ARTICLE
Auteur(s) : Zouhaier AbbesZouhaier AbbesZouhaier AbbesZouhaier Abbes1, Mohamed
Kharrat1, Khalil Shaaban2, Bassam
Bayaa2
1Institut national de la recherche
agronomique de Tunisie Rue Hédi Karray 2080 Ariana Tunisie
2ICARDA PO Box 5466 Alep Syrie
L'espèce Vicia faba L., l'une des plus anciennes légumineuses
alimentaires domestiquées dans le monde, joue un rôle important
dans les systèmes agricoles des pays méditerranéens. Elle n'est pas
seulement importante pour la nutrition humaine, mais contribue
également à la nutrition animale, tout en ayant un effet positif
sur la productivité des céréales qui font partie de la rotation
(Saxena, 1991).
Les attaques par la plante parasite Orobanche spp. comptent
parmi les principales maladies affectant cette culture.
La présence de cet agent pathogène occasionne des pertes
considérables pouvant entraîner la destruction totale de la culture
(Abbes et al., 2007). Les pertes de rendement varient
néanmoins d'un pays à l'autre et d'une année à l'autre dans la même
parcelle. Mesa Garcia et Garcia Torres (1986) ont rapporté des
pertes allant de 5 à 95 % sur la fève.
La plus grande diversité des espèces d'orobanches se trouve dans
la région méditerranéenne. La plante parasite la plus
redoutable sur les légumineuses et quelques autres cultures
dans la région méditerranéenne est Orobanche crenata, présente
principalement en Afrique du Nord, dans le Sud-Est de l'Espagne, le
Sud de l'Italie, et dans quelques régions de Grèce, de Syrie et
d'Égypte.
L'espèce Orobanche fœtida est endémique à ce jour de l'Afrique
du Nord et du Sud de l'Espagne, où elle est signalée
essentiellement comme parasite de légumineuses non cultivées.
L'écotype tunisien semble être le plus virulent, caril s'attaque à
certaines légumineuses cultivées, comme les fèves (Abbes
et al., 2007). Récemment, Rubiales et al. (2005) ont
signalé l'infestation de parcelles de Vicia sativa par O. foetida
au Maroc, ce qui souligne le risque d'une dispersion d'écotypes
virulents de cette espèce d'orobanche dans les régions aux
conditions climatiques comparables.
Plusieurs méthodes de lutte (culturales, chimiques, entre
autres) contre l'orobanche ont été testées, mais aucune n'est, à
elle seule, complètement efficace, économique et facile à mettre en
œuvre. La stratégie la plus prometteuse est l'amélioration et
l'utilisation de variétés tolérantes de V. faba en combinaison avec
les autres méthodes. En Égypte, Nassib et al. (1982) ont
sélectionné une lignée de féverole résistante à O. crenata. Cette
lignée (F402) fut ainsi la première lignée cumulant un bon niveau
de résistance et des caractères agronomiques intéressants. Sa
multiplication a abouti à la production du cultivar Giza 402, dont
la résistance a été caractérisée sous diverses conditions. Cette
lignée fut utilisée avec succès à grande échelle comme source de
résistance à l'orobanche dans différents programmes de sélection de
la fève (Maroc, Égypte, Espagne, Tunisie, Centre international de
la recherche agricole dans les régions arides [International Center
of Agricultural Research in the Dry Areas] en Syrie) (Khalil
et al., 2004 ; Abbes et al., 2007).
L'objectif de cette étude est de vérifier dans des parcelles
naturellement infestées par O. foetida et O. crenata la résistance
de quelques accessions améliorées de féverole introduites de
l’International Center of Agricultural Research in the Dry Areas
(ICARDA) et sélectionnées en Égypte et en Syrie pour leur tolérance
à O. crenata.
