ARTICLE
Enseignements de la prospective « Protéines
»
Les multiples facettes du « système
protéines » et la nécessité de les considérer
simultanément pour réfléchir à l'avenir
Quel doit être l'objet d'une prospective sur les protéines
à l'Inra ? Quel est le système étudié ? Cette
question est fondamentale puisque, par construction, nous devons représenter
le système et son environnement et en décrire le fonctionnement
au moyen de processus qui serviront à élaborer les hypothèses
constitutives des microscénarios.
Le parti pris a été d'avoir la vision la plus globale
possible étant donné le caractère multidisciplinaire
de l'Inra et l'ampleur de ses responsabilités. Nous avons cependant
décidé de considérer « un système protéines
européen », en prenant d'abord pour support une description
des flux de protéines à l'échelle du monde, puis
de l'Europe. Ces flux sont gouvernés par une multiplicité
d'acteurs, des producteurs aux différents consommateurs, humains
et animaux, en passant par de nombreux transformateurs, animaux et industriels,
et par des distributeurs qui font donc partie de notre système.
Les comportements de ces acteurs sont eux-mêmes sous l'influence
de nombreux facteurs, internes ou externes à notre système,
tels que les niveaux de revenus, les cultures, les politiques, sans oublier
les conditions écologiques et socio-économiques.
S'il fallait se contenter d'un seul constat, ce serait celui qui est
résumé dans les figures
1 et 2 : la production de protéines animales en Europe
repose, aujourd'hui, sur les importations de soja venant des Amériques
du Sud et du Nord, tandis que cette même Europe utilise beaucoup
moins de ressources fourragères que le reste du monde. Hors de
tout jugement, il importe de comprendre ce que cela signifie, ce que cela
entraîne et comment cette situation résulte elle-même
de décisions prises hors du « système protéines
» proprement dit, et dont les premières remontent à
l'après-guerre. C'est ainsi que l'on peut « comprendre »
le refus de la Commission de Bruxelles, début 2001, de répondre
positivement aux demandes des gouvernements de l'Union europenne relatives
à des mesures favorisant les oléoprotéagineux européens
dans le remplacement des farines animales qui viennent d'être interdites.
Et s'il fallait faire un second constat, ce serait probablement celui
du rôle des habitudes alimentaires et des comportements des consommateurs
qui donnent une tout autre perspective sur la vision des problèmes
liés aux protéines, mettant au premier plan les problèmes
de nutrition et de sécurité alimentaire, comme nous le verrons
dans les propositions de stratégies de recherche.
La prospective porte donc sur ce que nous avons appelé «
le système européen des protéines ». En définitive,
environ 200 hypothèses ont été formulées,
correspondant aux processus qui ont été jugés comme
les plus importants et dont la poursuite ou, au contraire, la non-poursuite,
aurait des conséquences importantes pour le système européen
des protéines ou pour son environnement. Ainsi, une hypothèse
correspond à un événement qui peut se produire ou
non ; c'est, si l'on préfère, une affirmation potentielle
sur le futur dont on examine les implications selon qu'elle s'avère
exacte ou fausse. Soixante-dix-neuf hypothèses 1 concernant
le « système protéines » proprement dit ont été
retenues tandis que les autres s'appliquent à son contexte externe
géopolitique, économique et agricole à l'échelle
mondiale, et ont servi à construire des macroscénarios.
Enfin, pour quelques aspects, nous avons formulé six grandes
hypothèses. Ce sont des affirmations de portée générale,
concernant la démographie, le climat, l'urbanisation, etc., que
nous postulons comme étant respectées à l'horizon
du travail, c'est-à-dire pour la quinzaine d'années à
venir ; même si nous sommes bien conscients de leur caractère
hypothétique, nous considérons qu'elles ne seront pas remises
en cause à cette échéance, et nous n'examinons donc
pas ce qui se passerait si ces affirmations s'avéraient fausses,
contrairement à ce qui est fait pour les 79 hypothèses «
ordinaires ».
