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Pollen analysis and phytogeographical characterization of honey sold in Cotonou (Benin)


Cahiers Agricultures. Volume 20, Number 6, 500-8, Novembre-Décembre 2011, Études originales

DOI : 10.1684/agr.2011.0527

Résumé   Summary  

Author(s) : Gbèkponhami Monique Tossou, Hounnankpon Yedomonhan, Paulin Azokpota, Akpovi Akoegninou, Pablo Doubogan, Koffi Akpagana, Université d’Abomey-Calavi Faculté des sciences et techniques Département de biologie végétale 01 BP 4521 Cotonou Bénin, University of Abomey-Calavi Faculty of Agricultural Sciences Food Microbiology and Biotechnology Molecular Biology 01 BP 4521 Cotonou Bénin, Université de Lomé Faculté des sciences Laboratoire de botanique et écologie végétale BP 1515 Lomé Togo.

Summary : A pollen analysis of honey sold in the city of Cotonou was conducted on a total of 47 honey samples, bought in pharmacies, supermarkets and some small shops. The samples were treated using the method described by Erdtman, followed by microscopic observation. A total of 43 taxa of honey were identified. The specific richness of the investigated honey varied from 1 to 26 taxa. The identified pollen spectrum of honey confirmed their soudano-guinean phytogeographical origin. Based on their botanical origin, all the samples were subdivided into two groups : one group composed of 10 samples from gallery forests (40 taxa) and the second with 37 samples, from the soudano-guinean savanna zone (19 taxa). The geographical or botanical origin as indicated on the label matched with the results of pollen analysis except for 7 honey samples.

Keywords : Benin, honey, pollen analysis, product quality and security

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ARTICLE

agr.2011.0527

Auteur(s) : Gbèkponhami Monique Tossou1 tossou@bj.refer.org/tossoumonique@yahoo.fr, Hounnankpon Yedomonhan1 africabnin2002@yahoo.fr, Paulin Azokpota2 paulin.azokpota@fsa.uac.bj azokpotap@yahoo.fr, Akpovi Akoegninou1 akoegnin@yahoo.fr/akoegnin@bj.refer.org, Pablo Doubogan1 anicety2002@yahoo.fr, Koffi Akpagana3 akpaganakoffi@yahoo.fr

1 Université d’Abomey-Calavi Faculté des sciences et techniques Département de biologie végétale 01 BP 4521 Cotonou Bénin

2 University of Abomey-Calavi Faculty of Agricultural Sciences Food Microbiology and Biotechnology Molecular Biology 01 BP 4521 Cotonou Bénin

3 Université de Lomé Faculté des sciences Laboratoire de botanique et écologie végétale BP 1515 Lomé Togo

Tirés à part : G. Monique Tossou

Le miel, produit par l’abeille mellifique (Apis mellifera L.) fait partie des aliments les plus anciens de l’humanité (Donadieu, 1984). En Afrique, le miel est un élément très largement consommé. Au Bénin, c’est un produit commercialisé disponible un peu partout. Il est vendu dans les supermarchés, les pharmacies, dans certaines petites boutiques des grandes villes, sur les marchés des villages et même à domicile.

L’apiculture est pratiquée par des apiculteurs privés ou organisés en association dans les différentes régions du pays. Elle est souvent soutenue par des organisations non gouvernementales (ONG), des projets de développement et des organisations caritatives qui, en contrepartie, achètent le miel produit puis le conditionnent pour le vendre dans les villes. Les appellations sont diverses et ont souvent trait aux lieux de production ou d’implantation des sièges de ces organisations de financement qui sont plus nombreuses dans les zones déshéritées comme dans le Nord du pays. Ces appellations, auxquelles sont attachés les consommateurs dont la préférence va particulièrement au miel provenant de la zone septentrionale du Bénin, sont souvent relatives aux origines phytogéographique et botanique de récolte du miel. Certains vendeurs de miel peuvent alors tenter d’abuser les consommateurs en mettant sur le marché du miel dont l’origine identitaire est douteuse. Le problème d’authentification de ces appellations se pose donc. L’analyse pollinique, technique permettant d’identifier les grains de pollen, et par conséquent les taxons végétaux visités par les abeilles, est un moyen de préciser l’origine florale d’un miel (Louveaux et al., 1978). L’objectif de cette étude est de déterminer la composition pollinique des miels vendus à Cotonou pour vérifier les origines géographique et botanique figurant sur leur conditionnement.

