ARTICLE
agr.2011.0527
Auteur(s) : Gbèkponhami Monique Tossou1 tossou@bj.refer.org/tossoumonique@yahoo.fr,
Hounnankpon Yedomonhan1 africabnin2002@yahoo.fr,
Paulin Azokpota2 paulin.azokpota@fsa.uac.bj
azokpotap@yahoo.fr, Akpovi
Akoegninou1 akoegnin@yahoo.fr/akoegnin@bj.refer.org,
Pablo Doubogan1 anicety2002@yahoo.fr, Koffi
Akpagana3 akpaganakoffi@yahoo.fr
1 Université d’Abomey-Calavi
Faculté des sciences et techniques
Département de biologie végétale
01 BP 4521
Cotonou
Bénin
2 University of Abomey-Calavi
Faculty of Agricultural Sciences
Food Microbiology and Biotechnology Molecular Biology
01 BP 4521
Cotonou
Bénin
3 Université de Lomé
Faculté des sciences
Laboratoire de botanique et écologie végétale
BP 1515
Lomé
Togo
Tirés à part : G. Monique Tossou
Le miel, produit par l’abeille mellifique (Apis mellifera
L.) fait partie des aliments les plus anciens de l’humanité
(Donadieu, 1984). En Afrique, le miel est un élément très largement
consommé. Au Bénin, c’est un produit commercialisé disponible un
peu partout. Il est vendu dans les supermarchés, les pharmacies,
dans certaines petites boutiques des grandes villes, sur les
marchés des villages et même à domicile.
L’apiculture est pratiquée par des apiculteurs privés ou
organisés en association dans les différentes régions du pays. Elle
est souvent soutenue par des organisations non gouvernementales
(ONG), des projets de développement et des organisations
caritatives qui, en contrepartie, achètent le miel produit puis le
conditionnent pour le vendre dans les villes. Les appellations sont
diverses et ont souvent trait aux lieux de production ou
d’implantation des sièges de ces organisations de financement qui
sont plus nombreuses dans les zones déshéritées comme dans le Nord
du pays. Ces appellations, auxquelles sont attachés les
consommateurs dont la préférence va particulièrement au miel
provenant de la zone septentrionale du Bénin, sont souvent
relatives aux origines phytogéographique et botanique de récolte du
miel. Certains vendeurs de miel peuvent alors tenter d’abuser les
consommateurs en mettant sur le marché du miel dont l’origine
identitaire est douteuse. Le problème d’authentification de ces
appellations se pose donc. L’analyse pollinique, technique
permettant d’identifier les grains de pollen, et par conséquent les
taxons végétaux visités par les abeilles, est un moyen de préciser
l’origine florale d’un miel (Louveaux et al., 1978).
L’objectif de cette étude est de déterminer la composition
pollinique des miels vendus à Cotonou pour vérifier les origines
géographique et botanique figurant sur leur conditionnement.
Milieu d’étude
Le Bénin s’étend entre les parallèles 6̊ 15’ et 12̊ 25’ de
latitude Nord et 0̊ 40’ et 3̊ 45’ de longitude Est. Le pays est
découpé en trois zones phytogéographiques (figure 1) : la
zone guinéenne, la zone soudano-guinéenne et la zone soudanienne
(Akoègninou et al., 2006). La zone guinéenne est constituée
de forêts denses humides dont les forêts denses humides
semi-décidues, de champs, de plantations (principalement de palmier
à huile) et de savanes guinéennes. La zone soudano-guinéenne
comporte une mosaïque de forêts denses humides ou sèches, de forêts
claires et de savanes parsemées de champs et de plantations. Au
niveau de la zone soudanienne, la végétation est composée de
savanes boisées, arborées et arbustives, de forêts galeries avec
des lambeaux de forêt dense sèche et de forêt claire. Par endroits,
s’observent quelques plantations de manguiers, d’anacardiers et de
champs de diverses cultures de superficie réduite.
