
à l'agriculture dans la liste positive dégagée plus
haut ne sont pas sensibles de la même façon aux variations
de la production agricole. Par exemple l'augmentation de la production
de base peut dégrader l'espace rural. Inversement, soutenir une
fonction (l'héritage culturel) peut conduire à augmenter
la production de produits de base indépendamment de la situation
de leurs marchés. D'où l'idée qu'il faut isoler les
différents produits de l'agriculture et s'occuper directement de
chacun pris individuellement. Il faut ainsi chercher la plus forte
dissociation possible entre produits « autres » et produits
« de base », et entre chacune de ces catégories ; en
particulier, les incitations directes et spécifiques conduiraient
aux plus faibles distorsions des échanges de produits de base possibles,
compte tenu des limites imposées par les relations de production
sous-jacentes.
L'objectif d'un tel cadre analytique est donc clair : si la multifonctionnalité
est une caractéristique de l'agriculture, il reste que cette caractéristique
doit, autant que faire se peut, être minimisée pour se trouver
réduite aux situations pour lesquelles il est impossible ou irrationnel
de le faire : dit autrement, la solution optimale du modèle émerge
lorsqu'on a réussi à trouver les instruments qui rendent
l'agriculture la moins multifonctionnelle possible.
- Un outil de décision efficace ?
Cette grille analytique repose sur la capacité à déterminer
les gains ou les pertes de bien-être 4 [4]. Mais que
se passe-t-il dans un univers où les variations de bien-être
liées aux différentes fonctions ne se font pas dans le même
sens ? Ainsi l'hypothèse d'un gain de bien-être lié
à une libéralisation des échanges et à un
déplacement de la production agricole entre différents pays,
peut être acceptée au regard de fonctions de production de
base et être remise en cause lorsqu'on somme les pertes et gains
de bien-être sur l'ensemble des fonctions. Non seulement la solution
optimale ne peut plus être déterminée par la théorie,
mais l'étude empirique s'avère tout à fait périlleuse
: Il faut rendre commensurables des gains/pertes de bien-être liés
à des activités monétaires et des gains/pertes liés
à ce qu'on a qualifié jusqu'ici d'« autres productions
», et que les auteurs désignent généralement
sous l'intitulé d'externalités.
De fait, on est à cet endroit obligé de quitter le domaine
conceptuel de l'optimisation pour celui des analyses multicritères
[5]. En effet, cela suppose qu'on bâtisse un tableau des performances
réalisées par la production agricole dans les différentes
fonctions, selon des critères variés, économiques
(bénéfices et coûts lorsqu'ils sont calculables),
environnementaux (respect de normes physiques, de niveaux de consommation
d'intrants), politiques (coûts budgétaires, faisabilité
de la politique publique, légitimité de celle-ci) et sociaux
(taux et niveau d'emploi, capacité à assurer la reproduction
d'une communauté, capacité à assurer le lien familial,
etc.). Cela suppose surtout que les instances de décision reconnaissent
qu'il existe des situations où des contradictions apparaissent
entre critères de préférence.
* Séparabilité des fonctions
et nature des productions jointes
Un autre aspect de la méthode réside dans le fait qu'une
séparation des fonctions permettrait de comparer la « productivité
» de chaque territoire pour la production d'une fonction particulière,
et répartir les productions « autres » que marchandes
en suivant une logique de spécialisation selon les avantages comparatifs
de ces territoires dans chaque production « autre ».
- Un programme de dissolution
Mahé et Ortalo-Magné [6] préconisent par exemple
la séparation lorsque la dispersion d'unités de production
agressives pour l'environnement dans un espace souhaitant mettre en avant
ses qualités environnementales pour des raisons touristiques empêchent
cet espace de développer ses atouts propres. Des dispositifs de
zonage seraient donc la condition minimale de la production des produits
« autres » (les auteurs préconisent un découpage
en zones grises : agro-industrielles, blanches : agriculture raisonnée,
vertes : agriculture écologique, bleues : parc naturel). Mais le
dispositif de zonage ne suffit pas à produire les externalités
positives. Encore faut-il accompagner ce dispositif de mécanismes
d'incitations individuelles monétaires.