Milieu d’étude

Le Bénin s’étend entre les parallèles 6̊ 15’ et 12̊ 25’ de latitude Nord et 0̊ 40’ et 3̊ 45’ de longitude Est. Le pays est découpé en trois zones phytogéographiques (figure 1) : la zone guinéenne, la zone soudano-guinéenne et la zone soudanienne (Akoègninou et al., 2006). La zone guinéenne est constituée de forêts denses humides dont les forêts denses humides semi-décidues, de champs, de plantations (principalement de palmier à huile) et de savanes guinéennes. La zone soudano-guinéenne comporte une mosaïque de forêts denses humides ou sèches, de forêts claires et de savanes parsemées de champs et de plantations. Au niveau de la zone soudanienne, la végétation est composée de savanes boisées, arborées et arbustives, de forêts galeries avec des lambeaux de forêt dense sèche et de forêt claire. Par endroits, s’observent quelques plantations de manguiers, d’anacardiers et de champs de diverses cultures de superficie réduite.

Méthode d’étude

Une enquête a été réalisée en vue de répertorier les lieux de vente et les différentes appellations des miels avant échantillonnage par achat aux points de vente préalablement identifiés à Cotonou. Au total, 47 échantillons de miel ont été achetés dans 13 pharmacies, 5 supermarchés et 4 petites boutiques. Un même type de miel qui se retrouve en plusieurs lieux de vente, a été échantillonné plusieurs fois. Seulement 13 appellations ont été identifiées (tableau 1).

Tableau 1 Répartition des échantillons de miel achetés.

Distribution of the honey samples bought.

No. Appellations des miels échantillonnés Nombre d’échantillons achetés
1 Flora miel-Parakou 2
2 Miel de forêts du Nord-Bénin 6
3 Viva miel-Parakou 2
4 Miel de forêts de montagne et savanes 6
5 Pur miel du Nord 2
6 Miel de la Donga 6
7 Miel de Tobé-Bantè 6
8 Miel de l’Alibori 6
9 Miel du Zou Nord 2
10 UCAP miel-Parakou 3
11 Miel de l’Atacora 1
12 Miel de Tchaourou 1
13 Miel du Nord 4
Total 47

Pour chaque échantillon, 10 g de miel ont été prélevés puis dilués dans 10 mL d’eau distillée et traités suivant la méthode d’acétolyse d’Erdtman (1960).

L’analyse pollinique des échantillons a été effectuée à l’aide d’un microscope photonique triloculaire (Olympus®). Les grossissements (×200) et (×400) ont été utilisés pour l’identification et le comptage des pollens. Les déterminations ont été effectuées par comparaison avec les collections de lames de référence de l’Unité de palynologie du Laboratoire de botanique et d’écologie végétale (faculté des sciences et techniques) de l’université d’Abomey-Calavi du Bénin et les illustrations des ouvrages sur les pollens de Ybert (1979) , de Sowunmi (1995) et de Tossou (2002). Les identifications botaniques des pollens ont été effectuées, soit au niveau de la famille, soit au niveau du genre et/ou de l’espèce sur la base de la nomenclature d’Akoègninou et al. (2006).

La diversité pollinique a été exprimée à partir de la richesse spécifique selon la méthode de Yédomonhan (2009). Cet auteur distingue trois classes de richesse spécifique : celle des miels très pauvres en espèces (moins de 5 taxons) ; celle des miels relativement riches en espèces (entre 5 et 15 taxons) ; et celle des miels riches en espèces (plus de 15 taxons).

