ARTICLE
agr.2011.0530
Auteur(s) : Kiémizanga Frédéric Sanou1 sanoukfrederic@yahoo.fr,
Souleymane Nacro2 snacro2006@yahoo.fr, Mathieu
Ouédraogo3 oued_mathieu@yahoo.fr,
Souleymane Ouédraogo3 soul_oueder@hotmail.com,
Chantal Kaboré-Zoungrana4 cykabore@yahoo.fr
1 Institut du développement rural
01 BP 1091
Bobo-Dioulasso 01
Burkina Faso
2 FAO
Programme GIPD
01 BP 2540
Ouagadougou 01
Burkina Faso
3 Institut de l’environnement et de recherches
agricoles
Direction régionale de l’Environnement et de Recherches agricoles
01 BP 910
Bobo-Dioulasso 01
4 Université polytechnique de Bobo-Dioulasso
Laboratoire d’études, de recherches sur les ressources naturelles
et les sciences de l’environnement
01 BP 1091
Bobo-Dioulasso 01
Burkina Faso
Tirés à part : K. Frédéric Sanou
Au Burkina Faso, l’alimentation des ruminants domestiques repose
essentiellement sur les pâturages naturels et les résidus de
culture (Kaboré-Zoungrana, 1995). Or, dans les zones périphériques
des grandes villes, les espaces de pâturage naturel sont de plus en
plus restreints. Se pose alors la question de l’approvisionnement
en fourrages des élevages de ruminants des zones urbaines qui n’ont
pas d’accès direct aux pâturages naturels comme cela est le cas en
milieu rural. Pour satisfaire les besoins croissants en fourrages
des élevages urbains et périurbains en plein essor, des marchés
d’aliments fourragers se développent ces dernières années dans les
grands centres urbains. La principale question qui se pose est
celle de la rentabilité financière de l’activité commerciale des
fourrages en zone urbaine de Bobo-Dioulasso par exemple.
Cette étude s’inscrit dans la perspective de fournir des
informations utiles aux institutions chargées de la promotion de
l’élevage et de l’utilisation des fourrages. Elle a pour objectif
de caractériser l’activité de commercialisation des fourrages et
d’analyser la rentabilité financière de cette activité.
Les résultats portent sur les caractéristiques socio-économiques
des vendeurs, les caractéristiques du marché des fourrages, les
aires d’origine et les types de fourrages commercialisés et la
rentabilité des activités de commercialisation des fourrages.
Méthode
Sites de l’étude
L’étude a été réalisée dans la ville de Bobo-Dioulasso, capitale
économique du Burkina Faso. Le climat de cette ville est de type
soudanien, caractérisé par une longue saison sèche (7-8 mois) et
une courte saison des pluies (4-5 mois), avec un cumul
pluviométrique moyen de 900 mm par an.
Au cours de ces dernières décennies, on constate le
développement de l’élevage urbain et périurbain. Le rapport annuel
d’activités de la direction provinciale des Ressources animales des
Hauts Bassins (DPRA, 2007) fait état pour l’année 2006 de
3 500 têtes de bovins, 2 000 têtes d’ovins et 1 500
têtes de caprins pour la ville de Bobo-Dioulasso contre 14 000
têtes de bovins, 8 000 têtes d’ovins et 12 000 têtes de
caprins pour l’ensemble du Département de Bobo-Dioulasso.
L’embouche bovine y est répandue car la ville abrite un grand
marché à bétail et un abattoir frigorifique où le circuit
d’écoulement du bétail est bien établi.
L’embouche des petits ruminants est surtout pratiquée en saison
sèche, sauf les années où la fête de la Tabaski a lieu en saison
pluvieuse. Il s’agit le plus souvent de béliers entiers ou de boucs
castrés.
C’est enfin une zone où la commercialisation des fourrages est
une pratique quotidienne qui occupe de plus en plus d’hommes et de
femmes dans les différents secteurs et quartiers de la ville.
