ARTICLE
Auteur(s) : Didier
Tagbata1, Lucie Sirieix2
1UMR MOISA 2 place Pierre Viala 34000 Montpellier
2Montpellier SupAgro UMR MOISA Montpellier France
Les produits de l’agriculture biologique
et du commerce équitable : un marché
en expansion
Toutes les données concernant le marché de l’agriculture biologique
(AB) au niveau mondial (Bonny, 2006 ; Wright et McCrea, 2007),
confirment son expansion, même si le contexte de crise tend à la
freiner dans les marchés matures (Willer et Kilcher, 2009).
Le marché des produits du commerce équitable (CE) reste quant à
lui un marché de niche, mais sa progression est importante. Malgré
la crise, les ventes ont encore augmenté en 2008 de 22 %, pour
atteindre 2,9 milliards d’euros (Cameron, 2009).
La dimension environnementale prend de plus en plus d’importance
dans les discours des organisations impliquées dans le CE, et les
producteurs qui y sont engagés sont de plus en plus incités à se
convertir à l’agriculture biologique. Ainsi, en 2008, 48 % des
producteurs certifiés par Fairtrade Labelling Organizations (FLO)
étaient aussi certifiés en AB (Cameron, 2009).
Cependant, peu de données sont disponibles quant à la perception
par les consommateurs de cette double labellisation.
Influence des labels ou marques
dans la perception de la qualité
De nombreuses études ont examiné l’influence des signes de qualité
– la marque, la mention de l’origine géographique du produit ou les
labels – (London et Smith, 1997 ; Combris et al., 1997 ;
Mathios et Ippolito, 1998 ; Loureiro et al., 2002 ; De
Pelsmacker et al., 2005), et des « alliances » entre signes de
qualité, sur la perception des produits par les consommateurs
(Hassan et Monier Dilhan, 2002 ; Rao et al., 1999).
La plupart de ces travaux concluent à une amélioration de la
qualité perçue résultant d’une alliance entre les signes de
qualité.
Parallèlement, d’autres recherches ont analysé les interactions
entre les signes de qualité et les caractéristiques intrinsèques du
produit (Landon et Smith, 1997 ; Combris et al., 1997 ; 2002 ;
Sirieix et Tagbata, 2004 ; Giraud et Lebecque, 2005). Leurs
résultats ne sont pas consensuels, et témoignent de la difficulté à
bien appréhender les arbitrages complexes du consommateur entre les
signes de qualité et le goût. De plus, ces études citées
portent sur les signes de qualité supposés influencer la qualité
intrinsèque du produit ; la question de l’importance des
caractéristiques de croyance difficilement identifiables, voire non
identifiables même après la consommation du produit reste donc
posée (Pontier et Sirieix, 2003 ; Codron et al., 2006).
Dans cet article, nous examinons, à partir d’une étude
qualitative et d’une expérimentation, l’importance des labels «
Biologique » et « CE » dans les décisions d’achat des consommateurs
de produits hédonistes comme le café et le chocolat et leurs
perceptions de la double labellisation bio-équitable. L’objectif
principal est de proposer une typologie des consommateurs selon
leur degré de sensibilité à ces labels, et une réflexion sur les
motivations qui influent sur leurs comportements.
Cadre théorique et propositions de recherche
Importance des attributs de confiance
dans la qualité perçue : le rôle
des labels
Un des apports de l’économie de l’information dans la compréhension
du processus de valorisation des biens par le consommateur est
d’avoir distingué ceux-ci suivant le niveau d’information de leurs
caractéristiques. Ainsi, on peut distinguer trois types de
caractéristiques : les caractéristiques de recherche, celles
d’expérience et celles de croyance. Ces dernières sont
définies, sur la base des travaux de Nelson, (1970) et de Darby et
Karni (1973), comme étant non vérifiables, même après l’achat et la
consommation de produits. Longtemps négligées dans l’évaluation de
la valeur d’un bien, elles constituent aujourd’hui, de façon
incontestable, une dimension de la qualité qui, bien qu’en
émergence, focalise de plus en plus l’attention des consommateurs.
Le but de notre recherche est de mettre en évidence
l’influence de ces caractéristiques sur la valorisation des labels
« Biologique » et « CE ».
