ARTICLE
Auteur(s) : Souad
Babahani1, Slimane Hannachi2,
Aissa Togo3
1Laboratoire Bio-ressources sahariennes Université
de Ouargla BP 511 Ouargla 30000 Algérie
2Commissariat au développement d'agriculture
saharienne BP 613 Ouargla 30000Algérie
3Département des sciences agronomiques Université
de Ouargla BP 511 Ouargla 30000 Algérie
Le Mali est un pays de l'Ouest africain, situé entre les
parallèles 11° et 25° N (figure 1).
Ce pays se trouve dans l'aire de culture du palmier dattier,
dont les limites sont 9° 18’ latitude Nord (Cameroun) et 39°44’
Nord (Elche en Espagne), selon Hussein et al. (1979).
La culture du palmier dattier au Mali est localisée dans les
régions de Kayes et de l'Adrar des Ifoghars. Des palmeraies de
cueillette ont été installées le long des fleuves Niger et Sénégal
depuis le début du XVe siècle. Plus tard, les services
techniques de la colonisation française ont implanté des palmiers
dattiers à la station de recherche de Bamako (Lazarev, 1989).
Le palmier dattier a été introduit dans l'Adrar des Ifoghars à
partir du Maroc en passant par la Saoura et l'oued Rhir, en Algérie
et des oasis libyennes, en passant par le Fezzan, le Tassili et le
Hoggar (Munier, 1973).
Aujourd'hui, de petites palmeraies sont implantées dans les
régions de Gao, Tombouctou, Kidal, Kayes et des pieds isolés se
rencontrent dans l'ensemble de la zone aride et semi-aride du pays.
Les données sur l'évolution de ce patrimoine sont très rares,
la plupart des statistiques sont anciennes.
Traditionnellement, les habitants de ces régions sont des
nomades. Depuis les sécheresses accentuées que vivent les
populations du Nord du Mali, surtout celles de 1973-1974 et de
1984-1985, la plupart des habitants s'orientent de plus en plus
vers l'agriculture, suite à la destruction de leurs pâturages.
Cette zone connaît une instabilité politique, due aux conditions
socio-économiques difficiles que vivent les populations de la
région. La phœniciculture est l'une des spéculations qui
pourrait assurer la survie de ces populations. C'est dans ce but
que cette étude a été menée. Elle a pour objet d'établir un état
des lieux sur la phœniciculture dans la région située au nord de
Kidal. Cette culture y paraît relativement ancienne, mais les
informations et les études agronomiques sur cette région du Mali
sont rares.
Matériel et méthode
Présentation de la région d'étude
La région de Kidal est située au Nord-Est du Mali (12° 26' de
latitude N ; 1° 24' de longitude E).
L'élevage traditionnel de type extensif est la première activité
économique de la population ; mais cette activité a connu de
profondes mutations à cause des sécheresses. Les espèces
ovines, caprines et camélines dominent cet élevage.
L'agriculture représente la troisième activité économique, après
l'élevage et l'artisanat. Le maraîchage, qui est la principale
activité agricole, connaît un essor à cause de la reconversion des
éleveurs.
La région appartient à l'étage bioclimatique saharien chaud
(Ozenda, 1983). La pluie tombe entre juin et septembre, avec
des maxima en juillet et août. Les oueds temporaires
concentrent les eaux dans les plaines et vallées. Les sols de
la région sont généralement de texture légère.
Sites d'étude
Les palmeraies de la région de Kidal, capitale régionale d'Adrar
des Ifoghars, sont traditionnelles et d'accès très difficile, étant
donné le manque d'entretien et le développement touffu des
palmiers, qui sont pour la plupart issus de graines.
Ces palmeraies, dispersées sur une vaste région au nord de
Kidal, se répartissent en neuf sites qui ont fait l'objet du
travail d'enquête (figure 1) :
- – Tisalit, situé à plus de 300 kilomètres
de Kidal. Son relief est dominé par des massifs granitiques.
La végétation est dominée par Acacia nilotica, Boscia
senegalensis, Balanites aegyptiaca L. et par des graminées ;
- – Telabit, situé à environ 120 kilomètres de Kidal.
C'est une dépression sablolimoneuse, traversée par l'oued Telabit,
qui provoque parfois des problèmes d'érosion.
- – Tanazrouft : situé à 85 kilomètres de Kidal,
parsemé d'oueds, avec des sols sablolimoneux ;
- – Tenzaouatene, situé au nord-est, à environ
350 kilomètres de Kidal et à 8 kilomètres de la ville
algérienne de Tin Zaouatene. La nappe phréatique affleure
parfois en surface ;
- – Kidal, dont le site comprend les palmeraies héritées
de l'administration coloniale à l'intérieur de la ville et les
nouvelles plantations qui se situent au nord-ouest de cette ville
;
- – Aguel-Hoc, situé à environ 95 kilomètres au sud
de Tisalit, dans la vallée du Tilemsi. La culture du dattier
n'y est pas ancienne ; mais le site possède de vastes plaines
favorables à l'extension de cette culture ;
- – Tassidjmet et Taghrabat. Ces deux sites forment
une seule entité. Ils sont situés au sud de Tessalit, à une
cinquantaine de kilomètres d'Aguel-Hoc. La profondeur de la nappe
phréatique varie entre 2 à 5 mètres dans la région ;
- – N'Tibdoc, situé à environ 75 kilomètres au nord
de Tisalit, perdu dans les massifs de Tergharghar. Le relief
est accidenté et traversé par des oueds.