Matériel et méthode
Matériel végétal
Les différentes accessions améliorées de féverole utilisées ont été
fournies par l’ICARDA à Alep (Syrie), dans la pépinière
internationale pour l'évaluation des fèves vis-à-vis de l'orobanche
FBION (Faba Bean International Orobanche Nursery) (tableau 1). Le matériel végétal testé
englobe les accessions améliorées de féveroles les plus
prometteuses sélectionnées pour leur résistance à O. crenata en
Égypte et en Syrie à l'ICARDA (Khalil et al., 2004). Un témoin
sensible (ILB1814) est utilisé. Les accessions améliorées
proviennent de sélection de plantes individuelles à partir de
croisements réalisés en Égypte incluant des parents tolérants
à l'orobanche, à d'autres maladies fongiques et possédant des
caractères agronomiques d'intérêt (précocité, productivité, etc.)
(Khalil et al., 2004).
Tableau 1 Matériel végétal utilisé dans cette
étude. Les accessions sont issues de la pépinière
internationale de féverole pour la résistance
à l'orobanche (FBION) de l'ICARDA (International Center
of Agricultural Research in the Dry Areas).Table 1.
Genetic material used in this study. Faba bean accessions from
the Faba Bean International Orobanche Nursery (FBION)
of ICARDA.
|
Accession
|
Croisement/pedigree
|
Principale caractéristique
|
Origine
|
|
1013/694/95
|
X-1013 : (Giza 3 x ILB938) x 30/18/82
|
Précoce
|
Égypte
|
|
1016/752/95
|
X-1016 : (461/842/83 x 503/453/83) x 30/18/82
|
Précoce
|
Égypte
|
|
985/252/95
|
X-985 : (461/842/83 x 503/453/83) x (Giza 402 x ILB938)
|
Précoce
|
Égypte
|
|
989/303/95
|
X-989 : Giza 402 x (Giza 402 x ILB938)
|
Précoce
|
Égypte
|
|
989/306/95
|
X-989 : Giza 402 x (Giza 402 x ILB938)
|
Précoce
|
Égypte
|
|
989/309/95
|
X-989 : Giza 402 x (Giza 402 x ILB938)
|
Précoce
|
Égypte
|
|
cv. Giza 4
|
ILB1820 : Giza 1 x NA29
|
Précoce
|
Égypte
|
|
Témoin sensible
|
ILB1814 : population locale syrienne
|
Précoce
|
Syrie
|
Dispositif expérimental
Les accessions de féveroles ont été cultivées dans deux parcelles
naturellement infestées par O. foetida à la station d'Oued
Béja (latitude 36° 43’ N, longitude 9° 12’ E) et par
O. crenata à la station de l'Ariana (latitude 36° 50’ N,
longitude 10° 11’ E) de l'Institut national de la recherche
agronomique de Tunisie (Inrat). Les expérimentations ont été
conduites sur trois années, durant les campagnes 2002-2003,
2003-2004 et 2004-2005. Les conditions climatiques
(température et pluviométrie) pour les trois saisons sont
présentées dans la figure 1.
Le dispositif expérimental utilisé consiste en blocs complets
randomisés avec trois répétitions dans les deux sites, à
l'exception des essais de l'Ariana en 2002-2003 et 2004-2005
où deux répétitions seulement sont semées. Pour les deux essais,
chaque accession est semée, à raison de 20 graines, sur une
ligne de 4 et 3,5 mètres de longueur et un écartement de 0,5
et 0,4 mètre entre les lignes, pour respectivement la station
d'Oued Béja et celle de l'Ariana. Le témoin sensible (ILB1814)
est inséré toutes les deux lignes dans les deux essais.
Les semis sont réalisés durant la période qui va de la fin
novembre au début décembre. Deux traitements herbicides sont
appliqués pour le contrôle des adventices : trifluraline
(960 g de matière active par hectare (m.a./ha) avant le semis,
et simazine (720 g m.a./ha) avant la levée de la
culture. Ces traitements n'ont pas d'effets sur les attaques
d'orobanche.