Cette recherche s’inscrit donc dans l’analyse du rôle des labels
dans les marchés de biens de croyance, caractéristiques de
l’existence d’une asymétrie d’information entre vendeurs et
acheteurs parfaitement illustrée par Georges Akerlof (1970) dans le
célèbre article The Market for « Lemons ».
En effet, pour les caractéristiques de produit liées aux
critères environnementaux et sociaux, il existe une inégale
répartition de l’information entre le producteur (ou l’offreur) et
le consommateur (l’acheteur). Les labels « Bio » et «
Équitable » constituent un capital de réputation informationnelle
qui guide les consommateurs dans leurs choix : ils agissent comme
des réducteurs d’incertitude en diminuant l’asymétrie d’information
entre les vendeurs et les acheteurs de tels produits.
Notre question théorique porte donc sur l’effet de l’association
de plusieurs caractéristiques de croyance sur la perception de la
qualité du produit.
Nous posons pour notre recherche deux hypothèses de travail
:
- – l’importance accordée aux labels peut traduire des
préoccupations éthiques environnementales, pour le label AB, et
sociales, pour le label CE ;
- – les préférences des consommateurs pour les labels «
Bio » et « Équitable » sont révélées à travers leur consentement à
payer pour ces labels.
Étude qualitative
Nous avons adopté une démarche qui associe une étude qualitative
fondée sur des entretiens avec des consommateurs, et une
expérimentation.
Objectifs et méthodologie de l’étude qualitative
L’étude qualitative avait pour principal objectif d’explorer les
motivations qui sous-tendent la consommation de café équitable et
de formuler des propositions pour la phase quantitative.
L’étude a été conduite sur la base de 20 entretiens
individuels semi-directifs (7 femmes et 13 hommes)
abordant les thèmes suivants : degré de connaissance du CE ;
produits concernés ; prix ; motivations associées à l’achat et à la
consommation des produits équitables ; chances de réussite
potentielles du commerce équitable du CE selon les interviewés.
Les entretiens ont été intégralement retranscrits, puis ont fait
l’objet d’une double analyse : une analyse lexicale, à partir du
logiciel Alceste, et une analyse de contenu des entretiens.
Présentation des principaux résultats
L’analyse lexicale a permis d’identifier quatre classes de discours
correspondant aux perceptions qu’ont les consommateurs du commerce
équitable et aux motivations susceptibles de justifier le choix des
produits équitables. L’analyse permet aussi de mesurer leur
importance (tableau 1).
Une classification descendante hiérarchique permet de regrouper
:
- – les classes 1 et 3, dont les discours font référence à
la dimension éthique (critères sociaux et environnementaux) des
produits équitables et à certains facteurs susceptibles de susciter
l’intérêt pour cette dimension ;
- – les classes 2 et 4 dont les discours expriment les
attentes des consommateurs vis-à-vis du CE.
Dans les classes 1 et 3, les discours sont centrés sur des
motivations d’ordre éthique (milieux de production défavorisés,
conditions sociales et environnementales de travail, protection des
droits des enfants, des femmes, respect de la dignité humaine,
respect de l’environnement, etc.), alors que dans les classes
2 et 4, l’intérêt a plutôt porté sur des critères classiques
de choix tels que la qualité intrinsèque du produit ou le rapport
qualité-prix.
Le poids des classes 2 et 4 (tableau 1) montre que, pour une majorité de
consommateurs, plus que la dimension éthique, c’est principalement
le goût qui conditionne le choix des produits équitables.
Enfin, plusieurs consommateurs évoquent dans leur discours
l’intérêt d’une double labellisation bio-équitable. Ils voient
en l’association des deux labels sur un même produit, une des clefs
de réussite des produits équitables. Les raisons invoquées
sont multiples : éviter une concurrence injustifiée entre le bio et
l’équitable, faire profiter les produits équitables du marché non
négligeable du bio, répondre doublement aux attentes des
consommateurs, etc.