Or, à cet endroit, il faut trouver un moyen de trouver de la
valeur là où elle n'existe pas toujours. Dans ce type de
démarche, le caractère non marchand des productions «
autres » doit donc être réduit chaque fois que cela
est possible, et ce y compris lorsque cela revient, assez curieusement,
à retenir d'abord la nature multifonctionnelle d'un bien, puis
à séparer pour le même bien, « les valeurs
d'usage » et « les valeurs autres que d'usage » 5.
Concrètement, on peut ainsi classer le paysage en tant que bien
public pur (extérieur au marché) dans sa dimension de valeur
autre que d'usage, et en tant que bien privé (pouvant être
géré par le marché) dans sa dimension de valeur d'usage
des visiteurs, s'il peut y avoir exclusion. On vérifie ici l'affirmation
de M. Callon à l'égard de ce type de démarche : «
La notion d'externalité est cruciale parce qu'elle autorise à
penser simultanément les limites des transactions marchandes comme
modalités de coordination et les voies pour rejeter ces limites
toujours plus loin en étendant le marché et ses mécanismes
» (Callon, 1999 : 404). C'est probablement en cela que la notion
de multifonctionnalité se dissout littéralement à
tous les endroits de la méthode dite de recherche de la solution
optimale au sens du marché 6.
- Une définition en creux
Il nous semble donc important de revenir sur ce que sont ces produits
« autres » qui viennent d'être classés comme biens
publics ; en effet, la caractérisation en terme de bien public
esquive la question de la nature du bien : un bien public est toujours
caractérisé en référence au marché,
comme cet objet de moins bonne qualité marchande, défaillant
car il peut être consommé par plusieurs consommateurs et
qu'on ne peut en exclure l'usage, c'est-à-dire le remettre en propriété
à quelqu'un. Il n'est dès lors pas étonnant que,
sur cette base, les économistes s'engagent dans une voie d'efforts
infinis, puisqu'il s'agit en quelque sorte d'épuiser la réalité
en ramenant constamment les biens de mauvaise qualité marchande
à de meilleures qualités de marché. De fait, cette
pensée n'en finit pas d'être confrontée à un
résidu d'analyse, cet objet incertain que sont les « considérations
non commerciales », alors qu'à notre sens, le véritable
défi pour les économistes est de disposer des outils analytiques
pour caractériser en positif ces objets jusque là décrits
dans la négativité.
Le plus souvent, pour ce qui est des produits multiples liés
à des considérations non commerciales, ce qu'on appelle
produit correspond à la (re)production d'un « état
» : un certain état de la biodiversité, du paysage,
de l'héritage culturel, de la sécurité alimentaire
qui ne peut se réduire à la disponibilité en produits
de base, etc. Évidemment, cette (re)production d'état peut
avoir un coût. Mais un coût ne suffit pas à définir
un prix au sens du marché, car celui-ci suppose la confrontation
d'une pluralité d'offres et de demandes. Faut-il en rester là
sans s'interroger plus avant sur l'hétérogénéité
des produits recouverts par le commun dénominateur monétaire
?
Marché et identité
Si les biens non marchands désignent des états que la
société souhaite produire, encore faut-il positionner ces
actions dans les relations de production et d'allocation des biens. Sans
dénier à la méthode qu'on a qualifiée de «
recherche d'une solution optimale » une certaine efficacité
dans la dimension du marché, il reste qu'elle ne nous éclaire
pas vraiment sur la nature économique des autres dimensions de
la multifonctionnalité, en particulier sur cette récurrence
d'une articulation de biens privés et de biens publics, comme si,
en définitive, les premiers ne pouvaient exister sans les seconds.
* Sortir du carcan de la seule rationalité
marchande
Il faut donc s'interroger sur le fait que dans cette tradition, l'optimum
du « bien-être » d'une société (au sens
de la somme des avantages procurés par la mise en uvre des
ressources telles qu'elles se trouvent avoir été réparties
dans cette société) ne peut être obtenu que par l'application
généralisée d'un principe d'efficience marchande
et par le démembrement des biens publics entre leur valeur d'usage
et leur valeur de non-usage.
