ARTICLE
agr.2011.0525
Auteur(s) : Paulin Azokpota1 azokpotap@yahoo.fr, Hermance
Yénoukounmey Houngbo2 Hermance01@yahoo.fr, Noël
Houédougbé Akissoe1 noel.akis@yahoo.fr
1 Université d’Abomey-Calavi
Faculté des sciences agronomiques
Département de nutrition et sciences alimentaires
01 BP 526
Abomey-Calavi
Bénin
2 Université d’Abomey-Calavi
Faculté des sciences et techniques
Département de biologie végétale
01 BP 526
Abomey-Calavi
Bénin
Tirés à part : P. Azokpota
Les condiments traditionnels à base des graines végétales ou de
poissons font partie d’un savoir-faire empirique très ancien.
L’afitin, l’iru et le sonru sont des
condiments fermentés béninois similaires au dawadawa
(Odunfa, 1985 ; Omafuvbe, 2000), soumbala (Ouoba et
al., 2003) et nététu (N’dir et al., 1994 ;
N’dir et al., 1997). Les principaux germes utiles dans
l’afitin, l’iru et le sonru ont été isolés,
identifiés et caractérisés au cours de précédents travaux (Azokpota
et al., 2006a ; Azokpota et al., 2006b ;
Azokpota et al., 2007).
Au Bénin, du fait de leur forte teneur en protéines
(31-44 %, base sèche), l’afitin, l’iru et le
sonru sont utilisés comme substituts de la viande ou du
poisson, particulièrement par les populations à faibles revenus
(Gutierrez et al., 2000). En effet, de nombreuses recettes
culinaires traditionnelles intègrent l’afitin comme unique
source de protéines (légumes-feuilles cuits, le monyo de type
végétarien, etc.) accompagnant les pâtes de maïs (akassa, lio,
owo) ou de manioc (èba). De plus, il est admis dans
l’opinion publique que ces condiments auraient une aptitude
potentielle à guérir l’hypertension artérielle. Ainsi, les
consommateurs au Bénin et dans la sous-région manifestent un
engouement de plus en plus vif pour ces condiments, notamment dans
les villes (Gutierrez et al., 2000). À cause de leur forte
teneur en eau (45,2-55,6 %, base sèche) et en substances
nutritives (Azokpota et al., 2006a ; Azokpota et
al., 2006b), l’afitin, l’iru et le
sonru offrent un milieu favorable au développement des
micro-organismes. Hormis la microflore contaminante, les principaux
micro-organismes fermentaires dans les condiments sont, pour la
plupart, des Bacillus subtilis, reconnus pour leur rôle
positif au cours de la fermentation (Azokpota et al., 2007)
mais aussi pour leur forte activité protéolytique et lipolytique
(Azokpota et al., 2006b) responsable de la dégradation
rapide des condiments occasionnant souvent la perte des invendus.
Une étude préliminaire a révélé que les productrices ont développé
spontanément diverses méthodes traditionnelles de conservation des
condiments. Cependant, en l’absence de données qualitatives et
quantitatives, ces méthodes sont probablement mal exploitées et
leurs résultats sont peu reproductibles. Pour une utilisation plus
rationnelle, ces savoir-faire méritent donc d’être
caractérisés.
La présente étude porte sur l’afitin, le condiment le
plus populaire au Bénin en termes de production, de consommation
et/ou de vente (Gutierrez et al., 2000), même si son
caractère identitaire reste particulièrement attaché au groupe
social Fon, localisé au centre du pays. L’afitin est obtenu
par fermentation naturelle pendant 24 heures des cotylédons
préalablement cuits issus du décorticage des graines de néré
(Parkia biglobosa Jack.P.Br) (Azokpota et al.,
2006a). L’objectif principal étant d’évaluer les savoir-faire
endogènes utilisés pour la stabilisation de l’afitin, le
travail a consisté à : i) identifier les principales méthodes
traditionnelles de conservation de l’afitin, développées par
les productrices-vendeuses ; ii) réaliser des essais de
conservation de l’afitin produit et traité suivant les
méthodes les plus représentatives.
