ARTICLE
agr.2012.0539
The French Durum wheat supply chain case
Auteur(s) : M’hand Fares mfares@toulouse.inra.fr,
Marie-Benoit Magrini mbmagrini@toulouse.inra.fr,
Pierre Triboulet pierre.triboulet@toulouse.inra.fr
Inra
UMR1248 AGIR
Chemin de Borde Rouge
BP 52627
31326 Castanet-Tolosan
France
Tirés à part : M. Magrini
La reconnaissance d’externalités négatives associées aux
systèmes de production conduit la société occidentale, dans son
ensemble, à repenser la croissance économique en termes de
développement durable. Le système de production agricole, de par
son fort impact sur l’environnement, est particulièrement
interpellé pour développer des pratiques plus respectueuses des
ressources environnementales. Mais, les changements ne s’initient
pas facilement et ce malgré les préconisations avancées par de
nombreuses études et rapports (Aubertot et al., 2011
[Expertise collective Pesticides Inra-Cemagref] ; Grenelle de
l’Environnement, Rapport Tuot 20071 ; Plan Ecophyto 20182…). Pourtant, la recherche agronomique
propose des modes de production alternatifs visant à réduire les
externalités négatives de l’agriculture conventionnelle, telles que
les pratiques limitant l’usage des pesticides (Burger et
al., 2008) ou la fertilisation chimique des sols (Justes et
al., 2009).
Au regard de la théorie économique, le système de production
agricole dominant peut être caractérisé comme un système verrouillé
(« lock-in ») autour d’un paradigme technologique
reposant sur un usage intensif des intrants (fertilisants,
herbicides, pesticides, etc.) ; système dont il est difficile
de sortir3. La littérature sur le
lock-in montre qu’en effet un certain nombre de mécanismes
économiques peuvent décourager les acteurs à s’orienter vers des
techniques de production (c’est-à-dire des technologies)
différentes des technologies dominantes, qui ne correspondraient
pas au standard productif. Si cette question a été fortement
investie dans les domaines de l’industrie (David, 1985 ;
Arthur, 1989 ; Arthur, 1994 ; Liebowitz et Margolis,
1995) et de l’énergie (Cowan, 1990), très peu d’analyses ont été
proposées pour le monde agricole. Rappelons essentiellement les
travaux de Cowan et Gunby (1996) et ceux de Vanlocqueren et Baret
(2009) qui montrent comment la recherche scientifique agricole
s’est concentrée principalement sur un type de paradigme
scientifique, orienté vers l’agrochimie et l’ingénierie génétique,
au détriment de celui fondé sur l’agroécologie4. Cette concentration des moyens de la
recherche autour d’un seul et même système de production agricole a
fortement contribué au phénomène « d’autorenforcement »,
conduisant progressivement ce système à une situation de
verrouillage.
Cependant, une partie de la recherche agronomique s’est orientée
vers la proposition de pratiques nouvelles, dites à plus haute
performance environnementale5. Au
regard de la littérature sur les systèmes sociotechniques (par
exemple, Geels, 2005), ces systèmes de production innovants
pourraient constituer des niches à partir desquelles le système
conventionnel de production peut s’hybrider et transiter vers un
nouveau système. Cette analyse de la transition permet de
relativiser, en un sens, la théorie du verrouillage technologique,
en montrant que même si la technologie agricole dominante freine
l’adoption de nouvelles pratiques, ces dernières peuvent quand même
être adoptées par des acteurs à la recherche d’une différenciation
sur le marché. Mais le problème majeur reste alors celui du coût de
ce changement. Il est en effet difficile d’envisager qu’un
agriculteur change son système de production s’il ne trouve pas une
contrepartie financière qui le conforte dans cette volonté de
s’orienter vers une nouvelle forme d’agriculture. Une première
source directe de financement est le bénéfice réalisé par la vente
de sa production aux acteurs de l’aval des filières
agro-industrielles, le premier acteur étant souvent une coopérative
agricole.6 On comprend dès lors que
les liens contractuels de commercialisation peuvent avoir un impact
direct sur la propension à innover des acteurs7 (Fares, 2010). Une deuxième source de
financement peut transiter via des logiques d’intégration verticale
des filières par les groupes coopératifs ou industriels. La
détention de capital social, et donc d’actifs, dans des entreprises
à l’amont des filières par les acteurs de l’aval leur permet de
financer et d’orienter les choix avec des possibilités de contrôle
associées (Morin, 1994).
La littérature en théorie des organisations, et notamment
l’approche en terme de coûts de transaction initiée par Coase
(1937 ; 2005) et Williamson (1975 ; 2002), a largement
mis en avant le fait que ces liens contractuels et financiers
déterminaient la qualité ou l’efficacité de la coordination
verticale des acteurs (Sykuta et James, 2004) ; tout
particulièrement pour leurs choix d’investissement dans des actifs
spécifiques qui soutiennent les processus d’innovation. Nous
proposons ainsi d’appréhender plus spécifiquement cette question du
lien entre la structure organisationnelle d’une filière et les
incitations à innover des acteurs qui la constituent, pour dépasser
les limites soulevées par les théories de la transition (Kemp,
1994 ; Geels, 2002), notamment au regard d’une absence
d’analyse de la structuration organisationnelle des niches (Smith
et al., 2010). Plus précisément, nous définissons la
structure organisationnelle d’une filière comme l’ensemble des
liens financiers et contractuels qui modulent fortement les règles
de partage de la valeur entre l’amont et l’aval. Suivant ce cadre
d’analyse, l’hypothèse que nous formulons ici est que la structure
organisationnelle d’une filière peut constituer en elle-même un
mécanisme de verrouillage, si cette structure freine la diffusion
de la valeur issue de la commercialisation des produits agricoles
transformés, et de ce fait, réduit la capacité d’innovation des
acteurs, et plus particulièrement la capacité de l’amont agricole à
s’engager dans la transition agroécologique. Autrement dit, nous
considérons que cette transition ne peut s’initier si les acteurs
de la filière, et tout particulièrement ceux de l’amont, ne
trouvent pas de ressources financières suffisantes pour investir
dans des actifs spécifiques liés à de nouvelles pratiques.