Ces 79 hypothèses du système européen des protéines
concernent, entre autres, la mondialisation, les orientations des politiques
agricoles, les systèmes de production animaux et végétaux,
la consommation et la santé, les industries agro-alimentaires,
l'innovation, la science, les technologies. Leur regroupement donne les
équilibres suivants :
- Environnement macro-économique : 8
- Orientations des politiques agricoles : 12
- Systèmes de production agricoles : 18
- Industries agro-alimentaires : 12
- Distribution : 2
- Innovation, sciences et technologies : 12
Tous les maillons du « système protéines » sont
concernés, ce qui est conforme à notre volonté d'une
approche globale et systémique qui doit, autant que faire se peut,
ne pas « oublier » de grands moteurs d'évolution susceptibles
de rupture. C'est un premier résultat important, surtout dans les
univers agronomiques, que de rappeler que les futurs possibles ne sont
pas uniquement ceux de la production agricole et des agriculteurs. La
place faite aux industriels, aux consommateurs, aux citoyens (problèmes
environnementaux évoqués dans les hypothèses de la
rubrique « Orientations des politiques agricoles ») et à
la distribution, témoigne de l'impossibilité de traiter
des protéines de manière sectorielle si l'on se situe dans
une perspective de moyen-long terme.
Quels enjeux, demain, pour les acteurs du «
système protéines » ?
Se poser la question des enjeux, demain, pour les acteurs du «
système protéines », c'est réfléchir
à l'utilisation des microscénarios comme outils d'aide à
la décision pour ces acteurs.
À partir des 79 hypothèses retenues, nous avons fabriqué
dix groupes de microscénarios qui concernent :
- les orientations et l'avenir de la politique agricole commune
de l'Union européenne ;
- le développement d'un modèle européen d'alimentation
animale ;
- les modalités d'évolution des systèmes de
production agricole sous la pression des contraintes environnementales
et sanitaires ;
- les développements possibles des OGM ;
- la compétition, chez les industriels agro-alimentaires,
entre sources de protéines animales et végétales
;
- les industries agro-alimentaires face aux propriétés
fonctionnelles des protéines ;
- les rapports entre industries de transformation et grande distribution
et leurs rôles respectifs dans les filières et dans l'innovation
en matière alimentaire ;
- les modèles de consommation et leurs impacts sur la consommation
de viande bovine et de produits de terroir ;
- les crises sanitaires alimentaires et les voies pour garantir
la qualité sanitaire des aliments ;
- la place des besoins nutritionnels dans les comportements alimentaires
des consommateurs.
Les quatre premiers microscénarios sont orientés vers
la production agricole, les trois suivants concernent les industries agro-alimentaires
et la grande distribution, les trois derniers étant consacrés
aux consommateurs. Nous retrouvons le caractère systémique
de la question des protéines.
Pour la recherche, c'est donc à partir de ces microscénarios
que sont définis, cas par cas, les enjeux et les microstratégies
de recherche.
Mais ces microscénarios ont une autre fonction, de par les nombreuses
questions qu'ils incitent à poser. En effet, ils mettent en évidence
une série de contradictions potentielles (ou de synergies) entre
différentes politiques et stratégies possibles pour les
diverses catégories d'acteurs, du fait même de la pluralité
de leurs répercussions, directes et indirectes, sur le « système
protéines ». Cette fonction illustre l'un des aspects importants
de leur rôle d'outils d'aide à la décision.
Pour les décideurs publics, l'enjeu primordial concerne le type
de développement socio-économique pour lequel optera l'Europe.
Nous montrons clairement les multiples contradictions, à terme,
entre, par exemple, un choix qui privilégierait les forces du marché
et un autre qui mettrait en avant des démarches citoyennes prenant
en charge d'autres objectifs sans vouloir ignorer pour autant les marchés.
