ARTICLE
agr.2012.0535
Auteur(s) : Tachégnon Prudencio Agbohessi1,,2 agbohessiprudencio@yahoo.fr,
Ibrahim Imorou Toko2 iimorou_toko@hotmail.com,
Patrick Kestemont3 patrick.kestemont@fundp.ac.be
1 Facultés universitaires Notre-Dame de la Paix
(FUNDP) de Namur
Faculté des sciences
Unité de recherche en biologie environnementale et évolutive (URBE)
55, rue de Bruxelles
Chambre 317
Namur
Belgique
2 Université de Parakou (Bénin)
Faculté d’agronomie (FA)
Département de Production animale (DPA)
Unité de recherche en aquaculture et écotoxicologie aquatique
(URAEAq)
BP 123
Parakou
Bénin
3 Facultés universitaires Notre-Dame de la Paix
(FUNDP) de Namur
Faculté des sciences
Unité de recherche en biologie environnementale et évolutive (URBE)
Rue de Bruxelles, 61
B-5000 Namur
Belgique
Tirés à part. : T. Prudencio Agbohessi
Au Bénin (figure
1), le secteur de la production cotonnière est le principal
moteur de croissance de l’économie nationale. Il constitue la plus
grande partie de la production primaire et des exportations du
pays, car représente environ 80 % des recettes d’exportations
officielles et contribue pour 13 % à la formation du produit
intérieur brut (PIB) (AIC, 2008). Sur le plan industriel, le coton
représente environ 60 % du tissu industriel béninois et génère
plus de 3 500 emplois. Cette filière fait vivre directement ou
indirectement environ 3 000 000 de personnes (AIC, 2006).
Elle est à ce titre un puissant levier de lutte contre la pauvreté.
Seulement, la bonne conduite de cette culture exige l’utilisation
d’engrais minéraux pour la fertilisation des sols et de pesticides
pour la lutte contre les adventices et le traitement phytosanitaire
des plantes. Certes, le recours aux pesticides chimiques a fait
augmenter significativement la production agricole, mais en même
temps cet usage aurait une influence négative sur la biodiversité
(Monkiédjé et al., 2000). En effet, la fraction de
pesticides qui atteint le sol rejoint ensuite, sous l’effet des
pluies, les eaux de surface par ruissellement superficiel ou les
eaux souterraines par infiltration (Ramade, 1989). De plus, la
fraction émise dans l’atmosphère par volatilisation finit aussi par
regagner, sous forme de retombées atmosphériques, les sols et les
eaux de surface lors des précipitations. Au nombre des pesticides,
il y a les insecticides organochlorés jadis recommandés mais
aujourd’hui interdits dans toute la sous-région ouest-africaine à
la demande de l’Union Européenne, au regard de leurs nuisances sur
l’environnement et sur les populations humaines. Ces pesticides
sont très rémanents et peuvent se stocker durablement dans la
biomasse. C’est pourquoi, il est indispensable de faire l’état des
lieux de la contamination des écosystèmes aquatiques béninois par
ces pesticides organochlorés, et de dégager l’impact de ces
biocides sur le système eau/sédiment et les poissons qu’il
contient.
Pesticides organochlorés et contamination des écosystèmes
aquatiques au Bénin
Les pesticides organochlorés comme le DDT ont été utilisés au
Bénin dès les années 1960, bien avant l’avènement de la culture
cotonnière, contre la malaria, la mouche tsé-tsé, les vers de
guinée (Dracunculus medinensis) et les anophèles (Gambia).
De la fin des années 1970 à 1999, les substances actives de la
famille des pyréthrinoïdes ont remplacé les organochlorés jugés
alors trop toxiques pour le traitement phytosanitaire du cotonnier
(Katary, 2003). Mais face aux chutes drastiques des rendements
provoquées par la résistance du plus redoutable ennemi du
cotonnier, Helicoverpa armigera, aux pyréthrinoïdes,
d’autres programmes de lutte chimique ont été mis en œuvre à partir
de la campagne 1999-2000 dans lesquels les organochlorés ont été
réintroduits à travers l’endosulfan, en remplacement de ces
pyréthrinoïdes (Katary, 2003). En février 2007, suite aux
dégâts de l’endosulfan sur l’environnement et les populations
humaines (décès de plusieurs personnes dus à l’intoxication par ce
produit), cet insecticide a été officiellement interdit
d’utilisation et remplacé par le tihan 175 O-TEQ. Cependant, des
écarts existent entre les pesticides recommandés et ceux utilisés.
En effet, des enquêtes d’Agagbé (2008) menées à Savalou ont révélé
que seuls 36 % des agriculteurs continuent de faire confiance
aux produits phytosanitaires officiellement autorisés. Trente et un
pour cent se procurent ces produits à la fois dans le secteur
formel et informel et 33 % des agriculteurs ne se ravitaillent
que dans le secteur informel. Le secteur informel se fournit en
produits issus des trafics transfrontaliers qui échappent à tout
contrôle (Togo, Nigeria, Ghana, etc.), disponibles à bon marché, et
en produits désuets mal stockés soumis au risque de vente
frauduleuse. Il s’agit notamment des organochlorés tels que
l’endosulfan, le DDT, le lindane, la dieldrine, l’heptachlore, etc.