Nous illustrons notre analyse à partir d’une étude de cas en
France – la filière blé dur – qui est confrontée à un enjeu de
réduction d’intrants dans la production amont, tout
particulièrement en ce qui concerne la fertilisation azotée, pour
répondre aux exigences environnementales. Or, nous observons que la
structure organisationnelle de cette filière présente une très
faible intégration entre les acteurs de l’amont et de l’aval
interrogeant les conditions d’une transition agroécologique de la
filière.
L’article s’organise comme suit. La première partie revient sur
le concept de verrouillage (lock-in) en rappelant brièvement
les différents mécanismes d’autorenforcement déjà identifiés dans
la littérature. La partie suivante propose d’étudier, à partir de
l’apport de la théorie des organisations, l’effet de la structure
organisationnelle des acteurs d’une filière comme un mécanisme
spécifique pouvant jouer sur le verrouillage d’un système,
mécanisme que nous relions à l’analyse des systèmes sociotechniques
pour en comprendre le rôle clé. La dernière partie illustre cette
réflexion en analysant la structure organisationnelle de la filière
blé dur en France. Nous concluons en nous interrogeant sur les
possibles amendements de la structure organisationnelle de cette
filière afin qu’elle assure une répartition de la valeur incitant
les acteurs à innover dans de nouvelles pratiques.
Verrouillage technologique et mécanismes
d’autorenforcement
Après avoir rappelé la définition que la théorie économique
donne au concept de verrouillage, nous rappelons en quoi
l’agriculture peut présenter une situation de verrouillage
technologique et quels sont les principaux mécanismes
d’autorenforcement identifiés dans la littérature qui peuvent
expliquer ce verrouillage.
Le concept de verrouillage
L’étude de cas du clavier QWERTY (AZERTY dans le cas français)
par Paul David (1985) illustre, sans nul doute, le mieux le concept
de verrouillage. L’ordonnancement des lettres sur le clavier QWERTY
a été initialement pensé pour réduire les conflits de frappe des
machines à écrire de la fin du xixe siècle. Depuis,
d’autres claviers plus ergonomiques et efficaces, comme le DVORAK,
dont l’utilisation est rendue possible avec l’avènement de l’ère
informatique, ont été proposés. Pour autant, nous continuons tous à
taper sur des claviers informatiques de type QWERTY. Cette
situation correspond typiquement à un verrouillage
technologique : il existe une technologie jugée plus efficace,
mais la technologie jugée moins efficace reste le standard. En
d’autres termes, « une fois la solution atteinte, il est
difficile d’en sortir »8
(Arthur, 1994). Précisons ici que le terme de
« technologie » renvoie dans cette littérature à une
définition large : le verrouillage technologique peut
s’appliquer à un choix de technique de production, d’un produit,
d’une norme, ou encore d’un paradigme, qui font référence. Cette
technologie est devenue un tel standard pour la société qu’il
semble difficile d’en changer, même s’il existe d’autres
technologies qui pourraient s’avérer efficaces. On comprend alors
que le verrouillage d’un système de production est un obstacle
majeur à la diffusion d’innovations.
Le verrouillage technologique de l’agriculture : quelles
autres alternatives ?
Un verrouillage technologique suppose qu’il existe au moins une
technologie alternative considérée comme plus efficace que celle
qui fait office de standard. Or la reconnaissance de modes de
production agricole alternatifs à l’agriculture conventionnelle
fait l’objet de nombreux débats et controverses (Roger, 2002). En
effet, si des formes d’agricultures alternatives affichent des
technologies de production efficaces pour répondre à des exigences
environnementales, telles que l’agriculture biologique ou
l’agriculture raisonnée, leur efficacité productive est souvent
relative au type d’espèces cultivées (en ce qui concerne la
production végétale). Selon le niveau de contraintes agronomiques,
l’arbitrage nécessaire entre l’efficacité productive et
l’efficacité environnementale peut se révéler défavorable à
certaines pratiques alternatives. Ainsi, concernant le blé dur, les
exigences qualitatives en termes de taux de protéines et de
mitadinage sont difficiles à atteindre sans une utilisation
importante d’engrais azoté, ce qui est particulièrement
problématique en agriculture biologique pour laquelle les engrais
minéraux sont proscrits. En revanche, de nouvelles alternatives,
telles que le mélange de blé dur avec une légumineuse à graine
(pois protéagineux ou féverole) permettent d’atteindre ces
objectifs qualitatifs tout en réduisant la fertilisation azotée
(Bedoussac et Justes, 2010a ; Bedoussac et Justes,
2010b ; Justes et al., 2009). Il n’existe donc pas
d’alternative unique à l’agriculture conventionnelle, mais un
continuum de pratiques permettant de mieux répondre aux exigences
environnementales. Toutefois, la transition des pratiques vers de
nouvelles solutions agronomiques peut être freinée par des
mécanismes économiques qui verrouillent le système productif sur
les pratiques conventionnelles.
Mécanismes économiques d’autorenforcement d’un choix
initial
Pour comprendre le verrouillage, la littérature sur le
lock-in a identifié plusieurs mécanismes économiques (figure 1).
Ces mécanismes dits « d’autorenforcement » ont été
essentiellement identifiés à partir d’études de cas (David, 1985).