Une fois l'option d'un modèle de développement précisée,
celui-ci doit servir de cadre au raisonnement des choix de politiques
agricoles pour l'Europe et pour la France. Conservera-t-on le choix (actuel)
d'exporter des céréales, des viandes et des animaux et d'importer
des matières riches en protéines, principalement du soja,
ce qui entraîne l'Europe dans une course à la compétitivité
difficilement compatible, à terme, avec le respect de l'environnement
et le maintien de l'emploi, ou bien l'Europe choisira-t-elle un autre
modèle de développement, et aura-t-elle la volonté
et la puissance politiques sur le plan international d'imposer ses vues
à ce sujet ? L'examen détaillé des microscénarios
illustre les multiples incompatibilités potentielles entre les
politiques possibles.
Voici un autre exemple : l'Europe donne l'impression d'opter pour un
modèle de développement essentiellement fondé sur
la réglementation et le contrôle plutôt que sur des
comportements plus responsables des agents sociaux et sur des mesures
pour aider et entretenir ces comportements ! Si tel est bien le cas, peut-on
vraiment alors envisager une politique de contrôle sanitaire de
la chaîne alimentaire par une maîtrise de la qualité
sanitaire tout au long de la filière de production, et cela alors
même que l'on insiste, à juste titre, sur le fait que la
« qualification » des unités de production ne peut être
synonyme de certification des produits ? Et peut-on vraiment mettre en
uvre un modèle d'alimentation humaine reposant sur la traçabilité
des produits, le lien au terroir, etc. ?
Les consommateurs, avec leur diversité de comportements, sont
des acteurs majeurs des orientations futures du développement économique
et social, même si c'est souvent de manière indirecte. L'enjeu,
pour eux, est, entre autres, celui du modèle de consommation alimentaire
: soit un modèle essentiellement fondé sur les recommandations
des nutritionnistes, soit un modèle plus « spontané
», faisant une large place au plaisir de manger, aux produits du
terroir. Quel rôle joueront les industriels de l'agro-alimentaire
et la grande distribution ? Ces mêmes consommateurs iront-ils massivement
vers un accroissement de leurs dépenses pour leur nourriture, condition
du développement de produits différents, non industriels,
avec une réelle traçabilité depuis le terroir ? Comment
les nouvelles technologies de l'information et de la communication permettront-elles
aux consommateurs de mieux gérer leur alimentation individuelle
sur le plan nutritionnel ? Les pouvoirs publics et les médecins
se préoccuperont-ils de la formation de ces consommateurs pour
qu'ils puissent résister aux mirages des affirmations en matières
d'allégations santé ?
Les industriels de l'agro-alimentaire pèseront lourd dans les
orientations futures, en particulier à travers leurs innovations
technologiques. Les enjeux, pour eux, portent sur la valorisation des
propriétés fonctionnelles des protéines, le choix
éventuel d'amorcer une substitution des protéines végétales
aux protéines animales, deux options qui auraient des conséquences
nombreuses tant sur les modèles alimentaires que sur la consommation
des viandes et l'équilibre entre celles-ci. De telles orientations
supposeront un fort accompagnement par la recherche et l'on doit s'interroger
sur les possibilités de ces innovations si le refus des biotechnologies
par les consommateurs se maintenait. Les relations qui s'établiront
entre la grande distribution et les industries agro-alimentaires sont
aussi l'un des grands enjeux du futur par leurs implications sur les types
d'innovations qui verront le jour. Les fabricants d'aliments du bétail
sont d'autres acteurs importants des évolutions, ne serait-ce que
par les choix qu'ils feront non seulement des matières premières
mais aussi des références qu'ils adopteront (calculs intégrant
la digestibilité des protéines...) et des efforts qu'ils
poursuivront en faveur de l'environnement (alimentation bi-phase...).