Matériel et méthode
Matériel d’étude
Des graines tout venant de néré, séchées, ont été utilisées pour
les essais de production d’afitin. Les produits utilisés
pour la conservation des échantillons d’afitin sont
constitués de sel fin de cuisine, de poudre de piment (Capsicum
annuum L.) et d’huile végétale alimentaire (huile de coton
raffinée), obtenus dans le commerce.
Méthode
Phase d’enquête
L’enquête a consisté à recenser les différentes méthodes
traditionnelles de conservation de l’afitin, utilisées par
les productrices-vendeuses fréquentant les grands marchés du Centre
(Abomey, Bohicon) et du Sud-Bénin (Dantokpa à Cotonou). Chaque
marché étudié a été segmenté en cinq zones (Nord, Sud, Est, Ouest
et Centre). Dans chaque zone, six productrices ont été choisies de
façon aléatoire. Au total, 30 personnes ont été donc interrogées
par marché, soit 90 productrices-vendeuses. L’enquête a été
réalisée sous forme d’entretiens individuels, appuyés par un
questionnaire intégrant la description des méthodes, les additifs
utilisés et la durée de conservation généralement observée par les
productrices.
Phase d’expérimentation
Les échantillons d’afitin ont été d’abord produits dans
les conditions de laboratoire suivant la méthode décrite par
Azokpota et al. (2006a) dont le principe consiste en une
cuisson des cotylédons, suivie d’une fermentation spontanée ;
ces échantillons ont été ensuite soumis à différents traitements
comme indiqués dans le tableau 1. Pour
une meilleure estimation de la quantité d’additifs, les instruments
traditionnels de mesure utilisés par les productrices ont été
convertis en instruments standard de mesures de masse et de volume.
Les échantillons ainsi traités ont été conservés sur une période de
30 jours à 25-28 ̊C. Des échantillons ont été prélevés à 0, 15
et 30 jours pour des analyses microbiologiques et
physico-chimiques. L’expérimentation a été réalisée avec trois
répétitions.
Tableau 1 Traitements des échantillons d’afitin
avec les conservateurs traditionnellement utilisés pour la
conservation du produit.
Pretreatments of samples of afitin for storage.
| Code des traitements |
Conservateurs et concentrations appliquées |
| T |
Sel : 5 g/100 g |
| H1 |
|
|
| Sel : 5 g/100 g ; huile :
5 mL/100 g |
| H2 |
|
|
| Sel : 5 g/100 g ; huile :
10 mL/100 g |
| P1 |
|
|
| Sel : 5 g/100 g ;
piment : 5 g/100 g |
| P2 |
|
|
| Sel : 5 g/100 g ;
piment : 10 g/100 g |
| H1P1 |
|
|
| Sel : 5 g/100 g ;
piment : 5 g/100 g ; huile :
5 mL/100 g |
| H2P2 |
|
|
| Sel : 5 g /100 g ;
piment : 10 g/100 g ; huile :
10 mL/100 g |
T : sel (témoin) ; H1 ;
H2 : huile et sel (doses 1 et 2,
respectivement) ; P1 ; P2 :
piment et sel (concentrations 1 et 2, respectivement) ;
H1P1 ; H2P2 :
huile, piment et sel (concentrations 1 et 2, respectivement).
Caractérisation microbiologique et physico-chimique
Dénombrement de la flore résiduelle
La flore aérobie mésophile, les bacilles, les staphylocoques et
les levures et moisissures ont été dénombrés selon les méthodes
décrites par McCance et Harrigan (1976), Guiraud et Galzy (1980),
Azokpota et al. (2006a) et Jespersen et al. (1994).
Les coliformes totaux, fécaux et les E. coli de même que les
anaérobies sulfito-réducteurs (ASR) et les streptocoques ont été
évalués selon les méthodes décrites par Joeffin (2003), et la flore
productrice de H2S, selon N’dir et al.
(1997).
Caractérisation physico-chimique
Le pH a été déterminé selon la méthode de Nout et al.
(1989) modifiée comme suit : 10 mL de suspension de
l’échantillon ont été filtrés (0,45 μm, Millipore, Denmark), avant
la mesure à l’aide d’un pH-mètre PHM250. Les matières sèches, les
lipides et les minéraux totaux ont été déterminés selon la méthode
de l’Association of Official Analytical Chemists (AOAC,
1995).