Paramètres mesurés
L'évaluation de la résistance et de la sensibilité des accessions a
porté sur les paramètres suivants, mesurés à maturité (récolte des
graines de féverole) :
- – le nombre d'orobanches émergées par plante (NOEP)
;
- – la sévérité, estimée visuellement suivant une échelle
de 1 à 9, 1 représentant un développement normal de la
plante hôte avec absence ou quasi-absence de pieds d'orobanches
émergées (haute résistance), et 9 représentant une réduction
très prononcée du rendement ou destruction de la plante hôte avec
une présence importante du parasite (haute sensibilité) (Abbes
et al., 2007) ;
- – l'incidence qui représente le pourcentage des plantes
présentant des orobanches émergées (0 % : absence d'orobanche
émergée, et 100 % : toutes les plantes de féverole présentent des
orobanches émergées) ;
- – le rendement en g/plante.
Méthodes d'analyses statistiques
L'analyse de la variance est effectuée en adoptant deux critères de
classification (effets accession et bloc) pour les données de
chaque site et de chaque campagne. Une analyse des données des
trois années de chaque site est également réalisée pour déterminer
l'effet année, l'effet accession et l'interaction accession-année.
La comparaison des moyennes est faite en utilisant le test de
Duncan (P = 0,05). Les analyses statistiques sont réalisées
avec le logiciel SAS® (Statistical Analysis system),
version 8.01 (Institut SAS, 2000).
Résultats
L'étude a montré que le nombre d'orobanches émergées par plante
(NOEP) est nettement plus élevé dans la station de l'Ariana que
dans celle d'Oued Béja au cours des campagnes 2002-2003 et
2003-2004. En revanche, durant la campagne 2004-2005, les deux
niveaux d'infestation sont comparables (tableau 2).
Dans les deux sites expérimentaux et durant les trois campagnes,
les conditions climatiques ont été en général favorables pour le
développement de la culture et pour une bonne infestation par
l'orobanche, cela en raison d'une pluviométrie plus ou moins élevée
et d'une température modérée (figure 1).
Le faible niveau d'infestation observé à l'Ariana durant
l'année 2004-2005 pourrait être dû au semis relativement
tardif de l'essai (début décembre).
Au cours d'une même année, une grande variabilité est
constatée entre les accessions pour le paramètre NOEP (tableau 2). Cependant, cette variabilité ne
conduit pas toujours à l'expression de différences significatives
entre les accessions (cas de la campagne 2002-2003 pour O.
crenata), bien qu'un nombre plus élevé d'orobanches émergées soit
enregistré à maturité au niveau du témoin sensible (ILB1814).
L'analyse des données du caractère NOEP des trois années ne montre
un effet année significatif (P = 0,029) que dans le site de
l'Ariana, tandis que l'effet accession était hautement significatif
pour les deux sites. Les interactions accession-année dans les
deux sites n'étaient pas significatives. La moyenne des
résultats des trois années montre une différence significative pour
ce paramètre entre le témoin sensible ILB1814 et les autres
accessions pour O. foetida et pour O. crenata.
Dans cette étude, l'incidence a atteint des valeurs élevées,
très proches de 90 %, pour le témoin sensible ILB1814 et des
valeurs plus faibles pour les autres accessions améliorées, mais
aucune différence significative n'est déterminée pour ces
accessions dans l'analyse des données par site et par année (tableau 3). Cependant, l'analyse des
données des trois campagnes des essais réalisés à l'Ariana a révélé
que les effets année, accession et leur interaction sont
significatifs (0,05 > P > 0,01). Ce résultat est
conséquence de la faible incidence observée durant la campagne
2004-2005 sur ce site.
L'estimation du paramètre sévérité (tableau 4) a permis la distinction entre le
témoin sensible (ILB1814) et les autres accessions, notamment dans
les essais réalisés à Oued Béja. L'analyse des données des trois
campagnes a montré un effet année significatif dans les deux sites.
L'effet accession n'est, en revanche, significatif que pour le site
d'Oued Béja. Les interactions accession-année, quant à elles,
n'étaient pas significatives dans les deux sites.
