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Actinorhizal nitrogen fixing symbiosis: An example of adaptation against soil abiotic stresses


Cahiers Agricultures. Volume 18, Number 6, 498-505, Biotechnologies végétales et gestion durable des résistances chez les végétaux, Synthèse

DOI : 10.1684/agr.2009.0341

Résumé   Summary  

Author(s) : Valérie Hocher, Florence Auguy, Didier Bogusz, Patrick Doumas, Claudine Franche, Hassen Gherbi, Laurent Laplaze, Mariana Obertello, Sergio Svistoonoff , IRD 911 avenue Agropolis BP64501 34394 MONTPELLIER France.

Summary : After water and light, nitrogen and phosphorus are the major elements limiting plant production worldwide. The use of fertilizers to offset these deficiencies is now actively disapproved because of their high price, their effect on climate change and their negative environmental impact. One solution could be to exploit plants that have acquired the ability to adapt to deficient environments. One example is given by plants that develop symbiotic associations with nitrogen-fixing bacteria in order to benefit from the large reservoir of atmospheric nitrogen. Two groups of plants are known to form nitrogen-fixing root nodules: legumes that associate with rhizobia and plants belonging to eight angiosperm families, called actinorhizal plants, that associate with the actinomycete Frankia. These plants can thrive on nitrogen-poor soil and have long been used to increase soil fertility. Among them, Casuarina a tropical tree originating from Australia, presents a very important ecological asset for Southern countries due to its high ability to colonize deficient soils. Our team has focused on the cellular and molecular studies of the plant genes involved at different steps of the interaction between Frankia and Casuarina glauca. Several candidate genes from Casuarina have been characterized, including cg12, a subtilase gene expressed during early infection events, CgMT1 a metallothionein gene involved in stress responses and CgSymRK, a gene from the signalling pathway involved at the beginning of the symbiosis. More recently, a genomic approach has been initiated in order to sequence the ESTs from roots and nodules of Casuarina. Comparison between our data and legumes EST databases should reveal molecular mechanisms that are common and unique to the two endophytic root nodule symbioses and bring new information to further our understanding of the evolution of plant endosymbiosis across the plant kingdom.

Keywords : metabolism, soil, vegetal productions

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ARTICLE

Auteur(s) : Valérie Hocher, Florence Auguy, Didier Bogusz, Patrick Doumas, Claudine Franche, Hassen Gherbi, Laurent Laplaze, Mariana Obertello, Sergio Svistoonoff

IRD 911 avenue Agropolis BP64501 34394 MONTPELLIER France

Le monde est aujourd’hui confronté à un défi : augmenter la production agricole pour couvrir les besoins croissants d’une population mondiale en augmentation (6 à 8,3 milliards d’individus d’ici 2030 selon la Food And Agriculture Organisation (FAO)1), tout en s’adaptant aux changements climatiques dont les effets, désormais sans ambiguïté, demeurent mal connus sur le long terme. Les pays du Sud sont particulièrement concernés, puisqu’une baisse des rendements agricoles potentiels sera visible dans la plupart des zones tropicales et subtropicales (Lobell et al., 2008). Jusqu’à présent, la compensation des déficits minéraux des sols était réalisée par l’apport d’engrais, en particulier d’engrais azotés et/ou phosphatés. Cette stratégie est remise en question, en grande partie à cause des effets néfastes de ces engrais chimiques sur l’environnement et la santé des populations (Vance, 2001), mais aussi à cause du prix croissant des énergies fossiles nécessaires à leur synthèse.