(Soclo, 2003 ; Yèhouénou A Pazou, 2005). Ces pesticides, à
base de substances toxiques persistantes, sont caractérisés par une
forte rémanence temporelle et une faible spécificité. Sous les
tropiques comme au Bénin, ils se dégradent rapidement sous l’action
des rayons ultraviolets en des produits dérivés généralement plus
toxiques et plus stables que les composés initiaux (Pnue, 2002).
Leur demi-vie est de plusieurs années, généralement de l’ordre de
10 ans ou plus, ce qui leur permet de se stocker durablement dans
une grande partie de la biomasse de la planète (Pnue, 2002).
La contamination des eaux par les pesticides au Bénin est, soit
ponctuelle lors de la manipulation des produits du remplissage ou
du rinçage des pulvérisateurs, soit diffuse après l’application des
produits, par ruissellement vers les eaux de surface. En effet,
89 % des cultivateurs de coton enquêtés par Agagbé (2008) ont
leur champ situé au bord d’un cours d’eau et 73 %
reconnaissent nettoyer leurs outils de pulvérisation dans les plans
d’eau. La contamination des cours d’eau vient également de
l’utilisation directe pendant la période des basses eaux par les
pêcheurs, de pesticides organochlorés, notamment de l’endosulfan,
du DDT, de l’endrine, etc., pour capturer des poissons (Soclo,
2003 ; Yèhouénou A Pazou, 2005). Ainsi tous les compartiments
de ces écosystèmes sont atteints par ces produits dangereux.
Contamination des eaux de surface
Les tableaux 1 et 2 présentent
les valeurs résiduelles des composés organochlorés respectivement
dans certaines eaux du Bénin et du continent africain. La majeure
partie des données du tableau 1 sont des
résultats d’études écotoxicochimiques de résidus organochlorés dans
l’eau réalisées dans le cadre de recherches par l’équipe du
Professeur Henri Soclo au sein de l’Unité de recherche en
écotoxicologie et étude de qualité (UREEQ), une unité accréditée
par l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA/Monaco) et
dont le protocole est conforme à celui de « Standard
methods ».
Tableau 1 Données chiffrées sur la contamination de
certains cours d’eau du Bénin par quelques pesticides organochlorés
(μg/L).
Quantitative data on the contamination of some Benin rivers by
some organochlorine pesticides (μg/L).
|
| Σ DDT |
Endosulfan |
Dieldrine |
Heptachlore |
Références |
| Rivière Agbado (Savalou) |
6,45 - 29,48 |
0,293-0,471 |
- |
- |
Agagbé, 2008 |
| Fleuve Mono |
0,15 |
0,69 |
0,06 |
0,11 |
Mawussi, 2008 |
| Zone cynégétique Pendjari |
61 |
46 |
0 |
29 |
Soclo, 2003 |
| Zone cynégétique Atacora |
75 |
45 |
0 |
44 |
| Zone cynégétique Djona |
78 |
35 |
0 |
23 |
| Cours d’eau Parc W |
1 - 100 |
58 - 746 |
1 - 48 |
34 - 83 |
Assongba, 1997
(données non publiées) |
Σ DDT = DDE + DDD + DDT.
Les valeurs présentées par Soclo (2003) et Mawussi (2008) sont
des valeurs moyennes, celles d’Assongba (1997) et d’Agagbé (2008)
sont des valeurs minimales et maximales obtenues sur le cours d’eau
concerné.
Tableau 2 Données chiffrées sur la contamination de
certains cours d’eau de zones cotonnières de pays africains par
quelques insecticides organochlorés (μg/L).
Quantitative data on the contamination of some rivers in cotton
growing areas of African countries by organochlorine insecticides
(μg/L).
|
| DDT |
Endosulfan |
Dieldrine |
Heptachlore |
Références |
| Lac Nakuru (Kenya) |
1,09 |
|
| 3,85 |
Mavura et Wangila, 2003 |
| Rivières Ibadan (Nigeria) |
1,266 |
0,43 |
0,657 |
0,202 |
Nwankwoala et Osibanjo, 1992 |
| Rivières des zones cotonnières (Mali) |
< 0,1 |
< 0,1 |
< 0,1 |
< 0,1 |
Dem et al., 2007 |
| Rivière Anié (Togo) |
0,11 |
0,57 |
0,04 |
0,24 |
Mawussi, 2008 |
Les valeurs contenues dans ce tableau sont des valeurs
moyennes.