Analyses statistiques
Les données issues des enquêtes ont été soumises à la
statistique descriptive pour extraire les moyennes et les
fréquences liées avec les réponses données par les productrices.
Les données de l’analyse microbiologique et physico-chimique ont
été soumises à l’analyse de variance, modèle fixe à deux facteurs
(traitement et durée de conservation) (Anova) avec le logiciel
Statistica 7 (StatSoft, Tulsa, États-Unis). Les conditions
préalables à l’Anova (normalité et égalité de variances) ont été
vérifiées. Le test de Student-Newman et Keuls a été effectué sur
chaque variable pour structurer les moyennes des différentes
modalités de traitement et de conservation.
Résultats et discussion
Savoir-faire endogènes en matière de conservation de
l’afitin
Les méthodes traditionnelles de conservation de l’afitin
identifiées font appel aux procédés de séchage au soleil, de
grillage ou cuisson à vapeur, puis à l’usage d’additifs (sel,
piment, huile, ail, oignon, ou poivre ou leur combinaison). En ce
qui concerne, le séchage au soleil, le condiment est mis en boules
sur des étagères exposées au soleil, un peu comme le grillage où
les boules placées sur des grilles métalliques sont mises sur des
charbons de bois ardents. Pour la cuisson à la vapeur, les boules
étalées sur des claies reçoivent la vapeur produite à partir de
l’eau bouillante. Par rapport aux additifs, le salage et l’ajout
d’huile ou de piment sont les méthodes les plus utilisées,
l’ensemble des productrices ayant affirmé avoir toujours associé de
l’huile ou du piment au sel. Le produit ainsi traité est
conditionné dans les papiers-emballages de ciment (à Cotonou) ou
dans des feuilles végétales (à Abomey et Bohicon). Le sel est
appliqué dans une proportion de 4,81-5,03 (%, m/m) par l’ensemble
des productrices. Le piment est ajouté dans une proportion de
4,73-5,04 (%, m/m), essentiellement par les productrices-vendeuses
de Dantokpa, soit 33 % des personnes interviewées contre
9,72 ± 0,22 (% m/m) (pour les productrices-vendeuses
d’Abomey et de Bohicon représentant 66,72 % des femmes
interrogées). L’huile est ajoutée dans une proportion d’environ
9,63-10,05 (%, V/m) (par les productrices-vendeuses de Dantokpa) et
4,83 ± 0,14 (%,V/m) (par les productrices d’Abomey et de
Bohicon). Selon les productrices, le traitement au sel ou au piment
aux proportions indiquées assure une conservation d’environ 12
jours, alors que l’huile, dans les proportions utilisées, permet de
conserver l’afitin pendant 20 jours environ. La combinaison
des additifs assure une conservation de l’afitin pendant
environ 25 jours.
L’utilisation du sel pour la conservation de nététu
sénégalais, guinéen ou malien a été rapportée (N’dir et al.,
1997). Outre le sel, l’incorporation de la poudre de piment
reposerait sur la réduction de l’activité de l’eau dans le
condiment frais. En effet, la réduction de l’eau libre dans les
aliments, du fait de l’ajout du sel ou du piment, crée des
conditions défavorables à la prolifération des micro-organismes
qui, utilisant l’énergie qui leur est disponible pour le
rétablissement de l’équilibre homéostatique rompu par la perte de
l’eau, n’en trouvent plus pour assurer leur métabolisme vital
(Gould, 1995 ; Alzamora et al., 1998). On peut donc
comprendre l’utilisation de l’un ou de l’autre additif à une dose
relativement élevée. Toutefois, le taux de sel pourrait être réduit
en le combinant avec des procédés (cuisson à vapeur ou séchage au
soleil), une pratique à laquelle les productrices sont déjà
habituées.