Dans cette zone, plusieurs facteurs contribuent à la dégradation
des pâturages : les aléas climatiques (pluviométrie
insuffisante ou mal répartie sur les plans spatial et temporel),
l’extension des aires cultivées, les feux de brousse et la mauvaise
gestion des parcours existants.
Collecte des données
Le suivi a duré de décembre à mars. Nous avons réalisé d’abord
une enquête exploratoire en décembre 2007 qui a permis de
recenser 21 marchés fourragers dans la ville de Bobo-Dioulasso et
196 vendeurs qui ont servi de base d’échantillonnage. Puis un
tirage aléatoire a permis de retenir un échantillon de 68 vendeurs
permanents ou saisonniers pour une enquête approfondie qui s’est
déroulée de janvier à mars 2008. Pour estimer les ventes le
reste de l’année, nous avons estimé d’abord la vente journalière,
ensuite nous avons demandé au vendeur le nombre de jours de vente
dans la semaine, ce qui nous a permis d’avoir la vente par semaine,
puis nous avons calculé la vente par mois et enfin la vente de
l’année.
Les données suivantes ont été collectées à l’aide d’un
questionnaire ayant porté sur les caractéristiques
socio-économiques des vendeurs, les caractéristiques du marché des
fourrages, les aires d’origine des fourrages, les types de
fourrages commercialisés et la rentabilité des activités de
commercialisation des fourrages.
Durant cette période d’enquête, nous sommes passés une fois par
semaine chez chaque vendeur retenu. À chaque passage, le nom de
l’espèce fourragère mise en vente, son stade phénologique, le
nombre de bottes par espèce et les prix de vente ont été relevés.
Au cours de ces mêmes passages, le poids des bottes de fourrages
herbacés et ligneux, et celui des résidus de culture ont été
mesurés respectivement à l’aide d’un peson de 5 kg et d’une
balance de 25 kg. Un échantillon de fourrages a été prélevé
pour la détermination de la matière sèche (MS) obtenue par séchage
à 105 ̊C dans une étuve pendant 24 heures.
Enfin, les prix du kg de MS des herbacées naturelles et des
fanes de légumineuses ont été calculés.
Pour estimer le volume des ventes entre deux passages, nous
avons fait appel à la mémoire du vendeur en lui demandant combien
de bottes de fourrages il a vendu par jour et pendant combien de
jours il a travaillé dans la semaine. Connaissant le nombre de
bottes vendues par jour, puis par semaine et connaissant le poids
moyen d’une botte, on peut alors calculer le volume des ventes
pendant un jour, puis une semaine et enfin entre deux passages de
suivi.
Traitement et analyse des données
Les données ont été analysées avec le logiciel SPSS.10 qui a
permis de faire ressortir les statistiques descriptives de
l’échantillon d’étude. Pour mesurer la rentabilité de l’activité de
commercialisation des fourrages, nous avons dressé un compte
d’exploitation pour chaque type de vendeurs, ce qui a permis
d’extraire les indicateurs économiques tels que le revenu net
d’exploitation et le ratio revenu net d’exploitation/coÛt. Le
revenu net d’exploitation est égal à la différence entre le produit
brut d’exploitation et le total des charges.
Pour l’activité de commercialisation des fourrages, le produit
brut d’exploitation est égal à la valeur des quantités de fourrages
vendus (ou chiffres d’affaires). Il est obtenu soit par déclaration
du vendeur, soit par un calcul en multipliant la quantité totale
(exprimée en kg de MS) de fourrages vendus sur une période d’une
année par le prix moyen du kg de MS. Quant aux charges
d’exploitation, elles sont constituées par les frais supportés par
les vendeurs pour mettre les fourrages à la disposition des
consommateurs. Il s’agit des achats de fourrages, des frais de
conditionnement, des frais de transport, des impôts et taxes, des
frais de stockage et des autres frais. Par ailleurs, le revenu net
est également obtenu par déclaration du vendeur. Ainsi, nous avons
un revenu déclaré et un revenu calculé.
Le ratio revenu net d’exploitation/coÛt est égal au rapport
entre le revenu net d’exploitation et les coÛts totaux.