La fréquence relative et la densité relative de chaque taxon identifié ont été calculées pour chaque échantillon. La fréquence relative ou fréquence de distribution des pollens représente le quotient en pourcentage du nombre d’échantillons de miel contenant le taxon sur le nombre total d’échantillons de miel analysés. Ainsi, sont distingués suivant les recommandations de Louveaux et al. (1978) reprises par Feller-Desmaly et Parent (1989) : des pollens « très fréquents » (> 50 %), «fréquents » (20 à 20 %), « peu fréquents » (10 à 20 %) et « rares » (< 10 %).

La densité relative est exprimée par le quotient en pourcentage de la densité absolue d’un type de pollen sur la somme des densités absolues de tous les types de pollen dudit échantillon. Elle est calculée pour chaque échantillon de miel qui compte au moins 1 200 grains de pollens. L’appréciation est faite suivant la méthode de Feller-Desmaly et Parent (1989) qui distinguent :

  • –. les pollens dominants (≥ 45 %) ;
  • –. les pollens d’accompagnement (16-45 %) ;
  • –. les pollens isolés importants (4-16 %) ;
  • –. et les pollens isolés (< 3 %).


À partir des résultats de l’analyse pollinique, une matrice d’échantillons de miel-taxons est établie en présence-absence. La classification hiérarchisée desdits échantillons de miel a été faite par analyse de cluster en utilisant la méthode de Ward et la distance euclidienne à l’aide du logiciel STATISTICA® 5.1 (Kaye, 1998). Cette méthode a permis de générer un dendrogramme qui met en évidence les groupes d’échantillons de miel sur la base de leur ressemblance floristique.

Résultats et discussion

Caractéristiques floristiques des miels analysés

L’analyse pollinique des 47 échantillons de miel a permis d’identifier 43 taxons. La somme pollinique varie de 1 200 à 2 500 grains de pollens par échantillon. Cette diversité spécifique est supérieure à celle trouvée par Fohounfo1 qui est de 32 espèces pour les miels d’Ewé-Kétou dans le Sud-Est du Bénin et à celle obtenue par Lobreau-Callen et al. (1986) qui est seulement de 4, 7 et 16 taxons, respectivement dans les miels de Manta, Boukounbé et Kandi, des localités situées dans le Nord du Bénin. Mais elle reste largement inférieure aux 121 taxons identifiés par Tossou et al. (2005) dans les miels récoltés dans la forêt classée de la Lama au Sud du Bénin. En accord avec Sowunmi (1976) et Agwu et al. (1989), cette différence de diversité taxonomique peut s’expliquer par le nombre d’échantillons analysés, leur période de récolte et la diversité floristique des types de formation ayant servi de sources d’affouragement aux abeilles.

La richesse spécifique varie de 1 à 26 taxons par échantillon. La valeur maximale reste légèrement supérieure à celle de 20 taxons par échantillon de miel en zones soudaniennes et sahéliennes en Afrique occidentale (Lobreau-Callen et Damblon, 1994). Cette richesse spécifique est globalement différente au sein des échantillons de même appellation, mais elle est constante pour les échantillons B4 et B6 de miel des forêts du Nord-Bénin, D2, D3 et D5 de Viva miel-Parakou et G2 et G3 de miel de Bantè. De même, la composition floristique varie d’une appellation à une autre et au sein des échantillons d’une même appellation (tableau 2).

Tableau 2 Appellations des miels, nombre d’espèces et catégories de pollens suivant la densité.

Names of honeys, numbers of species and categories of pollens according to density.