Le DDT a été détecté à des valeurs allant de 0,15 à
100 μg/L dans les eaux étudiées. Le taux le plus faible,
0,15 μg/L (fleuve Mono), est comparable à celui
< 0,1 μg/L observé par Dem et al., 2007 dans
les rivières des zones cotonnières au Mali et à celui des rivières
à Ibadan (1,266 μg/L) par Nwankwoala et Osibanjo, 1992. Les
valeurs élevées de 6,45 à 100 μg/L observées dans la rivière
Agbado, et les rivières des zones cynégétiques de la Pendjari, de
l’Atacora, de la Djona et du parc W (figure 1), sont de
loin supérieures à celles signalées dans le lac Nakuru
(1,09 μg/L) (Mavura et Wangila, 2003), dans les rivières
d’Ibadan (1,266 μg/L) (Nwankwoala et Osibanjo, 1992), dans les
rivières des zones cotonnières au Mali (< 0,1 μg/L)
(Dem et al., 2007) et dans la rivière Anié au Togo
(0,11 μg/L) (Mawussi, 2008) (tableau
2). Ces valeurs sont également très supérieures à la limite
maximale de résidu d’origine étrangère de l’Organisation mondiale
de la santé (OMS) fixée à 2 μg/L (WHO, 1998) et à la directive
de l’Union européenne 98/83/EC (EU, 1998) fixée à 0,1 μg/L
pour le DDT. Les teneurs en DDT des zones cynégétiques de la
Pendjari (61 μg/L), de l’Atacora (75 μg/L), de la Djona
(78 μg/L) et la valeur maximale trouvée dans le parc W
(100 μg/L) sont de loin supérieures aux normes de qualité
d’eau potable au Bénin (30 μg/L) fixées par le décret n˚
2001-094 du 20 février 2001. Ces derniers taux et ceux
observés dans la rivière Agbado à Savalou (6,45 à 29,48 μg/L)
sont largement situés au-dessus du CL
= 0,4 μg/L pour les crevettes (Ritter et
al., 1997) et de 5 μg/L qui a provoqué, chez les géniteurs
de Oreochromis mossambicus exposés pendant 40 jours, une
augmentation de l’atrésie des ovocytes dans les ovaires et une
désorganisation des lobules dans les testicules. Ce taux de
5 μg/L a aussi provoqué un taux de mortalité et de déformation
élevé chez les larves issues des géniteurs exposés (Mlambo et
al., 2009).
Les teneurs en endosulfan des eaux étudiées se situent entre
0,293 et 746 μg/L (tableau 1). Ces
différentes valeurs sont supérieures à celle de la directive du
Conseil de l’Union européenne fixée à 0,1 μg/L (EU, 1998). Les
taux de 46 μg/L (Pendjari), de 45 μg/L (Atacora), de
35 μg/L (Djona) et de 58 à 746 μg/L (parc W) sont très
alarmants et sont à près de 100 à 1 000 fois supérieurs aux
valeurs de 0,43 μg/L obtenu dans les rivières d’Ibadan au
Nigeria (Nwankwoala et Osibanjo, 1992), de 0,57 μg/L obtenu
dans la rivière Anié au Togo (Mawussi, 2008), et de celle inférieur
à 1 μg/L obtenu au Mali (Dem et al., 2007). En
revanche, les valeurs de 0,293-0,471 μg/L (rivière Agbado) et
de 0,69 μg/L (fleuve Mono) sont comparables à 0,43 μg/L
(rivière Ibadan) et à 0,57 μg/L (rivière Anié). Les teneurs en
endosulfan de la Pendjari, Atacora, Djona et du parc W sont très
nettement supérieures au CL = 0,77 μg/L chez
Clarias gariepinus (Ezemonye et Ikpesu, 2011) et au
CL = 12,795 μg/L chez Tilapia nilotica
(Tellez-Banuelos et al., 2009) qui sont des espèces de
poissons rencontrées dans ces cours d’eau.
Les concentrations en dieldrine dans les eaux béninoises
étudiées varient de 0 à 48 μg/L. Aucune trace de dieldrine n’a
été observée dans les zones cynégétiques de la Pendjari, de
l’Atacora et de la Djona. Les concentrations de 0,06 μg/L
(fleuve Mono) et de 1 à 48 μg/L (parc W) comparées aux normes
de l’OMS et de l’Union européenne (0,03 μg/L) (EU, 1998 ;
WHO, 1998) sont très élevées. Les taux les plus alarmants
(1-48 μg/L) obtenus dans le parc W sont nettement supérieurs à
ceux (0,657 μg/L) rapportés dans les rivières d’Ibadan au
Nigeria (Nwankwoala et Osibanjo, 1992), à < 1 μg/L
rapportés dans les rivières des zones cotonnières au Mali (Dem
et al., 2007) et à 0,04 μg/L rapportés dans la rivière
Anié au Togo (Mawussi, 2008). Cependant, la valeur de
0,06 μg/L obtenue dans le fleuve Mono est comparable à celle
de la rivière Anié (0,04 μg/L) mais reste très faible devant
celle obtenue dans les rivières d’Ibadan au Nigeria
(0,657 μg/L). Les valeurs observées dans les cours d’eau du
parc W (1-48 μg/L) sont équivalentes aux CL = 1,1 à
41 μg/L chez les poissons, notamment chez Clarias
gariepinus de 57 jours (11,7 μg/L) et chez Oreochromis
niloticus de 57 jours (4,95 μg/L) (Lamai et al.,
1999).
