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Les divergences croissantes depuis des années entre experts,
responsables économiques, et acteurs sociaux et « citoyens
» au sujet des OGM, ont pu être analysées à juste
titre, comme exprimant la difficulté de dégager une «
définition commune du contenu du problème »1.
En optant pour un cadre d'analyse large de la controverse, le rapport
du Commissariat général du Plan2, marque à
cet égard, un point de butée en deçà duquel
il sera difficile de revenir. « Loin d'être l'effet d'une
crise temporaire et localisée de néophobie, voire d'irrationalisme
» le débat autour des OGM doit être en effet considéré
comme « porteur de questions de fond sur la gestion de l'innovation,
questions auxquelles il conviendra de répondre ».
Les préoccupations « traditionnelles » liées
aux risques sanitaires et environnementaux, la question de la ségrégation
des filières, de la responsabilité des opérateurs,
de l'information du consommateur, ne peuvent plus être ainsi artificiellement
séparées des interrogations plus globales concernant le
type d'agriculture, les liens avec le territoire (le choix des gènes
d'intérêt), le type d'alimentation, les stratégies
économiques, les formes de protection de l'innovation (les brevets),
que présupposent les OGM.
Et ce d'autant plus que des souhaits nouveaux en matière d'agriculture
sont aujourd'hui largement exprimés en France et au sein de l'Union
européenne.
Ce cadrage ouvert, effectué par le rapport du Commissariat général
du Plan et les analyses qui le justifient (quoique inégalement
développées), permettront-ils de débloquer le débat
?
À la lumière des événements de l'été,
cette question est aussi cruciale pour la vie publique que pour la recherche.
De plus en plus nécessaires à la conduite des processus
d'innovation en agriculture, les biotechnologies végétales,
se révèlent aussi de moins en moins suffisantes à
l'élaboration d'une définition socialement acceptée
de l'avenir3. La question de la démocratie technique4,
déjà abordée avec la Conférence des citoyens
est ici plus que jamais d'actualité. Rappelons ce qui en était
dit : « Le dispositif qui met les citoyens au centre de la délibération
change totalement les interactions entre les différents protagonistes.
Cela conduit la plupart d'entre eux à modifier profondément
le regard qu'ils portent sur le problème ainsi que le regard qu'ils
portent sur le regard des autres. De ce point de vue la conférence
a constitué un précieux moment d'apprentissage social »5.
La réflexion sur la co-construction de l'évaluation du
risque entre experts et profanes développée par Bernard
Chevassus (voir ici p. 287) et reprise dans le rapport demanderait ainsi
à être prolongée vers une analyse des dispositifs
souhaitables en matière d'institution du débat public. Une
question qui dépasse largement dans sa portée, le sujet
des OGM, non sans l'impliquer.
Notes :
1 L'innovation controversée : le débat public
sur les OGM en France, INRA Grenoble, 2000.
2 OGM et agriculture : options pour l'action publique,
Paris : Documentation Française, 2001.
3 Voir Ulrich Beck, La société du risque,
Paris : Aubier 2001.
4 Michel Callon, Pierre Lascoumes, Yannick Barthe, Agir
dans un monde incertain, essai sur la démocratie technique,
Paris : Seuil, 2001
5 L'innovation controversée, op. cit.
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