Résultats
Caractéristiques socio-économiques des vendeurs
Les vendeurs simples achètent et stockent dans des magasins à
domicile les fanes de légumineuses en saison pluvieuse et en saison
sèche (cultures de contre-saison). La vente se fait tous les jours
et de façon permanente. Les cueilleurs-vendeurs vont cueillir les
fourrages le matin. L’éloignement des zones de cueillette et/ou le
manque de moyen de transport adéquat font qu’ils ne reviennent que
l’après-midi. Ici, les ventes ne peuvent se faire qu’à partir de
16 heures.
Les vendeurs de l’échantillon d’étude étaient constitués à
93 % par des hommes et 7 % par des femmes. L’âge des
vendeurs variait entre 13 et 78 ans, avec une moyenne de
45 ans. L’expérience des acteurs dans la pratique de la
commercialisation de fourrages variait entre 1 et 30 ans, avec une
moyenne de 7 ans. La majorité des vendeurs (soit 86 % du
total) n’ont pas été scolarisés. Seuls 10 % ont fréquenté
l’école primaire, 2 % le secondaire et 2 % ont été
alphabétisés en langues nationales dioula ou mooré. La plupart des
vendeurs (91 % du total) avaient pour activité principale la
vente de fourrages. Environ 93 % des vendeurs exerçaient
l’activité de commercialisation des fourrages de façon permanente
contre 7 % qui étaient des vendeurs saisonniers. Les vendeurs
interrogés appartenaient à 15 groupes ethniques dont les plus
représentés étaient, par ordre décroissant, les Mossi (41 %)
et les Samo (18 %). Le reste des vendeurs (41 %) était
réparti entre les 13 autres groupes ethniques.
Caractéristiques du marché des fourrages
Des marchés permanents ou saisonniers d’aliments fourragers ont
été recensés sur l’ensemble de la ville. Ils étaient tous localisés
le long des principales artères de grande circulation de la ville
ou sur des points permanents de concentration du bétail.
Sur les marchés, se côtoyaient deux catégories de
vendeurs : les préleveurs-vendeurs et les vendeurs
simples.
Les préleveurs-vendeurs communément appelés en langue locale
dioula « bin kénè féréla » par les acheteurs sont
constitués d’hommes ou de femmes ne disposant pas de fonds de
roulement. Ils mènent leurs activités soit à pied, soit à
bicyclette. Ils sont spécialisés dans la commercialisation des
fourrages en vert, constitués d’herbes fauchées dans les pâturages
naturels et de résidus de culture, à l’état frais, conditionnés en
bottes.
Les vendeurs simples, appelés « tiguè flabourou
féréla » ou encore « sosso flabourou
féréla » en dioula sont exclusivement des hommes,
disposant de fonds de roulement, de charrettes asines pour le
transport, et de magasins de stockage à domicile. Ils sont
spécialisés dans la commercialisation de fourrages en sec. Ils
passent des contrats d’achat de résidus de culture avec les
agriculteurs. Les principaux produits concernés par ces contrats
sont les fanes d’arachide, de niébé, de patate douce, les tiges et
les feuilles de maïs, de sorgho et de petit mil. Les vendeurs
simples exercent leurs activités de façon permanente.
Les préleveurs-vendeurs et les vendeurs simples mènent des
activités bien distinctes sur des espaces différents, dans les
mêmes marchés. L’appartenance à l’un des deux types de vendeurs est
fonction des moyens matériels et financiers dont dispose
l’acteur.
Les acheteurs de fourrages en vert ou en sec sont
majoritairement des éleveurs de petits ruminants ainsi que des
éleveurs de bovins résidant en ville. Ils achètent les fourrages
dont le poids moyen d’une botte est de 1 kg pour les
légumineuses et de 2 kg pour les autres.