Méthode d’étude
Une enquête a été réalisée en vue de répertorier les lieux de
vente et les différentes appellations des miels avant
échantillonnage par achat aux points de vente préalablement
identifiés à Cotonou. Au total, 47 échantillons de miel ont
été achetés dans 13 pharmacies, 5 supermarchés et
4 petites boutiques. Un même type de miel qui se retrouve en
plusieurs lieux de vente, a été échantillonné plusieurs fois.
Seulement 13 appellations ont été identifiées (tableau 1).
Tableau 1 Répartition des échantillons de miel
achetés.
Distribution of the honey samples bought.
| No. |
Appellations des miels échantillonnés |
Nombre d’échantillons achetés |
| 1 |
Flora miel-Parakou |
2 |
| 2 |
Miel de forêts du Nord-Bénin |
6 |
| 3 |
Viva miel-Parakou |
2 |
| 4 |
Miel de forêts de montagne et savanes |
6 |
| 5 |
Pur miel du Nord |
2 |
| 6 |
Miel de la Donga |
6 |
| 7 |
Miel de Tobé-Bantè |
6 |
| 8 |
Miel de l’Alibori |
6 |
| 9 |
Miel du Zou Nord |
2 |
| 10 |
UCAP miel-Parakou |
3 |
| 11 |
Miel de l’Atacora |
1 |
| 12 |
Miel de Tchaourou |
1 |
| 13 |
Miel du Nord |
4 |
| Total |
47 |
Pour chaque échantillon, 10 g de miel ont été prélevés puis
dilués dans 10 mL d’eau distillée et traités suivant la méthode
d’acétolyse d’Erdtman (1960).
L’analyse pollinique des échantillons a été effectuée à l’aide
d’un microscope photonique triloculaire (Olympus®). Les
grossissements (×200) et (×400) ont été utilisés pour
l’identification et le comptage des pollens. Les déterminations ont
été effectuées par comparaison avec les collections de lames de
référence de l’Unité de palynologie du Laboratoire de botanique et
d’écologie végétale (faculté des sciences et techniques) de
l’université d’Abomey-Calavi du Bénin et les illustrations des
ouvrages sur les pollens de Ybert (1979) , de Sowunmi (1995) et de
Tossou (2002). Les identifications botaniques des pollens ont été
effectuées, soit au niveau de la famille, soit au niveau du genre
et/ou de l’espèce sur la base de la nomenclature d’Akoègninou et
al. (2006).
La diversité pollinique a été exprimée à partir de la richesse
spécifique selon la méthode de Yédomonhan (2009). Cet auteur
distingue trois classes de richesse spécifique : celle des
miels très pauvres en espèces (moins de 5 taxons) ; celle
des miels relativement riches en espèces (entre 5 et
15 taxons) ; et celle des miels riches en espèces (plus
de 15 taxons).
La fréquence relative et la densité relative de chaque taxon
identifié ont été calculées pour chaque échantillon. La fréquence
relative ou fréquence de distribution des pollens représente le
quotient en pourcentage du nombre d’échantillons de miel contenant
le taxon sur le nombre total d’échantillons de miel analysés.
Ainsi, sont distingués suivant les recommandations de Louveaux
et al. (1978) reprises par Feller-Desmaly et Parent
(1989) : des pollens « très fréquents »
(> 50 %), «fréquents » (20 à 20 %), « peu
fréquents » (10 à 20 %) et « rares »
(< 10 %).
La densité relative est exprimée par le quotient en pourcentage
de la densité absolue d’un type de pollen sur la somme des densités
absolues de tous les types de pollen dudit échantillon. Elle est
calculée pour chaque échantillon de miel qui compte au moins
1 200 grains de pollens. L’appréciation est faite suivant la
méthode de Feller-Desmaly et Parent (1989) qui
distinguent :
- –. les pollens dominants (≥ 45 %) ;
- –. les pollens d’accompagnement
(16-45 %) ;
- –. les pollens isolés importants
(4-16 %) ;
- –. et les pollens isolés (< 3 %).
À partir des résultats de l’analyse pollinique, une matrice
d’échantillons de miel-taxons est établie en présence-absence. La
classification hiérarchisée desdits échantillons de miel a été
faite par analyse de cluster en utilisant la méthode de Ward
et la distance euclidienne à l’aide du logiciel
STATISTICA® 5.1 (Kaye, 1998). Cette méthode a
permis de générer un dendrogramme qui met en évidence les groupes
d’échantillons de miel sur la base de leur ressemblance
floristique.
