ARTICLE
Auteur(s) : Étienne
Téhia Kouakou1, Dossahoua Traoré2
1CNRA BP 31 Bingerville Côte d'Ivoire
2Université de Cocody-Abidjan 22 BP 582 Abidjan 22
Côte d'Ivoire
La culture cotonnière, introduite en Côte d'Ivoire avant 1960, a
connu un développement rapide. De 1 200 hectares
en 1962, les superficies ont atteint
282 678 hectares en 2001 avec un rendement moyen de
1,402 t/ha. La modernisation et l'intensification de
cette culture ont fait naître des problèmes d'enherbement qui
ont nécessité, dès 1977, la vulgarisation du désherbage chimique.
Après plus de vingt années d'utilisation répétée d'herbicides à
action principalement graminicide, Euphorbia heterophylla L. et
Commelina benghalensis L. sont devenues très envahissants.
Le Nord-Cameroun a connu le même phénomène. Les parcelles
de cotonnier de plus de 20 ans, désherbées régulièrement avec
l'association dipropétryne + métolachlore à 960 + 640 kg/ha de
substance active, ont été totalement dominées par C. benghalensis
(Le Bourgeois, 1993). Le souci de maîtriser les mauvaises
herbes de la culture cotonnière a nécessité la recherche d'autres
moyens de lutte efficaces. La bonne maîtrise d’E. heterophylla
et de C. benghalensis en cultures vivrières avec oxadiargyl à
260 g/ha et l'association isoxaflutole + atrazine à 75 +
1 000 g/ha (Téhia, communication personnelle) a justifié
l'adoption de rotations culturales pour optimiser les moyens de
lutte. Ce choix est soutenu par les résultats de Marenco
et Santos (1999) qui ont montré que les rotations Crotalaria
paulina Schrank-Oryza sativa L. (riz) et Mucuna aterrima Piper et
Tracy-O. sativa réduisent l'enherbement, la biomasse sèche des
mauvaises herbes et leurs densités de respectivement 70, 80 et
90 %, en comparaison avec la culture continue de riz (riz-riz).
Après trois années d'étude de rotations culturales sur la
station expérimentale du CNRA (Centre national de recherche
agronomique) à Bouaké, leurs effets sur l'enherbement et les
densités des mauvaises herbes sont analysés et discutés dans cette
publication.
Matériel et méthode
Matériel végétal
L'étude a porté sur les mauvaises herbes et sur les cultures
utilisées dans les différentes rotations : le cotonnier (Gossypium
hirsutum, L. Malvaceae), le riz (Oryza sativa, L.. Poaceae), le
maïs (Zea mays, L. Poaceae) et l'arachide (Arachis hypogea, L.
Fabaceae).
Dispositif expérimental et traitements
L'essai a été conduit pendant trois ans (2000 à 2002) dans le cadre
du programme coton du CNRA à Bouaké (7° 40' de latitude N, 5°
00' de longitude O) sur un sol argilosableux avec un pH de 6,6. Un
dispositif en blocs de Fisher à quatre répétitions et sept
traitements avec des parcelles élémentaires de 76,8 mètres
carrés a été adopté. Les traitements étudiés correspondent aux
rotations suivantes : maïs-coton-riz (M-C-R), coton-riz-arachide
(C-R-A), riz-arachide-maïs (R-A-M), arachide-maïs-coton (A-M-C),
riz-coton-maïs (R-C-M), coton-maïs-arachide (C-M-A) et
coton-coton-coton (C-C-C).
Conduite des cultures
Les semis ont eu lieu en juin ou juillet de chaque année.
L'oxadiargyl appliqué à 260 g/ha, la pendiméthaline à
1 000 g/ha, l'association isoxaflutole + atrazine à 75 +
1 000 g/ha et l'association métolachlore +
terbutryne à 1 332 + 668 g/ha sont desherbicides de
prélevée employés pourdésherber respectivement les cultures deriz,
d'arachide, de maïs et de cotonnier. Par manque de pendiméthaline,
l'arachide a été désherbée en 2000 avec l'association
métolachlore + terbutryne à la même dose qu'en culture cotonnière.
Les premiers sarclages complémentaires ont eu lieu à 30 jours
après semis (JAS).