Les niveaux résiduels en heptachlore détectés dans les eaux
béninoises étudiées sont de 0,11 à 83 μg/L. Ces valeurs
résiduelles sont très élevées comparées aux normes de l’OMS et de
l’Union Européenne fixées à 0,03 μg/L (EU, 1998 ; WHO,
1998). Si la valeur obtenue dans le fleuve Mono (0,11 μg/L)
est très faible par rapport à celles rapportées dans le lac Nakuru
3,85 μg/L (Mavura et Wangila, 2003), dans les rivières
d’Ibadan 0,202 μg/L (Nwankwoala et Osibanjo, 1992) et dans la
rivière Anié 0,24 μg/L (Mawussi, 2008), celles obtenues dans
la Pendjari (29 μg/L), dans l’Atacora (44 μg/L), dans la
Djona (23 μg/L) et dans le parc W (34 à 83 μg/L) sont
plusieurs fois plus élevées que toutes ces valeurs (tableau 2).
Finalement, les eaux de la zone cynégétique de la Pendjari, de
l’Atacora, de la Djona et du parc W traversant les zones de fortes
productions cotonnières au Bénin, qui reçoivent également les
effluents de plusieurs autres zones cotonnières, sont celles qui
contiennent les taux les plus alarmants de composés organochlorés
détectés. Ces différents taux comparés à ceux de plusieurs cours
d’eau sur le continent africain sont très élevés et sont tous
largement situés au-dessus des CL50 de certaines espèces de
poissons vivant dans ces eaux. Cela peut certainement expliquer le
fait que pendant la période d’utilisation des pesticides dans les
champs et de façon récurrente, on observe sur ces cours d’eau et
d’autres affluents du fleuve Niger, des quantités importantes de
cadavres de plusieurs espèces de poissons dont Clarias
gariepinus, Tilapia nilotica, et Polypterus
endlicheri (Soclo, 2003 ; Issa, 2007 cité par Oga, 2007).
La rivière Agbado située également dans une zone cotonnière
contient des taux relativement élevés de DDT. Le fleuve Mono situé
dans une zone non cotonnière contient un taux bas de DDT
(0,15 μg/L) mais un niveau relativement élevé d’endosulfan
(0,69 μg/L) dont l’origine peut être liée à la présence de
cultures maraîchères aux abords de ce fleuve.
Contamination des sédiments
Les résultats de l’analyse des sédiments prélevés entre 0 et
10 cm de quelques cours d’eau du Bénin sont présentés dans le
tableau 3. Les concentrations sont
exprimées en fonction du taux de matière organique. Les données
obtenues du lac Nokoué et du fleuve Ouémé sont des résultats
d’analyses de résidus organochlorés dans les sédiments réalisés à
l’Institute of Environmental Studies de la Vrije
Universteit aux Pays-Bas par une équipe de chercheurs béninois
et néerlandais. Les autres (rivière Agbado, rivière Magou et
ceinture cotonnière Gogounou-Kandi-Banikoara) sont réalisés à
l’UREEQ.
Tableau 3 Résidus de pesticides organochlorés identifiés
et quantifiés dans les sédiments collectés dans le lac Nokoué, le
long du fleuve Ouémé et dans la rivière Agbado (μg/kg MO).
Organochlorine pesticide residues identified and
quantified in sediments collected in
Lake Nokoué, along the Oueme and Agbado rivers (μg/kg
OM).
| Cours d’eau |
Zones de collecte des sédiments |
DDE |
DDD |
DDT |
Σ Endo |
γHCH |
Σ Drin |
Références |
| Lac Nokoué |
Sô-Ava |
< dl |
< dl |
< dl |
|
|
| Yèhouénou A Pazou, 2005 |
| Vêkky |
< dl |
< dl |
< dl |
|
| |
| Sô-tchanhoué |
< dl |
< dl |
< dl |
|
| |
| Ganvié |
11,5 |
23 |
< dl |
|
| |
| Abomey-Calavi |
7,5 |
15 |
< dl |
|
| |
| Zogbo |
15 |
< dl |
< dl |
|
| |
| Awansori |
74 |
56 |
< dl |
|
| |
| Jesuko |
< dl |
< dl |
< dl |
|
| |
| Ladji |
280 |
128 |
23 |
|
| |
| Fleuve Ouémé |
Donga |
70 |
51 - 63 |
134 - 189 |
16,4- 19,2 |
7,0 |
< 0,1 |
Yèhouénou A Pazou, et al.,
2006b |
| Bétérou |
109 |
403 |
139 -809 |
52,2 |
61,0 |
< 0,1 |
| Kpassa |
131 |
61,5 |
159,5 |
1,6 |
7,0 |
< 0,1 |
| Lowé |
68 |
115,5-243 |
167,3 -312 |
7,8 |
8,0 |
39 |
| Toué |
|
| 123 |
13 |
4,0 |
12 |
| Bonou |
|
| 220 |
7,6 |
42,0 |
32 |
| Houédo |
|
| 545,4 |
<0,1 |
16,0 |
8,2 |
| Atcha -Béri |
|
| 67 |
164 |
20,0 |
5,0 |
Rivière Agbado
(Savalou) |
Pont de Gobada |
|
| 10,8-69,8 |
0,9072-1,014 |
|
| Agagbé, 2008 |
| Rivière Magou |
|
|
| 489,5 |
403,8 |
117,5 |
77,5 |
Soclo, 2003 |
| Ceinture cotonnière Gogounou-
Kandi-Banikoara |
Gogounou |
|
|
| 120 |
|
| Adam et al., 2010 |
| Kandi |
|
|
| 120 |
| |
| Banikoara |
|
|
| 150 |
| |
MO : matière organique ; < dl : inférieur à la
limite de détection ; Σ Endo = endosulfan α + endosulfan
ß ; Σ Drin = aldrine + isodrine + télodrine + endrine +
dieldrine.