Tableau 1 Les différentes classes issues de l’analyse
lexicale et leurs caractéristiques.Table 1. Various classes
stemming from the lexical analysis and their characteristics.
|
Classes
|
Caractéristique de la classe
|
Vocabulaire spécifique
|
Pourcentage des u.c.e.*
|
|
Classe 1
|
Origine et proximité perçue des problèmes
|
Pays, production, producteurs, enfants
|
30,73 % des u.c.e
|
|
Classe 2
|
Goût du produit
|
Goût, qualité,
|
23,90 % des u.c.e
|
|
Classe 3
|
Poids de la dimension éthique
|
Éthique, consommation, valeurs, sensibilité
|
16,10 % des u.c.e
|
|
Classe 4
|
Prix et disponibilité du produit
|
Prix, cher, biologique
|
29,27 % des u.c.e
|
Synthèse et propositions
Cette étude qualitative a confirmé l’intérêt d’une recherche sur la
double labellisation et nous a conduits à formuler les propositions
suivantes issues des discours des différentes classes :
- – proposition 1 : en majorité, les consommateurs sont
prêts à valoriser les critères éthiques dans leur choix de
consommation (discours de la classe 3) ;
- – proposition 2 : le goût du produit reste le critère le
plus important dans l’évaluation des produits ; les critères
éthiques ne sont valorisés qu’en complément du goût (discours de la
classe 2) ;
- – proposition 3 : le double label bio-équitable est
mieux perçu et mieux valorisé par les consommateurs que le seul
label « Bio » ou le seul label « Équitable » (discours de la classe
4).
Afin de tester les hypothèses découlant de ces propositions,
nous avons opté pour une méthode expérimentale fondée sur le
principe d’enchères.
Expérimentation
L’expérimentation nous a permis de déterminer le consentement à
payer (CAP) des consommateurs pour des chocolats portant les labels
bio et équitable. Le concept de CAP se rapproche de la notion
de prix acceptable. Il représente le seuil maximal au-delà
duquel le consommateur n’achète pas le produit, car il le trouve
trop cher pour l’utilité qu’il perçoit. Ainsi, le CAP s’interprète
comme le montant maximal qu’un consommateur est disposé à payer
pour s’approprier un bien ou un service après avoir évalué les
conséquences aussi bien positives que négatives qu’engendre son
acte d’achat. L’avantage de mobiliser l’approche expérimentale
tient au fait qu’elle se distingue des enquêtes et des méthodes de
choix simulés, dans la mesure où elle assure une incitation pour
les acteurs à agir en laboratoire comme ils agiraient dans le réel.
Elle conduit à des estimations moins biaisées des préférences, des
intentions d’achat ou du CAP (Noussair et al., 2004a).
De nombreuses méthodes en économie expérimentale permettent de
déterminer le CAP (Barut et al., 2002).
Dans le cadre de notre recherche, nous avons opté pour le
mécanisme de Becker-DeGroot-Marschak ou enchère BDM, car elle
convient particulièrement aux expériences de terrain et supprime
les effets de groupe (Combris et Ruffieux, 2005).
Description du protocole des expérimentations
Choix des produits
Quatre chocolats noirs existant réellement sur le marché ont été
utilisés pour les expérimentations :
- – un bio et un équitable : (AE), le mieux apprécié dans
un test hédonique préalable et (RZ), le moins apprécié ;
- – deux sans label (MP), le moins apprécié et (TO), le
mieux apprécié.
Déroulement des expérimentations
Treize séances ont réuni un échantillon total de 102 personnes
de profils sociodémographiques variés. Chaque séance se déroulait
en trois phases :
- – phase 1 : les quatre tablettes ont été dégustées sans
aucune information. Les sujets ont attribué une valeur hédonique et
déclaré leur CAP pour chaque chocolat ;
- – phase 2 : les sujets ont déclaré leur CAP, pour chaque
chocolat uniquement, sur la base de l’information figurant sur les
étiquettes. L’objectif de cette phase est de déterminer le CAP des
sujets pour les labels (« Bio », « Équitable » et « Bio-équitable
») indépendamment des caractéristiques intrinsèques du produit.
Pour ce faire, des emballages dépouillés de la marque ont été
spécialement confectionnés pour l’étude ;
- – phase 3: les quatre tablettes dégustées à la phase 1
ont à nouveau été dégustées par les sujets, mais cette fois-ci en
disposant de l’information complète sur chaque chocolat.