Aires d’origine des fourrages
Les fourrages proviennent de plusieurs zones de prélèvement
(fourrages naturels) et de production (résidus de cultures). Ils
sont acheminés à l’intérieur de la ville par six axes routiers
comprenant chacun plusieurs points de vente. Les axes routiers
bitumés sont les plus fréquentés par les préleveurs-vendeurs. La
distance entre les zones de prélèvement et de production et les
marchés varie entre 5 et 40 km. Les zones de prélèvement et de
production les plus éloignées sont surtout exploitées en saison
sèche.
Les aires protégées (forêts classées), les bas-fonds, les abords
des cours d’eau, les plaines alluviales, les domaines privés (comme
par exemple la station de l’Institut de l’environnement et de
recherches agricoles et le Centre agricole polyvalent de Matourkou
situés tous les deux à 10 km au sud de Bobo-Dioulasso) et les
jachères constituent les principales zones de prélèvement. L’accès
aux fourrages y est libre. Les zones de production englobent les
champs de céréales, de légumineuses et de cultures de
contre-saison. Les fourrages constitués par les résidus de culture
sont achetés au prix fixé par les agriculteurs. Le transport se
fait à bicyclette pour les fourrages naturels et en charrette pour
les résidus de culture.
Types de fourrages commercialisés
Au total, 30 espèces fourragères appartenant à 7 familles
botaniques ont été identifiées. Les espèces commercialisées
comprennent les herbacées annuelles, vivaces et les fourrages
ligneux. Elles sont constituées par 24 % d’espèces vivaces et
76 % d’espèces annuelles. La répartition des espèces
fourragères commercialisées selon la famille fait ressortir une
prédominance des Poaceae (56 %) suivie des
Fabaceae (16 %). Les Commelenaceae, les
Convolvulaceae, les Rubiaceae et les autres espèces
fourragères représentent chacune 7 % de l’ensemble des espèces
fourragères commercialisées.
La quantité de fourrages commercialisée par semaine est maximale
en saison sèche avec un pic en décembre. Les herbacées naturelles,
les résidus de culture et les fourrages ligneux constituent
respectivement 57, 38 et 5 % des quantités totales de
fourrages commercialisées.
Les herbacées naturelles les plus vendues sont Andropogon
gayanus (17 %), Echinochloa stagnina (16 %),
Pennisetum pedicellatum (14 %) et Rottboellia
exaltata (13 %). Ces quatre espèces représentent ensemble
60 % des quantités totales commercialisées. Les autres
herbacées naturelles (23 espèces) correspondent à 40 %.
Ce type de fourrage est vendu au prix moyen de
82 F CFA/kg de MS.
Les fanes d’arachide (24 %), de niébé (19 %) et les
pailles de sorgho (17 %) sont les résidus de culture les plus
commercialisés. Ils représentent 60 % de la quantité totale
commercialisée. Les autres résidus de culture (feuilles de patate
douce, feuilles de voandzou, tiges de maïs et de mil) se
répartissent le reste (40 %). Les fanes de légumineuses sont
vendues à 148 F CFA/kg de MS en moyenne.
Rentabilité des activités de commercialisation des
fourrages
Le produit brut annuel moyen déclaré est de
675 000 F CFA pour l’ensemble des vendeurs. Il est
de 739 000 F CFA chez les vendeurs simples contre
647 000 F CFA chez les préleveurs-vendeurs. Le
revenu net déclaré est de 297 000 F CFA pour
l’ensemble de l’échantillon soit 349 000 F CFA pour
les vendeurs simples et 274 000 F CFA pour les
autres (tableau 1). Cependant, l’analyse
de la variance montre qu’il n’existe pas de différence
significative entre les vendeurs simples et les préleveurs-vendeurs
pour ce qui concerne le produit brut déclaré et le revenu net
déclaré. En effet, les F observés sont respectivement de 0,378 et
de 0,830 inférieurs au F théorique à 1 et 66 degrés de liberté.
Tableau 1 Produit brut d’exploitation et revenu net
annuel moyen déclaré par type de vendeurs (en F CFA).