Résultats et discussion
Caractéristiques floristiques des miels analysés
L’analyse pollinique des 47 échantillons de miel a permis
d’identifier 43 taxons. La somme pollinique varie de 1 200 à
2 500 grains de pollens par échantillon. Cette diversité
spécifique est supérieure à celle trouvée par Fohounfo1 qui est de 32 espèces pour les miels
d’Ewé-Kétou dans le Sud-Est du Bénin et à celle obtenue par
Lobreau-Callen et al. (1986) qui est seulement de 4, 7 et
16 taxons, respectivement dans les miels de Manta, Boukounbé
et Kandi, des localités situées dans le Nord du Bénin. Mais elle
reste largement inférieure aux 121 taxons identifiés par
Tossou et al. (2005) dans les miels récoltés dans la forêt
classée de la Lama au Sud du Bénin. En accord avec Sowunmi (1976)
et Agwu et al. (1989), cette différence de diversité
taxonomique peut s’expliquer par le nombre d’échantillons analysés,
leur période de récolte et la diversité floristique des types de
formation ayant servi de sources d’affouragement aux abeilles.
La richesse spécifique varie de 1 à 26 taxons par
échantillon. La valeur maximale reste légèrement supérieure à celle
de 20 taxons par échantillon de miel en zones soudaniennes et
sahéliennes en Afrique occidentale (Lobreau-Callen et Damblon,
1994). Cette richesse spécifique est globalement différente au sein
des échantillons de même appellation, mais elle est constante pour
les échantillons B4 et B6 de miel des forêts du Nord-Bénin, D2, D3
et D5 de Viva miel-Parakou et G2 et G3 de miel de Bantè. De même,
la composition floristique varie d’une appellation à une autre et
au sein des échantillons d’une même appellation (tableau 2).
Tableau 2 Appellations des miels, nombre d’espèces et
catégories de pollens suivant la densité.
Names of honeys, numbers of species and categories of pollens
according to density.
| Appellations |
Codes |
Nombre d’espèces |
Pollens dominants |
Pollens d’accompagnement |
Pollens isolés importants |
Pollens isolés |
| Flora miel-Parakou |
A1 |
21 |
| L. barteri/L. acida, C. collinum, V. paradoxa,
S. setigera |
Acanthaceae-type, B. costatum, C.
planchoni, |
Arecaceae-type, Berlinia-type,
Cyperaceae-type Erythrina senegalensis,
Fabaceae-type, Phoenix reclinata, Syzygium guineense,
Triumfetta rhomboidea |
| A2 |
20 |
| L. barteri/L. acida, C. collinum, S. setigera,
V. paradoxa |
Acanthaceae-type, C. planchoni |
Arecaceae-type, Cyperaceae-type,
Erythrina senegalensis, Fabaceae-type, Phoenix reclinata,
Syzygium guineense |
| Miel des forêts du Nord-Bénin |
B1 |
24 |
Vitellaria paradoxa |
Isoberlinia doka, S. setigera |
L. barteri/L. acida, C. collinum |
Allophylus africanus, Clerodendrum capitatum,
Cyperaceae-type, Cerathotheca sesamoides, Gaertnera
paniculata, Grewia mollis, Syzygium guineense |
| B2 |
25 |
| Elaeis guineensis, Hymenocardia acida, I. doka,
V. paradoxa, S. setigera |
B. costatum, Cassia-type, C. collinum,
L. barteri/L. acida |
Idem à B1 + P. reclinata |
| B3 |
19 |
| C. planchoni, S. setigera |
L. barteri/L. acida |
Alchornea cordifolia,
Cucurbitaceae–type, Rauvolfia vomitoria, Syzygium
guineense |
| B4 |
13 |
Cochlospermum planchoni |
L. barteri/L. acida, S. setigera, V.
paradoxa |
C. collinum |
Kigelia |
| B5 |
11 |
| L. barteri/L. acida, S. Setigera, C.