Les sujets ont dégusté les chocolats présentés dans les
emballages et ont attribué une valeur hédonique et déclaré leur CAP
pour chaque chocolat.
Cette phase d’enchères permet d’analyser l’évolution des
arbitrages entre les caractéristiques intrinsèques des chocolats et
l’information apportée par les labels « bio » et « équitable ».
Afin de limiter d’éventuels comportements de surenchère due à la
faible valeur unitaire du chocolat, les tablettes étaient mises en
vente par lot de cinq. D’autre part, à chaque phase, les chocolats
ont été présentés suivant un ordre de carré latin.
Étude complémentaire par questionnaire
Chaque sujet, juste après l’étude expérimentale, a répondu à un
questionnaire portant sur les raisons d’achat ou de non-achat des
produits biologiques et équitables, les critères de choix,ainsi que
les motivations et valeurs susceptibles d’être reliées à la
consommation de produits biologiques et équitables.
Présentation des résultats et discussion
Analyse des CAP pour les trois phases
Distribution des CAP à l’aveugle
et en information complète
À l’aveugle (phase 1), la TO et le AE ont en moyenne les offres les
plus élevées (1,18 et 1 euro) alors que les offres du RZ
et le MP (93 et 91 centimes) sont les moins élevées.
En phase 3 (situation d’information complète), ce sont les
chocolats bio-équitables (AE et RZ) qui recueillent les offres les
plus élevées (1,33 et 1,18 euro), alors que celles des
chocolats standards baissent légèrement par rapport à la situation
à l’aveugle. Ce résultat confirme que la révélation de
l’information en phase 3 a contribué à valoriser davantage les
chocolats bio-équitables (tableau 2)
Le résultat du test d’égalité de rang effectué sur les CAP
moyens au cours des phases 1 et 3 montre que les CAP
moyens pour les chocolats ni bio, ni équitables (TO et MP) ont
connu une baisse significative entre les phases 1 et 3, alors
que pour les chocolats bio et équitables, c’est l’effet inverse qui
est observé.
En effet, l’apport de l’information à la phase 3 fait
varier le CAP pour le RZ de 93 centimes à 1,18 euro, soit
une valorisation de 27 %. Quant au CAP pour le AE, il est passé de
1 à 1,33 euro, soit une valorisation de l’ordre de 33 %
due à l’apport de l’information. Ce résultat met en évidence
l’impact des labels « Bio » et « Équitable » dans la valorisation
des chocolats par les consommateurs. Il confirme aussi le fait
que la valorisation induite par la présence des labels ne se fait
pas indépendamment de la nature du produit, mais certainement en
interaction avec la qualité intrinsèque du produit.
Tableau 2 Consentements à payer (CAP) moyens (en euros)
pour les quatre chocolats au cours des phases 1 et 3.Table 2.
Average WTP for the four chocolates in stages 1 and 3 (in Euros).
|
Tablettes
|
CAP moyen
|
|
Phase 1
|
Phase 3
|
Variation Phase 1- Phase 3
|
|
Ni bio, ni équitables
|
TO
|
0,91
|
0,81
|
- 0,10
|
|
MP
|
1,18
|
1,02
|
- 0,16
|
|
Bio-équitables
|
RZ
|
0,93
|
1,18
|
+ 0,25
|
|
AE
|
1,00
|
1,33
|
+ 0,33
|
Analyse de la variation des CAP
entre la phase 2 et la phase 3 : mise
en évidence de l’effet de l’interaction
entre le goût et les labels
dans la valorisation des chocolats
En phase 2, le chocolat à la fois bio et équitable recueille en
moyenne l’offre la plus élevée (1,61 euro) et le chocolat
standard, l’offre la moins élevée (70 centimes).
Le tableau 3 présente les CAP
moyens en phase 2 (sans dégustation) et en phase 3 (avec
dégustation) ainsi que leur variation au cours des deux phases.
Toute variation de CAP entre ces deux phases est donc liée au
critère de goût des chocolats.