Les producteurs agricoles, par l'ensemble des choix qu'ils feront, de
leur plein gré ou non, par exemple en matière de pratiques
respectueuses de l'environnement, de qualité des produits, de lien
de ceux-ci au terroir, comme par les positionnements professionnels qu'ils
adopteront (sur l'environnement, l'agriculture dite « biologique
», la solidarité entre régions et au sein des territoires,
etc.) pèseront lourd dans les évolutions futures. Pour eux,
l'enjeu primordial est d'accepter de clarifier ces positionnements et
ces options. À titre d'exemple, on ne peut se déclarer favorable
au volontariat en matière d'environnement et ne pas s'engager beaucoup
plus fermement et collectivement, sans se contenter d'une qualification
des exploitations qui risque d'être tirée vers le bas pour
pouvoir englober le maximum de personnes !
Les enjeux pour l'Inra : une lecture des microstratégies
de recherche
Les microstratégies de recherche ont été élaborées
microscénario par microscénario, seul moyen de conserver
le caractère exhaustif et rigoureux de notre démarche. Mais,
pour bâtir une politique de recherche, on doit se poser différentes
questions : entre autres, faut-il rechercher une politique « prudente
», ou, au contraire, vaut-il mieux s'engager de manière plus
risquée mais en concentrant ses forces sur un nombre restreint
d'objectifs ? Dans le premier cas, on recherchera s'il y a un noyau commun
de microstratégies 2 qui permettrait de faire face simultanément
à l'occurrence de plusieurs microscénarios ; le second cas
s'imposera si, par exemple, on constate que les microstratégies
sont antinomiques les unes des autres. D'autres questions concernent le
positionnement de ces microstratégies par rapport aux missions
de l'organisme, par rapport à son plan d'orientation quadriennal,
etc.
Pour aborder ces divers aspects, nous avons, comme pour les hypothèses,
étudié les relations existant entre chaque microstratégie
imaginée et l'ensemble des autres. Cela a permis de constituer
des ensembles cohérents, à l'image des microscénarios.
Nous avons obtenu les neuf groupes ci-dessous, chacun ayant reçu
un nom et recouvrant des microstratégies réactives et pro-actives
:
* Generic : recentrage sur des recherches génériques
et sur l'évaluation des impacts de diverses politiques ou d'actions
de développement ou de l'emploi de certaines technologies ;
* Nutrition : connaissance des besoins nutritionnels (protéiques)
de l'homme sain/malade en vue de l'utilisation par les consommateurs des
protéines ;
* Genomic : développement et valorisation des génomiques
;
* Sanitaire : recherches pour la conception d'une politique globale
de maîtrise sanitaire des aliments ;
* Europrotein : conception et mise au point de systèmes
d'alimentation animale maximisant le recours aux ressources européennes
;
* Protanimal : amélioration de la compétitivité
des protéines animales en Europe face aux protéines végétales
;
* Optimal : optimisation des modèles d'alimentation animale
(diminution de la part du soja et des coûts, amélioration
de l'environnement) ;
* durable : conception de systèmes de production durables
valorisant les ressources locales (potentialités écologiques,
opportunités régionales socio-économiques, etc.)
;
* Distrib : la recherche face aux mouvements d'intégration
des filières par la grande distribution.
Deux précisions s'imposent. D'abord, le mode de regroupement
privilégie l'existence de relations entre microstratégies,
ce qui inclut aussi bien les relations d'antagonisme que de synergie entre
microstratégies au sein de chacun des groupes précédents.
Donc, opter pour l'un de ces groupes ne dispense pas de choix plus fins.
Par exemple, dans le cas de Genomic, il s'agit de savoir quelle(s)
génomique(s) on veut (peut) valoriser, car tout n'est pas simultanément
possible ! Par ailleurs, au sein de chaque groupe, les microstratégies
renvoient à différents aspects de la recherche : soit à
des disciplines biotechniques et/ou socio-économiques, soit à
des démarches transdisciplinaires, soit à des travaux d'expertise...
La nature de ces neuf groupes souligne le bien-fondé d'avoir
considéré les protéines comme l'enjeu du xxie
siècle, tant le champ des recherches couvertes est large. Si l'on
avait craint qu'une prospective sur les protéines se limite aux
dimensions de la production, notre travail qui donne, entre autres, une
place considérable aux questions de nutrition humaine et de sécurité
alimentaire nous rassure, mais nous oblige aussi à penser des politiques
de l'Inra suffisamment globales. De la même manière, l'importance
du groupe de recherches génériques n'était guère
supputée.