L'analyse des données des trois campagnes du paramètre rendement
par plante a montré que l'effet année est significatif (P = 0,049)
dans le site de Béja et hautement significatif (P = 0,008) dans le
site de l'Ariana, tandis que l'effet accession ne l'est pas
dans les deux sites. L'interaction accession-année n'est
significative (P = 0,015) que dans la parcelle de l'Ariana. Dans
cette parcelle, les accessions les plus productives sont
985/252/95, 989/306/95 et 1013/694/95, et ce bien qu'elles portent
un nombre élevé d'orobanches émergées (tableau 5). En revanche, dans la parcelle
infestée d'Oued Béja, les accessions 989/303/95, 989/309/95 et
1016/752/95 sont les plus productives.
Tableau 2 Nombre de pieds d'orobanche
émergées/plante (NOEP) pour les différentes accessions
de féverole à Oued Béja et à l'ArianaTable 2. Number
of emerged broomrape shoots/plant (NOEP)
of the different faba bean accessions evaluated at Beja
and Ariana.
|
Accession
|
O. foetida–Oued Béja
|
Moyenne
|
O. crenata–Ariana
|
Moyenne
|
|
2002-2003
|
2003-2004
|
2004-2005
|
2002-2003
|
2003-2004
|
2004-2005
|
|
1013/694/95
|
2,3ab*
|
2,5abc
|
1,9a
|
2,3ab
|
11,8a
|
14,0abc
|
1,4a
|
9,8ab
|
|
1016/752/95
|
1,9a
|
1,0a
|
2,0a
|
1,6a
|
16,0a
|
16,6c
|
0,9a
|
11,9bc
|
|
985/252/95
|
1,9a
|
2,1ab
|
2,4a
|
2,1ab
|
13,3a
|
12,5abc
|
0,9a
|
9,4ab
|
|
989/303/95
|
3,6b
|
2,0ab
|
2,1a
|
2,6b
|
12,0a
|
12,8abc
|
1,0a
|
9,2a
|
|
989/306/95
|
3,2ab
|
1,9ab
|
2,9ab
|
2,7b
|
12,5a
|
11,1a
|
0,9a
|
8,6a
|
|
989/309/95
|
2,5ab
|
2,1ab
|
1,4a
|
2,0ab
|
14,9a
|
10,2a
|
1,4a
|
9,0a
|
|
Giza 4
|
2,1a
|
2,2ab
|
1,9a
|
2,0ab
|
8,5a
|
12,3ab
|
0,9a
|
8,0 a
|
|
Témoin sensible ILB1814
|
6,3c
|
4,7bc
|
4,3b
|
5,1c
|
17,1a
|
15,9bc
|
3,4b
|
12,7c
|
Tableau 3 Incidence de l'infestation (%)
en présence des différentes accessions de féverole
testées à Oued Béja et à l'ArianaTable 3. Incidence
of infestation (%) in the presence
of the different faba bean accessions evaluated at Beja
and Ariana.
|
Accession
|
O. foetida–Oued Béja
|
Moyenne
|
O. crenata–Ariana
|
Moyenne
|
|
2002-2003
|
2003-2004
|
2004-2005
|
2002-2003
|
2003-2004
|
2004-2005
|
|
1013/694/95
|
67a*
|
82a
|
58a
|
69a
|
100a
|
100a
|
35a
|
81a
|
|
1016/752/95
|
48a
|
73a
|
47a
|
56a
|
100a
|
100a
|
25a
|
79a
|
|
985/252/95
|
53a
|
73a
|
87a
|
71a
|
100a
|
100a
|
40a
|
83ab
|
|
989/303/95
|
82a
|
87a
|
50a
|
73a
|
100a
|
100a
|
25a
|
79a
|
|
989/306/95
|
68a
|
73a
|
67a
|
69a
|
100a
|
100a
|
35a
|
81a
|
|
989/309/95
|
62a
|
78a
|
40a
|
60a
|
100a
|
100a
|
50a
|
86ab
|
|
Giza 4
|
68a
|
82a
|
60a
|
70a
|
100a
|
100a
|
40a
|
83ab
|
|
Témoin sensible ILB1814
|
94a
|
93a
|
77a
|
88a
|
99a
|
100a
|
69a
|
91b
|
Tableau 4 Sévérité de l'infestation
en présence des différentes accessions de féverole
testées à Oued Béja et à l'ArianaTable 4. Severity
of infestation in presence of the different
faba bean accessions evaluated at Beja and Ariana.