Évolution de la flore microbienne
En dehors de la flore aérobie mésophile, les micro-organismes de
contamination fécale (coliformes totaux, fécaux, et E.
coli), la flore de fermentation (bacilles, streptocoques), et
les micro-organismes potentiellement pathogènes (ASR,
staphylocoques et flore productrice de H2S) (tableau 2) ont été dénombrés dans les différents
échantillons d’afitin. Avant la conservation, la charge des
coliformes totaux avoisinait 2,3 (log (CFU)/g), celles des
coliformes fécaux et de E. coli étaient de l’ordre de 2
(log (CFU/g), indépendamment des traitements appliqués. Ces
micro-organismes n’ont pas été retrouvés au seuil détectable après
15 jours de conservation. La charge des ASR s’est progressivement
accrue avec le traitement T (environ 5 g sel/100 g),
passant de 1,1 à 2,8 (log (CFU/g) au terme des 30 jours de
conservation. À l’opposé, les traitements
H1P1 et H2P2 semblent
avoir un effet inhibiteur sur les ASR absents après 30 jours de
conservation. Il en est de même que pour la flore productrice de
H2S et les staphylocoques. Les levures et moisissures
ont été également absentes (seuil non détectable). La chute des
micro-organismes potentiellement pathogènes dans les autres
combinaisons impliquant soit le sel et le piment soit le sel et
l’huile, atteste l’influence remarquable du type de traitement et
de la durée de conservation et, par conséquent, l’existence d’une
durée de conservation minimale pouvant garantir la sécurité pour
chaque type de traitement. Ce minimum est atteint autour de 30
jours pour H1P1 et
H2P2. La charge des streptocoques a
sensiblement augmenté avec le traitement H1 alors
qu’elle a chuté avec le traitement P2. En outre, la
charge des Bacillus a drastiquement chuté en 30 jours de
conservation. La flore aérobie mésophile passe de 2,5 à 7,5
(log CFU/g) en moyenne après 15 jours de conservation pour la
plupart des traitements (tableau 2), à
l’exception des traitements H1 et H2. La
prédominance des Bacillus dans l’afitin et dans les
condiments similaires a déjà été rapportée (N’dir et al.,
1994 ; N’dir et al., 1997 ; Ouoba et al.,
2003 ; Azokpota et al., 2006a).
Tableau 2 Évolution des charges microbiennes (log
(CFU)/g) dans les échantillons d’afitin traités aux
conservateurs traditionnels.
Microbial change (log (CFU)/g) in samples of afitin
treated with traditional additives.
| Traitement de conservation |
Durée de stockage (jours) |
Bacillus |
Streptocoques |
Flore aérobie mésophile (FAM) |
Coliformes fécaux |
Coliformes totaux |
E. coli |
Staphylocoques |
Anaérobies Sulfito-réducteur |
Flore productrice de H2S |
| T |
| 6,6 |
2,5 |
2,5 |
2,0 |
2,3 |
2,0 |
2,5 |
1,1 |
2,5 |
| H1 |
| 5,5 |
2,5 |
2,5 |
2,0 |
2,3 |
2,0 |
3,5 |
1,0 |
2,5 |
| H2 |
| 5,4 |
2,5 |
2,5 |
2,1 |
2,3 |
2,1 |
3,5 |
1,1 |
2,5 |
| P1 |
0 |
6,6 |
2,5 |
2,5 |
2,1 |
2,3 |
2,1 |
3,4 |
1,1 |
2,5 |
| P2 |
| 6,4 |
2,5 |
2,5 |
2,1 |
2,3 |
2,1 |
3,4 |
1,1 |
2,5 |
| H1P1 |
| 6,4 |
2,5 |
2,5 |
2,1 |
2,3 |
2,1 |
3,4 |
1,0 |
2,5 |
| H2P2 |
| 6,1 |
2,5 |
2,5 |
2,1 |
2,3 |
2,1 |
3,5 |
1,2 |
2,5 |
| Moyenne |
| 6,1 |
2,5 |
2,5 |
2,1 |
2,3 |
2,1 |
3,3 |
1,1 |
2,5 |
| T |
| 5,7 |
3,5 |
7,7 |
nd |
nd |
nd |
5,5 |
2,1 |
3,7 |
| H1 |
| 5,6 |
3,5 |
6,5 |
nd |
nd |
nd |
4,5 |
1,9 |
2,6 |
| H2 |
| 5,4 |
3,4 |
6,4 |
nd |
nd |
nd |
4,4 |
1,7 |
2,5 |
| P1 |
15 |
5,7 |
2,6 |
7,5 |
nd |
nd |
nd |
4,5 |
1,5 |
1,6 |
| P2 |
| 5,5 |
2,3 |
7,5 |
nd |
nd |
nd |
4,4 |
1,2 |
2,0 |
| H1P1 |
| 5,4 |
2,1 |