De nouvelles stratégies sont nécessaires pour avoir une production agricole suffisante et assurer la sécurité alimentaire des populations tout en permettant une gestion durable des écosystèmes. Beaucoup d’études sont d’ores et déjà en cours et des solutions émergent, comme, par exemple, la sélection génétique de variétés pouvant se développer dans des milieux défavorisés (Yan et al., 2006), ou encore l’utilisation de la transformation génétique pour introduire des gènes conférant une résistance à certains stress environnementaux comme la salinité et la sécheresse (Bhatnagar-Mathur et al., 2008). Certaines espèces végétales ont, quant à elles, développé naturellement des stratégies d’adaptation aux conditions abiotiques défavorables (Vance, 2001). Un grand nombre d’espèces peuvent améliorer leurs capacités d’absorption minérale en s’associant à des micro-organismes du sol, tels que des champignons mycorhiziens, qui améliorent l’acquisition de phosphore. Un autre exemple d’adaptation aux contraintes du sol est donné par les symbioses fixatrices d’azote. En condition de carence azotée, une association entre la plante et une bactérie diazotrophe capable de fixer l’azote de l’air permet l’utilisation au niveau de nodules racinaires de l’azote atmosphérique et, ainsi, l’enrichissement des sols en forme azotée assimilable par les plantes. Si la symbiose légumineuses-Rhizobium est la plus étudiée, du fait de son importance agronomique (Vessey et al., 2004), l’association entre les espèces actinorhiziennes et l’actinomycète du sol Frankia est d’un intérêt capital pour l’environnement. En effet, outre leur capacité à utiliser l’azote atmosphérique et à enrichir en azote les sols où elles croissent, elles présentent aussi des facultés d’adaptation aux sols pauvres et défavorisés et sont considérées comme des espèces pionnières (Duhoux et Franche, 2003).

Symbiose actinorhizienne

Plantes actinorhiziennes et casuarinacées

Les plantes susceptibles d’établir une symbiose fixatrice d’azote avec l’actinomycète du sol Frankia sont appelées plantes actinorhiziennes. L’établissement de la symbiose implique le développement d’un nouvel organe, l’actinorhize ou nodule actinorhizien, qui est le site de la fixation d’azote atmosphérique par le microsymbiote (Duhoux et al., 1996). Les plantes actinorhiziennes sont des plantes pérennes ligneuses, à l’exception du genre Datisca, et représentent environ 260 espèces, réparties en 24 genres et huit familles d’angiospermes. Réparties sur tous les continents (Duhoux et Franche, 2003), elles constituent, après les légumineuses, le deuxième groupe de plantes capables de fixer biologiquement l’azote atmosphérique (Wall, 2000) et présentent un taux de fixation de l’azote équivalent à celui des légumineuses. Du fait de leur association avec Frankia et des champignons mycorhiziens, les plantes actinorhiziennes sont des plantes pionnières qui colonisent des sols pauvres. Elles peuvent faire face à une grande variété de stress tels qu’une forte salinité, des pH extrêmes ou encore une forte teneur en métaux lourds (Dawson, 1990 ; Spent et Parsons, 2000).

Parmi les plantes actinorhiziennes, la famille des Casuarinaceae appartient à l’ordre des casuarinales. Elle compte quatre genres, Allocasuarina, Casuarina, Ceuthostoma et Gymnostoma, et constitue un groupe d’environ 90 espèces d’arbres et d’arbustes, dont l’aire d’origine s’étend de l’Australie aux îles du Pacifique et au Sud-Est de l’Asie (National Research Council, 1984). Les Casuarinaceae possèdent des rameaux chlorophylliens photosynthétiques et des feuilles réduites à des écailles verticillées cornées, limitant la déperdition en eau et leur permettant de survivre dans des climats chauds et secs (figure 1A). En association avec Frankia et des champignons mycorhiziens, les Casuarinaceae peuvent croître sur des sols marginaux carencés. Cette famille comprend également des essences tropicales, subtropicales ou méditerranéennes, adaptées à différents climats (arides à humides), à différentes altitudes (0 à 3 000 mètres) et à différents sols (acides à alcalins). L’ensemble de ces propriétés facilite l’introduction de ces arbres en zone tropicale. Ainsi Casuarina joue un rôle essentiel dans les zones tropicales : en fixant l’azote, il contribue à la restauration de la fertilité des sols.

La bactérie Frankia

Si le rôle écologique des plantes actinorhiziennes est connu depuis longtemps, ce n’est qu’en 1978 qu’une culture pure de Frankia a été isolée à partir de nodules d’une plante actinorhizienne, Comptonia (figure 1B). Le premier isolement du symbiote de Casuarina date quant à lui de 1982. Toutefois, il faut souligner qu’il reste encore impossible d’isoler les Frankia à partir de certaines familles de plantes actinorhiziennes. L’ADN des souches de Frankia est caractérisé par un pourcentage en GC2 élevé, compris entre 66 et 75 % et la taille du génome varie de 8,7 à 12 x 106 paires de bases (pb). Des plasmides, dont la taille est comprise entre 7 à 190 kilobases (kb) ont été mis en évidence (Lavire et Cournoyer, 2003).