Appellations Codes Nombre d’espèces Pollens dominants Pollens d’accompagnement Pollens isolés importants Pollens isolés
Flora miel-Parakou A1 21 L. barteri/L. acida, C. collinum, V. paradoxa, S. setigera Acanthaceae-type, B. costatum, C. planchoni, Arecaceae-type, Berlinia-type, Cyperaceae-type Erythrina senegalensis, Fabaceae-type, Phoenix reclinata, Syzygium guineense, Triumfetta rhomboidea
A2 20 L. barteri/L. acida, C. collinum, S. setigera, V. paradoxa Acanthaceae-type, C. planchoni Arecaceae-type, Cyperaceae-type, Erythrina senegalensis, Fabaceae-type, Phoenix reclinata, Syzygium guineense
Miel des forêts du Nord-Bénin B1 24 Vitellaria paradoxa Isoberlinia doka, S. setigera L. barteri/L. acida, C. collinum Allophylus africanus, Clerodendrum capitatum, Cyperaceae-type, Cerathotheca sesamoides, Gaertnera paniculata, Grewia mollis, Syzygium guineense
B2 25 Elaeis guineensis, Hymenocardia acida, I. doka, V. paradoxa, S. setigera B. costatum, Cassia-type, C. collinum, L. barteri/L. acida Idem à B1 + P. reclinata
B3 19 C. planchoni, S. setigera L. barteri/L. acida Alchornea cordifolia, Cucurbitaceae–type, Rauvolfia vomitoria, Syzygium guineense
B4 13 Cochlospermum planchoni L. barteri/L. acida, S. setigera, V. paradoxa C. collinum Kigelia
B5 11 L. barteri/L. acida, S. Setigera, C. Planchoni C. collinum, V. paradoxa Malvaceae-type, S. guineense
B6 13 Lannea barteri/Lannea acida C. planchoni, S. setigera I. doka, V. paradoxa Idem à B5
Viva miel-Parakou C1 14 S. setigera L. barteri/L. acida, C. collinum, Parkia biglobosa, V. paradoxa Acanthaceae-type, B. costatum, C. planchoni, Arecaceae-type, Berlinia, Cyperaceae-type
C2 9 Vitellaria paradoxa C. collinum Acacia-type, Asteraceae-type, Annonaceae-type, B. costatum A. africanus, Ceiba pentandra
Miel de forêts de montagne et savanes D1 11 C. collinum, E. guineensis, Poaceae, S. setigera, Acacia-type, Asteraceae-type, L. barteri/L. acida, V. paradoxa Ceiba pentandra
D2 9 Bombax costatum C. collinum Ceiba pentandra
D3 9 B. costatum C. collinum, S. setigera Acacia-type, L. barteri/L. acida, V. paradoxa
D4 8 B. costatum, C. collinum, Parinari curatellifolia L. barteri/L. acida, V. paradoxa
D5 9 B. costatum, S. setigera L. barteri/L. acida, V. paradoxa Loranthaceae-type
D6 11 B. costatum L. barteri/L. acida, S. setigera C. collinum, V. paradoxa Idem à D5 + Malvaceae-type
Pur miel du Nord E1 11 B. costatum C. collinum I. doka, L. barteri/L. acida
P. curatellifolia, V. paradoxa
Loranthaceae-type
E2 10 P. curatellifolia B. costatum, L. barteri/L. acida, V. paradoxa Idem à E1
Miel de la Donga F1 3 Vitellaria paradoxa L. barteri/L.. acida Cassia-type
F2 6 Vitellaria paradoxa Cassia-type, I. doka, L. barteri/L. acida
F3 7 I. doka, V. paradoxa L. barteri/L. acida, P. curatellifolia
F4 7 Lannea barteri/Lannea acida Cassia-type
F5 8 Cassia-type, L. barteri/L. acida I. doka
F6 7 L. barteri/L. acida, Poaceae B. costatum, V. paradoxa
Miel de Tobé-Bantè G1 7 E. guineensis B. costatum, C. collinum, Poaceae-type C. pentandra
G2 3 E. guineensis, Poaceae-type
G3 3 Poaceae C. collinum
G4 4 Acacia-type, Cassia-type, Poaceae, V. paradoxa
G5 1 Isoberlinia doka
G6 9 Asteraceae-type C. pentandra, Malvaceae-type
Miel de l’Alibori H1 9 Acacia-type, B. costatum C. collinum, I. doka V. paradoxa Malvaceae-type
H2 10 Acacia-type, B. costatum, C. collinum, V. paradoxa
H3 9 Asteraceae-type, Borreria-type, C. collinum, S. setigera
H4 12 I. doka Acacia-type, B. costatum Borreria-type, C. collinum, L. barteri/L. acida, S. setigera C. sesamoides
H5 13 Combretum collinum Acacia-type, I. doka Asteraceae-type, B. costatum, P. biglobosa, S. setigera C. sesamoides, Nyctaginaceae
H6 10 Acacia-type, I. doka Asteraceae-type, C. collinum, P. curatellifolia, S. setigera
Miel du Zou Nord I1 12 L. barteri/L.. acida Borreria-type, I. doka, P. curatellifolia, V. paradoxa T. rhomboidea
I2 10 L. barteri/L. acida Borreria-type, I. doka, P. curatellifolia, S. setigera T. rhomboidea
UCAP miel-Parakou J1 6 S. setigera Asteraceae-type C. sesamoides
J2 7 S. setigera Acacia-type, Hyphaene thebaica Nyctaginaceae
J3 9 S. setigera Acacia-type, D. cinerea, Hyphaene thebaica, L. barteri/L. acida Nyctaginaceae
Miel de l’Atacora K 13 Dichrostachys cinerea C. kolly, L. barteri/L. acida Arecaceae-type C. capitatum,
Cucurbitaceae-type
Miel de Tchaourou L 10 S. setigera Borreria-type Asteraceae-type, B. costatum, C. kolly, D. cinerea Cucurbitaceae-type, C. sesamoides
Miel du Nord M1 6 Chassalia kolly Borreria-type Cucurbitaceae-type, Monodora
M2 8 L. barteri/L. acida Cucurbitaceae-type
M3 14 L. barteri/L. acida, Borreria-type, S. setigera Acacia-type, C. kolly Loranthaceae-type, T. rhomboidea
M4 8 S. setigera D. glomerata, E. guineensis