7,5 |
nd |
nd |
nd |
2,0 |
1,0 |
2,0 |
| H2P2 |
| 5,4 |
2,4 |
7,4 |
nd |
nd |
nd |
2,0 |
1,0 |
2,0 |
| Moyenne |
| 5,5 |
2,8 |
7,2 |
nd |
nd |
nd |
3,9 |
1,5 |
2,3 |
| T |
| 1,2 |
3,4 |
6,9 |
nd |
nd |
nd |
5,5 |
2,8 |
3,4 |
| H1 |
| 1,1 |
3,5 |
6,9 |
nd |
nd |
nd |
4,3 |
1,0 |
2,0 |
| H2 |
| 1,1 |
2,4 |
6,8 |
nd |
nd |
nd |
4,4 |
1,0 |
2,0 |
| P1 |
30 |
1,2 |
2,0 |
6,7 |
nd |
nd |
nd |
3,1 |
nd |
2,0 |
| P2 |
| 1,2 |
2,0 |
6,5 |
nd |
nd |
nd |
3,1 |
nd |
2,0 |
| H1P1 |
| 1,2 |
nd |
6,3 |
nd |
nd |
nd |
nd |
nd |
nd |
| H2P2 |
| 1,1 |
nd |
6,2 |
nd |
nd |
nd |
nd |
nd |
nd |
| Moyenne |
1,1 |
2,7 |
6,6 |
nd |
nd |
nd |
4,1 |
1,6 |
2,3 |
| Effet traitement (T) |
** |
* |
** |
- |
- |
- |
** |
** |
* |
| Effet durée (D) |
** |
* |
** |
- |
- |
- |
** |
** |
* |
| Effet interaction (TxD) |
** |
* |
** |
- |
- |
- |
** |
** |
* |
| Coefficient de variation (%) |
23,0 |
16,7 |
17,1 |
- |
- |
- |
18,6 |
27,8 |
17,1 |
nd : non détecté ;* : significatif à
5 % ; ** : significatif à 1 %.
L’huile ou le sel agiraient par tensioactivité en se liant aux
molécules d’eau libre, les rendant ainsi indisponibles pour la
croissance des germes présents. De plus, l’huile dans
l’afitin peut modifier le potentiel redox du milieu en
formant une pellicule qui empêche sa bonne oxygénation, ce qui est
défavorable aux micro-organismes qui meurent alors par stress
oxydatif (Bourgeois et al., 1996).
L’utilisation de la poudre de piment comme agent conservateur
pourrait s’expliquer par la réduction de l’activité de l’eau
(Alzamora et al., 1998) mais aussi par l’effet inhibiteur de
la capsaïcine contenue dans le piment ou des molécules telles que
l’α-tocophérol, les flavonoïdes et les caroténoïdes qui sont des
composés phénoliques connus pour leurs propriétés antioxydantes,
précurseurs d’un effet antimicrobien (Branen et al.,
1980 ; Bourgeois and Larpent, 1996). En pratique, le piment,
au même titre que la marjolaine, est utilisé comme composant majeur
pour la préparation de mélanges d’épices à effet conservateur,
employés en charcuterie (Multon, 1984).
Effet des conservateurs traditionnels et de la durée de
stockage sur la composition physico-chimique de
l’afitin
Les pH des produits traités avant le stockage, étaient compris
entre 7,90 et 8,33 mais ont atteint un optimum entre 8,23 et 8,63
après 15 jours de conservation. La teneur en lipides a suivi la
même tendance, avec des valeurs entre 23,0 et 35,2 % (base
sèche), autour de 15 jours. La matière sèche s’est accrue de façon
significative, indépendamment des traitements. Les teneurs en
minéraux totaux varient entre 8,0 et 8,7 (tableau 3) mais elles sont fonction du
traitement et de la durée. L’alcalinisation du milieu est un
phénomène commun aux condiments africains et asiatiques issus des
fermentations alcalines (Allagheny et al., 1996). En effet,
les Bacillus, flore majoritaire dans les condiments, sont
des germes qui dégradent les protéines en ammoniac, augmentant
ainsi le pH du milieu (Allagheny et al., 1996). Les fortes
teneurs en minéraux et en matières sèches seraient le fait des
différents additifs utilisés pour les traitements. Par ailleurs, la
diminution observée au niveau de la teneur en matières grasses est
probablement liée à la dégradation des lipides par les
Bacillus dont certaines espèces (notamment B.
subtilis, B. lickeniformis, B. pumilis) sont
connues comme possédant une forte activité lipolytique (Ouoba et
al., 2003 ; Azokpota et al., 2006b).