Ce micro-organisme Gram + qui appartient à l’ordre des actinomycétales et à la famille des frankiacées, se présente aussi bien dans les nodules qu’à l’état libre, sous forme de filaments septés dénommés hyphes (Simonet et al., 1990). La connaissance de Frankia est limitée par l’absence de moyens d’analyse génétique (Lavire et Cournoyer, 2003). Tous les essais de transformation génétique basés sur l’électroporation, la conjugaison ou la transduction ont échoué, de même que les systèmes de mutagenèse par transposon (Cournoyer et Normand, 1992 ; Benson et Sylvester, 1993 ; Myers et Tisa, 2003 ; Matsuo et al., 2006). Des projets récents ont permis le séquençage de trois souches de Frankia dont celle nodulant les Casuarinaceae (CcI3) (Normand et al., 2007). L’analyse globale de ces données devrait apporter des réponses sur la nature des gènes impliqués dans le processus de nodulation avec la plante-hôte. Ainsi, on sait d’ores et déjà que les Frankia ne possèdent pas d’homologues des gènes Nod des bactéries Rhizobium.

Morphologie et développement du nodule actinorhizien

Le nodule actinorhizien, appelé également actinorhize est formé sur le système racinaire de la plante après un processus complexe d’interactions cellulaires et moléculaires entre la plante-hôte et Frankia (Duhoux et al., 1996, Franche et al., 1998). Contrairement au nodule des légumineuses qui est un organe nouveau, l’actinorhize s’apparente, par son origine et sa structure, à une racine adventive modifiée (Pawlowski et Bisseling, 1996) (figure 1C). Une analyse comparative des nodules actinorhiziens et de légumineuses est présentée dans le tableau 1.

Dans la famille des Casuarinaceae, le premier signe de l’interaction entre la plante et le micro-organisme est une déformation des poils racinaires (figure 2A) (Duhoux et al., 1996). Les hyphes de Frankia pénètrent ensuite dans la zone de courbure en digérant localement la paroi des poils racinaires (figure 2B). Le microsymbiote est alors encapsulé dans une gaine constituée de polysaccharides d’origine végétale qui s’apparente au cordon d’infection observé chez les légumineuses. Suite à l’infection, des divisions cellulaires s’initient dans le cortex de la racine, à proximité du poil racinaire infecté. Ces divisions, ainsi que le grossissement des cellules infectées, conduisent à la formation d’une protubérance appelée prénodule (figure 2C). Peu après la formation du prénodule, un ou deux primordia sont initiés à partir de cellules du péricycle de la racine, en face de l’un des pôles de protoxylème. Ces primordia s’apparentent à celles de racines latérales et se développent, dans un premier temps, en étant dépourvus d’endophytes, puis le microsymbiote envahit les tissus corticaux (figure 2D). Le développement du primordium infecté donne naissance au lobe nodulaire qui se présente comme une structure oblongue avec un cylindre central vascularisé non infecté, un tissu cortical contenant des cellules infectées hypertrophiées et des cellules non infectées, et un périderme (figure 2E).

Tableau 1 Analyse comparative des principales caractéristiques des symbioses actinorhiziennes et des symbioses Rhizobium-légumineuses (d’après Duhoux et al., 1996).Table 1. Comparison between actinorhizal symbiosis and Rhizobium-Legumes symbiosis (from Duhoux et al., 1996).

Caractéristiques

Plantes actinorhiziennes

Légumineuses

Plante-hôte

Huit familles principalement ligneuses

Une superfamille

Microsymbiote

Frankia, Gram +

Rhizobium, Gram –

Infection

* Nature

Poil racinaire ou intercellulaire

Poil racinaire ou intercellulaire

* Signaux émis par le microsymbiote

Inconnus

lipochito-oligosaccharides (LCO)

Nodules

* Types

Avec racine nodulaire Sans racine nodulaire

Nodule indéterminé allongé (NI)

Nodule déterminé sphérique (ND)

* Morphologie

Multilobé Groupe de racines adventives

Unilobé en général Excroissance du cortex de la racine

* Anatomie

système vasculaire central Cellules corticales infectées

Vascularisation périphérique dans le cortex Zone centrale infectée

* Origine

Péricycle

Cortex interne (NI) Cortex externe (ND)