Notation d'enherbement et relevé floristique
L'appréciation du niveau d'enherbement des parcelles a été faite
chaque année entre 25 et 30 JAS, au moyen de l'échelle
CEB (Commission des essais biologiques) modifiée par Marnotte
(Marnotte et al., 2004). Les notes, variant de 1 à
9, sont définies ci-dessous en pourcentage de recouvrement du sol :
1 : 1 à 4 % ; 2 : 4,1 à 11 % ; 3 : 11,1 à 22,5 % ; 4 : 22,6 à
40 % ; 5 : 40,1 à 60 % ; 6 : 60,1 à 77,5 % ; 7 : 77,51 à 89 % ; 8 :
89,1 à 96,5 % ; 9 : 96,51 à 100 %. Au cours des notations
d'enherbement, des relevés floristiques parcellaires ont été
réalisés. Suivant la même échelle, une note d'enherbement a été
attribuée à chaque espèce de mauvaise herbe. Les niveaux
d'enherbement des parcelles ou des mauvaises herbes ont été
caractérisés par les médianes des notes qui représentent, mieux que
les moyennes, la valeur centrale d'une distribution (Snedecor et
Cochran, 1971).
Mesure de densité
Pour estimer la densité des mauvaises herbes, des comptages des
individus de chaque espèce ont été faits sur chaque parcelle
dans quatre placettes de 0,25 mètre carré. Deux placettes sont
positionnées dans le deuxième interrang, de part et d'autre de
l'interrang central respectivement à trois et neuf pas d'homme du
début de la parcelle. Le comptage, méthode utilisable quel que
soit le stade de développement des mauvaises herbes (Chicouène,
1999), a été appliqué entre 25 et 30 JAS.
Variation de densité
Le rapport de la densité parcellaire en 2002 sur la densité
initiale témoin en 2000 traduit la variation de densité d'une
mauvaise herbe. Il est exprimé en pourcentage. La densité
témoin d'une mauvaise herbe est sa densité en 2000 au niveau
de la monoculture de cotonnier qui constitue le traitement témoin.
Analyse statistique des données
Des analyses de variance des densités des mauvaises herbes ont été
faites à l'aide du logiciel STAT-ITCF (Institut technique des
céréales et fourrages).
Résultats
Seules les données relatives à E. heterophylla, C. benghalensis et
Trianthema portulacastrum L. seront présentées, car ce sont les
espèces qui ont eu les plus fortes densités. Celles de Cyperus
rotundus L. ne seront pas mentionnées dans cet article, car les
traitements n'ont eu aucun effet sur elle.
Fréquences et niveaux d'enherbement des mauvaises
herbes
Sur 84 relevés effectués pendant les trois années
d'expérimentation, 25 genres et 27 espèces de mauvaises
herbes ont été répertoriées. Elles appartiennent à 15 familles
dont les plus représentées sont les Asteraceae avec cinq espèces et
les Poaceae, Amaranthaceae et Euphorbiaceae avec trois espèces
chacune. Les espèces les plus fréquentes sont : C.
benghalensis (100 %), E. heterophylla (100 %), Ipomoea triloba L.
(100 %), Merremia kentrocaulos Rendle (100 %), T. portulacastrum
(96 %), C. rotundus (89 %), Desmodium tortuosum (Sw.) DC (82 %),
Celosia trigyna L. (61 %), Acanthospermum hispidum de Candolle (61
%) et Brachiaria lata (Schumach.) Hubb. (50 %). Avec une note
médiane d'enherbement de 6 en 2000, le niveau
d'enherbement d’E. heterophylla a diminué, pour se maintenir à
4 pendant les deux dernières années, toutes parcelles
confondues. C. rotundus est la deuxième espèce par l'importance de
son niveau d'enherbement annuel qui a progressé de 2 à
3 sur la période 2000 à 2002. Les autres espèces ont eu
des niveaux d'enherbement faibles (notes inférieures ou égales à
2).
Enherbement des parcelles
Chaque année, de 2000 à 2002, les parcelles cultivées en maïs et
riz ont connu les plus faibles niveaux d'enherbement :
11 à 60 % (tableau 1), tandis
que celles supportant les cultures de cotonnier et d'arachide se
sont fortement enherbées : 40 à 96 %.