La seule étude de cas relative au monde agricole est celle de Cowan
et Gunby (1996). Nous proposons de rappeler les trois principaux
mécanismes d’autorenforcement – les rendements croissants à
l’adoption, la compatibilité technologique, l’état de la
connaissance – en les appliquant au choix de l’agriculture
conventionnelle, avant de proposer l’analyse de la structure
organisationnelle des acteurs comme un mécanisme supplémentaire de
compréhension des effets de lock-in dans la section
suivante.
Les rendements croissants d’adoption renvoient à deux types
d’effets interdépendants : les effets de réseaux et
d’apprentissage. Les effets de réseaux contribuent à renforcer la
valeur d’usage d’un produit ou d’une technologie en lien avec
l’augmentation du nombre d’utilisateurs. L’augmentation du nombre
d’agriculteurs en système conventionnel a favorisé l’affinement des
connaissances dans ce domaine (learning by using, learning by
doing). Ces apprentissages ont contribué à fortement accroître
les rendements au cours des dernières décennies, incitant les
agriculteurs à poursuivre dans cette voie. Par ailleurs, plus une
technologie est répandue et plus des technologies complémentaires
se développent, renforçant sa position dominante. Ces effets
cumulatifs augmentent ainsi la valeur d’adoption de la technologie
initialement choisie. En l’absence de tels rendements,
l’agriculteur choisirait la technologie la plus efficace, et non
pas forcément celle qui est choisie par le plus grand nombre.
Les connaissances des agents jouent un rôle important dans le
mécanisme d’autorenforcement, et cela à différents niveaux.
D’abord, les parcours de formation des agents, et de ceux qui
assurent un service de conseil auprès d’eux, influencent fortement
leur capacité à utiliser telle ou telle technologie. Chacun choisit
ainsi la technologie qui lui semble la « meilleure »
compte tenu de ce qu’il sait. Cela a conduit les agriculteurs et
les conseillers agricoles à orienter les choix productifs en faveur
de l’agriculture conventionnelle qui reste le paradigme
principalement diffusé dans l’enseignement agricole. Or, Dosi
(1988) rappelle que « ce que la firme peut espérer faire
technologiquement dans le futur est fortement contraint parce
qu’elle a été en mesure de faire par le passé »9. En ce sens, le cœur de compétences
(core capabilities) des agriculteurs et/ou des entreprises
agro-industrielles peut générer des rigidités qui limiteront leurs
capacités à innover et à changer de technologie. Ensuite, comme le
montre Labarthe (2010), le conseil technique aux agriculteurs est
aussi encastré dans des rapports de force institutionnalisés qui
verrouillent la capacité d’évolution des connaissances vers des
systèmes alternatifs. Enfin, l’incertitude relative au manque de
connaissances pratiques d’une technologie alternative réduit sa
probabilité d’adoption.
Au-delà de ces mécanismes d’autorenforcement du choix
technologique initial, nous proposons, dans un cadre conceptuel
élargi à la théorie des coûts de transaction et à la littérature
sur les systèmes sociotechniques, de nous intéresser plus
précisément à un autre mécanisme d’autorenforcement défini par les
liens qui structurent les acteurs d’une filière de production.
Niches, déverrouillage et structure organisationnelle des
filières
La conception de « niches » dans la littérature sur
les régimes sociotechniques ouvre une perspective de déverrouillage
des systèmes de production via une forme de
« transition » qui s’apparente à un mécanisme de
diffusion progressive de l’innovation au sein du système
conventionnel. Pour autant, la pertinence économique de cette
diffusion interpelle quant aux incitations économiques nécessaires
à cette transition. Celles-ci peuvent être analysées, comme nous le
proposons ici, au travers des liens qui structurent les relations
entre les acteurs des filières sur les marchés.
La transition : régimes sociotechniques et niches
Le processus de développement de nouvelles technologies de
production est aussi largement influencé par les cadres
organisationnels et institutionnels dans lesquels il s’insère. Cela
implique que le processus d’adoption et de diffusion d’innovations
dépend certes de ses caractéristiques propres, mais aussi de celles
du marché initial, de facteurs institutionnels, ainsi que des
habitudes des consommateurs. Pour comprendre cette dynamique des
innovations au travers des organisations, Kemp (1994) et Geels
(2002 ; 2005) proposent de centrer l’analyse sur le régime
sociotechnique qui, selon Rip et Kemp (1998) « constitue
une grammaire, c’est-à-dire un ensemble de règles définies dans un
complexe de produits, de qualifications et de procédures […]
imbriqués dans des institutions et des infrastructures ».
Cette définition rend clair le fait qu’un régime consiste pour une
large part en un ensemble de routines institutionnelles utilisées
par des acteurs.
Cependant, comme un régime n’est pas toujours totalement
homogène, des niches apparaissent créant un espace partiellement
isolé du fonctionnement normal du régime, et notamment du processus
de sélection des marchés par le standard technologique dominant.
Ces niches peuvent alors servir d’incubateurs à des innovations
radicales (Schot, 1998). En effet, en fonctionnant avec des normes
et des règles institutionnellement différentes, les niches
fournissent des lieux de réalisation des processus d’apprentissage
ainsi que la possibilité de construire des réseaux économiques
capables de supporter des innovations, comme des filières de
production et/ou de commercialisation. Ces niches peuvent alors
apparaître comme des voies de déverrouillage et interrogent sur la
manière dont elles peuvent se structurer pour dépasser les effets
d’autorenforcement (rappelés en première partie) du régime
sociotechnique standard.