Pollens dominants (> 45 %) ; pollens d’accompagnement (16-45 %) ; pollens isolés importants (4-16 %) ; pollens isolés (< 3%).

Les miels peuvent être répartis en trois classes. En fonction de la richesse spécifique, la classe des miels pauvres en espèces (moins de 5 taxons) représente 10,6 % des échantillons analysés : ce sont les miels F1 de la Donga et G2 à G5 de Bantè. L’échantillon G5 ne renferme que des pollens d’Isoberlinia doka. Cette espèce, selon Yédomonhan (2009), est exclusivement nectarifère et sa floraison intervient en saison sèche au moment où le sous-bois est complètement desséché. De plus, elle est souvent en peuplement monospécifique dans les forêts claires. La deuxième classe (entre 5 et 15 taxons) regroupe 37 échantillons de miels, soit 78,7 %. Toutes les appellations y sont représentées. La dernière classe est celle des échantillons de miel riches en espèces (plus de 15 taxons) ; ils sont au nombre de 5, soit 11,1 % des miels analysés. Ils concernent Flora miel-Parakou (A1 et A2) et miel des forêts du Nord-Bénin (B1, B2 et B4).

La densité relative de pollens par taxon peut varier d’un échantillon à un autre au sein d’une même appellation ou bien d’une appellation à une autre. Ainsi, un pollen dominant dans un échantillon peut être un pollen d’accompagnement, un pollen isolé important ou un pollen isolé dans un autre. Les pollens dominants sont au nombre de 9 types, soit 20,9 % de l’ensemble. Ils proviennent, notamment, de Bombax costatum, Cochlospermum planchoni, Combretum collinum, Vitellaria paradoxa, etc. (tableau 2). Ils sont suivis des pollens d’accompagnement exclusivement qui sont de 8 types, soit 18,6 %. Viennent ensuite les pollens isolés importants exclusivement au nombre de 4 types (9,3 %) et les pollens isolés exclusivement avec 22 types, soit 51,2 %. Ces résultats sont supérieurs à ceux obtenus au Nigeria par Horn et Aira (1997) en ce qui concerne les pollens dominants, isolés et d’accompagnement qui sont respectivement de 1, 2 et 0 types.