Tableau 1 Notes médianes d'enherbement
des parcelles par traitement et par année.Table
1. Weed cover median marks in the plots per treatment and per
year.
|
Années
|
Traitements
|
|
M-C-R
|
C-R-A
|
R-A-M
|
A-M-C
|
R-C-M
|
C-M-A
|
C-C-C
|
|
2000
|
3
|
8
|
4
|
7
|
4
|
8
|
7
|
|
2001
|
6
|
5
|
5
|
4
|
6
|
3
|
6
|
|
2002
|
4
|
7
|
5
|
7
|
4
|
8
|
5
|
Densités d’E. heterophylla
En 2000, la densité d’E. heterophylla a été très élevée dans
les cultures de cotonnier et d'arachide. Les comptages
effectués sur les soles ayant reçu ces deux cultures ont donné
1 025, 1 020, 1 014 et 979 individus/mètre
carré (tableau 2). Ces valeurs
diffèrent hautement de celles obtenues dans les cultures de maïs et
de riz, qui se chiffrent respectivement à 240, 147 et
84 individus/mètre carré.
En 2001, les plus fortes densités d’E. heterophylla ont été
trouvées dans la culture cotonnière des parcelles ayant eu les
rotations M-C et R-C, dans l'arachide de la rotation R-A et dans la
monoculture C-C. Sa densité au niveau de la rotation M-C
(260 individus/mètre carré) est significativement plus élevée
que celles qui sont atteintes dans les cultures de riz, d'arachide
et de maïs des rotations C-R, R-A, A-M et C-M.
En 2002, c'est dans les cultures d'arachide et de cotonnier
des rotations C-R-A, A-M-C et C-M-A qu'on a enregistré encore les
plus fortes densités. Les densités atteintes au niveau des
rotations A-M-C et C-M-A (247 et 292 individus/mètre carré)
diffèrent significativement de celles qui sont obtenues dans les
rotations M-C-R, R-A-M, R-C-M et dans la monoculture C-C-C, et qui
se chiffrent à 11, 29, 17 et 78 individus/mètre carré.
Les plus faibles densités sont obtenues sur les parcelles des
rotations M-C-R et R-C-M.
Après trois années d'expérimentation, toutes les rotations
étudiées ont permis une réduction de la densité de cette espèce de
70 à 99 % (tableau 2).
Tableau 2 Densités moyennes (nombre
de plantes/mètre carré) d’E. heterophylla, suivant
les rotations à Bouaké (résultats de 2000, 2001
et 2002).Table 2. Average densities (plant
number/m2) of E. heterophylla following crop rotations
in Bouaké (results of 2000, 2001 and 2002).
|
Traitements (Rotations)
|
Densité moyenne (nombre de plantes/m2) d’E.
heterophylla par année
|
Variation de densité (%)
|
|
2000
|
2001
|
2002
|
|
M-C-R
|
240 b
|
260 a
|
11 c
|
- 99
|
|
C-R-A
|
1 025 a
|
50 b
|
199 ab
|
- 80
|
|
R-A-M
|
147 b
|
108 b
|
29 c
|
- 97
|
|
A-M-C
|
1 020 a
|
62 b
|
247 a
|
- 75
|
|
R-C-M
|
84 b
|
155 ab
|
17 c
|
- 98
|
|
C-M-A
|
1 014 a
|
41 b
|
292 a
|
- 70
|
|
C-C-C
|
979 a
|
186 ab
|
78 bc
|
- 92
|
|
Moyenne générale
|
644
|
123
|
124
|
|
|
Écart type résiduel
|
244
|
65
|
84
|
|
|
Coefficient de variation en %
|
38
|
53
|
67
|
|
|
Signification au seuil de 5 %
|
HS
|
S
|
HS
|
|
Densités de C. benghalensis
En 2000, les cultures n'ont pas eu d'effet significatif sur
les densités de C. benghalensis (tableau 3) au seuil α = 5 %. En 2001,
c'est dans la culture d'arachide de la rotation R-A-M qu'on a
compté le plus grand nombre d'individus (16/mètre carré). Cette
densité diffère hautement de celles qui sont obtenues dans les
autres rotations. En 2002, cette mauvaise herbe n'a pas été
maîtrisée dans les cultures d'arachide et de maïs des rotations
C-R-A, R-A-M, R-C-M et C-M-A où de nombreuses plantules sont
apparues (21, 29, 17 et 50 individus/mètre carré). À ces
valeurs correspondent respectivement des variations de densité de
107 %, 192 %, 67 % et 397 %. Les densités obtenues dans les
autres rotations ont été plus ou moins faibles (1 à
9 individus/mètre carré). Les densités de C. benghalensis
ont été très faibles en culture continue de cotonnier et ont varié
de 10 individus/mètre carré en 2000 à
1 individu/mètre carré en 2002, soit une réduction de 90
% (tableau 3).