|
Accession
|
O. foetida–Oued Béja
|
Moyenne
|
O. crenata–Ariana
|
Moyenne
|
|
2002-2003
|
2003-2004
|
2004-2005
|
2002-2003
|
2003-2004
|
2004-2005
|
|
1013/694/95
|
4,3ab*
|
6,3ab
|
3,7a
|
4,8a
|
9,0a
|
7,3ab
|
3,0a
|
6,6a
|
|
1016/752/95
|
3,3a
|
6,0a
|
4,0a
|
4,4a
|
9,0a
|
6,7ab
|
2,5a
|
6,1a
|
|
985/252/95
|
3,7a
|
5,7a
|
4,3a
|
4,6a
|
9,0a
|
5,3a
|
3,0a
|
5,7a
|
|
989/303/95
|
5,3bc
|
6,7abc
|
4,0a
|
5,3a
|
9,0a
|
6,3ab
|
2,0a
|
5,9a
|
|
989/306/95
|
6,3cd
|
7,7c
|
4,7ab
|
6,2b
|
9,0a
|
7,0ab
|
2,5a
|
6,3a
|
|
989/309/95
|
5,0abc
|
7,3bc
|
3,3a
|
5,2a
|
9,0a
|
6,3ab
|
3,5a
|
6,3a
|
|
Giza 4
|
4,3ab
|
6,3ab
|
4,7ab
|
5,1a
|
8,0a
|
6,7ab
|
3,0a
|
6,0a
|
|
Témoin sensible ILB1814
|
7,7d
|
7,7c
|
6,4b
|
7,3c
|
8,9a
|
8,3b
|
4,2a
|
7,3a
|
Tableau 5 Rendement (g/plante) des différentes
accessions de féverole testées à Oued Béja et à l'ArianaTable
5. Grain yield (g/plant) of the different faba bean
accessions evaluated at Beja and Ariana.
|
Accession
|
O. foetida–Oued Béja
|
Moyenne
|
O. crenata–Ariana
|
Moyenne
|
|
2002/03
|
2003/04
|
2004/05
|
2002/03
|
2003/04
|
2004/05
|
|
1013/694/95
|
8,2ab*
|
4,3ab
|
7,6ab
|
6,7a
|
0,8a
|
3,8ab
|
17,3a
|
6,8a
|
|
1016/752/95
|
8,3ab
|
2,7a
|
9,9b
|
7,0a
|
0,2a
|
3,8ab
|
16,8a
|
6,5a
|
|
985/252/95
|
7,6ab
|
5,5ab
|
6,6ab
|
6,6a
|
0,0a
|
6,8b
|
21,0a
|
8,9a
|
|
989/303/95
|
7,0ab
|
4,5ab
|
10,8b
|
7,4a
|
0,1a
|
3,5ab
|
16,2a
|
6,2a
|
|
989/306/95
|
4,7ab
|
3,4ab
|
7,9ab
|
5,4a
|
0,1a
|
5,8b
|
19,5a
|
8,1a
|
|
989/309/95
|
11,8b
|
3,1ab
|
7,1ab
|
7,4a
|
0,0a
|
3,9ab
|
12,2a
|
5,2a
|
|
Giza 4
|
6,2ab
|
6,1b
|
5,3a
|
5,9a
|
1,6a
|
4,3ab
|
8,8a
|
4,8a
|
|
Témoin sensible ILB1814
|
2,0a
|
2,4a
|
7,8ab
|
4,1a
|
0,4a
|
0,3a
|
21,5a
|
6,4a
|
Discussion
Les principaux objectifs de ces essais au champ étaient d'évaluer
la résistance de différentes accessions de féveroles à
O. foetida et O. crenata. Dans le cadre des programmes de
sélection, l'appréciation au champ du degré de résistance aux
plantes parasites (Orobanche et Striga) a nécessité la définition
d'indicateurs de résistance simples et faciles à quantifier.