Pour les chocolats bio-équitables, les personnes interrogées ont
également donné leur CAP au cas où le chocolat serait uniquement
bio ou uniquement équitable. Les offres pour les chocolats
uniquement bio ou uniquement équitables sont quasiment
identiques – 1,25 euro et 1,31 euro – et sont plus
proches de celle du chocolat bio-équitable que de celle du chocolat
standard.
Les différentiels de CAP entre le chocolat standard et les
chocolats avec labels (bio : 1,25-0,70 = 0,55 ; équitable :
1,31-0,70 = 0,61 ; bio-équitable : 1,61-0,70 = 0,91), valident
notre troisième proposition (le CAP pour l’équitable ou pour le bio
est inférieur au CAP pour le bio-équitable) mais font apparaître
une sous-additivité du CAP du bio-équitable par rapport aux CAP des
deux labels considérés séparément, ce qui confirme les réflexions
de Ruffieux (2004).
Ces données moyennes peuvent cependant masquer des différences
individuelles.
Tableau 3 Consentements à payer (CAP) moyens au cours
des phases 2 et 3 (en euros).Table 3. Average WTP for the four
chocolates in stages 2 and 3 (in Euros).
|
Phase 2
|
Phase 3
|
Variation Phase 2-3
|
|
Chocolat
|
CAP moyen
|
Chocolat
|
CAP moyen
|
CAP moyen
|
|
Standard
|
0,70
|
MP
|
0,81
|
+ 0,10
|
|
TO
|
1,02
|
+ 0,31
|
|
Bio
|
1,25
|
RZ*
|
1,02
|
- 0,24
|
|
AE*
|
1,17
|
- 0,09
|
|
Équitable
|
1,31
|
RZ**
|
1,07
|
- 0,24
|
|
AE**
|
1,20
|
- 0,11
|
|
Bio et équitable
|
1,61
|
RZ
|
1,18
|
- 0,43
|
|
AE
|
1,33
|
- 0,28
|
Typologie des consommateurs
selon la valorisation des labels « Bio » et «
Équitable »
L’analyse typologique des individus a été effectuée suivant la
méthode des nuées dynamiques sur la base des CAP pour chacun des
chocolats en information complète (goût + labels). Nous avons
choisi une classification hiérarchique ascendante. Sur la base du
dendrogramme (distances auxquelles les groupes sont agrégés)
obtenu, on peut distinguer dans l’échantillon étudié, deux, trois
ou quatre profils différents. La solution à trois classes nous
a semblé être la plus appropriée en considérant d’une part, les
distances auxquelles sont combinés les groupes et d’autre part, les
effectifs de ces groupes :
- – la classe 1 (42 % de l’échantillon), composée de moins
de femmes que dans l’échantillon total (63 % dans la classe 1 et 71
% dans l’échantillon total). Les étudiants et les « sans
profession » constituent la catégorie socioprofessionnelle la plus
représentée au sein de cette classe dont la moyenne d’âge est de
35 ans Les CAP pour les quatre chocolats au cours des
trois différentes phases sont les moins élevés de l’échantillon.
La réaction de ces sujets à l’apport de l’information n’est
pas significative ;
- – la classe 2 (41 % de l’effectif total de
l’échantillon), composée de 71 % de femmes. Les cadres sont
les plusreprésentésdans cette classe (43 %) suivis des « employés
et retraités » (35,7 %). La moyenne d’âge de la classe 2 est
de 45 ans. Les CAP sont très élevés : leurs valeurs sont
quasiment le double de celles de la classe 1. La réaction à
l’apport de l’information en phase 3 est très significative ;
- – la classe 3 (17 % de l’effectif total), où les femmes
sont surreprésentées (88 %). Aucune catégorie socioprofessionnelle
n’est spécifique de cette classe dont la moyenne d’âge est de
32 ans. Les CAP sont plus élevés que dans les classes
précédentes, à l’exception du RZ. La réaction significative à
l’apport de l’information s’observe uniquement pour le chocolat AE
(+ 0,62). Dans cette classe le caractère bio-équitable du
chocolat n’entraîne donc pas systématiquement sa valorisation par
le consommateur.
La figure 1 permet de
visualiser la variation des offres pour tous les chocolats et au
niveau de toutes les classes entre les phases 1 et 3.