Origines géographique et botanique des échantillons analysés

La classification hiérarchique des échantillons de miel révèle, à 45,5 % de dissemblance floristique, deux groupes de miel (figure 2). Le groupe I comprend 10 échantillons (A1, A2, B1, B2, B3, B4, B5, B6, C1, C2), soit 21,3 %. Sa composition pollinique est de 40 taxons dont 25 communs avec le groupe II et 15 espèces différentielles (tableau 2). Parmi ces espèces différentielles figurent Alchornea cordifolia, Berlinia grandifolia, Clerodendrum capitatum, Gaertnera paniculata, Kigelia africana, Rauvolfia vomitoria, Phoenix reclinata et Syzygium guineense qui sont des espèces de forêt ou de fourré en zone guinéenne au Bénin, mais qui peuvent remonter dans la zone guinéo-soudanienne plus sèche, voire dans la zone soudanienne par l’intermédiaire des cours d’eau pour former les galeries forestières. Le groupe II réunit 37 échantillons de miel, soit 78,7 % et 28 taxons dont seulement 3 espèces différentielles (tableau 3).

Tableau 3 Composition floristique des groupes de miel étudiés.

Floral composition of the groups of honey studied.

Variables Groupe I Groupe II
Espèces différentielles Acanthaceae-type, Alchornea cordifolia, Paullinia pinnata, Berlinia grandifolia, Clerodendrum capitatum, Cyperaceae-type, Erythrina senegalensis Fabaceae-type, Gaerntera paniculata, Grewia mollis, Hymenocardia acida, Kigelia africana, Phoenix reclinata, Rauvolfia vomitoria, Syzygium guineense Nyctaginaceae, Loranthaceae,
Monodora tenuifolia
Espèces communes Acacia-type, Annona senegalensis, Arecacea-type, Asteraceae-type, Bombax costatum, Borreria-type, Cassia-type, Ceiba pentandra, Ceratotheca sesamoides, Chassalia kolly, Cochlospermum planchoni, Combretum collinum, Cucurbitaceae-type, Dichostachys cinerea, Elaeis guineensis, Hyphaene thebaica, Isoberlinia doka, Lannea barteri/Lannea acida, Malvaceae-type, Parinari curatellifolia, Parkia biglobosa, Poaceae-type, Sterculia setigera, Triumfetta rhomboidea, Vitellaria paradoxa,

Le cortège d’espèces communes comprend un fond floristique composé d’espèces de fréquence élevée (tableau 4) comme Isoberlinia doka (83 %), Bombax costatum (76,6 %), Vitellaria paradoxa (57,5 %), Combretum collinum (56,3 %), Sterculia setigera (56,3 %), Parkia biglobosa 23,7 %), Dichrostachys cinerea (23,4 %), Cochlospermum planchoni (23,4 %) et Annona senegalensis (12,8 %) qui, selon White (1986), sont des endémiques de la partie méridionale de la zone soudanienne. Selon Lobreau-Callen et Damblon (1994), la présence de pollens endémiques ou de groupements d’espèces significatives permet d’établir des rapports précis entre les miels et les domaines de végétation auxquels ils appartiennent. Sur cette base et en considérant la contingence d’espèces endémiques de zone soudanienne humide et d’espèces guinéennes, on peut conclure que tous les échantillons de miel analysés ont été récoltés en zone guinéo-soudanienne. Cette zone, au Bénin, s’étend du 7e au 10e parallèle de latitude Nord (Akoègninou et al., 2006).

Tableau 4 Fréquences relatives des taxons dans les échantillons de miel étudiés.

Relative frequencies of taxa in the samples of honey studied.