Tableau 3 Effet des traitements et de la durée de
conservation sur quelques paramètres physico-chimiques de
l’afitin.
Effect of treatments and storage duration on physico-chemical
characteristics of afitin.
| Traitement de conservation |
Durée de stockage (Jours) |
pH |
Matière sèche (%, base humide) |
Lipides (%, base sèche) |
Cendres (%, base sèche) |
| T |
0 |
8,27 |
68,4 |
31,3 |
8,3 |
| H1 |
8,13 |
84,3 |
34,7 |
8,5 |
| H2 |
8,03 |
92,1 |
40,2 |
8,1 |
| P1 |
7,90 |
90,9 |
31,6 |
8,5 |
| P2 |
8,27 |
91,9 |
31,5 |
8,2 |
| H1P1 |
8,33 |
92,4 |
31,4 |
8,2 |
| H2P2 |
8,07 |
92,5 |
34,3 |
8,2 |
| Moyenne |
| 8,1 |
87,5 |
33,6 |
8,3 |
| T |
15 |
8,67 |
74,3 |
31,4 |
8,7 |
| H1 |
8,37 |
86,1 |
35,2 |
8,7 |
| H2 |
8,23 |
96,2 |
35,2 |
8,3 |
| P1 |
8,63 |
92,5 |
26,4 |
8,5 |
| P2 |
8,63 |
96,3 |
23,3 |
8,5 |
| H1P1 |
8,40 |
96,4 |
24,5 |
8,5 |
| H2P2 |
8,57 |
96,1 |
32,2 |
8,2 |
| Moyenne |
| 8,5 |
91,1 |
29,7 |
8,5 |
| T |
30 |
8,10 |
82,2 |
22,5 |
8,3 |
| H1 |
7,90 |
88,3 |
27,7 |
8,0 |
| H2 |
7,83 |
97,3 |
30,7 |
8,1 |
| P1 |
8,13 |
94,9 |
23,0 |
8,7 |
| P2 |
8,03 |
97,2 |
23,3 |
8,6 |
| H1P1 |
7,90 |
97,0 |
22,3 |
8,4 |
| H2P2 |
8,07 |
96,3 |
27,4 |
8,2 |
| Moyenne |
| 8,0 |
93,3 |
25,3 |
8,3 |
| Effet traitement (T) |
| ** |
** |
** |
** |
| Effet durée (D) |
| ** |
** |
** |
** |
| Effet interaction (TxD) |
| ** |
** |
** |
** |
| Coefficient de variation (%) |
| 3,3 |
8,5 |
17,1 |
2,9 |
* : significatif à 5 % ; ** : significatif à
1 %.
Conclusion
La présente étude a permis de répertorier et de caractériser les
méthodes traditionnelles utilisées au Bénin pour la conservation de
l’afitin. La combinaison « sel-huile-piment »
semble avoir un effet inhibiteur sur les germes potentiellement
pathogènes et la flore d’altération de l’afitin. Avec cette
combinaison, il est possible d’inhiber ces germes pendant au moins
30 jours. Cependant, une combinaison des procédés et l’utilisation
d’additifs (par exemple le séchage et le salage) pourraient donner
de meilleurs résultats. Par ailleurs, il serait intéressant de
poursuivre les essais de conservation de l’afitin au-delà
des 30 jours pour confirmer cette tendance et déterminer la durée
maximale/minimale d’efficacité des traitements appliqués. De plus,
il faudrait approfondir la caractérisation physico-chimique de
l’afitin, notamment par le dosage de l’azote et des produits
de dégradation des lipides, et ce à différentes durées de
stockage.
Remerciements
La présente étude a été financée par le Conseil scientifique de
l’université d’Abomey-Calavi (Bénin).
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