Les valeurs uniques sont des valeurs moyennes ; les valeurs
doubles sont des valeurs minimales et maximales obtenues.
Il ressort de ce tableau que les teneurs individuelles en DDT et
métabolites des sédiments du lac Nokoué sont pour la plupart
inférieures à la limite de détection. Les teneurs les plus élevées
sont obtenues à Ladji (280 μg/kg [DDE], 128 μg/kg [DDD]
et 23 μg/kg [DDT]). Celles observées dans les stations le long
du fleuve Ouémé (figure 1 et 2) et
celles obtenues dans la rivière Agbado (tableau
3) sont très élevées également. Toutes sont très
supérieures à la recommandation canadienne pour la qualité de l’eau
(1,42 μg/kg [DDE], 3,54 μg/kg [DDD] et 1,19 μg/kg
[DDT]) et aux concentrations néerlandaises maximales permises
(58 μg/kg [DDE], 39 μg/kg [DDD] et 98 μg/kg
[DDT]).
Tous les taux de DDE et de DDT au niveau du lac Nokoué et du
fleuve Ouémé qui dépassent la limite de détection, sont supérieurs
aux 4,47 μg/kg (DDE) et 123 μg/kg (DDT) trouvés dans les
sédiments du lac Nakuru au Kenya (Mavura et Wangila, 2003) (tableau 4). Les valeurs de DDD obtenues à
Lowé (242 μg/kg) et à Bétérou (403 μg/kg) sont au-dessus
de celles trouvées toujours dans les sédiments du lac Nakuru au
Kenya qui est de 123 μg/kg (Mavura et Wangila, 2003). Le taux
de DDT obtenu à Houédo (526 μg/kg) est supérieur aux
354 μg/kg trouvés dans la lagune Ebrié en Côte d’Ivoire
(Marchand et Martin, 1985). Les taux d’endosulfan trouvés à Bétérou
(53 μg/kg) et à Atcha-Béri (164 μg/kg) se situent entre 7
et 1 155 μg/kg trouvés dans les sédiments de la lagune
Lekki (Ojo, 1991 cité par Pnue, 2002) et sont aussi respectivement
similaires aux 44,4 μg/kg trouvés dans le barrage de Tové et
aux 164,31 μg/kg obtenus dans les sédiments de la rivière
Agbansiandi au Togo (Mawussi, 2008).
Tableau 4 Résidus de pesticides organochlorés identifiés
et quantifiés dans les sédiments de quelques cours d’eau de zones
cotonnières en Afrique.
Organochlorine pesticide residues identified and
quantified in the sediments of some rivers in cotton
growing areas in Africa.
|
| DDE |
DDD |
DDT |
Σ DDT |
Σ Endo |
γHCH |
Σ Drin |
Références |
Lagune Ebrié
(Côte-d’Ivoire) |
149 |
803 |
354 |
1 306 |
| 19 |
187,9 |
Marchand et Martin, 1985 |
Rivière Agbansiandi
(Togo) |
15,85 |
| 104,38 |
120,23 |
164,31 |
11,22 |
71,53 |
Mawussi, 2008 |
Barrage Tové
(Togo) |
31,9 |
| 35,74 |
67,64 |
44,4 |
61,66 |
164,51 |
Lac Nakuru
(Kenya) |
4,47 |
123 |
|
|
|
| 8,26 |
Mavura et Wangila, 2003 |
Σ DDT = DDE + DDD + DDT ; Σ Endo = endosulfan α +
endosulfan ß ; Σ Drin = aldrine + isodrine + télodrine +
endrine + dieldrine.
Les valeurs contenues dans ce tableau sont des valeurs
moyennes.
Cependant les valeurs d’endosulfan (0,9072-1,014 μg/kg)
trouvées à Agbado sont faibles par rapport à celles du barrage de
Tovè (44,4 μg/kg) et à celles de la rivière Agbansiandi
(164,31 μg/kg). Celles obtenues dans la ceinture cotonnière de
Gogounou-Kandi-Banikoara (120 à 150 μg/kg) sont comparables à
celle de cette rivière mais largement au-dessus de celle du barrage
de Tové. En revanche, une valeur de 403,8 μg/kg a été trouvée
dans la rivière Magou. Cette valeur est très élevée, comparée à
celles qui ont été trouvées dans les deux rivières (barrage de Tové
et rivière Agbansiandi).