- Séparer les valeurs d'usage et les valeurs de non-usage ?
Or, même si l'on admet que l'usage de ce bien soit associé
à une valorisation monétaire, il reste que cette catégorisation
écarte le problème essentiel, qui est celui de la production
de ces biens. Et pour que l'on puisse raisonner à propos de ces
produits en termes marchands (et pas seulement monétaires), c'est-à-dire
pour que l'établissement d'un mode de raisonnement monétaire
généralisé soit rendu possible, il faudrait
que les moyens de production de ces biens soient eux-mêmes des marchandises.
Or, comment sont produits ces biens pointés comme biens privés
- paysage, héritage culturel, sécurité alimentaire
? Peuvent-ils être produits uniquement à partir de biens
marchands et être considérés eux-mêmes comme
biens marchands ? Si seul l'usage du produit peut être - et pas
toujours ou seulement dans un de ses aspects - marchand, cela réduit
singulièrement la portée du modèle.
Dit autrement, le cadre analytique défini par « l'économie
du bien-être » assigne pour tâche aux économistes
de n'envisager l'ensemble des relations sociales que d'un point de vue
marchand, en cherchant, lorsque les choses ne se présentent pas
ainsi, à retrouver une expression de ces relations en termes de
rationalité marchande, ou à les asservir à une finalité
supérieure d'utilité marchande. Pourtant, de longue date,
de nombreux travaux incitent à la prudence en la matière,
y compris des travaux fondateurs en économie agricole. On peut
citer Georgescu-Roegen [8] pour lequel l'économie paysanne est
par nature auto-subsistante et ne peut se tourner spontanément
vers le marché, ou faire référence à Tchayanov
[9] qui constate et théorise le fait que, même insérée
dans une économie marchande, la famille agricole présente
deux caractéristiques qui l'éloignent de la rationalité
marchande : la force de travail ne relève pas du marché
du travail, et la finalité de l'activité n'est pas l'obtention
du plus fort revenu mais la subsistance de la famille paysanne.
L'idée que le fonctionnement d'une économie puisse être
régulé par la seule rationalité marchande est effectivement
discutée de longue date, même si des développements
importants ont eu lieu dans la dernière décennie [10, 11].
Polanyi [12] montre comment le marché de la terre - comme celui
du travail, autrement dit deux des trois piliers fondateurs d'une économie
marchande -, n'est pas apparu de manière spontanée. Il propose
à cet endroit de rompre avec deux partis-pris du courant dominant
en science économique, qui conduisent à affirmer que le
marché est la forme naturelle des activités de production
et aux relations d'échange : le parti pris d'assertorique (déduire
la lecture des situations économiques par l'emploi d'un petit corps
d'hypothèses théoriques dont il est inutile de tester la
pertinence) et celui d'ahistorisme (considérer que les comportements
sont transhistoriques) 7. La monnaie elle-même, objet
de marché par excellence, peut être analysée comme
expression de considérations non commerciales et notamment comme
« instrument par lequel une communauté se constitue en
autorité souveraine » [13]. De ce fait, «
si la monnaie résiste si fortement à son intégration
au cadre » d'analyse « économique » traditionnel,
« c'est parce qu'elle est porteuse d'une réalité qui
excède les seules relations marchandes » (ibid.,
p. 361) : ses règles de fonctionnement renvoient au fait qu'elle
est instrument de cohésion sociale, condition de possibilité
du marché, et non résultante du marché.
- La variété des logiques économiques
Il existe deux lectures possibles de Polanyi. La première consiste
à prendre acte du fait que le marché s'est effectivement
placé en position dominante et qu'il ne reste qu'à produire
la critique sociale des effets de cette domination. Or cette représentation
repose sur un modèle logique de « sociétés pures
» - pour reprendre l'expression de C. Barrère [14] - qui fonctionnent
selon une logique unique 8. La seconde lecture consiste à
reprendre la méthode et les catégories analytiques de Polanyi
: il s'agit de reconnaître le fait que plusieurs principes de régulation
structurent l'activité économique, et qu'une activité
économique, a fortiori une société, ne sauraient
exister si un seul de ces principes de régulation s'imposait totalement.