Tableau 3 Densités moyennes (nombre
de plantes/mètre carré) de C. benghalensis suivant
les rotations à Bouaké (résultats de 2000, 2001
et 2002).Table 3. Average densities (plant
number/m2) of C. benghalensis following crop rotations
in Bouaké (results of 2000, 2001 and 2002).
|
Traitements (rotations)
|
Densité moyenne (nombre de plantes /m2) de C.
benghalensis, par année
|
Variation de densité (%)
|
|
2000
|
2001
|
2002
|
|
M-C-R
|
27
|
0 b
|
9 b
|
- 10
|
|
C-R-A
|
6
|
5 b
|
21 b
|
107
|
|
R-A-M
|
13
|
16 a
|
29 ab
|
192
|
|
A-M-C
|
14
|
6 b
|
2 b
|
- 82
|
|
R-C-M
|
7
|
0 b
|
17 b
|
67
|
|
C-M-A
|
10
|
4 b
|
50 a
|
397
|
|
C-C-C
|
10
|
0 b
|
1 b
|
- 90
|
|
Moyenne générale
|
12
|
4
|
18
|
|
|
Écart type résiduel
|
9
|
4
|
16
|
|
|
Coefficient de variation en %
|
70
|
91
|
86
|
|
|
Signification au seuil de 5 %
|
NS
|
HS
|
S
|
|
Densités de T. portulacastrum
En 2000, les densités de T. portulacastrum ont été très
élevées dans toutes les soles soumises à la culture cotonnière et
dans la monoculture de cotonnier C-C-C. Chiffrées respectivement à
54, 55 et 58 individus/mètre carré, elles diffèrent
hautement des densités obtenues dans les cultures de maïs et de
riz, mais sont comparables à celle qui est trouvée dans la culture
d'arachide au seuil de signification de 5 % (tableau 4).
En 2001, c'est dans les cultures de cotonnier et de riz
qu'on a trouvé les densités les plus élevées. La densité
enregistrée dans le riz (61 individus/mètre carré) a été
significativement plus élevée que celles qui ont été obtenues dans
l'arachide et le maïs des rotations R-A-M, A-M-C et C-M-A (10,
2 et 1 individus/mètre carré respectivement).
En 2002, les fortes densités ont été enregistrées dans la
monoculture de cotonnier et dans le maïs des rotations R-A-M,
et R-C-M. La densité obtenue dans la monoculture de
cotonnier est la plus élevée en valeur absolue (22 individus/mètre
carré).
Chacune des successions culturales a entraîné chez T.
portulacastrum une baisse de densité allant de 62 à 100 %
(tableau 4).
Tableau 4 Densités moyennes (nombre
de plantes/mètre carré) de T. portulacastrum suivant
les rotations à Bouaké (résultats de 2000, 2001
et 2002).Table 4. Average densities (plant
number/m2) of T. portulacastrum following crop rotations
in Bouaké (results of 2000, 2001 and 2002).
|
Traitements (Rotations)
|
Densité moyenne (nombre de plantes /m2) de T.
portulacastrum par année
|
Variation de densité (%)
|
|
2000
|
2001
|
2002
|
|
M-C-R
|
6 b
|
30 ab
|
2 b
|
- 97
|
|
C-R-A
|
54 a
|
61 a
|
0 b
|
- 99
|
|
R-A-M
|
7 b
|
10 b
|
17 ab
|
- 71
|
|
A-M-C
|
30 ab
|
2 b
|
1 b
|
- 98
|
|
R-C-M
|
3 b
|
28 ab
|
10 ab
|
- 83
|
|
C-M-A
|
55 a
|
1 b
|
0 b
|
- 100
|
|
C-C-C
|
58 a
|
43 ab
|
22 a
|
- 62
|
|
Moyenne générale
|
30
|
25
|
7
|
|
|
Écart type résiduel
|
18
|
28
|
9
|
|
|
Coefficient de variation en %
|
59
|
89
|
125
|
|
|
Signification au seuil de 5 %
|
HS
|
S
|
S
|
|
Discussion
La bonne maîtrise de l'enherbement des parcelles par les rotations
maïs-coton-riz et riz-coton-maïs est due principalement à la très
bonne efficacité des herbicides employés dans les cultures de riz
et de maïs, notamment l'oxadiargyl appliqué à 260 g/ha et
l'association isoxaflutole + atrazine appliquée à 75 +
1 000 g/ha. Koné et al. (1998) et Doucet et al.
(1999) ont obtenu des résultats identiques dans des
expérimentations similaires.