Quant au lindane, les concentrations les plus élevées ont été
identifiées dans la rivière Magou (117,5 μg/kg) puis à Bétérou
(61 μg/kg). Celles-ci sont supérieures à celles qui sont
retrouvées dans la lagune Ebrié (0,5-19 μg/kg), dans la
rivière Agbansiandi (11,22 μg/kg) et dans le fleuve Sabaki
(6,93 μg/kg) au Kenya. Mais celle de Bétérou est semblable à
celle du barrage de Tové (61,66 μg/kg) au Togo.
Les taux les plus élevés d’aldrine et de ses dérivés ont été
trouvés dans la rivière Magou (77,5 μg/kg) et à Lowé
(39 μg/kg), ceux-ci sont faibles devant celui de la lagune
Ebrié (187,9 μg/kg) et du barrage de Tové (164,51 μg/kg),
semblables à celui de la rivière Agbansiandi (71,53 μg/kg)
mais élevés devant celui du lac Nakuru (8,26 μg/kg).
Les valeurs très élevées obtenues dans certains sédiments
pourraient s’expliquer par le fait que, d’une part les zones de
prélèvement choisies sont des zones de production cotonnière et les
sites situés près des champs de coton et d’autre part, ces composés
organochlorés ont une solubilité à l’eau très faible et par
conséquent se déposent sur les sédiments dès qu’ils contaminent les
cours d’eau. Certains secteurs de prélèvement dans le lac Nokoué
sont à proximité de zones où les conditions climatiques ne sont pas
favorables à la culture du coton. Pour les zones comme Ladji,
Awansori, Abomey-Calavi et Ganvié, la présence de ces résidus de
DDT pourrait se justifier par leur transport de Houédo, un affluent
du fleuve Ouémé ou par une utilisation frauduleuse de ce pesticide
dans la zone. Le rapport DDE/DDT de Ladji est supérieur à 1 alors
que ceux des stations comme Donga, Bétérou, Kpassa et Lowé sont
inférieurs à 1, ce qui indique, selon Iwata et al., 1993 que
le DDT détecté à Ladji a été utilisé dans un passé lointain alors
que ceux de Donga, Bétérou, Kpassa et Lowé sont d’utilisation
récente.
Contamination des populations halieutiques
Les poissons sont contaminés par les polluants par absorption
directe au travers des téguments et des branchies et par voie
alimentaire (Ramade, 1991). Le tableau 5
présente quelques données chiffrées de résidus organochlorés dosés
chez quelques espèces de poissons situées à différents niveaux de
la chaîne trophique. Les données obtenues le long du fleuve Ouémé
(Kpassa, Bétérou, Atchakpa-Béri, Toué, Bonou, Lowé, Houédo) (figure 2) sont
des résultats d’analyses de résidus organochlorés réalisées à
l’Institute of Environmental Studies, Vrije
Universteit aux Pays-Bas par une équipe de chercheurs béninois
et néerlandais. Les autres (cours Pendjari, Dridji) sont réalisés à
l’UREEQ.
Tableau 5 Résidus des pesticides identifiés et dosés dans
les espèces de poissons de quelques cours d’eau au Bénin (ng/g de
lipide).
Organochlorine pesticide residues identified and assayed in some
species of fish of some rivers in Benin (in ng/g lipid).
| Stations |
Espèces |
DDE |
DDD |
DDT |
Σ DDT |
Σ Endo |
Lind |
Diel |
Références |
| Kpassa |
Oreochromis niloticus
Sarotherodon galileus |
41
40 |
38
47 |
50
52 |
129
139 |
16
24 |
| -
10 |
Yèhouénou A Pazou et al.,
2006b |
| Bétérou |
Clarias gariepinus |
66 |
83,3 |
386 |
535 |
23 |
| - |
| Atchakpa-Béri |
Tilapia guineensis
Clarias gariepinus
Chrysichthys nigrodigitatus |
63
421
96 |
29,1
157
27 |
60
806
73 |
152
1 384
196 |
8,2
4,1
- |
| 9,0
-
- |
| Toué |
Tilapia zillii
Polypterus endlicheri
Clarias ebriensis |
44
65
78 |
24
60
29 |
66
348
64 |
134
473
171 |
5,3 |
| -
-
- |
| Bonou |
Clarias gariepinus |
221 |
57 |
1 364 |
1 642 |
32 |
| - |
| Lowé |
Protopterus annectens
Clarias gariepinus
Clarias ebriensis
Synodontis schall
Synodontis nigrita
Schilbe intermedius
Chrysichthys auratus
Hyperopisus bebe |
64
105
107
88
115
396
297
242 |
61
85
47,9
75,7
104
320
122
196 |
5
700
87
137
352
475
819
376 |
130
890
241
301
571
1 191
1 238
814 |
61
26
15,5
39
85
215
121
85 |
| 750
10
6,9
1,5
6,6
8,5
-
- |
| Houédo |
Clarias gariepinus |
72 |
97,3 |
620 |
789 |
54 |
| - |
| Cours Pendjari |
Polypterus endlicheri |
93 |
52 |
| 6 900 |
8 180 |
174 |
200 |
Soclo, 2003 |
| Dridji |
Clarias gariepinus |
403 |
|
| 403 |
75 |
|
| Glin et al., 2006 cité par Mbaye, 2008 |
Σ DDT= DDE + DDD+ DDT, Σ Endo = endosulfan α+endosulfan ß; Lind
= lindane ; Diel = dieldrine.