* Structure du microsymbiote

Hyphes ramifiées encapsulées dans un cordon d’infection

Cordon d’infection, Multiplication des bactéries et endocytose

* Fonctionnement

Pérenne

Pérenne ou annuel

Les phases précoces de la symbiose actinorhizienne

À l’heure actuelle, on dispose de très peu d’informations sur les phases précoces du dialogue moléculaire qui s’établit entre Frankia et les plantes actinorhiziennes (Laplaze et al., 2000a). Si l’on observe une déformation des poils racinaires en présence de Frankia ou d’un surnageant de culture de l’actinomycète, on ignore toutefois la nature des facteurs déformants impliqués. Des études effectuées chez l’aulne ont cependant montré que ces facteurs sont thermostables, hydrophiles et résistants à un traitement par la chitinase (Cérémonie et al., 1999). Ces résultats suggèrent que les facteurs déformants produits par l’actinomycète sont différents des facteurs Nod de Rhizobium.

Gènes impliqués dans la mise en place de la symbiose actinorhizienne chez Casuarina

Au cours de la différenciation du nodule actinorhizien, un nombre important de gènes – appelés nodulines actinorhiziennes – est activé dans le nodule et différents travaux ont permis d’en caractériser un certain nombre (Obertello et al., 2003 ; Autran et al., 2006). Les nodulines précoces s’expriment très tôt avant la fixation de l’azote et sont généralement impliquées dans l’étape d’infection ou d’organogenèse du nodule. Les nodulines tardives sont généralement impliquées dans les activités métaboliques nécessaires au fonctionnement nodulaire. La caractérisation fonctionnelle de certaines de ces nodulines a pu être menée chez C. glauca, car c’est la seule espèce actinorhizienne avec Allocasuarina qui peut être transformée génétiquement (Franche et al., 1997). Depuis peu, une autre espèce actinorhizienne, Datisca glomerata, a été transformée en utilisant le système « hairy root » (Markmann et al. ; 2008) ; cela devrait permettre de nouvelles caractérisations fonctionnelles.

Une noduline précoce : étude du gène de subtilase Cg12 isolé de Casuarina glauca

Les protéinases à sérine de la famille des subtilisines sont également appelées subtilases. Ces enzymes présentes chez tous les organismes ont des rôles variés (Siezen et Leunissen, 1997). Les subtilases de plantes interviendraient notamment dans la maturation des fruits (Yamagata et al., 1994), la formation des racines latérales (Neuteboom et al., 1999) ou encore la réponse aux pathogènes (Jorda et Vera, 2000).

Cg12, un ADNc de 2645 pb codant pour une subtilase de 765 acides aminés, a été isolé à partir d’une banque d’ADNc de nodules de C. glauca (Laplaze et al., 2000b). Une analyse par Northern blot et par hybridation in situ a mis en évidence une forte quantité de transcrits dans les nodules de Casuarina associés à la zone d’infection (Laplaze et al., 2000b).

Une approche « Promoteur Cg12-gène rapporteur » a permis de confirmer que l’expression de Cg12 était spécifiquement liée à l’infection des cellules par Frankia et qu’elle débutait dès les premières étapes de la symbiose lorsque l’actinomycète pénètre dans les poils racinaires déformés (Svistoonoff et al., 2003). L’activité du gène rapporteur sous contrôle du promoteur de Casuarina est également associée à l’infection par Rhizobium, ce qui indique l’existence d’une voie de transduction indépendante de celle activée par les facteurs Nod (Svistoonoff et al., 2004).

Des expériences d’immunolocalisation utilisant des anticorps antiCG12 ont montré que la subtilase de Casuarina était localisée dans les compartiments extracellulaires, au niveau des parois et du matériel polysaccharidique qui entourent Frankia (S. Svistoonoff et M. Nicole, communication personnelle). Ainsi, la subtilase CG12 pourrait participer à la dégradation de protéines associées à la paroi végétale pendant l’infection bactérienne, permettant le remodelage des parois lors du passage des cordons d’infection contenant Frankia ; elle pourrait aussi participer à la maturation de protéines ou de peptides, donnant naissance à des molécules bioactives faisant partie d’une cascade de signalisation activée en réponse à l’infection bactérienne.

Une noduline tardive : cgMT1 un gène de métallothionéine isolé de Casuarina glauca et impliqué dans les réponses aux stress

Les métallothionéines sont des protéines de petit poids moléculaire riches en cystéine et pouvant se lier aux métaux lourds. Elles sont présentes dans une majorité d’organismes vivants, mais leur rôle exact n’est pas encore établi. Elles auraient un rôle dans la détoxification des métaux lourds au niveau des cellules mais aussi comme antioxydant et seraient impliquées dans les réponses aux stress (Cobbett et Goldsbrough, 2002 ; Hall, 2002).