L’analyse des variations des CAP entre les phases 2 et
3 montre que les offres pour les chocolats bio, équitables et
bio-équitables ont baissé de la phase 2 à la phase 3, au
niveau des trois classes. Ces variations, plus importantes
pour le RZ que pour le AE, sont toutefois insignifiantes dans la
classe 2.
Ce résultat met à nouveau en évidence l’importance du goût des
chocolats dans la valorisation des labels « Bio » et « Équitable ».
Celle-ci est variable selon les individus. Plus précisément :
- – les sujets de la classe 1 sont les plus sensibles au
prix et les moins sensibles aux labels « Bio » et « Équitable »
;
- – les sujets de la classe 2 valorisent les labels « Bio
» et « Équitable » sans condition ;
- – les sujets de la classe 3 sont sensibles aux labels «
Bio » et « Équitable » sous réserve du goût du produit.
Cette diversité de profils de consommateurs nous amène à nous
intéresser aux motivations qui sous-tendent la valorisation des
labels « Bio » et « Équitable ».
Motivations associées à la valorisation
des labels « Bio » et « Équitable » en fonction
des profils de consommateurs
Les résultats indiquent que :
- – dans la classe 1, le goût et la santé sont des motifs
qui justifient, autant que les critères environnementaux et
sociaux, la consommation des produits bio et équitables.
La classe 1 regroupe en majorité des individus non
consommateurs et consommateurs occasionnels de produits bio ;
- – les sujets de la classe 2, consommateurs réguliers de
produits bio et équitables déclarent accorder beaucoup d’importance
aux critères environnementaux et sociaux liés aux labels « Bio » et
« CE ».
- – les sujets de la classe 3 sont semblables à ceux de la
classe 2 sur les motifs de valorisation des labels « Bio » et «
Équitable ». Cependant, ils ont la particularité d’accorder au
critère du goût autant d’importancequ’aux critères environnementaux
et sociaux. Ils consomment régulièrement les produits bio mais
plutôt occasionnellement les produits équitables.
Les caractéristiques des trois classes ainsi que leur importance
montrent que la majorité des sujets de notre échantillon sont prêts
à payer plus pour les caractéristiques éthiques des produits, ce
qui valide notre première proposition, mais aussi que certains
d’entre eux ne valorisent les produits bio-équitables que si leur
goût les satisfait (seconde proposition), tandis que d’autres
consommateurs se montrent insensibles à ces labels.
Par ailleurs, parmi les sujets des classes 2 et 3,
sensibles à la présence des labels, certains valorisent plus le
label « Équitable » quand il est seul que lorsqu’il est associé au
label « Bio ». Ils voient dans la double labellisation un
risque potentiel de perte d’identité pour le label « Équitable » ;
d’autres identifient le label « Bio » à une couche sociale aisée
qui cherche à se distinguer par la consommation des produits bio et
évoquent, de ce fait, une incompatibilité entre ce label « Bio » et
le label « Équitable ». Enfin, certains sujets évoquent la question
de multiplication des signes non vérifiables sur un seul et même
produit.
Conclusion
Sur la base des résultats de l’étude qualitative, effectuée sur les
consommateurs de café, et de l’expérimentation, effectuée avec les
consommateurs de chocolat, cette recherche confirme la prise en
compte par les consommateurs de ces produits, des critères sociaux
et environnementaux. Toutefois, à la différence des résultats de la
plupart des enquêtes qui laissent supposer une forte montée des
valeurs éthiques dans les choix de consommation, nos résultats
montrent que 42 % des consommateurs de notre échantillon sont
insensibles à la présence des labels « Bio » et « Équitable » sur
un produit. Les marchés de ces deux types de produits ne
doivent donc pas être surestimés.
Par ailleurs, on note de fortes disparités au sein de
l’échantillon d’étude quant à la sensibilité aux arguments
éthiques.
À côté des consommateurs insensibles aux labels « Bio » et «
Équitable », deux autres segments valorisent ces labels. Nous
montrons cependant que certains consommateurs conditionnent la
valorisation de ces critères au goût du produit. À partir de ce
résultat, nous mettons en évidence l’interaction qui peut exister
entre la qualité perçue du produit, inférée par le goût, et les
labels dans la valorisation du produit.