Différents paramètres quantitatifs ont été ainsi utilisés selon les
auteurs : le nombre d'orobanches émergées par plante, la masse
sèche d'orobanches émergées par plante, la longueur moyenne de la
tige du parasite, etc. (Rubiales et al., 2006). Le nombre
d'orobanches émergées par plante est l'indice le plus couramment
utilisé (Rubiales et al., 2003). Dans cette étude, ce
paramètre a permis de distinguer entre accessions tolérantes et
sensibles. Néanmoins, d'après Sillero et al. (1996), fonder
une sélection exclusivement sur le nombre d'orobanches émergées par
plant est risqué. La vigueur et la productivité de la plante
hôte doivent être également prises en considération. Ainsi, dans
notre étude, des indices agronomiques incluant le nombre
d'orobanche par plante hôte, la vigueur et la productivité de la
plante infectée ont été définis, tels que l'incidence et la
sévérité. Le paramètre sévérité a permis la distinction entre
les accessions tolérantes et sensibles. Les valeurs
élevées de l'incidence montrent que la distribution des graines
d'orobanche semblerait être uniforme dans les parcelles utilisées,
ce qui permet d'avoir une assez bonne évaluation du comportement
des accessions évaluées.
Dans notre étude, les différentes accessions utilisées ont
présenté une moindre sensibilité aux deux plantes parasites
O. crenata et O. foetida, avec une augmentation du rendement
jusqu'à 82 % pour O. foetida et 39 % pour O. crenata par rapport au
témoin sensible. Ces mêmes accessions, testées en Syrie
(ICARDA) vis-à-vis d’O. crenata, ont montré un nombre de pieds
d'orobanche faible, mais leur rendement a été négativement affecté
par le parasitisme par rapport au témoin sensible (Khalil
et al., 2004). Il est évident que la résistance présentée
est une résistance partielle, affectée par l'environnement, comme
suggéré par plusieurs auteurs (Rubiales et al., 2003 ; Radwan
et al., 1988). Les travaux de sélection doivent, par
conséquent, être concentrés sur la recherche de génotypes combinant
une bonne vigueur, un bon rendement avec un nombre d'orobanches
faible et une faible interaction avec l'environnement.
Dans les deux sites expérimentaux, les accessions les plus
productives montrent à leurs pieds un nombre relativement élevé
d'orobanches émergées. Cette constatation suggère que ces
accessions sont tolérantes plutôt que résistantes. Cubero et
Hernandez (1991) ont démontré le caractère multigénique avec des
effets additifs importants de la résistance de la lignée F402, à
l'origine de la variété Giza402. Cette résistance partielle est
plutôt de type horizontale. La coexistence de plusieurs
mécanismes de résistance induit une hétérogénéité dans le
comportement parfois différent en fonction de l'environnement et de
l'espèce d'orobanche.
Dans cette étude, la tolérance de certaines accessions à O.
foetida atteste de l'efficacité des sources de tolérance à O.
crenata vis-à-vis d’O. foetida et ainsi du transfert et de
l'utilisation possibles en sélection de ces dernières pour la
création de génotypes de féveroles résistants à O. foetida.
Ainsi, la lignée tunisienne XBJ90.03-16-1-1-1, récemment
sélectionnée à l'Inrat pour sa résistance à O. foetida, est le
résultat d'un croisement entre une lignée locale et une lignée
tolérante à O. crenata, produite par ICARDA et dont la source de
résistance provient de la lignée égyptienne Giza 402, résistante à
O. crenata (Abbes et al., 2007).
La tolérance observée chez différentes accessions de féverole à
ces deux espèces d'orobanches laisse penser que celle-ci pourrait
s'exprimer vis-à-vis d'autres écotypes d'orobanche aussi bien O.
crenata qu’O. foetida. Cependant, étant donné le système de
reproduction des fèves tendant vers l'allogamie et le rôle
important des insectes pollinisateurs dans la fécondation (Holden
et Bond, 1960), il est nécessaire de garder un isolement adéquat
lors de la multiplication de ces accessions, afin de conserver
leurs gènes de résistance.