CgMT1, codant pour une métallothionéine de type I, a été isolé chez C. glauca. L’étude de ce gène a montré une expression importante dans les nodules au niveau des cellules infectées par Frankia (Laplaze et al., 2002). Une approche « promoteur CgMT1-gène rapporteur » a confirmé cette spécificité d’expression. Une construction promoteur « CgMT1-gène rapporteur gus » introduite chez Arabidopsis a montré que l’expression de CgMT1 n’était pas induite par les métaux lourds mais par des traitements oxydants (H2O2), des blessures mécaniques et des attaques pathogènes (Obertello et al., 2007). Il semble donc que, chez C. glauca, les métallothionéines soient impliquées dans les réponses aux stress avec un rôle antioxydant en protégeant les cellules des formes réactives de l’oxygène (ROS). Ce rôle serait important au niveau des cellules nodulaires fixatrices d’azote, où des accumulations de ROS ont été montrées (Obertello et al., 2007).

Analyse comparative des symbioses actinorhiziennes et des symbioses Rhizobium-légumineuses

Un ancêtre commun prédisposé à la fixation symbiotique de l’azote

La capacité de former des nodules racinaires fixateurs d’azote en symbiose avec des bactéries du sol est limitée, dans l’état actuel de nos connaissances, à certaines familles de plantes (légumineuses, Parasponia et plantes actinorhiziennes). Il existe une certaine similarité des modes d’infection dans les différents groupes de plantes fixatrices d’azote. Cependant, l’ontogenèse et la structure des nodules de légumineuses et de non-légumineuses sont différentes (tableau 1) (Pawlowski et Bisseling, 1996). Une étude de phylogénie moléculaire fondée sur le gène chloroplastique rbcl indique que ces familles appartiennent à un même clade (Soltis et al., 1995) et auraient donc un ancêtre commun. Du fait de la présence dans ce clade de nombreuses familles de plantes non fixatrices d’azote, il a été suggéré que cet ancêtre commun ne devait pas être lui-même capable de réaliser une fixation symbiotique de l’azote et que la capacité de former des nodules fixateurs d’azote racinaires serait apparue de façon indépendante plusieurs fois au cours de l’évolution (Soltis et al., 1995 ; Swensen, 1996).

CgSymRK : un gène commun aux endosymbioses

Dans les symbioses Rhizobium-légumineuses, les facteurs Nod produits par la bactérie lors de l’interaction avec son hôte sont perçus par la plante, déclenchant une cascade de réponses incluant des changements de flux ionique, des oscillations calciques, des modifications au niveau du cytosquelette, ce qui conduit à la courbure du poil racinaire (Oldroyd et Downie, 2006). De récents travaux ont permis d’identifier certains gènes de cette voie de signalisation, notamment le gène SymRK, qui est aussi impliqué dans la symbiose mycorhizienne (Stracke et al., 2002).

Chez les plantes actinorhiziennes, peu de données existent sur la voie de signalisation impliquée dans la perception des facteurs déformants de la bactérie Frankia. De récentes recherches développées chez C. glauca ont permis d’isoler CgSymRK, un gène homologue de celui des légumineuses. La structure protéique de ce récepteur kinase s’est révélée comparable aux SymRK décrits chez les légumineuses, avec trois domaines riches en leucine, une région transmembranaire et un domaine kinase à sérine/thréonine. Une approche fonctionnelle par acide ribonucléique (ARN) interférent (ARNi) développée chez Casuarina (Gherbi et al., 2008a) a permis d’appréhender le rôle de CgSymRK au cours de la nodulation. Les résultats ont montré que l’extinction de l’expression de CgSymRK inhibait la nodulation, mais aussi la mycorhization chez Casuarina glauca. Par ailleurs, des expériences de complémentation utilisant des mutants symrk de lotier et le gène de Casuarina ont abouti à la restauration de la nodulation et de la mycorhization chez cette légumineuse. Ces résultats montrent donc l’implication du gène SymRK dans la voie de signalisation menant à la symbiose actinorhizienne et, plus encore, ils ont montré l’existence d’un gène commun aux voies de signalisation des endosymbioses (Gherbi et al., 2008b). Des travaux de recherche sont maintenant entrepris sur d’autres gènes de la voie de signalisation.