La forte densité d’E. heterophylla est favorisée par
l'importance de son stock semencier et par les conditions
permettant la germination et la levée des graines : pH de 2,5 à 10,
température de 20 à 40 °C, profondeur d'enfouissement
jusqu'à 14 centimètres (Brecke, 1995 ; Ipou et al.,
2004). Lorsque la température du milieu fluctue, la lumière n'est
pas nécessaire à la germination (Brecke, 1995).
La terbutryne, qui a remplacé la dipropétryne dans l'association
métolachlore + dipropétryne employée au Cameroun (Le Bourgeois,
1993), a permis la réduction de la densité de C. benghalensis sur
toutes les soles ayant reçu la culture cotonnière.
La densité élevée de T. portulacastrum dans la parcelle de riz
en 2001 (61 individus/mètre carré) pourrait s'expliquer
par une interaction culture-année, comme l'ont constaté Vecchio
et al. (1992) dans une de leurs expérimentations. Cette
interaction a probablement été facilitée par la faible pluviométrie
de juillet 2001 (31,6 mm), mois où les observations ont
été faites. La mauvaise diffusion dans le sol de l'herbicide
appliqué le 28 juin 2001 et son exposition au soleil pendant
le mois sec de juillet l'ont rendu inefficace à maîtriser T.
portulacastrum.
L'inefficacité de l'association métolachlore + terbutryne contre
T. portulacastrum a favorisé le développement de cette espèce sur
les parcelles d'arachide en 2000.
La maîtrise des trois mauvaises herbes par les rotations résulte
de l'effet combiné des cultures et des modes de désherbage, comme
le confirme Bachthaler in Beuret (1980) qui signale que l'évolution
qualitative et quantitative de la flore adventice des cultures
dépend d'un ensemble de facteurs parmi lesquels les techniques
culturales sont déterminantes. Les herbicides jouent un rôle
primordial dans cette évolution (Doucet et al., 1999).
L'efficacité des herbicides permet de comprendre la baisse
significative de la densité des mauvaises herbes quand on passe à
une culture céréalière après une année de culture de cotonnier ou
d'arachide.
La petite saison sèche très marquée de juillet 2001 a
contribué à réduire les densités des mauvaises herbes.
Les dates de sarclage influencent aussi l'enherbement et les
densités des mauvaises herbes. En effet, les sarclages précoces,
réalisés à un moment où les graines des mauvaises herbes ne sont
pas encore matures, contribuent à diminuer la quantité de graines
pouvant tomber au sol. En conséquence, le stock semencier du sol
diminuera également et les levées ultérieures d'adventices seront
de moins en moins nombreuses. Dans la présente étude, les sarclages
ont eu lieu à 30 JAS, pour éviter la maturation des graines d’E.
heterophylla qui intervient entre 40 et 50 jours après
levée (Egunjobi et Kupoluyi, 1973). Ces éléments justifient le
délai assez court au bout duquel des changements sont apparus dans
la flore de l'essai, contrairement à ce qui a été observé en Europe
où les flores adventices de certains essais n'ont commencé à
régresser qu'après au moins six années de désherbage chimique
(Barralis et Chadoeuf, 1976).
Au vu des résultats obtenus, pourquoi constate-t-on encore une
forte prolifération d’E. heterophylla et de C. benghalensis en
milieu paysan où la pratique du désherbage chimique existe depuis
plus de 20 ans ? L'analyse des pratiques paysannes conduit à
mettre en cause le non-respect de la dose de l'herbicide, les
conditions de son application et les réalisations tardives des
sarclages. Le faible pouvoir d'achat de certains paysans les
incite à employer les herbicides à des faibles doses avec des buses
coniques sur des terrains souvent mal préparés.
Malgré son efficacité, une monoculture a peu d'avantages
par rapport à une rotation culturale qui empêche la sélection d’une
flore particulière pouvant devenir très envahissante.
La rotation culturale peut aussi, par le choix des cultures,
rendre un système de culture performant et durable.
Conclusion
E. heterophylla, mauvaise herbe très fréquente, a dominé la flore
de l'essai. Les rotations maïs-coton-riz et riz-coton-maïs se
sont montrées plus efficaces à maîtriser l'enherbement.
Ces deux dernières et la rotation riz-arachide-maïs ont assuré
un bon contrôle d’E. heterophylla, tandis que C. benghalensis n'a
été bien maîtrisée que par la monoculture de cotonnier. À
l'exception de la monoculture de cotonnier qui a été moyennement
efficace, toutes les autres rotations étudiées ont permis une forte
réduction de la densité de T. portulacastrum.