Ces neuf groupes se scindent en deux grands ensembles (figure
3) qui correspondent à des enjeux assez différents pour
la recherche et l'Inra.
Les orientations du premier ensemble (Generic, Genomic, Nutrition
et Sanitaire) sont centrées sur les connaissances de
bases et sur les méthodes. Adopter ces orientations reviendrait
pour l'Inra à mettre en avant, et assez exclusivement, une facette
particulière de sa dimension d'établissement public de recherche
et à n'avoir que quelques relations partenariales très ciblées
sur des aspects « fondamentaux ». Une telle option comporterait
peu de risques sur un plan académique et international pour les
chercheurs comme pour la renommée de l'Institut. En revanche, l'Inra
prendrait de la distance vis-à-vis de son caractère finalisé,
ce qui supposerait, au minimum, que d'autres organismes s'emparent des
questions non traitées et que la recherche privée se développe
considérablement, tout particulièrement en Europe, ce qui
n'est pas forcément évident.
À l'opposé, les orientations du deuxième ensemble
(Europrotein, Optimal, Protanimal, Durable et Distrib) relèvent
nettement du caractère finalisé de l'Institut. Elles supposent
un engagement et des choix de recherches au service d'orientations politiques
et/ou de modèles de développement spécifiques. Pour
l'Inra et pour ses chercheurs, il y a plus de risques, non pas parce que
les recherches seraient de moindre valeur et moins originales sur le plan
scientifique, mais en ce sens que les résultats peuvent être,
lorsqu'ils seront là, en décalage par rapport aux attentes
des sociétés civiles européennes, ce qui n'est pas
forcément bon pour un organisme dépendant du financement
public. Ainsi, dans une stratégie tournée vers l'amélioration
de la compétitivité des protéines animales en Europe
(Protanimal), le risque n'est pas tant de produire des connaissances
finalisées qui desserviraient la carrière des chercheurs
que d'aboutir à des résultats au moment où les consommateurs
se seraient plus ou moins durablement détournés d'un tel
modèle alimentaire (extension du « végétalisme
») 3.
Dans le cadre de ces recherches finalisées, un autre enjeu doit
être évoqué. C'est la capacité pour l'Inra
à mobiliser ses partenaires et, pour ces derniers (acteurs socio-économiques
ou ministères), leur capacité à abandonner une simple
position de donneur d'ordres. Nombre des sujets à traiter à
l'avenir supposent des engagements de participation et de co-responsabilité
dans la formulation des problèmes et leur traduction en questions
scientifiques.
Les priorités de recherche de l'Inra pour 2001-2004 4
renforcent certains de ses axes stratégiques et concernent tout
particulièrement les groupes Genomic, Nutrition et Durable
; elles sont à cheval sur les deux grands ensembles ci-dessus,
donc avec des risques différents, pour l'Inra et ses chercheurs.
C'est l'un des intérêts du travail réalisé
que de le montrer et, partant, d'inciter les décideurs à
en tenir compte.
Les choix de stratégies de recherche par l'Inra sont donc délicats
: ils supposent une clarté d'engagement de la part des ministères
de tutelle et une meilleure définition sur ce que la recherche
publique finalisée doit être à moyen terme. Dans le
groupe de microstratégies Genomic par exemple, quel est
le rôle dévolu à la recherche publique : travailler
uniquement pour l'accroissement des connaissances dites « fondamentales
» et n'avoir comme partenaires que quelques grands groupes internationaux
ayant un véritable potentiel de recherche ? Travailler de manière
plus appliquée sur les sujets qui ne seront pas, de si tôt,
intéressants pour la recherche privée ? Travailler pour
répondre aux besoins des pays en développement, ou appuyer
une politique européenne de résistance à l'emprise
américaine ? Cette exigence de définition des rôles
de la recherche publique est d'autant plus forte que les différentes
microstratégies ne demandent pas les mêmes efforts, le même
degré d'innovation, les mêmes compétences à
entretenir ou à développer et ne valorisent pas de la même
manière le potentiel actuellement construit. Le travail de prospective
fournit des indications sur ces points et souligne ainsi que l'option
« Durable » supposera de nombreux choix et une mobilisation
de l'organisme beaucoup plus conséquente qu'actuellement.