Annual gross revenue and annual net revenue declared by types of
sellers.
|
| Vendeurs simples |
Préleveurs-vendeurs |
Ensemble |
| Type |
Moyenne |
Écart type |
Moyenne |
Écart type |
Moyenne |
Écart type |
Produit brut d’exploitation
annuel déclaré |
739 000 |
675 000 |
647 000 |
521 000 |
675 000 |
570 000 |
| Revenu net annuel déclaré |
349 000 |
360 000 |
274 000 |
291 000 |
297 000 |
313 000 |
| Nombre de vendeurs |
21 |
47 |
68 |
Le produit brut calculé est de
1 721 000 F CFA pour les vendeurs simples et de
996 000 F CFA pour les préleveurs-vendeurs (tableau 2). La différence de produit brut entre
ces deux types de vendeurs est significative au seuil de 5 %.
Le produit brut déclaré par les deux groupes est inférieur au
produit brut calculé en moyenne. Cette différence qui est de
544 000 F CFA en moyenne est significative au seuil
de 1 %. On constate que les deux groupes de vendeurs
sous-estiment leur produit brut. Ce comportement s’explique par le
fait que les acteurs ont tendance à cacher leurs revenus aux
enquêteurs car ils ignorent quel usage sera fait des résultats de
ces enquêtes. Le fait de penser que la mise en évidence de la
rentabilité financière de l’activité de commercialisation des
fourrages va amener les autorités communales à instaurer des taxes,
conduit les vendeurs à sous-estimer leurs chiffres d’affaires. À ce
jour, seul le marché d’aliments fourragers situé à proximité du
marché central de la ville de Bobo-Dioulasso fait l’objet de
prélèvement d’impôts et de taxes. En fait, c’est l’aménagement de
ce site (présence de hangars construits en matériaux en dur) qui y
justifierait l’instauration des impôts et des taxes par la commune
de Bobo-Dioulasso.
Tableau 2 Compte d’exploitation des vendeurs de fourrage
par type.
Annual business report by types of sellers.
| Éléments |
Vendeurs simples |
Préleveurs-vendeurs |
Ensemble |
|
| Moyenne |
Écart type |
Moyenne |
Écart type |
Moyenne |
Écart type |
| I - PRODUITS |
| - Quantité de fourrages (kg MS) |
11700 |
1 000 |
16 100 |
20 800 |
14 700 |
18 200 |
| - Prix moyen (F CFA) |
148 |
75 |
82 |
45 |
103 |
64 |
- Valeur de fourrages (F CFA)
ou produit brut |
1 720 700 |
1 709 900 |
995 500 |
792 300 |
1 219 500 |
1 190 700 |
| II - CHARGES |
| - Achat de fourrages (F CFA) |
401 900 |
401 900 |
193 600 |
455 700 |
257 900 |
447 400 |
| - Conditionnement (F CFA) |
4 000 |
13 900 |
0 |
0 |
1 300 |
7 800 |
| - Transport (F CFA) |
31900 |
45 300 |
91 000 |
165 100 |
72 700 |
141 700 |
| - Impôts et taxes (F CFA) |
100 |
400 |
90 |
410 |
90 |
400 |
| - Stockage (F CFA) |
3 400 |
11 500 |
2 000 |
9 700 |
2 500 |
10 200 |
| - Autres charges (F CFA) |
10 400 |
26 200 |
42 300 |
55 100 |
32 500 |
50 100 |
| - Charges totales |
451 800 |
404 900 |
329 000 |
560 100 |
366 900 |
517 300 |
| III - INDICATEURS DE
RENTABILITÉ |
| - Revenu net d’exploitation |
1 268 900 |
1 694 000 |
666 500 |
677 300 |
852 500 |
1 118 100 |
- Revenu net d’exploitation
par kg de MS |
90 |
100 |
60 |
50 |
70 |
70 |
- Ratio revenu net
d’exploitation/coÛt |
5 |
6 |
21 |
38 |
16 |
32 |
1 euro = 655,96 F CFA ; MS : matière sèche.