Dans cette lignée, on voit maintenant apparaître des travaux
destinés à poser l'ordre marchand comme un cadre économique
parmi d'autres, c'est-à-dire d'envisager la société
comme constituée par l'association de plusieurs rationalités,
les relations de production, d'échange et de répartition
pouvant appartenir à ces différentes rationalités.
Les travaux de Bolanski & Thévenot [10] trouvent des prolongements
opérationnels dans plusieurs des domaines qui nous intéressent
directement, notamment les chantiers ouverts en économie de l'environnement
par Godard [15] ou en économie industrielle et territoriale par
Salais & Storper [11]. Selon ces derniers, ce que l'on pouvait ignorer
en période de production de masse devient incontournable lorsque
la spécialisation internationale s'éloigne des produits
de masse « pour reposer aujourd'hui sur la particularité
de chaque produit. Cette particularité signifie que producteur
et demandeur ont imprimé une identité donnée au produit
et qu'ils ont la capacité de la reconnaître. Sinon, le produit
se résumerait pour eux à un coût ou à un prix
» (p. 12, souligné par ces auteurs). Dans le domaine qui
nous intéresse, les produits agricoles seraient ainsi portés
à réalité dans des mondes de productions qui combinent
les logiques marchandes, industrielles, civiques, du renom et domestiques,
et les équilibrent de manières diverses : faiblesse des
logiques civique et domestique pour les produits génériques,
et inversement importance de ces logiques pour les produits de terroir,
par exemple.
- Comprendre la nature limitée de la relation marchande
Il est donc important de comprendre ce qui appartient à la relation
marchande, et ce qui ne lui appartient pas. Selon sa figuration canonique,
la relation marchande présente une dimension d'objectivité,
en ce sens que le prix de marché est déterminé en
fonction des propriétés de l'objet au regard de son usage
actuel ou potentiel, et non des caractéristiques des échangistes
; la formation du prix dépendrait uniquement de l'équilibre
entre la perte et le gain d'utilité ressenti respectivement par
le vendeur et l'acheteur, l'un à se dessaisir et l'autre à
s'approprier le bien échangé. En même temps, cette
relation marchande est individualisante dans son fonctionnement, car l'équivalent
monétaire donné en contrepartie du bien échangé
libère l'acquéreur du lien de dette qui l'attachait au vendeur.
Ceci conduit évidemment à la conception d'un échange
atomisé, dans lequel l'objectivité du transfert du bien
trouve sa contrepartie dans celle d'un argent « sans odeur »,
et où l'échange détruit le lien entre échangistes
aussi vite qu'il le crée. S'opposent ici « une pensée
orthodoxe qui chosifie la monnaie en instrument rationnel dont les fonctions
facilitent la mécanique des échanges et réduisent
les coûts transactionnels, et d'autre part une approche hétérodoxe
qui comprend la monnaie comme lien social » [16]. Et l'observation
des marchés concrets, notamment lorsqu'il s'agit d'une volonté
de court-circuiter le marché institué, met en évidence
des comportements de limitation de celui-ci par la recherche délibérée
d'une subjectivité de l'échange, en ce sens que les échangistes
déterminent délibérément le prix en fonction
de l'objectif de perpétuation de leur relation [17]. Autrement
dit, l'échange que représente la théorie économique
du marché, s'il existait réellement dans sa pureté,
ne serait qu'un cas limite, dévastateur quant à la stabilité
des relations sociales, et que les acteurs ne pourraient pas réellement
respecter.