Selon Geels (2002 ; 2005) ces niches sont imbriquées dans
les régimes et paysages (landscapes) existants, tout en
étant partiellement isolées10. A
priori, la logique de ce système imbriqué à trois niveaux
implique que le niveau le plus élevé est le plus stable et le plus
résistant au changement, du fait d’interactions et de liens entre
les éléments formant cette configuration. De ce fait, ce niveau
impose des contraintes sur la direction du changement intervenant
aux niveaux du dessous, générant ainsi le phénomène
d’autorenforcement des choix technologiques existant. L’isolement
des niches permet une maturation des innovations et, sous certaines
conditions, leur diffusion. Ainsi, si un processus
« d’accumulation » de niches survient, l’innovation
radicale se propage alors à plusieurs marchés. Si ces marchés
deviennent suffisamment importants, un nouveau régime
sociotechnique peut émerger, et l’innovation radicale finit par
devenir le nouveau standard technologique.
L’effet de la structure organisationnelle sur le verrouillage
technologique
Si l’on s’intéresse au processus d’émergence d’une innovation au
sein d’une niche, le modèle de Geels (2002) suggère qu’un minimum
de coordination entre les acteurs doit exister. Ainsi, des
connexions fortes entre les différents réseaux de producteurs,
d’utilisateurs finaux et financiers doivent être établies.
Cependant, Geels (2002) ne propose pas d’approche théorique
explicite permettant de définir des modes de coordination efficace
des acteurs dans ces niches. Nous proposons donc une approche
théorique de la structuration organisationnelle de ces niches. Nous
entendons par structure organisationnelle de la filière, les liens
verticaux et horizontaux11 qui
coordonnent les acteurs économiques sur les marchés et tels qu’ils
sont classiquement analysés par la théorie des organisations.
Plus précisément, la coordination entre les acteurs des
différents maillons de la filière peut être appréhendée par le
degré d’intégration verticale de celle-ci. Ce degré d’intégration
évalue si les activités de la chaîne de valeur d’un produit sont
réalisées par des firmes indépendantes les unes des autres (Porter,
1999) ou dépendantes par des liens spécifiques, comme des liens
financiers ou des liens contractuels de long terme. Nous
considérons, en effet, que deux types de liens définissent le degré
d’intégration d’une filière : i) les liens financiers, à
travers la propriété des actifs physiques (Hart, 1995) ; ii)
les liens contractuels, à travers des contrats de long terme
allouant un certain pouvoir de décision12 (Aghion et al., 1994 ; Fares,
2006). Comme le souligne Morin (1994) les liens financiers ou de
propriété constituent des « vecteurs organisateurs de
pouvoir » dans la mesure où le lien financier définit un
rapport de propriété, « mais également des formes de
coordination inter-acteurs ». De même, les contrats ne
constituent pas de simples mécanismes de coordination définissant
prix et quantité. Ils allouent aussi un pouvoir de décision assez
semblable à celui de la propriété, même si ce dernier est limité
par le contrat, notamment lorsque la relation est de long terme et
que les parties doivent donc souvent renégocier afin d’adapter le
contrat aux événements non anticipés (Hart et Moore, 1988 ;
Fares, 2009). L’intégration, ou la quasi-intégration, permet de
réduire les asymétries d’information entre acteurs (Hennessy,
1996), mais surtout de résoudre le problème du hold-up lié
aux « effets de verrouillage » générés par la spécificité
des investissements mis en place par les acteurs (Hart et
Holmström, 1987). En effet, l’intégration ou la quasi-intégration
permet d’allouer à la partie qui investit des droits de contrôle
sur les actifs et/ou des droits de décision lors de la
renégociation. Cela permet d’empêcher l’opportunisme du partenaire
et de limiter toute forme d’expropriation du rendement des
investissements en actifs spécifiques, à l’origine du
sous-investissement dans les innovations (effet de hold-up).
Autrement dit, en contrôlant la répartition de la valeur créée au
sein de la filière, l’intégration ou la quasi-intégration peut
permettre de définir les incitations suffisantes pour la mise en
place d’innovations technologiques, qu’elles soient de
process ou de produit.
À partir de cette réflexion théorique reliant les processus
d’innovation, de verrouillage et de structuration organisationnelle
des acteurs des filières au sein des régimes sociotechniques, nous
proposons une étude de cas : celle de la filière blé dur en
France.
Verrouillage et structure organisationnelle dans la filière blé
dur
Après avoir présenté l’enjeu de réduction d’intrants pour la
production de blé dur, nous analysons la structure
organisationnelle de la filière blé dur en France et nous discutons
des spécificités de son organisation qui peuvent contribuer à un
verrouillage technologique de la production de blé dur.
L’enjeu de réduction d’intrants à l’amont de la filière blé
dur
L’essentiel de la production de blé dur est destiné à la
fabrication de pâtes alimentaires pour lesquelles les techniques de
cuisson actuelles nécessitent des seuils élevés de teneur en
protéines des grains13. Ces teneurs
élevées en protéines (de 13 à 14 %) comparativement à celles
qui sont exigées en blé tendre pour la panification (de 10 à
11 %)14, nécessitent un usage
intensif d’azote. En effet, rapporté au tonnage, il faut en moyenne
2,3 unités d’azote pour produire un quintal de blé tendre
contre 3,7 dans le cas du blé dur soit 1,6 fois plus15. Concernant le recours aux
phytosanitaires, les écarts moyens sont moins importants entre les
deux cultures. Ainsi on peut considérer qu’un des enjeux
spécifiques de la transition agroécologique pour la filière blé dur
est l’adoption de pratiques agricoles moins consommatrices d’azote.
Comme nous l’indiquions précédemment, les cultures associées de
type « légumineuses/blé dur » constituent un exemple de
pratique alternative plus agroécologique. Ces associations de
cultures, permettent au blé dur d’atteindre des taux de protéines
comparables à ceux d’un blé dur fertilisé, mais avec des apports
externes d’azote nettement réduits (Bedoussac et Justes,
2010a ; Bedoussac et Justes, 2010b ; Justes et
al., 2009)16.