Méthodologie
L'étude est fondée sur des enquêtes auprès des propriétaires des
jardins phœnicicoles dont une liste a été établie au préalable.
Ces enquêtes ont été réalisées après une séance de
sensibilisation qui a réuni toutes les personnes s'intéressant à
cette culture et les autorités locales. Elle a duré quatre mois, de
mai à septembre 1997. La fiche d'enquête comportait des
questions sur les caractéristiques générales de la palmeraie, les
superficies, la conduite culturale, l'eau d'irrigation, les
cultivars et les maladies du dattier.
Résultats et discussion
Environnement des palmeraies
Les palmeraies étudiées couvrent une superficie totale de l'ordre
de 40 hectares et comprennent environ 4 000 pieds
de palmiers, dont plus de 1 700 sont productifs.
Les palmeraies sont d'accès difficile : elles sont éloignées des
centres de grande consommation de dattes. Toutes les palmeraies
occupent les rives d'oueds et les alentours des points d'eau et des
villages : elles ont une possibilité d'extension.
Les conditions naturelles leur permettent d'être parfois
arrosées par les rares eaux qui coulent temporairement dans
les oueds.
Système de production
Les palmeraies dans la région sont des palmeraies de cueillette.
La récolte est généralement effectuée en juin et juillet.
La production est principalement autoconsommée.
Les exploitations sont très morcelées : leurs tailles varient de
0,25 à 0,5 hectare, pour les particuliers, et de 1 à
2 hectares, pour les associations. Le travail se fait
manuellement.
Le système de culture pratiqué est souvent la culture pure du
dattier. Toutefois un système associé à trois étages de cultures
commence à se développer timidement dans certaines
exploitations.
Conduite de la culture
Les phœniciculteurs de la région se sont peu souciés de la
régularité de leurs plantations et de la répartition verticale des
différentes strates des végétaux cultivés. L'occupation du sol est
faite de façon anarchique.
La densité de plantation (exprimée en pieds totaux) est
très forte (450 à 500 pieds/ha), parfois même plus.
Les palmiers se trouvent sous forme de touffes à cause du manque
de sevrage des pieds jeunes sur les pieds mères.
Les palmeraies sont caractérisées par un déficit hydrique
important. L'irrigation est parfois totalement absente. Quand elle
est pratiquée, elle est effectuée avec des eaux de simples puisards
ou de puits coffrés ayant une profondeur variable de 2 à
10 mètres, en utilisant des moyens d'exhaure très
rudimentaires, comme le balancier (figure 2).
Le rendement par pied, très faible, est de 10 à
15 kg/an : c'est la conséquence d'une conduite culturale
déficiente. Toutefois, certaines pratiques sont réalisées, comme la
toilette et l'ensachage des régimes par des sacs en tissu pour
diminuer les dégâts des oiseaux (figure 2).
La récolte est effectuée au stade routab (stade précoce de
maturation des dattes qui, en arabe, signifie molle ou humide).
Sur le plan sanitaire, il y a des attaques de cochenille
blanche (Parlatoria blanchardi), principalement dans les jardins de
Tessalit, Kidal, et N'Tibdoc.
De fortes colonisations des plants par les termites
(Microcerotermes diversus) sont observées dans les palmeraies de
Tidjiment, Taghrabat, Aguel-Hoc et Telabit.
Structure variétale des peuplements
Les francs constituent 75 % du patrimoine phœnicicole de cette
région. Les prospections ont permis de recenser
18 cultivars dont les principaux sont : Tilemsou et Tigaza
trouvées également dans le Sud-Ouest algérien, Tadmant du Maroc,
Tangalt, Tergal et Takawel, connus au Mali.
Conclusion
La culture du dattier est très ancienne au Mali. Elle y est
pratiquée depuis le XVe siècle. Malgré cela, cette
culture a peu évolué à cause de la méconnaissance des techniques
culturales applicables pour la moderniser.
Une meilleure valorisation des conditions naturelles pourrait
permettre le développement de cette culture, ce qui contribuerait
au maintien de la population, mais aussi à l'atténuation de la
dégradation accélérée de l'écosystème saharien dans ces
régions.
Le développement de cette spéculation demanderait :
- – la sélection et la multiplication végétative des
cultivars et même de quelques francs intéressants ;
- – la poursuite de la formation des cadres maliens dans
le domaine de la phœniciculture et de l'hydraulique saharienne
;
- – l'organisation des marchés et la création de filières
d'écoulement des produits dattiers.
Il y a urgence à agir pour favoriser le maintien de la
population, souvent victime des méfaits de la sécheresse et d'une
instabilité politique et sociale. Le développement de la
phœniciculture pourrait contribuer à promouvoir la paix dans cette
région du monde.
Références
[Hussein et al., 1979] Hussein F, El Kahtani M, Wali Y. La
culture du palmier et la production des dattes dans le monde arabe
et islamique. Le Caire : Imprimerie Ain Chamss, 1979.
[Lazarev, 1989] Lazarev G. L'oasis : une solution à la crise des
pastoralismes dans le sahel ? Les cahiers de la Recherche
développement 1989 ; 22 : 69-81.
[Munier, 1973] Munier P. Le palmier dattier. Paris :
Maisonneuve et Larose, 1973.
[Ozenda, 1983] Ozenda P. Flore du Sahara. Paris :
CNRS, 1983.
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