Les valeurs contenues dans ce tableau sont des valeurs
moyennes.
L’analyse du tableau montre que les teneurs résiduelles en DDT
et ses produits de transformation dans les poissons étudiés varient
de 40 à 421 ng/g (DDE), de 24 à 320 ng/g (DDD), de 5,7 à 819,6 ng/g
(DDT) et de 129 à 6 900 ng/g (Σ DDT [DDE + DDD
+ DDT]). Ces valeurs de DDE sont supérieures à celles qui ont
été trouvées chez les poissons du lac Nakuru au Kenya (34,9 ng/g,
Mavura et Wangila, 2003) et à celles trouvées par Afful et
al., 2010 (1,3 à 12 ng/g) dans les poissons du bassin de Densu
au Ghana. Pour les poissons capturés le long du fleuve Ouémé et
dans la rivière Dridji, la Σ DDT a varié de 129 à 1 642 ng/g,
ce qui est inférieur à ceux rapportés pour Micropterus
salmoides capturé dans le lac Naivasha (Kenya) qui contient des
taux de Σ DDT équivalents à 2 100 ng/g (Gitahi et al.,
2002) et comparables à ceux obtenus (70-1 050 ng/g) pour les
poissons du lac Malawi (Kidd et al., 2001). En revanche, la
teneur résiduelle en DDT de Polypterus endlicheri
(6 900 ng/g) capturé dans la rivière Magou dans le parc W est
très supérieure à celle des poissons du lac Malawi (70 – 1 050
ng/g) (Kidd et al., 2001) et à celle rapportée pour
Micropterus salmoides capturé dans le lac Naivasha
(2 100 ng/g de Σ DDT) (Gitahi et al., 2002). Aussi, la
Σ DDT obtenue dans Oreochromis niloticus pêché à Kpassa (129
ng/g) est 9 fois supérieure à celle obtenue dans Oreochromis
niloticus pêché dans le lac Paranoa au Brésil (1,35 ng/g)
(Caldas et al., 1999). Les concentrations de DDD (24 ng/g)
et de DDT (66,4 ng/g) obtenues pour le Tilapia zillii
capturé à Toué sont nettement supérieures à celles trouvées
(respectivement 0,009 et 0,003 ng/g de lipide) pour la même espèce
dans le fleuve Tana au Kenya (Lalah et al., 2003).
Cependant, une analyse plus approfondie du tableau fait remarquer
de façon globale que ce sont certaines espèces de poissons
carnivores (Clarias gariepinus, Chrysichthys auratus,
Schilbe intermedius, Polypterus endlicheri, etc.)
situées donc au bout de la chaine trophique qui concentrent les
taux les plus élevés de DDE et de DDT, tandis que les poissons
omnivores et phytoplanctonophages (Oreochromis niloticus,
Tilapia guineensis, etc.) concentrent les valeurs les plus
basses.
Les teneurs résiduelles en endosulfan ont varié de 4,1 à
8 180 ng/g. Pour les poissons capturés le long du fleuve Ouémé
et dans la rivière Dridji, les taux ont varié de 4,1 à 215 ng/g, ce
qui est très inférieur à celui qui est trouvé chez Micropterus
salmoides capturé dans le lac Naivasha qui contient un taux de
584 ng/g (Gitahi et al., 2002). Le taux de 8 180 ng/g
obtenu chez Polypterus endlicheri est 13 fois plus grand que
celui rapporté chez Micropterus salmoides précédemment cité
mais plus de 12 000 fois inférieur aux taux concentrés par les
poissons des cours d’eau kenyans (110 mg/g) (Pnue, 2002). La
concentration en endosulfan obtenue chez Tilapia zillii
(5,3 ng/g) capturé à Toué est plus grande que celle trouvée
chez la même espèce dans le fleuve Tana au Kenya (0,042 ng/g)
(Lalah et al., 2003) et dans le bassin de Densu Weija
(0,6 ng/g) mais deux fois plus petite que celle des Tilapia
zillii du bassin de Densu Nsawam (10,4 ng/g) au Ghana
(Afful et al., 2010). La concentration en endosulfan du
Clarias gariepinus capturé à Atchakpa-Béri (4,1 ng/g)
est plus élevée que celle de la même espèce du bassin de Densu
Weija (0,6 ng/g) mais 2 fois inférieure à celle obtenue chez
Densu Nsawam (8,7 ng/g). Au total, Polypterus
endlicheri capturé dans la rivière Magou du parc W concentre un
fort taux ainsi que Synodontis nigrita, Schilbe
intermedius Chrysichthys auratus et Hyperopisus bebe
capturés à Lowé sur le fleuve Ouémé. Clarias gariepinus
concentre un taux semblable à ceux des poissons omnivores et
phytoplanctonophages.