Approche génomique de la symbiose actinorhizienne

Plus de 40 000 Étiquettes de séquences exprimées (EST) (séquençage Génoscope) ont été séquencées à partir de différentes banques d’ADNc de Casuarina construites à partir des conditions suivantes :
  • i) racines témoins non infectées (gènes exprimés de manière basale dans les racines) ;
  • ii) racines prélevées 2, 4 et 7 jours après l’infection par la bactérie ;
  • iii) nodules fixateurs d’azote induits par Frankia ;
  • iv) racines mycorhizées.

L’analyse globale de ces EST a permis d’observer les caractéristiques générales de la base de données (Hocher et al., 2006). Ainsi, pour chacune des banques, environ 90 % des séquences analysées ont pu être validées. L’assemblage de ces EST a permis la création d’une base de données d’environ 15 000 unigènes. Leur annotation a été réalisée avec le logiciel Blast2GO (Conesa et al., 2005) et a permis une classification selon le système Gene Ontology3. Une fonction a pu être assignée pour environ 55 % des unigènes de C. glauca, alors que 45 % des séquences ne présentent pas d’homologie avec des séquences connues. Ce dernier résultat est particulièrement intéressant, car ces 45 % de gènes inconnus sont une source de gènes potentiellement impliqués dans la symbiose actionorhizienne et non encore identifiés.

Nous avons aussi mis en évidence différentes séquences correspondant à des nodulines actinorhiziennes : hémoglobine, métallothionéine, subtilisine, rubisco activase, saccharose synthase et protéine riche en glycine et en histidine. D’autres séquences en liaison avec la voie de signalisation impliquée dans la réception des signaux bactériens décrite chez les légumineuses ont été trouvées (entre autres, les protéines kinase) et leur caractérisation est entreprise.

L’analyse de ces banques est actuellement poursuivie et ces unigènes sont utilisés pour la réalisation de puces à ADN. Des analyses globales d’expression seront ainsi réalisées à l’aide de sondes correspondant aux ARNm des racines et de l’ensemble des organes dérivés des racines de Casuarina (nodules fixateurs d’azote, ecto- et endomycorhizes). Cette étude devrait permettre de dévoiler les programmes génétiques de la rhizogénèse symbiotique et de la mycorhization. L’analyse comparative des gènes exprimés lors des symbioses développées avec Rhizobium (légumineuses et Parasponia) et Frankia (plantes actinorhiziennes) devrait contribuer à comprendre ce qui a prédisposé leur ancêtre commun à développer des nodules racinaires fixateurs d’azote.

Conclusion et perspectives

Les techniques de biologie moléculaire ont permis d’accomplir, depuis une décennie, des progrès considérables dans la connaissance des gènes végétaux exprimés lors de l’interaction symbiotique avec l’actinomycète Frankia (Pawlowski et Bisseling., 1996 ; Franche et al., 1998 ; Laplaze et al., 2000a). La mise au point de systèmes de transformation génétique chez les casuarinacées a ouvert la voie vers une analyse fonctionnelle des gènes symbiotiques végétaux dans les plantes actinorhiziennes (Franche et al., 1997 ; Franche et al., 1998, Gherbi et al., 2008a). Malgré ces résultats, les phases précoces de l’interaction entre la plante-hôte et Frankia restent méconnues : on ignore quelle est la nature des signaux émis par le micro-organisme conduisant à la déformation des poils racinaires et aucun gène symbiotique exprimé lors des premières heures de l’infection n’a pour l’instant été mis en évidence. L’approche génomique en cours de développement devrait autoriser la caractérisation de nouveaux gènes symbiotiques et la comparaison des données génomiques obtenues pour Casuarina, avec celles d’autres plantes actinorhiziennes (l’aulne, par exemple) et de légumineuses modèles, ainsi que de symbioses mycorhiziennes, devrait aider à la caractérisation de processus spécifiques à chaque symbiose, mais surtout des processus génétiques communs mis en œuvre lors des endosymbioses. Plus généralement, ces données permettront de mieux comprendre l’évolution des endosymbioses au sein du règne végétal.

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1 http://www.fao.org/french/newsroom/news/2002/7833-fr.html

2 Guanine et cytosine3 http://www.geneontology.org/


 

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