Au-delà de la capacité agronomique de ces pratiques alternatives
à atteindre des exigences de production, de récents travaux ont
fait état de difficultés que pouvaient avoir les coopératives
agricoles à valoriser ces productions issues d’association de
cultures. Ces difficultés viennent de problèmes techniques et
organisationnels liés aux opérations de stockage et de tri des
graines. Ces problèmes tiennent à une inadaptation de
l’appareillage technico-organisationnel des coopératives (Magrini
et al., 2011). Il conviendrait alors que les coopératives
réalisent des investissements spécifiques pour s’adapter à ces
nouvelles pratiques agricoles. Au regard des développements
théoriques présentés dans la précédente section, nous proposons de
nous pencher sur les liens économiques entre les coopératives et
les autres acteurs de la transformation, à l’aval de la filière,
par lesquels des incitations financières pourraient transiter pour
favoriser de tels investissements.
Une filière blé dur concentrée à l’aval mais peu intégrée
L’étendue de la filière est facile à déterminer car le blé dur
est destiné exclusivement à l’alimentation humaine, essentiellement
sous la forme de semoule de couscous et de pâtes17. C’est une filière relativement récente
en France où les premières productions de blé dur ont démarré dans
les années 1960. C’est au cours des années 1980 que la
recherche agronomique est parvenue à proposer des variétés de blé
dur suffisamment adaptées aux conditions pédoclimatiques et
permettant d’assurer des volumes et des seuils de qualité du blé
dur requis pour les industries semoulière et pastière. La
production annuelle de blé dur a augmenté au cours des 15 dernières
années avec une quantité d’environ 2 millions de tonnes en
2009, dont plus de la moitié est exportée (figure 2).
L’industrie semoulière triture annuellement environ
600 000 tonnes de grains, chiffre très stable sur le long
terme (Le Bail, 2001), avec une production française d’environ
250 000 tonnes de pâtes et 80 000 tonnes de couscous
(chiffres de 2008). La France se situe ainsi au deuxième rang
européen pour la fabrication de pâtes (loin derrière l’Italie,
leader mondial avec plus de 3 millions de tonnes de pâtes) et
au premier rang européen pour la production de couscous. Quant à la
filière export, ce sont les progrès continus d’amélioration de la
qualité des blés et des rendements qui ont fortement contribué à la
développer au cours de la dernière décennie.
La filière blé dur suit une chaîne de valeur typique de
l’industrie agroalimentaire, en s’organisant depuis les semenciers
jusqu’aux transformateurs industriels des biens de consommation
alimentaire18. L’amont de la filière
est caractérisé par les grandes étapes de production et de collecte
du blé dur, tandis qu’à l’aval la transformation en semoule est une
étape préalable à la fabrication des pâtes et du couscous (figure 3).
La structure organisationnelle de la filière est caractérisée à
partir des liens de coordination entre acteurs, et plus
spécifiquement ceux qui interviennent au dernier maillon de l’amont
et aux deux premiers maillons de l’aval, au regard de la structure
de marché. C’est la coordination de ces maillons qui contribue
fortement à définir le degré d’intégration de la filière, car c’est
à cette intersection que la valeur ajoutée du blé dur se crée pour
l’amont dans la négociation des critères de qualité du blé dur. À
partir de recherches sur des bases de données d’entreprises
couplées avec des recherches sur Internet19, nous avons construit le schéma suivant
qui illustre la structure des principaux acteurs de l’aval de la
filière20 (figure 4).
L’aval présente une structure de marché très concentrée, de type
oligopolistique avec trois acteurs intégrant la semoulerie et la
production de pâtes et de couscous. Panzani occupe une position de
leader tant pour la semoulerie que pour la pasterie, puis viennent
ensuite les sociétés Pastacorp et Alpina Savoie21. Les autres pastiers de taille
industrielle opérant en France sont des fabricants de pâtes aux
œufs situés en Alsace qui représentent moins de 5 % de part de
marché chacun. Il existe également un fabricant de couscous Tipiak.
Enfin, on dénombre beaucoup de petites entreprises artisanales qui
ont chacune d’entre elles moins de 1 % du marché. L’industrie
aval du blé dur est donc très concentrée avec une intégration
totale des deux étapes clés de fabrication : la semoulerie et
la pasterie.
Cette concentration industrielle de la filière des pâtes
alimentaires est un phénomène ancien qui s’explique tant par la
nécessité de maîtriser l’étape de la semoulerie, que par la
maturité du marché qui offre de faibles perspectives de croissance.
Panzani devient le leader, dès les années 1960, suite à des
fusions-acquisitions et à son implication dans l’activité de
semoulerie22. La concentration de la
semoulerie avec une prise de contrôle par les pastiers va se
poursuivre pour aboutir dans les années 1990 à une situation
de duopole avec deux groupes qui maîtrisent 90 % de la
semoulerie française, et près de 80 % de la fabrication de
pâtes alimentaires (Braun, 1995 ; Le Bail, 2001)23. En 2010, la filière est toujours très
concentrée, avec un acteur dominant Panzani, leader sur les
segments de la semoulerie avec environ 2/3 des volumes pour
l’approvisionnement national (Le paysan tarnais, 2007), des pâtes
et du couscous. L’activité semoulerie est répartie sur six usines,
dont cinq appartiennent à des semouliers-pastiers et une seule est
indépendante des pastiers, « GMM », résultant de
restructurations récentes. Enfin, les pastiers non-semouliers sont
minoritaires.