Cette étude montre qu'un choix bien raisonné de successions
culturales comportant à la fois le cotonnier et des cultures
nettoyantes (le maïs et le riz) peut aider à résoudre le problème
récurrent de l'enherbement des champs de cotonnier. Le succès
de ces successions culturales dépend essentiellement de
l'efficacité des herbicides employés, de leur parfaite mise en
œuvre et de la complémentarité de leurs spectres
d'efficacité.
La très bonne efficacité d'oxadiargyl sur E. heterophylla en
culture de riz nécessite de tester sa sélectivité en culture
cotonnière.
Si les rotations triennales avec une année de culture cotonnière
permettent de mieux maîtriser les mauvaises herbes en général, il
reste à savoir si ces systèmes de culture sont rentables pour les
agriculteurs dont la principale culture commerciale est le
cotonnier. Dans le cas contraire, l'adoption d'un
assolement-rotation biennal, dans lequel le coton serait en
rotation avec le maïs ou le riz, peut être envisagée. Avant son
adoption, des tests d'arrière-effet des herbicides
des cultures céréalières sur le cotonnier devront être
réalisés. De plus, cet assolement-rotation doit être étudié
sur une longue période – plusieurs rotations complètes – pour
connaître à quel niveau la densité d'adventices se stabilisera.
Références
[Barralis et Chadoeuf, 1976] Barralis G, Chadoeuf R.
Evolution qualitative et quantitative d'un peuplement adventice
sous l'effet de dix années de traitement. COLUMA 1976 ;
1 : 179-86.
[Beuret, 1980] Beuret E. Influence de la monoculture et des
méthodes de travail du sol sur la flore adventice et le stock
grainier du sol. COLUMA 1980 ; 2 : 389-99.
[Brecke, 1995] Brecke BJ. Wild poinsettia (Euphorbia
heterophylla L.) germination and emergence. Weed - Science
1995 ; 43 : 103-6.
[Chicouène, 1999] Chicouène D. Evaluation du peuplement de
mauvaises herbes en végétation dans une parcelle. I-Aperçu des
méthodes utilisables. Phytoma 1999 ; 522 : 22-4.
[Doucet et al., 1999] Doucet C, Weaver SE,
Hamill AS, Zhang J. Separating the effect of crop
rotation from weed management on weed density and diversity. Weed
Science 1999 ; 47 : 729-35.
[Egunjobi et Kupoluyi, 1973] Egunjobi JK, Kupoluyi AO. Studies
on Nigerian weeds. 1. Biology and control of Euphorbia heterophylla
L. In : Proceedings of the third Nigeria Weed Science Group
Meeting, Lagos, 1973. Samaru : Institute of Agricultural Research
(IAR), 1973. www.cabi.org
[Ipou et al., 2004] Ipou IJ, Marnotte P,
Aman KG, Aké S, Touré Y. Influence de quelques
facteurs environnementaux sur la germination des semences
d'Euphorbia heterophylla L. (Euphorbiaceae). Tropicultura
2004 ; 22 : 176-9.
[Koné et al., 1998] Koné M, Gakou A, Ballo D, Traoré B.
Effets cumulés d’herbicides dans le cadre de rotation culturale au
Mali-Sud. COLUMA 1998 ; 2 : 1243-50.
[Le Bourgeois, 1993] Le Bourgeois TH. Les mauvaises herbes dans
la rotation cotonnière au nord-cameroun (Afrique). Amplitude
d'habitat et degré d'infestation. Thèsede doctorat de 3e
cycle (phénologie), USTL, Montpellier, 1993.
[Marenco et Santos, 1999] Marenco RA, Santos AMB. Crop rotation
reduces weed competition and increases chlorophyll concentration
and yield of rice. Pesq Agropec Bras 1999; 34 : 1881-7.
www.scielo.br/scielo.php
[Marnotte et al., 2004] Marnotte P, Perret D, Carrara A.
Enquête sur l'enherbement des rizières de Camargue (France).
Douzième Colloque international sur la biologie des mauvaises
herbes. Dijon : AFPP, 2004.
[Snedecor et Cochran, 1971] Snedecor GW, Cochran WG. Méthodes
statistiques. Paris : Association de coordination technique
agricole, 1971.
[Vecchio et al., 1992] Vecchio V, Casini P,
Calamai P. Dynamique des mauvaises herbes en relation avec la
rotation des cultures et les techniques de lutte. Neuvième Colloque
International sur la biologie des mauvaises herbes. Dijon : ANPP,
1992.
|