* Rationalité marchande et rationalité
identitaire
Si l'on admet que la relation marchande ne puisse exister seule, mais
qu'elle s'encastre dans un ensemble de relations, les économistes
ont à s'interroger sur cet ensemble de relations qui « font
tenir » un fonctionnement économique dans la durée,
et notamment préciser ces aspects que nous avons appelés
jusqu'ici de « production d'un état ». C'est ce que nous
souhaitons explorer rapidement dans ce passage à partir d'une réflexion
sur l'émergence récente de la notion de patrimoine : du
patrimoine naturel pour traiter de la question de la biodiversité,
au patrimoine culturel pour la formation de certains types de biens (les
produits de terroir), ou au patrimoine professionnel pour désigner
des savoir-faire qu'il faut construire et dont il faut assurer la conservation.
- Une revendication de patrimoine et d'identité
La revendication patrimoniale, si fréquente aujourd'hui [18],
renvoie à un ancrage identitaire qui n'existe pas dans la relation
marchande : elle désigne une relation à un bien qui ne peut
être cédé car associé à son titulaire.
Le glissement de ce qu'on qualifiait de ressources biologiques
et naturelles il n'y a pas si longtemps, et qui se trouvent désormais
valoir patrimoine, en témoigne : on les qualifie de patrimoine
commun de groupes déterminés, dans certains cas de la
nation ou de l'humanité, en raison de la relation bi-univoque entre
l'identité du titulaire et son patrimoine, impliquant un mode de
gestion spécifique 9.
À cet endroit, la tentation pourrait être d'isoler des
biens patrimoniaux, renvoyés dans la sphère publique comme
biens non marchands, dédiés à la préservation.
Il s'agit alors de biens purement patrimoniaux, comme on a envisagé
le cas de biens purement marchands. Si cela peut être utile à
un moment de l'analyse, il n'est pas certain que de tels biens existent
autrement que comme idéaux types. Les biens de la réalité
sont dotés simultanément d'une dimension marchande et d'une
dimension patrimoniale.
Cette situation peut être illustrée par le cas des «
biens culturels », élaborés sur la base d'un substrat
particulier, l'identité culturelle [19, 20] : dans ce cadre, la
culture est définie par sa dimension idiosyncrasique, c'est-à-dire
de liaison intrinsèque à un territoire. Ce qui peut être
vendu, c'est un bien particulier élaboré dans le cadre de
la communauté culturelle correspondante, mais non la culture elle-même
en tant qu'expression identitaire de la communauté. On ne peut
donc se satisfaire du traitement réalisé par les économistes
du marché dans le domaine des appellations d'origine contrôlée
(AOC) 10. Ceux-ci considèrent les AOC : (1) comme la
combinaison de biens privés et de biens publics, mais dont le seul
but est de rendre le produit final marchand : il s'agit alors d'un problème
de propriété intellectuelle ; (2) comme relevant d'une concurrence
imparfaite. L'asymétrie d'information du côté du consommateur
qui ne peut optimiser ses choix s'il ne peut identifier la qualité
du bien est prise en charge par les dénominations d'origine contrôlée
qui construisent la réputation du produit. Dans ce cas, la rente
d'appellation ne sera pas considérée comme le produit d'une
défaillance du marché, mais comme le premium price
représentant les profits sur l'investissement initial.
Sans dénier à ces grilles explicatives une capacité
heuristique, on aura noté qu'elles considèrent les biens
culturels sans attacher d'importance spécifique au fait qu'ils
sont enracinés dans une culture préalable, extérieure
à la seule logique du marché. La question que nous souhaitons
soulever est la suivante : l'activité idiosyncrasique, ou la formation
d'une identité, ou bien encore la préservation d'un état
patrimonial, qui par nature ne sont pas inscrits dans des relations de
marché, ne nécessitent-elles pas un travail de production
et d'allocation de biens, que l'on appellera identitaires car ils sont
pris dans ces relations formatrices d'identité ? Et cette activité
économique n'engage-t-elle pas des valeurs économiques autres
que de marché ?