Quant à la structure amont, notre analyse nous a permis
d’identifier que moins d’une vingtaine de collecteurs, dont deux
tiers sont des coopératives agricoles, assurait la majeure partie
de la collecte de blé dur en France. Cela résulte d’une enquête
téléphonique auprès des collecteurs dans les quatre grands bassins
de production du blé dur (Centre, Ouest-Océan, Sud-Ouest, Sud-Est),
ce qui témoigne d’un nombre réduit de collecteurs pour chaque
bassin, préfigurant là aussi une structure oligopolistique à
l’échelle régionale.
Si la filière s’organise donc autour d’un nombre d’acteurs
limités à l’aval comme à l’amont, sa forte spécificité apparaît
dans la séparation nette entre les acteurs de l’amont et de l’aval,
révélée par l’absence de liens d’intégration (liens financiers,
liens contractuels de long terme).
Segmentation amont/aval et diffusion des incitations à
l’innovation
Les maillons clés de l’amont et de l’aval de la filière blé dur
sont donc caractérisés par une structure de marché concentrée, avec
un degré de concentration de l’aval beaucoup plus fort cependant.
Ce qui, de fait, lui octroie un pouvoir de négociation plus grand.
Cela peut expliquer en partie le choix de ne pas développer de
liens d’intégration vers l’amont.
L’absence de liens d’intégration entre les maillons de l’amont
et de l’aval est en effet patente dans cette filière. D’une part,
on n’observe pas de liens financiers qui seraient le signe d’une
recherche d’intégration. D’autre part, à notre connaissance, les
contrats de commercialisation entre l’amont et l’aval sont de court
terme et non spécifiques. Cette séparation nette des actifs, et ce
non-engagement dans la durée, témoignent d’une forte segmentation
entre l’amont et l’aval qui indique que cette filière, même si elle
peut apparaître très structurée du point de vue de l’organisation
interprofessionnelle, reste non intégrée dans sa logique de
répartition de la valeur.
Une explication possible à cette absence d’intégration ou de
quasi-intégration réside dans la stratégie des industriels de
répartition des risques. En effet, en situation d’incertitude
climatique, l’industriel cherche à limiter ce risque et à sécuriser
ses approvisionnements, en recourant à des coopératives et
collecteurs des quatre grands bassins de production. Cette
stratégie de portefeuille le pousse donc plutôt à signer de simples
contrats annuels, et non des contrats pluriannuels avec quelques
coopératives d’un même bassin. En jouant sur la structure du marché
éclatée de l’amont en quatre grands bassins, l’industriel n’a donc
pas besoin d’assurer le partage du risque climatique. De même, ce
risque climatique peut expliquer pourquoi les coopératives
agricoles, ancrées dans des bassins de production et donc fortement
soumises à ce risque, ne sont pas présentes à l’aval des filières
alors même que c’est une composante essentielle de leurs stratégies
de recherche de valeur ajoutée dans de nombreuses filières24.
Des liens de quasi-intégration auraient pu se développer,
amenant à un partage de la valeur en faveur de l’amont, si l’aval
de la filière avait eu besoin de contrôler le processus de
production amont, comme cela se pratique, par exemple, dans le
secteur vitivinicole s’agissant de la qualité organoleptique ou
sanitaire des produits. L’aval peut cependant préférer se servir de
l’interprofession comme un moyen d’imposer un certain nombre de
standards de production, ce qui permet d’éviter de recourir aux
contrats pour inciter l’amont, et notamment les agriculteurs, à
respecter le processus de production souhaité.
La question posée est donc de savoir si la demande pour des
produits agricoles plus respectueux de l’environnement peut générer
de la valeur pour la filière ; et si oui, sous quelles
conditions le partage de cette valeur peut générer des incitations
au changement des pratiques au niveau des exploitations. En premier
lieu, il faut rappeler au vu de la structure actuelle de la
filière, qu’il paraît difficile aux acteurs de l’amont de s’engager
seuls dans des pratiques plus respectueuses, étant donné qu’ils ne
maîtrisent ni les procédés de transformation, ni les stratégies de
segmentation sur le marché. Or, changer de pratiques présente des
coûts avec des risques associés qu’il paraît difficile d’assumer en
l’absence d’une visibilité stratégique sur la valorisation du blé
dur. De ce fait, ce sont les acteurs industriels, à l’interface
entre les collecteurs et les distributeurs, qui seraient le mieux à
même d’impulser une transition environnementale de l’ensemble de la
filière.
Si la maîtrise des critères technologiques des variétés de blé
dur a constitué un point de contrôle nécessaire pour les acteurs
industriels, le renforcement des exigences environnementales peut
les inciter à explorer de nouveaux modes de coordination et à
développer de nouvelles niches de marché. Le développement des
pâtes sous label AB dans la grande distribution montre qu’il existe
un potentiel que les principaux acteurs industriels ont identifié.
Mais actuellement, l’offre française en blé dur bio est
insuffisante et la filière peu organisée, à la différence de la
filière italienne. Il est donc plus facile pour l’industriel de
s’approvisionner au mieux offrant25.
Il existe à ce jour un seul acteur industriel résolument engagé
dans une démarche de partenariat avec les organismes de collecte,
et qui joue la carte de l’agriculture durable. Il s’agit d’Alpina
Savoie qui a développé un partenariat avec les coopératives locales
du Sud-Est, et ce depuis plus d’une dizaine d’années (Bocquet,
2010). Son objectif26 de développer
des filières locales reposant sur des modes de production
biologiques ou raisonnés est clairement affiché. Encore faut-il que
cet objectif soit économiquement viable sur le long terme.