La teneur résiduelle en lindane chez Polypterus
endlicheri de la rivière Magou dans le parc W est de
174 ng/g de lipide. Cette valeur est faible comparée à celles
des poissons des cours d’eau kenyans (295 ng/g) (Pnue, 2002),
très faible par rapport à celle rapportée chez Micropterus
salmoides (2 715 ng/g) capturé dans le lac Naivasha
toujours au Kenya (Gitahi et al., 2002) mais très nettement
plus grande que celle obtenue chez Clarias gariepinus
capturé respectivement dans les stations Weija (6,4 ng/g) et
Nsawam (6,8 ng/g) du bassin de Densu au Ghana (Afful et
al., 2010).
La teneur en dieldrine des stations le long du fleuve Ouémé
varie entre 1,5 et 750 ng/g. Le taux le plus élevé de 750 ng/g est
obtenu chez Protopterus annectens capturé à Lowé ;
200 ng/g ont été dosés chez Polypterus endlicheri de la
rivière Magou dans le parc W. Tous ces taux sont inférieurs aux
taux rapportés chez Micropterus salmoides capturé dans le
lac Naivasha (935 ng/g) mais supérieurs à ceux qui sont
obtenus chez Clarias gariepinus (0,11 ng/g),
Chrysichthys nigrodigitatus (0,4 ng/g) et Tilapia
zillii (0,2 ng/g) du bassin Densu Weija (Afful et
al., 2010). La concentration en dieldrine du Clarias
gariepinus pêché à Lowé (10 ng/g) est deux fois plus
grande que celle de la même espèce (4,8 ng/g) du bassin Densu
Nsawam (Afful et al., 2010). Donc, seuls les poissons
Protopterus annectens pêchés à Lowé et Polypterus
endlicheri capturé dans les eaux du parc W concentrent les taux
les plus élevés.
La teneur élevée de ces poissons carnivores en ces organochlorés
est liée à la lipophilie élevée, à l’hydrosolubilité faible et à la
persistance élevée de ces composés qui leur confèrent une capacité
de bioaccumulation et de bioamplification le long des chaines
trophiques. Ces différentes observations avaient déjà été faites
par Afful et al., 2010 dans le bassin Densu Weija et Nsawam
au Ghana. Yèhouénou A Pazou et al., (2006a; 2006b) précisent
que les individus de la même espèce pêchés en des sites différents
ne sont pas forcément contaminés par les mêmes types de pesticides.
Les poissons sont contaminés par les pesticides utilisés en culture
de coton dans la zone de leur habitat.
Une investigation de Okoumassoun et al., 2002 qui a porté
sur le dosage de pesticides organochlorés et de vitellogénine chez
les tilapias Sarotherodon melanotheron mâles capturés le
long du fleuve Ouémé a montré la présence du lindane
(105 μg/g), de la dieldrine (75 μg/g), de l’heptachlore
(30 μg/g), du pp’-TDE (28 μg/g) ainsi qu’une
concentration plasmatique en vitellogénine atteignant
38 μg/mL. Or la vitellogénine est une lipoprotéine synthétisée
par le foie sous le contrôle de l’hormone femelle œstradiol pour
former le vitellus. La présence de la vitellogénine dans
l’organisme d’un tilapia mâle, une espèce gonochorique, est donc un
indicateur de la présence dans ces poissons d’un xénoestrogène.
Cette capacité de certains pesticides organochlorés à féminiser les
mâles de certaines espèces qui ne changent pas de sexe au cours de
leur vie, conduit inévitablement à l’extinction de celles-ci.
L’étude menée par le ministère de l’Environnement, de l’Habitat, et
de l’Urbanisme du Bénin (MEHU, 1997), a d’ailleurs rapporté la
disparition jusqu’en 1997 de 40 espèces de poissons d’eau douce et
saumâtre au Bénin et parmi les causes énumérées par les experts, il
y a la pollution des cours d’eau par les pesticides agricoles.
Conclusion
Il est aujourd’hui plus que jamais évident que les pesticides
organochlorés utilisés dans le bassin cotonnier sont retrouvés dans
tous les compartiments des écosystèmes aquatiques béninois. Ils
menacent dangereusement de nombreuses espèces dont les poissons,
notamment les poissons carnivores comme Clarias gariepinus,
Chrysichthys auratus, Polypterus endlicheri, Schilbe
intermedius, etc., qui concentrent des taux élevés de ces
biocides, et des poissons phytoplanctonophages comme
Sarotherodon melanotheron mâles, chez qui il a été trouvé
des taux importants de vitellogénine. C’est pourquoi, au-delà des
simples déterminations de niveau de pollution chimique des cours
d’eau effectuées jusque-là, des investigations sérieuses doivent
être faites pour approfondir les connaissances, d’une part sur les
effets chroniques des matières actives utilisées par les
cultivateurs de coton sur l’environnement et d’autre part, sur la
nature et le nombre d’espèces halieutiques qui disparaissent
réellement chaque année du fait de la nocivité de ces biocides afin
que des mesures idoines soient prises pour sauver la biodiversité
en général et celle ichtyologique en particulier. Ces mesures
passent par des actions concrètes en amont pour modifier les
pratiques des cultivateurs de coton et enrayer l’utilisation des
produits dangereux pour l’environnement.
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