Par ailleurs, le couplage de la dimension environnementale et de
la dimension sociale sur un même produit entraîne une
sous-additivité du CAP par rapport aux CAP des deux dimensions
considérées séparément. Certains consommateurs préfèrent même un
chocolat uniquement équitable, à un chocolat bio-équitable.
Ce résultat montre que l’association sur un même produit de
différentes caractéristiques de croyance ne contribue pas forcément
à améliorer la qualité perçue du produit, comme c’est le cas de
certains signes de qualité (marque et origine). Il apporte un
éclairage à notre questionnement théorique et, d’un point de vue
pratique, il renseigne sur la pratique de la labellisation
bio-équitable. En effet, celle-ci ne doit pas être systématique et
l’attention doit être portée davantage sur la qualité intrinsèque
des produits et la construction d’une bonne réputation autour de
ces labels.
Par ailleurs, la question du niveau de prix des produits
équitables, évoquée lors de l’étude qualitative comme frein
potentiel à l’expansion de ces produits, a été confirmée par les
expérimentations. En effet, les sujets de la classe 1 (42 % de
l’échantillon) ne valorisent pas de façon significative les labels
« Bio » et « Équitable » (consentement à payer plus pour ces labels
de l’ordre de 10 centimes en moyenne). Pour que le marché des
produits biologiques et équitables ne reste pas un marché de niche
réservé à un segment de consommateurs très étroit, une attention
particulière doit donc être portée à la politique de prix de ces
produits. Malgré les enseignements que nous pouvons tirer de cette
étude, il faut souligner ses limites. Tout d’abord, même si
l’expérimentation permet de « se rapprocher » des conditions
réelles de choix, les conditions de l’étude demeurent des
conditions expérimentales en laboratoire dont le cadre est
différent de celui d’un magasin. Aussi avons-nous, à dessein, fait
abstraction de la marque, pour que celle-ci n’interfère pas dans le
processus de décision des participants, mais, dans la réalité, son
importance est forte, tant pour les produits biologiques (Noussair
et al., 2004b) qu’équitables (Noussair et al., 2004a).
De plus, l’échantillon étant de faible taille, nos résultats ne
peuvent être généralisés et il nous paraît important de reproduire
notre étude avec un échantillon représentatif de la population,
pour proposer une caractérisation plus complète des différents
profils de consommateurs en termes de valorisation des labels « Bio
» et « Équitable ».
Enfin, dans la mesure où le thème des préoccupations éthiques
est fortement lié à la désirabilité sociale, il serait intéressant
de mener une étude similaire en organisant des enchères collectives
et en favorisant la communication entre les participants pendant
l’étude, de façon à observer si et comment la pression sociale peut
modifier les processus de choix et leur justification.
Cette première étude ouvre donc de nombreuses perspectives qui
permettront progressivement de mieux comprendre les préoccupations
environnementales et sociales des consommateurs et leur traduction
en termes de comportements d’achat de produits bio et
équitables
Remerciements
Cette recherche a bénéficié du soutien logistique et financier du
Cirad et de l’UMR MOISA (Marchés, organisations, institutions et
stratégies d’acteurs). Nous tenons à remercier particulièrement
Pierre Combris (Inra/ALISS [Alimentation et sciences sociales]),
Philippe Bastide et Fabienne Ribeyre (Cirad Montpellier) ainsi que
Magali Aubert (UMR MOISA) pour leur contribution à la réalisation
de ce travail.
Références
[Akerlof, 1970] Akerlof GA. The Market for “Lemons”: Quality Under
Uncertainty and the Market Méchanism”. Quartely Journal of
Economics 1970; 84 : 488-500.
[Barut et al., 2002] Barut Y, Kovenock D,
Noussair CN. A Comparison of Multiple-Unit All-Pay and
Winner-Pay Auctions Under Incomplete Information. International
Economic Review 2002 ; 43 : 675-708.
[Bonny, 2006] Bonny S. L’agriculture biologique en Europe :
situation et perspectives. Grignon : Inra, 2006
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