Cependant, même s’il est possible de développer un nouveau label
signalant de façon crédible au consommateur une qualité spécifique
de blé à plus haute performance environnementale, la question reste
posée de la valeur ajoutée créée par ce label puis de la mise en
œuvre concrète du partage de cette valeur entre les différents
acteurs et maillons de la filière ; cela afin d’inciter les
agriculteurs à adopter ces innovations dans leur système de
culture. La diffusion de l’innovation reste ainsi très liée à celle
de la valeur ajoutée qui est largement conditionnée par les
contrats établis entre les acteurs de la filière.
Conclusion
Cet article a pour but d’analyser certaines conditions
économiques de la transition agroécologique en mobilisant les
apports de la littérature sur l’économie des coûts de transaction,
celle sur le verrouillage technologique et les régimes
sociotechniques. Cela nous conduit à proposer un enrichissement de
la théorie des transitions (Kemp, 1994 ; Geels, 2002 ;
Smith et al., 2010) sur deux points. D’une part, nous
suggérons que la structuration organisationnelle des filières peut
constituer un mécanisme spécifique de verrouillage technologique,
au côté des autres mécanismes d’autorenforcement développés dans
les théories du lock-in. D’autre part, nous développons une
approche des modes de coordination qui expliquerait l’efficacité
organisationnelle des niches. Cette réflexion contribue aussi à
mettre en exergue toute la complexité de la transition
agroécologique, car les conditions de sa réussite interpellent
l’ensemble des acteurs de la filière, particulièrement les acteurs
de l’aval agro-industriel.
Plus précisément, cette réflexion met en évidence le rôle
crucial de l’aval dans l’orientation des choix de l’amont des
filières agro-industrielles, ce qui amène la recherche à adopter de
nouvelles postures de recherche plus systémiques (Abecassis et
Bergez, 2009). Ce que nous proposons ici, dans l’analyse de ces
systèmes agro-industriels mêlant les acteurs de l’amont et de
l’aval, peut se résumer au travers de deux vecteurs explicatifs
majeurs : la signalisation des produits et la coordination des
acteurs. Le vecteur « signalisation » indique que la
transition agroécologique repose sur l’existence d’un signal auprès
du consommateur final qui lui permet de s’assurer que le surplus de
prix éventuellement exigé répond à des biens alimentaires issus de
productions à plus haute performance environnementale, et consolide
ainsi le développement d’une niche de production. Le vecteur
« coordination » explique comment les acteurs le long
d’une filière sont liés, et sa valeur correspond au degré
d’intégration des acteurs le long de la filière. La force de ces
deux vecteurs dans l’aboutissement de la transition agroécologique
est étroitement liée. En effet, la force d’un signal de marché pour
favoriser cette transition n’a d’effet que si la coordination des
acteurs est suffisamment intégrée (par des liens financiers ou des
liens contractuels spécifiques) pour diffuser vers l’amont la
valeur ajoutée qui peut être retirée du marché aval ; et donc,
rendre le changement de pratiques par les agriculteurs moins
incertain. En analysant la structure de la filière blé dur, la
forte séparation des acteurs de l’amont et de l’aval du fait d’une
absence d’intégration laisse ainsi supposer que l’adoption de
nouvelles pratiques par l’amont sera difficile à défaut
d’incitations financières venant de l’aval.
De fait, la nature concrète que doit prendre cette intégration
des filières est variable selon les auteurs. Hendrikse et Bijman
(2002) montrent que les coopératives laitières qui ont cherché à
développer le lait bio ont mis en place une filière de niche en
intégrant l’aval par la création de filiales de transformation et
de commercialisation. La concentration de la propriété permettrait
selon les auteurs de fournir les incitations suffisantes pour que
les différents maillons de cette microfilière (éleveurs,
collecteurs, transformateurs) développent des investissements
spécifiques à cette qualité de lait particulière. Cette solution
d’intégration totale implique une capacité de mobilisation,
notamment financière, du secteur coopératif qui ne peut être
réaliste que dans le cas d’une production de niche. En ce sens, la
solution de la quasi-intégration apparaît comme moins exigeante
d’un point de vue financier, et donc plus souple à mettre en œuvre.
Ainsi, Fares (2010) 27 montre qu’une
chaîne de contrats de long terme peut permettre : i) de
fournir les incitations suffisantes au développement des
investissements spécifiques nécessaires à la culture, la collecte
et la transformation des produits issus de système de culture à
haute performance environnementale ; ii) d’assurer une gestion
efficace du risque. Ce travail ouvre ainsi la voie à une réflexion
plus large sur les arrangements institutionnels susceptibles
d’améliorer la coordination des acteurs en faveur d’une transition
vers des choix productifs plus durables.
Remerciements
Ce travail a bénéficié d’une aide de l’Agence nationale de la
recherche au travers des programmes de recherche SYSTERRA Perfcom
(réf. ANR-08-STRA-11) et MicMac-Design (réf. ANR-09-STRA-06). Les
auteurs remercient tout particulièrement Laurent Bedoussac, ainsi
que les deux rapporteurs anonymes pour leurs commentaires
avisés.
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1 « L’agriculture doit se voir
donner les moyens en même temps que l’obligation de respecter les
milieux dans lesquels elle se déploie en réduisant les apports de
produits phytosanitaires et d’engrais. » (page 16 du
rapport).
2
http://agriculture.gouv.fr/ecophyto-2018
3 A côté de ce modèle de production agricole
dominant, il existe des modèles de production
« dominés ». Le plus connu est celui de l’agriculture
biologique, qui cherche à promouvoir des pratiques agricoles
réduisant au maximum le recours aux intrants chimiques. Malgré le
développement important de la demande pour les produits issus de ce
modèle de production agricole, la part de la superficie agricole
utile consacrée à l’agriculture biologique est encore très faible
(En 2010, elle était de 3,1 % en France).