No
(par ordre décroissant de fréquence)
Taxons Fréquence relative (%) No
(par ordre décroissant de fréquence)
Taxons Fréquence relative (%)
1 Isoberlinia doka 83 11 Elaeis guineensis 40,4
2 Acacia-type 80,9 12 Borreria-type 29,8
3 Bombax costatum 76,6 13 Cassia-type 27,1
4 Lannea acida /Lannea barteri 70,2 14 Parkia biglobosa 27,7
5 Poaceae-type 68,1 15 Dichostachys cinerea 23,4
6 Asteraceae-type 66 16 Cochlospermum planchoni 23,4
7 Combretum collinum 53,2 17 Chassalia kolly 17
8 Vitellaria paradoxa 57,5 18 Syzygium guineense 15
9 Sterculia setigera 56,3 19 Ceratotheca sesamoides 12,8
10 Parinari curatellifolia 53,3 20 Annonaceae-type 12,8
Autres taxons 10,7- 2,1

À propos de l’origine botanique des miels, Lobreau-Callen et Damblon (1994) ont observé que, dans les régions tropicales, les floraisons sont très abondantes et diversifiées à proximité des ruches et les abeilles ne sélectionnent les fleurs qu’aux alentours des ruches si bien que les spectres polliniques ne donnent qu’une image très partielle de la végétation. Selon ces auteurs, l’aire de butinage de l’abeille domestique est intimement liée à la structure de la végétation. En Europe, la distance de vol aller-retour pour l’abeille est de 1,5 km (Louveaux, 1984) ou 2 km (Crane, 1980). En Afrique occidentale, notamment au Burkina Faso, en zone soudanienne, elle est de 2 km (Nombré, 2003). Mais au Bénin, cette distance est de 1 km en zone guinéenne et guinéo-soudanienne (Tossou et al., 2005 ; Yédomonhan, 2009). Sur cette base et en fonction des espèces communes aux deux groupes de miel, on peut affirmer que les miels proviennent tous de savanes guinéo-soudaniennes, mais que les miels du groupe I sont issus de ruches installées à proximité des galeries forestières. Dans ce dernier cas, les abeilles ont butiné les plantes mellifères aussi bien des galeries forestières que des savanes avoisinantes des ruchers. En revanche, les miels du groupe II ont été récoltés dans des ruches installées exclusivement en savane.

Les origines géographique ou botanique indiquées par les différentes appellations portées sur les étiquettes sont conformes aux résultats d’analyse, excepté celles des échantillons K (miel de l’Atacora) et H1 à H6 (miel de l’Alibori). En effet, ces derniers ont un spectre pollinique de taxons appartenant à la zone guinéo-soudanienne. Ils ne renferment aucun taxon spécifique de zone soudanienne alors qu’ils portent des appellations indiquant des noms de départements appartenant à la zone soudanienne au Bénin. L’échantillon K a été acheté dans un supermarché. S’agissant des échantillons H, l’un provenait d’un supermarché et les cinq autres ont été achetés dans trois pharmacies. Si ces appellations fallacieuses n’ont pas de conséquences pour le consommateur de miel, elles ont certainement pour objectif de répondre aux préférences des consommateurs.

Conclusion

L’analyse pollinique de 47 échantillons de miel achetés à Cotonou a permis d’identifier 43 taxons végétaux butinés par les abeilles. La richesse spécifique varie de 1 à 26 taxons par échantillon de miel. La classification hiérarchique a révélé deux groupes de miels dont l’un comprend, du point de vue floristique, un mélange d’espèces de galeries forestières et de savanes et l’autre d’espèces exclusivement de savanes. Les deux groupes de miels proviennent de la zone guinéo-soudanienne du Bénin. Les origines géographique et botanique indiquées par les différentes appellations portées par les étiquettes sont conformes aux résultats de l’analyse pollinique, excepté 7 échantillons dont les appellations indiquent des régions situées plus au Nord, en zone soudanienne du Bénin.

Références

Agwu OC, Obuwekwe AI, Iwu MM ,,, 1989. Pollen analytical and layer chromatographic examination of Nsukka (Nigeria) honey. 1989. ; Pollen analytical and layer chromatographic examination of Nsukka (Nigeria) honey. Pollen et Spores 1989 ; 33 : 29-43.

Akoègninou A, Van der Burg WJ, Van Der Masen LJG ,,, 2006. Flore analytique du Bénin. 2006. ; Flore analytique du Bénin. Wageningen : éditions Backhuys Publishers, 2006.

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1 Cmmunication personnelle, 2002.


 

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