Planchoni |
C. collinum, V. paradoxa |
Malvaceae-type, S. guineense |
| B6 |
13 |
Lannea barteri/Lannea acida |
C. planchoni, S. setigera |
I. doka, V. paradoxa |
Idem à B5 |
| Viva miel-Parakou |
C1 |
14 |
S. setigera |
L. barteri/L. acida, C. collinum, Parkia
biglobosa, V. paradoxa |
Acanthaceae-type, B. costatum, C.
planchoni, |
Arecaceae-type, Berlinia,
Cyperaceae-type |
| C2 |
9 |
Vitellaria paradoxa |
C. collinum |
Acacia-type, Asteraceae-type,
Annonaceae-type, B. costatum |
A. africanus, Ceiba pentandra |
| Miel de forêts de montagne et
savanes |
D1 |
11 |
| C. collinum, E. guineensis, Poaceae,
S. setigera, |
Acacia-type, Asteraceae-type,
L. barteri/L. acida, V. paradoxa |
Ceiba pentandra |
| D2 |
9 |
Bombax costatum |
C. collinum |
| Ceiba pentandra |
| D3 |
9 |
B. costatum |
C. collinum, S. setigera |
Acacia-type, L. barteri/L. acida,
V. paradoxa |
|
| D4 |
8 |
| B. costatum, C. collinum, Parinari
curatellifolia |
L. barteri/L. acida,
V. paradoxa |
|
| D5 |
9 |
| B. costatum, S. setigera |
L. barteri/L. acida,
V. paradoxa |
Loranthaceae-type |
| D6 |
11 |
B. costatum |
L. barteri/L. acida,
S. setigera |
C. collinum, V. paradoxa |
Idem à D5 + Malvaceae-type |
| Pur miel du Nord |
E1 |
11 |
B. costatum |
C. collinum |
I. doka,
L. barteri/L. acida
P. curatellifolia, V. paradoxa |
Loranthaceae-type |
| E2 |
10 |
| P. curatellifolia |
B. costatum,
L. barteri/L. acida, V. paradoxa |
Idem à E1 |
| Miel de la Donga |
F1 |
3 |
Vitellaria paradoxa |
L. barteri/L.. acida |
Cassia-type |
|
| F2 |
6 |
Vitellaria paradoxa |
| Cassia-type, I. doka,
L. barteri/L. acida |
|
| F3 |
7 |
| I. doka, V. paradoxa |
L. barteri/L. acida,
P. curatellifolia |
|
| F4 |
7 |
Lannea barteri/Lannea acida |
Cassia-type |
| |
| F5 |
8 |
| Cassia-type,
L. barteri/L. acida |
I. doka |
|
| F6 |
7 |
| L. barteri/L. acida, Poaceae |
B. costatum, V. paradoxa |
|
| Miel de Tobé-Bantè |
G1 |
7 |
| E. guineensis |
B. costatum, C. collinum,
Poaceae-type |
C. pentandra |
| G2 |
3 |
|
| E. guineensis, Poaceae-type |
|
| G3 |
3 |
Poaceae |
C. collinum |
| |
| G4 |
4 |
| Acacia-type, Cassia-type, Poaceae,
V. paradoxa |
| |
| G5 |
1 |
Isoberlinia doka |
|
| |
| G6 |
9 |
|
| Asteraceae-type |
C. pentandra, Malvaceae-type |
| Miel de l’Alibori |
H1 |
9 |
| Acacia-type, B. costatum |
C. collinum, I. doka
V. paradoxa |
Malvaceae-type |
| H2 |
10 |
|
| Acacia-type, B. costatum,
C. collinum, V. paradoxa |
|
| H3 |
9 |
|
| Asteraceae-type, Borreria-type,
C. collinum, S. setigera |
|
| H4 |
12 |
I. doka |
Acacia-type, B. costatum |
Borreria-type, C. collinum,
L. barteri/L. acida, S. setigera |
C. sesamoides |
| H5 |
13 |
Combretum collinum |
Acacia-type, I. doka |
Asteraceae-type, B. costatum,
P. biglobosa, S. setigera |
C. sesamoides, Nyctaginaceae |
| H6 |
10 |
| Acacia-type, I. doka |
Asteraceae-type, C. collinum,
P. curatellifolia, S. setigera |
|
| Miel du Zou Nord |
I1 |
12 |
| L. barteri/L.. acida |
Borreria-type, I. doka,
P. curatellifolia, V. paradoxa |
T. rhomboidea |
| I2 |