Conclusion
Les sept accessions améliorées testées présentent un certain niveau
de tolérance aux deux plantes parasites O. foetida et
O. crenata. Leur résistance n'est pas pour autant totale et
ces accessions améliorées, utilisées seules comme moyen de lutte,
ne résolvent pas le problème de la contamination exponentielle des
sols en graines du parasite. Elles peuvent néanmoins
être utilisées comme une composante essentielle dans la lutte
intégrée contre l'orobanche et comme source de résistance pour la
création d'autres génotypes résistants et productifs.
Références
[Abbes et al., 2007] Abbes Z, Kharrat M,
Delavault P, Simier P, Chaibi W. Field evaluation of
the resistance of some faba bean (Vicia faba L.) lines to the
parasitic weed Orobanche foetida Poiret. Crop Prot 2007 ;
26 : 1777-84.
[Cubero et Hernandez, 1991] Cubero JI, Hernandez L.
Breeding faba bean (Vicia faba) for resistance to Orobanche crenata
Forsk. Options Méditerranéennes, Ser Séminaires 1991 ;
10 : 51-7.
[Holden et Bond, 1960] Holden JHW, Bond DA. Studies on
the breeding system of the field bean, Vicia faba (L.). Heredity
1960 ; 15 : 175-92.
[Institut SAS] Institut SAS. Statistical Analysis System (SAS)
pour Windows. Version 8.01. Cary (Caroline du nord) : Institut SAS,
2000.
[Khalil et al., 2004] Khalil S, Kharrat M, Malhotra R,
Saxena M, Erskine W. Breeding faba bean for Orobanche resistance.
In: Dahan R, El-Mourid M, eds. Integrated Management of Orobanche
in Food Legumes in the Near East and North Africa. Proceedings of
the Expert Consultation on IPM for Orobanche in Food Legume Systems
in the Near East and North Africa. Rabbat, Morocco, 2004. Alep :
ICARDA, 2004.
[Mesa-Garcia et Garcia-Torres, 1986] Mesa-Garcia J,
Garcia-Torres L. Effect of planting date on parasitism of
broad bean (Vicia faba) by crenate broomrape (Orobanche crenata).
Weed Sci 1986 ; 34 : 544-50.
[Nassib et al., 1982] Nassib AM, Ibrahim AA,
Khalil SA. Breeding for resistance to Orobanche. In :
Hawtin G, Webb C, eds. Faba Bean Improvements. La Haye :
Martinus Nijhoff, 1982.
[Radwan et al., 1988] Radwan MS, Abdalla MMF,
Fischbeck G, Metwally AA, Darwish DS. Selection in
faba bean for tolerance to broomrape, Orobanche crenata Forsk.
Plant Breed 1988 ; 101 : 208-16.
[Rubiales et al., 2003] Rubiales D,
Perez-de-Luque A, Cubero JI, Sillero JC. Crenate
broomrape (Orobanche crenata) infection in field pea cultivars.
Crop Prot 2003 ; 22 : 865-72.
[Rubiales et al., 2005] Rubiales D, Sadiki M,
Romero B. First report of Orobanche foetida on common vetch
(Vicia sativa) in Morocco. Plant Dis 2005 ; 89 : 528.
[Rubiales et al., 2006] Rubiales D,
Perez-de-Luque A, Fernandez-Aparicio M, et al.
Screening techniques and sources of resistance against parasitic
weeds in grain legumes. Euphytica 2006 ; 147 :
187-99.
[Saxena, 1991] Saxena MC. Status and scope for production
of faba bean in the Mediterranean countries. Options
Méditerranéennes, Ser. Séminaires 1991 ; 10 : 15-20.
[Sillero et al., 1996] Sillero JC, Rubiales D, Cubero JI.
Risk of orobanche resistance screening based only on number of
emerged shoots per plant. In: Moreno MT, Cubero JI, Berner D, Joel
D, Musselman LJ, Parker C, eds. Advances in parasitic plant
research. Proceedings of the 6th International on parasitic weed
symposium, Cordoba, Espagne, 1996. Séville : AG Novograf, 1996
|