La différence de produit brut entre les deux groupes de vendeurs
est due surtout aux types d’espèces fourragères vendues. En effet,
le premier groupe de vendeurs est spécialisé dans la vente de fanes
de légumineuses qui sont généralement plus chères que les fourrages
naturels vendus par le second groupe. Ainsi, les fanes de
légumineuses fourragères (Arachis hypogea, Vigna
unguiculata) procurent plus de produit brut par vendeur que les
fourrages naturels.
En ce qui concerne les charges de l’activité de
commercialisation des fourrages, il ressort du tableau 2 que les vendeurs simples font face à
des coÛts plus élevés par vendeur que les préleveurs-vendeurs. Ces
coÛts sont de 452 000 F CFA par vendeur simple et de
329 000 F CFA par préleveur-vendeur.
Les revenus nets d’exploitation sont en moyenne largement
positifs dans les deux cas. Ils sont de
1 269 000 F CFA pour les vendeurs simples et de
667 000 F CFA pour les préleveurs-vendeurs (tableau 2). Ce résultat montre que globalement
la commercialisation des fourrages est une activité financièrement
rentable dans la zone urbaine de Bobo-Dioulasso. Cependant, on
observe une très forte disparité de revenus nets entre les
vendeurs. L’écart type est de 1 694 000 F CFA chez
les vendeurs simples et de 677 000 F CFA chez les
préleveurs-vendeurs. Ainsi la distribution des revenus nets montre
que l’activité de commercialisation des fourrages n’a pas été
rentable pour 10 % des vendeurs simples et 9 % des
préleveurs-vendeurs qui ont obtenu des revenus nets négatifs (tableau 3). Elle a été financièrement
rentable pour 81 % de l’ensemble des vendeurs. Environ
38 % de l’ensemble des vendeurs ont eu des revenus nets
positifs inférieurs à 500 000 F CFA ; 27 %
des vendeurs ont un revenu de vente de fourrages compris entre
500 000 et 1 000 000 F CFA par an et
27 % des revenus supérieurs à
1 000 000 F CFA.
Tableau 3 Répartition des vendeurs selon le revenu net
(en pourcentage).
Distribution of sellers according to net revenue (in
percentage).
| Tranche de revenu net |
Vendeurs simples |
Préleveurs-vendeurs |
Ensemble |
| Revenu net ≤ 0 (%) |
10 |
9 |
9 |
| 0 <revenu net ≤ 500 000
(%) |
29 |
43 |
38 |
| 500 000 < revenu
net ≤ 1 000 000 (%) |
29 |
26 |
27 |
| Revenu net ≥ 1 000 000
(%) |
33 |
23 |
27 |
| Nombre de vendeurs (n) |
21 |
47 |
68 |
L’analyse de la variance montre que les revenus nets obtenus par
les vendeurs simples sont significativement supérieurs à ceux reçus
par les préleveurs-vendeurs, ce qui veut dire que l’activité de
commercialisation des fourrages rapporte plus de revenus aux
vendeurs simples qu’aux préleveurs-vendeurs. Ces derniers traitent
de plus grands volumes de fourrages (environ 16 tonnes de MS) que
ceux gérés par les vendeurs simples (12 tonnes de MS). Cependant,
les préleveurs-vendeurs sont défavorisés par la faiblesse des prix
de vente de leurs fourrages. Ce résultat a un effet direct sur le
produit brut, et partant, affecte le niveau des revenus
d’exploitation.
Par ailleurs, les ratios revenus net d’exploitation/coÛt sont en
moyenne respectivement de 5 chez les vendeurs simples et de 21 chez
les préleveurs-vendeurs. En d’autres termes, 1 F CFA
investi dans la commercialisation de fourrages par les vendeurs
simples, leur rapporte environ 5 F CFA tandis que le même
investissement rapporte environ 21 F CFA aux
préleveurs-vendeurs. Cela veut dire qu’en termes d’investissement,
l’activité de commercialisation des fourrages rapporte plus chez
les préleveurs-vendeurs que chez les vendeurs simples. Cette
situation s’explique par le fait que les préleveurs-vendeurs font
face à des coÛts inférieurs à ceux des vendeurs simples, notamment
pour les coÛts d’achat des fourrages.