10 |
L. barteri/L. acida |
| Borreria-type, I. doka,
P. curatellifolia, S. setigera |
T. rhomboidea |
| UCAP miel-Parakou |
J1 |
6 |
S. setigera |
| Asteraceae-type |
C. sesamoides |
| J2 |
7 |
S. setigera |
| Acacia-type, Hyphaene thebaica |
Nyctaginaceae |
| J3 |
9 |
S. setigera |
| Acacia-type, D. cinerea, Hyphaene
thebaica, L. barteri/L. acida |
Nyctaginaceae |
| Miel de l’Atacora |
K |
13 |
Dichrostachys cinerea |
| C. kolly,
L. barteri/L. acida |
Arecaceae-type
C. capitatum,
Cucurbitaceae-type |
| Miel de Tchaourou |
L |
10 |
S. setigera |
Borreria-type |
Asteraceae-type, B. costatum,
C. kolly, D. cinerea |
Cucurbitaceae-type,
C. sesamoides |
| Miel du Nord |
M1 |
6 |
| Chassalia kolly |
Borreria-type |
Cucurbitaceae-type, Monodora |
| M2 |
8 |
| L. barteri/L. acida |
| Cucurbitaceae-type |
| M3 |
14 |
| L. barteri/L. acida,
Borreria-type, S. setigera |
Acacia-type, C. kolly |
Loranthaceae-type,
T. rhomboidea |
| M4 |
8 |
S. setigera |
D. glomerata, E. guineensis |
| |
Pollens dominants (> 45 %) ; pollens
d’accompagnement (16-45 %) ; pollens isolés importants
(4-16 %) ; pollens isolés (< 3%).
Les miels peuvent être répartis en trois classes. En fonction de
la richesse spécifique, la classe des miels pauvres en espèces
(moins de 5 taxons) représente 10,6 % des échantillons
analysés : ce sont les miels F1 de la Donga et G2 à G5 de
Bantè. L’échantillon G5 ne renferme que des pollens d’Isoberlinia
doka. Cette espèce, selon Yédomonhan (2009), est exclusivement
nectarifère et sa floraison intervient en saison sèche au moment où
le sous-bois est complètement desséché. De plus, elle est souvent
en peuplement monospécifique dans les forêts claires. La deuxième
classe (entre 5 et 15 taxons) regroupe 37 échantillons de
miels, soit 78,7 %. Toutes les appellations y sont
représentées. La dernière classe est celle des échantillons de miel
riches en espèces (plus de 15 taxons) ; ils sont au
nombre de 5, soit 11,1 % des miels analysés. Ils concernent
Flora miel-Parakou (A1 et A2) et miel des forêts du Nord-Bénin (B1,
B2 et B4).
La densité relative de pollens par taxon peut varier d’un
échantillon à un autre au sein d’une même appellation ou bien d’une
appellation à une autre. Ainsi, un pollen dominant dans un
échantillon peut être un pollen d’accompagnement, un pollen isolé
important ou un pollen isolé dans un autre. Les pollens dominants
sont au nombre de 9 types, soit 20,9 % de l’ensemble. Ils
proviennent, notamment, de Bombax costatum, Cochlospermum
planchoni, Combretum collinum, Vitellaria
paradoxa, etc. (tableau 2). Ils sont
suivis des pollens d’accompagnement exclusivement qui sont de
8 types, soit 18,6 %. Viennent ensuite les pollens isolés
importants exclusivement au nombre de 4 types (9,3 %) et
les pollens isolés exclusivement avec 22 types, soit
51,2 %. Ces résultats sont supérieurs à ceux obtenus au
Nigeria par Horn et Aira (1997) en ce qui concerne les pollens
dominants, isolés et d’accompagnement qui sont respectivement de 1,
2 et 0 types.