Pris de cette manière, la dimension patrimoniale et son contenu
identitaire prennent consistance. L'ordre marchand ne connaît dans
son ontologie ni l'espace, ni le temps 11. Il est donc possible
d'opposer à cela un ordre patrimonial, ou identitaire, pour lequel
l'espace et le temps, les caractéristiques particulières
des participants à la relation, soient des dimensions irréductibles
à quelque équivalence que ce soit. Le patrimoine est ce
qui relie le passé au présent et au futur, et l'expression
tellement en vogue aujourd'hui, « nous empruntons la terre à
nos descendants », qui renverse l'évocation traditionnelle
de « la terre des ancêtres », appelle à conjurer
l'irréparable, la rupture du lien au futur. De même, le patrimoine
est territoire, cette portion de l'espace impartie à une communauté
en tant que sa dimension d'existence, comme il est dit par exemple que
« le territoire français est le patrimoine commun de la nation
» dont « chaque collectivité publique est le gestionnaire
et le garant dans le cadre de ses compétences » 12.
Cette dernière expression souligne d'ailleurs que la revendication
patrimoniale est par essence collective puisque le patrimoine définit
une durabilité du lien social [21], à l'encontre de la relation
marchande. Ainsi le patrimoine fonde une relation identitaire, c'est-à-dire
manifeste l'appartenance à une généalogie et à
une communauté de lieu. La dichotomie significative est celle qui
oppose les biens marchands aux biens identitaires, entendant par là
que les biens marchands forment l'objet des relations marchandes, exclusives
de toute relation à l'espace et au temps, tandis que les biens
identitaires sont le support des relations patrimoniales, et qu'ils sont
interdits à l'échange en tant qu'ils sont garants de l'enracinement
dans un territoire et dans une durée.
- Prise en charge de défaillances de marché ou institutions
dédiées à la production de biens identitaires ?
L'approche économique standard concernant la multifonctionnalité
agricole se centre sur la distinction entre les biens de marché
et ceux qui, par leur caractéristique, échappent à
un fonctionnement de marché. Il s'agit alors de produits joints,
auxquels on recherche des substituts, ou que l'on traite comme externalités,
à gérer par une économie publique destinée
à compenser les « défaillances » de marché.
La dichotomie marchand/non marchand révèle ainsi sa véritable
signification, qui est de réduire le non marchand, auquel on dénie
toute signification positive. À notre sens, l'enjeu se situe précisément
à l'inverse, rechercher une caractérisation spécifique
pour ces biens que les relations de marché ne réussissent
jamais vraiment à contenir. L'hypothèse que nous posons
est qu'ils peuvent être utilement décrits par la notion de
biens identitaires, ceux-ci relevant d'un autre type, ou ordre comme on
voudra, de relations économiques, les relations patrimoniales,
indispensable au fonctionnement économique des sociétés
humaines.
L'économie patrimoniale est celle qui assure l'ancrage dans l'espace
et le temps, donne la garantie de stabilité et de durée
des groupes humains. Ses ressources forment patrimoine, destiné
à garantir la perpétuation du groupe, ce qui implique la
perpétuation des ressources en même temps que celle de ses
membres. Les biens produits sont des biens identitaires, en ce sens qu'ils
sont la contrepartie en terme de biens de l'existence déterminée
de ce groupe déterminé. Leurs règles d'allocation
ne relèvent plus de la justice commutative, comme le marché
(où l'on reçoit la même valeur que celle que l'on
donne), mais de la justice distributive où les biens sont distribués
parmi les membres du groupe selon des fonctions que chacun accomplit pour
la perpétuation du groupe. En ce sens, l'économie patrimoniale
est une économie solidaire, dans l'espace du groupe (tous les membres
du groupe bénéficient de la distribution) et dans le temps
(la solidarité intergénérationnelle est une obligation
pour la perpétuation du groupe).