4 Les niveaux de verrouillage technologique
dans l’utilisation d’intrants peuvent cependant varier selon les
pays et les régions (par exemple, Gunby et Cowan, 1996), notamment
selon les formes d’investissements publics ou collectifs dans le
développement de technologies alternatives.
5 Voir par exemple, le guide STEPHY
(STratégies de protection des cultures Economes en produits
PHYtosanitaires) élaboré dans le cadre du RMT (Réseau mixte
technologique) « Systèmes de Cultures Innovants ».
6 Coop de France, l’organisation
professionnelle des coopératives agricoles, revendique 40 % de
parts de marché dans l’agroalimentaire en 2010 :
http://www.coopdefrance.coop.
7 Fares M, 2010. Greening the supply
chains (mimeo).
8 “Once a “solution” is
reached, it is difficult to exit from”, page 112.
9 “What the firm can hope to do
technologically in the future is narrowly constrained by what it
has been capable of doing in the past.” (page 1130).
10 Kemp (1994) et Geels (2002) proposent un
modèle explicatif, à trois niveaux d’emboîtement. Le paysage
(landscape) représente le niveau supérieur constitué par les
institutions, les normes sociales, politiques et culturelles qui
guident le système sociotechnique existant. Le régime
sociotechnique représente le niveau intermédiaire où se
produisent les interactions entre ces institutions et ces normes du
niveau supérieur et les acteurs. Ces interactions génèrent les
règles et procédures de régulation du régime sociotechnique
dominant. Les niches représentent le niveau inférieur où se
créent et s’organisent les innovations radicales ; le régime
sociotechnique dominant produisant, quant à lui, des innovations
incrémentales.
11 Les liens verticaux renvoient aux liens
entre les entreprises intervenant à différents stades du processus
de production, transformation et commercialisation d’un produit,
tandis que les liens horizontaux sont ceux entre entreprises
intervenant à un même stade de la chaîne de valeur d’un
produit.
12 Dans ce cas, on parle alors de
quasi-intégration.
13 Nous ne détaillons pas ici les autres
critères de qualité technologique tels que le taux de mitadinage,
taux de moucheture, indice de jaune, etc. Nous renvoyons le lecteur
à Magrini et al. (2011) pour plus de précisions.
14 Voir Lamine et al. (2010) pour un
rappel des seuils d’exigences de protéines en blé tendre.
15 D’après les enquêtes « Pratiques
Culturales 2006 ».
16 Le principe agronomique de base étant
que le rendement de blé dur est moindre en association du fait de
la compétition exercée par la légumineuse alors que la quantité
d’azote disponible est comparable grâce à un taux de fixation
symbiotique de la légumineuse élevé (de l’ordre de 80 %
environ).
17 Il existe d’autres débouchés
alimentaires du blé dur comme le blé précuit, le blé vert et la
farine de blé dur. Mais leur importance sur le marché en termes de
volumes consommés est négligeable par rapport à ceux de la semoule
et des pâtes.
18 Nous n’abordons pas ici le maillon final
de l’aval de la filière qui est la distribution alimentaire, dans
la mesure où la distribution des biens alimentaires en blé dur est
commune à la plupart des autres biens alimentaires, à savoir la
grande distribution, les magasins d’épicerie spécialisés, etc.
19 En particulier, base de données BvDEP
Diane, site de FranceAgriMer (http://www.franceagrimer.fr) et site
commun du Comité français de la semoulerie industrielle et du
Syndicat des industries fabricants de pâtes alimentaires de France
(http://www.cfsi-sifpaf.com).
20 Pour simplifier la présentation des
pastiers, nous ne présentons que les principaux opérant sur le
segment des pâtes sèches. Les pâtes fraîches représentent un marché
bien moins important et dominé par les pastiers pâtes sèches.
21 Les deux principaux acteurs sont
possédés par des groupes agroalimentaires étrangers de taille
mondiale (le groupe espagnol Ebro Foods pour le premier, le groupe
Skalli pour le second).
22
http://www.panzani.fr/monde-panzani/histoire-panzani/annees-60,19.html
23 Dans les années 2000, cette
concentration s’est poursuivie et a fait l’objet d’un accord
original suite aux difficultés du numéro 2 français, le groupe
Lustucru (DGCCRF - BOCCRF du 20 mai 2003). Panzani a été autorisée
à reprendre les activités Pâtes fraîches et Riz du groupe, en
exploitant pour son compte la marque Lustucru sur ces activités
tandis qu’il a été demandé à ce que l’activité semoulerie et pâtes
sèches continue à être exploitée par une société indépendante sous
la marque Lustucru. Si l’objectif était d’empêcher Panzani d’avoir
une position dominante sur le marché des pâtes sèches, la solution
trouvée a abouti à l’autorisation d’utiliser la même marque sur le
même territoire par deux opérateurs indépendants (Nouvel et Simic,
2003).
24 Les coopératives agricoles développent
des stratégies alternatives de contrats de commercialisation du blé
dur à l’export, comme en témoigne l’augmentation des exportations
au cours des cinq dernières années.
25 Il est important ici de signaler le rôle
de l’interprofession blé dur dans la définition du standard
technologique de la qualité protéique du blé dur. On peut aussi
s’interroger sur le rôle de la production des connaissances
(conseil, recherche appliquée) impulsée par l’État.
26 Les rendements en blé dur, et en
conséquence les niveaux de fertilisation, sont traditionnellement
bas dans la zone Sud-Est du fait des fortes contraintes
climatiques. Ces conditions sont donc a priori favorables à
une réduction des intrants mais posent cependant la question de la
régularité du rendement qui constitue le point critique pour le
revenu de l’agriculteur et pour la maîtrise des coûts pour la
filière.
27 Fares M, 2010. op. cit.
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