Origines géographique et botanique des échantillons
analysés
La classification hiérarchique des échantillons de miel révèle,
à 45,5 % de dissemblance floristique, deux groupes de miel (figure 2). Le
groupe I comprend 10 échantillons (A1, A2, B1, B2, B3, B4, B5,
B6, C1, C2), soit 21,3 %. Sa composition pollinique est de
40 taxons dont 25 communs avec le groupe II et
15 espèces différentielles (tableau
2). Parmi ces espèces différentielles figurent Alchornea
cordifolia, Berlinia grandifolia, Clerodendrum
capitatum, Gaertnera paniculata, Kigelia africana,
Rauvolfia vomitoria, Phoenix reclinata et Syzygium
guineense qui sont des espèces de forêt ou de fourré en zone
guinéenne au Bénin, mais qui peuvent remonter dans la zone
guinéo-soudanienne plus sèche, voire dans la zone soudanienne par
l’intermédiaire des cours d’eau pour former les galeries
forestières. Le groupe II réunit 37 échantillons de miel, soit
78,7 % et 28 taxons dont seulement 3 espèces
différentielles (tableau 3).
Tableau 3 Composition floristique des groupes de miel
étudiés.
Floral composition of the groups of honey studied.
| Variables |
Groupe I |
Groupe II |
| Espèces différentielles |
Acanthaceae-type, Alchornea
cordifolia, Paullinia pinnata, Berlinia
grandifolia, Clerodendrum capitatum,
Cyperaceae-type, Erythrina senegalensis
Fabaceae-type, Gaerntera paniculata, Grewia
mollis, Hymenocardia acida, Kigelia africana,
Phoenix reclinata, Rauvolfia vomitoria, Syzygium
guineense |
Nyctaginaceae, Loranthaceae,
Monodora tenuifolia |
| Espèces communes |
Acacia-type, Annona
senegalensis, Arecacea-type, Asteraceae-type,
Bombax costatum, Borreria-type, Cassia-type,
Ceiba pentandra, Ceratotheca sesamoides, Chassalia
kolly, Cochlospermum planchoni, Combretum
collinum, Cucurbitaceae-type, Dichostachys
cinerea, Elaeis guineensis, Hyphaene thebaica,
Isoberlinia doka, Lannea barteri/Lannea acida,
Malvaceae-type, Parinari curatellifolia, Parkia
biglobosa, Poaceae-type, Sterculia setigera,
Triumfetta rhomboidea, Vitellaria paradoxa, |
Le cortège d’espèces communes comprend un fond floristique
composé d’espèces de fréquence élevée (tableau
4) comme Isoberlinia doka (83 %), Bombax
costatum (76,6 %), Vitellaria paradoxa
(57,5 %), Combretum collinum (56,3 %),
Sterculia setigera (56,3 %), Parkia biglobosa
23,7 %), Dichrostachys cinerea (23,4 %),
Cochlospermum planchoni (23,4 %) et Annona
senegalensis (12,8 %) qui, selon White (1986), sont des
endémiques de la partie méridionale de la zone soudanienne. Selon
Lobreau-Callen et Damblon (1994), la présence de pollens endémiques
ou de groupements d’espèces significatives permet d’établir des
rapports précis entre les miels et les domaines de végétation
auxquels ils appartiennent. Sur cette base et en considérant la
contingence d’espèces endémiques de zone soudanienne humide et
d’espèces guinéennes, on peut conclure que tous les échantillons de
miel analysés ont été récoltés en zone guinéo-soudanienne. Cette
zone, au Bénin, s’étend du 7e au
10e parallèle de latitude Nord (Akoègninou et
al., 2006).
Tableau 4 Fréquences relatives des taxons dans les
échantillons de miel étudiés.
Relative frequencies of taxa in the samples of honey
studied.