Économie marchande et économie patrimoniale sont complémentaires
et opposées. Elles sont opposées en ce sens qu'elles relèvent
de deux finalités antagoniques, l'une de pur échange l'autre
de continuité, impliquant des fonctionnements différents
et de ce fait des valeurs économiques incomparables (la même
maison ayant par exemple une valeur de 100 000 euros dans une relation
de marché, et une valeur de 1 ou de 2 parts dans les relations
successorales de telle famille déterminée). Elles sont complémentaires
en ce sens que l'une ne peut pas exister sans l'autre. L'économie
de marché est progressive par nature, puisqu'elle implique le profit
et donc la croissance (que l'on retienne une analyse logique de l'échange
généralisé au sens de Marx, ou une analyse contingente
de l'innovation au sens de Schumpeter), mais elle est également
instable par l'atomisation des échanges, ce qui signifie qu'une
pure société d'échange est aussi une société
de pure instabilité, sans principe de continuité. L'économie
patrimoniale est stable par nature, car elle est orientée vers
la perpétuation d'un groupe déterminé, garantissant
son ancrage dans l'espace et dans le temps, mais elle est auto-centrée,
c'est-à-dire autarcique et auto-subsistante, ne laissant place
à aucun principe de croissance. Ainsi l'une ne va pas sans l'autre,
dans un rapport où chacune complète l'autre, en même
temps qu'elle la limite [22].
Posée dans ces termes, pour des économistes, la
question de la multifonctionnalité agricole consiste à abandonner
la dichotomie des biens marchands et des « considérations
non marchandes » pour investir celle des biens marchands et des biens
identitaires. L'analyse des politiques publiques doit alors s'attacher
à reconnaître comment s'organise aujourd'hui dans l'agriculture
la coexistence conflictuelle de relations marchandes et de relations patrimoniales,
conduisant à la production de ces deux types de biens, ou bien
encore d'examiner en quoi les politiques publiques participent de l'une
et de l'autre dimension 13 [23].
Reconnaître le droit à mener des politiques publiques qui
mettent en uvre cette fonction de production identitaire permettrait
de sortir du manichéisme actuel, où elles ne sont appréciées
chez les économistes que comme perturbations du libre jeu du marché,
ou comme obstacles bureaucratiques à son développement.
Cela éviterait la répétition de cette situation dans
lesquelles des économistes somment les responsables politiques
de se conformer à des modèles théoriques de sociétés
purement marchandes tandis que ces responsables mettent en uvre,
de façon récurrente, ce qui est considéré
comme des arrangements ou des libertés avec ces modèles
théoriques, sous la pression de la réalité, parce
qu'ils sont confrontés à la demande de groupes dont la légitimité
se fonde sur leur accomplissement de fonctions patrimoniales nécessaires
à l'équilibre de la société. Ce qui, entre
parenthèse, désarme les responsables politiques qui ne disposent
pas d'autres outils que des théories du lobbying pour penser l'action
de ces groupes.
Nous nous attacherons dans la seconde partie de l'article à montrer
à partir de l'exemple de la politique agricole commune que l'observation
de la coexistence conflictuelle de relations marchandes et de relations
patrimoniales, conduisant à la production de ces deux types de
biens, redonne du sens à certains éléments d'une
dynamique institutionnelle souvent considérée comme le produit
du seul lobbying des groupes productivistes. Ce qui permet d'attirer l'attention
sur le fait que, comme dans le domaine des Appellations d'Origine Contrôlée
qui fixent les limites à leur expansion pour préserver leur
identité, on ne peut pas faire n'importe quoi au nom du marché.
Si les valeurs marchandes et patrimoniales s'affrontent, il faut aussi
considérer que l'identité a un prix, et les dynamiques économiques
sont aussi des processus de remaniement d'identité - en l'occurrence,
pour la PAC, de dispositifs d'identité professionnelle.
À cet endroit, remplacer la multifonctionnalité par les
concepts de produits joints et d'externalités offre peu d'efficacité.
En revanche, prendre au sérieux le concept de multifonctionnalité
comme outil descriptif de la tension entre les dimensions marchandes et
identitaires des biens peut offrir un cadre analytique à la négociation
permanente qui tend à donner existence à la communauté
internationale. En reconnaissant l'irréductibilité de principe
des dimensions qui ne peuvent être rabattues sur la seule valeur
de marché, il offre la possibilité d'entrer dans des remaniements
d'identité négociés, plutôt que de gérer
dans l'urgence des dispositifs qui apparaissent toujours comme dérogatoires
au fonctionnement de libre marché.