Les principales contraintes liées à la commercialisation des
fourrages sont, par ordre d’importance, le manque de moyens
adéquats de transport, les difficultés de séchage, de
conservation/stockage et l’insuffisance de fonds de roulement. Les
autres contraintes qui ont été relevées sont l’indisponibilité des
fourrages naturels sur les sites en saison sèche, l’éloignement des
sites de prélèvement et de production et les feux de brousse.
Discussion
L’activité de commercialisation des fourrages dans la zone
urbaine et périurbaine de Bobo-Dioulasso est pratiquée aussi bien
par les hommes que par les femmes. Ces acteurs vivent
majoritairement de cette activité, qui du reste n’est pas une
pratique nouvelle dans la ville. D’après les résultats des
enquêtes, elle aurait commencé il y a une trentaine d’années. Cette
période nous renvoie à la sécheresse des années 1970 qui a durement
éprouvé les systèmes de production agricole au Burkina Faso tout
comme dans les autres pays sahéliens. En Côte d’Ivoire, dans la
ville de Bouaké, la commercialisation des fourrages, notamment les
feuilles d’arbres ligneux et les herbes, est pratiquée par les
hommes (Touré et Ouattara, 2001).
D’après les commerçants de fourrages les plus anciens, les
initiateurs des marchés d’aliments fourragers seraient venus de la
république du Mali, notamment de la ville de Sikasso. Le nombre de
marchés qui était de 4 en 2000, puis de 9 en 2005, est passé à 21
en 2007. Ce nombre s’accroît rapidement au fil des années.
L’activité de commercialisation de fourrages prend donc de
l’ampleur avec le temps. La localisation des marchés le long des
principales artères de la ville rend l’accès facile aux clients. En
revanche, il est difficile de les aménager, faute d’espace
suffisant et pour ne pas gêner la circulation. Les marchés les plus
importants sont ceux qui sont caractérisés par la quasi-permanence
du bétail en stabulation ou en vente. Il s’agit du marché de bétail
et de l’abattoir frigorifique de la ville de Bobo-Dioulasso.
Aucune espèce fourragère cultivée n’a été observée sur le
marché. Pourtant, quelques propriétaires de fermes modernes de
production laitière pratiquent la culture fourragère en périphérie
de Bobo-Dioulasso (Hamadou et al., 2003 ; Hamadou et
al., 2008). Il en est de même pour la paille de riz alors
que la zone regorge de rizières comme celle de la Vallée du Kou.
D’après les discussions que nous avons eues avec les commerçants de
fourrages, les pailles de riz sont en priorité achetées sur place,
dans les rizières, par les gros éleveurs de bovins. Hamadou et
al. (2008) ont noté que les propriétaires d’élevages
laitiers, en zone périurbaine de Bobo-Dioulasso, achètent des
aliments fourragers pour la complémentation de leurs vaches. Par
ailleurs, en Côte d’Ivoire à Bouaké, Touré et Ouattara (2001) ont
noté que toutes les femmes propriétaires d’élevages urbains d’ovins
sont obligées en saison sèche d’utiliser des fourrages achetés.
Dans le bassin arachidier du Sénégal, la fane d’arachide est
souvent destinée à la commercialisation dans les zones urbaines et
périurbaines ou utilisée dans l’alimentation des chevaux de trait
(Dia et al., 2004). Ces résultats montrent aussi
l’importance de la fane d’arachide dans les régimes alimentaires
des bovins embouchés en milieu paysan (Dia et al.,
2004).
La commercialisation des fanes des légumineuses fourragères
procure plus de revenus que les fourrages naturels.
Kaboré-Zoungrana (1995) a noté que la commercialisation des fanes
des légumineuses procure dans certains cas un revenu équivalent à
celui de la récolte principale de graines (c’est-à-dire les graines
récoltées des mêmes légumineuses). En Côte d’Ivoire, à Bouaké, la
commercialisation d’aliments fourragers est créatrice d’activités
économiques génératrices d’emplois urbains et de revenus
extra-agricoles (Touré et Ouattara, 2001).