No
(par ordre décroissant de fréquence) |
Taxons |
Fréquence relative (%) |
No
(par ordre décroissant de fréquence) |
Taxons |
Fréquence relative (%) |
| 1 |
Isoberlinia doka |
83 |
11 |
Elaeis guineensis |
40,4 |
| 2 |
Acacia-type |
80,9 |
12 |
Borreria-type |
29,8 |
| 3 |
Bombax costatum |
76,6 |
13 |
Cassia-type |
27,1 |
| 4 |
Lannea acida /Lannea barteri |
70,2 |
14 |
Parkia biglobosa |
27,7 |
| 5 |
Poaceae-type |
68,1 |
15 |
Dichostachys cinerea |
23,4 |
| 6 |
Asteraceae-type |
66 |
16 |
Cochlospermum planchoni |
23,4 |
| 7 |
Combretum collinum |
53,2 |
17 |
Chassalia kolly |
17 |
| 8 |
Vitellaria paradoxa |
57,5 |
18 |
Syzygium guineense |
15 |
| 9 |
Sterculia setigera |
56,3 |
19 |
Ceratotheca sesamoides |
12,8 |
| 10 |
Parinari curatellifolia |
53,3 |
20 |
Annonaceae-type |
12,8 |
|
|
|
|
| Autres taxons |
10,7- 2,1 |
À propos de l’origine botanique des miels, Lobreau-Callen et
Damblon (1994) ont observé que, dans les régions tropicales, les
floraisons sont très abondantes et diversifiées à proximité des
ruches et les abeilles ne sélectionnent les fleurs qu’aux alentours
des ruches si bien que les spectres polliniques ne donnent qu’une
image très partielle de la végétation. Selon ces auteurs, l’aire de
butinage de l’abeille domestique est intimement liée à la structure
de la végétation. En Europe, la distance de vol aller-retour pour
l’abeille est de 1,5 km (Louveaux, 1984) ou 2 km (Crane, 1980). En
Afrique occidentale, notamment au Burkina Faso, en zone
soudanienne, elle est de 2 km (Nombré, 2003). Mais au Bénin, cette
distance est de 1 km en zone guinéenne et guinéo-soudanienne
(Tossou et al., 2005 ; Yédomonhan, 2009). Sur cette
base et en fonction des espèces communes aux deux groupes de miel,
on peut affirmer que les miels proviennent tous de savanes
guinéo-soudaniennes, mais que les miels du groupe I sont issus de
ruches installées à proximité des galeries forestières. Dans ce
dernier cas, les abeilles ont butiné les plantes mellifères aussi
bien des galeries forestières que des savanes avoisinantes des
ruchers. En revanche, les miels du groupe II ont été récoltés dans
des ruches installées exclusivement en savane.
Les origines géographique ou botanique indiquées par les
différentes appellations portées sur les étiquettes sont conformes
aux résultats d’analyse, excepté celles des échantillons K (miel de
l’Atacora) et H1 à H6 (miel de l’Alibori). En effet, ces derniers
ont un spectre pollinique de taxons appartenant à la zone
guinéo-soudanienne. Ils ne renferment aucun taxon spécifique de
zone soudanienne alors qu’ils portent des appellations indiquant
des noms de départements appartenant à la zone soudanienne au
Bénin. L’échantillon K a été acheté dans un supermarché. S’agissant
des échantillons H, l’un provenait d’un supermarché et les cinq
autres ont été achetés dans trois pharmacies. Si ces appellations
fallacieuses n’ont pas de conséquences pour le consommateur de
miel, elles ont certainement pour objectif de répondre aux
préférences des consommateurs.
Conclusion
L’analyse pollinique de 47 échantillons de miel achetés à
Cotonou a permis d’identifier 43 taxons végétaux butinés par
les abeilles. La richesse spécifique varie de 1 à 26 taxons
par échantillon de miel. La classification hiérarchique a révélé
deux groupes de miels dont l’un comprend, du point de vue
floristique, un mélange d’espèces de galeries forestières et de
savanes et l’autre d’espèces exclusivement de savanes. Les deux
groupes de miels proviennent de la zone guinéo-soudanienne du
Bénin. Les origines géographique et botanique indiquées par les
différentes appellations portées par les étiquettes sont conformes
aux résultats de l’analyse pollinique, excepté 7 échantillons
dont les appellations indiquent des régions situées plus au Nord,
en zone soudanienne du Bénin.
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