Les choix de stratégies de recherche par l'Inra supposent aussi
d'avoir une vision claire des travaux en cours et des forces mobilisables.
La figure 4 montre notre
perception qui, même si elle n'est pas tout à fait exacte,
souligne, d'une part, que dans plusieurs domaines il y a encore de gros
efforts à faire, parfois de manière urgente car nous estimons
que l'on est en pré-crise, alors que dans d'autres on valoriserait
notre « fond de commerce » de manière assez facile et,
d'autre part, que face à ces difficultés variées
il faudrait expliciter beaucoup plus clairement les enjeux pour l'Inra
pour pouvoir décider.
Utilisation des résultats de la prospective
« Protéines » : les quatre usages d'un travail de prospective
Quatre usages devraient renouveler les perspectives de la prospective
et en faire un instrument de réflexion et d'aide à la gestion
pour tous ceux qui souhaitent, par l'anticipation, améliorer leurs
pratiques de responsables d'organisations.
Le premier usage est d'en faire un outil pour aider les décideurs
à revisiter leur vision du monde et à réexaminer
leurs options de politique générale. En effet, la prospective,
par son exploration des futurs possibles, rappelle aux décideurs
que le monde bouge, et, du fait de sa dimension systémique, qu'ils
ne sont pas seuls dans ce monde ! C'est donc un moyen pour s'interroger
de manière efficace et positive.
Dans un deuxième usage, le décideur utilise la prospective
pour tester la cohérence de ses décisions et détecter
leurs contradictions potentielles. C'est un aspect essentiel. En effet,
l'objectif n'est pas forcément de supprimer toute contradiction,
mais de les repérer pour imaginer des stratégies réactives
à mettre en uvre en temps utile. Par cet usage, les décideurs
sont obligés de « lever le nez du guidon » et de penser
leurs actions dans le temps, donc face aux évolutions du contexte
et à celles de leurs organisations.
Le troisième usage est d'en faire un cadre de référence
pour la gestion des organismes. En adoptant la panoplie des futurs possibles
comme référent pour leur organisme, les dirigeants fournissent
des cadres d'interprétation à leurs agents qui deviennent
alors capables de comprendre correctement les impulsions politiques de
la direction. Cette dernière n'apparaît plus comme une entité
aux décisions aussi puissantes qu'imprévisibles, sa rationalité
est explicite et donc compréhensible.
Le quatrième usage est celui d'un tableau de bord. Cela suppose
la capacité pour la prospective d'actualiser les futurs possibles
qu'elle a imaginé, pour tenir compte de ce qui change dans l'organisation
et, surtout, dans son environnement économique, social et politique,
et cela à différentes échelles géographiques,
y compris à l'échelle mondiale. Nous avons commencé
à le faire avec la conception de macroscénarios qui montrent
comment une telle actualisation est possible. On est alors dans le cadre
d'une gestion par projets.
Notes :
1 Pour des raisons de traitement des relations entre hypothèses,
leur nombre doit être aussi limité que possible.
2 Ce fut le cas pour la prospective « Semences ».
Voir Sebillotte (dir.), 1996. Prospective : avenir du secteur semencier.
Répercussions pour la recherche. Paris : Inra-DADP, série
Bilan et Prospective ; 151 p. et annexes.
3 La seconde crise de la vache folle nous rappelle que cela
peut tenir à des conjonctions d'événements dont chacun,
en soi, pourrait être considéré comme relativement
anodin.
4 Inra, 2001. Document d'orientation 2001-2004. Évoluer
vers l'INRA du futur. Paris : Inra ; 71 p. et annexes.
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