Les herbacées vivaces, qui restent vertes pendant une bonne
période de la saison sèche et qui ont en plus la faculté de générer
de jeunes pousses de bonne qualité avant la tombée des premières
pluies, sont peu représentées (24 %) dans les zones de
pâturages naturels.
Andropogon gayanus et Pennisetum pedicellatum sont
deux espèces en régression car elles sont très exploitées. La zone
d’étude est actuellement caractérisée par un système de culture
sans jachère où l’agriculture est la première cause de la
disparition de certaines espèces herbacées pérennes originelles de
savane humide (Kiéma, 2007).
Pterocarpus erinaceus, espèce ligneuse la plus vendue,
est en régression car très souvent émondée. Ce constat confirme les
résultats de Kiéma (2007) qui indiquent que Pterocarpus
erinaceus, dominante dans les formations végétales des aires
protégées de l’Ouest burkinabè, a disparu des milieux
périurbains.
Pterocarpus erinaceus, Afzelia africana et Khaya
senegalensis sont des espèces fourragères végétales protégées
par la réglementation au Burkina Faso. Lorsque la pression
anthropique augmente fortement, le nombre d’espèces ligneuses
diminue considérablement (Noy-Meir, 1995 ; Yossi, 1996 ;
Donfack, 1998 ; Fournier et al., 2001).
Les revenus nets d’exploitation sont en moyenne largement
positifs pour les vendeurs simples et les préleveurs-vendeurs.
Globalement, la commercialisation des fourrages est une activité
financièrement rentable dans la zone urbaine de Bobo-Dioulasso. Les
revenus nets obtenus par les vendeurs simples sont
significativement supérieurs à ceux reçus par les
préleveurs-vendeurs. L’activité de commercialisation des fourrages
rapporte donc plus de revenus aux vendeurs simples (de fanes de
légumineuses) qu’aux préleveurs-vendeurs. La commercialisation des
fanes des légumineuses fourragères procure plus de revenus que les
fourrages naturels.
Dans une perspective de promotion de la filière fourrages, il
est nécessaire de sensibiliser, d’organiser et de former les
préleveurs-vendeurs sur les périodes d’exploitation optimale des
ressources fourragères naturelles. Parallèlement, les aires de
fauche pourraient être restaurées par la culture des espèces
fourragères les plus exploitées (Andropogon gayanus, Echinochloa
stagnina et Pterocarpus erinaceus). Enfin, s’impose le
développement de la culture des légumineuses fourragères et
améliorantes de la fertilité des sols. Les légumineuses à double
usage comme l’arachide (Arachis hypogea) et le niébé
(Vigna unguiculata) pourraient être retenues.
Conclusion
L’étude a permis une meilleure connaissance de la
commercialisation des fourrages en zone urbaine de Bobo-Dioulasso.
Elle a révélé que vendre du fourrage en ville s’avère une activité
financièrement rentable. La rentabilité financière du commerce des
fanes de légumineuses fourragères est nettement plus élevée que
celle de la vente des fourrages herbacés naturels.
Cependant, avec le développement de l’élevage urbain et
périurbain, pour satisfaire les besoins d’entretien et de
production de ces animaux, des quantités de fourrages de plus en
plus croissantes sont exportées vers les villes. Cette évolution du
commerce des fourrages couplée au changement climatique et aux
actions anthropiques, a une influence négative sur la pérennité des
ressources fourragères. Le système d’exploitation actuel de ces
ressources, qui est en fait un système de cueillette, ne sera
certainement pas viable à moyen terme.
Remerciements
Les auteurs remercient le représentant de la FAO au Burkina
Faso, Madame Marie Noëlle Koyara pour avoir autorisé la publication
de cet article. Ils remercient particulièrement Madame Caterina
Batello, FAO, Rome pour avoir autorisé le financement de cette
étude dans le cadre du projet norvégien.
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