Notes :
Texte repris de la conférence prononcée dans le cadre
du colloque « La multifonctionnalité de l'activité
agricole et sa reconnaissance par les politiques publiques » organisé
par la Société française d'économie rurale
(Paris, 21-22 mars 2002). La seconde partie de cet article sera publiée
dans la prochaine livraison (9X6).
1 C'est-à-dire comme ensemble de problèmes
sur lequel tout le monde s'accorde pour considérer qu'il forme
l'horizon de questionnement, et ensemble de propositions énoncées
en vue de les résoudre.
2 Cf. notamment l'introduction de Mollard A, 2001.
3 Cf. Proposition de la Suisse « Liste indicative
de considérations autres que d'ordre commercial et d'instruments
éventuels de mise en uvre ». http://www.mfa.no/ld/mf/news/020031-990204/index-dok000-b-f-a.html
4 La notion de bien-être renvoie à un univers
conceptuel très contraignant, qui suppose notamment que l'ensemble
des gains ou pertes puissent être représentés de façon
monétaire, et qu'il existe un système complet de marchés
présents et futurs (voir l'article Bien-être dans le dictionnaire
économique de Guerrien, 1992 : 166).
5 Dans ce cadre d'analyse, les valeurs d'usage désignent
la valeur associée à l'usage réel. Les valeurs autres
que d'usage sont les valeurs d'existence (qui représentent
la valeur que les humains attachent au simple fait qu'une ressource existe
sans qu'ils y aient accès) et les valeurs de legs (lesquelles
représentent la valeur que les humains attachent à la possibilité
de maintenir une ressource pour les générations futures).
6 Un autre problème qu'on ne traitera pas ici, en cas
de séparation entre fonctions, réside dans le coût
de cette opération. Même si celle-ci est possible, son coût
de mise en place (les coûts de transaction qui lui sont liés)
peut s'avérer exorbitant au regard de l'effet attendu.
7 Il a fallu une série d'interventions politiques déterminées
pour assurer la transformation de l'ordre économique préexistant
et fonder les institutions nécessaires à l'apparition du
marché, ce qui signifie a contrario qu'une telle évolution
aurait aussi bien pu ne pas se produire. C'est d'ailleurs implicitement
la conclusion de l'auteur, lorsqu'il souhaite l'instauration d'un contrôle
politique démocratique sur les fonctionnements de marché.
8 Ce qui l'amène à interpréter la dynamique
des institutions économiques françaises à partir
de la permanence d'une double régulation selon deux principes hétérogènes
: les ordres marchand (respect des lois économiques véhiculées
par le marché) et républicain (expression et gestion de
l'intérêt général).
9 Par exemple, la Directive européenne du 23 octobre
2000 établit un cadre communautaire pour la gestion de l'eau, en
posant dans son article 1er que « l'eau n'est pas un bien
marchand comme les autres, mais un patrimoine qu'il faut protéger,
défendre et traiter comme tel ».
10 Voir une présentation synthétique dans la
première section du document OCDE (2000). Appellations d'origine
et indications géographiques dans les pays membres de l'OCDE contrôlée
: Com/agr/apm/td/wp(2000)15/rev2, 88 p.
11 La distance est traduite en coûts de transports,
le temps en coût d'actualisation, en vue d'aboutir à la construction
d'un marché qui permettra d'établir des équivalences
fondées sur l'indifférence au temps et à l'espace
: la règle d'établissement du prix est en effet que celui-ci
corresponde à l'indifférence d'obtenir un produit qui vienne
d'ici ou d'ailleurs, d'en disposer aujourd'hui ou demain, ou inversement
de vendre à tel ou tel, ici ou là-bas, maintenant ou plus
tard.
12 Loi du 7 janvier 1983, art. 35 ; Code de l'urbanisme,
art. L 110.
13 Et non pas de croire, par exemple, que la fourniture d'aménités
et de biens publics concernent « des biens pas encore marchands »
relevant d'une politique de compensation des défaillances de marché
qui les rendra marchands (Hervieu, Guyomard, Bureau, 2000 : 129).
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